mù^ '.'■■y ; V: ai: ■. '^''"'^"""""•' WHITNEY LIBRARY, HARVARD UNIVBRSITY THE GIFT OF J. I). AVniTNEY, Sturtjis Hoopev Professor MUSEUM OF COMPARATIVE Z00L06Y OlfitevY^W'^vlYl W\ .^ -M'^^AApr wnr 7>AA COMPTES RENDUS HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. PARIS. — IMPRIMERIE DE GAUTHIER-VILLARS, RUE DE SEINE-SAINT-GERMAIN, lo, PRES LINSTITl T. COMPTES RENDUS HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES PUBLIÉS CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE L'ACADÉMIE PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS TOME SOIXANTIÈaiE. JANVIER — JUIN 1863. PARIS, GAUTHIER- VILLARS , IMPRIMEUR-LIBRAIRE DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER, Quai des Augustins, 55. 1865 ÉTAT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES Al 1'" JANVIER 1865. SCIENCES MATHE3IAT1QUES Section V". — Géométrie. Messieurs : Lamé (Gabriel) (o. ^). Chasles (Michel) (o. ^). Bertrand (Joseph-Louis-François) ^. Hermite (Charles) ®. Serret (Joseph-Alfred) ^. Bonnet (Pierre-Ossian) ^. Section EL. — Mécanique. Le Baron Dupin (Charles) (g. C.^). Poncelet (Jean-Victor) (c.o.^). Piobert (Guillaume) (g. o. ^). Morin (Arthur-Jules) (c^). Combes (Charles-Pierre-Mathieu) (c. ^). N Section III. — Astronomie. Mathieu (Claude-Louis) (c.^). LiouviLLE (Joseph) (o. S). Laugier (Paul-Auguste-Ernest) (o. ^). Le Verrier (Urbain-Jean-Joseph) (G. o. ®). Faye (Hervé-Auguste-Étienne-Albans) (o. ^). Delaunay (Charles-Eugène) ^. Section IV. — Géographie et Navigation. Duperrey (Louis-Isidore) (o.^). De Tessan (Louis-Urbain Dortet) (g. ^). Le Contre-Amiral Paris (François-Edmond) (c.^). ÉTAT DE L ACADEMIE DES SCIENCES. Section V. — Physique générale. Messieurs : Becquerel (Antoine-César) (o.^). PouiLLET (Claude-Servais-Mathias) (o.^). Babiinet (Jacques) ^. Duhamel (Jean-Marie-Constant ) (o. ^). Fizeau (Armancl-Hippolyte-Louis) ^. Becquerel (Alexandre-Edmond) ^. SCIENCES PHYSIQUES. Section W. — Chimie. Chevreul (Michel-Eugène) (c.^). Dumas (Jean-Baptiste) (ce.®). Pelouze (Théophile-Jules) (c. ^). Regnault (Henri-Victor) (c.®). Balard (Antoine-Jérôme) (c. ®). Fremy (Edmond) (o. ®). Section VII. — Minera luqie. Delafosse (Gabriel) (o CO- Le Vicomte d'Archiac (Étienne-Jules-Adolphe Desmier de Saikt- Simon) ®. Sainte-Claire Deville (Charles-Joseph) (o. ®). Daurrée (Gabriel- Auguste) (o. ^). Sainte-Claire Deville (Étienne-Henri) (o. ^). Pasteur (Louis) (o. ^). Section VIII. — Botan ue. '7 Brongniart (Adolphe-Théodore) (c.®). Montagne (Jean-François-Camille) (o. ®). TuLASNE (Louis-René) ®. Gay (Claude) ®. Duchartre (Pierre-Étienne-Simon) ^. Naudin (Charles-Victo»-). ÉTAT DE l'académie DES SCIEiNCES. n Section IX. — Economie rurale. Messieurs : BoussiNGAULT ( Jean-Baptiste-Joseph-Dieudonné) (c^). Payen (Anselme) (c.^). Rayer (Pierre-Francois-Olive) ( G. o. ^). Decaisne (Joseph) (o. ^). Peligot (Eugène-Melchior) (o. ^). Le Baron Thenard ( Arnould-Paul-Eclmond ) ^. Section X. — Anatomie et Zoologie. Edwards (Henri-Milne) (c.^). Valenciennes (Achille) ^. Coste (Jean-Jacques-Marie-Cyprieu-Viclor) ^. Quatrefages de Bréau ( Jean-Louis-Arniand de) (o. ^]. LoNGET (François-Achille) (c. ^). Blanchard (Charles-Emile) ^. Section XI. — Médecine et Chirurgie. Serres (Étienne-Renaud-Augustin) (c. #). Andral (Gabriel) (C. ^■). Velpeau (Alfred-Armand-Louis-Marie) [c.^]. Bernard (Claude) {o.^). Cloquet (Jules-Germain) (c.^). JOBERT DE Lamballe (Antoiue-Joseph) (c. ©). SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. Élie de Beaumont ( Jean-Baptiste-Armand-Louis-Léonce) ( G. o. ^ . pour les Sciences Mathématiques. Flourens (Marie-Jean-Pierre) (g.O. ^), pour les Sciences Physiques ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. ACADÉmCIENS LffiRES. Messieurs : Le Baron Séguier (Armand-Pierre) (o.^). CiviALE (Jean) (o.®). BUSSY (Antoine-Alexandre-Brutus) (o. ®). Delessert (François-Marie) (o. ^). BiENAYMÉ (Irénée-Jules) (o.^). Le Maréchal Vaillant (Jean-Bapliste-Philibert) (o.c.^). Verneuil (Philippe-Edouard Poulletier de) ^. PaSSY (Antoine-François) (c.^). Le Comte Jadbert (Hippolyte-François) (o. ^). N ASSOCIÉS ÏTTRAIVGERS. Faraday (Michel) (c. ®), à Londres. Brewster (Sir David) (o. ^), à Saint-Andrew, en Ecosse. Herschel (Sir John William), à Londres. Owen (Richard) (O. ^), à Londres. Ehrenberg, à Berlin. Le Baron DE LiEBiG (Justus) (o. ^), à Munich. WÔHLER (Frédéric) (o. ^), à Gottingue. De la Rive (Auguste) ^, à Genève. N , COMESPONDANTS. SoTA. U règlement du 6 juin 1808 donne à chaque Section le nombre de Correspondants suivant. SCIEIVCES MATHÉMATIQUES. Section I™. — Géométrie (6). Hamilton (Sir William-Rowan), à Dublin. Le Besgue ®, à Bordeaux, Gironde. Tchébychef, à Saint-Pétersbourg. Kummer, à Berlin. Neumann, à Kœnigsberg. Sylvester, à Woolwich. ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. 9 Section U. — Mécanique (6). Messieurs : BuRDiN ^, à Clermont-Ferrand, Piiy-de-Dàme. Seguin aîné (Marc) ^, à Montbard, Côle-d'Or. MosELEY, à Londres. Fairbairn (William) ^, à Manchester. Bernard (c. ^), à Saint-Benoit-du-Saulx, Indre. N !.. Section ni, — Jstronomie {i&). Encke, à Berlin. Valz ®, à Marseille, Bouches -du- Rhône. AiRY (Biddell)^, à Greenwich. L'Amiral Smyth, à Londres. Petit ^, à Toulouse, Haute-Garonne. Hansen, à Gotha. Santini, à Padoue. Argelander. à Bonn, Prusse Rhénane. HiND, à Londres. Pëters, à Altona. Adams (J.-C), à Cambridge, Jnglelerre. Le Père Secchi, à Piome. Çayley, à Cambridge, ^aij/e/erre. Mac-Lear, au Cap de Bonne-Espérance. N N Section IV. — Géographie et Navigation [8). Le Prince Anatole deDémidoff, à Saint-Pétersbourg. D'Abbadie (Antoine-Thomson)^, àUrrugne, prèsSaint-Jean-de-Luz, Basses-P/rénées. L'Amiral de Wrangell, à Saint-Pétersbourg. GiVRY (O. ®), au Goulet près Gaillon, Eure. L'Amiral LÙtke, à Saint-Pétersbourg. Bâche Dallas, à Washington. De Tchihatchef (c. ^), à Sainl-Pétersbourg. Le Contre-Amiral Fitz-Roy. c. R., i865, I" Semeslre. (T. LX, N» 1.) -^ lO ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. Section V. — Ph/sique générale (9). Messieurs : HansteÉN, à christiania. Mariakini, à Modène. Forées (James-David), à Edimbourg. Wheatstoke ^, à Londres. Plateau, à Gand. Delezenne @, à Lille, Nord. Matteucci, à Pise. Magnus, à Berlin. N SCIENCES PHYSIQUES. Section W. — Chimie (9). BÉRARD ^, à Montpellier, Hérault. Graham, à Londres. Bunsen (o. ®), à Heidelberg. Malaguti (o. ^), à Bennes, llle-el-Vilaine. HoFMANN, à Londres. Schoenbein , à Bâle. Favre ®, à Marseille. N. . N Section ATI. — Minéralogie {8). Rose (Gustave), à Berlin. d'Omalius d'Halloy, près de Ciney, Belgique. MURCHISON (Sir Roderick Impey) ^, à Londres. Fournet ^, à Lyon, Rhône. Haidinger, à Vienne. Sedgwick, à Cambridge, Angleterre. liYELL, à Londres. Damour (o. @), à Villemoisson, Seine-et-Oise. ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. I l Section \'111. — Botanique (lo). Messieurs ; De Martius, à Munich. MOHL (Hugo), à Tùbingue. Lestiboudois (Gaspard- Thémistocle) ^, à Lille, Nord. Candolle (Alphonse de) ^, à Genève. SCHIMPER^, à Strasbourg, Bas-Rhin. H00K.ER (Sir William), à Kew, Angleterre. Thuret, à Antibes, Far. Lecoq ^, à Clermont-Ferrand, Piiy-de-Dàme. N N Section IX. — Economie rurale[io). GiRARDiN (o.^), à Lille, Nord. RuHLMANN (o.^), à Lille, Nord. J. Lindley, à Londres. Pierre (Isidore)^, à Caen, Calvados. Chevandier ^, à Cirey, Meurthe. Reiset (Jules) ^, à Écorchebœuf, Seine-Inférieure. Le Marquis CosiMO Ridolfi, à Florence. Martins ^, à Montpellier, Hérault. De Vibraye , à Ctieverny, Loir-et-Cher. N Section X. — Anatomie et Zoologie (lo). DuFOUR (Léon) ^, à Saint-Sever, Landes. Quoy(c.^), à Brest, Finistère. AgaSSIZ (o. ^), à Boston, États-Unis. EuDES-DESLOîiGCUAMPS ^, à Cacn, Calvados, POUCHET ^, à Rouen, Seine- Inférieure. Von Baer, à Saint-Pétersbourg. Carus, à Dresde. NORDMANN, à Helsingfors, Russie. Purkinje, à Breslau, Prusse. Gervais (Paul) es à Montpellier, Hérault. 2., 12 ÉTAT DE L ACADÉMIE DES SCIENCES. Section XI. — Médecine et Chirurgie (8). Messieurs : Panizza, à Pavip. SÉDiLLOT (c.^), à Strasbourg, Bas-Rhin. GuYON (c.®:), à Alger. Dk Virchow (Rodolphe), à Berlin. BouissoN ^, à Montpellier. EiiRMANN (o. ^), à Strasbourg. Lawrence, à Londres. GiNTRAC (Éiie) ^, à Bordeaux. Commission pour administrer les propriétés et fonds particuliers de l'Académie. Chevreul. Chas LES. Et les Membres composant le Bureau. Conservateur des Collections de d Académie des Sciences. Becquerel. Changements survenus dans le cours de l'année 1864. (Voir à la page i4 de ce volume.) COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADËMIE DES SCIENCES. SÉANCE DU LUNDI 2 JANVIER 1865. PRÉSIDENCE DE M. DECAISNE. RENOUVELLEMENT ANNUEL DU BUREAU ET DE LA COMMISSION ADMINISTRATIVE. L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Vice- Président qui, cette année, doit être pris parmi les Membres des Sections de Sciences mathématiques. Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 54 : M. Ladgier obtient Sg suffrages. M. Bertrand 12 u M. CllASLES I » M. DeLAUNAY I 1) Il y a une voix perdue, donnée par erreur à un Membre appartenant aux Sections de Sciences naturelles. M. Laugier, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro- clamé Vice-Président pour Tannée i865. Conformément au Règlement, le Président sortant de fonctions doit, avant de quitter le Rureau, faire connaître à l'Académie l'état où se trouve l'impression des Recueils qu'elle publie et les changements arrivés parmi les Membres et les Correspondants de l'Académie dans le cours de l'année. M. MoRi\, Président pendant l'année 1864, donne à cet égard les rensei- gnements suivants : ( '4) État de i impression des Recueils de l' Académie au \" janvier i865. Volumes publiés. « Mémoires de f Académie. — Les tomes XXXII et XXXIV ont paru dans le courant de l'année 1864. » Mémoires des Savants étrangers. — Aucun volume n'a paru dans le cou- rant de l'année 1864. » Comptes rendus de l'Jcndémie. — Le tome LVII [2^ semestre i863) a été mis en distrihution avec sa table. I Volumes en cours île publication. » Mémoires de l'Académie. — Le tome XXIX, qui est affecté au travail de M. Delaunay, a vingt-deux feuilles tirées et douze feuilles à tirer. — Le tome XXXV, qui est affecté aux Recherches de M. Becquerel, a vingt-trois feuilles tirées. » Mémoires des Savants étrangers. — Le tome XVIII a seize feuilles tirées pour le Mémoire de M. Doyère, douze pour le Mémoire de M. Phillips, onze pour le Mémoire de M. Hesse, quatorze pour le Mémoire de M. Rolland, quatre feuilles en épreuves pour le Mémoire de M. Delesse, et deux feuilles en épreuves pour le Mémoire de M. Bouché. Il reste en copie à l'impri- merie, pour terminer le volume, la valeur de deux feuilles environ. — Le tome XIX a, pour le Mémoire de M. Bazin, quarante-trois feuilles tirées, cinq à tirer, deux en épreuves et vingt environ en copie. » Comptes rendus de l'Académie. — Le tome LVIII (i" semestre 1864) paraîtra prochainement avec sa table. Les numéros ont paru, chaque semaine, avec leur exactitude habituelle. Changements arrivés parmi les Membres depuis le \" janvier 1864. Membres décèdes, » Associé étranger : M. le baron Pj.a.v.\, à Turin, le ao janvier 1864. » Section de Mécanique : M. Clapeyuox, le 28 janvier 1864. » Académicien libre : M. le Vice-Amiral du Pi.tit-Tiiouars, le iG mars 1864. ( '5 ) Membres élus. » Section d'Economie rurale : M. le Baron Thenard, le i 5 février 1864, en remplacement de feu M. le Comte de Gasparix. » Associés étrangers : M. Wohler, à Gôttingne, le 20 juin 1864, en rem- placement de feu M. Mitscherlich, à Berlin; M. de la Rive, à Genève, le T I juillet 1864, en remplacement de feu M. le Baron Plana, à Turin. Membres à remplacer. » Section de Mécanique : M. Clapeyron. » Académicien libre : M. le Vice-Amiral du Petit-Thouars. Changements arrivés parmi les Correspondants depuis le 1" janvier 1864. Corrcspondanls décédés, » Section de Botanique: M. Blume, à Leyde (Pays-Bas), le 3 février 1862; M. Treviraxl's, à Bonn (Prusse Bhénane) , le G mai 1864. » Section de Chimie: M. Rose(Hexri), à Berlin, le 28 janvier 1864. » Section d' Astronomie : M. Struve, à Pulkowa. » Section d' Economie rurale: M. Parade, à Nancy. Correspondants élus. » Section d'Economie rurale : M. Parade, à Nancy, le aS janvier 1864, en remplacement de feu M. Rexault, à Maisons-Alfort (Seine). » Section de Médecine et de Chirurgie: M. Gixtrac, à Bordeaux, le 23 mai 1864, en remplacement de feu M. Dexis (de Commercy), à Toul. » Section de Physique générale .M. RÏagxus, à Berlin, le 1 3 juin 1864, en remplacement de feu M. Barlow, à Woolwich. Correspondants h remplacer. )) Section de Mécanique : M. Eytelwein^ à Berlin, décédé le 18 août i84q. Il Section d'Astronomie : M. Carlixi, à Milan, décédé le 29 août 1862; M. Struve, à Pulkowa, décédé. » Section de Physique générale: M. de la Rive, à Genève, élu Associé étranger le 11 juillet i864- » Section de Chimie : ^l. Rose (Hexri), à Berlin, décédé le 28 janvier 1864 ; M. Wohler, à Gottingue, élu Associé étranger le 20 juin ]864. » Section de Botanique : M. Blume, à Leyde (Pays-Bas), décédé le 3 fé- vrier 18G2; M. Treviraxus, à Bonn (Prusse Rhénane), décédé le 6 mai 1864. » Section d'Economie rurale: 91, Parade, à Nancy, décédé. » ( '6) « En quittant le fauteuil de la présidence, le Général Morix, après avoir remercié l'Académie de la bienveillance qu'il a trouvée dans ses confrères, fait connaître l'état fâcheux des bureaux du Secrétariat dont les employés, trop peu nombreux pour les besoins du service, sont réiribués avec une parcimonie qui est en désaccord avec les exigences actuelles de la vie. u II croit devoir appeler sur ce sujet l'attention de la Commission admi- nistrative, afin qu'elle réclame de M. le Ministre de l'Instruction publique les ressources nécessaires pour augmenter le personnel des bureaux et améliorer la position des employés. » NOMINATION DE LA COMMISSION ADMINISTRATIVE. L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination de deux Membres appelés à faire partie de la Commission centrale administrative. Sur 56 voiants, M. Chasi.es obtient ... 55 suffrages. » M. Chevbecl ôa » SIM. CHASLEset Chevrecl, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, sont déclarés élus. MÉMOIRES ET COMi^lUNICATIONS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. PHYSIOLOGIE COMPARÉE. — Stir les (iccideuls prodidls sur les animaux à sany chaud, Monimifèresel Oiseaux, par te venin des Scorpions; par M. Gutox. « Disons d'i'bord, avjnt d'aller plus loin, que, pour nous, le venin des Scorpions, comme celui des Serpents, est ideniique dans son action sur l'homme et sur les animaux, opinion que nous établissons : » 1° Sur des (liqùres chez l'homme, observées parnou:iaux Antilles, et faites par les deux Scorpions de ces îles, le grand ou le no'w {Scorpio pi- ceus), et le peiii ou le gris [Scorpio obscurus), observations publiées en i8Gi, dans la Gazelle médicale de Parti (i); » 2" Sur des piqûres également chez l'homme, observées par nous en Algérie, et faites par le Scorpion de la cote ou du littoral (Jndroclonus oc- citanus), et par celui de l'intérieur ou des contrées méridionales, le grand Scorpion [Androclonus funeslus)^ ainsi que sur des expériences faites sur des (i) Au nombre de quatre, savoir : une fournie par le grand Scorpion ou Scorpion noir, à Sainte-Lucie, sur une négresse, et trois fournies par le petit Scorpion ou le Scorpion gris, à la Martinique, sur des militaires. ( '7 ) Mammifères et des Oiseaux, avec le venin de ces insectes, auquel j'ajou- terai celui du Bullms palmatiis, autre Scorpion de l'Algérie, bien que je n'aie pu en faire qu'iuie seule expérience sur un Cahiai. » Comme le venin des Serpents, celui des Scorpions a plus d'action sur les petits animaux que sur les grands, et sur les animaux à sang chaud que sur ceux à sang froid, chez lesquels son action serait assez faible si on pouvait en juger d'après deux seules de nos expériences, l'une sur un Cé- raste, et l'autre sur un Caméléon. » Sans doute, l'action du venin des Scorpions doit être, comme celle du venin des Serpents, en raison de la quantité du venin introduit dans la plaie; mais cette quantité, comme on le pense bien, est toujours inappré- ciable pour l'un comme pour l'autre venin. » On croit généralement que l'action de ces deux sortes de venin varie- rail selon la saison, et qu'elle serait ainsi plus grande l'été que l'hiver. Des faits sembleraient venir à l'appui de cette opinion; mais d'autres faits, si on voulait bien en faire la recherche, ne manqueraient sans doute pas pour en faire ressortir le peu de fondement. Qu'il nous suffise de rappeler, pour les Reptiles, le fait qui s'est présenté à Rouen, dans l'hiver de 1827, sur l'Anglais Drake, exhibiteur de Serpents. Cet homme, comme on sait, mou- rut en moins de neuf heures (8''45'") de la morsure d'un Crotale qu'il avait pris avec la main, le croyant mort; il n'était qu'engourdi par le froid. Ceci se passait à la date du 8 février, et feu Constant Duméril en a fait le sujet d'un Rapport à l'Académie, le 9 du mois suivant. » D'un bon nombre de faits observés, soit de piqûres de Scorpions, soit de morsures de Serpents, il nous semblerait résulter que l'intensité, l'acuité des accidents qui sont la suite de ces deux ordres de lésions, tiendrait moins à la différence des saisons qu'à l'accumulation dans les réservoirs qui lui sont propres, non moins qu'à la concentration des éléments qui le constituent, du venin des animaux dont nous parlons, après une abstinence plusou moins prolongée. Or, cet état physiologique est celui où ils se trou- vent dans leur état de torpeur ou de sommeil, c'est-à-dire pendant l'hiver. C'était le cas du Crotale qui doinia une mort si rapide à Drake, comme celui de deux faits dont nous avons été témoin dans un voyage d'Alger à Laghouat, en iSSy. » Premier fait. — Il s'agit d'un Céraste qu'on m'avait donné au cara- vansérail de Sidi-jMakhlouf, et qui était dans une bouteille ordinaire très- hermétiquement fermée. Cet état de choses existait depuis cinq à six se- maines, de telle sorte que, depuis la même époque par conséquent, l'animal G. R., i865, i»T Semestre. (T. LX, N° 1.) 3 ( '8 ) était absolument sans air; il était en même temps sans mouvement, car il emplissait entièrement la bouteille, où ou n'avait pu le faire entrer qu'avec peine. Aussi, vu à travers la transparence du verre, pouvait-on le croire mort. Quoi qu'il en soit, rendu à la liberté, il n'en donna pas moins une mort prompte, et dans le court intervalle de douze jours, savoir : le i 5 juillet, à une forte Poule, qui mourut instantanément (je la tenais encore par les pattes, la présentant au ReptUe, la tète en bas, pour la faire mordre); 1<- 19 suivant, à une autre Poule non moins forte, qui mourut eu trois mi- nutes; le 27 même mois, à un Pigeon qui mourut en quinze minutes. Quelques jours après, le 8 août, il tuait encore un Moineau dans l'espace de deux minutes. » Second fait. — Il a pour sujet un Scorpion qui , lors de mon passage à Aïn-el-Ibel, autre caravansérail de la route précitée, avait été pris depuis quelque temps, et qu'on conservait dans une fiole bien fermée. Cet insecte, dés sa mise en liberté, frappa de mort, coup sur coup, un Pigeon ramier et deux Moineaux. Le premier survécut trois heures quarante-cinq minutes à sa piqûre; mais la mort, chez les Moineaux, fut bien plus rapide : elle s'accomplit en deux minutes chez l'un, et en une seule chez l'autre. » Les accidents produits par le venin du Scorpion sont d'abord la pi- qûre elle-même, dont la douleur, chez les animaux connue chez l'homme, est toujours des plus vives, à en juger et par leurs mouvements, et par leurs sauts, et par leurs cris à l'instant même de leurs piqûres; elle est également accompagnée, comme chez l'homme, d'une démangeaison irrésistible. Aussi, après la frayeur qui succède à la piqûre, voit-on l'Oiseau se porter sur celle-ci des coups de bec énergiques et répétés, et le Mammifère se la mordre avec force et se la lécher ensuite. Ainsi, nous avons vu une Gerboise piquée au museau, et ne pouvant par conséquent ni se mordre ni se lécher la piqûre, se l'égratigner profondément avec ses griffes de devant. Après quoi, s'étant enfoncé la tète dans un monceau de sable sur lequel nous étions, elle s'y frottait avec la plus grande vivacité dans tous les sens, ne cessant cet exercice que poiu- revenir au premier, et ainsi de suite, alterna- tivement, pendant un assez long temps. » A la douleur et à la démangeaison qui l'accompagne peuvent se borner les accidents produits par la piqûre du Scorpion; le plus souvent, au con- traire, viennent s'en joindre d'autres, et dans la |)artie blessée, et dans I cn- .semble de l'organisme. Ces accidents sont donc de deux ordres, locaux et généraux. « Accidents locaux. — Avec la démangeaison qui succède à la piqûre apparaît ordinairement, sur le point même de celle-ci, nue rougeur qui ( >9 ) s'étend plus ou moins dans son pourtour, et peut se transformer en une phlyctène de mêaie étendue. Alors, les parties sous-jacentcs sont plus ou II. oins tiuiiéfiées, et cette tunu'faction peut s'étendre à toute l'épaisseur et à toute la longueur du membre blessé; elle est toujours plus considérable chez les Herbivores, tels cpie le Lapin et le Cabiai, que chez les Carnivores, tels que le Chien et le Chat. C'est le produit des extravasations sanguines qui se font et dans les inserstices des libres musculaires, et dans les espaces intermusculaires, et dans le tissu cellulaiie sous-cutané, ces dernières rap- pelant quelquefois, par leur abondance, celles qui s'observent après cer- taines morsures de Reptiles. » accidents cjénérnux. — Ce sont d'abord, et presque aussitôt la frajeur dissipée, des tremblements nerveux, des matières glaireuses rendues parle haut (gueule, narines, bec), des vomissements, des selles, une prostration des plus grandes, etc., tous phénomènes accoutumés, à moins d'une mort rapide. Viennent ensuite une respiiation accélérée, courte, anxieuse, par- fois de la toux, avec ou sans expuination sanguine; de l'assoupissement, du coma, avec dilatation de la pupille; des contractions fibrillaires perçues à travers les téguments recouvrant les muscles qui eu sont le siège; des con- tractions de certains muscles, ou du tronc, ou des membres; des extensions tétaniques, soit seulement des membres postérieurs, soit aussi des membres antérieurs, soit encore de tout le corps en même temps (i); élongation du membre génital persistant après la mort, rougeur et gonflement de la vulve; mucus sanguinolent s'échappant ou |)ar la gueule, ou par les narines, et provenant des voies aériennes; urine sanguinolente, parfois abondance d'urine (2), parfois aussi emphysème ou seulement partiel, ou général. (i) Ces extensions tétaniques se sont généralement présentées dans mes expériences, tant sur les Oiseaux que sur les Mammifères. La plus fréquente est celle des membres posté- rieurs, déjà implicitement sij^nalée par de Maupertuis, lorsqu'il dit, parlant du Chien qu'il avait fait piquer à Montpellier par un Scorpion du ])ays [Jndmctonus uccitaniis) : « Il mordit » la terre, se traîna sur les pieds de devant, elc. « [Histoire de L'Académie royale des Sciences, année 1731, p. iiZ.) (7.) Cette abondance d'urine, que j'ai souvent observée chez les Herbivores (Lapin, Ca- biai), constitue une sorte de crise de l'empoisonnement. Il en est de même, soit dit en pas- sant, dans l'empoisonnement juridiquement ordonné à la côte occidentale d'Afrique, sous le nom Ae jugement de Dieu. « Il arrive quelquefois, dit M. Touchard , (|u'une abondante » émission d'urine termine la première partie de cette scène; elle est alors un signe certain • de l'innocence du malheureux soumis à l'épreuve. » [Rivière du Gabon et ses maladies, thèse soutenue à Montpellier, le 6 mars 1864, par M. Touchard, chirurgien de 1" classe de la marine.) 3.. ( 20) » Après la mort, souvent teinte plus ou moins sombre de tous les or- sanes, de tous les tissus, et ressortant surtout des membranes séreuses et synoviales; sang toujours fluide dans le cœur et les gros vaisseaux, alors qu'on l'examine peu après la mort (i); cœur continuant de battre après son entière vacuité; parfois mucosités sanguinolentes dans les voies pulmo- naires; vessie vide, parfois avec un reste d'urine sanguinolente. » Tout ce que nous venons de dire sur l'état des organes après la mort, comme tout ce qui |>récède sur les accidents locaux et généraux, est déduit de nos expériences, au nombre de vingt-huit, sur les animaux précédem- ment indiqués. Pour ceux de ces animaux qui ont succombé, nous allons donner deux tableaux indiquant le laps de temps écoulé entre la piqûre et la mort. De ces deux tableaux, l'un est pour les animaux qui ont été piqués par V Androilonus ocfiUimis, et l'autre pour ceux qui l'ont été par Wîndro- clonus funeblus. Les uns et les auti-es s'élèvent ensemble au nombre de vingt. Picfûres de /'Androctonus occilanus sur des animaux a sang chaud. Mammifères et Oiseaux, à Alger, avec indication du laps de temps écoulé entre la piqtlrc et la mort. ANIMAUX PIQLÉS. NOMBRE ET SIÈGE DES PIQURES. DURÉE des ACCIDENTS. Cabîai Il ni 0. ,, o.2.i o.3o 3o 1 3o 3.00 0. 1 0. I I .20 2.00 Cabiai Cabiai femelle Chien du poids de 20 livres Piqûres aux pattes «jauches . P iqûres à la fesse et à la jambe du même côté Lapin mâle du poids de i livre... Rossignol Trois piqûres par un Scorpion en état de gestation. . . Deux ou trois piqûres par le Scorpion précédent. . . . Plusieurs piqûres dans les membranes interdii;itaires. Hirondelle de rivage Goéland ; *. .... » Jnnolcilion. — Dans l'expérience de Maupertuis, citée dans une note précédente, le Chien survécut cinq heures à ses piqûres, qui avaient eu lieu au nombre de trois ou de quatre, dans la partie du ventre dégarnie de poil. » C'est à cette expérience de Maupertuis, l'une des plus détaillées que nous possédions, qu'Adanson faisait allusion lorsqu'il disait, dans le cours ( I ) Il peut pourtant arriver qu'on renconlre un peu de sang coagulé dans le cœur, alors que le sang est encore chaud, comme il peut arriver aussi qu'on y rencontre un peu de sang fluide, alors que le sang est déjà refroidi. ( -' ) qu'il professait: « On a vu des Chiens en mourir au bout de cinq heines, » après une enflure générale, des vomissements et des convulsions qui leur » faisaient mordre la terre. « (Cours d'Histoire naturelle J ait en 1772, par Michel Adanson, p. 219; Paris, i845.) Piqûres de /'Androctonus funestus sur des animaux ii sang chaud. Mammifères et Oisiau.i:, sur différents points de l'Algérie, avec indication du laps de temps écouté entre la piqûre et la mort. ANIMAUX PIQUÉS. NOMBRE ET SIÈGE DES PIQURES. DURliE des accidf:nts. Gerboise Une piqûre „ . , Une piqûre à la cuisse, après plusieurs autres impu Rossignol i . „. . J nement laites par un occtlanus I Moineau I A l'aile gauche, articulation huniéro-cubitale Autre Moineau J A l'aile droite, articulation humcro-thoraciquo 1 j Deux piqûres, l'une à la cuisse, et l'autre h la jambe du J Verdier < , ,,. V J même cote j Au tarse Au tarse Plusieurs piqiires Plusieurs piqûres Piqûres au bas de la jambe droite Oiseau plus petit qu'un Moineau Pigeon ramier Oiseau plus gros qu'un Moineau. Pigeon ramier Pigeon ramier b tu 3 .2T O. 3 0.25 o./|5 ^.!^:. 3.00 3 4,'. » Annotations. — Quatre Pigeons sauvages que Redi fit piquera Florence, par quatre Scorpions de l'espèce dont il est question (ils venaient de Tunis), Mioururent tous quatre en peu d'heures. Ils avaient été piqués dans la partie la plus charnue du thorax. I) Un Chapon et un Cochon d'Inde, que Redi fit également piquer par la même espèce de Scorpion, survécurent aux piqûres, à savoir : le premier sept heures, et le dernier dix-huit. (Voyez FiiANCisil Redi Opusculorum pars secunda, sive Expérimenta circa varias res naturales, etc., p. i3-i4; Lugduni Batavorum, 1729.) » Deux voyageuis français, MM. Leynadier et Ciausel, qui parcoururent la régence de Tunis il n'y a pas longtemps, disent qu'il existe à Zerbis « des Scorpions dont la piqûre donne ime mort instantanée. « Ils disent encore en avoir vu un individu qui mesurait quarante-deux lignes de lon- gueur, et qu'un Chien qu'il piqua mourut en sept secondes. « Dans » ce court intervalle, ajoutent les voyageurs, son corps enfla tellement, » qu'il doubla de volume. Les yeux et les parties charnues de son museau ( 22 ) ;i se colorèrent imiiiédiatement d'une leinle janne-bleiiâlre qui se nuança » de rouge, puis de vert, qui devint la couleur dominante. « (Histoire de r Algérie Jrai)caisi\ de; Paris, i848.) » Nous pourrions ne pas faire remarquer que le Scorpion de Zerbis, dans la régence (ic Timis, n'est autre que celui dont nous parlons. » MÉMOIRES PRÉSENTÉS. niÉiiAPEUTlQUE. — Sur C emploi de l'ncide j)héiiicjHe en médecine ; ' j)ar M. Déclat. (Couunissaires, MiM. Andral, Rayer, Jobert de Lainballe.) L'auteur eu terminant son Mémoire le résume dans les conclusions suivantes : « 1° Dès 1861 j'ai arrêté la gangrène avec l'acide pliénique, notammeni dans un cas de gangrène générale consécutive à une fracture de la colonne vertébrale avec déchirure de la moelle, et cela en présence des docteurs Gros, Maisonneuve et autres confrères ; depuis ce fait, l'acide phénique a fait son chemin, d'abord à l'IIôtel-Dieu, puis dans d'autres hôpitaux où il a contribué puissamment à hâter la cicatrisation des plaies trauma- tiques de toute nature et à en prévenir les complications fâcheuses. » 2° Dans les affections infectieuses, l'acide phénique exerce une action avantageuse à la fois sur l'infection et sur l'état local; dans ces affections aussi bien que dans les suppurations sim|)les, cet acide contribue à tarir la source de suj)pur,ition. » 3° Les effets ci-dessus indiqués ont été obtenus directement dans la vessie par des injections qu'on aurait [)u croire dangereuses au premier abord. » L'acide phénique paraît appelé à rendre de grands services dans le traitement de certaines affections des organes génito-urinaires. » 4° Dans un cas d'engorgement mal déterminé de la langue avec ulcé- ration, épillu'lioma ulcéré datant de quatre ans, reconnu par plusieiu's médecins, MM. J. I^emairc, Ed. Langlebert, et dont le dessin à l'aqua- relle pris au milieu du traitement sera mis sous les yeux de l'Académie, les applications phéuiques et l'usage de cet acide à l'intérieur ont amené en moins de trois mois une amélioration, presque une guérison des plus remarquables. (f,e malade continue son traitement et consent à se laisser ( 23 ) visiter par ceux de nos confrères que ce cas remarquable pourrait inté- resser.) ') 5" L'acide phénique appliqué en lotions a guéri avec une promptitude admirable des eczémas rebelles. » Les essais de M. le D"' Sirnos, de Lisbonne, et les miens font con- cevoir les espérances les plus heureuses et les plus fondées sur les ap- plicatioïis de l'acide phénique au traitement des maladies de la peau en général. » 6° L'acide phénique paraît devoir rendre de grands services dans les affeclions contagieuses au contact et à distance; il paraît devoir produire surtout d'excellents réstdtats clans les cas d'épidémie, d'endémies, dans les camps, dans les hôpitaux, les cliniques d'accouchement, etc. » Malgré ses propriétés caustiques très-prononcées, j'ai pu administrer l'acide phénique à l'iiitérieiu-, dans les cas de très-grandes maladies orga- niques ou infectieuses, avec des avantages très-marqués dans quelques cas, sans inconvénients dans tous. Les résultats obtenus doivent encourager de nouveaux essais. » Parmi les maladies de cette catégorie, traitées le plus heureusement, nous devons rappeler deux cas de diphthérite (angine couenneusej contre lesquels l'action heureuse et puissante de l'acide phénique a été des plus frappantes. » Tels sont les termes dans lesquels il nous est permis de résumer aujour- d'hui nos recherches; nous espérons pouvoir dans quelque temps leur don- ner un utile développement, et nous nous ferons un devoir de soumettre notre travail plus complet à l'Académie. » M. MoRiN (J.) soumet au jugement de l'Académie une Note concernant un appareil qu'il a imaginé en poursuivant les recherches sur les indica- teurs automatiques dont il a déjà fait l'objet d'une récente communication (séance du -26 décembre 1864). Il s'est proposé de construire un appareil propre à enregistrer par l'intermédiaire de l'électricité les indications suc- cessives d'un baromètre, et il a voulu que cet appareil piit servir au baro- mètre Fortin considéré comme type de l'exactitude en ce genre, quoique se prêtant moins facilement que tout aulre peut-être à l'application du système dont il avait déjà fait Tisage. (Commissaires, MM. Pouillet, Fizeau.) (. ^^l ) M. Carrère présente une « Nouvelle théorie du pendule conique dans le cas des oscillations d'une petite amplitude ». L'auteur, dans la Lettre qui accompagne sa Note, prie l' Académie de vouloir bien hâter le travail de la Commission à l'examen de laquelle avait été renvoyé un Mémoire, présenté par lui le 8 août dernier, sur certains points de la Géométrie analytique. (Renvoi aux Commissaires précédemment nommés : MM. Serret, Bonnet.) M. MouLi.\E adresse de Vais (Ardéche) une « Note sur une expérience destinée à déterminer l'équivalent mécanique de la chaleur ». Une Note envoyée ultérieurement indique deux corrections à faire dans son premier écrit. Les deux pièces sont renvoyées à l'examen d'une Commission composée de MM. Regnaiilt et H. Sainte-Claire Deville. M. Poulet soumet au jugement de l'Académie deux Mémoires, l'un « sur les causes de la maladie des pommes de terre et de la vigne », I autre « sur le mouvement de la sève ». (Commissaires, MiVL Brongniart, Boussingault, Duchartre.) CORRESPONDANCE . M. LE Ministre de la Guerre annonce que MM. Le Verrier ci Combes sont maintenus Membres du Conseil de perfectionnement de l'École Poly- technique pour i865, au titre de l'Académie des Sciences. M. LE Secrétaire perpétuel présente au nom de l'auteur, M. P. Topi- nard, un ouvrage ayant pour titre : « De l'ataxie locomotrice et en parti- culier de la maladie appelée ataxie locomotrice progressive. » « Si je ne savais que cet ouvrage a déjà été couronné par rAcadèmic de Médecine, je n'hésiterais pas, dit M. Flourens, à proposer de le comprendre parmi ceux qui seront soumis à la Commission chargée de décerner les prix de la fondation Montyon pour i865. » M. LE PiiÉsiDE.vr présente au riom de M. Ticjri deux opuscules sur la transformation du sang en substance grasse, et une Lettre écrite également ( 25) en italien, clans laquelle le savant anatomiste fait connaître quelques nou- veaux résultats de ses recherches sur l'existence des bactéries clans le samj des personnes mortes de la fièvre typhoïde. Dans de précédentes communications l'auteur avait annoncé que ces \n- ftisoires se montraient surtout dans le système artériel ; depuis, il a constaté que quand les bactéries manquaient dans les artères périphériques, on les trouvait encore, et en grande quantité, dans l'appareil circidatoire pneumo- cardiaque gauche. Dans un cas, du reste, il a fallu pousser l'investigation jusqu'au poumon même, et c'est seulement en plaçant sous le microscope de minces tranches de l'organe prises dans les points qui étaient le siège d'apoplexies pulmonaires partielles, que la présence des bactéries a été rendue évidente. La Lettre et les deux opuscules sont renvoyés à l'examen de la Commis, sion déjà nommée pour diverses communications concernant les bactéries, Commission qui se compose de MM. Audral, Velpeau, Rayer et Bernard. M. Richard (du Cantal) prie l'Académie de vouloir bien le comprendre dans le nombre des candidats pour la place de Correspondant de la Section d'Économie rurale, devenue vacante par suite du décès de M. Parade. (Renvoi à la Section d'Economie rurale.) ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur la formule de Lagrange. Note de M. H. L.4urf.nt, présentée par M. Liouville. « Considérons l'équation de Lagrange sous la forme (l) Z — JC — tzô[z) =^ o. C'est la forme employée par Cauchy dans son Mémoire inséré dans le tome VIII des Mémoires de V Académie des Sciences. Dans ce Mémoire, il arrive à une forme du reste, qui suppose que l'on connaît la racine, au moins approximativement. Dans un autre Mémoire inséré dans ses Nouveaux Exercices., le même auteur arrive à cette conclusion que la formule de Lagrange peut être employée quand il est possible de trouver un contour fermé contenant le point jc le long duquel mod — i-^ < I . Z X C. R., iSC5, 1" Scmesirc. (T. LX, ^<' 1.) 4 (a6) Cette condition, si simple eu apparence, est au fond très-compliqui'e dans les applications. Au surplus, si dans le premier Mémoire dont j';ii parlé on ne cherche pas le reste, on arrive à la même conclusion. p Voici comment on pourrait, il me semble, présenter la théorie en question. " Supposons la fonction zs{z) syuectique au point x, ainsi que la fonc- tion F(z). On aura » | F(^)[.-^^'(3 )](^ le résidu devant être pris à l'intérieur d'un contour contenant le point x, la seule racine Ç, et pas de points pour lesquels ct(z) et F(z) cessent d'être synectiques; cette condition pourra toujours être remplie par un certain contour convenablement choisi quand on fera t = o, et en vertu du théo- rème de M. Puiseux, inséré dans le tome XV (i'* série] du Journal de Malhé- maliques, Ç sera fonction monodrome, monogène, finie et continue à l'inté- rieur de ce contour, pourvu qu'il ne contienne pas d'autre racine que Ç et pas d'infini de 7s{z). Cette condition que doit remplir le contour peut être exprimée analytiquement à l'aide du théorème de Cauchy sur la séparation des racines ; en effet, le long de ce contour l'argument de z — a- — t-as{z) ne devra varier que de 27: quand z fera un tour complet, ce qui conduit à la condition (3) mod — ^— - < I, Quand t sera très-petit, cette condition pourra toujours être satisfaite pour un contour suffisamment petit décrit autour du point jc, assez petit j)our que cy(z) reste synectique dans son intérieur. » Ceci posé : u En différcntiant n fois l'équation (2), on trouve DrF(Ç) = CJF(z)D^; pour ^ = o, cette équation donne ta ■ JC t T3 X — tvs) 1.2. .71. (4) n Dr=„F(Ç) = .JF(z)[^^-^-^]|...: = D;[F(.r)cr«(x)] — Dr"[F(.r)î3'i;x)t3"-'(.r)].// =:Dr-[F'(.r)t5"(x)]; ( ^7) donc, en vertu du théorème de Cauchy sur la formule de Mac Laurin^ la formule t" {^) F(Ç) = F(aO + ... -t--j-^— ^Dr'[F'(x)z."(x)]+... sera vraie pour des valeurs de t voisines de zéro, pourvu que la condi- tion (3) puisse être satisfaite. Voilà la formule de Lagrange établie avec sa condition d'existence sine fjitd non. Mais cette condition peut être trans- formée. » Faisons d'abord F(Ç) =Ç : nous obtenons (6) ç = . r + /^(x) + ... + -^-^ Dr- [^"(•^)] -+-•••• » Nous allons prouver que cette série peut être employée toutes les fois qu'elle est convergente. ïi En effet, en vertu de la formule (4)? elle peut s'écrire (7) Ç = Ç„ + ç;^ + ... + Çr7£^ + .... » Ensuite la série zô{jc) + t[rs'{x)z:!{x)] -\- . . . -\ D"" [s'(.r) 5j"(.r)] -h- . . . peut s'écrire, toujours en vertu de la formule (4), mais elle peut aussi s'écrire (8) rz{œ)-h — D,.v!'{.T)+...-\- _ d^st"-*-' (x)] + . . . , H ^ ' ^ 1.2 -^ ^ ' I .7. . . . (« H- I) L \ I -I ' ; c'est-à-dire qu'elle est convergente en même temps que (6); donc enfin elle représente w(s)- Reste à prouver que 'Ç satisfait à l'équation (i); en substituant à la place de z et z? (z), dans (i), les séries (6) et (8), la vérifi- cation a lieu effectivement » Si actuellement on considère la formule (5), cette formule sera vraie quand t variera à Tintérieur d'un cercle sur la circonférence duquel F(^) ^esse d'être fonction synectique de t décrit de l'origine comme centre. » Or Ç, en vertu de la formule (6), reste fonction synectique de ^ à l'in- 4-. ( 28 ) térieur d'un cercle décrit de l'origine comme centre, el dont le rayon t est tel, que 19) limmod^ — n D" "-' -3" ' la quantité sous le signe mod est le rapport d'un ternie au j)récédent dans la série (6), dans lequel t est remplacé par son module). On tirera alors - de l'équation (9), et, cela fait, on cherchera comment varie Ç quand t décrit le cercle de rayon t. Soit (A) le contour décrit par Ç dans cette circonstance, (B) le contour à l'intérieur duquel F(z) reste synectique par rapport à z : la partie commune aux aires des contours (A) et (B) cot)- tiendra les valeurs de Ç pour lesquelles on pourra appliquer la formule (5), valeurs parmi lesquelles on devra encore faire un choix. » Ainsi, étanl donnée une valeur t, de t pour voir si tajorinule ( 5 ) est appli- i.nhle à l'équalion (i), on cherchera la limite du rapport I Dr'a"fx) « Dr'o'-^x) et l'on multipliera le module du résultat par le module de <, ; le produit devra être moindre que r, sinon il faudrait renoncer à la formule (5). On calculera Ç, dans cette hypotlièse, approximativement par la formule (6), et l'on verra si, pour la valeur trouvée et les valeurs dont le module est moindre, F (z) reste spiectique. » Cette recherche laborieuse se simplifiera considérablement quand F{z) sera monodrome et monogène dans toute l'étendue du plan. En effet, la formule (5) coïncide avec la formule de Mac Laurin ; elle ne cessera d'èlre applicable que quand F(Ç) deviendra infini, c'est-à-dire quand elle de- viendra divergente, à la condition toutefois que Ç reste synectique. On peut (Jonc énoncer le théorème suivant, qui sera le seul réellement bien nécessaire dans les applications : » La formule (5) est apj)licable toutes les fois que, sj (s) étant synectique au point jc, et F (z) étanl monodrome et monogène dans toute l'étendue du plan, on aura à la fois hm mod ^— i- < i , hm niod ^—^ — —^ < i - «Dr'=i"-'(x) " Dr F'(.r)n''-'(.r) c'est-à-dire quand les séries [5) et (6) seront à la fois convergentes. » L'équalion du mouvement des planètes, sur laqiu'llc on (ait l'applicaliou ( ^9) de la formule (5), devient focile à discuter, parce que les fonctions de la racine que l'on développe sont trigonométriques directes, et par conséquent monodromes et nionogènes dans toute 1 étendue du plan. » CHIMIE ORGAMQUE. — Sur la Jermenlation alcoolique. Extrait d'une Lettre adressée à M. H. Sainte-Claire Deville; par M. Berthelot. « Je vous demande la permission de profiter de l'attention éveillée par vos recherches sur les densités de vapeur et sur les dissociations, pour rectifier une citation inexacte qui m'est échappée dans le dernier Mémoire que j'ai présenté à l'Académie [Comptes rendus., t. LIX, p. 904). En citant les remarques importantes faites par M. Pasteur sur le dégagement de chaleur qui accompagne les fermentations (même volume, p. 689), j'ai rappelé les expériences d'un autre savant sur celte même question (Comptes rendus, t. XLII, p. 94^; i856). Ce savant n'est pas M. Kuhlmann, comme je l'ai écrit par erreur, mais M. Dubrunfaiit: il a particulièrement insisté sur certaines conséquences mécaniques des phénomènes qu'il a observés. n IjCS résultats de cette nature sont fort intéressants, alors qu'on se borne à envisager le dédoublement immédiat du sucre en alcool et acide car- bonique, comme l'ont fait les deux savants que je viens de nommer. Mais ils le deviendront sans doute bien davantage, le jour où l'on connaîtra toute la série des phénomènes calorifiques qui se passent, soit dans la |)ro- duction du sucre au moyen des éléments, soit dans sa transformation com- plète en eau et acide carbonique. Pour me borner à cette dernière méta- morphose, elle donne lieu à des conséquences bien différentes, suivant la manière dont on envisage le mode de formation, encore inconnu, de la molécule sucrée. » En effet, les corps dont la décomposition est accompagnée par un dégagement de chaleur doivent être, à mon avis, distingués en deux caté- gories tout à fait distinctes, savoir : ceux dont la formation, envisagée in- dépendamment de tout autre phénomène, a été accompagnée par un travail positif (en général, dégagement de chaleur), et ceux dont la formation a été accompagnée par un travail négatif (en général, absorption de cha- leur). » Il est facile de concevoir l'existence des premiers composés, ceux dont la formation, aussi bien que la destruction spontanée, est accompagnée par une suite de dégagements de chaleur, c'est-à-dire résulte entièrement de travaux positifs; mais il est difficile d'eu citer des exemples incontestables. ( 3o) parce que les déterminations expérimentales relatives aux corps de cette catégorie sont trop peu nombreuses pour permettre de raisonner sans la- cune, depuis un système initial constitué par les éléments libres, jusqu'à un système final constitué par ces mêmes éléments, soit libres, soit engagés dans des combinaisons telles que l'eau et l'acide carbonique, dont la chaleur de formation est complètement connue. B Cependant je pense qu'un grand nombre de composés dérivés de l'a- cide azotique, tels que l'azotate d'ammoniaque, le gaz des marais nitré, le phénol trinitré (acide picriquel, etc., appartiennent à cette catégorie. Sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans des hypothèses spéciales, il est permis d'admettre que la chaleur produite au moment de leur décomposition est due principalement à une combustion interne, c'est-à-dire à la réunion de l'oxygène, qui tire son origine de l'acide azotique, avec l'hydrogène ou le carbone, qui tirent leur origine de l'autre substance (gaz des marais, ammo- niaque, phénol). La constitution des composés explosifs de cette nature, pour me servir de votre expression, ne présente en réalité rien d'exceptionnel. » Il en est tout autrement des seconds composés, c'est-à-dire des corps ' explosifs formés par suite d'une absorption de chaleur, telle que nous sommes obligés de l'admettre dans la formation des composés binaires ré- solubles en leurs éléments (protoxyde d'azote, acide hypochloreux et autres, chlorure d'azote, etc.), comme aussi dans la formation des composés résolubles en leurs générateurs, ou en des corps équivalant à ces généra- teurs au point de vue calorifique (eau oxygénée, acide formique, etc.). Dans la plupart des cas, la formation des corps de cette espèce n'a lieu qu'à la condition de produire en même temps un composé complémentaire (eau, chlorure alcalin, acide chlorhydrique, sulfate de baryte, etc.), sus- ceptible de fournir, au moment où il prend naissance, le travail, c'est-à- dire la chaleur nécessaire à la constitution du composé explosif. J'ai insisté ailleurs sur cette circonstance fondamentale, qui joue un si grand rôle en Chimie organique. La dissociation des corps ex|)losifsde cette catégorie ne résulte pas d'une combustion interne : c'est une décomposition d'une nature bien différente. » Or il s'agit de savoir si les sucres appartiennent à la première catégorie (corps formés avec travail positif), ou bien à la seconde (corps formés avec travail négatif). » La solution de cette question dépend de là manière dont les sucres peuvent être formés au moyen de leurs éléments, cette formation étant envisagée en elle-même et indépendamment des autres réactions qui peu- (3i ) veut l'accompagner. C'est ce qu'il est facile de montrer en groupant les élé- ments de diverses manières. Je citerai seulement les suivantes, en partant de la formule de la glucose, C'-H'-O'^, et du poids de i8o grammes qui lui correspond, pour plus de simplicité. Chaleur Groupement Je combustion des éléments. correspondante (i). Carbone et eau C"H-H"0" 576 Aoiile carbonique et gaz des marais. 3C'0' 4- 3C'H* 63o Acide carbonique et alcool aC'O' + 2C*H*0^ 652 Oxyde de carbone et hydrogène. . 6C'0' + 6H' 8o4 Acide formique et hydrogène 6C'H=0' + 6H= — 6W0' 980 » D'autre part, je calcule que la chaleur de combustion du sucre doit être voisine de 726 calories, d'après les nombres donnés par M. Dubruu- faut pour la chaleur dégagée dans la fermentation alcoolique, et ceux donnés par MM. Favre et Silbermann pour la combustion de l'alcool. » Il s'agit maintenant de savoir si le sucre résulte de l'association du carbone avec les éléments de l'eau ou de l'association des éléments de l'alcool avec ceux de l'acide carbonique, auxquels cas la fermentation alcoolique serait comparable à la destruction de l'eau oxygénée et de l'a- cide formique. Mais le sucre peut égaleiuent dériver de l'association de l'hy- drogène avec les élémenls de l'oxyde de carbone ou de l'acide fortnique; et cette dernière opinion me paraît la plus vraisemblable, parce que je pense que l'effet de la lumière dans la respiration végétale, première origine de la formation des sucres, est de décomposer à la fois l'acide carbonique et l'eau. S'il en était ainsi, la fermentation alcoolique consisterait essentielle- ment dans une combustion véritable, donnant naissance à de l'acide carbo- nique en vertu d'une réaction interne comparable à la combustion du car- bone libre par l'oxygène libre. La quantité de chaleur dégagée, au moment de la formation de l'acide carboniqne aux dépens du carbone et de l'oxy- gène cond^inés dans le sucre, est égale aux deux cinquièmes environ de la chaleur que produirait la formation delà même quantité d'aciile carbonique aux dépens de l'oxygène libre et du carbone libre, résultat qu il est utile de mettre en évidence pour la théorie de la chaleur animale. » Quoi qu'il en soit, le chiffre 'J26 mesure (en sens inverse) le travail dépensé par la liunière solaire pour transformer l'eau et l'acide carbonique en sucre. La différence entre ce même chiffre et la chaleur de combustion (i) On prend ici comme unité la quantité de chaleur capable d'élever de zéro à 1 degré la température de i kilogramme d'eau. ( 32 ) de l'alcool, c'pst-à-dire le nombre 74? donne la mesure approchée du tra- vail qu'il faudrait dépenser ])our reconstituer le sucre en réunissant l'acide carbonique et l'alcool, ou plus exactement, en réunissant les produits de la fermentation alcoolique. » CHIMIE ORGANIQUE. — Action des aldcliydes skî/cs nmine.v; par M. Hl'goSchiff. « Un mélange d'amylamine sec avec de l'aldéhyde œnanihique ou beii- zoïque étant chauffé, de l'eau s'élimine et l'on obtient des diamides, ana- logues aux composés phéniques que nous avons décrits dans quelques Notes jirécédentes. » Les deux nouvelles amides, la diœnamhYliclène-diamylamine N' ) G'H'* = G^H'TS' 2€'H" imy et la ditoluydène-diamylamine N' ' €'H« =€"H"N', sont (les liquides huiIeu.K, insolubles dans l'eau et exempts de propriétés basiques. A une température élevée ils brunissent et distillent sous légère décomposition. » La coniinc se chauffe à peine avec les aldéhydes, mais il y a élimination d'eau. Avec les aldéhydes acétique, acrylique et œnanthique, on obtient des liquides très-denses, qui ne se combinent pas avec les acides. Les dérivés acétique et acrylique forment des chloroplatinates. » Les aldéhydes aromatiques, traités par l'ammoniaque, font naître les hydramides, qui sont considérées comme les diamides tertiaires de la série aldéhydique, et l'on sait que Bertagnini, en les exposant à une température élevée, a réussi à les transformer en diamines tertiaires de la série glyco- lique (amarine, anisine). Si l'on traite l'œnanthol par l'ammoniaque sèche, il se manifeste un dégagement considérable de chaleur, une grande quantité d'eau est éliminée et l'on obtient un liquide huileux qui est la ( G'H" iriœuanlhylidènc-diamide N' | G''H'*= €"H"N'. li Otte amidc ne se combine ni avec les acides, ni avec les chlorures métal- liques. Elle est d'une stabilité remarquable, puisqu'elle distille sans décom- (33) position à une température de plus de 4oo degrés. Elle brunit à cette tem- pérature, mais elle ne se transforme pas en une base analogue à l'amarine. La réaction est analogue avec l'aldéhyde valérique. » Nous avons soumis encore d'autres aminés à l'action des aldéhydes, et il résulte de ces recherches que toujours l'hydrogène typique des bases est entièrement enlevé par l'oxygène des aldéhydes et remplacé par les résidus bialomiques de ces derniers. De cette manière les aldéhydes offrent un moyen nouveau et bien commode pour déterminer le nombre des équiva- lents d'hydrogène typique. Cette réaction est préférable à l'action des éthers iodhydriques ou bromhydriques, parce que ces derniers exigent un nou- veau traitement pour chaque équivalent d'hydrogène, tandis qu'une seule expérience suffit avec les aldéhydes. Dans beaucovip de cas on pourra même trouver le nombre des équivalents d'hydrogène typique par un simple essai volumétrique, si l'on se sert d'œnanlhol par et d'une burette divisée en vingtièmes de centimètre cube. On ajoute de l'œnanthol àla base légèrement chauffée, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus élimination d'eau. » CHIMIE ORGANIQUE. — Sur le cyanure de cuivre ammoniacal ; par MM. H. Schiff e(E. Rechi. « Dans une Note insérée dans les Comptes rendus, t. LVIII, p. 75o, M. Lallemand décrit un sel violet, qui s'était formé à la longue dans un bain de cuivrage obtenu en dissolvant du cyanure de cuivre dans un excès de cyanure, potassique. M. Lallemand admet la fornuile NH*Cy, 2 CuCy pour ce sel ; selon lui le sel serait blanc à l'état de pureté et la coloration serait due à une petite quantité de cyanoferrure de cuivre, qu'on peut en séparer par l'acide nitrique. » Nous avons eu l'occasion d'examiner ce sel violet de même provenance, et nous avons obtenu des résultats différents de ceux de M. Lallemand. La matière colorante du sel ne peut pas être du cyanoferrure de cuivre, parce que ce dernier est insoluble dans l'acide nitrique. La solution acide con- tient du cuivre et de l'ammoniaque, mais elle ne donne pas la moindre réaction avec les sels de fer. I^e résidu blanc n'est rien d'autre que du cya- nure cuivreux pur. Le sel violet cristallise sans altération de la solution ammoniacale chaude, tandis que le ferrocyanure de cuivre devrait être dé- composé par l'ammoniaque. Enfin la couleur du sel n'a pas la moindre res- semblance avec le ferrocyanure de cuivre. » Pour reproduire le violet artificiellement, nous avons étudié l'action de C. R., i865, !'"■ ScmcstiQ. (T. LX, N» 1.) 5 ( 34 ) l'ammoniaque sur le cyanure cuivreux. Le cyanure sec absorbe le gaz sec en se chauffant. La poudre blanche qui en résuite est le (H' 1 cyanure de cuprosonium J^ ) r \ Cy. » Le sel, insoluble clans l'eau, donne une solution incolore avec l'am- moniaque chaude et privée d'air ; cette solution dépose de longues aiguilles blanches de cyanure ammoniacal. Ou obtient le même sel en faisant bouillir le cyanure cuivreux avec l'ammoniaque dans une atmosphère privée d'oxy- gène. A l'état sec, le sel ne s'altère pas au contact de l'air ; mouillé d'eau ou d'ammoniaque, il se colore bientôt en violet. » Si l'on fait bouillir le cyanure cuivreux avec l'ammoniaque au contact de l'air, l'oxygène est absorbé. On laisse refroidir quand le liquide bleu se couvre de cristaux; des feuillets brillants d'un beau violet, ressemblant au perchlorure chromique, ne tardent pas à remplir le liquide. Ils peuvent être lavés et séchés au contact de l'air sans altération. Ce sel consiste poiu' la plupart en cyanure de cuprosonium mélangé à une petite quantité de ( ^""1 cyanure de cupriconium ÎS* ? H' | Cv'- I H' ) » Décomposé par la potasse, le sel fournit du protoxyde de cuivre jaune, à peine un peu noirci par du deutoxyde. Les différentes préparations nous ont fourni des sels d'une couleur plus ou moins saturée et dont la compo- sition variait entre ]N«H«€uCy%2oNH'GuCy et N' H«euCy%8NH'€uCy. Le sel d'un violet foncé qui s'était déposé de notre bain de cuivrage cor- respondait sensiblement à celte dernière limite. C'est sans doute une dé- composition partielle de l'acide cyanhydrique qui a fourni l'ammoniaque. » Nous penchons à croire que tous ces sels violets sont des mélanges des deux cyanures. Une composition chimique des deux sels se dépose en beaux prismes rectangulaires, si l'on fait refroidir la solution bleu foncé, que l'on obtient par une ébullition prolongée du cyanure cuivreux avec l'am- moniaque au contact de l'air. Les cristaux vert foncé, qui réfléchissent fortement la lumière, ont la composition iN'H«GuCy%4NH'GuCy. » En même temps, il se forme ordinairement un sel bleu qui ne peut pas (35) être séché sans décomposition. Il perd de l'ammoniaque, devient opaque, et le résidu, d'un bleu sale, correspond à peu près à la formule N^H''€uCy%2NH'euCy. » Décomposes par la potasse, ces deux sels donnent un mélange de prot- oxyde et de deutoxyde de enivre. » Nous avons trouvé la composition KaCy, aGuCy + H^Ô pour un sel blanc, insoluble, cristallisé en prismes monoclines tronqués de plusieurs millimètres de longueur, qui s'étaient formés dans le même bain de cuivrage qui nous a fonrni le sel violet. >> MÉTALLURGIE. — Cémentation du fer; remarques à l'occasion d'une communi- cation récente de M. Margiieritte. Extrait d'une Lettre de M. Jdi.lieiv. « Ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai eu connaissance de la Note de M. Mar- gueritte me concernant [Comptes rendus, n" 25, p. io44)- Je m'empresse d'y répondre en quelques mots. » M. H. Sainte-Claire Deville ayant démontré que l'oxyde de carbone [Comptes rendus, n" 22, p. SyS) est, comme l'ammoniaque, décomposable par la température seule, je reconnais qu'il est possible que le fer se cé- mente au simple contact d'un courant d'oxyde de carbone à haute tempé- rature. Ce que je prétends, c'est que les composés que forment entre eux le fer et le carbone ne sont pas des combinaisons, mais de simples disso- lutions. j> La cémentation du fer pai* les gaz n'est active que parce que : » 1° Ces gaz sont décomposés par la température; » 2° Le carbone se trouve en contact avec le métal à l'état de noir de fumée, c'est-à-dire presque à l'état de vapeur. » M. Meillet annonce avoir découvert depuis deux mois, dans les envi- rons de Châtellerault, plusieurs ateliers de fabrication d'armes et d'instru- ments en silex, ateliers qui témoignent d'une activité non moins grande que celui de Pressigny dont l'Académie a été plus d'une fois entretenue, mais qui indiquent, par la perfection du travail, un art plus avancé. Cette Lettre est renvoyée, à titre de renseignement, à l'examen de la Commission nommée pour diverses communications relatives à des ques- tions de paléontologie anthropologique. 5.. (36) M. Francisque annonce l'intention de soumettre au jugement de l'Aca- démie un travail qu'il vient de terminer -( sur la véritable base théorique de l'harmonie ». Quand le travail de M. Francisque sera parvenu à l'Académie une Com- mission sera chargée de l'examiner et réclamera, s'il y a lieu, l'adjonction de quelques Membres de l'Académie des Beaux-Arts. M. Mathieu Silhol envoie une Note relative à une question particu- lière de la théorie des nombres, dont il avait déjà fait l'objet d'une commu- nication. (Renvoi, comme la première Note, à l'examen de M. Serret.) A 4 heures un quart l'Académie se forme en comité secret. La séance est levée à 5 heures et demie. F. BULLETIN bibliographique. L'Académie a reçu dans la séance du a janvier i865 les ouvrages dont voici les titres : De ialaxie locomotrice et en particulier de, la maladie appelée ataxie loco- motrice progressive; par le D"^ P. TOPINARD; Paris, 1864 ; in-8°. Manuel du défrichement des forêts ; par A. d'Arbois de Jubainvile. Paris, i865;in-8°. Traité du lever des plans et de l'arpentage; par P. BRETON (de Champ). Paris, i865; in-8". Présenté, au nom de l'auteur, par M. Le Verrier. Des herborisations au Bousquet d'Orb et au Ca/lar [Hérault) en 1864, avec des considérations sur la flore de Montpellier ; par M. Henri LORET. (Extrait des Mémoires de C Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, année i 864, t. VL) Montpellier; in-4°. Géologie des environs de Rome; par Gabriel DE MORTILLET. (Extrait des Atti délia Società italinna di Scienze naturali, vol. VL) Milan, 1864 ; in-8". Annales de l'Association philomathiquc voi/éso-rhénane faisant suite à la Flore d'Alsace de M. F. KiRSGHr.EGER ; 'S" hvraison. Strasbourg, 1864 ; in-12. (37 ) . Sulla. . . Sur la transformation du sang en substance grasse; par le D"^ A. TlGRi. Turin, 1864 ; iu-8°. Présenté, au nom de l'auteur, par M. Morin. Intorno... Élude sur la rectification et sur les propriétés des caustiques se- condaires; parle proL Angelo Genogchi. {Extnxit des Jnnali di Matematica puraed applicata, t. VI, 11° 3.) Rome, i864; in-4''. PUBLICATIONS PERIODIQUES REÇUES PAR l'aCADÉMIE PENDANT LE MOIS DE DÉCEMBRE 1864. Comptes rendus hebdomadaires des séances de l' Académie des Sciences; 2° se- mestre 1864, n"' 22 à 26; in-4''. Annales de Chimie cl de Physique; par MM. Chevreul, DuMàS, Pelouze, BoussiNGAULT, Regnault ; avec la collaboration de MM. WuRTZ et Verdet; 4" série, octobre et novembre i864; in-8°. Annales de V Agriculture française ; t. XXIII, n"' 21 et 22; in-S". Annales forestières cl métallurgiques; t. III, novembre 1864 ; in-8°. Annales médico-psychologiques; 22'' année, t. III; novembre i864; in-8°. Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris; comptes rendus des séances; t. XI, i" livraison; in-8". Annales des Conducteurs des Ponts et Chaussées; 8" année; septembre i864; in-8°. Atti délia Società ilaliana di Scienze naturali; vol. VI, octobre 1864- Milan; in-8°. Atti delPimp. reg. Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti; t. IX, 3* série, part. 8 et 9. Venise; in-S". Bulletinde Li Société Géologique de France ;\., XXI, octobre 1 864; in-8° (*). Bulletin de V Académie impériale de Médecine; t. XXX, n°* 2, 3, 4 et 5; in-8°. Bulletin de l'Académie royale de Médecine de Belgique ; t. VII, n° 9; in-8**. Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d Agriculture de France; t. XVIII, n° 11; in-8». Bulletin de l' Académie rojale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique; t. XVII, n« 11; in-8''. . (*) C'est par erreur que ce Bulletin a été porté dans le Compte rendu n° 22 du 28 no- vembre dernier, p. gig, g" ligne. ( 38 ) Bulletin de la Société de Géographie; 5* série, t. \I, octobre i864; in-8°. Biblioflièque universelle et Revue suisse; n°' 82 et 83. Genève; in-8°. Bullettino meteorolocjico delt Osservatorio det Collegio Romano; vol. III, n"* 8, 9, 10 et 1 1, Rome; in-4°. Rulletin de la Société d Encouragement pour l'industrie nationale; t. X, 2' série, septembre et octobre i864; in-4°. Bulletin international de l'Observatoire impérial de Paris; n°' du 18 août et du 27 novembre au 10 décembre i8G4; feuilles aulographiées; in-folio. Catalogue des Rrevels d'invention, i864; n° 8; in-8°. Cosmos. Revue encj'clopcdique hebdomadaire des progrès des Sciences et de leurs applications aux Arts et à l' Industrie ; iS" année, t. XXV, u°' 22 à 25; in-S". Gazette des Hôpitaux; 37* année, n°' 129 à i5o; in-8''. Gazette médicale de Paris; 34* année, t. XIX, n°' 47 à Sa ; in-4°. Gazelle médicale d'Orient; octobre 1864, avec la table des matières pour les livraisons de la 7* année, 1 863- 1864 ; •in-4°. Journal d' Agriculture pratique ; 28° année, 1864, n°' 23 et 24; in-8°. Journal de Chimie médicale, de Pharmacie et de Toxicologie;] t. X, 4* série, décembre 1864, in-8°. Journal de la Société impériale et centrale d'Horticulture ; t. X, novembre i864;in-8°. Journal de Pharmacie et de Chimie; 23* année, décembre i864; in-8°. Journal des Connaissances médicales et pharmaceutiques; 3i* année, i864, n"' 33 et 34; in-8°. Journal de Mathématiques pures et appliquées ; août 1864; in-4°. Journal de la Section de Médecine de la Société académique du département de la Loire-Inférieure; vol. XL, 21 3* et 214* livraison; in-8°. Journal desjabricants de sucre; 5* année, n"* 34 à 37; in-4°. Journal de Médecine vétérinaire militaire; décembre 1864 ; in-8°. Kaiserliche... Académie impériale des Sciences we Vienne; année 1864, n°' 23 à 27; I feuille d'impression in-8°. L'Abeille médicale; 21* année, n°' 48 à 5i; in-4''. L Agriculteur praticien; 2" série, t. V, n"' 22 et 23; in-8*'. La Médecine contemporaine ; 6* année, n°' 23 et 24; in-4''. L'Art dentaire; 8* année, novembre i864; in- [2. LArt médical; cf année, t. XVII, décembre i864; in-8°. La Science pittoresque ; cf année; n°' 3i à 34; in-4''. La Science pour tous; 10* année; n"' i à 4; in-4''. ( 39) Le Courrier des Sciences et de l'Industrie; 3* année; t. III, u°* 7.5 à 26; in- 8°. Le Moniteur delà Photographie; 5^ année, n°' 18 et 19; in-4". Le Gaz; 8" année, n° 10; in-4°. Le Technologisle ; 3.5* année; décembre 1864 ; in-8°. Les Mondes. . . Revue hebdomadaire des Sciences et de leurs applications aux Arts et à VIndustrie; 2* année, t. VI, livr. i4 à 17; in-8°. Leopoldina... Organe officiel de l'Académie des Curieux de la nature^ pu- blié par son président, le D' C.-Gust. Carus; novembre 1864; in-4'*. Magasin pittoresque ; Sa* année ; décembre i864; in-4°. Montpellier médical: Journal mensuel de Médecine, 7* année; décembre 1864; in-8°. Montbly.. . Notices mensuelles de la Sociétéroyale d' Astronomie de Londres; vol. XXV, n'' i; in- 12. Nachrichten. . . Nouvelles de l'Université de Gœttingue; i864; n" 14; in-i2. Nouvelles Annales de Mathématiques ; novembre et décembre i864; in-8°. Presse scientifique des Deux Mondes; année 1864, t. II, n°' 10, 11 et 12; in-8°. Pharmaceutical Journal and Transactions; vol. VI, n°' 5 et 6; in-S". Répertoire de Pharmacie; t. XX, novembre 1864 ; in-S". Revue maritime et coloniale; t. X, novembre et décembre 1864 ; in-8''. Revue de Thérapeutique médico-chirurgicale; 3i* année, i8G4; n"* 22 et 24; in-S". The American Journal of Science and Arts; vol. XXXVII 1, novembre j864; in-8°. The Antluopological Review and Journal of the Anthropological Society of London; n° 6, août 1864; n° 7, novembre i864; in-S". The Mining and Smelting Magazine ; vol. VI, décembre 1864. Londres; in-8°. The Reader; yol. IV, n°' loi à io4; in-4". IV COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. SÉANCE DU LUNDI 9 JANVIER 1863. PRÉSIDENCE DE M. DECAISNE. MEMOIRES ET COMAIUMCATIONS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. M. LE Secrétaike perpétuel présente un exemplaire du tome LVIII des Comptes rendue, et annonce que ce volume est en distribution au Secrétariat. MÉTÉOROLOGIE. — Sur la quantité de pluie tombée au J trdin des Plantes de Montpellier en décembre i864; par^V. Ch. Martins. « La quantité de pluie mesurée eu décembre 1864 au Jardin des Plantes de Montpellier par deux pluviomètres, dont l'iui présente un mètre carré de surface, a été tellement extraordinaire, que je crois devoir la signaler à l'Académie. » Après un printemps et un été remarquablement secs, puisque la somme totale de la pluie tombée dans ces deux saisons ne s'est élevée qu'à 201 mil- limètres, l'automne s'annonçait comme devant être peu pluvieux, car la terre ne reçut en septembre que 26 millimètres d'eau; en octobre il en tomba 360 millimètres, en novembre f\i millimètres; en somme, pendant les trois mois d'automne, 428 millimètres. » L'hiver, à Montpellier, est ordinairement une saison sèche; aussi n'est-ce pas sans étonnement que j'assistai, du 10 au \l\ décembre, à des pluies torrentielles amenées par le vent de sud-est, et le i5 par celui de C. R., iSf;5, 1" Semestre. (T. I X, No 2.) 6 ( 4^ ) iior !-ost. La (jiiautifé totale de pluie tombi'e pendant ces six jours a été de 26i luillimètres. En vingt-qualre heures, du i4 au i5, les deux pluviomètres avaient reçu chacun 87 millimètres d'eau. La pluie reprit le 18, et enfin le 27, mais avec moins d'intensité. F,n résumé, si la quantité d'eau tombée du ciel en décembre 1864 était restée à la surface du sol, elle aurait formé une couche de 3ii millimètres d'épaisseur. Ajoulon?, comme point de comp:ir.\ison, qu'à Paris, si l'on additionne les pluies de toute l'anm'e, cette couche n'atteint en moyenne que l'épaisseur de 546 millimètres. » Depuis treize ans que j'observe à Montpellier, le mois de décembre le plus pluvieux avait été celui de i853 où il est tombé 126 millimètres d'eau. Dans le relevé fait par M. Marié-Davy des cinquante-six années d'ob-erva- tions des deux Poitevin père et fds et de Junius C.astelnau comprises de 1 767 à 1 8 1 2 et de 1 835 à r 85o, je ne trouve que les mois de décembre 1 767 ^ 176861 1772 où Poitevin père a noté 322 nullimétres, 32 i millimètres et 329 millimètres, quantités supérieures à celle de 1 864- Dans toutes les autres années, au nombre de soixante six, où la pluie a été mesurée à Montpellier, la quantité est moindre qu'en 1864. Soixante-neuf années d'obseï vation nous donnent 83 millimètres pour la moyenne de pluie du mois de décembre; elle montre que ce mois doit être rangé parmi les mois secs, mais elle ne saurait guider le cultivateur dans ses opérations agricoles à cause des écarts énormes entre lesquels oscille celte quantité, les deux termes extrêmes étant une sécheresse absolue (i836) et 329 millimètres ( 1772). L'écart moyen, calculé pour les soixante-neuf ans, est encore de 67 millimètres. La somme totale des pluies tombées en i86'j, nu Jardin des Plantas de Montpellier, a été de i™,o32. » MÉ^IOIRES PRÉSENTÉS. MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Complément au Mémoire lu le 10 aoiH 1857 sur l'imijulsion transversale et la résistance vive des barres, verges ou j outres élastiques; par M. de Saixt-Vexaxt. (Extrait.) (Commissaires précédemment nommés : MM. Poncelet, Lamé, Bertrand, Hermite.) a Dans le Mémoire sur l'uiipulsion transversale que j'ai lu le 10 août i 857 (t.XLV, p. 2o4), je commençais par reproduire le raisonnement et l'analyse de Navier, complétés par M. Poncelet, sur l'impulsion longitudinale, en sup- posant, avec ces savants, qu'à l'instant du choc de la barre par une masse étrangère, la section transversale heurtée prenait instantanément la vitesse ( 43 ) initiale de cette masse, les autres sections transversales de la barre n'ayant encore aucune vitesse; et je faisais une supposition analogue pour arrivera traiter le cas, non moins important, de l'impulsion transversale. » Puis ensuite, pour partir d'une hypothèse conforme à ce qui se passe en réalité (vu que la niasse heurtante est compressible elle-même), je sup- posais qu'au moment où la vitesse de la section heurtée est devenue égale à celle du centre de gravité de cette masse, une portion très-petite de la barre participait déjà au mouvement, et les sections de cette portion possédaient des vitesses décroissantes, suivant une loi inconnue, depuis la section heur- tée jusqu'à l'extrémilé, non encore ébranlée, de la même petite poition de la barre. » Mais, à ce moment, il est clair que la vitesse de la masse heurtante doit être déjà devenue un peu moindre que sa vitesse d'arrivée, car sa quantité de mouvement a dû se partager avec la petite portion en question. )) Je tiens compte, dans mon Mémoire complémentaire, de cette petite diminution Cela fait évanouir toute difficulté, ou tout doute sur le résultat; car on trouve qu'il y a destruction mutuelle des termes affectés de la première puissance de la longueur très-petite de la portion déjà ébranlée de la barre, et il n'y a plus qu'à effacer son carré, ce qui est permis, pour rendre le résultat indépendant de cette longueur indéterminée, et de la loi inconnue de la distribution de ses vitesses. Ce résultat est absolument le même qu'en sup- posant cette longueur nulle, comme ont fait pour le choc longitudinal Navier et M. Poncelet, dont la supposition, étendue même au choc transversal, doinie ainsi des expressions à l'abri de toute objection. » En iSjy, je ne traitais que le cas: » 1° Où la barre, heurtée transversalement au milieu, avait ses deux extrémités simplement appuyées. » xiujourd'hui j'en)brasse ceux : » 1° D'une barre ou poutre encastrée à ses deux extrémités, et heurtée toujours au milieu. » 3° D'une barre encastrée à une extrémité, et heurtée transversalement à l'autre. » 4° D'une barre libre aux deux extrémités, ou, si l'on veut, suspendue par l'une d'elles à un long fil, et heurtée à l'autre. » Tous ces cas sont résolus par des intégrales en séries de sinus, tant cir- culaires qu'hyperboliques, de la forme m-t ( 4.1 ) » ) représenlant, au bout du temps /, le petit déplacement transversal de la barre, à la distance jc d'une extrémité non beurtée; » T un petit temps égal tantôt '^\/Tr~ËÎ' '^"'"' ^V/tëî' "^ ' *^''P'*^^*'°" duquel P est le poids de la barre; a tantôt la moitié, tantôt la totalité de sa longueur; 1 le moment d'inertie de sa section; E le module d'élasticité longitudinale de sa matière; g la gravité; « y étant une somme relative à toutes les racines réelles et positives;/!, en nombre infini, d'une équation transcendante qui est, en désignant par sih et cob les sinus et cosinus byperboliques, ou en faisant = sui/«, = colim, 2 2 et en nommant Q le poids du corps beurtant : /sinm sih^\ ^ ^ P jg ,er ^^^ (harre appuyée), nin I Q ' m \cos/w coh; j — cosTO coh m m. m . sin m coh m -4- cos m sih m Q sin m coh m — cos m sih m pour le 2" cas (encastrée aux deux bouts), — = - pour le 3* cas (encastrée à un bout), icosm _ cohm\ ^ _^ ,p ^e ^^^ (libre aux deux bouts, l'un beurté) ; \sinTO sih/« / aQ '^ le cas où, libre aux deuxbouts, elle serait heurtée au milieu, rentre dans le premier; » Enfin, X étant une fonction de x et de m, de ces formes : . mx ni.v Sin — sili - — - X = i — pour le i" cas, cos m coh m ' . mx ., mx mx mx sin sih — cos coh — X = — H r-^ ri — — pour le a' cas, cas /« — coh m sin m + sih m . mx ., mx mx mx sin sih — cos coh — X = - - ^-^ pour le y cas, sin »2 + sih m cos m -j- coli m ' ., mx iih — ., pour le 4' cas- sih m * . mx ., mx sin — sih ■ a sin m (45) » Quant aux coefficients C,„, astreints à satisfaire à l'état initial de la barre, dont on peut d'abord supposer généralement que les sections aux distances x étaient animées de vitesses transversales J = ^(x) pour t = o, il faut, pour les déterminer, modifier les procédés connus, car en multi- pliant par Xd.v et intégrant de o à «, tous les termes de la série ne s'annulent pas hors un seul, comme dans les diverses questions traitées par Fourier et Poisson ; ou l'on n'a pas i /•o XX' dx = o, X' étant la valeur de X pour une racine m' différente de la racine m entrant dans X; mais l'on trouve, soit par une intégration directe et longue, soit, bien plus simplement, au moyen d'un raisonnement présenté il y a long- temps par MM. Sturm et Liouville, et, aussi, de considérations dues à M. Poisson, Il m'a donc fallu, pour éliminer tous les termes de la série hois un, com- biner ce qui résulte de l'intégration de l'équation 2'^C,„X = ^(x) multipliée par Xdx\, avec une particularisation de cette même équation pourx =; a, en l'écrivant — UX^ + > — (-„.X,= iK« , où V est relatif à toutes les racines hors w; genre d'artifice que j'ai reconnu ensuite avoir été employé par M. Duhamel dans une autre question [Jour- (46) tialdc iEtole Poljtechnique^ t. XVII ou 29^ cahier). 11 en est résulté ^'rn — * T «^0 f X^dx-h"-S^! où le premier ternie du dénominateur n'est point égal au second, au signe près, et doit être calcnlé pour les diverses expressions de X, car l'expression précédente de / XX'^jr n'est vraie que pour m' diflérpul de m. En particu- larisant <^{jc-) comme on a dit au commencement de cet extrait, l'on a, à cela près d'une quantité d'ordre négligeable, la même chose que si, à l'imi- tation de Navier, l'on faisait ({> (a) =:= la vitesse d'impulsion, et ^(x)nu! pour foute autre valeur de JT que a, ou £ X<\>{.r)cix — o. 1) Il eu résulte que les déplacements tiansversaux sont proportionnels à la vitesse d'impulsion. Mais leurs valeurs varient, du reste, suivant des lois fort compliquées, soit avec le temps t, soit avec la distance x à une extré- mité, à cause de l'influence des divers termes de la série infinie V? dont chacun donne une des diverses vibrations simples qui se composent en- semble. Il On arrive, il est vrai, en se bornant au premier tel me (répondant à la plus petite racine de l'équation transcendante) qui est relatif à la vibra- tion principale ou de premier ordre, à une expression moins composée, qu on peut même développer en série entière susceptible d'être boiiiée à un petit nombre de termes quand la masse de la barre n'est pas plus forte que la masse heurtante; expression qui donne, alors, pour \k\ flcclte totale de flexion, une valeur assez approchée, à laquelle on peut arriver directe- ment par diverses considérations. Mais on n'a point, ainsi, même api roxi- malivcmeiil, les courbures prises par la barre, courbures d'où dépendent les plus grandes dilatations âesfihres et par conséquent les conditions de résis- tance, car ces courbures dépendent, elles-mêmes, plus des vibrations de deuxième et de troisième ordre que des vibrations principales ou de pre- mier ordre. ( 47 ) » Généralement, les séries entières ne peuvent donner, dans les questions de résnlnnce vive des pièces, que des indications erronées, et il faut recourir aux séries transcendantes, comme celles que fournissent les solutions ci- dessus, les seules exactes qui aient été données jusqu'à présent de cas de flexion transversale déterminée par l'arrivée d'une masse étrangère animée fi'vme certaine vitesse. « OPTiQUiî. — Théorèmes sur la réflexion c.ristnlline. Note de 31. A. Conxu, présentée par M. Fizeau. (Commissaires, MM. Chasles, Pouillet, Fizeau.) « J'ai eu riiouneur, il y a deux ans, de présenter à l'Académie un théorème sur la relation qui existe entre les plans de polarisation des rayons incident, réfléchi et réfracté dans les milieux isotropes. » En étendant ces recherches aux milieux cristallisés, j'ai été assez heu- reux pour démêler, dans la complication du phénomène, quelques propo- sitions géométriques qui me semblent jeter un grand jour sur le problème si difficile de la réflexion cristalline. » Je me bornerai aux énoncés principaux. » § I. — Eu appelant avec Mac-Cnilagh, dont nous adoptons les idées, plan polaire d'un rayon polarisé le plan mené par le rayon et par sa vibra- tion, on arrive aux théorèmes suivants qui s'appliquent à la réflexion de la lumière polarisée siu' une surface plane d'un milieu quelconque (on néglige les perturbations qui rendent la polarisation elliptique) . » Théorème I. — Les plans menés normalement aux plans polaires des rayons incident et réfléchi, et passant par ces rayons, se déplacent simultanément de manière que leur droite commune décrive un cane du second degré, [inci- dence et le plan de réflexion restant les mêmes. » C'est ime application à la physique des théories de M. Chasles sur les faisceaux de plans homoyraphiques. » Ce cône a évidemment son sommet au point d'incidence et passe par les rayons incident et réfléchi. » Trois autres génératrices achèvent de le définir : ce sont les normales au polygone des vibrations dans les trois cas où ce polygone est plan, à savoir : quand il se réduit à un triangle par l'extinction de l'un ou l'autre des rayons réfractés; quand la vibration incidente est dans le plan des vibrations réfractées. ( 48 j )» Mac-Cullagh a ilonné des formules très-simples pour calculer ces élé- nienls. » Hemarque I. — Si l'on désigne par a, [j les azimuts des plans polaires jiar rapport an plan d'incidence des rayons incident et réfléchi, leur rela- tion analytique sera tang(a — g') _ ^ tang(p-p') a', |S', k étant des constantes. )i Ou reconnaît aisément fiue a = a', a= «'h — sont les i\e\\\ azimuts rectangulaires du plan polaire incident qui correspondent aux {\en\ azi- muts rectangulaires du plan polaire réfléchi /3=/3', |Sr=jS'4--- » Les trois coefficients se calculent à l'aide du théorème précédent. » Il est inutile d'insister sur l'importance de cette proposition qui, outre sou élégance géométrique, réduit la détermination de l'azimut du plan de polarisation du rayon réfléchi à un calcul élémentaire de Trigonométrie sphérique. » Reinanjue II. — [.es incidences de polarisation complète correspondent au cas particulier où le cône du second degré se réduit à deux plans qui passent respectivement par l'un des rayons incident ou réfléchi. Cette con- dition est nécessaire mais n'est pas suffisante : d y a d'autres cas où le cône se rédint à un système de plans; la iliscussion en est très-simple. » Nous remarquerons seulement que les incidences de polarisation com- plète sont contenues dans les solutions de A =: o. B Les valeurs de a' et |3' représentent les constantes du phénomène connu sous le nom de déviation. » § IL — Si l'on fait varier l'incidence /, /', /"... en même temps qu'on change le milieu extérieur de manière que les indices n,ri\ /?",..., soient liés par la relation les divers rayons incidents correspondent tous aux mêmes rayons réfractés. L'étiide de la variation des cônes du second degré dans ce cas conduit à im théorème fort remarquahle. )i ThiîORÈMIî IL — Les cônes correspondant (lu \- incidences qui donnent les )nénies rnyo>is réfractés se coupent suivant (ptatre w > n' > ',>' > II". » Ce théorème donne une vue d'ensemble sur les phénomènes de pola- risation observés dans la réflexion au milieu des liquides, entre autres des grandes déviations observées pour la première fois par MM. Leebeck et Brewster. Mais ce qui le rend encore plus remarquable, c'est d'être com- plètement indépendant de la surface de l'onde, et par suite de circonscrire les hypothèses dans un cercle plus étroit. » Toutes ces propositions sont déduites géométriquement de la théorie de Mac-Cullagh; l'expérience, au moins pour les derniers résultats, ne leur a pas encore donné sa sanction. Les mesures, en effet, nécessitent une pré- cision extrême et des calculs très-laborieux quand on se sert des appareils ordinaires. » Un appareil spécial destiné à simplifier ces vérifications par l'observa- tion directe des coefficients a, a', k est actuellement en construction. J'espère être bientôt en état de développer dans un Mémoire plus étendu ces recherches théoriques et expérimentales sur la réflexion cristalline. » PHYSIQUE APPLiQi:ÉE. — Sur un nouveau système d' électro-aimant à fil découvert, imaginé par M. Carlier. Note de M. Tu. DuMoxcel. (Commissaires précédemment nommés : MM. Pouillet, Regnault en rem- placement de feu M. Despretz.) « Un électro-aimant dans son principe se compose d'un cylindre de fer recouvert d'une hélice de fil métallique à travers laquelle passe un courant électrique. Jusqu'à présent on a cru qu'il était indispensable, pour obtenir G. R., i865, I" Semestre. (T. LX, N" 2.) 7 (5o) un effet caractérisé, d'isoler les unes des autres les différentes spires de cette hélice, et dans cette conviction on s'est trouvé conduit à recouvrir le fil destiné à la constituer d'une enveloppe isolante, soit en soie, soit en coton, soit en gutta-percha, soit avec un vernis pins ou moins isolant. Plusieurs expériences ayant fait entrevoir à M. Carlier (mécanicien) que cette isola- tion pouvait bien ne pas être aussi utile au développement de la force ma- gnétique qu'on le pensait généralement, il a essayé d'employer pour la construction des hélices magnétisantes du fil métallique complètement dé- pourvu de toute couverture isolante, et il est arrivé à des résultats tellement extraordinaires, que si je n'avais pas par moi-même expérimenté ces sortes d'électro-aimants, je n'aurais jamais cru à leur réalité. En effet, non-seule- ment ces électro aimants ont pu produire tous les effets d'attraction des électro-aimants à hélice isolée, mais ces effets ont été dans plusieurs cir- constances plus que doublés, et ils ont de plus présenté i'inimensc avantage de ne fournir qu'un extra-courant à peine sensible. L'unique condition pour obtenir ces effets est que les différentes couches de spires soient séparées les luiesdes autres par des enveloppes de papier, et que les bobines soient en bois ou en cuivre garni intérieurement d'une couverture isolante. » Les avantages de ce système sont faciles à saisir : d'abord, on réalise une économie considérable dans la fabrication des électro-aimants, puisque toute la couverture en soie dont les fils des hélices sont recouverts est sup- primée. En second lieu, les effets étant beaucoup plus énergiques, on peut employer des organes de plus petites dimensions, ce qui rend plus prompts les effets électro-magnétiques. Enfin, en raison de la suppression de l'extra- couraut, ces électro-aimants ne présentent plus de fortes étincelles aux inter- rupteurs, permettent un mouvement plus prompt des armatures, et peuvent avoir un emploi plus efficace dans les bobines d'induction électro-magné- tiques. Dans les appareils télégraphiques, ils présentent de plus l'avantage de ne pas être détériorés par suite dun foudroiement de la ligne. D Pour qu'on puisse se faire ime idée de la force de ces électro-aimarjts, il me suffira de dire qu'un élecfro-aimant ayant des noyaux de fer de 4 "l centimètres de longueur sur 7 millimètres de diamètre, et ne portant qu'une seule rangée de spires en fil fin de o™'°,2'77 de diamètre, le tout fournissant io3 spires, a pu soutenir, sous l'influence de deux éléments BiiDsen (petit modèle), un poids de 3'''',900, alors que le même électro- aimant recouvert de fil isolé n'a pu soutenir dans les mêmes conditions que 2''", 4oo. Il est vrai qu'en raison du ])lus grand diamètre du fil recou- vert le nombre des spires dans ce dernier cas n'a pu être que de 77. ( 5i ) » Un second électro-aimant ayant des noyaux de 5 ^ centimèlres de lon- gueur sur 8 millimètres de diamètre, portant sur chacune des bobines douze rangées de fil de o""°, 368 de diamètre constituant 98 spires, a pu porter avec urie pile de Danicll de vingt éléments un poids de 940 grammes, alors qu'un pareil électro-aimant avec fil recouvert de soie, placé dans les mêmes conditions, sauf le nombre des spires qui ne se trouvait être que de 78 par rangée, n'.i pu soutenir un poids supérieur à S/jo grammes (1). M Les effets d'attraction à distance ont été encore plus favorables aux éleclro-aimants à fil découvert. A i millimètre d'écarlement de l'armature et avec une pile Daniell de 28 éléments mal chargés, on a obtenu : Pourl'élcclro-aimant Po ur l'cleclro-aimant Avec lin cirruit de à fil découvert. 3 fil recouvert. kilomètre. 33 grammes. 12 grammes. 10 kilomètres. 12 » 3 .. 20 » 4 » » » J'ai cherché à me rendre compte de l'effet électrique produit dans ces sortes d'appareils, et je suis arrivé à des conséquences assez curieuses. » J'ai d'abord reconnu que, conformément à ce qui se passe dans les condixcteurs discontinus réunis par simple contact, tels que limailles mé- talliques, poussières charbonnées, etc., la conductibilité directe établie entre les spires juxtaposées d'un bout à l'autre d'une hélice magnétique est très- réduite, et celle-ci peut en définitive fournir une résistance assez notable, bien que n'ayant aucun isolement. En mesurant à une boussole des sinus de 24 tours l'intensité du courant fourni par un élément de Daniell pas- sant à travers un circuit de 10 kilomètres de résistance (en fil télégraphique de 4 millimètres) et l'électro-aimant à fil découvert dont nous avons parlé précédemment et qui avait 2352 spires, j'ai trouvé pour intensité 26°8'. En procédant de la même manière avec l'électro-aimant semblable portant le fil recouvert, l'intensité s'est trouvée réduite à 18° 35'. Sans l'intermédiaire de l'un ou l'autre de ces électro-aimants l'intensité du courau t était de 3 1 ° i o' . u Ainsi la résistance de l'électro-aimant non isolé a pu faire tomber de 5°2' l'intensité du courant, alors que l'électro-aimant isolé ne l'avait fait tomber que de la^aS'. (i) La longueur totale du fil du premier électro-aimant était 5ç) mètres, soit 984 de fil télégraphique, et le nombre total des spires était 2352. La longueur du fil du second était 47 mètres, soit 784 mètres de fil télégraphique avec 1872 spires. 7- ( 52 ) » J'ai cherché ensuite à reconnaître l'effet produit par une liaison plus (hrecte des spires les unes aux autres, et j'ai pour cela enveloppé un élec- Iro-aimant à fil découvert d'une chemise métallique en papier d'étain ; Tin- tensité électrique s'est trouvée alors bien voisine de celle produite sans l'in- teriiiédiaire de l'élcclro-aimant ; mais l'attraction s'est trouvée réduite dans le rapport de 4 à i pour un électro-aimant à une seule rangée de spires. » Quant au mode de liaison des spires entre elles, il paraît n'avoir qu'une faible influence; ainsi, j'ai coupé le fil d'un électro-aimant à fil découvert à plusieurs endroits dans le corps de l'hélice, en faisant même dépasser les bouts en dehors de la bobine, et 1 attraction restait toujours à peu près la même, quand toutefois les spires étaient serrées les unes contre les autres ; elle s'arrêtait ou devenait moindre quand le contact cessait ou devenait im- parfait entre les tronçons séparés. J'ai également fait communiquer sans in- convénient les deux bobines par l'intermédiaire de la culasse de l'électro- aimant. » Si l'on considère maintenant que, dans les électro-aimants à fil dé- couvert, la surface de contact des spires entre elles représente par le fait une spirale linéaire dont les points sont appelés à fournir des dérivations, on comprend aisément que les flux électriques provoqués par ces dérivations ne peuvent se produire qu'en fournissant une série de courants superposés cir- culant à travers tous les plis de l'hélice métallique, en raison des résistances au passage d'une spire à l'autre. Or, si le courant primitif circulant dans l'hélice se trouve d'un côté affaibli par le fait des dérivations, il se trouve d'un autre côté renforcé par ces courants dérivés superposés, lesquels, en surexcitant la pile, fournissent en définitive un courant beaucoup plus énergique. D'un autre côté, il ne faut pas perdre de vue que le courant direct qui résulte des dérivations, et qui passe à travers les spires dans le sens de l'axe de l'hélice, doit à son tour se dériver à travers celles-ci; et comme il ne se trouve pas alors affaibli par la résistance de l'hélice, il doit contribuer encore à augmenter l'intensité du courant qui parcourt celle-ci. Enfin, comme avec le fil découvert le uombre des spires enroulées est for- cément plus considérable qu'avec le fil recouvert, il doit en résulter en- core une augmentation de force magnétique. Ces considérations doivent suffire, ce me semble, pour rendre compte de la force considérablement plus grande des électro-aimants à fil découvert et de leur affaiblissement immédiat quand on recouvre les rangées de spires d'une enveloppe métal- lique, ou qu'on néglige de séparer les couches de spires les unes des autres par une feuille de papier. D;uis ce dernier cas, en effet, la dérivation devient (53) si peu résistante d'une rangée à l'autre, que le courant passe directement à travers la niasse du fil sans contourner les spires, et le même effet se produit avec l'enveloppe métallique quand elle recouvre les couches de spires dans l'expérience dont nous avons parlé. » Quant à l'absence presque complète des courants induits, elle s'ex- plique facilement dès lors qu'on réfléchit que, l'isolement n'existant plus entre les spires, l'induction ou la condensation ne peut plus se faire. » PHYSIQUE APPLIQUÉE. — Analyse speclrale simplifiée; par M. l'abbé Laborde. (Extrait.) (Commissaires, MM. Fizeau, Faye, Edin. Becquerel.) (( ... En demandant à l'analyse beaucoup moins que ce qu'elle peut donner, j'en ai obtenu tout ce qu'il faut pour reconnaître facilement et promptement la plupart des métaux, et les radicaux d'un grand nombre de sels. Une machine d'induction ordinaire animée par un ou deux couples Bunsen, et un petit spectroscope de poche dans lequel je n'ai consulté que la partie la plus visible du spectre, m'ont suffi pour ces recherches. Je vais décrire les moyens qui, en permettant de se contenter d'aussi faibles res- sources, mettent le procédé à la portée d'un plus grand nombre. » Condensateur variable. — Il se compose d'un carreau fulminant fixé verticalement; l'une des armatures est mobile; à l'aide d'une crémaillère et d'un pignon on peut la faire glisser le long de la surface du verre contre laquelle elle est pressée par des ressorts, jusqu'à ce que son bord inférieur corresponde au bord supérieur de l'autre armature; on peut ainsi aug- menter ou diminuer progressivement les surfaces agissantes. » On n'obtiendrait pas un effet aussi régulier en éloignant et en rappro- chant du verre l'armature mobile, car le condensateur produit presque subitement tout son effet au moment où l'armature s'applique sur le verre. Il est important que cet effet soit progressif, comme on le comprendra par les expériences suivantes. Je suppose que l'étincelle éclate entre deux fils d'argent : le spectroscope y fait voir deux raies principales qui suffisent pour caractériser ce métal; mais incertain sur la place qu'elles occupent, un œil peu exercé ne saura pas y reconnaître l'argent. Si l'on introduit un con- densateur ordinaire dans le courant induit, ces raies deviennent plus écla- tantes; mais en même temps paraissent une foule d'autres raies étrangères à l'argent, tout aussi brillantes, et produites par l'air que l'étincelle traverse. ( 54 ) 11 en résulte une confusion nu milieu de laquelle il est encore plus difficile de distinguer les raies caractéristiques du métal. Si alors on diminue l'éten- due des surfaces agissantes, les raies de l'air deviennent moins nombreuses; elles perdent de leur éclat, et, à un moment donné, au lieu d'être un obstacle, elles deviennent des repères très-précieux. Comme elles occupent invariablement les uiêmes places, et qu'on peut toujoins leiu" donner la même apparence à l'aide du condensateur variable, l'œil qui s'y est habitué s'en sert pour reconnaître promptenieiit et sans hésitation la véritable posi- tion des raies métalliques : cela est d'autant plus facile, que leur éclat dimi- nue moins promptement que celui des raies de l'air. » On a cherché souvent à faire connaître un métal par la couleur de ses raies : c'est un moyen très-incertain, et, au lieu de consulter la couleur, si l'o!) assigne j)arfaitement la position, deux ou trois raies de première visi- bilité suffisent largement pour caractériser un métal. J'emploie cette expres- sion de première visibilité, car dans l'analyse spectrale on peut distinguer pour chaque métal des raies de première, de seconde, de troisième visibilité, de même que dans chaque constellation on reconnaît des étoiles de pre- mière, de seconde, de troisième, etc., grandeur. Les raies de première visi- bilité paraissent ordinairement sans le secours du condensateur, et à mesure que l'on augmente les surfaces condensantes, les raies de seconde, de troi- sième visibilité se présentent successivement; on peut y avoir recours si l'on tient à un contrôle plus sévère. Pour distinguer plus facilement dans la description les raies produites par l'air, je les nommerai, en raison de leur forme un peu estompée, bandes aériennes. J'ai cru devoir fixer leur nombre à six dans la partie la plus visible du spectre de D à F de Fraûnhofer. » On croira peut-être qu'il serait préférable d'avoir à sa disposition un condensateur à armatures fixes, dont les surfaces condensantes essayées d'avance feraient paraître de prime abord les six bandes aériennes; mais je ferai remarquer que l'étincelle a non-seulement une teinte différente, mais encore un pouvoir éclairant bien différent pour chacun des métaux. » Les six bandes aériennes ne paraissent pas toutes à la fois : la deuxième et la cinquième se montrent les premières, et lorsque la troisième plus faible que les autres commence à paraître, on s'en tient là pour fixer la position des raies de première visibilité. La raie D du sodium se voit dans presque toutes les expériences. )) Juxlaposition des spectres. Contrôleur mélalticpie. — Il est souvent important de comparer deux spectres différents en les mettant en regard l'un de l'autre. On a recoiu-s alors à deux sources de lumière différentes, ( 55 ) et tout est disposé de telle sorte, que l'une des deux lumières passe par la moitié supérieure de la fente verticale du spectroscope, et l'autre par la moitié inférieure. J'ai trouvé un moyen plus facile à mettre en pratique; il est fondé sur une observation qui n'aura pas échappé à d'autres physiciens : quand on examine au spectroscope l'étincelle qui éclate entre deux métaux de même nature, on voit leurs raies traverser toute la largeur du spectre; en les observant attentivement, on s'aperçoit qu'elles sont plus brillantes vers les bords du spectre qu'au milieu. Si l'on diminue progressivement la force du courant, le milieu perd son éclat, les raies se disjoignent et n'exis- tent plus que vers les bords : il est alors évident cjue chaque électrode fournit ses raies, et que l'on a sous les yeux deux spectres séparés et paral- lèles. Ces raies, qui, selon la force du courant ou l'étendue du condensateur, n'occupent que le quart, le tiers ou la moitié du spectre, se distinguent par là très-facilement des bandes aériennes qui toujours s'étendent uniformé- ment d'un boi'd à l'autre, et il f;uit généralement s'entourer des conditions qui les fractionnent ainsi pour les étudier à son aise. )> J'ai construit d'après ces données un petit instrument que je nomme conlrôteur métallique, parce qu'il offre le moyen le plus certain de recon- naître la nature d'un métal. Il se compose d'un disque de cuivre sur le con- tour duquel on frxe le plus grand nombre de métaux différents que l'on peut se procurer. Ces métaux doivent être à l'état de fils ou de petits lingots que l'on façonne aisément en aspirant le métal fondu par un petit tube de verre que l'on brise ensuite avec précaution. Ces métaux, placés parallèle- ment aux rayons, dépassent tous de la même longueur le contour du disque, qui présente l'aspect d'une roue dentée dont chaque dent serait formée d'un métal différent. Cette roue placée verticalement est montée sur ini axe qui tourne à frottement, et qui est mis en relation avec l'un des fils induits; l'autre fil se termine par le métal inconnu, que l'on place au-dessous du contrôleur à la distance explosive; un mouvement de crémaillère permet de modifier à volonté cette distance. L'étincelle passant entre les deux mé- taux mis en regard présente dans le spectroscope leurs spectres juxtaposés. On fiit tourner la roue jusqu'à ce que l'on rencontre un métal dont les raies correspondent à celles du métal incoinni ; puis on augmente la surface du condensateur variable : les raies grandissent alors, elles se pénètrent, s'iden- tifient, et, pour connaître le métal cherché, il suffit de lire sur le contrôleur le nom de celui qui lui est opposé. J'ose dire qu'aucun autre procédé n'offre un contrôle aussi certain. » Cet instrument est précieux pour certains alliages : en lui soumettant (56) du laiton, par exemple, on a bientôt reconnu que le cuivre et le zinc sont les métaux qui présentent des raies correspondantes. Il offre aussi un excel- lent moyen d'étude lorsqu'on veut fixer dans sa mémoire la forme des dif- férents spectres : on lui oppose alors un métal dont les raies soient peu sensibles, le platine par exemple, dont le spectre paraît à peu près continu ; on fait passer à plusieurs reprises tous les métaux du contrôleur, et, après quelque temps d'exercice, on peut les rommer sans avoir recours à l'éti- quette. » Certains métaux, comme le fer, le nickel, l'aluminium, exigent un courant plus fort pour montrer leur raies : un moyen très-efficace pour les rendre visibles consiste à mettre un peu d'acide sur une petite lame de verre, l'acide chlorbydrique de préférence ; on secoue le verre pour amincir la couche, et on l'applique sur l'extrémité du métal; cependant il faut en user avec circonspection, car le chlorure est parfois entraîné par l'étincelle sur le métal opposé, qui donne alors pendant quelque temps des raies qui lui sont étrangères. Le pôle négatif produit des raies plus intenses que le pôle positif; il est utile de pouvoir transmettre cet avantage à l'un ou à l'autre métal, et d'avoir un commutateur dans le courant de la pile. » La Note est terminée par l'indication des procédés employés par l'auteur pour soumettre à l'analyse spectrale un certain nombre de sels. THÉRAPEUTIQUE. — Emploi de l'acide jiliëniqiie en médecine. Réclamation de priorité adressée à l'occasion d'une communication récente; par M. Lemaire. (Extrait.) (Commissaires, MINL Andral, Rayer, Jobcrt de Lamballe.) H Dans la séance de l'Académie du 2 janvier i86f, M. le D"' Déclat a communiqué un Mémoire sur l'emploi de l'acide phénique en médecine et en chirurgie.... Pour que l'Académie puisse juger la juste part qui revient à M. Déclat dans cette question, je me bornerai à rappeler les dates de son travail et celles de mes publications sur ce sujet. L'ordre des temps veut que je commence par les miennes. » 8 septembre 1839. — Note à l'Académie de Médecine sur l'emploi du coaltar saponiné dans les plaies gangreneuses et autres de mauvaise nature. ■ Juin 18G0. — Du coaltar saponiné et de ses applications. Ce tra- vail contient près de quatre-vingts observations, recueillies sur l'homme et les animaux, parmi lesquelles se trouvent une quinzaine de cas de ( 57 ) , gangrène où l'action de ce médicament a l'té des plus rem;irquables. J'y rapporte l'analyse de ce médicament et j'étudie comparativement l'action de ses composants pour déterminer auquel il doit les remarquables pro- priétés que j'ai observées. Mes expériences démontrent son mode d'action, et que c'est principalement à l'acide pliénique que ses effets sont dus. 1) 4 mars i86i. — Note communiquée à l'Académie sur les applications de l'acide phéniquo à l'hygiène et à la thérapeutique. Ce travail a été publié tlans les journaux rinslitul et le Cosmos. » Mai et août i86i. — Nouvelles observations sur les applications (\u coaltar saponiiié à la thérapeutique, publiées dans le Moniteur des Sciences médicnles. Ce travail contient vingt-six observations diverses, dont dix de gangrène où les effets de ce médicament ont été des plus remarquables. » 8 octobre i86i. — Depuis la fin de i86o, ayant fait à l'hôpital Saint- Louis, dans celui de M. Bourrel, vétérinaire, et ailleurs, un grand nombre d'expériences avec l'acide phétùque, je commençai dans le Moniteur ries Sciences médicnles la publication d'un long Mémoire sur cet acide. La publi- cation (le ce travail, qui occupe luie large place dans six de ses numéros, a été forcément interrompue parce que ce journal a cessé de paraître. Dans une longue introduction, je donne un résumé des applications importantes que j'ai faites du coaltar, et je dis que le but de ce travail est de rempla- cer cette substance par l'acide phénique pour des motifs que j'y développe. Le dernier numéro est du i6 novembre. « 1 5 octobre 1862. — La publication du travail précédent, qui avait été interrompue parce que le Moniteur des sciences médicales avait cessé de pa- raître, est reprise dans le Moniteur scientifique du D'" Quesneville et achevée pendant l'année suivante. Les expériences nombreuses que j'avais faites v sont rapportées pour démontrer l'action de cet acide sur les végétaux, les animaux, les ferments, les venins, les virus et les miasmes. Un grand nombre d'applications de cet acide sont consignées dans ce Mémoire. » i863. — Je résume toutes mes recherches sur le coaltar et l'acide phé- nique dans un volume de 432 pages. Il est intitulé : De l'acide phénique et de ses (ipjiHcations à l'industrie, ci l'hjijiène, aux sciences anatomiques et ci In thérapeutique. Recherches de M. Déclat. « C'est seulement le 3o novembre 1860 que M. Déclat dit avoir appliqué l'acide phénique pour la premièie fois. 0. R., i865, I" Semesire. (T. LX, N» 2.) ^ ( 58) » i865. — C'est le 2 janvier de cette année que M. Déclat coiiiiiience à ])ublier ses recherches. Son Mémoire ne conlieiit rien que je n'aie pubhé avant lui, si ce n'est une application à un engorgement de la langue. » PATHOLOGIE. — Note sw un cas de scorbut observé chez te Gorille. Note de M. CÉREXGER-FÉRAtJD, présentée par M. Bernard. (Extrait.) (Commissaires précédemment nommés: MM. Rayer, Peligot, Bernard.) « Pendant un voyage que j'ai fait sur les côtes occidentales d'Afrique, j'ai eu l'occasion d'observer un jeune Gorille qui présenta, à un certain moment où nous manquions de vivres frais, les symptômes d'un scorbut bien caractérisé (i). L'animal, qui jusque-là avait été agile et gai, paraissant supporter très-bien la captivité puisqu'il jouissait d'un excellent embonpoint et qu'il était d'un caractère doux et sociable, devint peu à peu triste, dor- meur et paresseux. Il maigrit, son poil devint roide, sec et cassant; sa peau, de couleur naturellement plombée, prit une teinte terne et se desquamma par petites pellicules comme dans le pityriasis. B Les muqueu.ses nasale, labiale et préputiale se décolorèrent, tandis que les gencives devinrent rouges, livides, botu-souflées et présentèrent bientôt des ulcérations pultacées qui s'étendirent et ébranlèrent les dents. J'entrepris de cautériser ces ulcérations avec le nitrate d'argent, avec les acides citrique, chlorhydrique, etc., mais l'amélioration locale, très-diffi- cile à obtenir, ne se manifestait que lentement. Bientôt des hémorragies passives par la bouche et par le nez se firent jour, mettant l'animal dans un état de débilité si grand, qu'on pouvait prévon- qu'il succomberait avant peu. » La coloration de la peau n'a pas permis de constater irrécusablement les pétéchies et les ecchymoses; cependant, à l'aspect plus terreux de cer- taines portions des membres, surtout vers la région poplitée, je suis porté à croire qu'il y avait bien réellement extravasation du sang dans le tissu cellulaire. » L'état général était au plus mal quand nous pijmes nous procurer des légumes frais et des fruits acides ou sucrés. Sous leur influence, comme sous l'action des toniques, le jeune Gorille reprit des forces et revint peu à ( 1) A ce moment l'équipage du navire sur lequel nous étions présentait une véritable épi- démie de scorbut. ( 59) peu à la sauté coiiiplèle jusqu'iui moment où, le navire remontant vers des latitudes plus froides, il succomba à la phthisie si fréquente chez le Singe en captivité. » M. Tellier soumet au jugement de l'Académie une Note sur une nou- velle application du gaz anunoniac. « La possibilité d'emmagasiner la force motrice et de la distribuer dans de bonnes conditions a été, dit l'auteur, l'objet de nombreuses études res- tées jusqu'ici sans succès. Le gaz ammoniac, par ses propriétés spéciales, permet d'atteindre ce but. C'est sur cette application que j'ai l'honneur d'appeler l'attention de l'Académie. » (Renvoi à l'examen des Commissaires nommés pour une conmuniication récente sur le même sujet : MM. Piobert et Combes.) M. Babactt adresse d'Angerville (Seine-et-Oise) un Mémoire sur la pus- tule maligne. « Les médecins des grandes villes, dit M. Babauty, ayant rarement oc- casion d'observer cette maladie, j'ai pensé qu'il était du devoir des prati- ciens qui exercent la médecine dans des contrées où ce fléau sévit habituel- lement, d'apporter le tribut de leur expérience; je suis dans ce cas^ puisque j'habite depuis vingt ans une petite ville située au milieu de la Beauce, dont les immenses plaines sont couvertes de moutons sujets à ces affections charbonneuses qui sont l'origine de la pustule maligne chez l'homme. » (Commissaires, MAI. Velpeau, Rayer.) M. B. ScHXEPP soumet au jugement de l'Académie utie Note ayant pour titre: « La phthisie est une maladie iibiquitaire, mais elle devient rare à cer- taines altitudes ». (Commissaires, MM. Rayer, Bernard, Cloquet.) M. Pons, en adressant une Note sur les fonctions de la rate, annonce que ses recherches sur ce point lui p;iraissent de nature à jeter du jour sur la nature et le traitement du choléra; il demande en conséquence que son travail soit considéré comme pièce de concours pour le prix du legs Bréant. (Renvoi à l'examen de la Section de Médecine, constituée en Commission spéciale pour ce concours.) 8.. ( 6o ) M. Yekdeii, adresse mie Note sur une expérience qui se rattaclie à celle dont il avait fait, au mois de septembre dernier, l'objet d'une précédente communication. Cette Note est renvoyée, comme l'avait été la première, à l'examen de M. Delaunay. CORRESPOiVDAiVCE. M. LE BiBLinniÉcAiRE EX CHEF DU British Mcsecm remercie l'Académie pour l'etivoi de plusieurs volumes de ses publications. La Société des Ahchitectes de Madrid remercie également l'Académie pour un semblable envoi. M. LE Directeur ex chef du Relevé géologique de la Suède adresse, pour la Bibliothèque de l'Institut, les livraisons 6 à i3 de la Carte géologique de ce pays, livraisons dont chacune est accompagnée des renseignements écrits qui s'y rattachent. La Carte elles documents écrits sont publiés par les or- dres et aux frais du Gouvernement. ASTHO^OMIE. — Observation il' une nouvelle comète. Lettre de M. Chacorxac à M. Elie de Beaumont. a J'apprends à l'instant par la voie des journaux que M. Respighi, de Bologne, a découvert une comète dans la constellation de l'Aigle. » Ayant observé la même comète les 19 et i3 du même mois aux envi- rons des étoiles a et â de la constellation d'Antinous, j'ai cru que c'était la comète de MM. Donati et Toussaint qui avait passé à son périhélie le i i oc- tobre dernier. Dépourvu de cartes célestes et de catalogues qui puissent me faire reconnaître les étoiles auxquelles je l'ai comparée ces deux jours, je ne puis vous communiquer ces observations réduites. o Le 19, à 6 heures 3o minutes du soir, elle précédait de 9 secondes eu ascension droite une étoile de 9* à 10" grandeur, située très-près de l'équa- leiu', et |)ar 288 degrés environ d'ascension droite. Sur lUie droite qui passe par les étoiles «et â tl'Antinous, la déclinaison était 7 minutes d'arc plus australe que celle de cette étoile, dont j'espère vous communiquer posté- rieurement la position exacte. » A celte date du 19 décembre, la comète était à l'équatenr même, for- mant un triaiigleéquilatèreavect?d'Aulinoiisetôdu Taureau de Poiiiatowski. ( 6. ) • » r>e 2'3 cléceiiibre elle était devenue centrale, se mouvant sensiblenienl sur un parallèle à l'équaleur. A 5 heures Sa minutes, temps moyen de Lyon, elle avait une même ascension droite qu'une petite étoile de 10*= grandeur, et était plus australe que cette étoile de 6 minutes d'arc. Elle était environ dans le même vertical que /^ d'Antinoiis. Les configurations que j'en ai prises me permettront aux premières belles soirées de reconnaître la position de ces étoiles. » Le 23, le ciel étant d'une grande pureté, il était visible que la comète offrait un rudiment de queue, situé à l'opposé du Soleil, dont l'étendue était de 6 à 7 minutes d'arc. Le noyau était assez lumineux et nettement défini. Elle offrait l'éclat d'une étoile nébuleuse de 8^ grandeur. » ASTRONOMIE. — Sur la forme qu affectent les groupes de tacites solaires; Note de M. Chacornac (i). (I En récapitulant la majeure partie des dessins que j'ai pris des appa- rences qu'ont présentées les taches du Soleil depuis le mois de mars 1849 jusqu'au 20 décembre 1864, je trouve 49^ groupes différents, dont la configuration est ainsi disposée : » Une tache que l'on peut considérer comme centre primitif d'éruption (car dans plusieurs groupes je l'ai vue apparaître la première) précède, dans le sens du mouvement de rotation du Soleil, toutes celles du même groupe. C'est ordinairement celle dont le noyau est le plus grand, le plus noir, le plus actif, et celui qui persiste le plus longtemps de tous ceux des taches de ce groupe. Configurtitian des groupes de tacites solaires tels qu'ils se présentent ordinairement, » Quant à celles-ci, elles sont géné- ralement échelonnées le long des signes . ^'i ^^"^ ^^^ dislocation qui rayonnent du côté à0^..''''^^-*%i--/^''^ Ma^^ oriental de la première tache. Cependant ^A*'^^^--"'^'- -X'P-^j^^Àf'^^- ^"^s sont plus spécialement groupées. ■10 avril 1SÔ2. ,-' ■ ^ elles sont plus spécialement groupées, comme le montrent les figures ci-contre, à l'extrémité orientale de ces lignes, ce qui donne ordinairement au groupe deux (i) M le Secrétaire perpétuel annonce, en présentant cette IN'otc, que ce n'est point celle dont il a parlé dans une précédente séance, mais une nouvellelNoto cpie lui a adressée l'auteur, en dalc du ?. i déceuibre, pour être substituée à la première. ( 6a ) centres principaux d'éruption : l'un dont le noyau est noir, large, offrant des contours assez réguliers et bordé de toute part de sa pénombre; l'autre II novembre i85S. '■*. mr •è^^i^. -'■>/ 27 octobre iS ^■^-: t oujours composé de plusieurs noyaux à formes irrégulieres enveloppés géné- ralement d'une seule et même pé- nombre irrégulière. » L'étendue d'un groupe est ordi- nairement proportionnée aux dimen sions des centres principaux d'érup- tion ; cependant cette remarque n'est pas aussi générale que celles qui vien- nent d'être signalées. >' Rarementun seul groupe dépasse en étendue un ^ du diamètre solaire, ■'3* ' et dans ce cas le centre primitif d'é- ruption offre une large ouverture sombre. I^a plus grande activité de ces centres d'éruption se manifeste peu après la formation du groupe de taches. » Durant une seconde réapparition du groupe, le centre primitif est sou- vent la seule tache qui |)ersiste, n'offrant à sa suite qu'une traînée de facules occupant la place des taches refermées. M II résulte de cette configuration des taches solaires que chaque groupe présente une forme allongée analogue aux chaînes volcaniques terrestres telles que les a décrites M. Léopold de Buch (i), avec cette différence cependant qu'à la surface du Soleil les vapeurs, s'échappant par les lignes de fracture de la croiite du corps central en dissolvant la matière pbotosphérique qui recouvre celui-ci, rendent ces ligues visibles sur toute leur étendue, tandis (]u'à la surface de la Terre les grandes failles sont souvent masquées dans la majeure partie de leur étendue par des terrains déposés postérieurement (i) Les analogies que les confîguralions des taches solaires peuvent |>i'ésenter avec cer- taines configurations orograpliiqiies ne doivent pas faire ])er(lrc de vue l'énorme disjiropor- tion qui existe entre les grandeurs de ces objets. Peu de chaînes volcaniques atteignent 1000 kilomèlres de longueur. Elles sont donc bien loin d'avoir des longueurs égales à j du dia- mètre de la Terre, qui serait d'environ 18000 kilomètres, et bien plus loin encore d'atteindre la grandeur de ^ du diamètre solaire, qui est environ 109 fois plus grande, et égale par conséquent à près de deu.r millions de kilomètres. Les groupes de taches solaires ont des dimensions plus de 2000 fois supérieures à celles des groupes de volcans terrestres, dont elles peuvent rappeler la configuration. É. D. B. ( 63 ) à la formation de celles-ci. Aussi l'étude de cette paiticularité des taches solaires est-elle intéressante pour cette branche de la Géologie. » L'orientation de ces groupes est toujours dirigée à peu près suivant un parallèle à l'équateur solaire. )) Quand deux centres d'éruption sont rapprochés, les lignes de dislo- cation qui les relient sont toujours des diagonales coupant les parallèles a l'équateur solaire sous des angles minimum. » D'après l'ensemble des formes observées sin* ce nombre de groupes, et surtout celles qu'ont présentées les groupes que j'ai vus naître et se déve- lopper sur l'hémisphère visible de l'astre, il semblerait qu'un centre primitif d'éruption déterminerait dans le corps central du Soleil des ruptures de son écorce dont les lignes de dislocation s'étendraient seulement dans le sens opposé au mouvement de rotation de l'astre. A une certaine distance de ce centre initial ces hgnes de fracture en s'entre-croisant donneraient lieu à d'autres centres éruptifs irréguliers et rapprochés les uns des autres. » Dans ces derniers soupiraux par lesquels il se dégage évidemment des vapeurs, on aperçoit presque toujours le corps central du Soleil vivement illuminé par la photosphère, tandis que dans le centre primitif il est diffi- cile de le voir, tellement le noyau de la tache parait obscur. La cavité for- mée en cet endroit du globe solaire apparaît profonde, la distance qui sépare le fond du cratère de la région de la photosphère semble considé- rable. Au contraire, dans les grandes failles situées à l'extrémité orientale du groupe, le corps central semble être en contact avec certaine portion de la photosphère, et c'est à cette dernière circonstance qu'il faut attribuer la croyance que j'avais d'apercevoir des strates nombreuses de cette pho- tosphère se succéder dans les régions inférieures des taches. Ce sont des cristaux photospliériques qui se déposent sur certaines portions protubé- rantes du corps central qui donnent lieu à cette apparence de strates su- perposées. « Le centre primitif d'éruption est ordinairement terminé du côté occi- dental par un contour circulaire, tandis que du côté opposé il se termine en fractures allongées d'où partent une ou plusieurs lignes de rupture. La configuration de ces taches est tout à fait analogue au dessin que M. Henri de la Bêche a donné dans son ouvrage sur les théories géognosliques, à propos (les cratères de soulèvement déterminant des hgnes de dislocation dans l'écorce du globe terrestre. » On trouve encore, dans le Mémoire de M. P. Scrope sur la formation des cônes volcaniques, une figure tout à fait semblable aux formes qu'af- (64 ) feclent ces premières taches d'un groupe: c'est celle du cône ouvert observé par M. Ahicli à la surface d'un courant de lave du Vésuve lors de l'érup- tion de 1834. » La région la plus profonde de la cavité qui forme le noyau de ce genre de tache est souvent correspondante au côté terminé circidairement, tandis que du côté terminé en pointe on aperçoit le corps ceniral plus rapproché de la |)hotosphère, ce qui donne à l'ensemble de sou aspect une certaine ressemblance avec un four. » Lorsque deux groupes de taches sont rapprochés et disposés parallèle- ment entre eux sur des parallèles à l'équateur solaire, des ligues de dislo- cation à formes sinueuses, i).u tant de divers centres d'éruption, les relient l'un à l'autre. Dans ces sortes d'agglomérations de taches, de larges portions du corps central apparaissent souvent à découvert par la dispersion des strates photosphériques comprises entre deux centres actifs d'éruption. » Les deux derniers groupes qui disparaissent aujourd'hui de l'hémi- sphère visible du Soleil ayant offert de pareilles surfaces dénudées du corps central, j'ai pu m'assurer, les i4» i5, 17, 18, 19 décembre, que les princi- pales raies du spectre sont visibles dans la hunière que ce corps réfléchit ou rayonne vers la Terre. » MIÎTÉOROLOGIE. — Sur l'inDerdon diurne et nocturne de la temjjérature jusqu'aux limites de l'atmosphère et sa répartition de lliorizon au zénith. Lettre de M. A. Poey à M. Élie de Beaumonr. « Le but de ce travail est d'établir, par une méthode exacte, le fait de l'inversion diurne et nocturne de la température, depuis la tranche d'air au contact même du sol jusqu'aux couches qui limitent l'atmosphère. La pre- mière recherche approchant de celle-ci, et dont je n'ai eu que plus tard con- naissance, hit faite de 1778 à 1781 par Marc-Âug. Pictet(i), avec des thermo- mètres suspendus; c'est donc à lui que revient la découverte de cet te inversion, toutefois dans les limites de 5 à 5o pieds de hauteur au-dessus du sol. Ensuite Six, Cantorbery, Marcet, Bravais, IjOttin, Rozet, Martins et autres ont véri- fié l'énoncé de Pictet. Au début, je fus fort embarrassé, faute d'un appareil adapté à ce genre d'observations, mais j'eus bientôt l'heureuse idée de faire usage du galvanomètre et de la pile thermo-électricpie. Une nouvelle diffi- cidlé vint cependant me dérouter, c'était que la teuq)éralure variait constam- (1) Essai sur le feu; GcikHc, 1790, |). i-t). (65) iiietit sur chaque parallèle en latitude et en longitude. Je pris alors trois hau- teurs principales et équidistantes vers le pôle nord : l'horizon, 45 de£;rés et le zénith. Mon galvanomètre, construit par un habile artiste, feu M. Gour- gon, est d'une extrême sensibilité, ainsi que la pile thermo-élecirique à double cône de M. Ruhmkorff. Cette pile est montée sur un pied parallac- tique. Voici maintenant les conclusions auxquelles je suis arrivé durant deux années d'observations, de 1862 à 1864 : » i" Dans une journée et une nuit calmes et sereines, l'aiguille du gal- vanomètre se maintient le jour vers les degrés de chaleur, et le soir vers ceux du froid. » 2" Le matin il y a donc inversion de température du froid au chaud, et le soir une seconde inversion en sens contraire du chaud au froid. » 3° Celte inversion n'a lieu aux heures précises du lever et du coucher du soleil que quand le ciel est entièrement découvert, et l'état atmosphé- rique normal. Hors cette condition, l'heure de l'inversion anticipe ou suit l'apparition et la disparition du soleil d'une manière très-variable. » 4° L'inversion s'effectue de proche en proche, d'un parallèle à l'autre, à parlir de l'horizon jusqu'à atteindre le zénith; le matin, c'est la région de l'horizon qui passe la première du froid au chaud, ensuite vient celle située à 45 degrés de latitude, puis celle du zénith; le soir, c'est encore l'horizon qui repasse du chaud au froid, puis 45 degrés et enfin le zénith. )) 5° Avant et après le lever et le coucher du soleil, et antérieurement à l'inversion, il y a un instant d'équilibre génénd dans toute l'étendue du ciel, de Ihorizon jusqu'au zénith, équilibre difficile à saisir par les causes midtiples de {lerturbations locales, principalement dues à la vapeur d'eau eu suspension dans l'atmosphère, aux températiu-es accidentelles, et à l'in- tensilé variable du vent. » G" Après l'établissement définitif de l'inversion, on observe une nou- velle marche régulière de la température, laquelle est toujours plus chaude à l'horizon, moins à 45 degrés et inférieure encore au zénith; sauf toutefois lorsque le soleil à midi atteint ce point ; alors cette région jusqu'aux 45 de- grés est plus chaude que l'horizon. Durant la nuit, la même relation est conservée vers le froid, c'est-à-dire moins froid à l'horizon, plus à 45 de- grés, et plus froid encore au zénith. » 7° Sous ces conditions, plus l'azur du ciel est pur et fortement polarisé, l'air sec, la pression barométrique haute, le vent au nord, et |)lus aussi l'aiguille a une tendance vers le froid, quelle que soit sa position d'équilibre G. R., i8C5, i'=r Scmc5<;e. (T. LX, NOS.} 9 (66) le jour ou la nuit; dans des conditions atmosphériques inverses elle se porte vers la chaleur. » 8° Il y a cependant certaines circonstances qu'il faut savoir saisir : si, le ciel étant pur, par exemple, il survient une espèce de vapeur élastique ou vésiculaire qui le recouvre d'un voile plus ou moins épais, alors l'aiguille oscille du froid au chaud ; mais si un instant après, comme c'est toujours le cas, cette vapeur donne naissance à des cirrus légers et transparents, dans ce cas l'aiguille retourne au froid. » 9° L'estimation des variations de température que les nuages éprouvent d'après la hauteur de la couche qu'ils occupent et leur constitution phy- sique est dés lors parfaitement appréciable comme il suit : les cumulus proprement dits et les cumulo-stratus d'été sont les nuages les plus chauds; viennent ensuite lesfracto-cumulus, excepté lorsqu'ils se montrent après une pluie d'orage, qu'ds sont blanchâtres, très-rapides et à bords déchirés; alors ils participent de la basse température répandue dans l'atmosphère, et ils peuvent être tout aussi froids que les cirrus. Les cirro-cumulus sont ensuite plus froids que les cumulus, et enfin les cirrus encore plus froids. » Le 20 mars 1862, à 2 heures du soir, je fis mie observation très- curieuse : j'assistais à la formation des cirrus, prenant la nature pour ainsi dire sur le fait. Le ciel était parfaitement clair, mais sur différents points, surtout vers l'est, la vapeur élastique se réduisait tout à coup à l'état vésicu- laire et se congelait ensuite en aiguillettes formant un petit cirrus; eh bien, durant cette transformation rapide l'aiguille du galvanomètre me signala trois degrés divers de température : la partie azurée était froide, mais, lors- qu'elle se couvrit de vapeurs vésiculaires, elle fut plus chaude; et enfin, quand cette vapeur se congela, elle redevint bien plus froide que sur l'azur du ciel. » 10° Le maximum de déviation que j'ai observé vers la chaleur ou vers le froid a été de 60 degrés de l'aiguille galvanométrique. Ces observations furent répétées sous des conditions météorologiques très-diverses à la ville et en pleine campagne. La distribution de la température dans le sens de la latitude de l'horizon au zénith paraîtrait suivre une progression arithmé- tique, tandis que dans le sens vertical du sol au zénith la progression serait géométrique. La nébulosiîé du disque solaire et du ciel influe d'une ma- nière prodigieuse sur l'élat thermique des couches inférieures et supé- rieures de l'atmosphère, à tel point que l'on obtient instantanément des dé- viations de leinj)érature considérables. Le passage d'un nuage, par exemple, sur le disque du soleil, la partie du ciel visée étant claire, fiit toujours (67) baisser la feniférature et souvent de 20 à Go degrés. vSi le mi;ige passe de- vant le cône de la pile, la température s'éiève ou s'abaisse suivant la condi- tion des vésicules aqueuses ou congelées qui le constitue. Sous un ciel orageux ou uniCorinément couvert, par une grande humidité ou un ijrouil- iard, rai2;uille demeure à zéro sur toute l'étendue du ciel. » Ces faits prouveraient combien sont oiseux les calculs basés sur des dixièmes, des centièmes, des millièmes de degré. Les lignes isothermes, isochiménes et isollières du globe laissent encore beaucoup à désirer, et il en sera toujours ainsi, malgré le perfectionnement des méthodes et des thermomètres, tant qu'on ne tiendra pas compte non-seulement de la nébu- losité du ciel, mais aussi de celle du disque solaire. C'est à quoi l'on a eu égard à l'observatoire de la Havane. ■» Peut-on admettre pour l'année entière que la température moyenne des jours sereins soit sensibleuient la même que celle des jours nuageux ou couverts? Cette supposition est-elle encore admissible relativement à l'état hvgroscopique de l'atmosphère qui détermine la chaleur sèche ou humide? En est-il de même pour les différentes propriétés des vents? On pourrait facilement concevoir, et les observatious paraissent le démontrer jusqu'à un certain point, ini équilibre, une compensation entre toutes les forces de la nature agissant à l'équateur et aux pôles, mais cet équilibre subsiste-t-il dans le cours d'une année sous tous les parallèles intermédiaires en latitude et en longitude? C'est, à ce qu'il nous semble, ce que l'on ne saurait décider à priori. » Bacon (1) et autres observateurs modernes avaient aussi remarqué l'élé- vation de la température par le passage d'un nuage au zénith, et son abaisse- ment par sa disparition. Pierre Prévost explique ce fait disant que l'air le plus dense des plaines est perméable à la chaleur rayormante, que l'air des régions supérieures de l'atmosphère l'est encore davantage ou plutôt Imnsca- loreiix, mais que l'eau ne l'est pas ni la vapeur vésiculaire; ainsi, les nuages seraient d'après lui opaques pour la chaleur comme pour la lumière (2). On voit donc que dès 1809 Prévost, de même qu'aujoud'hni M. Tyndall (3) attribuait à la vapeur vésiculaire un pouvoir absorbant et rayonnant pour la chaleur bien plus considérable que celui de l'air, et surtout lorsqu'il (1) 1 Noctes illustres stellis, neque illunes, frigidiores sunt noctibus nubilis. » [Syh\ Srlv., cent. IX, S. 866.) (2) Du calorique rayonnant; Paris et Genève, i8of), p. 383. (3) Hcat considcrcd as a mode 0/ motion; Loiiclon, i863, ou la tratluction française de M. l'abbé IMoigno, Paris, 1864. 9- (68) pst sec, opinion que ne partage point M. Magnus (i). C'est surtout à la Havane et sons la zone torride que l'on serait à même de vérifier ce fait dans les conditions les plus favorables à la production naturelle de la va- peur d'eau, là où le soleil élève de 1 Océan des quantités prodigieuses de vapeurs qui vont déborder dans les liantes régions de l'atmosphère de part et d'autre des tropiques jusqu'aux pôles du monde. M. Tyndall soutient que l'air peut être chargé de vapeur d'eau vésiculaire ou ébstique sans que l'azur du ciel en soit altéré et devienne moins pur, de sorte qu'une grande transparence pour la lumière serait parfaitement compatible avec une grande opacité pour la chaleur, et la radiation terrestre serait alors in- terceptée malgré la transparence parfaite de l'air (2). Cependant, dans mes expériences galvanométriques sur la température des hautes régions de l'at- mosphère et dans mes études sur la formation des nuages et la polarisation atmosphérique, je suis arrivé à des conclusions diamétralement opposées. J'ai toujours observé, par exemple, que plus l'air est sec et plus aussi la température est basse, la pression barométrique est plus haute, l'azur du ciel plus intense, la polarisation plus forte, l'atmosphère plus dégagé de nuages. Dans cette condition la première annonce d'un changement de temps ou d'une pluie prochaine est une espèce de voile de vapeur qui re- couvre le ciel, fait mouler le thermomètre et baisser le baromètre, qui ternit l'azur du firmament et affaiblit la polarisation de la lumière. M. Glaisher a observé ce manteau de vapeur dans ses ascensions aérostatiques. » MATHÉMATIQUES. — Sur une propriété des Courbes d'ordre n, à — points doubles. Note de M. Ci-ebsch (deGiessen), présentée par M. Chasies. « Les courbes du degré n, à — points doubles, jouissent d'une pro- priété remarquable qui est une généralisation d'un théorème très-connu sur les courbes du troisième ordre. Ce théorème est dîi à M. Salmon, et il con- siste en ce que le rapport anharmonique des quatre tangentes qu'on peut mener à une courbe du troisième ordre, d'un point de la courbe même, est indépendant de la situation spéciale de ce point sur la courbe. En voici la généralisation que j'ai trouvée. » Toutes les courbes du [n — i)'""" degré qui passent par les — ^ points ( I ) Poggendoijfs Annalcn j)oiir i8(J3 et 1864. (n) Ouvrage elle, p. 3ijo de l'éclition anglaise et 385 de la trauiictioii française. doubles d'une courbe du degré ?i k— points doubles, et par 2n — i points choisis arbitrairement sur la courbe, forment un faisceau du(rt — i)""" ordre. Ce faisceau ne contient que quatre courbes qui ont un contact simple avec la courbe donnée. Menons les tangentes, dans un des points fixes, à ces quatre courbes; alors le rapport anharmonique de ces quatre tangentes sera indépendant de la situation spéciale des an — a points choisis arbi- trairement. » Lorsque n de ces points sont situés sur une droite, les autres 7i — 2 et les points doubles ne déterminent plus qu'un faisceau de l'ordre n — a. Relativement à ce faisceau, le théorème continue de subsister. » Encore le théorème a lieu, lorsque ces n — a points et un des points doubles sont situés sur une droite. Alors les autres points doubles déter- minent un faisceau de l'ordre n. )) Ces théorèmas sont dans une liaison intime avec les applications de la théorie des fonctions abéliennes à la Géométrie, que j'ai publiées dans le LXIIl" volume du journal de M. Borchardt. Pour les courbes dont il s'agit, les fonctions abéliennes se réduisent à des fonctions elliptiques dont le mo- dule est donné par la valeur constante du rapport anharmonique, pendant que les points doubles déterminent les arguments de quelques intégrale;- de troisième espèce, qui deviennent de la seconde espèce lorsque le point double correspondant dégénère en un point de rebroussement. » En partant de ces principes on parvient à généraliser beaucoup les ré- sultats que j'ai donnés dans le volume cité sur les courbes du troisième de- gré, et sur l'interprétation géométrique de la multiplication des intégrales elliptiques. Ailleurs j'en déduirai un grand nombre d'autres résultais nou- veaux. » Les théorèmes énoncés ci-dessus m'ont conduit en même temps à i;i solution générale d'un problème algébrique que M. Aronhold a résolu pour les courbes du troisième ordre. Ce problème consiste en ce que les variables d'une équation homogène /{x,,^^-,^^) = o, qui représente une courbe du degré n à — points doubles, seront représentées en fonc- tions d'un paramètre Z à l'aide des équations lj..r, =(p, yZ, -+- (f', \/Z\, p.Xj = Çj v'Z, + f\ v'Z'o» fi.r^ = Ça v'Zj -(- 93 vZ'3. Dans ces équations, les fondions Z, Z' sont respeclivement du degré k et A' ( />: H- k' =^ 4)> et l*^s fonctions ç, ©' seront respeclivement dn degré — — et Ce problème a une infinité de solutions, dans lesquelles le pro- duit ZZ' est toujours une fonction parfaitement définie du quatrième degré. C'est cette fonction même qui se trouve sous le radical des intégrales ellip- tiques, desquelles dépend la théorie de ces courbes. » GÉOMÉTRIE. — Théorèmes généraux sur les courbes planes alcjébriques. Note de M. Lagi'erre, présentée par M. Chasles. n l. On appelle en généraiyo^er d'une courbe plane un point tel, que deux des tangentes menées de ce point à la coiu'be rencontrent la droite de l'infini aux deux points î et J communs à tous les cercles tracés dans le plan (i). M Soit une courbe plane réelle de degré n et de classe p., et supposons d'abord qu'elle ne |)asse |)as par les points I et J dont je viens de parler. » Par le point I on pourra mener [j. tangentes à la courbe; par le point J passera également un fiiscean de [x tangentes. Les intersections de ces deux faisceaux fourniront les [j? foyers de la courbe; ^a d'entre eux seront réels et suffiront pour déterminer tous les autres. Nous nommerons ces points foyers ordinaires^ ou simplement foyers lorsqu'il n'y aura lieu de craindre aucune ambiguïté. » Si la courbe donnée passe par les points I et .T, soit / le nombre d^s branches de la courbe qui passent par chacun de ces deux points. Les faisceaux do tangentes menées à la courbe par les points 1 et J formeront deux groupes bien distincts. Le premier groupe, composé des tangentes qui touchent la courbe en un point autre que les ombilics, foiunira {[J. — a/) foyers réels ordinaires, entièrement analogues à ceux dont nous avons parlé ci-dessus. L'autre groupe, formé des tangentes ayant leur point (i) Il serait nécessaire, vu l'inipnrtanre de ces points et lenr fréquent usage en Géomé- trie, de leur assigner un nom spécial. On pourrait les appeler nnibitins du plan ; ils jouent en effet, par rapport aux courbes tracées dans le plan, le même rôle que les ombilics situés à l'inlini sur un ellipsoïde par rapport aux courbes tracées sur celte surface. Toutes les sphères ont en commun une courbe plane du second ordre située ù liniini. On pourrait l'appeler courbe ombilicale ou simplement ombilicale. Il est clair que les ombi- lics d'un plan quelconque sont les points d'intersection de ce plan avec l'ombilicale. ( 7M de contact en un des points I et J sur la droite de l'infini, fournira /• foyers réels que l'on doit considérer comme doubles et que nous appellerons foyers singuliers. » Les foyers ordinaires et les foyers singuliers jouent le plus souvent un rôle très-différent dans la Géométrie des courbes planes. Les courbes du quatrième ordre, ayant pour points douljles à rinfiiu les points I et J et étudiées par M. Moutard sous le nom d'anallag matiques du (juatiième ordre, nous offrent un exemple simple de ces deux espèces de foyers et de leur rôle divers. On sait que ces courbes peuvent être considérées de quatre manières différentes comme l'enveloppe de cercles coupant ortliogonale- nieiit u\y cercle directeur fixe et ayant leurs centres sin- une conique. Une auallagmatique a deux foyers singuliers réels, qui sont les deux foyers réels communs aux quatre coniques qui peuvent servir à la desci-iption de la courbe, et seize foyers ordinaires, dont c[uatre réels, situés respectivement quatre par quatre sur les quatre cercles directeurs correspondants aux quatre coniques homofocales déjà mentionnées. » Dans tout ce qui suit nous supposerons essentiellen)ent que les courbes considérées ne passent pas par les points 1 et J, et par conséquent qu'elles n'ont pas de foyers singuliers. » De nos théorèmes généraux, il sera d'ailleurs facile dans chaque cas de défluire les théorèmes particuliers cjui doivent leur être substitués lors- que la courbe a des foyers singuliers. » Pour éviter des répétitions inutiles, dans tous les théorèmes énoncés ci- dessous nous conviendrons de désigner constamment par n et par ^ le degré et la classe des courbes considérées. M n. Soit y (x, j) = o l'équation d'une courbe plane algébrique, et soit M un point de son plan dont les coordonnées soient S, et >j; la valeur de la fonction f {x,j)., quand on y substitue les coordonnées Ç et y; du point M, savoir f (£, vj), ne dépend que de la position du point M par rap- port à la courbe. Elle est nulle pour tous les points de la courbe, qui dans son plan sépare les régions où cette fonction a u!ie valeur positive des ré- gions où elle a luie valeiu' négative. Dans les théorèmes qui suivent, nous ne considérerons que sa valeur absolue. Kous l'appellerons la /Ji«s5«»ce du point M relativement à la courbe, en nous servant d'une dénomination déjà employée par Steiner pour le cercle. » La puissance d'un point n'est jusqu'à présent définie qu'à une con- stante arbitraire près; nous achèverons de la déterminer au moyen du [ire- mier des théorèmes suivants. ( 7- ) » ThéOUÈME I. — Si par un point M, pris dans le plan d'une courbe plane, on mène un cercle quelconque, le produit des distances de ce point aux i n points d' intersection de ce cercle et de la courbe est égal à la puissance du point M j}ar rapj)ort à la courbe, înultipliée par la n''"" puissaïue du rayon. » On peut supposer, dans ce théorème, que le cercle se réduise à une droite quelconcpie passant par le point M et à la droite de l'infini; on obtient ainsi un théorème connu dont on déduit facilement les théorèmes de Newton et deCarnot. Nous n'insisterons pas sur ces faciles déductions, non plus que sur le cas où le point jM se trouve sur la courbe elle-même. » Théorème II. — Si un cercle est tracé dans le plan d'une courbe plane, la demi-somme des angles que font avec une direction fixe arbitraire les i ?i rayons du cercle aboutissant aux points d'intersection, est égale, à un multiple près de t^, à la somme des angles que font les 7i asymptotes avec cette mcmc directioit. » Relativement aux coniques, le théorème précédent se réduit à cette pro- priété bien connue : quand un cercle coupe une conique, les bissectrices des angles formés par les cordes communes sont parallèles aux axes. » Théorème III. — Si par un point M, pris dans le plan d'une courbe, on mène les a ->rn droites qui la coupent sous un anr/le donné V, le jiroduil de toutes les longueurs comprises entre le point M et les pieds de ces droites est égal au pro- duit des distances du point M aux p. foyers réels de la courbe, multiplié par la puissance du point M, le tout divisé par (^2 ah^Y)". I) Le produit considéré devient évidemment minimum, cpiand les droites sont normales à la courbe; en d'autres termes, quand sin V ^ i. )■ On a dans ce cas le théorème suivant : «Théorème IV. — Si par un point M, pris dans le plan d'une courbe, on mène les (p. + n) normales à la courbe, le produit des longueurs comprises entre le po'inl M et les pieds des normales est égal au produit des distances du point M aux u. foyers réels, multiplié par la puissance du point M, le tout divisé par 2". » Lorsque dans le théorèuic III on suppose V = o, on obtient pour le produit des (p. + n) longueurs une ^aleur infinie; ce qui tloit être, car le groupe des droites passant par le point M et rencontrant la courbe sous un angle nul comprend, outre les p. tangentes passant par ce point, les n paral- lèles aux asymptotes. Le produit des tangentes est donné j)ar le théori'iiie suivant : » Théorème V. — Si j)(U' un jmint M, jiris dans le plan d'une courbe, on mène les tangentes à cette courbe, le jtrndnit des lon(iucurs comprises sur les tatigetites entre le point M et les points de contact est égal au produit des distances du jioint M aux [J. foyers réels, multiplié par la j)uissance du point M, le tout divisé ( 73 ^ par 2" el par le produit des distances de ce point aux asymptotes de la courbe. « Des ihéorènips IV et V on déduit la proposition suivante : » Théorème VI. — Si])ar un point M, pris dans le plan d'une courbe, on mène les tangentes et les normales à celte courbe, le produit des longueurs comprises sur les tangentes entre le point M et les points de contact, multiplié par le produit des distances de ce point aux asjniptotes, est égal au produit des longueurs com- prises entre le point M et les pieds des normales. » TllÉonÈMl!; VII. — Par un point M, pris dans le plan d'une couibe plane, menons les [x H- n droites qui la coupent sous un angle donné \. Soient l,, Xj,.--» \ ^ lesangles cpie font ces droites avec un axe fixe arbitraire; soient J,,J^,..., f les angles cpie font avec le même axe les droites joignant le point M aux p. foyers réels, et^„^.,..., Ç,, /es angles de cet axe avec les asymptotes de la courbe. Tous ces angles sont reliés entre eux par la relation suivante, (pii doit être vérifiée à un multiple près de n. 2>-2:?=2:/- jiY. » Remarque. — Le second membre de l'équation précédente ne dépen- dant qne de l'angle V et de la position relative du point M et des foyers de la courbe, la propriété exprimée par cette équation constitue une proi)riété générale des courbes de même classe ayant les mêmes foyers. » Si, dans le théorème précédent, on suppose V — o, les angles des asymptotes avec l'axe fixe disparaissent d'eux-mêmes de la relation donnée ci-dossus, et l'on obtient le théoi'ème suivant : » TllÉOUÈME VIII. — Si par un point M, pris dans le plan d'une courbe, on mène tes tangentes à cette courbe, la somme des angles que font ces tangentes avec une direction fixe arbitraire est égale à la somme des angles que font avec cette même direction les droites joignant le point M auxfojers réels de la courbe. » Remarque. -^ Relativement aux coniques,- cette proposition donne ce théorème bien connu de M. Poncelet : Les tangentes menées d'un point à une conique sont également inclinées sur les droites joignant ce point aux foyers. » La considération des courbes tracées sur la sphère conduit à des théo- rèmes généraux analogues aux théorèmes énoncés dans cette Note relative- ment aux courbes planes. Nous nous contenterons ici de cette mention, sans entrer dans^ de plus longs détails à ce sujet. 1) Lorsqu'une courbe est tangente à la droite de l'infini, elle admet pour C. n., iS65, 1" Semestre. (T. LX, N» 2.) ^O ( 74) loyers les divers points où elle la touche; dans l'application des théorèmes énoncés ci-dessus, il est nécessaire de tenir compte de ces foyers situés à l'infini. )) EMBlîYOGÉNin:. — Recherches sur le dcvcloppcincnt de l'embryon de la poule à des températures relativement basses; par M. C Daueste. « J'ai fait l'année dernière un grand nombre d'expériences pour déter- miner l'influence qu'exerce sur le développement de l'embryon de la poule une température inférieure à celle que l'on considère comme la température normale de l'incubation. Voici les principaux résultats de ces expériences : » 1° La température la plus basse qui ait déterminé la production de l'embryon est la température de 3o degrés centigrades. » 2° Les embryons qui se sont formés sous l'influence d'une température de 3o à 34 degrés se sont développés avec une très-grande lenteur. » 3° Ils ont tous péri de très-bonne heure dans l'intérieur de la coquille, les uns plus tôt, les autres plus tard, mais aucun d'eux n'a pu atteindre l'époque où l'embryon se retourne sur le vitellus. » 4° Beaucoup de ces embryons étaient monstrueux : les uns présen- taient des anomalies de la tête, dans lesquelles j'ai cru reconnaître des cy- clopies en voie de formation; les autres avaient deux cœurs, représentés par deux anses cardiaques situées à droite et à gauche de la tète. Ces deux sortes d'anomalies étaient souvent associées sur le même sujet. » LMBRYOGÉNlE COMPARÉE. — Métamorphoses des Crustacés marins. Deuxième Note de M. Z. Gerbe, présentée par M. .Coste. « L'organisation interne des Phyllosomes étant à peu près inconnue, je mettrai successivement en rehef les particularités les plus remarquables cpie présentent chez eux, et comparativemeiu lorsqu'il y aura lieu, chez les larves des autres Crustacés marins, les appareils digestif, vasculaire et nerveux. » L'appareil digestif des Phyllosomes se compose, comme chez tous les C'.rnstacés, d'ime bouche, d'un œsophage, d'un estomac, d'iui intestin et de glandes spéciales annexées à cet intestin ; mais ces diverses parties n'ont pas ici les dispositions qu'elles affectent chez l'adulte, ni même chez d'autres larves, soit de Macroures, soit de Brachyures. » La bouche, située vers le tiers poslérieiu* et inférieur du bouclier (75 ) côplialiqne, est circonscrite par une languette et im labre bifide et par i\i'n\ mandibules. Deux paires de mâchoires et trois paires de pieds-nuichoires, placées sur deux ligues latérales divergentes, font suite, en arrière, aux pièces qui entourent immédiatement la bouche. Les appendices représentan! la première paire de pieds-niàclioires sont réduits à un tubercule à peine visible et presque confondu avec la base des secondes mâchoires; ceux de la troisième paire au contraire, très-développés et pourvus d'appendices fla- gelliformes, fonctionnent actuellement comme les pieds natatoires (futurs pieds proprement dits), dont ils ont toute l'organisation. » L'œsophage, qui fait suite à la bouche, court, cylindrique, dirigé obli- quement d'arrière en avant, comnuiuique avec l'extrémité antérieure de l'estomac par un ouverture en X, que forme ime lèvre triangulaire mue par deux muscles très-longs et très-grèles, qui vont s'implanter près des pédon- cules oculaires. Cette disposition ne paraît propre qu'aux Phyllosomes : les larves de Crabes, de JVÎaïas, de Porcellanes, de Palésnons, etc., ne m'ont rien offert de semblable. L'œsophage de ces larves, dans le point où il s'abouche à l'estomac, au lieu d'une lèvre mobile, ne présente qu'une sorte d'étranglement, qui se dilate et se réduit sous l'action de muscles circulaires. » Eu outre, dans toutes ces larves, l'estomac touche presque par sa face antérieure aux pédoncules oculaires, comme il le fait chez les individus adultes, et n'occupe qu'un fort petit espace de la région céphalique. Sa forme générale est celle d'une amande : il est donc plus comprimé que globuleux, et présente deux extrémités inégales : ime antérieure, assez large ; une postérieure, plus étroite. Sous ce premier état sa structure est déjà très-compliquée, notamment chez les embryons du Homard, des Porcel- lanes, des Palémons. Ainsi, sa double paroi musculaire et muqueuse est soutenue par plusieurs pièces cartilagineuses d'une transparence extrême. Deux des pièces qui forment ie plancher inférieur, articulées l'une à l'autre, mobiles et saillantes à l'intérieur, sont héri.ssées de soies roides, régulière- ment disposées par rangées, comme les poils d'une brosse. D'autres cils, plus grands, plus flexibles, garnissent, les uns le plafond de l'organe, les autres les appendices pyloriques. Enfin sa cavité peut se décomposer en deux compartiments bien distincts : l'un court, assez étroit, presque cylin- drique, fait immédiatement suite à l'œsophage; l'autre, plus vaste, anfrac- tueux, communique avec l'interstice par une ouverture circulaire, contrac- tile et entourée de languettes pyramidales saillautes et ciliées. Ainsi, sauf la forme et le volume, l'estomac des embryons de la plupart des Bracliyurcs lo.. (76) et lies Macroures est à peu près, quant à sa structure et au lieu qu'il occupe, ce qu'il sera dans l'animal parvenu à son complet développement. » Chez les Pliyllosomes, l'estomac est relativement plus petit, plus allongé, plus comprimé. Au lieu d'être au voisinage des pédoncules ocu- laires, dans la partie antérieure de la tète, il en est au contraire fort éloigné et occupe le tiers postérieur du bouclier céplialiqiie. L'artère médiane ou ophtlialmique est la seule partie qui le sépare de la lame supérieure de ce bouclier; ses faces latérales sont à peu près libres, et sa face inlérienre repose en partie sur l'œsoplinge. Aucun repli, aucun étranglement ne divise sa cavité, et ses parois, formées d'une couclie musculeuse et d'uiie couche muqueuse, ne sont soutenues que par des lames cartilagineuses d'une extrême simplicité. Mais on retrouve dans cet estomac les soies roides qui garnissent les plaques saillantes des Zoés, des jeunes Porcellanes, des jeunes Homards, et les cils vibratiles qui impriment aux molécules organiques dont l'animal se nourrit des mouvements incessants de rotation. On y retrouve aussi les six languettes pyramidales villeuses qui entourent l'ou- verture pvlorique et font saillie dans le tube intestinal. Cette organisation du pylore, à de très- légères différences de forme près, est du reste com- mune à toutes les larves de Décapodes que j'ai étudiées. » Le caractère de simplicité relative que présente l'estomac des Pliyllo- somes se manifeste aussi dans l'intestin. Cet organe, étendu en ligne droite du pylore à l'anus, est grêle, à parois un peu plus épaisses que celles de l'estomac, à peu près partout de même volume et divisé, par un rétrécisse- ment valvulaire, en deux portions distinctes : l'une antérieure, fort longue, représente le duodénum; l'autre postérieure, fort courte, correspond au rectum. Celle-ci se termine par une ouverture anale oblongue, oblique et pourvue de deux, lèvres que meuvent de nombreux et puissants muscles, ayant leiw point d'attache sur les côtés du dernier anneau. » Chez les Brachyuresetchez quelques IMacroures, l'intestin, dès la nais- sance et même pendant l'évolution ovarienne de la larve, présente déjà à la région pylorique et à l'extrémité de la portion duodénale de petites am- poules creuses que le développement convertira en ces longs appendices membraneux, annexés au tube intestinal des adultes. Les Pliyllosomes n'offrent rien de semblable, et le foie est le seul organe de sécrétion de l'appareil digestif. » Dans les larves dont l'évolution n'est pas très-avancée, cet organe consiste en deux cœcums simples et courts qui naissent de la région pylo- ( 77 ) rique de l'intestin, dans le point où s'ouvre le doid^le conduit vitel laire de la vésicule ombilicale, et se portent, chacun de leur côlé, sur les parties latérales et antérieures du bouclier céplialic]ue. Par ie progrès du développement, ces cœcums, d'abord simples, ne tardent pas à se bifur- cjuer vers le souunet, et les deux canaux qui résultent de ce travail s'en- gagent parallèlement entre les lames du bouclier antérieur. Le canal interne, à mesure qu'il grandit, se ddate en forme de massue; le canal externe devient le siège de modifications plus profondes. Bientôt, en effet, du bord extérieur surgit une série de cœcums secondaires qui, en s'allon- geant, se divisent et se subdivisent à leur tour, et dont l'ensemble finit par représenter une double palme creuse à troncs légèrement flexueux, comme les branches d'une lyre. » Telle est, au moment de l'éclosion, la disposition qu'affecte le foie des Langoustes, et telle est aussi l'origine des nombreux lobules dont l'agglo- méi ation constitue l'appareil biliaire des individus parfaits. Quant à l'orga- nisation de ce foie primitif, elle paraît des plus simples : les parois des nonjbreux tubes qui le composent sont minces, transparentes, formées de deux couches analogues à celles de l'intestin, et ont, comme elles, la pro- priété de se contracter et de se dilater en totalité ou en partie. » Le foie des larves des autres Crustacés, s'il n'offre pas la même dispo- sition, n'en a pas moins la même origine et la même organisation, et je l'ai vu, chez toutes les es|)èces dont j'ai pu suivre les métamorphoses, passer alter- nativement d'une dilatation extrême à une extrême contraction. Les Mysis et les Porcellaues sont surtout remarquables sous ce rapport. o Le foie est doue manifestement ici un diverticulum, un appendice du tube intestinal, et ces deux organes ont entre eux à ce moment des com- munications si larges, que les molécules nutritives versées par la vésicule ombilicale dans la cavité intestinale passent librement de celte cavité dans les futurs conduits biliaires, et réciproquement de ceux-ci dans l'intestin lorsque les contractions de l'un ou l'autre organe s'exercent sur elles. » Il est difficile de dire si à ce degré d'organisation le foie verse déjà dans l'intestin des produits de sécrétion. Si ces produits existent soit dans les cœcums de la glande, soit dans le tube intestinal, ils sont si peu abondants et tellement incolores, qu'il est impossible de les apprécier. » ( 78) PFIYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Rapports des vaisseaux du latex avec le système fibro-vasciilaire . Ouvertures entre les taticifères et les fibres ligneuses ou les vaisseaux. Note de 31. A. TnÉcfL, présenlée par M. Decaisiie. « En 1857, j'ai annoncé, d'une part, qu'il peut exister naturellement du latex dans les vaisseaux ponctués, rayés, etc., des plantes lactescentes; d'autre part, que plusieurs de ces plantes offrent des points de contact entre les laticiferes et les vaisseaux du corps ligneux. En établissant cette comparaison, je n'eus point l'idée de faire croire à une identité anatomique et physiologique parfaite entre les organes des animaux et ceux des végétaux, .l'avais espéré par ces recherches de ramener sur les laticiferes l'attention des botanistes. Ce but fut atteint, puisque l'Académie des Sciences de Pans et la Société royale des Sciences de Harlem jugèrent à propos de mettre cette question au concours. Des deux qui répondirent à l'appel de l'Aca- démie, l'im (M. Dippel) affirma qu'il n'existe aucun rapport entre les latici- feres et les vaisseaux du corps ligneux, l'autre (M. Hanstein) répondit que dans quelques végétaux rares il y a exceptionnellement des points de .contact entre ces deux sortes d'organes. Pourtant, dès 1860, j'en avais mul- tiplié les exemples. Ils sont de nalure à démontrer que ces pomts de con- tact ne sont ni exceptionnels, ni accidentels, puisque dans le Vasconcella (juercifolia, par exemple, les laticiferes sont tellement mêlés aux vaisseaux ponctués, cpie ceux-ci en sont quelquefois pour ainsi dire enlacés. Dans quelques Euphorbes, ils décrivent aussi parfois des sinuosités, en suivant un plan radial à travers le bois. » Depuis cette époque, le nombre de mes observations s'est encore accru. Les Apocynées, dans le Beaumoidia (jrandiflora, m'en ont donné un bel exemple. On trouve fréquemment dans l'écorce interne de cette plante, comme dans celle des Figuiers, etc., des laticiferes verticaux émettant laté- ralement des branches qui pénètrent dans le corps ligneux, et qui le tra- versent tout à fait à la faveur des rayons médullaires, côtovant ainsi les éléments du bois sur toute l'épaisseur de celui-ci. Arrivées dans la moelle, ces branches s'anastomosent avec les vaisseaux du latex de cette partie du végétal. J'ai même dessiné un lalicifère qui, abandonnant le rayon médul- laire, se jetait de côté dans le corps ligneux, où il prenait une direction verticale. » Les Euphorbes charnus [Euphorbia (jlobosa, hciicothcle, dendroides, ne- ( 79 ) riifolia, capul Medusœ, cœnilescens), et les Dorslenia ceralosanthes et ramosu m'ont aussi fourni de beaux exemples de laticifères passant de l'écorce dans la moelle, en traversant les faisceaux fibro-vasculaires ou les rayons médul- laires. Mais les observations les plus intéressantes m'ont été données par les Lobéliacées. Dans certains Lobelia, je n'ai trouvé que très-rarement le bois traversé par les laticifères. J'ai observé beauconp plus souvent ce phéno- mène dans les Lobelia syphililica et laxiflora. Dans les Tiipa satlcijolia, Feiiillei, Ghiesbregldii, dans VIsoloma longijlora, le Ctnttopogon suiinamensis, les Siphocampylus inanelliœflonts, microsloma, etc., il est très-frécpient. » Chez les plantes de cette famille, les laticifères sont extrêmement nom- breux dans l'écorce interne, près de la couche génératrice. Ils forment là nn très-beau réseau à mailles plus ou moins longues, souvent très courtes et toujours fort étroites. Il y a même parfois trois ou quatre laticifères à côté les uns des autres, tout à fait contigus, et ils communiquent entre eux si fréquemment, que leurs anastomoses peuvent occuper plus de place que les cloisons de séparation. De ce réseau interne partent des ramifications qui se répandent d'un côté dans l'écorce, de l'autre dans le corps ligneux. Celles qui vont dans l'écorce s'y étendent dans toutes les directions et s'y anastomosent ou non les unes avec les autres. Il y en a au contact même de l'épiderme. Tantôt elles sont couchées sur la face interne de celui-ci, tantôt elles y appliquent seuleaient leur extrémité. Dans le Siphocampylus maniel- tœjlorus, cette extrémité pénètre même l'épiderme et parvient jusqu'à la sur- face. Là elle simule une petite bouche arrondie ou elliptique, ou bien le laticifère se prolonge plus ou moins, couché à la limite externe des cellules. D'autres fois, abandonnant la surface de l'épiderme, il s'élève un peu, sous la forme d'une papille ou d'un poil très-court, ordinairement incliné. » Les branches que le réseau des laticifères envoie dans le bois peuvent suivre les rayons médullaires; mais, dans beaucoup de cas, elles sont en contact seulement avec les fibres ligueuses et les vaisseaux. Ces branches sont quelquefois très-rapprochées. De ïlsoloma loncjiflora j'ai obtenu une coupe radiale qui présentait onze de ces laticifères sur un espace qui n'avait qu'environ \ de millimètre. Partant de l'écorce, aucun d'eux n'at- teignait la moelle, et tous étaient anastomosés dans le corps ligneux. Les trois plus longues branches aboutissaient à un vaisseau ponctué. » Chez ces Lobéliacées se retrouvent des exemples nombreux d'un phé- nomène que j'ai déjà décrit en 18G0. Je veux parler de l'inclinaison des éléments du bois à la surface des laticifères. Certaiiies fibres ligneuses y ( 8o ) sont même quelquefois couchées sur une partie de leur longueur. J'ai figuré des vaisseaux ponctués et des vaisseaux spiraux, qui, à l'arrivée de ces iati- cifères dans la moelle, se courbent avec eux au point de former un véri- table crociiet [Tiipn Gliies' reglitii). Dans tous les cas, la pointe des cellules ou dfs fibres infléchies est tournée vers la moelle, comme s'il résidait dans les laticifères une force qui attirât dans cette direction les fibres ligneuses, les vaisseaux ou les cellules des rayons tnédullaires. » Tous ces exemples prouvent que ces points de contact ne sont pas excej)tionnels, et les derniers faits tendent à démontrer qu'il existe des rap- ports physiologiques entre ces laticifères et les éléments Cbro-vasculaires du bois. » Voici maintenant un autre ordre de phénomènes qui achèvera cette démonstration. Dans plusieurs Lobéliacées, je n'ai pas observé seulement des points de contact entre ces divers organes; j'ai trouvé aussi de véritables ouvertures qui établissent des communications directes entre les laticifères et les fibres ligneuses ou les vaisseaux. Ces ouvertures seront très-facile- ment aperçues dans le Centropoijon siirinamensis. Je conserve des prépara- tions de cette plante, dans lesquelles on voit un grand nombre de ces ou- vertures. Entre les fibres ligneuses et les laticifères on les observe surtout quand les fibres viennent aboutir par une de leurs extrémités à la surface du vaisseau du latex. Alors, l'épaisse membrane des fibres ligneuses est traversée par des pertuis plus ou moins larges, qui font communiquer di- rectement la cavité de ces fibres avec la cavité du hiticifère. Aucune mem- brane obturatrice n'est visible du côté de ce vaisseau du latex. Les mêmes préparations font voir de telles ouvertures qui constituent de véritables fentes allongées suivant l'axe du laticifère. Elles se montrent principalement quand les cellules fibreuses ou vasculaires du bois sont appliquées par le côté contre le lalicifière, au lieu de l'être par une de leurs extrémités. » Un autre exemple, que je conserve aussi, obtenu du Lohclia laxiflora, tire une grande importance d'un accident de la préparation. Un vaisseau à larges ponctuations était en contact avec un laticifère. La coupe enleva la partie de ce vaisseau contiguë à ce laticifère, laissant ce dernier tout à fait intact et dénudé. Eh bien, six larges [)ores, en tout semblables à ceux du vaisseau jionctué, existent dans la membrane du laticifère. Celui-ci présente encore beaucoup d'autres perforations qui le font communiquer avec la cavité des fibres ligneuses. Quelques-unes de ces perforations sont incom- plètes, et à cause de cela elles méritent la plus grande considération, parce ( 8i ) que le perlais est ouvert du côté du laticifere, tandis qu'il est fermé du côté de la fibre ligneuse. Il est impossible dans ce cas, même à l'esprit le plus prévenu, de ne pas reconnaître la vérité. Au reste, quand même la mem- brane du laticifere serait toujours intacte (ce qui n'est pas) vis-à-vis des per- forations des fibres ligneuses et des vaisseaux du bois, l'existence de ces perforations ne serait-elle pas suffisante pour attester les rapports physio- logiques des laticifères et des éléments du corps ligneux? » De semblables rapports paraissent exister aussi pour certains canaux à suc laiteux dépourvus de membrane propre, tels qu'en possèdent un grand nombre de plantes. C'est, du moins, ce que porte à croire l'observation suivante. Connue celles de beaucoup de Guttiféres, la i'euiWe du Cnlophyl- luni Calaba a les nervures secondaires très-nombreuses, très-rapprochées les unes des autres, et non saillantes. Vers le milieu de l'intervalle paren- chyiuateux qui sépare deux nervures est un large canal à suc laiteux, bordé de cellides étroites et oblongues, suivant la structure ordinaire à ces ca- naux ; mais il y a en outre, de chaque côté de chacun de ces laticifères, dans toute leur longueur, un faisceau trachéen qui s'étale même quelquefois sur une grande partie de leur pourtour. Ce faisceau, composé d'éléments dé- roidables, est relié de distance eu distance avec les nervures secondaires, par des fascicules de trachées semblables, qui peuvent envoyer aussi des ramifications pour s'unir les uns aux autres. Cette structure frappe tout d'abord par sa singularité; mais elle mérite encore considération par cela que bon nombre de ces trachées sont pleines d'une matière brune qui rap- pelle le latex vu sous le microscope. Il y aurait à décider si cette substance est empruntée au latex, ou si elle lui est apportée. Si elle est prise au latex, elle a subi déjà une élaboration dans ces vaisseaux spiraux, attendu qu'elle n'est pas aussi soluble que lui dans l'alcool. » Voilà assurément un fait bien digne des méditations des physiologistes. Quand même il serait isolé, il n'en est pas moins évident que les vaisseaux ainsi disposés sur les côtés de ces canaux à suc laiteux établissent une rela- tion intime entie ceux-ci et le système fibro-vasculaire. Si cette disposition est un cas particulier, là où elle manque, ne sei'ait-il |)as possible que la connexion entre les deux systènu's frit effectuée par un moyen qui nous échappe? » Quoi qu'il en soit, cette observation dénote un nouveau degré de res- semblance entre les canaux à suc laileux sa»is membrane propre et les lati- cifères qui eu sont pourvus. Elle vient, par conséquent, appuyer l'opinion C, R., i865, i" Se/nMirc. (T. LX, N» 2) II ( 8. ) que j'ai émise en 1862 (voir l'Instilul, i3 août), que c'est à tort que la plu- part des anatoniistes modernes considèrent ces deux sortes de canaux comme des organes de nature tout à fait différente. » PFtYSlOLOGiE. — Expériences propres à faire connaître le moment oii Jonc- lionne la raie. Note de MM. A. Esron et C. Saixtpif.rre , présentée par M. Bernard. « Depuis les belles recherches de M. Cl. Bernard, les physiologistes sa\eut que le fonctionnement des glandes coïncide avec une accélération du cours du sang. Poursuivant nos recherches sur les gaz du sang, nous avons pensé que la rutilance et l'oxygénation du sang veineux pouvaient nous guider pour la détermination de l'instant où fonctionnent certaines glandes dont la physiologie est encore obscure. C'est d'après ce principe que nous avons entrepris, au sujet de la rate, les expériences suivantes. » Nos expériences ont été faites d'après la méthode de M. Cl. Ber- nard, en déplaçant les gaz du sang par l'oxyde de carbone. Nous avons employé des canidés en T pour éviter la stase sanguine, avec les précau- tions que nous avons signalées dans nn travail antérieur (voir Journal de Physioîogie,']\n\\e\. i864). Nous nous sommes toujours servis de notre nou- vel appareil à doser les gaz du sang, dont nous avons donné la description dans une précédente Note. Nos résultats sont corrigés de la température et de la pression. » Les expériences consignées dans notre Mémoire ont porté succes- sivement sur le sang artériel et sur le sang veineux de la rate, chez des chiens tantôt en digestion, tantôt à jeun, et nous sommes arrivés à ce ré- sultat que, tandis que la quantité d'oxygène contenue dans le sang artériel splénique est sensiblement constante, la quantité d'oxygène contenu dans le sang veineux splénique varie du simple au double. « INous avons même réussi à varier l'expérience sur nn même ani- mal, c'est-à-dire que, après avoir trouvé 11,69 d'oxygène dans le sang de la veine splénique d'un chien à jeun depuis vingt heures, nous avons in- jecté du lait dans l'estomac. Aussitôt après l'injection, nous avons constaté, outre les modifications de volume, de couleur et de consistance de la rate, (pie le sang de la veine splénique ne contenait plus que 7,26 d'oxygène. ( 83 •) Quantités d'oxygfjic trouvées clans le sang des vaisseau.t- spléniques. EXPÉRIENCES. SANG ARTÉRIEL. SANG VEINEUX. OBSERVATIONS. EN DIUESTIOS. A JEUN. 1 2 3 4 5.. G 14,70 l3,20 l5,24 6,66 4,74 11,90 II ,00 11,69 Eli (]ii;estion. Moyennes. . i4,38 5,70 11,53 I- Des recherches consignées dans notre Mémoire, nous couchions : » 1° Les .principes posés par i\l. Cl. Bernard sur k^s quaUlés différentes du .sang veineux des glandes, à l'état de fonctionnement ou de repos, peu- vent servir à déterminer l'instant où fonctionnent les glandes dont la phy- siologie est encore à faire. " a° Nous avons vu dans nos expériences les quantités d'oxygène con- tenues dans le sang veineux de la rate augmenter du simple au douhie pen- dant l'abstinence. » Nous concluons donc que la rate fonctionne en alternant avec l'es- tomac. « ANCIENNES RACES d'europe. — Instruments en pierre. Haehes en néphrite de la Suisse. Note de M. Gabriel de Mortillet, présentée parM. de Quatrefages. « Parmi les nombreux instruments de pierre qu'on recueille dans les stations lacustres de la Suisse, on en rencontre quelques-uns, fort rares, qui sont formés d'une pierre très-tenace, très-dure, rayant le verre, pre- nant un beau poli et un tranchant très-vif, de couleur gris cendré avec des teintes opalines et nuageuses, translucide sur les bords minces des tran- chants. On a donné à cette pierre le nom de néphrite, la comparant à la néphrite d'Orient, et comme on ne connaissait pas son gisement en Suisse, on a généralement admis qu'elle était le produit d'un commerce lointain. » J'ai étudié avec soin cette pierre. Je viens de faire un voyage en Suisse dans ce seul but. J'ai vu de ces prétendues néphrites orientales dans les M .. . ( 84 ) belles collections de MM. Desor à Neuchâtel, le colonel Schwab à Bieniie, le D'' Uhlmann à Mùiichenbuchsée, et Troyon à Lausanne. J'ai recoiimi que ces néphrites n'étaient que des fragments de petites veines siliceuses qui se trouvent d;uis les serpentines. Lorsque je rédigeais ma Minéralocjie et Géologie de la Savoie, j'ai pu constater l'existence de ces veines dans le massif serpentineux de la haute I\îaurienne, entre lîessans et Bonneval. On a ouvert une carrière dans ce massif, près du hameau de Villaron, pour extraire des blocs destinés à la marbrerie; mais ce commencement d'exploi- tation, repris par deux fois, n'a jamais eu de suite, les blocs se trouvant fréquemment traversés en divers sens par des veines de serpentine noble trop tendre, qui rend les plaques cassantes, ou par des veines de ce quartz laiteux, cendré, talqueux, trop dur, ce qui use les scies et renchérit par trop le polissage. » Chez M. le D' Uhlmann j'ai pu m'assurer que la néphrite suisse n'était bien que des veines quartzeuses des serpentines. J'ai vu dans sa collection une hache en néphrite cassée ; on reconnaît très-bien à l'intérieur des parcelles talqueuses, et le toucher est savonneux comme celui des roches serpenliiieuses. La même collection contient un autre échantillon encore plus concluant, c'est une hache intacte presque entièrement en prétendue néphrite, sauf un des côtés où il est resté une petite portion de la salbande serpentineuse de la veine. Seulement, cette serpentine, aussi très-imprégnée de silice, est également très-dure. » Ces veines gris cendré, opalines, doivent se trouver dans les serpentines du Valais, car les instruments qui en sont fabriqués se rencontrent dans la région de l'ancien glacier du Rhône qui, comme on le sait, s'étendait jusque près de Berne. » A Robenhausen, près de Zurich, dans la région du glacier du Rhin, on trouve aussi des haches dites en néphrite. Sur ce point la prétendue néphrite est plus verte, plus savonneuse : c'est tout simplement de la ser- pentine fortement imprégnée de silice, comme j'ai pu m'en assurer à Genève dans la série de haches en pierre que M. le professeur Vogt a réunie au cabinet de géologie. 1) Les serpentines de l'Apennin contiennent égalemeni de ces quartz cendrés, talqueux, qui ont été recherches par les populations de l'âge de la pierre. Au musée de Florence existe une hache de ce quartz, trouvée par M. le professeur Cocchi dans la vallée de la Magra. » Dans la vallée du Réno (Bolonais) en amont de Porretta, sur la rive droite de la rivière, on voit un petit massif de serpentine qui ne saurait laisser aucun doute au sujet de ces veines ou petits filons de quartz. Là les ( 85 ) fentes n'ont pas été entièrement remplies par la matière siliceuse, de sorte <]|iril y a eu cristallisation, et l'on trouve de fort jolis cristaux de quartz très-réguliers, bien entiers, bipyrauiidés, qui sont pourtant tout nébuleux et gris verdàtre, par suite de l'empâtement de particules talqueuses. C'est évidemment l'état de cristallisation de la prétendue néphiite suisse. » ANCIENNES liACES d'europe. — Habitants des cavernes et des cités lacustres. Instruments divers. Note de M. Ïjiov, présentée par M. de Quatrefages. « Dans la province de Viceuce (Vénétie), je viens de découvrir les vestiges de ces peuplades autochthones qui peuplaient l'Europe sauvage avant les immigrations des Aryas. Dans la caverne de Lumignano, ayant fait balayer et ôter à coups de pic les stalagmites et la brèche rougeâtre, à lo pieds de profondeur, je trouvai des flèches en silex très-ressemblantes à celles des cavernes du Périgord, des débris de poterie très-grossière, un os perforé comme une aiguille, un petit objet rond perforé en terre glaise. Dans une grotte très-voisine, à la même profondeur, on rencontra des dents, des mâchoires et des ossements du grand Ours fossile, péle-mèle avec des débris de silex travaillé; les os longs sont ordinairement fendus. » J'ai exploré aussi avec succès le lac deXrinon, où se trouvent les restes d'un de ces grands villages de l'âge de la pierre qu'on nomme Steinbergs. Les habitations, si on observe la direction des pieux, devaient être de forme arrondie, longues de 4 i mètres, larges de 3 | mètres ; on voit dans le fond des ais grossièrement taillés et des amas de fougères {Pteris acjuilina) qui probablement composaient les parois des cabanes. Les pieux n'ont pas de pointe; ils sont gros de aS à 3o centimètres. Dans le sédiment archéolo- gique on ne trouve aucune trace de métaux, mais des armes, des outils et des objets d'ornement en silex et en os. » Les flèches sont grossières, ressemblant à celles du Férigord et de Lumi- gnano ; très-communs sont les petits couteaux, les grattoirs, les poinçons, les aiguilles, les pierres de fronde, les marteaux, les casse-tètes. On voit des andouillers de Cerf avec la pointe acérée et un trou large d'un doigt dans l'extrémité plus grosse; on voit de petits cailloux aplatis et perforés, des fusées de terre glaise, et une plaque d'argile avec un dessin qui aurait quelque analogie avec la figure d'un phallus. Très-riche et variée est la col- lection que j'ai pu faire de poteries tres-grossiéres, mais à formes singu- lières et curieuses. J'en publierai bientôt la description et les dessins dans les Mémoires de l'Institut de Fenise. » La pomone du vUlage lacustre n'est composée que de noisettes, glands (86) et Cornm mai,; la iaune : Sus scroja férus, deux autres variétés de Sus, Bos urus, Ccrvus claphus^ Cervus capreolus, Cauis vulpes, Emys lutaria. Les os à cavité médullaire sont tous Tendus. J'ai trouvé aussi les débris d'une pirogue composée d'un tronc de Quenus roliui: >i liemarques de M. de Qitatrefages à r occasion de celle commutiicalion. « M. de Quatrefages fait remarquer l'intérêt croissant qui s'attache aux découvertes de plus en plus nombreuses faites en Italie de vestiges des popu- lations primitives de l'Europe. La présence de l'Ours fossile au milieu des restes de l'industrie humaine lui semble appeler un nouvel examen. La nature de la faune, et quelques détails qu'a bien voulu lui communiquer M. de Mortillet, paraissent justifier des doutes sérieux sur la contempora- néité de cet Ours et des populations humaines dont on a retrouvé la trace. M. de Quatrefages appelle aussi l'attention sur la multiplicité des formes se rattachant au genre Sus. Il ne pense pas qu'il s'agisse ici de véritables espèces, mais bien de races. L'idée de race, jusqu'ici trop étrangère à la paléontologie, doit, paraît-il, être prise en très-grande considération, surtout quand il s'a- git d'animaux ayant vécu à côté de l'homme, et plus ou moins domestiqués.» M. Zaliwski adresse une nouvelle démonstration du théorème du carré de r hypoténuse. « Comlruclion. — On 'prolonge un des côtés de l'angle droit d'une quantité égale à l'autre côté; on construit sur cette ligne un carré, et à chaque angle on fait un triangle égal au triangle proposé, soit (juatre triangles égaux, et de plus ainsi un carré sur l'hypoténuse. ^ » Démonslralion. — Un des côtés du grand carré étant la somme de deux lignes, on a CD' = cl' -r ÂD + 2 CA X AD. Or, les rectangles 2 CA X AD sont évidemment formés par les quatre triangles pris deux à deux. Le carré AFGB, étant alors le reste du carré total, con- tient forcément les deux autres parties CA -+- AD ; en remplaçant AD par son égal CB, on a, ce qu'il fallait démontrer, le carré construit sur l'IiNpo- té.nuse égal à la somme des carrés construits sur les deux autres côtés. » M. IIeichexbach prie l'Académie de vouloir bien hâter le travail de la Commission à l'examen de laquelle a été renvoyée sa Note ayant pour titre : { 87 ) '< Un chapitre de la morphologie de la Terre », et une deuxième Note qui lait suite à celle-ci. (Renvoi aux Commissaires désignés dans la séance du i i avril dernier : MM. d'Archiac, H. Sainte-Claire Deville, Daubrée.) M. Ed. Fixardi adresse une semblable demande relative à sa commu- nication sur un moteur pour chemins de fer. (Renvoi à M. Séguier, chargé de prendre connaissance de cette communication.) L'auteur de plusieurs Notes précédemment reçues par l'Académie, con- cernant la démonstration du théorème de Fermât, adresse une démonstra- tion de ce théorème pour le cas de l'exposant impair. (Renvoi à la Commission précédemment nommée.) A 4 heures un quart, l'Académie se forme en comité secret. COMITÉ SECRET. La Section de Mécanique présente la liste suivante de candidats pour la place vacante par suite du décès de M. Clapeyron : En première ligue M. Phillips. En deuxième lighe M. Rolland. A la suite de deux scrutins successifs, l'Académie adjoint à cette liste les noms de M. Favé, M. Foucault. Les titres de ces candidats sont discutés. L'élection aura lieu dans la prochaine séance. La séance est levée à 6 heures. É. D. B. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. L'Académie a reçu dans la séance du 9 janvier i86.5 les ouvrages dont voici les titres : Comptes rendus hebdomadaires des séances de i'Jeadéniie des Sciences, t. LVIII (janvier à juin 1864). Paris, i8G4; vol. in-4°. Slalislique de In France : population; 2^ série, t. XIIL Strasbourg, 1864 ; vol. ni- 4". Matéri(uix pour la paléontologie suisse, ou Recueil de monographies sur h^sjoi- (88 ) sxles du Jura et des Alpes, publié par F.-J. PiCTET; 4* série, novembre 1864. Genève; in-4°. Discussion sur riiygièiie des hôpitaux. Discours prononcé à la Société de Chirurgie clans la séance du 23 novembre 1864, par M. H. baron Larrey. Paris, i864; br. in-B". 2 exemplaires. (Présenté, au nom de l'auteur, par M. Velpeau.) Mémoires de la Société des Sciences physiques et naturelles de Bordeaux, t. III, i"cahier. Paris et Bordeaux, i864; in-8°. Actes de l' Académie impériale des Sciences. Belles-Lettres et Arts de Bor- deaux; 3*" série, 26* année; 11S64, 2" trimestre. Paris, i864; in-8". 2 exem- plaires. Recueil des publications de la Société Havraise d'études diverses de la 3o* an- née i863, et séance publique liu 10 juillet 1864. Havre, i8()4; in-8°. Compte rendu des travaux de la Société des Sciences mélicales de Paris, séante à l'Hôtel-de-Ville pendant l'année i863, rédigé par le D"^ E. Alix. Paris, 1864 ; br. in-8". De l'atrésie des voies génitales de In femme; par le D'' Albert PuEcn. Paris, i864; in-4". Présenté, au nom de l'auteur, par M. Coste, et renvoyé, sur sa demande, au concours pour les prix de Médecine et de Chirurgie. Du coaltar saponiiié, desinfectant énergique arrêtant les fermentations. De ses applications à riiygiène, à la tliér/ipeutique, à l'histoire naturelle; par J. Le- MAiRE. Paris, 1860; in-8". De V acide phénique; de son action sur les végétaux, les animaux, les ferments, les venins, les virus, les miasmes, et de ses applications à l'industrie, à l'hygiène, aux sciences anatomiques età la thérapeutique; par le même. Paris, 1 863 ; in- 12. Ces deux volumes sont renvoyés, à litre de renseignements, à la Coinmis- sion nommée poiu- l'examen d'un Mémoire de M. Déclat d'une réclamation à laquelle elle a donné lieu de la part de M. Lemaire. Mémoires de l'Académie impérirde des Sciences de Saint- Pétershourg , 7' série, t. V, n" 2 à 9, et I. VI, n"' i à 12. Saint-Pétersbourg; in-4". Bulletin de l' Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg, t. V, n"' 3 à 8, t. VI, n"' i à 5, et t. Vil, n"' 1 et 2. Saint-Pétersbourg; in-4''. Sveriges... Carte géologique de la Suède, publiée aux frais tie l'Iitat, sous la direction de M. A. Ekdmann ; livraisons 6 à i3, avec 8 feuilles formai atlas, chacune accompagnée d'un texte écrit contenant les renseignements néces- saires et formant 8 livraisons in-8". Stockholm, 1 8G3 et 1864. Soienni... Séances annuelles de l'Institut rojal Lombard des Sciences et Lettres et distribution des pri.r, séance du 7 août 1 864 Milan, 1 864 î l^''- in-B". COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. SÉANCE DU LUNDI 16 JANVIER 1865. PRÉSIDENCE DE M. DECAISNE. MEMOIRES ET C03IMUNICATIOIVS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. ASTRONOMIE. — Sur la constUution physique du Soleil; par M. Faye. (Première partie.) « Depuis la découverte des taches du Soleil, c'est-à-dire depuis deux siècles et demi, la question soulevée par ces phénomènes n'est pas sortie du domaine des conjectures ; c'est encore dans ce domaine-là qu'il faut ranger une théorie récente qui se rattache à lune des plus brillantes con- quêtes scientifiques de notre époque. >) Cependant ces conjectures n'ont pas été inutiles; elles ont guidé les observateurs, éveillé leur attention, soutenu leur persévérance. Les faits se sont ainsi accumulés, tandis que le progrès général des sciences nous fami- liarisait peu à peu avec cette idée que les phénomènes du monde physique doivent dépendre tous des mêmes lois. Le moment paraît donc venu d'abandonner la voie conjecturale et de chercher, non plus à deviner comment les choses doivent se passer à 38 millions de lieues de nous, mais à rattacher l'ensemble des phénomènes à quelques lois générales, de telle sorte que les faits paraissent être de simples déductions logiques de ces lois. » Quant à la forme de cet écrit, je ferai remarquer que les phénomènes G. R., i865, i« Semeslre. (,T. LX, N» ô.) • '^ ( 9° ) ont été souvent décrits, que la question a été complètement popularisée dans le sens accepté aujourd'hui pour ce mot : il est donc permis de réduire la partie historique au strict nécessaire, et de se horner à la simple indi- cation des conjectures ou des faits. Toutefois, comme ces conjectures ren- ferment un fond de vérité qu'il importe de dégager, je consacrerai la pre- mière partie de mon travad à cette discussion préparatoire ; dans la seconde partie, j'essayerai de suivre moi-même la voie que je viens de conseiller. » Ce qu'on voulait expliquer, vers la fin du dernier siècle, se réduisait aux trois points suivants. Il y a trois étages à distinguer dans une taciie solaire : i° le fond brillant général sur lequel !a tache apparaît, c'est-à-dire la photosphère; 2° le second pian, moins lumineux, nommé pénombre; '5° le troisième plan, sombre, presque noir, appelé noyau de la tache. Le caractère général de ces trois teintes, c'est qu'elles ne se fondent pas l'une dans l'autre par degrés insensibles; leurs séparations sont nettes et leurs contours tranchés. » Le D'^Wilson, de Glascow, que ne gênait et ne guidait aucune de nos idées actuelles sur les lois du monde physique, traduisit littéralement, dans sa conjecture, ces trois impressions si nettes, en composant le Soleil d'uii globe central solide, obscur, relativement froid, pour représenter le noyau noir des taches, et d'une enveloppe brillante, afin de figurer la photo- sphère. Cette enveloppe aurait la consistance d'un brouillard lumineux excessivement mobile, à travers lequel des éruptions gazeuses, parties çà et là du globe central, produiraient des éclaircies, des excavations dont les parois inclinées donneraient lieu à la pénombre, et dont le lond, je veux dire le noyau opaque et froid du Soleil, formerait la jiartie noire de la tache. » Herschel 1 adopta cette hypothèse ; il trouva seulement qu'elle ne rendait pas bien compte de l'aspect de la pénombre. Pour la compléter ou la corriger, il imagina, entre le noyau obscur du Soleil et les nuages bril- lants de la photosphère, une seconde enveloppe nuageuse capable de réflé- chir la lumière comme nos nuages terrestres, mais non d'en émettre pour son propre compte. L'éruption gazeuse de Wilson , partie de quelque volcan du globe central, devait trouer à la fois les deux enveloppes pour produire une tache complète. » On voit par là qu'Herschel, plus encoi''e que Wilson, aimait à se re- présenter le Soleil sons les traits de notre propre globe. Il alla même chercher jusque dans les lueurs de nos aurores boréales une image affai- blie de l'éclatante photosphère du Soleil. Aussi croyait-il que le Soleil (o- ) pouvait être habité, car, pour protéger le sol du noyau obscur contre les ardeurs de la dernière enveloppe, il suffisait que les nuages de la première fussent doués d'un pouvoir réflecteur absolu. » Pourtant le côté faible de la conjecture de Wilson était bien moins l'ex- plication delapénombrequecette idée singulière d'un globe central opaque, obscur et froid qui lui avait été suggérée par l'aspect si étrange de ces trous noirs dans une nappe de feu, qu'on appelle les taches dit Soleil. Wilson avait compris du moins et mis en pleine évidence deux choses capitales : i° les taches sont des cavités; i" la photosphère n'est ni solide ni liquide, mais d'une contexture nébuleuse et gazéiforme. » C'est là la part de vérité dont je parlais tout à l'heure, vérité que tous les travaux ultérieurs des astronomes ont confirmée; mais, comme cette part a été niée récemment au nom de l'analyse spectrale, il me sera permis de la réJablir ici. » Commençons parle premier point. Sans aucun doute, luie tache noire sur un fond blanc peut produire l'illusion d'une cavité; mais Wilson ne s'en est pas tenu à une simple impression, son raisonnement est basé sur les règles les plus simples et les moins contestables de la perspective. Si les taches se réduisaient à un phénomène superficiel, comme le voulait La Hire, les contours d'ombre et de pénombre, supposés circulaires et con- centriques au milieu du disque^ deviendraient des ellipses concentriques lorsque la rotation solaire aurait amené la tache plus près du bord. Si les taches étaient des saillies, comme le voulait Lalande, la partie noire se projetterait excentriquement du côté du bord. Si ce sont des cavités, le noyau noir de la tache se projettera encore excentriquement, mais du côté du centre. I^a question étant ramenée à des termes si simples, la solution ne rencontrait d'autres difficultés que les changements de figure subis par la tache elle-même pendant le laps de temps des observations, variations indépendantes des effets de la perspective et fort capables de les masquer. Mais, toutes les fois que les astronomes ont rencontré une tache bien régu- lière et bien stable, l'expérience a. confirmé l'idée de Wilson, et comme elle est aujourd'hui à la portée de tout le monde, ou s'étonne de voir surgir des doutes et même des affirmations contraires. J'ai dit que cette expérience est aujourd'hui à la portée de tout le monde: j'aurais dû ajouter qu'elle n'exige même plus l'emploi d'une lunette ou d'un télescope, car il suffit, pour se convaincre de visu, d'introduire dans un stéréoscope deux images d'une même tache prises à deux jours d'intervalle afin d'assurer l'effet stéréosco- pique. Cette remarquable expérience est due au président actuel de la la.. ( 9^ ) Société royale Astronomique de Londres, M. de la Rue, dont j'ai eu l'hon- neur de présenter à l'Académie les belles applications de la stéréoscopie aux planètes principales. A la vérité l'effet stéréoscopique n'est ici qu'une illus- tration de la loi de perspective citée plus haut; mais ce curieux procédé a le double avantage de convaincre à la fois les yeux et l'esprit, et d'éviter toute difficulté relative aux changements de figure des taches, car le défaut de coïncidence des deux images suffirait déjà pour avertir le spectateur. )> Le second point, déjà mis en pleine évidence par Wilson, mieux for- nuilé encore par les deux Herschel et confirmé par tous les astronomes, c'est cette idée plus ou moins nette que la photosphère consiste en lui vaste amas de nuages lumineux, flottant dans un milieu fluide, et formant autour du Soleil une enveloppe continue où s'opèrent çà et là des déchirures (les taches) et des dénivellations (les facules). Toutefois, il faut le reconnaître, les astronomes se sont uniquement basés sur leurs observations télesco|ii- ques; ils auraient pu invoquer d'antres arguments tirés de l'énorme chaleur du Soleil et de la faiblesse de sa densité moyenne, mais ils n'y ont pas même pensé, parce qu'ils n'eussent pu les concilier avec leur bizarre idée d'un globe central, opaque, obscur, froid et même habitable. Ils devaient donc désirer quelque autre preuve tirée d'un nouvel ordre de considérations, lorsque Arago, appliquant pour la prerpière fois l'analyse de la lumière à la constitution physique du Soleil, produisit la célèbre expérience qui vint confirmer l'hypothèse de la fluidité gazéiforme de la photosphère. » Plusieurs objections ont été faites à ce nouvel argument. Les unes avaient pour but de mettre en relief la dislance qui sépare nécessairement une expérience de cabinet de ce qui se passe dans les régions célestes. Les autres sont des négations complètes et absolues; celles-là, il faut bien les discuter si l'on veut savoir ce que valent en réalité les conclusions du sa- vant français. » Sir J. Herschel fait observer que la surface de la photosphère étant pro- digieusement accidentée, les rayons qui nous viennent d'une portion quel- conque des bords n'émergent pas nécessairement sous une incidence ra- .sante; il en vient d'une multitude de facettes ayant toutes les inclinaisons imaginables sur la direction visuelle. Il est tout sim|)le, dès lors, que les rayonnenienis des bords ne présentent que de la lumière naturelle, résul- tant du mélange de rayons polarisés dans tous les sens; et cela doit avoir lieu quel que soit l'état phvsique du corps observé, c'est-à-diro du Soleil. 1 /absence de polarisation sur les bords ne permet donc pas de prononcer sur cet élat physique. Si l'illustre secrétaire perpéttiel vivait encore, il ré- (93 ) poudrait, je crois, qu'à la distance où nous sommes une région de quelque étendue, prise sur les bords, affecte, malgré les accidents les plus variés, une direction générale qui coïncide avec la surface moyenne à laquelle est dû le contour apparent du Soleil. De là une prédominance générale d'obli- quité, en un sens déterminé, pour l'ensemble des rayons admis dans le po- lariscope ; par suite les rayons devront présenter une certaine proportion de lumière polarisée perpendiculairement au plan d'émergence, si le corps rayonnant est solide ou liquide. D'ailleurs les expériences d'Arago n'ont pas été faites, je pense, sur des globes polis : je les ai répétées, pour mon instruction particulière, avec une boule d'argent mat dont les aspérités n'ont pas empêché la polarisation de se manifester largement vers les bords, et même en des régions beaucoup plus rapprochées du centre. » La seconde objection est encore plus grave. On sait, par les travaux de M. Angstrom, que les gaz et les vapeurs absorbent d'une manière élec- tive les rayons d'une réfrangibilité identique à celle de la lumière que ces vapeurs émettraient elles-mêmes si elles étaient portées à l'incandescence. En partant de ce principe, MM. Bunsen et Rirchhoff ont montré que l'on reproduit artificiellement les principales raies du spectre solaire en inter- posant la vapeur de divers métaux sur le trajet de la lumière émanée d'une source à spectre continu. M. Kirchhoff a transporté conjecturalement au Soleil lui-même cette admirable combinaison de laboratoire; il lui faut une source de lumière continue: ce sera la photosphère; il lui faut des vapeurs métalliques interposées : elles formeront l'atmosphère invisible du Soleil. La nature de ces vapeurs sera d'ailleurs déterminée par celle des raies so- laires. Mais les solides et les liquides incandescents donnent seuls un spectre continu, tandis que les gaz ou les vapeurs ne fournissent qu'un spectre réduit à quelques raies brillantes : donc la photosphère, loin d'être gazeuse, comme nous le pensions et comme Arago croyait l'avoir démontre expérimentalement, serait une croûte solide ou tout au plus liquide. Ainsi ces deux célèbres expériences seraient contradictoires; l'analyse polari- scopique dit oui, l'analyse spectrale dit non, et beaucoup de physiciens, oubliant l'expérience si applaudie naguère d'Arago, ont accepté d'emblée la négation. Quant aux astronomes, bien que leur opinion se soit formée depuis Wilson d'après l'observation directe des faits, et non sur des analo- gies bien rarement complètes entre des expériences de cabinet et les phé- nomènes les moins accessibles du ciel, ils doivent désirer que des don- nées physiques d'une si haute importance cessent d'être contradictoires et conspirent au contraire à mieux établir la vérité. Je crois être en me- ( 9n . sure de montrer, dans la seconde partie de ce Mémoire, que la con- tradiction n'est qn'apparente, qu'elle réside uniquement dans le sens trop absolu ou trop restreint qu'on a donné à certains termes, à certains détails des deux expériences. En attendant, il est aisé de faire voir que la concep- tion de M. Kirchhoff, prise dans son expression actuelle, ne saurait être conforme à la réalité. » Dés que la photosphère est considérée comme une enveloppe solide ou liquide, au pied de la lettre, il faut chercher hors d'elle la cause des taches, et c'est aussi ce que M. Kirchhoff a fait. Il s'est trouvé conduit à reprendre l'idée première de Galilée, qui essaya tout d'abord d'expliquer les taches par l'interposition de nuages accidentellement formés dans l'at- mosphère invisible du Soleil. Mais Galilée ne tarda pas à reconnaître l'erreur de sa conjecture. Voici son observation et son raisonnement. Con- sidérez deux taches voisines, séparées, lorsqu'elles sont près du centre du Soleil, par un intervalle lumineux un peu étroit. Si les taches étaient pro- duites par des protubérances quelconques, ce filet de lumière diminuerait à mesure que les taches se rapprocheraient des bords et ne tarderait pas à disparaître, parce que l'une des protubérances se projetterait sur lui et fini- rait par le masquer complètement. Or l'observation montre que cet uiter- valle lumineux subsiste jusqu'au bord du disque, et ne diminue, en général, que dans la pro])ortion exigée par la perspective. Il y a deux siècles et demi que les astronomes contemplent et mesurent ces phénomènes sans trouver en défaut la remarque de Galilée. Il est inutile de répéter ici que l'argument de Wilson, inconnu à Galilée, achève de fixer les idées sur la figure des taches (i). » Jusqu'ici nous n'avons considéré les taches que dans leur configiu-a- tion. Les astronomes s'en étaient tenus là jusqu'au second Herschel, qui le premier introduisit dans cette étude une considération nouvelle. On sait, depuis Fabricius, Galilée et le P. Scheiner, que les taches sont presque toutes confinées dans une zone comprise entre les denx parallèles de 3o ou 35 degrés de latitude boréale et australe, sauf une zone équatoriale de quelques degrés d(î largeur où elles apparaissent rarement; elles sont donc en relation étroite avec la rotation du Soleil, relation qui ne doit pas être négligée lorsqu'il s'agit d'expliquer la constitution physique de cet astre. Gette dépendance de certains accidents superficiels vis-à-vis du mouve- (i) Je laisse de côté une foule d'arguments; il n'est peut-être pas de détail des taches fl des facnles qui n'en fournisse un contre cette conjecture. ( 95 ) ment de rotation n'est pas particulière an Soleil : les grosses planètes, ani- mées d'une rotation très-rapide, nous présentent des traits analogues dans leurs bandes parallèles à l'équateur; la Terre elle-même, vue de loin, offrirait quelque ressemblance avec ces dispositions dans ses zones soumises au régime des vents alizés et la zone intermédiaire des calmes. Delà le raison- nement suivant, où il est inutile de faire ressortir le fd de l'analogie. Si, comme sur nos planètes, les régions polaires du Soleil étaient moins chaudes que la zone équatoriale, il se produirait dans son atmosphère (l'hypothèse du noyau opaque étant toujours admise) des courants analogues à nos vents alizés, et par suite des cyclones ou tourbillons capables de déchirer la pho- tosphère et même de pénétrer jusqu'au noyau obscur à travers la seconde couche, celle des nuages réflecteurs imaginée par Herschel I. On se ren- drait compte ainsi des limites étroites où les taches sont confinées d'ordi- naire, par analogie avec la région des alizés et des moussons terrestres, laquelle est aussi la région habituelle des cyclones. Ainsi les taches seraient produites par des tourbillons descendants, et non par des éruptions ascen- dantes comme le voulaient Wilson et Herschel T. Mais d'où pourrait provenir la différence de température entre les pôles et l'équateur, différence qui sert de base à l'hypothèse? Ici notre célèbreCorrespondant admet qu'en vertu de la rotation du Soleil, l'atmosphère invisible qui entoure la photosphère doit être aplatie aux pôles et renflée à l'équateur: aux pôles, donc, elle opposerait moins de résistance au flux de chaleur solaire, le refroidissement y ferait plus de progrès que dans les régions équatoriales. On aurait ainsi sur le Soleil l'équivalent des différences constantes de température auxquelles est dû sur Terre le régime des vents alizés. Cette brillante conjecture est digne d'attention en ce qu'elle fait sortir la théorie des taches du domaine restreint de la perspective, pour la faire rentrer dans celui de la dynamique; mais la cause assignée par sir J. Herschel et les grands mouvements latéraux ou superficiels qu'il suppose dans la photosphère ne paraissent pas admissibles, car, en premier lieu, le mouvement de rotation du Soleil est trop lent pour produire dans cette atmosphère un aplatissement sensible (i); en second lieu, (i) Celte atmosplière invisible ne saurait (Mre énorme, comme plusieurs l'ont conjecturé d'après l'aspect de l'auréole des éclipses totales : elle nr pourrait, en aucun cas, atteindre une tiauteur de 3 minutes, excès de la distance périhélie de la grande comète de i843 sur le rayon de la pliotosplière, car, si cette comète avait pénétré dans l'atmosplière du Soleil, elle y aurait eu le sort des étoiles filantes qui pénètrent dans les couches les plus élevées et les plus rares (le la nôtre. (96) les taches affecteraient, comme les nuages transportés par nos vents alizés, nne vitesse commune de translation dirigée des pôles vers Téquatenr, que les observations les plus récentes ne confirment pas. » Je rappellerai, en terminant, une autre conception mécanique d'un caractère grandiose qui se rattache aux idées modernes d'équivalence entre le travail et la chaleur. Mayer, puis M. Waterston, ont tenté d'expli- quer l'énorme provision de chaleur que le Soleil dépense chaque année, par le choc de matières cosmiques tombant incessamment de tous les points de l'espace sur le Soleil, avec l'énorme vitesse due à son attraction. Un éminent physicien, concitoyen de Wilson, AT. Thompson, avait donné à cette ébauche une consistance scientifique; mais il reconnut lui-même dans ces derniers temps que sa théorie était contredite par certains faits bien constatés. Néanmoins cette tentative aura porté des fruits : elle nous a fait comprendre, eu premier lieu, que les mouvements célestes sont im vaste réservoir d'énergie calorifique eu puissance (et même en acte dans les phé- nomènes relatifs aux étoiles filantes et aux aérolithes). Toute grande masse pouvant être considérée comme résultant de l'agglomération successive de matériaux éparpillés dans l'espace, la destruction de la force vive de ces' matériaux a dû y développer une chaleur considérable, ce qui répond au fait le plus général de l'univers stellaire. Telle serait aussi la chaleur d'ori- gine de notre Soleil, dont il est impossible de rendre compte par des actions chimiques ou électriques, et qui constitue le premier à priori de Laplace dans sa mémorable hypothèse cosmogonique. D'autre part, les recherches entreprises dans cette voie par M. Thompson, d'après les belles mesures de M. Pouillet sur l'intensité de la chaleur émise par le Soleil, ont élargi le cercle des idées actuelles et définitivement banni de la science l'idée d'un noyau solaire opaque et froid, à laquelle yjresque tous les astronomes adhé- raient encore il y a peu d'années. » Dans la deuxième partie, je signalerai rapidement les principaux résul- tats des travaux modernes sur le Soleil, puis je tâcherai de les coordonner en partant de l'idée du refroidissement progressif d'ime masse énorme, animée d'un mouvement de rotation, et dont la température excessive maintient tous les éléments dans le chaos d'une dissociation complète, sauf à la limite qui sépare cette masse du vide el du froid des espaces célestes. » ( 97 ) OSTÉOGÉNIE. — De l'iiiflnenre des causes mécaniques sur In J orme et le déve- loppement des os; moulage de ces organes par des matières solidifiables injectées dans leur gaîne périostée; par M. C. Sédillot. (( Nous avons étudié, clans notre dernière communication à TAcadémie (27 septembre 1864), l'influence des fonctions sur la structure et la forme des organes et plus particulièrement sur le volume et la consistance des os; nous présenterons aujourd'hui quelques nouvelles remarques sur d'autres causes, purement mécaniqties, des conditions d'ossification, à la suite des fractures, delà nécrose, des résections et de l'évidement sous-périosté. )) Les os ont été de tout temps décrits comme des organes distincts, dont le développement était réglé par les lois de leur propre vitalité; mais les expériences de Duhamel, de Troja, de Heine, de l'ilhistre secrétaire per- pétuel de l'Académie, M. Flourens, et celles de beaucoup d'autres observa- teurs, parmi lesquels nous tenons à honneur de nous ranger, ont conduit à une appréciation plus profonde de ce phénomène, en montrant que les os n'étaient pas seulement et toujours le produit d'un ou de plusieurs germes, mais qu'ils avaient pour origine une active proligération de cellules cpii, nées d'une foule innombrable de points différents, au moins dans l'état pathologique, s'incrustent de matières calcaires, s'accumulent, se tassent, s'unissent et se moulent dans leur ensemble sur les parties en contact, dont elles reçoivent leur forme. n Les résections sous-périostées entreprises sur les animaux, dans le but d'étudier le mécanisme et la puissance des régénérations osseuses, ne laissent aucun doute à ce sujet. Dès le huitième jour et même plus tôt, les gahies périostées laissées en place et ménagées autant que possible pendant l'extrac- tion des os, et affrontées demanièreà prévenir toute inflammation, deviennent le siège d'une mTdtitudede points d'ossification, cà et là disséminés, arrondis ou allongés en trahiées filiformes et en îlots très-minces et irréguliers. Plus tard, ces ossifications représentent des mamelons, des lamelles, des grains ovalaires tantôt juxtaposés en chapelets, tantôt réunis, et avec le temps ces ramifications osseuses acquièrent une plus grande épaisseur, se joignent et finissent par produire un os continu et solide, dans le cas surtout où l'animal est jeune et où le périoste a été bien conservé. Si cette dernière membrane a été déchirée et rompue, les cellules osléogènes, particulièrement foiu'nies par les bords de ces solutions de continuité, se répandent de proche en c. R., i865, 1" Semestre. (T. LX, N» 5.) l3 ( 98 ) proche dans leurs intervalles et y déterminent des jetées et des lames osseuses susceptibles d'assez grandes dimensions. (Voyez De ta régénénition des os, obs. IV, Gazette médicale de Strasbourg, mai 1864.) La consolidation des IracliM'es, avec écartcment des fragments, s'opère par le même mécanisme. La proligération des cellules périostées s'étciul d'une des extrémités frac- turées à l'autre et amène ces cals volumineux et difformes dont on ne ren- contre que trop d'exemples. » La reconstitution des extrémités articulaires présente une série de phénomènes identiques des plus curieux. La matière osseuse, après avoir régénéré plus ou moins complètement les diaphyses, pénètre, par défaut de résistance, dans les cavités articulaires, s'y moule et peut ainsi reproduire fort exactement la forme et le vohmie de l'os réséqué. Nous avons rappelé, parmi les pièces de la collection de Heine à Wurzbourg [De la régénérnlion (les os, obs. I, Gazette médicale de Strasbourg, mai 1864), l'exemple d'un scapulum dont la cavité glénoïde avait été remarquablement rétablie. La sub;.tance osseuse, arrivée ;iu contact de la tête humérale, avait dû néces- sairement se mouler sur elle par une concavité correspondante, à bords limités par la capsule articulaire et parles muscles sus et sous-épineux, petit, rond et sous-scajndaire. » L'extrémité supérieure de l'humérus ayant été enlevée tout entière dans une de nos ex[)ériences, la matière osseuse poussée en haut, par le fait même de son développement, avait en partie rempli la cavité glénoïde et offrait en conséquence une convexité régulière et normale. La ressemblance de la nouvelle extrémité articulaire avec l'ancienne avait été portée plus loin encore par l'existence d'un véritable collet résultant de la pression du rebord glénoïdien, pendant les mouvements du bras, sur le pourtour de la fête humérale régénérée, et l'on peut ainsi s'expliquer la loi d'identité qui préside à la persistance des formes et qui se résout ici en influences de contact et de rap|)orts. » Dans les résections sans conservation du périoste, l'ossification s'opère encore, mais avec moins de régularité, dans la gaîne fibro-musculaire qui marque les limites et les formes des parties enlevées. Si l'on ne rencontre pas plus souvent de prolongements osseux entre les muscles, c'est parce ' (pi'ils ne peuvent s'y produire en raison des mouvements et des pressions qu'ils y auraient à subir, et leur existence exceptionnelle indique que, par une certaine cause quelconque, le membre a été maintenu dans une certaine immobilité. » Les mêmes observations s'appliquent aux ossifications pathologiques du ( 99 ) périoste, sans extraction des os subjacents, et à celles qui se font à l'iiitc- rienr des os évidés. Dans ce cas, les nonvelies couclies osseuses r.e moulent sur les os en contact, et c'est ainsi qu'en cas de nécrose les ligaments, les tendons, les vaisseaux, les nerfs et les saillies musculaires marquent leur empreinte et se trouvent comme gravés en creux sur le nouvel os régénéré. On comprend dès lors comment un bandage trop serré peut retarder ou empêcher la formation du cal, et ce fait anciennement signalé et toujours remis en doute ne devra plus être contesté. » Heine avait constaté dans ses expériences que les ossifications étaient plus abondantes et pins régulières lorsqu'il avait laissé l'os dans sa gaîne périostée, et sa remarque témoigne de l'utilité d'une sorte de moule et de support pour la régularité des reproductions osseuses. » J'ai répété depuis longtemps les mêmes observations au sujet des sé- questres. Loin de les extraire avant qu'ils soient devenus isolés et mobiles, comme on l'a proposé de nos jours, il est essentiel, à moins de contre-indi- cations toutes spéciales, de les laisser en place conformément aux anciens préceptes de l'art, jusqu'au moment où le nouvel os a acquis assez de force pour soutenir le membre, lui conserver ses formes et sa longueur et résister aux contractions musculaires. Nous avons vu im séquestre s'entourer dans une grande étendue, malgré la destruction du périoste, d'ossifications enva- ginantes, et nous comptons étudier dans un autre travail ce fait si nouveau et d'un si grand intérêt pour l'histoire de la nécrose. » La doctrine générale de l'influence des causes mécaniques sur les con- ditions ostéogéniques nous paraît trouver une nouvelle et curieuse confir- mation dans l'expérience suivante. » Si l'on enlève un os en ménageant le périoste, et qu'on injecte du plâtre liquide dans l'intérieur de cette membrane, après en avoir rapproché les bords par une suture à surjet, on reproduit fort exactement les formes et les dimensions de l'os réséqué. L'empreinte des tendons, la saillie des apophyses, des tubérosités, et même les extrémités articulaires sont re- présentées avec une remarquable précision, et le degré de ressemblance entre l'os enlevé et son épreuve plâtrée est en raison de liniêgrité et de la consistance de la gaîne périostée et des surfaces d'erahoilement de la jointure. » On obtient ainsi en quelques minutes des résultats presque identiques- à ceux des régénérations osseuses entreprises sur les animaux. » Au bras et à la cuisse, où le périoste est par places à peine visible, en raison de sa ténuité, et ne peut être complètement conservé, on a des épreuves i3.. ( loo ) plâtrées fort irrégulieres. Les os sont courts, plus ou moins courbés et hé- rissés d'aspérités. » A l'avant-bras et à la jambe, la résection d'un des os n'altérant pas la longueur du membre, et le périoste étant généralement plus épais et plus résistant, les épieuves sont plus nettes et le tibia nous a paru présenter, sous ce rapport, les conditions de moulage les plus favorables. » West-il pas intéressant de rappeler que les rares succès de résections sous-périosiées entreprises sur l'homme, par suite d'erreurs de diagnostic et d'indications curatives fort hasardées, ont été fournis par cet os, et n'y a-t-il pas dans cette double réussite une sorte de preuve des influences mé- caniques dont nous cherchons à démontrer l'importance? » J'ai l'honneur de pLicer sous les yeux de l'Académie la moitié inférieure d'un tibia gauche moulé en plâtre sur la gaine du périoste et l'articulation péronéo-astragalienne. On voit sur sa surface interne les traces de la suture périostée. La malléole tibiale, les surfaces articulaires correspondant à l'as- tragale et au péroné, les sillons du jambier postérieur et du grand fléchis- seur des orteils, sont très-nettement représentés. La diaphyse a conservé ses formes et ses diamètres, et, afin de lever tous les doutes, j'ai joint à cette épreuve l'os réséqué pour servir de terme de comparaison. » Nous pouvons conclure de ces faits que le succès des régénérations osseuses dépend de deux causes principales : » 1° L'intégrité du périoste; » 2° La régularité et l'immobilité des surfaces, gaines ou moules où se produit la matière osseuse. » On s'explique dès lors la rapidité ou les lenteurs de l'ostéogénie par les divers degrés d'altération et de destruction du périoste (traumatismes, inflam- mations, ulcérations, suppuration, gangrène), et l'immobilité et la régularité des surfaces où se multiplient, se déposent et s'agglomèrent les cellules osseuses, servent à comprendre toute la supériorité de la méthode de l'évi- dement sur celle des résections sous-périostées, puisque dans le premier cas le moule est régulier, immobile, invariable, et le périoste intact, tandis que dans le second celle dernière membrane est toujours plus ou moins alté- rée, parfois détruite, et le moule incomplet, mobde et irrégulier. » M. LE Secrétaire perpétuel présente, au nom de M. Tf. Haidiiujcr, une liste imprimée des « météorites existant au i^' janvier i865 au Cabinet impérial minéralogique de Vienne », donnant pour chacune la date de la chute, le pays, le poids du spécimen principal, etc. ( loi ) I\03IIXAT10NS. L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Membre qui occupera, dans la Section de Mécanique, la place laissée va- cante par le décès de M. Clape/ron. Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 6i, M. Favé obtient. ... 3o suffrages. M. Foucault 20 M. Phillips. ..... 10 M. Rolland i Aucun des candidats n'ayant réuni la majorité absolue, il est procédé à un deuxième tour de scrutin. Le nombre des votants étant encore 61, M. Foucault obtient. . 3o suffrages. M. Favé 2g M. Phillips 3 Aucun des candidats n'ayant encore réuni la majorité absolue des suf- frages, l'Académie procède à un troisième tour de scrutin, qui, cette fois, est un scrutin de ballottage Le nombre des votants étant encore 61, M. Favé obtient. . . . ' 3o suffrages. M. Foucault 3o Il y a un billet nul. . Les deux candidats ayant réuni un nombre égal de suffrages, l'Académie, conformément à un article formel de son Règlement, renvoie l'élection à la prochaine séance. MEMOIRES PRÉSENTÉS. M. Dupiiv présente au nom de l'auteur, M. de Guigné, un Mémoire ayant pour titre : « Description d'une nouvelle machine à calcul ». (Renvoi à l'examen d'une Commission composée de MM. Mathieu, Chasles et Bertrand. ) ( I02 ) PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Les Jeuillcs des plnnlcs exhalenl-elles de l'oxyde de carbone? par M. B. CoRExwixDEit. (Extrait par l'auteur. ) (Commissaires, MM. Boussingault, Brongniarl, Duchartre.) <( J'ai imaginé un appareil bien simple qui permet de doser l'oxyde de carbone avec exactitude, même lorsqu'il ne s'en trouve qu'une faible pro- portion dans une masse d'air quelconque. Il consiste en quelques éprou- vettes et un tube disposés convenablement à la suite les uns des autres, à travers lesquels on fait circuler, à l'aide d'un aspirateur, le g;iz qu'on veut analyser. 1) L'air passe d'abord dans une ou deux éprouveltes renfermant de la potasse caustique qui le dépouille de tout l'acide carboni(pie qu'il peut contenir. Il traverse ensuite lentement un tube horizontal dans lequel on a placé des fragments de pierre ponce et de l'oxyde de cuivre. Ce tube est chauffé au rouge sombre. r> Au contact de l'oxyde de cuivre, l'oxyde de carbone (ou d'autres gaz combustibles) se transforme en acide carbonique qu'on reçoit dans une cprouvttte contenant de labrfryte concentrée. » Je me suis assuré par des expériences spéciales qu'on retrouve dans le carbonate de baryte tout l'oxyde de carbone qui passe ainsi sur de l'oxyde de cuivre. Il faut avoir soin, bien entendu, de faire les corrections de pres- sion et de température du gaz. » A l'aide de cet appareil, je suis arrivé à constater positivement : » 1° Qu'il n'y a pas sensiblement d'oxyde de carbone ni d'autres gaz combustibles dans l'atmosphère ; » 2" Que le fumier ou les engrais, en se putréfiant à Voir, n'en exhalent pas de traces; » 3" Qu'on n'en trouve pas davantage dans les produits gazeux qui émanent des fleurs même les plus odoriférantes ; » 4° Q"e les feuilles des plantes n'expirent jamais de gaz combustibles ni pendant la nuit, ni pendant le jour, à l'ombre ou au soleil ; » 5" Enfin que, lorsqu'on soumet un végétal à l'action du soleil, eu présence d'une proportion notable d'acide carbonique, cet acide est ab- sorbé avec rapidité, mais les feuilles n'expirent pas de traces d'oxyde de carbone. » Ces dernières expériences n'ont pas été faites sur des tronçons de vé- ( io3 ) gélaux nuililés. Elles ont eu lieu à la campagne, dans mon jardin, sur des plantes vivant à l'état normal, en pleine terre ou d.ms des pots à fleurs, 1) P. S. Mes recherches sur les feuilles confirment les résultats obtenus par MM. Boussingault et Cloëz, qui ont étudié le même sujet par une mé- thode différente de la mienne. » Voici la conclusion que M. Boussingault a tirée de ses recherches : » Les feuilles et même les branches des végétaux, en fonctionnant dans des conditions aussi semblables que possible aux conditions naturelles, émettent de l'oxygène qui ne présente pas d'indices de gaz combustible. [Comples rendus de l'Académie des Sciences^ t. LVII, p. 4'3-) " ANATOMIE COMPAiiÉE. — Sur les j'eux de /'Asteracanthion ruberis (Mûll. et Tros); par M. S. Joukdaix (Extrait.) (Commissaires, MM. de Quatrefages, Blanchard.) « Quand on étudie les formes variées de l'organe de la vision chez les Invertébrés, on reconnaît qu'elles se rattachent à deux types distincts et fondamentaux : i" les yeux que nous proposons d'appeler idoscopiques, c'est-à-dire fournissant des images; 2° les yeux pholoscopiqucs, c'est-à-dire aptes à donner seulement la sensation générale de la lumière et de l'obs- ciu'ité. » Les premiers, qu'on rencontre plus particulièrement dans les J\îol- lusques, les Insectes et les Crustacés, sont caractérisés par un épanouissement d'un nerf de sensibilité spéciale, sur lequel les rayons lumineux sont isolés en faisceaux déliés en passant par une ouverture très-petite, ou le plus souvent concentrés par une lentille convergente. Dans tous les cas l'image obtenue est lenversée. » Les seconds, méconnus ou négligés par bon nombre d'anatomistes, se composent essentiellement d'un pigment noirâtre ou rougeâîre, d'une struc- ture bien déhnie, impressionnable aux rayons lumineux et en rapport immé- diat avec le système nerveux dans les animaux pourvus de ce dernier. Ce pigment sensibilisable n'occupe point nécessairement un point de la surface externe du corps; les fonctions très-simples qui lui sont assignées peuvent encore s'exercer quand le pigment est séparé du milieu extérieur par des corps translucides, le tégument externe, par exemple. Telle est la dispo- sition que j'ai rencontrée chez les Siponclrs, et qui a été signalée chez cei- tains Annéliiles, les lîermelles en particulier, où leur nattu'e a été bien saisie par M. de Quatrefages. [ io4 ) » Ainsi constilués, c'est-à-dire réduits à un amas de cellules pigmen- taires en relation avec l'appareil nerveux, ou, plus bas dans lechelle, avec le tissu sarcodique seulement, et recevant médiatement ou immédiatement l'impression des rayons lumineux, ils représentent la forme la plus simple de l'organe de la vision dans la série animale. C'est avec cette simplicité qu'ils ont été décrits par Rathke dans le genre Lycoris et qu'on les retrouve dans beaucoup d'autres. D En étudiant récemment la composition des taches pigmentaires, bien connues des naturalistes, qui occupent les extrémités des rayons de l'^s/er- acauthion rubens, nous avons découvert un perfectionnement organique des yeux photoscopiques qui paraît avoir échappé à l'attention des zootomistes. 1) Les yeux pigmentaires de VJsleracantlnon sont situés à une petite distance de l'extrémité terminale des rayons^ dans les sillons interambula- craux. Ils occupent une petite papille ou tubercule gemmiforme, qui reçoit un filet des troncs nerveux ambulacraux, filet qui se renfle en ganglion en pénétrant dans la papille. Les prolongements calcaires spiniformes qui ter- minent les branches de l'Astérie entourent la papille comme une sorte de calice, ouvert cependant ai^ niveau du sillon interambulacral. Quand, par l'action des muscles, ces prolongements sont écartés les mis des autres, l'or- gane oculaire se trouve à découvert et reçoit sans obstacles les rayons lumi- neux. Quand, par la contraction de muscles antagonistes, ces mêmes pro- longements viennent à se rapprocher et à s'appliquer les uns contre les autres, le calice se ferme et emprisonne la papille oculifère : les rayons lumineux n'y peuvent plus arriver et, qu'on me passe l'expression, les yeux sont fermés. L'Astérie peut donc à son gré exercer ou suspendre l'acte de la vision et défendre efficacement l'organe de la vue de l'atteinte nuisible des objets extérieurs. » Quand on soumet la papille oculifère à l'examen microscopique, on découvre sans peine la présence du pigment rougeâtre dont nous avons parlé, et on remarque en outre que ce pigment ne recouvre pas d'une couche uniforme la surface de la papille, mais qu'il y est distribué par groupes nettement limites et régidiérenient répartis. Si, pour se rendre un compte plus exact de la nature de ces groupes pigmentaires, on emploie un grossissement ■ de 3oo à 4oo diamètres, on arrive à reconnaître que la papille oculifère est creusée d'un grand nombre de cavités, qu'on peut comparer pour la forme à un dé à coudre. Chaciuie de ces dépressions est tapissée par le pii:;ment caractéristique, et de plus eu rapport par son fond avec le ganglion nerveux qui occupe le centre de la papille et en forme comme le noyau. Les dépres- ( io5 ) sions sont remplies par une malière gélatiniforme, Irès-transparente, faisant une légère saillie à la surface du tubercule oculifère et terminée par une portion convexe, comme la cornée des animaux supérieurs. Par l'action de la glycérine, cette matière réfringente se gonfle, et la saillie dont nous par- lons devient plus marquée. » D'après la description que nous venons de donner, quelques physiolo- gistes seront sans doute portés à rattacher l'organe oculaire des Asterncan- tliion à la grande division des yeux idoscopiques. Malgré la présence d'un corps réfringent qui milite en faveur de cette assimilation, nous rapporte- rons cependant cet organe aux yeux photoscopiques. Comme dans ces der- niers, en effet, les cellules pigmentaires recouvrent l'élément nerveux : elles constituent l'écran que viennent frapper les rayons lumineux. Quel serait donc le rôle de la substance réfringente analogue à l'humeur vitrée qui remplit la cupule oculaire? Elle servirait à rassembler et à concentrer les rayons lumineux sur le pigment impressionnable, et à rendre par con- séquent plus intense et plus parfaite la perception de la lumière et de ses différents degrés. » Nous trouvons donc dans V Asteracanihion une spécialisation de fonc- tions qui représente sans doute le type le plus élevé d'organisation des yeux photoscopiques, et un nouvel exemple de ces tendances auxquelles la na- ture paraît obéir dans le perfectionnement des organes, tendances dont un éminent physiologiste de nos jours a tiré de si lumineuses déductions. >< ANTHROPOLOGIE. — Etude sur les mariages entre consanguins dans la commune de Batz {près le Croisic, Loire-Injérieure) ; par M. Aug. Voisin. « Les faits sur lesquels j'ai l'honneur d'appeler l'attention de l'Académie ont trait à la question si controversée des mariages entre consanguins. Tandis, en effet, que les mis regardent la consanguinité comme n'étant nullement préjudiciable, lorsque les parents n'ont pas de maladie hérédi- taire, la plupart la considèrent comme étant toujours nuisible par elle- même, et comme déterminant des maladies, des dégénérescences et des vices de conformation tels que la folie, l'épilepsie, l'idiotie, le crétinisme, la surdi- mutité, la cécité par rétinite pigmentaire, l'albinisme, la stérilité, les avor- tements. » Pensant que pour être bien étudiée, la consanguinité doit être observée au milieu de populations peu nombreuses, dans des familles, plutôt qu'avec C. R., i865, \" Semés ire. (T. LX,N"ô) '4 ( >o6 ) (Jes statistiques porlant sur l'ensemble de la population d'un |).iss cl d une grande ville, j'ai passé l'année dernière un mois dans le bourg de Batz (Loire-Inférieure), dont les habitants ont l'habitude, depuis plusieurs siècles, de ces sortes de mariages et vivent à peu près isolés des pays environnants, dont ils semblent mépriser la fré(pientation. » J'y ai étudié les ménages entre consanguins qui s'y trouvent actuellement et qui sont au nombre de /jG ; j'ai interrogé les antécédents du mari et de la feriune; je les ai examinés, eux et leurs enfants, aux poinisde vue phy- sique et intellectuel ; je me suis renseigné auprès du maire, du curé et des anciens du pays, et j'ai dressé avec ces éléments connus et tangibles des tableaux desquels il résulte que la consanguinité n'a amené aucune maladie, aucime dégénérescence, aucun vice de conformation, et que la race est restée très-belle et très-pure. » Je crois pouvoir attribuer ce résultat aux conditions climatériques tt topograpliiques exceptionnelles du pays, à l'hygiène, aux habitudes, à la moralité des habitants et à l'absence de loute hérédité morbide. Voici, tlu reste, un résumé des faits que j'ai observés. » La commune de Batz, près le Croisic, est située dans une presqu'île bordée d'un coté de rochers baignant dans la mer, et de l'autre de marais salants. L'air y est très-vif, les vents les plus fréquents sont nord, nord-est et nord-ouest. Le nombre des habitants est 33oo. Leurs rapports avec le reste du département sont assez limités, leur travail consistant surtout à recueillir le sel, et leurs habitudes, non moins que leurs goûts, les attachant au sol de leur pays. » J.,eur intelligence est très-développée ; tous les adultes savent lire. » Leur tenue vis-à-vis de l'étranger est réservée, presque sauvage; chez eux la vie de famille est observée dans loute sa plénitude; après les travaux de la journée, chacun s'assied au foyer paternel. » Jj'ivrognerie est rare, la prostitution n'existe pas, et la débauche est des plus exceptionnelles. Le concubinage est inconnu. » Le vol, l'assassinat et toute espèce de crimes sont inconnus dans la commune d'après le témoignage des autorités et des anciens ilu |)ays. )) Les enfants sont tous allaités par leurs mères pendant i ari à i5 mois. » L'alimeiitation est presque entièrement composée de féculents, de lai- tages, de viande de porc et de vin. » r.es maladies les plus fréquentes sont les catarrhes pulmonaires aigus, les rhumatismes, l'hydropisie par albuminurie, les apoplexies cérébrales foudrovanles. Le cancer est inconnu, les alfections tuberculeuses et scrofu- ( '07 ) leuses sjOijI excessivement rares (une seule jeune fille en ce inoinent en est atteinte). La rougeole est souvent meurtrière chez les enfants, et le cho- léra a été très-violent en i832. » T-es vices de conformation, les maladies mentales., l'idiotie, le créti- nismo, la surdi-mutité, l'albinisme, la cécité par réiinite pigmentaire n'exis- tent chez aucun individu, issu ou non de parents consanguins. « Les accouchements prématurés sont assez fréquents, et sont attribués par la sage-femme du pays aux rudes travaux de ces femmes, qui les obligent à aller pieds nus dans les marais aussi bien la nuit que le jour, et à soulever jusque sur leurs tètes de lourdes écuelles pleines de sel. Dans les unions entre consanguins, 5 femmes seulement (dont 4 parentes au 3^ degré avec leurs maris, et une autre au 4*) ont fait chacune une fausse couche. M II existe dans ce moment, dans la commune de Batz, 46 unions entre consanguins à ini proche degré, 5 entre cousins germains, 3i entre cousins issus de germains, ro entre cousins au 4* degré; 5 mariages entre cousins germains ont produit 23 enfants dont aucun n'est infirme de naissance. Il en est mort 2 de maladies cacidcntelles. » 3i mariages entre cousins issus de germains ont produit 120 enfants dont aucun n'est atteint d'affection congénitale, ni d'infirmité; 24 ont suc- combé à des maladies aiguës; 10 mariages entre cousins au If degré ont donné naissance à 29 enfants, tous bien portants, sauf 3 qui sont morts de maladies aiguës. )i La santé du père et de la mère de ces individus est ou était très-bonne, et exempte de toute diathèse. Celle aussi de ces individus eux-mêmes et de leurs enfants est excellente. Leur stature est très-élevée pour la plupart, et la configuration de leur tète correspond chez la majorité à un type unique. Le costume est à peu d'exceptions près le même qu'il y a plusieurs siècles. Le costume des paludiers et des paludières m'aparu être parfaitement approprié à leurs travaux qui les exposent soit à un soleil ardent, en même temps qu'a des brises des plus froides, soit à la fraîcheur des nuits, et semble être des- tiné à les protéger contre les maladies qui sont la conséquence de ces excès opposés de température. " La stérilité n'existe que dans 2 ménages sur les 46 que j'ai étudiés f les époux sont parents au 3" degré). i> Les 45 autres ont donné naissar.ee à 1 74 enfants, parmi lesquels 29 sont moi'ts. » Ces faits me semblent prouver que dans les conditions dites de bonne sélection, la consanguinité ne nuit en ancime façon au produit et à la race, 14.. ( io8 ) mais, an contraire, exalte les qualités comme elle ferait les défauts et les causes de dégénérescence. » (Renvoi à l'examen des Commissaires désignés pour les diverses commu- nications concernant les alliances consanguines : MM. Andral, Rayer, Bernard, Bienaymé.) THÉRAPEUTIQUE. — Sur l'action du goudron de houille et de ses dérivés; par M. Edm. Corxe. (Commissaires, MM. Andral, Rayer, Jobert de Lamballe.) « Au moment où l'attention de l'Académie a été de nouveau appelée sur l'application de l'acide phénique à la thérapeutique des plaies gangre- neuses ou de mauvaise nature, il me sera peut-être permis de rappeler que j'ai été le premier, en iSSg, à pro[)oser pour cet usage l'emploi du coaltar, qui doit ses proj^riétés antiputrides à cet acide et à quelques autres des prin- cipes immédiats qui y sont contenus. C'est l'observation de ces propriétés, en faisant des recherches dans une autre voie, qui m'y avait conduit. A la suite du retentissement qu'eurent, à celte époque, les essais faits à Paris et à l'armée d'Italie avec la poudre désinfectante à laquelle mon nom est resté attaché, de nombreuses recherches furent entreprises pour tirer parti du principe que j'avais posé. Il en est résulté divers perfectionnements dans l'emploi des propriétés modificatrices du goudron de houille sur les plaies, propriétés dont j'avais le premier constaté l'heureuse action. Je suis bien loin de méconnaître l'importance et le mérite de tous ces efforts, dont l'ef- ficacité ne peut plus être contestée maintenant; mais j'ai le droit, ce me semble, de les considérer comme une conséquence de mes travaux, comme des pas faits sur la voie que j'ai ouverte à la thérapeutique. » De mon côté, je ne suis point resté inactif sur cette même voie. Après avoir constaté les effets du coaltar appliqué sur les plaies au moyen des divers véhicules que je lui avais trouvés dans mes recherches antérieures, j'ai voulu me rendre compte de l'action de ses composants pris isolément, et le principal objet de cette courte Note est de signaler les bons effets de l'un d'eux, qui ont été mécoimus. Je veux parler de la benzine, à titre d'agent antiseptique et modificatciu' des plaies ou trajets fistuleux de mau- vaise natiu'e. » Dans un ouvrage récent sur l'acide phénique, à propos des dérivés du coaltar qui pourraient être choisis, il est dit ceci : « La benzine est à peu « près insoluble dans l'eau. Son odeur est pénétrante. Elle est très-irritante ( I09 ) 1) et d'un maniement difficile. Ce n'est donc pas elle qu'il faut prendre. » Des observations, qui remontent à plusieurs années, m'ont appris que, mélangée aux huiles fixes en diverses proportions, la benzine exerce au contraire une action antiseptique très-énergique et devient très- facile à manier. » Dans lui Mémoire ultérieur, je ferai connaître ces proportions et le mode d'emploi du mélange d'huile et de benzine, en appuyant son efficacité sur des observations dont plusieurs, d'après mes indications, ont été re- cueillies par mon voisin, M. le D'Gipoulon. » THÉRAPEUTIQUE. — Emploi de l'acide phénique. Lettre de M. Déclat à l'occasion d'une réclamation de priorité soulevée par M. Lemaire. (Commissaires précédemment nommés : MM. Andral, Rayer, Jobert de Lamballe.) « M. J. I-emaire a adressé à l'Académie le 9 courant une réclamation de priorité sur moi. Si avant d'écrire sa Lettre il avait lu mon Mémoire, il y aurait vu que je rends justice à ses travaux et que je ne songe pas plus à me les attribuer qu'il ne songe à s'approprier ceux d'autrui. M. Lemaire a pu- blié des recherches remarquables sur le coaltar sapouiné et sur l'acide phé- nique, mais est-ce lui qui a découvert soit le coaltar saponiné, soit l'acide phénique? Non, il n'a pas même découvert leurs propriétés, il les a éten- dues. Dans ma communication du 2 janvier à l'Académie, j'ai voulu signaler de nouvelles applications de l'acide phénique et surfout son emploi et son dosage à l'intérieur dans des cas de maladies organiques et infectieuses, et cela avec des avantages très-marqués et toujours sans inconvénients, con- trairement à l'opinion de quelques praticiens et de M. Lemaire en parti- culier. ■> M. Lemaire m'accorde d'avoir le premier appliqué l'acide phénique pour un cas d'engorgement mal dénommé de la langue avec ulcérations et datant de quatre ans, que lui-même a considéré comme un épilhélioma grave. J'espère qu'il m'accordera aussi d'avoir le premier employé cet acide dans les affections des voies urinaires, en injections à l'intérieur, et d'avoir le premier institué un traitement phénique contre les accidents putrides et infectieux de la fièvre typhoïde, du croup, des maladies éruptives, des abcès profonds, des épithéliomas graves et même ulcérés, » ( 'lo ) PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Etablissement des formules Jondamcntales de rélertro-dyimmique dans L' hypothèse d'un seul fluide. Extrait dune Note de M. Renard, présenté par i\l. Lamé. (Commissaires, MM. Lioiiville, Lamé, Duhamel.) « Dans un travail précédent, l'auteur a émis, il y a quelques années déjà, l'opinion que les phénomènes électriques et magnétiques pourraient bien être produits par les vibrations longitudinales de l'éther, opinion qui a l'avantage de rattacher à iine même cause les phénomènes de chaleur, de lumière et d'électricité. Il revient aujourd'liui sur cette idée. Il remarque, qu'en partant des formules de l'élasticité, on peut substituer le mot coitlinc- tion ou dilatation au mot tension de l'électricité positive ou négative, et le mot action au motjlux. Après avoir fait observer que, dans cette nouvelle ma- nière de voir, on arrive tout aussi bien que dans les idées de Laplace et de Fourier aux lois de Ohm sur les courants et aux lois de la distribution de l'électricité dans les conducteurs ordinaires, il en fait l'application à l'éta- blissement des formules fondamentales de l'électro-dynamique, qui est l'objet principal de son travail. » M. Leci.erc adresse la description d'un appareil qu'il désigne sous le nom de lunette perspective, et dont il avait déjà fait l'objet d'iuie précédente communication. (Renvoi à l'examen d'une Commission composée de MM. Pouillel, Fizeau et Faye. ) CORRESPO^^DAIVCE. M. i.E Ministre oe l'Ivstrlxtiox publique approuve l'emploi pioposé |)ar l'Académie pour une somme prise sur les fonds restés disponibles et applicable aux frais de gravure et de tirage des planches d'un tiavail (|ui doit paraître dans le tome XXXV des Mémoires de l'Jcadémie. yi. LE MixisTUE nE l'Agriculture, du Co.m.merci: et des Travaux publics adresse, ])our la Bibliothèque de l'Instilut, le n° f) du Catalogue des B.'-evets d'invenlion pris tlans l'année i86'|. M. l'Inspecteur général de la Navigation et des Ports adresse le tableau des crues et diminulions de la Seine observées chatpie jour au pont de la Tournelleet au pont Royal pendant l'année i8G/|. ( MI ) M. LE Secrétaire perpétuel présente au nom de l'auteur, M. Bertlioud, un volume intitulé : « Petites Chroniques de la Science », 4^ année. M. le Secrétaire perpétuel lit l'extrait suivant d'une Lettre que lui adresse de Toul M. Himon, déjà connu de l'Académie par diverses commu- nications concernant les cavernes à ossements : Désirant m'occuper d'une nouvelle Note sur nos cavernes à ossements, oserai-je, Monsieur, soumettre à votre appréciation : » 1° Deux luâclioires humaines (évidenunent distinctes), ])our savoir à quel type les rapporter; w 2" Et quelques ossements d'animaux? » Dans le cas où vous voudriez bien accéder à ma demande, je m'em- presserais de vous adresser lesdits objets. » M. Husson sera invité à envoyer les pièces annoncées, qui seront sou- mises à l'examen de la Commission nommée pour ses précédentes commu- nie. itions. MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Sur i appUcntiou du palier glissant aux tou- rillons d'un volant de laminoir pesant 35 ooo kilogrammes. Note de .^!. L.-D. Girard, présentée par ^I. Combes. « J'ai eu précédemment l'honneur de communiquer à l'Académie les résultais que j'avais obtenus tles expériences sur les surfaces glissantes de mon chemin de fer hydraulique appliquées aux tourillons, résultats que je ci'ois devoir rappeler ici. » I"" Pour les tourillons entourés d'eau, sans pression de soulèvement, le coefficient s'est trouvé être de 5o pour loo. » -i" Lorsque les surfaces étaient parfaitement graissées à l'huile, le cocf- ficieiit s'est trouvé de lo pour lOo. » 3° Quand l'eau est admise à pression sous les tourillons, et que le sou- lèvement permet à l'eau de s'échapper de toutes parts à travers les deux surfaces, ce coefficient n'est plus que de o,ooi . )) Le premier et le dernier de ces résultats paraissent excessifs aux per- sonnes qui se sont spécialement occupées du frottement des corps les uns sur les autres; mais il faut bien se rendre à l'évidence, quand elle est confirmée par un fait expérimental que tout le monde peut voir et toucher du doigt. )i Ces expériences, que j'avais réalisées sous des pressions d'eau assez ( .12 ) faibles (i atmosphère), el sur des tourillons de i5 centimètres, viennent d'être faites, en ces derniers temps, sous une |)ression de lo atmosphères, et sur des tourillons de {\o centimètres de diamètre supportant un poids total de 35ooo kilogrammes. C'est donc un fait aujourd'hui accompli et ac- quis à linduslrie, car le système fonctionne depuis quatre mois, à la grande satisfaction delà Société des usines de Biache-Saint-Vaast (Pas de-Calais). >' Cette première application du palier glissant a été hardiment tentée, sur une grande échelle, par le directeur des laminoirs de Biache, dont je dois inscrire ici le nom (I\I. Mesdach); car si l'inventeur, par des expé- riences sérieuses, démontre l'eRicacité et l'utilité de sa découverte, il ne lui faut pas moins trouver des personnes qui veuillent bien l'employer indus- triellement, vu que ce n'est qu'à ce moment que l'invention cesse d'être une utopie vis-à-vis de beaucoup d'autres personnes. » Je ne dois pas omettre^ dans cette Note, de dire le bienveillant accueil que meut M. Dupuy de Lôme, directeur général du matériel de la Marine, dans la présentation que je lui fis d'iui projet d'essai du palier glissant, au commencement de i863, pour supporter, presque sans frottement, les gros arbres et porte-hélices des bateaux à vapeur de l'État. Il en comprit si vite les avantages, qu'il s empressa de faiie appi'ouver mon projet par le Conseil des travaux de la Marine, et je recevais, quelque temps après, à la date du i4 mai i863, une Lettre deJM. le Ministre de la Marine, dont voici l'extrait : « Après avoir consulté le Conseil des travaux, j'ai reconnu que vos pro- » positions étaient susceptibles d'être accueillies, et j'ai décidé que votre » système serait appliqué, à litre d'essai, sur le remorqueur i'Elorn, au port » de Brest; je donne avis de cette décision à M. le Préfet maritime du » y.^ arrondissement, etc. » » Par celte Lettre, on peut voir que le Gouvernement a été le premier à prendre une décision pour la qiise en pratique des paliers glissants, et que si l'indiislrie privée a pris le devant sur la Marine de l'État, il n'en est pas moins vrai que la décision ministérielle du l 'j mai i863 a eu pour consé- quence d'établir une certaine confiance dans le système, par l'approbation du Conseil des travaux de la Marine. Enfin, grâce à l'intelligence et au bon \ouloir du directeur des laminoirs de Biache, des expériences décisives viennent d'être faites en grand, qui ont complètement réussi. » Quant à l'utilité du palier glissant pour supporter de grandes masses animées de mouvements rapides, il me suffit de dire qu'on ne fait plus tourner le volant des laminoirs de Biache sans le système hydraulique. » A ce sujet, je pourrais dire que les effets qu'on observe sont trop frap- ( ..3 pants pour qu il eu soit autrement, et je crois utile d eu donner ici quelques explications. » Au moment de la mise eu train des laminoirs, les paliers ne sont pas encore soumis à la pression hydraulique, mais simplement graissés à la Hianiere ordinaire qui, d'après les expériences précitées, donne un coeffi- cient de lo pour loo, pour la résistance au frottement. - L'ensemble des appareils prend une vitesse d'origine qui ne peut s'ac- célérer, malgré une dépense considérable de force motrice fournie par le moteur qui les met en action ; mais, à mesure que la pression commence à se faire dans un réservoir d'air qui sert de régulateur de pression, on voit le mouvement s'accroître, et avec d'autant plus de rapidité que la pression elle-même augmente dans le réservoir à air. Et il faut, avant même que la pression soit complète, retirer de la puissance motrice, si l'on ne veut pas faire éclater le volant. i> Il est fort probable que le coefficient de résistance, quand la pression atteint ip atmosphères dans le réservoir à air, moment où les tourillons sont entièrement soulevés, descenti, comme les expériences le prouvent, à 0,00 1 ; mais, à cause des engrenages qui transmettent la force variable aux laminoirs mêmes, j'admettrais volontiers que ce coefficient se trouvât triplé : soit o,oo3. » Pour faire la comparaison dans les deux cas, nous devons réduire à 3o centimètres les tourillons supportant le poids (35ooo kilogrammes) du volant, au lieu de 40 centimètres qu'on leur a donnés, pour diminuer autant que possible la pression de l'eau. » Le volant faisant environ 60 tours par minute, on aura le travail résis- tant du frottement, dans les conditions ordinaires de graissage, par T = -^ X 35ooo X ^^-^-4 — = lili"^ ('nombre rond). 1000 75 ->-• / » Dans le cas de la pression hydraulique, et en prenant o,oo3 pour coef- ficient, au lieu de 0,001, on aura T = X 35ooo X — p- = I ,75. 1000 75 ' M Pour le travail du refoulement de la pompe, en compt;uit un rendement de 70 pour 100, le volume d'eau refoulé étant de 2 litres environ, sous une pression moyenne de 100 mètres, hauteur de la colonne d'eau, on a T=i>i^:75 = ,3^8,. G. R., i865, I" Semestre. (T. LX, N» 3.) l5 ( ii4 ) » Les deux travaux sont donc de 1,75-+- 3, 81 = 5'^'', 56, et l'économie de44-5,56 = 38^S44. » Ce résultat, qui est atteint avec une résistance admise trois fois plus grande que celle donnée par l'expérience, serait encore de 34'^'', G4, en sup- posant cette résistance dix fois plus grande, au lieu de trois fois. » Cette première application du palier glissant fera certainement réfléchir les maîtres de forge et les administrations de bateaux à vapeur à liélice : en effet, ces deux industries possèdent de gros mouvements à vitesse rapide qui constituent de vraies usines de frottement entretenues à très-grands frais. » ASTRO^'OMlE. — Observalion de l' éclipse annulaire du Soleil du 3o oiiobreiSG^, à Sainte-Catherine [Brésil). Note de M. E. Mouchez, présentée par M. l'A- miral Paris. de la caséine insoluble, notamment par l'action de l'acide phosphorique, une odetir infecte qui rappelle la sueur et la giaisse rance. D'ailleurs, c'ist là un jioint de l'histoire du lait et de la caserne que nous examinerons à part. ( Ï2I ) quelques millièmes de matière minérale provenant de la soude employée; mais cette interposition minime, dont il est facile de tenir compte, affecte à peine le dosage du carbone et de l'hydrogène, et ne laisse aucun doute sur la composition élémentaire de la caséine. » On prépare encore très-bien quelques composés caséiques sans passer pav l'intermédiaire des alcalis; nous avons mis à profit pour cela la solubi- lité variable de la caséine dans quelques acides, suivant leur degré de di- lution ; tel est le cas des acides hydrochlorique et snlfurique. Mais comme ce n'est point là une méthode générale de préparation, nous n'v insistons pas en ce moment. Ce procédé sera décrit lorsque nous examinerons en dé- tail la relation de la caséine avec les divers acides. » Nous aurions encore à signaler d'autres dispositions fort importantes qui s'observent dans les relations des acides avec la caséine ; mais nous pré- férons dans cette première communication ne pas accumuler trop de faits et nous borner aux généralités précédentes. Elles s'appliquent à lui groupe de combinaisons parfaitement définies qu'il nous reste à indiquer et dont la connaissance introduira d'abord dans l'histoire de la caséine une vue nou- velle et fondamentale. » Nous nous contenterons, pour abréger, de transcrire les principales formules : » Caséine hydrochlorique : C'^'H" Az'^O", HCl. » Caséine chloroplatinique : C'°«H" Az'*0-%Pt Cl^ « Caséinehydrochloriqueetchloroplatinique:C"''H''Az"0=%HCl,PtCl^ » Caséine azotique : C'"'H"Az'*0-% AzO% 8HO. Elle perd 6 équiva- lents d'eau à ii5 degrés, 7 équivalents à i3o degrés, et 8 équivalents à 160 degrés. » Caséine oxalique : C'o^H" Az"0", C" O', 5H0. Elle perd 3 équiva- lents d'eau à + ii5 degrés, 4 équivalents à i 3o degrés, et 5 équivalents à 1 5o degrés. » Caséine phosphorique : C'^'H»' Az'* 0^% PhO=, 4H0. Les 4 équiva- lents d'eau sont enlevés à i3o degrés. » Caséine arsénique : C""H" Az'^O'», AsO',8 HO. Les 8 équivalents d'eau sont enlevés à + i3o degrés. » Caséine sulfurique : C'^'H" Az'*0=% S0% 4 HO. Elle perd 3 équiva- lents d'eau à + i3o degrés. » Caséine chromique : C""H" Az'* 0=^CrO^ 8H0. » Ce qui donne un intérêt particulier à la composition organique de la C. R., i865, 1" Semestre. (T. LX, N" 5.) i 6 ( 122 ) oaséine, c'est que les nombres que nous avons adoptés se traduisent par delà tyrosine et de la leucine, qui se seraient unies à de l'ammoniaque en éliminant de l'eau : C'=H**Az*0** -hC"'H''A7/0'= + 7AZII'- 7110= C'^l^Âz'^O". 4 équivalents 3 équivalenls Caséine, de tyrosine. de leucine. » En d'autres termes, la caséine serait une amide de tyrosine et de leucine. » Il est inutile de rappeler l'apparition incessante de la tyrosine et de la leucine dans les réactions qui détruisent la caséine; il serait préférable de démontrer que ce dédoublement se fait nettement et régulièrement par des réactifs appropriés; nous ne désespérons pas d'y parvenir, u HYGIÈNE PUBLIQUE, — Du canal de Marseille el de son limon, dans leurs rapports avec la Crau et les marais qui bordent cette plaine; par M. G. Gui.M.irD, de Caux. « J'ai signalé la nécessité de donner an limon de la Durance une bonne direction, lorsqu'on aura favorisé son dépôt d'une façon quelconque. (Voir Comptes rendus, t. LIX, p. 609.) Au moyen d'une distribution rationnelle et systématique, on peut assainir une contrée importante et donner à l'agri- culture un espace de terrain considérable tout à fliit inculte aujourd'hui. >> De quelque façon que l'on sépare ce limoo, la difficulté reste la même. Soit qu'on le force à se déposer en faisant séjourner l'eau dans ce grand bassin de 76 hectares mentionné dans ma Note du 8 août dernier, Note antérieure aux études locales dont j'ai eu l'honneur de rendre compte à l'Académie, soit qu'on poursuive le même résultat en modérant la vitesse de l'eau dans le canal lui-même, ainsi que je l'ai proposé après lesdites études, on ne peut pas laisser le limon surplace, il faut l'emporter. » Dans le système du grand bassin, ou pousserait le dépôt dans le ravin de la Mérindolle en faisant agir des courants artificiels. La Mérindolle mène à l'Arc, et l'Arc va déboucher dans l'étang de Bcrres. Un pareil mode d'éva- cuation n'est pas chose indifférente, et quand, dans ma Note du 10 octobre, j'ai exprimé l'opinion que ce moyen pourrait influer sur le régime de l'étang, je n'ai pas mis en avant une théorie, je me suis fondé sur l'expérience, et sur une expérience qui se continue depuis plusieurs siècles avec un succès égal. ( >^3 ) » Les Vénitiens, en effet, travaillèrent pendant trois cents ans à défendre leur lagune contre les alterrissements des cours d'eau venant des Alpes de C.adore, de Feltre, de Bellune, etc. Au moyen d'un canal de ceinture qui rejette aux extrémités tous les affluents de terre ferme, ils parvinrent enfui à fixer la conlerminnzione délia Incjuna, connne ils disent. A cela ils dépen- sèrent des millions, et, l'œuvre accomplie, ils déclarèrent sacrilège et ennemi de la patrie quiconque porterait dommage à ces travaux (i). » Or, si on n'avait pas exécuté ces travaux, la lagune serait depuis long- temps recouverte de flaques d'eau stagnante, transformée en marécages et infectée de miasmes pestilentiels. « Eh bien! voilà ce qu'il faudrait craindre pour l'étang de Berres et pour ses environs, si on dirigeait sur ses bords les limons déposés tous les ans dans un bassin de 75 hectares. Ceci est facile à démontrer. » Sous le pont de Roquefavour, l'Arc n'a guère moins de 90 mètres d'al- titude. Or, de là à l'étang de Berres, il y a, par le fait d'un parcours sinueux, i5 000 mètres de distance : c'est près de 4 mètres de pente par kilomètre. Ij'Arc entraînera donc les boues du bassin jusqu'à l'étang, cela ne fiiit pas de doute. Mais là que deviendront-elles? De l'avis des hommes de l'art les plus distingués, s' éclairant de la connaissance de ce qui a lieu partout dans des circonstances semblables, ces boues détermineront la formation d'une barre à l'embouchure, et la contrée se transformera peu à peu en un marécage insalubre, qui s'étendra de plus en plus par le fait des nou- veaux limons incessamment amenés. (i; Cela résulte d'une inscription gravée sur les murs du palais du Magistrato délie acque, « quando eravamo nazione, » dit Filiasi, qui me la fournit. En voici le texte : Ut aquarum imperiutn atque acstuaria liaec libertatis sacro-sanclae sedes, Urbis veluti sacra mœnia conserventur, eere publico curatum. Diligentia et severitate amnes eliminati , coerciti, divisi, alio tradueti Et voici quelle était la pénalité. L'inscription ajoutait : Quisquis igitur quoquo modo publicis aquis inferre detrimentum ausus fuerit, hostis patriœ judicetur nec minori pœna plectatur quam si sanctos muros patriœ violasset. 16.. ( '24 ) » Les déversoirs ou vannes de chasse permettent de diriger les limons soit dans la Diirance elle-même, soit, par la Touloubre, vers la Cran. Dans ce dernier cas, les boues du canal iirocureront un immense bienfait, loin de créer le moindre dommage. » La Touloubre, au pont de Valmousse, est à ']5 mètres au-dessus de Merle, point hydraulique central, à 8 kilomètres d'Entressen, faisant fonc- tion de bassin de partage pour les eaux de Crapoiuic. Merle est à ai kilo- mètres du pont de Valmousse : il y a donc là une pente analogue à celle que nous avons reconnue pour l'Arc. » Ici, le rôle des boues du canal est tout tracé. Devant ce bassin de Merle se développe en triangle une plaine de 36 ooo hectares, dont la superficie, sur une épaisseur moyenne de 3o centimètres, est occupée par une couche de cailloux détachés des roches de la région supérieure de la Durance. Ces cailloux, mêlés d'une faible quantité de terre végétale, repo- sent sur un banc de poudingue siliceux très-dur, épais de 5o à 8o centi- mètres, et s'étalant sur des sables fins et sur des graviers. » L'inclinaison de ce triangle vers le Rhône et la mer permet d'y ouvrir, dans tous les sens, des dérivations, même à forte pente. Il est évident qu'il suffira d'une couche de limon de 3o centimètres d'épaisseur, facile à obtenir en |)eu de temps par voie de colmatage, pour livrer immédiatement ce grand triangle à l'agriculture et en faire un centre de population. Telle est la des- tination bienfaisante qu'il faut donner au limon du canal de Marseille. M J'arrive à la question d'assainissement. » Le sud-ouest de ce triangle de la Crau vers le Rhône est entièrement occupé par des marais qui se dessèchent, à divers degrés, plusieurs fois dans l'année; et les effluves de ces marais, emportés par les vents, infectent de fièvres paludéennes tous les environs habités. Sur la ligne de Lyon à la Méditerranée, qui coupe la Crau par le milieu, les stations de Raphèle, .Saint-Martin, Entressen en souffrent, au point que l'administration du chemin de fer est astreinte à des mesures particulières dans l'intérêt de la santé de ses employés. Au sommet du triangle, du côté de la nier, il y a le village de Fos , sur une légère éminence, avec une populalion de 700 habitants. Au mois d'août i8G3, on y comptait plus de l\:)0 cas de fièvre intermittente, c'est-à-dire que, dans l'espace de deux mois et demi, plus des deux tieis de la population avaient payé tribut à l'épidémie. Or, vu les causes patentes et avérées du mal, il en doit être ainsi à peu près tous les ans. (Voyez les Marais de Fos, par le IV' Bourguet, chuurgieii de l'hô- pital d'Aix.) ( ,.5 ) » Aussi, lorsque j'ai appris, dans la contrée, que des études fort avancées déjà avaient été entreprises pour appliquer à cette plaine inculte le système si efficace des colmates de la Toscane, j'ai vu là, pour le canal de Marseille, le plus heureux et le plus utile en)ploi de ses limons. Les eaux de Craponne, qui traversent cette plaine, peuvent être employées au colmatage à l'époque de l'année seulement où les concessionnaires de ces eaux n'en ont pas besoin pour leurs irrigations. En toute saison, laTouloubre pourra charrier les limons du canal de Marseille. » Heureuse conjoncture, en vérité, et d'une efficacité incontestable pour rendre à l'œuvre de M. de Montricher cette faveur publique dont elle a joui tout d'abord, la conservant jusqu'au moment où, par la force des choses, les difficultés présentes n'ont plus été regardées comme passagères et ont dû être abordées sérieusement. » Ce colmatage de la Crau s'effectuera donc tôt ou tard, il n'est pas permis d'en douter; car l'œuvre n'est pas seulement possible, elle est facile, et les merveilles opérées en Toscane peuvent seules donner tuie idée des avantages qui y sont attachés. Aussi, je ne crains pas de l'affirmer, est-il réservé une belle place, dans le souvenir de la postérité, à l'administration sous l'empire de laquelle il aura été fait au pays un si grand bien. » PHYSIQUE APPLIQUÉE. — EJfels des électro-aimcints à fil découvert par rapport à la disposition de la pile; par M. Th. Dp Mo\cel. « Dans ma Note du 9 janvier, j'ai annoncé qu'en constituant l'hélice ma- gnétisante des électro-aimants avec du fil complètement dépoiuvu de cou- verture isolante, non-seulement on obtenait tous les effets desélectro-aimanis ordinaires, mais que ces effets pouvaient dans certains cas être plus que doublés. J'expliquais ce phénomène en montrant que les spires d'un électro- aimant réunies par simple contact pouvaient présenter, comme les limailles métalliques et autres corps conducteurs ayant entre eux des contacts im- parfaits, une très-grande résistance dans le sens de l'axe de l'hélice, et que les dérivations peu intenses, mais nombreuses, qui s'opéraient à travers ces spires juxtaposées, loin de nuire à la force de l'électro-aimant, contri- buaient puissamment à l'augmenter, en provoquant une similitude de flux électriques superposés empruntés à la pile et forcés, parla disposition même de la ligne des contacts des spires, de passer à travers l'hélice elle-uiême. De nouvelles expériences que je viens d'entreprendre, non-seulement jus- tifient cette manière de voir, mais m'ont permis de préciser nettement les ( «26) conditions électriques nécessaires pour que le phénomène puisse se pro- duire. » J'ai d'abord reconnu que plus le fil des électro-aimants était fin et long, plus grand devenait l'isolement de ceux-ci ; j'ai même constaté que pour le fil n" 33 ayant environ un dixième et demi de millimètre de diamètre, deux électro-aimants de 27 000 spires chacun fournissaient au galvanomètre différentiel la même résistance. Dans de pareilles conditions, le fil isolé et le fil non isolé devaient se comporter exactement de la même manière, tant |)our la force électro-magnétique développée, que pour les effets d'induction, et c'est en effet ce que l'expérience a tlémontré, comme l'indiquent les chiffres suivants : ÉI.ECTRO-AIMANT A FIL DÉCOUVEr.T. ÉLECTP.O■AIM*^T A FIL COLVERT. AltractioD à i millimèlre. Âttraclion à i millimètre. Avec un circuit de o kiloni. 36o Avec un circuit de o kilom. 355 > 100 » loi » 100 » io5 » 200 i> 49 » 200 » 49 » • 3oo » 29 » 3oo » 29 » 3^0 » 22 » 370 » 22 I) Par contre, avec du gros fil de 3 millimètres de diamètre parfaite- ment décapé et les spires fortement serrées les unes contre les autres, les effets magnétiques ont pu dans certains cas devenir nuls, » Il résulte de ces effets que c'est de la résistance au contact des spires entre elles et des dérivations qui en sont la conséquence, que dépendent les effets électro-magnétiques si particuliers des électro-aimants à fil découvert. Or, nous allons démontrer que suivant que la pile est disposée pour favo- riser ou non ces dérivations, et cette disposition doit dépendre du nombre des spires des électro-aimants, les effets peuvent se trouver augmentés ou diminués dans des proportions souvent extraordinaires. » Four ne pas compliquer la question, nous considérerons d'abord un électro-aimant composé de deux bobines munies seulement d'une rangée de spires; le même fer servira pour les bobines à fil découvert et à fil recou- vert. Les premières auront i5o spires sur chaque bobine, la seconde 104. Le fil est d'ailleurs du même numéro. )) Avec un élément Bunsen de moyenne grandeur, l'électro-aimant à fil découvert, on a eu une force attractive : A I millimètre, de 169 grammes. A 2 niilliinètres, de 3o » A 3 millimètres, de i4 " ( 127 ) « Avec une résistance de lo kilomètres interposés dans le circuit on na pu obtenir aucun résultat. » L'électro-aimant à fil recouvert, dans les mêmes conditions, na pu fournir, à i millimètre, qu'une attraction de 9 grammes ! 11 est vrai que l'attraction au contact était relativement assez grande. » En employant une pile de Daniell de 28 éléments, les forces des deux électro-aimants se sont presque équilibrées. Ainsi, l'électro-aimant à fil décou- vert a fourni une force, au contact, de 287 grammes, et, à i millimètre de distance, de 2 grammes, alors que l'électro-aimant à fil couvert avait fourni une force de 260 grammes au contact, et de 2 grammes à i mUlimètre de distance. Il est vrai qu'avec 20 éléments le premier de ces électro-aimants avait repris sa supériorité et avait fourni une force de 375 grammes au cou- tact, et de 3 grammes à i millimètre; l'autre électro-aimant, au contraire, s'était affaibli et ne fournissait plus que iG5 grammes au contact, 2 grammes à I millimètre. Avec 10 éléments, la force du premier électro-aimant s'est encore maintenue à 370 grammes et 3 grammes, tandis que celle de l'autre s'est trouvée réduite à laS grammes et i gramme. » En réunissant en quantité 7 des éléments de la pile de Daniell dont nous avons parlé, et les appliquant successivement aux électro-aimants précédents, j'ai obtenus les résultats suivants: » Avec l'électro-aimant à fil découvert, la force attractive à i millimètre a été 17 grammes, et la force portante (à travers une épaisseur de papier) 5oo granunes. Dans les mêmes conditions, l'électro-aimant k fil recouvert n'a fourni qu'une force attractive de i ^ gramme, et une force portante de 45 grammes. i4 éléments réunis en quantité ont donné comme force attrac- tive, à 1 millimètre, 23 grammes pour l'électro-aiuiant à fil découvert, I gramme pour l'électro-aimant à fil recouvert, avec ime force portante pour celui-ci de 39 grammes. 21 éléments réunis en quantité ont donné pour l'éleclro-aimant à fil découvert 29 grammes de furce attractive à I millimètre, sans augmenter en quoi que ce soit la force de l'antre électro- aimant. « Enfin, en disposant la pile en séries composées chacune de 7 éléments réunis en quantité, les forces des deux électro-aimants sont restées à peu près les mêmes qu'avec une seule série de 7 éléments. Ainsi, pour deux séries, la force de l'électro-aimant à fil découvert a été 16 grammes, et celle de l'autre électro-aimant i |^ gramme (avec une force portante de 44 grammes pour ce dernier). B Avec trois séries nous trouvons pour le premier de ces électro-aimants ( '28 ) encore i6 grammes, et pour le second 2 grammes et 45 grammes de force portante. » On voit donc que quand la pile est disposée de manière à fournir faci- lement des dérivations, et c'est le cas de la pile de Bunsen et de la pile de Daniell disposée en quantité, l'électro-aimaiit à fd découvert devient d'une force relativement énorme. Au contraire, quand la pile est disposée de ma- nière à ne pouvoir dériver facilement le courant, les avantages de cet électro-aimant deviennent moindres, et d'autant moindres que sa résistance est elle-même plus grande. » Dans ma précédente Note, j'ai dit que l'exlra-couiant était considé- rablement diminué dans les électro-aimants à fd découvert; celte as- sertion ne peut être généralisée et ne s'applique qu'aux électro-aimants à gros fil animés par des éléments de Bunsen. Dans ce cas, l'étincelle se trouve extrêmement réduite, et même tellement réduite, qu'on la distingue difficilement de celle de la pile. Avec les électro-aimanls à fil fin non isolé, l'induction est à peu près la même qu'avec les électro-aimants ordinaires. » Il résulte de toutes ces expériences que ce sont des courants de quan- tité qui conviennent particulièrement aux électro-aimants à fil découvert, et que les effets les plus marqués que ceux-ci puissent produire se mani- festent quand l'isolement des bobines n'est pas par trop grand, et que les piles ont leur surface en rapport avec le nombre des spires. » CiliiMlE APPLIQUÉE. — Des altérations spontanées que la poudre-coton est suiceptible d'éprouver. Note de M. Ch. Blondeau, présentée par M. Pelouze. (Extrait.) « Nous avons opéré, dans trois condifions différentes, sur des poudres qui avaient toutes été préparées par le même procédé, desséchées de la même manière, et qui présentaient la même composition. Elles furent ren- feimées dans des flacons de verre à large ouverture, fermée par un bouchon de liège. Un papier de tournesol était fixé au bouchon, afin de faire con- naître l'instant |Mécis où la décomposition commencerait à se produire. » Quelqucs-iuis des fiacons ainsi préparés furent mis à l'abri de la lu- mière en les enfermant dans une armoire de bois, les autres furent placés sur les étagères du laboratoire et demeurèrent ainsi exposés à l'action d'iuie Itunière diffuse; d'autres enfin furent soumis à l'action directe des rayons lumineux. » Le coton-poudre renfermé dans les armoires, et soustrait ainsi à l'ac- ( 1^9 ) tion de la lumière, ne commença à donner des marques d'altération qu'au bout de {leux mois. Ce fut seulement alors que nous remarquâmes que le papier de tournesol avait rougi. Au bout de trois mois, la décomposition était beaucoup plus manifeste; le bouchon présentait des traces évidentes de corrosion, et une odeui* nitreuse se faisait sentir dans l'inlérieur des flacons. Jusqu'alors le coton-poudre avait conservé sa forme filamenteuse, l'altération ne paraissait pas profonde; mais, à partir du quatrième mois, la poudre-coton commença à se contracter très-fortement, elle s'abaissait de plus en plus dans l'intérieur du flacon, et, un peu plus tard, elle prenait la forme d'un champignon recouvert, sur toutes ses parties, d'une substance gommeuse. I>e dégagement dos vapeurs nitreuses avait continué à se pro- duire, car le bouchon était devenu complètement jaune et corrodé, au point de se réduire en fragments qui se détachaient peu à peu. Après avoir renouvelé le bouchon, nous remarquâmes que, à partir du sixième mois, le dégagement des vapeurs acides était moins abondant, et, à cette époque, les gaz qui se dégageaient restaientemprisoniiés dans la masse, qui se boui- souflait de plus en plus et prenait un aspect caverneux. Cette dernière res- sembla bientôt à une éponge formée d'une matière peu consistante, qui se brisait sous les doigts. Au bout d'une année, la poudre modifiée avait con- servé la même forme et paraissait être arrivée au terme de sa décompo- sition. )) La poudre qui avait servi à nos expériences avait été préparée en em- ployant le mélange cotnposé de i volume d'acide azotique et de i volumes d'acide sulfurique. Le coton cardé avait été soumis à un lavage préalable à l'alcool et à l'éther, pour le débarrasser de toute matière grasse, puis lavé à grande eau, et enfin desséché au soleil. » Le premier effet de la décomposition de cette poudre s'est manifesté par un dégagement d'acide azotique, et le pyroxyle, en perdant une partie de son acide, s'est transformé en colon azotique, ainsi que nous l'a appris l'observation suivante. Le coton-poudre qui a séjourné pendant quatre mois dans l'intérieur d'un flacon présente le même aspect filamenteux qu'il possédait à l'origine de l'expérience, setdement il est devenu fortement acide. Après l'avoir dépouillé de son acidité par un lavage à l'eau distillée, on ne trouve dans ce liquide aucune trace d'acide organique. Le coton résidu, après avoir été desséché, ne détone plus; il fuse comme le coton azotique, et ainsi que lui il se dissout dans l'acide acétique et dans un mé- lange d'alcool et d'éther. C, R. i865, 1" Semestre. (T. LX, N» 3 ) ^ 7 ( '^^o ) ') D'après Dotre analyse, on paraît en droit tle conclure que la première modification spontanée qu'éprouve le coton-poudre, c'est son changement en coton azotique, en laissant dégager une certaine quantité d'acide azotique. » L'altération du pjroxyle ne s'arrête pas à ce terme, et, lorsque la pondre-coton a séjouiné pendant six mois à l'abri de la hunièie, elle forme une masse gommeuse, cohérente, qui traitée par l'eau ne se dissout qu en partie dans ce liquide. La masse non dissoute est formée de xyloidine. Dans le liquide évaporé, on trouve une certaine quantité d'un acide siru- peux, que l'on parvient diflicilement à dessécher, et que nous avons reconnu être de Vacide oxalliydri(jiie. )) D'après cela, nous voyons que la seconde modification qu'éprouve le coton-poudre consiste dans la transformation du coton azotique en xyloi- dine, laquelle est produite, ainsi que nous l'avons établi précédemment, par une simple hydratation du coton azotique, suivie immédiatement de la trans- formation de cette tlernière en acide oxalhydrique. » La transformation de la xyloïdine en acide oxalhydrique se produit avec dégagement de deutoxyde d'azote, et c'est ce gaz qui, demeurant em- prisonné dans la masse, lui connnunique une apparence caverneuse. » Arrivée à ce terme, la masse subit encore quelques modifications; car, examinée im peu plus tard, on trouve dans son intérieur du glucose et de l'acide oxalique. » L'existence du glucose dans les produits de la décomposition de la poudre-coton ne saurait être révoquée en doute; car nous sorauies parvenu à séparer le glucose de l'acide oxalhydrique au moyen de l'alcool absolu, qui dissout l'acide sans attaquer la matière sucrée. Cette dernière réduit facilement la liqueur de Fromherz; mise en contact avec de la levure de bière, elle donne naissance aux phénomènes de fermentation alcoolique et possède, eu outre, une saveur sucrée qui ne laisse aucun doute sur sa na- ture. Sur 3o grammes de coton-poudre qui avaient été renfermés à l'origine dans un flacon, nous pûmes eu retirer '3b%5 de sucre parfaitement cris- tallisé. " D'après Tensemble de ces recherches, on voit que la poudre-coton se dik'ompose spontanément, en laissant dégager de l'acide azotique pour se transformer en coton azotique, qui lui-même, en s'hydratant, passe à l'état de xyloïdiric. Cette (iernière se cliange bientôt eu acide oxalhydrique et glu- cose, l'acide oxalhydrique tendant lui-même à devenir de l'acide oxalique. Cette succession de changements est la même que celle que nous avons observée ou étudiant l'action de l'acide azotique sur la cellulose. Il n'y a ( t3i ) qu'une différence, qui consiste dans la présence du glucose, que nous n'avions pas encore observée, et qui provient sans doute du remplacement des 2 équivalents d'acide azotique de la xyloïdine par 2 équivalents d'eau, ainsi que l'exprime l'équation suivante : C'*H"'0"'(AzO»)- + 8nO=r C'^H'°0"'(HO)--+- 2AzO=4-6HO. » Nous avons pu constater, dans les flacons qui avaient été soumis ,1 l'action d'une lumière diffuse, la série de transformations que nous avons précédemment mentionnées; mais elles se produisent avec beaucoup plus de rapidité, car, au bout de quelques jours, on conunence à observer le dégagement de vapeurs acides qui colorent en rouge le papier de tour- nesol. Le dégagement de vapeurs va en augmentant; bientôt la masse se contracte et prend un aspect gommeux, un boursouflement se manifeste dans l'intérieur du produit, et au bout de quatre à cinq mois la transfor- mation paraît être complète. M Sous l'influence d'une vive lumière, les modifications qu'éprouve le coton-poudre changent complètement de nature. La masse prend tine teinte jaune foncé et devient complètement soluble dans l'eau. Lorsque cette dis- solution est traitée à chaud par la potasse, elle dégage de l'ammoniaque. Sous l'uifluence de la lumière, le éléments de l'acide azotique contenus dans le pyroxyle se transforment en ammoniaque, qui se combine à la por- tion de poudre-coton non décomposée et forme un produit de nature toute spéciale, sur lequel nous nous proposons de revenir lorsque nous traiterons de l'action de la chaleur sur la poudre-colon, car nous le verrons encore se former sous l'influence d'une température de 100 degrés. >> ANATOMIE. — Etude microscopique plioto-auiographiée d'après des lotipcs transversales et longitudinales des ganglions sympathiques cervicaux de V homme à l'état normal. Extrait d'une Note (!e i^î. Duchenne, de lîou- logne, présenté par M. Bernard. « Rèsiunant les faits principaux mis en lumière par des conpes longi- tudinales et transversales que j'ai faites sur des ganglions cervicaux de l'homme, comme on en voit des spécimens dans les figures contenues dans mes planches, je me borne pour le moment à faire remarquer : » 1° Que très-peu de cellules sont a polaires; » 1" Qu'elles communiquent en général latéralement, deux à deux, par un prolongement ; '7- ( >32 ) » 3° Que vues longitudinalement, elles sont multipolaires, la plupart bipolaires ; » 4° Qu^i dans la coupe longitudinale, ou voit les cellules des différents groupes communiquer en général entre elles par les prolongements qui émanent de leurs extrémités, de manière à former des petits centres com- posés de cellules solidaires les unes des autres; » 5° Que les prolongements des cellides sont enfermés dans une gaine ; » 6° Que les coupes transversales montrent des masses de tubes nerveux rassemblés en fascicules nombreux, siégeant principalement au niveau du bord externe du ganglion, où ils forment une bande occupant quelquefois plus du tiers de la circonférence des ganglions ; » 7" Qu'entre les cellules on voit aussi un très-grand nombre de tubes nerveux offrant des caractères anatomiques semblables à ceux des tubes nerveux dont il vient d'èlre question; » 8° Que tous ces tubes nerveux ont de o'"™, ooi à o""",o36 de diamè- tre, et que, dans les plus petits comme dans les plus grands, on distingue parfaitement le cylindre axis séparé du contour par la myéline ; I) 9" Que le ganglion cervical supérieur et les ganglions cervicaux infé- rieur et moyen paraissent offrir dans leur structure les caractères différen- tiels suivants : » A. Les cellules des ganglions inférieur et moyen ne présentent en gé- néral, dans leur contenu, qu'un noyau à peu près central avec nucléole. Quelques-unes ont en outre un à deux novaux plus petits. Toutes sont pigmentaires à des degrés divers, dans un ou plusieurs points rapprocliés de la circonférence du contenu, et quelquefois envahissent la cellule en- tière. Quand elles en offrent, on en voit seulement un ou deux; leurs pro- longements ont les caractères du cylindre axis et ne sont pas interrompus par des noyaux. Le tissu au milieu duquel les cellules sont disséminées est également simple. Ainsi, dans les coupes transversales, les fibres ner- veuses se montrent avec leur cylindre axis et leur myéline ; dans les coupes longitudinales, on reconnaît encore les caractères ordinaires des fibres ner- veuses. » B. La structure du ganglion cervical supérieur est beaucoup j^lus com- plexe, surtout à cause de la quantité considérable des noyaux arrondis ou allongés qui envahissent les éléments nerveux. Le contenu des cellules pos- sède, comme celui des ganglions inférieur et moyen, un noyau avec nu- cléole, mais ce novau est entouré en général par un grand nondjre de petits noyaux qui envaiiisscnt même les gaines des cellules qui rem|)i;icent !a ( i33 ) pigmentation ou la uiasqueiit ordinairement. Les prolongements de ces cellules ont l'aspect de chaînes formées par des petits noyaux. Enfin, le fond au milieu duquel les cellules sont disséminées est constitué par une quan- tité considérable de lignes qui ont à peu près la même apparence que les prolongcuieiits de cellules, en raison de la présence d'une foule de noyaux ovalaires pour la plupart, lignes qui semblent aussi former de petites chaînes. » CHIMIE APPLIQUÉE. — Nouveaux faits jiour servir à l'histoire de r huile d'olive. Note de M. A. Lailler, présentée par M. Balard. « Action de l'acide chromique sur les huiles grasses. — — L'acide chro- mique en solution concentrée, agité avec les huiles grasses, donne lieu à un dégagement de chaleur intense. Le mélange se charbonne, devient noir, et acquiert une consistance pâteuse; il est insoluble dans l'eau. Si on étend d'eau la solution d'acide chromique, on obtient des résultais bien diffé- rents; il doit en être ainsi, l'acide ayant perdu par la dilution une partie de son énergie. Les expériences nombreuses résumées dans les tableaux joints à cette Note, et exécutées sur des huiles d'olive provenant de diffé- rentes localités et récoltées dans des conditions diverses de maturité, de fabrication, etc., permettent d'affirmer que 8 grammes d'huile d'olive, dite de belle qualité, ayant été mêlés dans un tube avec 2 grammes d'acide chro- mique à -g, l'huile est falsifiée si le réactif, vingt-quatre heures après la séparation, est opaque à la lumière du joiu-, soit que l'opérateur place le tube entre' son œil et la lumière directe, soit qu'il se place entre la lumière directe et le tube. )i Action, sur les huiles grasses, d'un mélange de 2 parties d'acide chro- miqne à ~ et de i jiartie d'acide azotique à /jo degrés. — Les expériences nombreuses résumées dans un autre tableau permettent d'affirmer : i" que 3 grammes dece mélange agités dans un tube à essai avec 8 grammes d'iuiile d'olive non rance, quelles que soient la provenance et la qualité, ne produi- sent pas de dégagement de calorique, mais déterminent, au bout de quarante- huit heures au plus, xni commencement de concrétion ; 2" que cette concié- tion devient en quelques jours complète, qu'elle est suivie de l'absorption entière du réactif par l'huile d'olive, et de la coloration en bleu de cette der- nière; 3" que les autres huiles grasses échappent pour la plupart à ces phéno- mènes; 4" que toute huile d'olive qui ne les présente pas complètement doit être considérée connue étant de Ihuile d'olive lalsifiêe. » ( '34 ) M. A. CoMMAiLLE adresse d'Alger l'analyse d'une scorie antique qu'il a trouvée à Rome dans les ruines d'une fabricjue. (Renvoi à l'examen de M. Delafosse.) M. DtPt'is adresse une Note sur un moyen qu'il a imaginé pour rendre plus facile l'ascension des escaliers. (Renvoi à l'examen de M. Séguier. ) M. Stamm, en adressant de Berlin la première partie d'un ouvrage qu'il a publié sur Yexlinction des maladies éjndémiijues, et où il a spécialement traité de \a fièvre jaune, annonce qu'il présente cet ouvrage comme pièce de concours pour un prix qu'il suppose proposé par l'Académie des Sciences sur cette maladie. L'Académie n'a point mis au concours la question de la fièvre jaune; mais M. Stamm, quoique ayant donné à cette maladie qu'il a eu occasion d'étudier dans plusieurs localités diverses une attention plus spéciale, traite aussi des épidémies en généial ; son livre, par conséquent, rentre dans la classe de ceux qui peuvent être soumis à l'examen de la Commission du legs Bréant. A 4 heures un quart, l'Académie se forme en comité secret. La séance est levée à 5 heures trois quarts. F. BULLETIN BIBLIOCRAPIIIQUE. L'Académie a reçu dans la séance du i6 janvier j 865 les ouvrages dont voici les titres : Théorie mécanique de la chaleur, i"' partie : exposition analytique et ex- périmentale; /^((/' G. -A. HinN. 2* édition. Paris, i865. (Présenté, au nom de l'auteur, par M. Combes.) De l'endoscope el de ses nj)pUcalions au diagnostic et au traitement des affec- tions de l'urètre el de la vessie. Leçons faites à l'hôpital Necker par A.-J. Des- ORMEAUX. Paris, i865; in-8". ( i35 ) Recherches sur la disposition des fibres nnixculnires de r utérus développé par la c/rossesse; par Th. Hélie. Paris, 1864 ; in-8° avec atlas in-folio de 10 plan- ches dessinées par M. Chenantais. (Présenté, au nom de l'auteur, par M. Velpeau.) Les petites chronicjues de la Science; par S. Henry Berthoud; 4* année. Paris, i865; iii-12. (Présenté, au nom de l'auteur, par M. Flourens.) Statistique des mines de l'Espagne; par M. Grégoire DE Balliano. (Extrait du Journal des Travaux publics.) Paris, i865; in-4". Matériaux pour l'histoire positive et philosophique de l'homme ; par Gabriel DE JMOUTILLET ; i''^ année, décembre 1864. Paris; in-8". j4nnuaire du Cosmos, 7'' année. Paris, i865 ; in- 12. (Présenté par M. Faye.) Agriculture progressive; vacances de i864; connaissances usuelles; expé- riences; observations ; conseils; choix de notions pratiques et de faits; par P. Vidal. Foix, i864;in-i2. Nosophthorie... Théorie de iexlinclion des maladies e'pidémiques ; par A. -T. Stamm, i'" partie. Leipsig, 1862; in-8". (Destiné au Concours pour le prix du legs Bréant.) I ditteri... Les diptères distribués selon une nouvelle méthode naturelle; par P. LiOY. Venise, i864; iii-8°. Memoria... Mémoire sur la préparation, l'emploi et l'efficacité d'un sirop astringent préparé par M. G. deBenedETTI. Voghera, 1861 ; in-8''. SuUa libertà... Considérations sur ta liberté de l'exercice de la pharmacie ; par M. G. deBenedetti. Voghera, i864; in-12. Annaes... Annales de l'Observatoire de l'infant don Luiz, vol. 11 (i863- 1864), n°^ I, 2 el 3. Lisbonne, i864; 3 livraisons in-folio. Relatorio... Compte rendu du service de l'Observatoire de l'infant don Luiz pendant l'année météorologique àa i863à i 864- Lisbonne, 1 864; in-8*'. COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. SEANCE DU LUNDI 25 JANVIER 1863. PRÉSIDENCE DE M. DECAISNE. MEMOIRES ET COMMUIVICATIONS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. PROCÈS-VERBAL. A l'occasion du procès- verbal, M. Pocillet présente les observations suivantes : « Les scrutins de la dernière séance m'ayant placé dans une situation exceptionnelle et peut-être sans exemple dans nos annales, je crois qu'il est de mon devoir de donner à mes confrères un mot d explication. » Je viens donc déclarer que je ne prendrai aucune part à la lutte dans laquelle l'Académie se trouve maintenant engagée pour élire un successeur à notre très-regrettable confrère M. Clapeyron. 1) Tout en professant depuis longtemps une grande estime pour la per- sonne des deux candidats qui sont parvenus à se partager les suffrages dans la dernière séance; tout en reconnaissant qu'ils ont l'un et l'autre rendu aux sciences des services éminents, mais d'une nature différente et j)€ii comparables; tout en faisant des vœux sincères pour qu'ils appar- tiennent l'un et l'autre à l'Académie le plus tôt possible, je reste dans la profonde conviction que, dans l'intérêt de la science et dans l'intérêt de l'Académie, leurs places étaient marquées en dehors de la Section de Méca- nique, comme j'ai eu l'honneur de le dire à chacun d'eux. » C. B., i865, i'-"- Srmesire. (T. LX. N» -S.) ï8 ( .38 ) ASTRONOMIE. — Sur la constitution )>lirsique du Soleil; par M. Faye. (Deuxième partie.) '< Je vais maintenant indiquer les découvertes modernes à partir d'Arago. Elles peuvent être rangées sous les titres suivants : i° étude physique des lâches, des lacules et de la surface générale de la photosphère ; 2° mouve- ment de rotation ; 3° phénomènes extérieurs à la photosphère observés pendant les éclipses totales. » Les phénomènes entrevus pendant la courte durée des éclipses totales offrent assurément un vif intérêt. Les mesures que M. Airy a fait exécuter en Espagne, à l'occasion de l'éclipse du 18 juillet 1860, d'après un nouveau plan, et les opérations photographiques si bien réussies de MAL de la Rue, Secchi, Aguilar, sont bien faites pour ébranler l'opinion de ceux qui, comme moi-même, ne voulaient voir dans ces apparitions que des phénomènes subjectifs. Évidemment les éclipses peuvent nous révéler des détails exté- rieurs à la photosphère, invisibles pour nous dans toute autre circonstance; mais par cela même elles ne nous apprennent rien sur la photosphère, qui est ici le principal but de cette étude. Je me trompe, elles ont prouvé que les taches ne sont pas dues à des nuages. On a d'abord dit des protubé- rances : ce sont des montagnes; puis : ce sont des nuages. Dès lors il était naturel de revenir à la conjecture de Galilée et d'examiner s'il n'y aurait pas correspondance entre les nuages et les taches. C'est pour cela que beaucoup d'astronomes se donnaient la peine, avant chaque éclipse, d'ob- server les taches qui devaient, par l'eftèt de la rotation, être amenées sur le bord même du disque à l'instant de l'éclipse, et, après l'éclipse, ils guet- taient soigneusement l'apparition de taches là où les nuages, vus à gauche pendant l'éclipse, devaient se projeter plus tard sur le disque solaire. Qu'est-il advenu de toutes ces recherches? Un résultat complètement négatif. On a réussi seulement à constater qu'il n'y avait auciuie coïncidence entre ces nuages et les taches. Cela était aisé à prévoir, car les protubérances, ou si l'on veut les nuages lumineux des éclipses, apparaissent indifféremment dans toutes les régions du disque solaire, aux pôles aussi bien qu'à l'équa- teur, tandis que les taches ne se produisent que dans deux zones très- limitées, et ne se voient jamais dans les régions polaires. Ce sont donc la deux phénomènes com[)létcment distincts. » Il en est autrement des recherches sur les taches et sur la rotation : celles-Ia vont directement au but, puisqu'elles se rapportent à la photo- ( i39 ) sphère elle-même ; les phénomènes qu'elles comprennent, cent fois revus et étudiés dans les circonstances les plus variées, sont entièrement dégagés de toute cause d'illusion; elles offrent donc au raisonnement une base solide; elles peuvent conduire à autre chose que des négations. » Je citerai en première ligne l'importante découverte de M. Schwabe sur la périodicité des taches dont la fréquence présente des maxima et des minima bien caractérisés, à des intervalles de cinq à six ans. Ce phénomène a fait ranger le Soleil dans la classe tles étoiles périodiquement variables. La distribution des taches sur le disque solaire se rattache à cette périodi- cité, car elle paraît subir, à l'époque des minima, un changement marqué que M. Carrington a effectivement observé en i856. )) L'étude assidue des taches a montré qu'elles ont une tendance visible à former des groupes allongés dans le sens des parallèles qu'elles décrivfut. Des taches isolées présentent quelquefois des indices d'un mouvement gira- toire autour de la pnrtie la plus noire de leur noyau; mais cette lente gyration, découverte par le Rév. Dawes, n'offre qu'une analogie bien éloi- gnée avec le tourbillonnement des cyclones ou des trombes terrestres. » Faute d'espace, je me borne à rappeler une foule de détails sur la for- mation et la disparition des taches, leurs changements souvent si rapides de figure, l'apparition de filets de lumière qui forment comme des ponts brillants d'un bord à l'autre des grandes taches en voie de destruction, la structure si curieuse des pénombres et de leurs dentelures, etc. Tons ces phénomènes viennent confirmer d'une manière plus ou moins directe la part de vérité que j'ai voulu tout d'abord dégager du milieu des conjec- tures régnantes. » Quant aux facules, dont la liaison avec les taches est depuis longtemps connue, les observations délicates de MM. Dawes et Secchi, jointes aux épreuves stéréoscopiques de M. de la Rue, ont établi que ces accidents ne diffèrent pas seulement du reste du disque solaire par l'absence de pores, ou plutôt de ces délinéaments réliculaires dont les traits sombres, quelque- fois noirs, donnent aux parties brillantes l'aspect de feuilles de saule juxta- posées ou de grains allongés, mais aussi par le niveau plus élevé où elles se maintiennent au-dessus du niveau général delà photosphère. Pour ceux qui admettent la liquidité dé la photo.«phère, il doit être assez difficile de comprendre comment des vagues de plus de loo lieues de hauteur peuvent se former et surtout se maintenir, sur place, des jours entiers, dans un océan liquide. i8. ( '40) » En exaininaiil les épreuves obtenues à l'Observatoire de Kew, où de- puis cinq lins l'observation photographique du Soleil est organisée sur une grande échelle, M. Stewart a remarqué que les facules se trouvent constam- ment à gauche des taches: sur i85 taches accompagnées de facules, 6 seu- lement faisaient exception et avaient leurs facules adroite; 21 avaient des facules des deux côtés; i58 les avaient à gauche. Le mouvement de rota- tion, vu de la Terre, ayant lieu de gauche à droite, il résulte de la remarque de M. Stewart que les facules sont en retard sur les taches. • » M. Chacornac a fait sur le même sujet, à l'Observatoire de Paris, des observations suivies dont il formule le résultat en ces termes : « Les taches » disposées en groupes parallèles à l'équateur solaire sont envahies suc- » cessivement par les facules placées en arrière, de telle sorte que la tache » la plus avancée dans le sens de la rotation disparaît la dernière; c'est » aussi celle dont le noyau est le plus noir et le plus régulier. » » Quant à la photosphère elle-même, dont j'ai indiqué plus haut d'une manière incidente la structure générale, tous les observateurs ont été frap- pés de l'agitation continuelle dont elle est le théâtre, et dont la production des lâches |)araît être un cas particulier. Ces phénomènes ont inspiré à sir J. Herschel des lignes caractéristiques que je regrette de ne pouvoir citer ici textuellement. » Passons au troisième litre de recherches, la rotation. Tout le monde sait que les anciens astronomes ont cherché en vain pendant deux siècles à déterminer exactement la durée de la rotation solaire. De guerre lasse, Delambre déclarait que ces recherches ne valaient pas la peine qu'on s'en occupât davantage. On attribuait un échec si prolongé aux modi- fications rapides que les taches subissent dans leur figure. C'était une erreur. M. Laugier a montré, dès i84i, que chaque tache donne pour ainsi dire une valeur différente pour la rotation. Les durées obtenues par l'obser- vation de 29 taches ont présenté des valeurs très-diverses comprises entre les limites de 24 et de 26 jours, et il a été établi ainsi que ces différences, très-supérieures à l'incertitude des mesures, tenaient cà l'essence même du phénomène. Les mouvements propres des taches présentaient d'ailleurs un caractère marqué de simultanéité, bien que le sens n'en ait pu èlre déter- miné. Ces résultats inattendus ouvraient une voie nouvelle, mais ils ne pou- vaient être complétés qu'au prix de longues années d'observation exclu- sivement consacrées à cette œuvre unique, et à l'aide d'une méthode d'observation, non pas plus précise, mais moins dangereuse pour la vue. ( '4i ) C'est à ce labeur que M. Carrington s'est dévoué pendant sept ans et demi ; il a recueilli ainsi Sago positions complètes des taches solaires, avec les nombreux dessins nécessaires pour diriger la discussion. Le calcul de cette masse d'observations a prouvé que la vitesse angulaire de rotation varie d'une tache à l'autre avec la latitude, d'une manière parfaitement continue et régulière, ainsi qu'on peut le voir par le tableau suivant, dans lequel la remarquable symétrie du phénomène par rapport à l'équateur m'a permis de condenser, en une seule série moyenne, les résultats obtenus isolément pour chaque hémisphère. Latitude !\Ioavement Rotation Mouvement héliocenlr. diurne. conclue. en latitude (1). Poids. O 861' 25,09 -6' I Hémis]: (hère austral. I 847 25, 5o 2 Id. 2 834 25,90 -H 9 2 Id. 3 857 25,20 — t i3 Moyen ne des deu\ hém. 4 867 24,91 9 Id. 5 881 24,52 + 6 6 Id. 6 862 25,06 — 2 •9 Hémisi (hère boréal. 7 862 25,06 — I 6g Moyenne des deux hém . 8 860 25,12 + I 109 Id. 9 ■ 862 25,06 — t 56 Id. 10 854 25,29 44 Id. ( I 856 25,23 56 Id. 12 854 25,29 — I ii5 Id. i3 849 25,44 — 2 26 Id. 4 847 25, 5o — I 58 Id. i5 847 25, 5o -t- 1 68 Id. i6 846 25,53 -f- I 26 Id. '7 84 1 25,68 4: Id. i8 845 25,56 5i Id. '9 839 25,74 65 Id. 20 84o 25,71 + 2 69 Id. 21 835 25,87 + 2 6i Id. 22 838 25,78 io5 Id. 23 832 25,96 -+- 1 4" Id. 24 832 25,96 + 3 37 Id. 25 832 25,96 4- 3 3i Id. 26 828 26 , 09 — I 60 Id. (i) Pour les deux hémisphères le signe -+- désigne un mouvement dirigé vers le jiôle, le signe — indique un mouvement vers l'équateur. ( -42 ) Latitude Mouvonient Rotation Mouvement héliocentr. diurne. conclue. en latitude. Poids. 27 818 26! 41 i -+- I 22 Moyenne des deux héni 28 820 26,34 + 5 43 Id. =9 816 26,47 H- 2 4o Id. 3o 824 26,21 + 2 24 Id. 3i 83o 26,02 + 5 i5 Hémisphère boréal. 32 810 26,67 - 3 4 Moycnue des deux hem 33 817 26,44 + I 6 Id. 34 807 26,77 + I 27 Id. 35 » t> )> » a 36 801 26,97 -h 6 2 Hémisphère austral. 37 785 27,52 -17 2 Hémisphère boréal. 45 7% 28,46 - 8 2 Hémisphère austral. 5o 787 27,45 + 11 1 Hémisphère boréal. )) Dans l'unique but de faire re.ssortir la continuité de ces résultats, M. Carrington a cherché à relier les mouvements angulaires par la formule empirique 7. Mouvement diurne = 865'— i65'sin* l. La troisième colonne nous révèle un autre fait capital. Les déplacements des taches en latitude, c'est-à-dire dans le sens perpendiculaire au mouve- ment diiu'ne, sont très-faibles, presque de l'ordre même des crreiu-s de l'ob- servation. Il n'y a donc pas, stu" le Soleil, de ces grands courants qui, sur notre globe, transportent des inasses d'air des pôles à l'équafeur, en rasant la surface solide des continents ou la siuface liquide des mers. C'est là une des olîjections que j'opposais, dans la première partie, aux idées de sir J. Her- schel; elle compte pareillement poiu' celles de M. Kirchhoff. En effet des nuages ou des îouibillons ne peuvent marcher en sens inverse delà rotation, avec ime vitesse de 2000 lieues par jour (vers le 35^ degré de latitude), qu'à la condition d'arriver du pôle vers l'équateur avec luie vitesse comparable à celle de leur mouvement en longitude. Or, si les observations considérées de près, dans leius minimes résidus, témoignent d'un mouvement en latitude appréciable à partir du i5* degré, ce mouvement a lieu de l'équateur vers les pôles, c'est-à-dire dans le sens précisément opposé à ces hypothèses. » N'avais-je pas raison de dire au début que quand la science possède de pareilles données, il est temps de renoncer aux conjectures et de tenter la voie do l'explication ratioiuielle? )) Commençons par chercher un point de départ . ( i43 ) » Rien ne distingue notre Soleil de la multitude d'étoiles qui brillent au ciel; les astronomes admettent volontiers que le Soleil est une étoile de moyenne grandeur, dune lumière à |3eu près blanche, avec un caractère très-peu marqué de variabilité [lériodique. Nous sommes donc en face d'un phénomène très considérable sans doule pour nous, mais très-commun, Irès-ordiiiaire dans l'univers étoile. Il convient donc aussi de partir de l'idée la plus simple, la plus générale, la plus applicable à l'ensemble des étoiles, et cette idée sera, sauf erreur de formule, la réunion successive de la matière en vastes amas, sous l'empire de l'attraction , de matériaux primitivement disséminés dans l'espace. » De là deux conséquences immédiates : i° la destruction d'une énorme quantité de force vive remplacée parun énorme développement de chaleur, 2° un mouvement de rotation plus ou moins lent pour la masse entière. Le calcul de la chaleur d'origine ainsi développée dans l'acte de formation du Soleil a été fait par M. Helmholtz, à l'aide de diverses suppositions plau- sibles sur les éléments numériques de la question : ce calcul montre qu il est aisé de rendre compte ainsi d'une durée de plusieurs millions d'années, tandis que les actions chimiques ne fourniraient pas à la dépense actuelle de chaleur pendant la moitié de la période historique (3ooo ans) (i). » Cette chaleur interne, quand il s'agit de masses si considérables, dé- passe de beaucoup la température où les actions chimiques commencent à s'exercer; mais le refroidissement va déterminer dans cette masse de gaz et de vapeurs mélangés des phases successives que nous allons examiner. Par suite dé ce refroidissement, où la conductibilité directe ne saurait jouer qu'un rôle insignifiant, il doit s'établir bientôt, par des mouvements inté- rieurs, un équilibre stable entre les couches successives, analogue à celui de notre atmosphère où les déplacements d'une couche à l'autre ne sont dus qu'à l'action de causes extérieures qui n'existent pas ici. Or, quelle que soit la température d'une telle masse gazeuse homogène , son pouvoir émissif doit être très-faible, ses radiations doivent être toutes superficielles, puisque chaque couche jouit d'un pouvoir absorbant spécial pour les rayons émis par les couches inférieures. Sa conductibilité étant d'ailleurs très-faible, l'équilibre de la masse entière ne subira cjue de lentes modifications, et, à moins de circonstances nouvelles, on ne voit pas comment cette masse poin-- rait émettre cette énorme quantité de chaleur qui ne semble subir aucun (i) Thompson, On the âge of the Sun^s heat, Macmillan's Magasine, march 186'/. ( '44 ) aftaiblissement clans le cours des siècles. Voici, sur ce point, mon raison- nement : En fait, la température à la surface du Soleil est loin d'èlre aussi élevée que cette température interne de dissociation universelle dont nous parlions tout à l'heure. Des mesures de M. Pouillet sur l'inteusilé actuelle de la ra- diation solaire, M. Thompson déduit que la chaleur émise n'est que de i5 à 45 fois supérieure à la chaleur engendrée dans le foyer de nos locomotives. Ainsi la température superficielle ne doit pas dépasser énormément celle que nous savons produire dans nos laboratoires, température suffisante pour produire la dissociation d'un grand nombre de corps (1), mais à laquelle résistent encore les composés les plus stables. La comparaison de la lumière i]u Soleil avec celle de nos sources artificielles les plus puissantes vient corroborer cette déduction. » 11 résulte de là que, si l'action des forces moléculaires et atomiques de la cohésion et de l'affinité disparaît dans la masse interne, elle commence à reparaître à la surface; là, dans un mélange gazeux des éléments les plus variés, lejeu de ces forces donnera naissanceà desprécipitations (Herschel), à des nuages (Wilson) de particules non gazeuses susceptibles d'incandescence, dont nos flammes brillantes nous offrent tant d'exemples (2). Bientôt ces particules, sollicitées parla gravité, gagneront en tombant les couches infé- rieures, où elles finiront par retrouver la température de dissociation, et seront remplacées, dans les couches superficielles, par des masses gazeuses ascendantes, qui viendront y subir le même sort. L'équilibre général sera donc ainsi troublé dans le sens vertical seulement, par lui échange incessant de l'intérieur à la superficie qui eût été impossible dans la phase précédente, et, comme la masse interne ainsi mise en rapport avec l'extérieur est énorme, on conçoit que l'émission superficielle, puisant incessamment dans le vaste réservoir de la chaleur centrale, constitue une phase de très-longue durée et d'une grande constance. » Ainsi la formation d'une photosphère, limite apparente du Soleil, est une simple conséquence du refroidissement, et, comme le point de départ (i) J'emprunte ce terme [étrillée correspondante aux beaux travaux de M. H. Sainte- Claire Deville sur la décomposition spontanée des corps à de hautes températures. (2) L'action chimique peut naître de deux manières dans un mélange gazeux : par le re- froidissement, si le mélange est à la température de dissociation ; parla chaleur, si le mélange est à nos températures habituelles. ( >45 ) s'applique à tous les astres analogues, le même phénomène doit rxister ou avoir existé potn- toutes les étoiles. » A ce point de vue, les belles expériences d'Arago et de M. Kirchhoff cessent d'être contradictoires. Le terme de gnz incandescent n'a pas été pris par Arago dans le sens qu'on lui attribue aujourd'hui ; la flamme dont il s'est servi était celle du gaz d'éclairage et non la flamme ohsciire d'un brûleur de Bunsen ou d'un gaz simple. De même les nombreux savants qui admettent aujour- d'hui, sur l'autorité d'un nom justement illustre, que le Soleil et les étoiles ont une photospiière liquide, n'ont peut-être pas pris garde que dos molécules incandescentes, diffusées dans un milieu gazeux porté lui-même à une haute température, donneraient un spectre continu, à l'exception des raies noires dues à l'absorpliou de ce milieu (i). D'un côté, l'expérience d'Arago con- duit à une conclusion exacte; car la limiière émanée de particules incan- descentes, flottant isolément dans un milieu gazeux, ne sarn-ait étie que de la lumière naturelle, de quelque profondeur qu'elle émane, parce qu'elle n'éprouve, sous aucune incidence, de réfraction sensible de la part du milieu ambiant; d'un autre côté, ce milieu exerce son action absorbante et détermine, dans le .spectre continu de ces nuages incandescents, le sys- tème de raies qui est propre à sa nature complexe. Avec cette manière de voir, on comprend que le spectre des bords soit identique à celui du centre (fait avancé d'abord par Forbes, et récemment confirmé par M. Jans- sen d'après une étude beaucoup plus approfondie), ce qui n'aurait cer- tainement pas lieu si toutes les raies noires du spectre solaire provenaient exclusivement de l'interposition des couches gazeuses du milieu général qui peuvent dépasser la photosphère jusqu'à une hauteur encore inconnue (2). » La formation de la photosphère va nous permettre de rendre compte des taches et de leurs mouvements. Nous avons vu que les couches succes- sives étaient constamment parcourues par des courants verticaux ascendants et descendants. Dans cette agitation incessante, on comprendra aisément que là où les courants ascendants prendront plus d'intensité, la matière lumineuse de la photosphère soit momentanément dissipée. A travers cette (i) J'ose croire que M. Kirchtioff ne repoussera pas celte manière d'interpréter son expé- rience; il semble en indiquer lui-même la possibilité dans une lettre adressée à l'un de nos jeunes chimistes les plus distingués, à l'occasion d'une expérience de M. Fizeau sur la com- bustion du sodium (Revue des Sciences et de V Industrie, 1862, par L. Grandeauet A. Laugel). (■2) Comptes rendus, t. XLIX, p. yoS; iSSg. C. IL, iSnS, i" Semestre. ;T. IX, N» -5.) '9 ( i46 ) sorle d'éclaircie, ce n'est pas le noyau solide, froid et noir du Soleil que l'on apercevra, mais la masse gazeuse ambiante et interne, dont le pouvoir émissif, à l:i température de la plus vive incandescence, est tellement faible, par rapport à celui des nuages lumineux de particules non gazeuses, que la différence de ces pouvoirs suffit à cxplicjuer le contraste si frappant des deux teintes observées avec nos verres obscurcissants. J'ai vu, il y a quel- ques jours, dans une correspondance du P. Secchi, qui a trop étudié le Soleil pour partager les idées régnantes aujourd'luii sur la liquidité de la photosphère, que notre savant Correspondant est arrivé de son côté à une explication dos taches fondée sur le même principe (i). Rien ici, d'ailleurs, qui contredise les mesures thermo-électriques par lesquelles le P. Secchi a montré que le noyau des taches est moins chaud que la photosphère, car Ja différence qui existe pour la lumière entre les deux pouvoirs émissifs existe aussi pour la chaleur. » Mais le phénomène capital, c'est assurément celui qui ressort avec tant d'évidence des travaux de MM. Laugier et Carrington. Tâchons de suivre encore le même raisonnement. De l'échange continuel qui s'opère entre les couches profondes et la surface, au moyen de courants verticaux, il faut conclure que les lois ordinaires de la rotation dans une masse fluide en équilibre doivent être singulièrement altérées, puisque cet équilibre est con- stamment troublé dans le sens vertical (2). Les masses ascendantes, parties d'une grande profondeur, arrivent en haut avec une vitesse linéaire de rota- tion moindre que celle de la siu'face, parce que les couches d'où elles partent ont uii moindre rayon. De là un ralentissement général dans le mouvement de la photosphère, bien que ce retard doive être compensé, pour la masse totale, par les courants descendants, de manière que la loi fondamentale des aires soit satisfaite. De même noire atmosphère ne suit pas exactement les lois de la rotation d'une masse en équilibre, mais les effets sont tout différents parce qu'elle repose sur un globe solide ou liquide. » Si la photosphère est en retard sur la rotation générale, les couches pro- fondes devront par compensation se trouver en avance sur ce mouvement. De cette opposition il résulte que, taudis que la photosphère aura une faible tendance à se rap])rocher de l'axe de rotation, en coulant superficiellement vers les pôles, la tendance contraire se manifestera dans les couches infé- (i) Les Mondes, livr. du 22 tléicnibrc 1864, p. 706. (2) Néanmoins la direction de l'axe peut rester invariable per.dant toutes les phases que nous aurons à considérer. ( '47 ) rieiMcs qui se porteront vers l'équateur. Les choses se passeront comme si les points de départ des courants verticaux se trouvaient sur une surface interne plus éloignée des pôles que de l'équateur ; et si cette surface idéale d'émission était sphéroïdale, par exemple, sa profondeur, et par suite le retard des zones successives de la photosphère, varierait à peu près comme le carré du sinus de la latitude. Or c'est ce que donnerait la formule empi- rique deM. Carrington si on la corrigeait du défaiU de continuité qui lui a été objecté avec raison par M. Babinet, en remplaçant la puissance j du sinus par la puissance paire ^) ou 2 (i). Je trouve en effet que les observa- tions sont aussi bien représentées par la formule Mouvement diurne = 862'— 186' sin- /. )i Mais ici les faits cessent de nous guider; au fond la loi de ces varia- tions n'est pas réellement connue; la rareté des taches dans les f) premiers degrés de la zone éqiiatoriale et dans la zone polaire qui commence au 35* degré ne permet pas encore de déterminer la forme algébrique de cette variation (2). Voilà donc le problème que M. Carrington nous lègue et qu'il faut attaquer désormais avec toutes les ressources de la science. C'est à cette partie de la théorie que se rattacheront plus tard la répartition des taches, le y)hénomènede leur périodicité et la légère différence de tempé- rature qui paraît exister entre les pôles et l'équateur. Espérons que les observations photographiques que j'ai si souvent recommandées depuis seize ans, et dont j'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie de magnifiques spécimens dès le mois de mars i858, viendront enfin combler cette lacune. Vouloir aujourd'hui suppléer au silence des observations, ce serait reporter dans le domaine des formules l'esprit de conjecture que je voudrais bannir ici de la question physique. » Quant aux facules, sorte de rides lumineuses dont l'apparition fait pré- sager, presque à coup sûr, la prochaine formation d'une tache, elles sont évidemment dues comme les taches aux courants ascendants. La photo- sphère n'est pas une surface de niveau dans le sens mathématique; c'est la limite à laquelle les courants ascendants portent, dans la masse fluide géné- (i) Comptes rendus, 12 septembre 1864, p- 4^1. (2) Les observations faites vers le 45' et le 5o' degré sembleraient indiquer un niinimiiin (le vitesse angulaire vers 45 degrés et non vers les pôles, mais la faiblesse des poids montre qu'il n'y a pas beaucoup ii compter sur elles. 19.. ( -48) lalc, les phénomènes physiques ou chimiques de l'incandescence. Mais, bien (juele phénomène dans son ensembFe affecte une remarquable régularité, puisque la surface brillante nous a])para!t parfaitement sphéi iqne, on con- çoit qu'un afflux local plus rapide puisse dépasser celte limite et porter un peu plus liant les nuages lumineux. De là les inégalités citées par sir J. Iler- schel dans son objection à l'expérience d'Arago, inégalités confinées comme les taches en certaines régions. Par cela seul que les facules s'élèvent plus haut dans le milieu général, leur mouvement doit être un pou en retard sur la zone correspondante de la photosphère; de là une tendance à se placer tout d'abord en arrière des taches, c'est-à-dire à gauche, i)uisàse déverser dans CCS taches lorscpie l'uiipulsion du coiuant local a cessé et laisse les taches elles mêmes disparaître sous l'envahissement rapide des nuages in- candescents. » Restent d'intéressants mais minutieux détails sur les pénondjrcs, les nuances des noyaux des taches, le pointillé de la surface générale, etc., cpie je ne puis espérer de faire rentrer dans cette première ébauche. Bornons- nous ici aux traits généraux que je vais, pour terminer, résumer théori- quement. » En dehors des époques cosmogoniques dont nous n'avons pas à nous occuper, il y a trois phases à considérer dans le refroidissement d'une masse fluide isolée dans l'espace, animée d'un mouvement de rotation, et portée à une température bien supérieure aux forces d'association physique et chi- mique des molécules ou des atomes. » i" La phase do complète dissociation (nébuleuses planétaires?), où la chaleur va en décroissant du centre à la périphérie. Cet état est susceptible d'un équilibre particulier; le pouvoir émissif est très-faible; la lumière est purement supeificielle, puisque celle des couches profondes j)eut être absor- bée entièrement par les couches superhcielles. Le spectre est probablement réduit à de nombreuses raies brillantes séparées par de larges intervalles obscurs. » i" Refroidissement des couches externes au point où le jeu de certaines affinités moléculaires devient po.ssible. Formation d'une photosphère, espèce de laboratoire superficiel qui détermine les contours ajjparents de la masse. Pouvoir émissif considérable pour la chaleur et la lumière. La lumière émise vient d'une profondeur considérable de la photosphère (i). Le spectre de la (i) Cette profondeur est sensiblement la mùmc aux bords et au contre, [l'oir un article sur le spectre de l'auréole des éclipses dans les Comptes rendus, I. \Al\, p. G79-683; 1861.) ( '49 ) phase précédente est interverti. La lumière n'est sensiblement polarisée sous aucun angle d'émergence. » L'énorme flux de chaleur émané de la photosphère est entretenu aux dépens de la masse entière par le jeu des courants ascendants et descendants qui s'établissent entre les couches profondes et la périphérie, courants impossibles dans la phase précédente. La deuxième phase doit donc oc- cuper un laps de temps considérable et présenter dans ses phénomènes une grande fixité. » Si la photosphère vient à se dissiper localement, la lumière et la cha- leur émise se réduisent en ce point dans le rapport des pouvoirs émissifs de la photosphère à celui du milieu gazeux général. » Le mouvement de rotation ne s'exécute pas tout d'une pièce comme dans la phase précédente où la masse fluide s'écarte peu des conditions de l'équilibre : la surface est en retard sur le mouvement de la masse entière; sous l'antagonisme des forces qui troublent cet équilibre, les phénomènes superficiels peuvent revêtir le caractère de l'intermittence. » 3° Lorsque, par les progrès du refroidissement, les courants verticaux commencent à se ralentir, lorsque la masse entière successivement con- tractée a une densité moyenne suffisante (i), la photosphère devenue très- épaisse prend à la surface une consistance liquide ou pâteuse et finale- ment solide. Alors la communication avec la masse centrale est inter- ceptée; le refroidissement de cette masse ne s'opère plus guère que par la simple conductibilité d'un liquide plus ou moins pâteux; celui de la croûte liquide ou solide fait des progrès rapides à la superficie; la rotation qui s'est accélérée se régularise; les phénomènes des taches et des facnles ont disparu, et la figure est celle qui convient à une masse fluide en équi- libre sous l'action des forces intérieures. L'intensité de la radiation baisse rapidement; la lumière émise obliquement est fortement polarisée, le spectre précédent ne change pas essentiellement d'aspect, mais il ne pré- sente que les laies noires dues à la couche atmosphérique, laquelle est désormais distincte du corps même de l'astre; le spectre des bords diffère notablement du spectre central par le nombre et l'obscurité des raies. Puis viennent les phénomènes de l'extinction définitive. C'est là la phase géologique. » Ce tableau ne serait-il pas la première ébauche, encore bien grossière sans doute, d'une réponse rationnelle à cette question franchement posée (i) A laquelte le Soleil est loin d'être parvenu. ( i-'io ) par M. Carrington : fFlial is tite Sun:' ou à cette autre plus générale : Jf'lial is a slar? V Arrètoiis-nons un instant au début de la troisième phase, c'est-à-dire à la période de liquidité. Celte période est purement transitoire; elle ne sau- rait avoir une longue durée, tandis que la deuxième phase, pendant laquelle j)resque toute la masse contribue à l'émission de lumière et de chaleur qui s'effectue par la photosphère, peut durer des millions d'années si la masse est considérable comme celle de notre Soleil. Il paraît donc physiquement impossible que les étoiles, eussent-elles été formées au même instant, soient aujourd'hui parvenues toutes à la fois à cette période très-particulière de liquidité si voisine de l'extinction définitive. Dieu merci la création entière n'est pas menacée dune fin si prochaine. » Communication de M. Payen. '( J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie la quatrième édition du Précis théorique clpraticjue des Substances alimentaires. » Le cadre de l'ouvrage a été agrandi afin de pouvoir y comprendre l'examen des produits dont il était utile de connaître et de comparer la composition immédiate, les propriétés chimiques et organolcptiques, ainsi que l'importance sous le rapport de la consommation générale. » Cette édition renferme un assez grand nouibre de faits nouveaux et les résultats concluants d'expériences entreprises en vue d'élucider ou de résoudre plusieurs questions scientifiques débattues dans ces derniers temps. » On sait que Berzélius, Schutz et M. Liebig, en donnant l'analyse de cer- taines parties comestibles de la chair des animaux, n'indiquaient pas ces matières grasses au nombre des principes immédiats contenus dans ces tissus (i). » Une vérification attentive, dont j'expose tous les éléments, démontre Hvec évidence que ces portions de la chair musculaire, telles qu'on les emploie pour la nourriture de l'homme, et lors même que les tissus adi- |)eux interposés ne sont pas discernables à l'œil nu, contiennent cependant des proportions de substances grasses qui sont loin d'être négligeables. » Cette erreur des savants analystes a peut-être la même origine que celle (i) .Schutz n'indiquait aucune quantité de matière grasse dans la cliair de la carpe ; de niL-me que Limpricht [Annalcn cler Clicmic und Pluinnncic, août i863) ne signalait pas la picsence de ces matières dans son analyse de la chair du t;ardon, qui cependant en contient i l'i'tat frais 0,1 3 et à l'état sec o,45. (.5i) relative à la composition des tendons el de l'ichtliyocolle, présentée par Berzélius et soutenue par Gmelin; erreur dont M. Chevrcul a sign;dé la véritable cause en montrant le passage, au travers des filtres, des globules adipeux en suspension dans les solutions aqueuses de ces tendons convertis en gélatine par l'eau bouillante. » Une autre question non moins digne d'intérêt au point de vue scien- tifique ne pouvait manquer de fixer mon attention; elle m'a décidé à entre- prendre toute une série de vérifications, puis à consacrer un chapitre entier à la préparation et à la composition immédiate des fromages, dont j'avais à peine abordé l'étude dans les éditions précédentes : il s'agissait de savoir si les végétaux cryptogamiques, très-abondants parfois à la superficie de ces produits de l'industrie rurale dans certaiiies périodes de leur fabrication, étaient la source réelle de la formation des acides gras aux dépens de la matière caséeuse ou de toute autre substance organique. Les résultats de mes expériences sur divers produits de ce genre prouvent que telle n'est pas la principale influence exercée par ces végétations soit superficielles, soit internes, car la proportion des acides gras et des composés qu'ils forment s'est constamment montrée en relation évidente avec les quantités primi- tives de la substance butyreuse neutre contenue dans le lait ou la crème employés. Je fais voir dans quelles conditions les fromages se maintiennent doués d'une réaction acide ou peuvent, au contraire, sous l'influence des végétations cryptogamiques, développer une réaction alcaline : les expé- riences ont porté sur dix espèces distinctes de fromages commerciaux (i). » Un des résultats curieux de mes recherches montre que l'eau des huîtres n'est pas, comme on l'avait supposé, simplement l'eau delà mer, car le liquide dans lequel baignent ces mollusques, tels qu'ils nous arrivent, contient une substance albuminoïde dont j'ai démontré la présence, les pro- priétés et les proportions. {Foyez aussi le Bttlletin des séances de la Société impériale et centrale d' Jcfriculture de France, i° série, t. XIII, p. 45, 46^ 49; i857-i858.) » Parmi les nouveaux flùts analytiques on remarquera peut-être aussi les proportions considérables des substances neutres azotées contenues dans certains fruits oléagineux; outre ces substances nutritives, la présence et le siège de la substance amylacée dans l'amande du fruit d'iui conifère. le Pinuspinea. (i) Les principaux résultais de ces analyses comparées ont élé communiiiiiés à la Société impériale et centrale d'Agriculture de France, dans sa séance du 3i août i864' ( «S-i ) » Une comparaison eulre les anciennes analyses des fruits cliarnu» sucrés, et plusieurs résultats nouveaux que j'ai obtenus ou recueillis, m'ont permis de compléter à cet égard la composition immédiate de quel- ques-uns de ces produits. » Quant à l'ensemble des données expérimentales consignées dans cet ouvrage sur l'alimentalion et sur la théoi'ie générale que l'on en peut déduire, il me sera permis d'ajouter que ces observations théoriques et pratiques ont trouvé une consécration précieuse dans l'assentiment qu'elles ont reçu à l'occasion des importants travaux du Comité consultatif d'hy- giène et du service médical des hôpitaux. J'ai été heureux de pouvoir reproduire les conclusions adoptées par ce Comité très-compétent, en expo- sant de nouveau les bases scientifiques sur lesquelles repose le régime ali- mentaire des hommes à l'état de santé et aux différents âges de la vie. » "e"- Remarques présentées à l'occasion de celle commitnicalion ; par M. lîOUSSIXGAULT. « A l'occasion de la présentation de cet ouvrage, M. Bonssingault dit que M. Payen apprendra certainement avec satisfaclion qu'un élève du laboratoire de Chimie agricole du Conservatoire impérial des Arts et Métiers, M. Brassier, vient de terminer un travail sur ce que l'on nomme la fermentation caséique. L'un des résultats de ce ti'avail s'accorde avec le fait énoncé par notre confrère sur la matière grasse des fromages. M. Bras- sier a suivi les modifications que subit le fromage frais, en vieillissant dans le cellier, et il a pu conslaler par l'analyse que non-seulement la matière grasse n'augmente pas, mais qu'elle diminue graduellement, et que!) défini- tive il y a moins de corps gras dans le fromage fait qu'il n'y en avait dans le fromage fi'ais. ■» ZOOLOGIE. — Sur les métamorphoses subies par certains Poissons avant de prendre la forme jiropre à C adulte. Note de M. Agassiz. '( .T'ai observé dernièrement chez les Poissons des métamorphoses aussi considérables que celles que l'on connaît chez les Reptiles. Aujourd'hui que l'on s'occiqîc de pisciculture avec tant de succès et sur une si grande échelle, il est surprenant que ce fait n'ait pas été remarqué depuis longtemps. Peut-être faut-il l'attribuer à cette circonstance que ces métamorphoses commencent ordinairement après l'éclosion des petits, à une époque où ils ( «53 ) meurent rapidement lorsqii'ori les retient en captivité. A cet Age, ils sont du reste pour la plupart trop petits pour être facilement étudiés dans leur élément naturel. Néanmoins, cette période est la plus importante de leur accroissement lorsqu'il s'agit d'étudier leurs affinités naturelles. Je me pro- pose prochainement de faire voir comment certains petits Poissons ressem- blant d'abord à des Gadoïdes ou à des Blennioides passent graduellement au type des Labroïdes et des Lophioïdes. Je pourrai également montrer comment certains embryons semblables à des têtards de Grenouille ou de Crapaud prennent peu à peu la forme de Cyprinodontes ; comment certains Apodes se transforment en Jugulaires ou en Abdominaux, et certains Mala- coptérygiens en Acanthoptérygiens; et enfin comment on pourra fonder ime classification naturelle des Poissons sur la correspondance qui existe entre leur développement embryonique et la complication de leur structure à l'état adulte. » Tout récemment je viens de découvrir que les métamorphoses de cer- tains membres de la famille des Scombéroides sont encore plus inattendues peut-être que toutes celles que j'ai observées antérieurement. Voici le fait. Tous les ichthyologistes connaissent les caractères génériques de la Dorée ou Poisson Saint-Pierre (Zews Faber, L.) et les particularités d'obseivation qui rattachent ce Poisson à la famille des Scombéroides. Un autre Poisson moins connu, mais des plus curieux, qui habile également la Méditerranée, connu sous le nom à' Anjyropelecm liemigymnus{Cocco),A été généralement rapporté à la famille des Salmones, ou rapproché des Salmones comme sous-famille. Les auteurs systématiques ont généralement considéré les Scombéroides et les Salmones comme des Poissons très-différents, les premiers étant rapportés à l'ordre des Acanthoptérygiens et les seconds à l'ordre des Malacoptéry- giens : eh bien! V Arçiyropelecwi liemigymnus n'est cependant pas autre chose que le jeune, âge du Zens Fahcr. » Je m'attends à ce que tous les ichthyologistes repoussent cette asser- tion comme erronée. Rien n'est cependant plus vrai; aussi, loin de chercher à le prouver par de longs arguments, je me bornerai, pour le moment, à inviter mes confrères à se procurer de petits' exemplaires de la Dorée, de 8 à lo centimètres de longueur, et à les comparer à des exemplaires authentiques de ï Arcjyropelecus, certain que je suis qu'ils admettront l'iden- tité des deux Poissons, dès qu'ils en auront ftiit la comparaison^ » C. R., iS65, i«r Semestre. (T. LX, N» 4.) 20 ( '54 ) NOMINATIONS. L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Membre de la Section de Mécanique en remplacement de feu M. Clapejron. Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 60, M. Foucault obtient. ... 3( suffrages. M. Favé 28 » Il y a un billet blanc. M. FoicAULT, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro- clamé élu. Sa nomination sera soumise à l'approbation de l'Empereur. MÉMOIRES PRÉSENTÉS. CHIMIE APPLIQUÉE. — Recherches chimiques sur la betterave; par M. B. Core.\wi.\deu. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Brongniart, Boussingauit, Peligot.) c( Quoique la betterave ait acquis une importance considérable à cause du développement immense qu'elle a imprimé à l'industrie nationale et à l'agriculture, on a fait peu de recherches sur sa constitution chimique. On n'ignore pas que celle-ci varie en raison des circonstances, mais on ne pos- sède pas d'éléments suffisants pour apprécier les limites de ces variations. On n'a que des indices vagues sur les modifications que la nature du sol, les engrais, impriment à la composition chimique des éléments minéraux (pie cette racine renferme; je crois même qu'il n'existe dans la science qu'une seule analyse des cendres de la betterave, laquelle a été faite par MM. Boussingauit et Payen. » Ayant été conduit, par les intérêts de mon industrie, à me livrer depuis plusieurs années à des recherches siu' ce sujet, je pense qu'il peut être utile de faire connaître quelques-unes de mes analyses, celles au moins qui pré- sentent les caractères les plus significatifs. ( -55 ) u Q U5 M se Q z z o H «s PS ■soiqniosui ssugiivn 'S3)jdd ta apnos 9p aiTHilSOHd ■mn|po9 gp aunHOiHD ■mnissBiod ap auauoiiiD ■ossBlod ep aivjTas '9pnos op aiVKoauva ■assBiod 9p 3IY!C0a>IVD o o « " ■= "^ s u -s Si w H H C en Si < z ■saiBiouim saHaiivw ■319 *99ainil93 m C^ 1^- o o (S in (M C LO M l-^ Irt co o ce M O r^ O cr. C75 co o o i"^ i-T — m (O " " LJ-l o iiTi ^_ o G es O C9 IT) -Tï O l^ lo u-j c:* co ce 00 00 oo ÛO o: 00 co '"* ^ -C ■OJ 13 o > 5 C C tj 3 (C ~ 2 03 « S 3 — S 3 ^3 3 — S "^ 20,. ( '56) )) Ces analyses sont intéressantes à plusieurs titres : » 1° Pour la physiologie végétale : elles montrent dans quelles limites peuvent varier les éléments d'une même plante, car ces variations ne sont pas spéciales à la betterave, elles se présentent pour les autres racines et même pour les fruits des pays tempérés et ceux des régions tropicales. » 2° Pour le fabricant de sucre : il ne doit pas ignorer combien la propor- tion de sucre est différente d'une betterave à une autre. J'ai eu l'occasion d'en examiner cpii ne contenaient que 2 à 3 pour loo de sucre; au contraire il m'est arrivé, notamment en Allemagne, d'en trouver qui avaient une richesse saccharine de i5 à i8 pour lOo. » On voit par ces exemples combien il importe, avant de construire une usine dans une localité, de se préoccuper de la richesse en matière sucrée que la betterave peut y acquérir. M 3° Pour le raffineur de potasse et le fabricant de salpêtre : il leur est utile de connaître les localités où les salins de betteraves sont riches en sels de potasse. C'est pourquoi j'ai représenté les matières salines dans l'état où elles se séparent par la cristallisation. u Les personnes qui n'ont pas eu l'occasion d'analyser des salins de betteraves seront étonnées de voir l'énorme différence qui existe entre les cendres de diverses localités, au point de vue du carbonate de potasse qu'on peut en extraire. On ne manquera pas d'observer que lorsque le carbonate de potasse est en abondance, le carbonate de soude diminue. Aussi les ma- nufacturiers qui exploitent les salins de betteraves savent-ils qu'il importe, dans leur évaluation, de ne pas se contenter du titre alcalimétrique des po- tasses brutes du commerce, mais qu'il faut en faire une analyse complète pour connaîtie leur teneur en sels de potasse. » Je développe dans mon Alémoire les considérations qu'on peut tirer de mes analyses au point de vue de l'agriculture. » i i ÉCONOMIE RURALE. — De la production du fumier par les bêles à laine, i Riipporl entre iemjrais produit et la nourriture (onsoniméc. Mémoire de 31. H. M.4RÈS, présenté par M. Peligot. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Boussingault, Peligot, Thenard.) * « Le but de ce Mémoire est la recherche des rapports qui permettent d'apprécier la quantité et la qualité des fumiers qu'on peut retirer des matières alimentaires consommées par les bêtes à laine. ( '57 ) » Les expériences exposées dans ce travail ont porté sur trois lots d'an- tennaises de race Larzac, composés chacun de six bétes. » L'alimentation de ces trois lots dans la bergerie, et pendant cinquante- sept jours consécutifs, du i3 janvier au 1 1 mars, l'un i)ar la luzerne seule, les deux autres par un mélange de luzerne et de marc de raisin, de feuilles de mûrier d'automne sécliées à l'air et de marc de raisin, ont donné des résultais dont la comparaison, basée d'une part sur l'analyse et le poids de chaque espèce d'aliment consommé, d'autre part sur la composition des fumiers recueillis pour chaque lot, a conduit aux conclusions suivantes : » 1° Le rapport entre le poids de l'azote du fumier et celui des aliments consommés a été, pour les trois lots, ainsi qu'il suit : )i Pour l'alimentation par la luzerne seule :: 82,40: 100 )) Pour l'alimentation par la luzerne et le marc de raisin. ;: 78,75 : 100 » Pour l'alimentation par la feuille de miirier et le marc de raisin '.'. 89,50 : 100 )> La moyenne des trois expériences donne 83,55, coefficient qui exprime le rapport entre l'azote du fumier et celui des aliments pour des bétes à laine nourries dans les conditions décrites plus haut (i). » 2" Le fumier en poids, produit par les bétes à laine, a varié selon le volume et l'humidité des aliments qui com|)osent leur nourriture. Ainsi dans le cas actuel et dans les mêmes conditions de température (2) et de repos, la proportion du fumier au poids de la nourriture solide a varié entre 70 et laS centièmes, soit presque du simple au double. )) 3° Le poids du premier produit a été sensiblement proportionnel au poids de la matière sèche contenue dans les aliments. En effet, dans les trois lots, cette proportion a varié de i38 à i44 ('4i)25 en moyenne) de fumier pour 100 de nourriture sèche, malgré les différences considérables de com- position que présentent les aliments consommés et les quantités d'eau très- variables absorbées par chaque lot. Dans des conditions d'alimentation analogues à celles des bétes ovines dont il est ici question, on peut donc calculer la quantité de fumier que les bétes à laine sont susceptibles de (i) Des expériences sur le même sujet ont été faites en juillet 1849 par M. Barrai, et rapportées dans sa Statique chimique êtes nnimau.r, jï. 3i i . loir les expériences de M. Jurgensen [Economie rurale de M. Boussingault, t. Il, p. 63q) ; expériences de M. Reisel [Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LVI, p. 5^5^ . (2) La température de la bergerie a varié, pendant la durée des expériences, entre 8 et 10 degrés du thermomètre centigrade. ( «58 ) loiirnir, en roiinaissant soiileiiieiit l'eau de composition de leurs aliinenls. Cette opération est toujours lai ile, puisqu'elle n'exige qu'une simple des- siccation. » 4° I-*^ poids du fumier recueilli a été proportionnel à la somme en poids de la nourriture solide et de l'eau consommée. Ce poids a varié de 45 à 5o pour 100 de la nourriture et de l'eau réunies. Ce dernier résultat paraîtrait indiquer que la respiration et la transpiration cutanée, unies a la quantité de viande et de graisse formée par les bétes à laine, ont con- sommé environ la moitié en poids des aliments solides et liquides ingérés dans leur estomac. » 5" Lorsqu'on nourrit les bêtes ovines avec des fourrages contenant^ à l'état normal, de i4 à 16 pour 100 d'eau, tels que la luzerne et le foin normal, le fumier produit par ces animaux excède en poids, de 20 à 2.6 pour 100 environ, celui de la nourriture solide consommée. » Il est bien entendu que le poids des litières reste en dehors de ces données, et qu'il s'ajoute à celui des déjections; que les résultats signalés s'appliquent à des animaux nourris d'aliments solides dont la proportion d eau de composition n'est pas trop élevée, et qui ne sortent pas de la ber- gerie. L'alimentation des bêtes à laine au moyen de fourrage vert, ou avec de fortes proportions de racines et de pulpes aqueuses, pourrait peut-être modifier les coefficients auxquels je suis arrivé. Ce fait n'aurait rien de sur- prenant, car, dans les questions complexes concernant l'entretien et la consommation du bétail, on sait que les rapports déduits soit de l'expé- rience, soit de l'analyse et de l'observation, n'ont rien d'absolu et ne com- portent que les cas analogues à ceux dont ils ont été déduits. » Néanmoins, ceux que j'ai indiqués dans la première et la troisième con- clusion, exprimant, l'un la richesse de l'azote du fumier, l'autre son poids relativement à la nourriture consommée, permettent, dans un grand nombre de cas, d'apprécier assez exactement et à l'avance la qualité et la quantité de l'engrais qu'on obtiendra par les bètes à laine des aliments qu'on letu fera consommer. » Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'utilité que présente la détermi- nation de pareilles données, soit pour estimer à sa valeur l'engrais d'une exploitation rurale sur laquelle vivent des bêtes ovines, soit pour en faire la répartition sur les cultures. » Dans un nouveau travail j'examinerai la quantité et la valeur de l'en- grais fourni par les bêtes à laine nourries sur les landes et les pâtures qu'on désigne vulgairement dans le midi de la France sous le nom deguarriçiucs. » ( i59) CHIMIE APPLIQUÉE. — Théorie des fontes et aciers : faits ndiiveaiux. Extrait d'une Note de M. Jullien. (Commissaires précédemment nommés : MM. Boussingault, Fremy, H. Sainte-Claire Deville.) « Karsten écrivait, le i" mars 181G, en tète de sa première édition : rt Cet ouvrage est le fruit de douze années d'observations et d'essais » que j'ai faits dans les usines on vertu de mon emploi. » Si donc l'obser- vation a fait défaut à quelqu'un, on peut dire que, en tous cas, ce n'est pas à Karsten. Depuis quinze ans je m'occupe de la théorie des fontes et aciers. Sur ces quinze années, j'en ai passé dix dans les forges et aciéries, en qualité d'ingénieur chef de fabrication, et, à ce titre, exclusivement chargé des observations et essais. On peut également dire que l'observation ne m'a pas fait défaut. Eh bien, j'affirme que, à de très-rares exceptions près, tous les faits consignés dans la première partie du Manuel de mé- tallurgie de Karsten sont de la plus scrupuleuse exactitude. » En outre, Karsten dit (§ SaS) : « Le fer carburé (la fonte ou l'acier) )) doit être considéré comme un alliage de deux métaux, qui est toujours » homogène à l'état liquide, puisque cette homogénéité subsiste après un » prompt refroidissement. » Je partage entièrement cette manière de voir. Doù vient cependant que, par la théorie de Karsten, on n'explique aucun des phénomènes de la métallurgie du fer, tandis que par celle donc j'ai adressé le premier Mémoire à l'Académie des Sciences en avril 1802, et que depuis cette époque j'ai développée dans six Mémoires imprimés, on explique non-seulement tous les phénomènes de la métallurgie du fer, mais encore la trempe de l'acier, de la fonte, du verre, des roches ignées, du bronze, du soufre et du phosphore? Cela tient exclusivement à ce que Karsten, comme Berzélius et tous les savants qui ont éciit sur la Chimie, considère les métaux comme susceptibles déformer entre eux des combi- naisons, tandis que je prétends, et le démontre, que les métaux ne se com- binent pas et que les composés qu'ils forment entre eux sont de simples dissolutions. » Le Mémoire très-long dont j'extrais cette Note a pour but de démon- trer que : » 1° Les métaux ne se combinent [)as entre eux; » 1" Le fer ne se combine ni avec le carbone, ni avec le silicium, ni avec l'azote. ( i6o ) » 3° La chaux éteinte et le sulfate de soude hydraté sec accusent tous les caractères de la dissolution et aucun de ceux de la combinaison. Que si leau solide et pure est toujours cristallisée, elle peut être amorphe à l'état de dissokilion. » Ces principes sont en opposition avec les principes admis, mais cela ne prouve pas qu'ils sont faux. Mon Mémoire discuté peut seul me donner tort. Maintenant, voici quelles sont les conséquences de ma théorie, en ce qui concerne les fontes et aciers : >i i" L'acier chauffé au rouge cerise est une dissolution de carbone liquide dans le fer, soit amorphe, comme quand il a été fondu et coulé en lingotière mince, soit cristallisé, comme quand il sort de la caisse à cé- menter. » 2° L'acier trempé et la fonte blanche sont des dissolutions de carbone cristallisé dans le fer amorphe; ces deux composés ne diffèrent entre eux que par la proportion de carbone qu'ils renferment. i> 3° L'acier doux est une dissolution de carbone amorphe, soit dans le fer amorphe, soit dans le fer cristallisé. )) 4° La tonte liquide est une dissolution de carbone liquide dans le fer liquide. » 5° La fonte grise, obtenue par la coulée de la fonte liquide en lingo- tière chaude ou en sable vert, est un mélange de graphite et d'acier dont les composants, fer et carbone, sont tous deux à l'état amorphe. » G'^ La fonte grise, obtenue par coulée de la fonte liquide en sable d'étain épais, est un mélange de graphite et d'acier dont le carbone est amorphe et le fer cristallisé. » ']" La fonte grise, chauffée au rouge cerise et trempée dans l'eau fraîche, est un mélange de graphite et d'acier trempé. » 8° La fonte cémentée dans un oxyde métallique et devenue mal- léable est de l'acier d'abord, puis du fer si la réaction est suffisamment prolongée. » 9" La fonte blanche recuite au rouge est, froide, de la fonte grise. M 10° La température de solidification de la fonte grise est d'autant plus basse que sa température de fusion est plus élevée. » 11° Les ampoules des fers cémentés et les soufflures des fers en fabri- cation sont le résultat de la réaction du carbone en dissolution sur l'oxyde en suspension. » 12° Le graphite, étant du carbone amorphe, ne peut pas cristalliser sans être du diamant. Le graphite que l'on considère comme cristallisé en ( -ei ) hexaèdres est du giaplutc moulé dans le calcaire hexaédrique où on le trouve. » Voici quelles sont les conséquences de la même théorie en ce qui concerne les verres, roches ignées, bronze, soufre et phosphore : » 1° Le verre liquide est une dissolution, dans un silicate neutre, de l'un de ses composants. » 2° Le verre à vitres est une dissolution de silice amorphe dans le sili- cate neutre cristallisé. » 3° Le verre à bouteilles, foncé en couleur, est le plus souvent une dissolution d'oxydes amorphes dans le silicate neutre cristallisé. » 4" Le verre recuit est un mélange de silice ou d'oxj'de, amorphe ou cristallisé, suivant la durée du recuit, et de silicate neutre amorphe. » 5° Le granit est un verre liquide refroidi lentement. B 6° La lave, de même composition, est un verre liquide refroidi brus- quement. » 7° Le bronze, solidifié lentement, sest une dissolution d'élain cristallisé dans le cuivre amorphe. » 8" Le bronze, chauffé au rouge et trempé dans l'eau fraîche, dit bronze mou, est une dissolution d'étain amorphe dans le cuivre amorphe. » 9° Le soufre liquide, refroidi lentement, est cristallisé; refroidi brus- quement, il est amorphe. 1) io° Le phosphore liquide, refroidi lentement, est cristallisé, incolore et transparent ; refroidi brusquement, il est amorphe, opaque et noir. » II" Le phosphore devenu blanc dans l'eau est une dissolution, dans le phosphore cristallisé, soit d'eau solide amorphe, soit d'eau liquide. » Le sucre fondu et exposé à l'humidité de l'air devient terne, de trans- parent qu'il était; c'est, comme ci-dessus, une dissolution, dans le sucre cristallisé, d'eau solide amorphe. Ici le doute n'est pas possible. » 12° Le phosphore rouge est l'état amorphe d'un état allotropique du phosphore dont on ne connaît pas encore l'état cristallin. » Quel que soit l'état physique d'un composé, il est combinaison quand ses composants sotit en proportions constantes et exactes : ses propriétés sont celles de ses éléments composés et non celles des éléments compo- sants; dissolution, au contraire, quand les composants sont en toutes pro- portions, avec ou sans maximum de saturation : ses propriétés participent de celles de ses composants. » La combinaison, en proportions indéfinies, sous l'influence de l'affinité capillaire, n'est ai.tre chose qu'une simple dissolution solide. » C. R., i865, i"- Semestre. (T. LX, N" 4.) 2' ( 'G2 ) lico^JOMlE RURALE. — Nolc sur un nouveau sous-qenre de. Bombycide producteur de soie, et sur les études entreprises pour essayer d'en faire i objet d'une culture avantageuse dans notre colonie; par M. F.-E. Giérin-Méneviixe. (Commissaires, MM. Milne Edwards, Blanchard.) « Pendant les glorieuses expéditions militaires faites an Sénégal par M. le général Faidlierbe, on a trouvé, dans l'intérieur du pays, un ver à soie dont les cocons, extrêmement abondants sur plusieurs espèces de Juju- biers sauvages, pourraient donner à l'industrie une matière textile très- utile. Comprenant l'importance de cette découverte, M. le Gouverneur a lionne des ordres pour que des études fussent entreprises sur cet insecte, afin de savoir s'il ne pourrait pas devenir l'objet d'une industrie agricole fructueuse. En conséquence, M. le D"' Bancal, chef du bureau de l'intérieur a Saint-Louis, s'est appliqué à étudier cette question, et il m'a fait l'hon- neur de ra'écrire, le 27 novembre 1864, pour faire appel à mon expérience dans ces matières, pensant que mon concours pourrait être utHe au succès d'une entreprise qui semble avoir luie importance réelle pour la colonie. » Pour me mettre à même d'étudier aussi la question, et peut-être d'in- Iroduire l'espèce en France et en Algérie, M. Bancal a joint à sa lettre, déjà pleine de précieux renseignements, douze cocons vivants du Bomby- cide en question, ce qui me permet d'observer de nouveau cette magnifique espèce, d'apprécier la lichesse en soie de ses cocons, et de rédiger un Mé- moire, dont la présente Note n'est qu'un Irès-court extrait. » Je montre, dans ce travail, que le Bombycide du Sénégal appartient a une espèce que j'ai fait connaître pour la première fois en i838, eu la figu- rant dans mon Iconocjraphie du Règne animal de Cuvier, el en la décrivatit ensuite, en i844î dans le texte de cet ouvrage, sous le nom de Saturnin Bauliiniœ. M En raison de caractères propres à sa chenille et à l'insecte parfait, et dont le plus saillant est, dans le papUlon, d'avoir les antennes également plumeuses et larges chez les deux sexes, tandis que celles des femelles sont très-différentes et beaucoup plus étroites chez les vraies Saturnies (dont le grand Paon d'Europe est le type), il y a lieu de créer, pour cette espèce et pour celles qui offriront les mêmes caractères, un sous-genre que je pro- pose de désigner parle nom de Faidherhie qui rappelle celui de M. le gou- verneur du Sénégal. " Les œufs de la Faiilhcrbia Bauliiniœ sont entièrement blancs, légère- ( i63 ) ment aplatis et ovalaires, et à peu près de la giosseiii- de ceii\ du Bombyx cyntliia. » M. Lécart, jardinier en chef de la pépinière de laTaouey, à qui l'on doit des essais d'éducation très-bien conduits, a publié une description de ia chenille observée à ses divers âges. Noire en sortant de l'œuf, grise au second âge, d'un blanc d'argent brillant au troisième, elle passe enfin à la couleur verte, et elle a le corps couvert de petits pinceaux de poils rouges et bleus vers la tète, et rouges et blancs en arrière. " La chrysalide est brune avec une matière cireuse et pulvérulente grise sur la partie dorsale, et un tubercule en forme de tète de clou à l'extrémité postérieure, auquel est fixé le petit paquet formé par la dernière peau de l;i chenille. Elle n'a pas, sur la tète, le réservoir de liqueur, destiné à ramollir la soie, que j'ai découvert chez les espèces à cocons complètement fermés. » Le cocon, de forme ovalaire, entièrement blanc et lustré à l'extérieur, est composé de deux enveloppes dont l'interne est Ibrmée d'une soie blonde. Il a luie ouverture en nasse très-serrée, et il est attaché aux branches, comme celui du Bombyx cynlhia, par un cordon plat. » Le papillon, dont je m'abstiens de répéter ici la longue description, et qui a été figuré deux fois déjà, exhale en éclosant, ainsi que je l'ai observé en i855, une forte odeur de musc. La femelle contient près de 5oo oeufs qj]i éclosent six à huit jours après la ponte. » Un avait cru d'abord que ces chenilles se nourrissaient sur l'arbre appelé Nguigiii {Baiiliinia reliculala), mais on a reconnu, ainsi que je l'avais déjà remarqué en i855, que leur véritable nourriture se compose des feuilles de divers arbrissaux du genre Jujubier, dont le principal est connu au Sénégal sous le rtom de Siddem [ Zizypims orthacantha). » Comme toutes les espèces de Lépidoptères, celle-ci est attaquée par un assez grand Ichneumonide inédit que je figure et décris sous le nom de Cryplus leucopygus. " Pour déterminer approximativement ia richesse "u soie de ces cocons, j'ai fait quelques pesées qui m'ont donné les résultats suivants : >) Les neuf cocons restés vivants (sur les douze) pèsent 27 grammes; le poids moyen de chacun est donc de 3 grammes, tandis que celui des cocons du Mûrier est de 2 grammes. ' Ayant ouvert trois de ces cocons pour peser séparément la soie et les chrysalides, j'ai trouvé que, sur un poids total de 9^% 10, il y avait i^^gode matière soyeuse ou 19,30. pour 100 de soie, tandis qu'il n'y en a que r i à i4 pour 100 dans les cocons du Mûrier. 21.. ( '64 ) » Ces mêmes pesées montrent qn il y a, en moyenne, dans chaque cocon, 633 milligrammes de soie quand il n'y en a que 290 dans les cocons du Mûrier, 255 dans ceux de 1 Allante, et 1 yS dans ceux du Ricin. » La soie de la Faidlierbia Bauhiniœ, quoique un peu colorée de gris de lin, doit être beaucoup plus pâle que celle de l'Ailante. Il paraît qu'on a pu très-facilement tirer de la soie grêge de ces cocons, car M. iîancal m'an- nonce qu'il y a quelques échantillons de celte soie dévidée, dans une vilrine qui va figurer à l'exposition de Sierra-Leone, le i 5 février prochain. » CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les sucrâtes de chaux. Note MM. Boivix et LoiSEAU, présentée par M. Pelouze. (Commissaires précédemment nommés : MM. Pelouze, Payen, Fremy.) « Dans son Rapport sur notre travail relatif aux sucrâtes de chaux, M. Pelouze indique qu'il a constaté le dédoublement du sucrate bibasique en sucrate tribasique et en sucre libre. Les sérieuses objections qu'il a |)ré- senlées d'autre part, relativement à la préexistence du sucrate bibasique de chaux dans les dissolutions obtenues en mettant la chaux hydratée ou le sucrate tribasique au contact de l'eau sucrée, nous ont engagés à chercher un moyen de préparer le sucrate bibasique pur directement (sans faire intervenir l'alcool), et un mode de dédoublement de ce corps qui ne fût douteux pour personne. » Le moyen simple que nous avons découvert pour préparer directement le sucrate bibasique de chaux consiste à verser rapidement un excès de chaux éteinte et tamisée dans une dissolution d'eau sucrée, en opérant à la températiue ordinaire, dans un vase fermé, pour éviter l'action de l'acide carbonique. Après l'avoir agité quelque temps, le mélange est jeté sur un filtre pour enlever l'excès de chaux, et le liquide filtré est placé dans un bain de glace pour en abaisser la température. Au bout d'un temps qui varie avec la quantité de chaux dissoute, un trouble se manifeste d'abord, et il se forme peu à peu un dépôt plus ou moins abondant et d'aspect cristallin. Ce corps est du sucrate bibasique de chaux que l'on sépare de ses eaux mères par filtration, et que l'on purifie par des lavages abondants avec de l'eau distillée froide, exempte d'acide carbonique. Le moyen qui nous a le mieux réussi pour effectuer ces lavages con.'iiste à détacher le sucrate de son lillre et à l'agiter avec de l'eau dans un vase fermé. On sépare alors la première eau de lavage par filtration ; le précipité est de nouveau soumis a des lavages semblables jusqu'à ce que les dernières eaux contiennent des quantités de ( -65 ) sucre et de chaux correspontlanl au siicrate bibasique. Les analyses faites sur ce corps montrent qu'il renferme 24,6 pour 100 de chaux. » La solubilité du sucrate bibasique de chaux dans l'eau est faible : elle est d'environ 3 pour 100 du poids de l'eau employée; mais il est très-soluble dans les dissolutions sucrées; il se redissout entièrement dans ses eaux mères vers 35 degrés centigrades. » La précipitation du sucrate bibasique par abaissement de température dans le milieu qui l'a produit explique un phénomène déjà signalé. Plusieurs chimistes avaient eu effet constaté que lorsqu'on verse de la chaux éteinte et tamisée dans une dissolution sucrée concentrée, il se formait un composé solide qui, retenant un excès de chaux impossible à séparer, n'avait pu être analysé. Nous avons reconnu que la masse solidifiée pouvait redevenir fluide si on la chauffait légèrement. Nous pensons que l'on peut attribuer ce phé- nomène à la |)récipitation du sucrate bibasique, formé en abondance, et qui, étant soluble dans ses eaux mères vers 35 degrés, s'y redissout si l'on chauffe légèrement le mélange. » Nous devons signaler ici un fait remarquable : c'est que toutes les dis- solutions, quelles que soient leurs densités, maintenues à la température de G degré jusqu'à ce que la précipitation du sucrate bibasique soit complète- ment terminée, fournissent une eau mère qui parait renfermer un sucrate contenant 19 à 20 pour 100 de chaux. D'un autre côté, nous avons re- marqué que lorsque l'on versait ra|)idement un excès de chaux hydratée dans des dissolutions sucrées à 5, ro, i5, 20 pour 100, la quantité de chaux, immédiatement dissoute, semble correspondre également à un sucrate con- tenant ig à 20 pour 100 de chaux. L'ensemble de ces faits peut faire croire à l'existence d'un sucrate sesquibasique , déjà signalé par Wondecke et Soubeiran; mais il nous semble que la faible solubilité du sucrate biba- sique dans l'eau rend peu probable l'existence d'un composé voisin aussi soluble. » Les dissolutions de sucre saturées de sucrate tribasique à la température ordinaire et plongées dans un bain de glace donnent des dépôts dont les analyses nous occupent en ce moment. » Le sucrate bibasique de chaux étant peu soluble dans l'eau, et M. Pe- louze ayant repoussé, à juste titre, l'emploi de dissolutions faibles, nous avons imaginé d'opérer le dédoublement sur du sucrate bibasique pur en suspension dans l'eau. Sous l'influence de l'eau à 100 degrés, à laquelle il était mélangé, le sucrate a changé notablement d'aspect pour prendre celui qu'affecte le sucrate tribasique. Si, après quelque temps d'ébullition, on ( >66 ) fillie, on reconnaît que le précipité bien lavé est en effet du sucrate triba- sique, tandis que le liciuide filtré à loo degrés renferme du sucre avec une quantité de chaux inférieure à celle qu'exige la formule C"H"0", C^aO; il ne se forme donc pas de sucrate monobasique, comme nous l'avions cru d'abord. » En opérant directement sur le sucrate hibasique, nous croyons avon-, les premiers, démontré d'une façon rigoiu'euse le dédoublement du sucrate bibasique en sucrate tribasique et en sucre. » En présence de cette réaction si nette cl si rigoureuse, nous avons dû chercher la cause d'erreur qui nous av.ut fait admettre la formation du sucrate monobasique. Cette cause, nous l'avons trouvée dans l'action de l'acide carbonique de l'air sur nos dissolutions. Dans nos premiers essais, afin de dissoudre le plus de chaux possible, nous repassions les liquides un grand nombre de fois siu' de grands excès de chaux ; mais, malgré tous les soins apportés à clore les vases et les entonnoirs, un peu d'acide carbonique était absorbé, et le carbonate de chaux, soluble dans le sucrate, venait aug- menter le titre de nos dissolutions. Lorsque l'on opère le dédoublement d'une pareille dissolution, le carbonate de chaux ne se précipite pas avec le sucrate tribasique : il reste dissous et empêche la coagulation d'une partie du sucrate. Voici l'expérience que nous avons effectuée pour nous éclairer sur ce point : 1) Dans une dissolution de sucrate renfermant 20 pour 1 00 de chaux, nous avons fait passer un courant d'acide carbonique jusqu'à ce que le précipité de carbonate de chaux se manifestât; ce liquide fut porté à l'ébuUition et même évaporé sans se coaguler. » Nous rappellerons ici que M. Pelouze a depuis longteiups signalé l'in- fluence de l'acide carbonique de l'air sur les dissolutions de sucrâtes dans lesquelles il a constaté la formation d'un carbonate de chaux à 5 équivalents d'eau. Nous savions d'autre part que M. Barrcswil avait signalé, en i85t, la solubilité du carbonate de chaux dans le sucrate, et que, dans les sucreries qui emploient les procédés de saturation par l'acide carbonique, on avait remarqué que le dépôt de carbonate de chaux n'apparaissait que quelque temps après le commencement de l'opération Le fait nouveau que nous venons de signaler, et qui consiste dans une modification profonde, laquelle se manifeste par l'absence de coagulation dans les sucrâtes incomplètement carbonates, mérite de fixer l'attention des fabricants de sucre : il démontre l'importance d'une carbonatation complète. u Nous rappellerons à l'Académie que c'est en recherchant à quel état se ( '6? ) trouvait la chaux dans les jus sucrés bouillants ijue nous avions élé con- duits à admettre l'existence du sucra te monobasique de chaux à loo degrés ; mais s'il n'existe pas dans ces conditions, nous venons d'indiquer que les dissolutions sucrées bouillantes peuvent contenir une quantité de chaux considérable sous l'influence de l'acide carbonique. Nous espérons avoir bientôt l'honneur de présenter à l'Académie le résultat de nos nouvelles recherches sur la nature de ce phénomène. » M. DE Pietra-Santa adresse, à l'occasion d'une conniiunication récente de M. Scimepp concernant l'influence des altitudes sur la phlhisie pulmo- naire, mie réclamation de priorité. » Les recherches que je poursuis depuis plusieurs années aux Eaux- Bonnes mêmes, dit M. de Pietra-Santa, m'ont permis d'élucider avant M. Schnepp cette importante question. Les Notes que j'ai présentées à l'Académie en font foi. (Voir les Comptes rendus des séances des 29 avril 1 861, 29 janvier et 20 octobre 1862, 20 juin 1864.) » Cette réclamation est renvoyée à l'examen des Commissaires désignés pour la communication de M. Schnepp : MM. Rayer, Bernard, Cloquet. M. Jacquart, qui avait précédemment présenté au concours pour les prix de Médecine et de Chirurgie un Mémoire sur la valeur de l'os épaclal, comme caractère de race en anthropologie, adresse, pour se conformer à une des conditions du concours, une indication de ce qu'il considère comme neuf dans son travail. (Renvoi à la Commission des prix de Médecine et de Chirurgie). M. Josat adresse une Note concernant le résidtat de ses recherches « sur la marche décroissante de la fièvre typhoïde à Paris », recherches dont ses fonctions d'inspecteur du service de la vérification des décès lui faisaient un devoir. (Renvoi à l'examen d'une Commission composée de MM. Serres, Rayer, Cloquet. ) { .68 ) CORRESPOND AIN CE . L^ Académie iioyale des Sciences de Suède envoie trois volumes de ses (leniières pulilications. La Commission chargée de recueillir les souscriptions pour la statue qui doit être élevée à Dupuylren annonce qu'afin de donner à cette manifesta- tion iMi caractère plus imposant, elle a décidé qu'un appel serait particu- lièrement adressé à tons les corps savants. L'ne liste sera ouverte à cet effet au Secrétariat de l'Institut, et les sommes recueillies seront transmises à la personne indiquée dans cette circidaire comme remplissant les fonctions de trésorier. 33. LE Secrétaire perpétuel présente, au nom de M. Marcoii, une Note imprimée « sur les gisements des lentilles trilobitifères taconiques de la pointe Lévis, au Canada ». M. LE Secrétaire perpétuel signale encore parmi les pièces imprimées de la Correspondance : » i" Deux opuscules adressés j)ar M. Valérins, professeur à l'Université de Gand, l'un « siu" un nouveau chronoscope électrique à cylindre tour- nant, fondé sur l'emploi du diapason », l'autre « sur les vibrations de fils de verre attachés par une de leurs extrémités à un corps vibrant, et libres de l'autre ». » 2° Un opuscule italien de M. Zantedeschi sur les lois du climat de Milan et sur l'origine de la rosée et de la gelée blanche. 31, Flax«ri!v demande l'ouverture d'un paquet cacheté déposé par lui le 25 juillet 1864. Le paquet ouvert en séance renferme la Note suivante relative à l'emploi du gaz ammoniac : a Tout le monde connaît la grande solubilité du gaz ammoniac dans l'eau. On sait aussi que dans le vide l'eau abandonne ce gaz. C'est sur ces deux principes qu'est basée mon invention. Au lieu de vapeur d'eau j'envoie dans le cylindre du gaz ammoniac comprimé dans un réservoir, de façon ( '%) qu'il fasse fout juste équilibre à la pressiou atuiosj-hérique. Quand le pis- ton est arrivé au bout de sa course, le gaz se trouve mis en rapport avec un condensateur plein d'eau, et la pression atmosphérique refoule le piston dans sa position première. » On voit que sur deux coups de piston il n'y en a qu'un qui soit utile. En d'autres termes, nous avons ainsi une machine à simple effet avec une pression d'une atmosphère. Je dis une pression d'une atmosphère, sauf, bien entendu, à tenir compte dans la pratique de la pression réelle, qui seia un peu inférieure. « Le vase qui sert de condensateur augmentera de poids à mesure qu il dissoudra du gaz. Sur ce fait, nous baserons un système qui nous permettra de remplacer ce premier vase par un second, et de recueillir le liquide am- moniacal dans un réceptacle commun sans le mettre en rapport avec l'air extérieur. » Une machine pneumatique ad hoc puisera le gaz dans ce réceptacle pour le condenser de nouveau dans le vase qui fournit à la consommation du cylindre. Il est facile de voir que (théoriquement du moins) la force em- ployée à condenser le gaz sera précisément égale à celle produite par l'action de ce même gaz sur le cylindre. L'eau privée de gaz servira de nouveau à fournir le condensateur. » Je n'ai pas encore combiné l'arrangement de tout cet ensemble, mais je ne crois pas qu'il puisse être un obstacle, et je vais m'en occuper incessam- ment. Je supprime de cette façon tout combustible. Je ne consomme de gaz ammoniac que ce que comporte l'imperfection d'une machine. Une seule chose est augmentée, c'est le prix des machines, dans lesquelles, vu la faible pression dont je dispose, je serai forcé de multiplier le nombre des cylindres. » Il est facile de calculer qu'avec une machine à 4 cylindres, dont la cour.-e est de o°',6o et le diamètre de o™,4o, j'arrive, en estimant à | l'absorption de force par la machine, et à | la différence entre une atmosphère et la pres- sion réelle, j'arrive, dis-je, à disposer d'iuie force de 4o chevaux. » Le condensateur, qui doit être supprimé pour la vapeur dans les loco- motives, peut être employé dans ce cas, eu égard à la petite quantité d'eau dépensée. » (Renvoi à l'examen des Commissaires désignés pour les communications àc M. Buret et de M. Tellier : M.\L F'iobert et Combes.) G. B., 1865, i" Semestre. (T. LX, N» 4.) 2a ( 170 ) ASTRONOMH:. — Seconde Noie de M. Chacoiin.ac sur la constilution physiijiie du Soleil. '( Afin d'éviter le reproche d'énoncer dogmatiquement les conclusions contenues dans la Noie précédente, je vais tâcher d'étayer, par le raisonne- ment et l'exposé d'autres faits, les conséquences qui en découlent. » L'enveloppe resplendissante qui hmite les contours du disque solaire n'est pas une enveloppe continue environnant le corps central, c'est un ré- seau à maille subelliptique, ou plus certainement à forme diversement ma- melonnée, offrant presque autant d'espaces vides que d'espaces pleins. » Les plus petits espaces visibles formant les interstices de ce réseau lumineux ayant un diamètre de 160 lieues, on ne peut considérer le corps central du Soleil comme placé dans une enceinte fermée ,et dès lors il serait possible déjà d'admettre que la température de l'écorce du globe soit infé- rieure à celle de la photosphère proprement dite. Mais avant de passer a cette question, examinons la région atmosphérique qui peut être envisagée comme un milieu incandescent. » La couronne solaire qui se montre constamment autour de l'astre éclipsé par la T^une réfléchit la lumière de la photosphère, ainsi que l'indi- quent nettement la proportion de lumière polarisée qu'elle rayonne et la direction du plan de polarisation. D'autre part, son éclat est faible, certai- nen)ent inférieur à jTriïôTnr ^^^ l'intensité de la photosphère, puisque l'inten- sité lumineuse des protubérances obsei'vées à Moncayo, en 1860, était en- viron cinquante fois plus grande que l'éclat de la couronne à ses limites, et qu'enfin les pr6lul)érances ne sont pas visibles quand la lumière atmosphé- rique, dans la portion tangente au limbe solaire, est réduite à T-j^j^j-y de l'intensité du disque. Sa constitution n'offre rien, du reste, qui puisse l'as- similer à un corps en ignilion, à un gaz enflanuué : ses apparences sont celles d'un nnlieu nébuleux, cométaire, violemment projeté par des effluves vol- caniques s'étendant jusque dans les couches extrêmes de sa sphère rayon- née. La traduction physique de l'aspect de cette auréole pourrait se définir par la conception d'une multitude de comètes en partie plongées dans le Soleil, et dont on supposerait les noyaux très-voisins de la surface de la photosphère et les queues étalées en rayons divergents, suivant des directions plus ou moins normales à la périphérie de l'astre. » Justpic-là, rien ne légitimerait donc la supposition ingénieuse de l'illustre Directeur de l'Observatoire du Collège romain, à savoir, que les cristaux de la matière photosphérique sont plongés dans un gaz incandescent. ( '7' ) » Mais si l'on considère cette zone continue de couleur rose immédiate- nient en contact avec la photosphère et qui s'élève en montagne conique en certains points de la péripiiérie solaire; si l'on a égard à sa nature incan- descente, terminée de tonte part par des flammes s'élevant en tourbillons; si l'on examine que ces protubérances roses offrent l'aspect d'iui milieu vaporeux incandescent, accumulé en gerbes siu'plombantes, on trouvera vme grande probabilité que ce milieu en ignition entretient la puissance ca- lorifique des cristaux photosphériques. u En effet, la lumière des protubérances n'est pas polarisée; la constitu- tion de celles-ci leur donne tous les caractères d'un corps gazéiforme en- flammé. 11 La grande protubérance qui s'est montrée dans l'éclipsé du \S juillet 1860, immédiatement après la disparition du bord solaire au sud-est du limbe, c'est-à-dire par i aS degrés environ d'angle de position, m'est apparue comme un champ de flammes longues, effilées à leur extrémité et confondues à leur base, ayant tout à fait l'apparence que présentent les flammes d'un vaste incendie dont le foyer incandescent aurait été masqué par le bord lunaire. Ce champ de flamme présentait vers le milieu de son étendue une ouver- ture analogue à celle que produirait un jet d'air lancé normalement à la surfiue de l'astre et tendant à séparer ces flammes en se dilatant, comme un bouquet d'artifice. u Toutes les apparences de ce nnlieu et des flammes qui surmontent les surfaces limites de ces contours concourent, je le répète, à le désigner comme le fluide en ignition visible à la surface extérieure de l'astre éclipsé. C'est sur lui que les astronomes physiciens peuvent reporter toute leur attention, c'est à l'examen de son spectre que les raffinements de la science moderne doivent consacrer toute lems ressources. » Ainsi, la matière photosphérique n'étant alors qu'un élément contenu dans les couches inférieures de ratmos|)hère solaire, comme la vapeur d'eau dans l'air, lorsque ces vapeurs, métalliques peut-être, répandues à l'état vési- culaire dans les couches inférieures et très-denses de l'atmosphère, cédant à l'énorme pression qu'elles éprouvent, passent à l'état fluide et solide presque simultanément; alors, les cristaux photosphériques plongés dans le gaz incandescent, suivant la loi de M. Magnus, rayonneraient infiniment plus de lumière et de chaleur que le mdieu en ignition et imparfaitement diaphane au sein duquel ils seraient immergés. Telle serait la conséquence qui résulterait des observations. 22.. ( '72 ) » Mais il ne faut pas oublier que la zone brillante d'un aspect analogue à un brouillard lumineux, apparaissant immédiatement en contact avec la photosphère, et qui voile d'un vif éclat la zone rouge enflammée, doit être considérée, dans Cftte hypothèse, comme ces vapeurs à l'état vésiculaire réfléchissant une très-grande quantité de la lumière photosphérique. Car il n'est pas douteux que cette atmosphère d'aspect cométaire, nébuleux, n'offre, avant la réapparition du Soleil dans les éclipses totales, une inten- sité considérablement supérieure à celle des protubérances ronges. » Reste la question de i'écorce solide ou demi-fluide du corps central, laquelle est enveloppée par la zone ronge enflammée et qui, malgré son état solide ou semi-fluide, ne rayonne pas, d'après les observations du P. Secchi, autant de chaleur que cette photosphère, et qui, d'après tousles astronomes, est relativement Irès-sombre par rapport à cette enveloppe éclatante. » Suivant les travaux de M. Edm. Becquerel, on pourrait supposer que les pouvoirs de radiation lumineuse et calorifique ne sont pas les mêmes pour ces deux corps de nature différente, à un état différent et plongés dans un milieu gazeux à une énorme température » ASTRONOMIE, — Rectification à une communication de M. Mouchez sur /'ec///>i«' de Soleil du 3o octobre iSG4; par M. Emai. Liais. « Dans le Compte rendu du i6 janvier i 865 est publiée une observation de l'éclipsé annulaire de Soleil du 3o octobre 1864 par M. Mouchez, dans laquelle je lis avec surprise le passage suivant : « Contrairement au résultat auquel est arrivé en i858 M. Liais, qui » trouvait que poiu- faire concorder le calcul avec l'observation il fallait » faire le demi-diamètre de la Lune beaucoup plus petit que celui des » Tables (de 7 à 8 secondes, je crois), nous avons trouvé que l'observation » et le calcul avaient donné, à 1 ou 3 secondes près de temps, la même durée » pour le passage de la Lune sur le disque du Soleil. M. Liais avait trouvé » une différence de 72 secondes de temps entre le calcul et l'observation. » Dans notre éclipse, le calcul nous a donné 5 minutes 3o secondes poiu- » celte durée, et l'observation 5 minutes aS secondes. » » Dieu loin d'avoir trouvé que dans l'éclipsé du 7 septembre i858 il fallait diminuer le demi-diamètre de la Lune de 7 à 8 secondes pour accor- der ie calcul et l'observation, j'ai au contraire reconnu qu'il fallait aug- menter ce demi-diamètre d'une très-petite quantité «",52, comme on peut le voir dans ma communication sur les longitudes de divers points de ( '73 ) l'Amérique du Sud, du 29 juillet 1861, insérée dans le Compte rendu de celte séance. » Quant à la différence de 72 secondes de temps entre le calcul et l'ob- servation dont parle M. Mouchez, je ne sais ce qu'il veut dire et je n'ai rien trouvé de pareil. » M. Mouchez voudrait-il faire allusion à la différence de 3o secondes pour le deuxième contact intérieur, trouvée pendant cette éclipse par M. d'Azambuja? Mais, d'abord, celte observation n'est pas de moi; ensuite il s'agiî de 3o secondes, et non de 72. » J'ai au reste moi-même, dans ma communication déjà citée, fait remar- quer quemes photographies du Soleil écHpsé ne s'accordaient pas avec l'ob- servation de M. d'Azambuja, cl que la personne qui lisait son chronomètre a dû faire une erreur de lecture de 3o secondes. D'ailleurs, dans la division du travail entre les divers membres de la Commission scientifique, l'observa- tion des contacts ne m'était pas dévolue. On Ut, en effet, dans le R.;ipport de cette Commission : « M. Liais, plus spécialement chargé des obs• Je me bornerai aujourd'hui à quelques observations sur les chaleurs spécifiques. » Ne pouvant dans cette Note ni citer ni critiquer les opinions émises par les savants qui se sont occupés de ce sujet, je dirai une fois pour toutes que les considérations qui vont sui\ re n'ont pas la prélention dune origi- nalité parfaite. Je crois cependant qu'on trouvera, à côté de quelques con- clusions qui me paraissent nouvelles, la forme du raisonnement im peu dif- férente, et peut-être les idées mêmes légèrement modifiées. » La chaleur spécifique se compose de deux parties, c'est-cà-dire que le mouven)ent calorifique en agissant siu' la matière [si on ne considère que les cas où il n'y a ni changement de l'état physique, ni phénomène chimique (changement de la composition atomique des molécules)] produit deux effets différents. Une partie augmente la force vive du mouvement des molécules comme telles ; une autre produit un travail dans l'intérieur des molécules, elle augmente la force vive des mou%'ements atomiques qui ont lieu dans l'intérieur des systèmes atomiques (molécules). La première partie produit les phénomènes physiques [température, tension, dilatation, etc. (i)]; la seconrle disparaît pour l'observation physique, elle augmente le véritable mouvement chimique, et elle provoque dans de certaines limites les phéno- mènes chimiques. » De certaines considérations générales nous sommes conduitsà conclure que, pour les gaz, la partie de la chaleur spécifique employée à accélérer le mouvement inoléculaire est indépendante de la nature et du poids des molécules, et par suite identique pour toutes les molécules gazeuses. Ou peut admettre de même (jusqu'à preuve du contraire) que l'autre partie, celle qui sert à accélérer les mouvements atomiques, est indépendante des ;i) Il n'y a donc pas, à proprement parler, de chaleur latente de dilatation. ( >76) poids atomiques et identique pour tous les atomes; elle sera donc en rapport direct avec le nombre des atomes qui constituent la molécule, el on pourra exprimer la chaleur moléculaire des gaz par cil. m. = M + nA, ;/ étant le nombre des atomes, M la quantité de force vive absorbée par la molécule, A la chaleur absorbée par chaque atome; M est la constante connue o,4f; A se déduit des expériences = o,5, ou à peu près. » Cette équation indique la chaleur moléculaire (chaleurs spécifiques de volumes égaux) à pression constante; pour les chaleurs spécifiques à vo- lume constant, on élimine la valeur de M, et l'équation devient ch . m . = » A . C'est, quant à la forme, la même loi que celle que MM. Clausius et Buff ont déjà indiquée, et le tableau donné par le premier de ces savants montre clairement jusqu'à quel point les chiffres calculés s'accordent avec ceux que M. Regnault a déterminés par ses expériences classiques. » Le même raisonnement et par suite la même formule doivent s'appli- quer aux corps liquides et aux corps solides; seulement la valeur de M nous est inconnue jusqu'à présent, et nous ne savons pas même si elle est con- stante ou si elle varie avec la température, si elle dépend des poids des mo- lécules, de leur composition atomique, etc. Aucune conclusion rationnelle ne peut être tirée des chaleurs spécifiques des éléments seuls; mais si l'on voit que la plupart des corps composés solides possèdent des chaleurs mo- léculaires (chaleur spécifique multipliée par le poids moléculaire) telles, qu'en les divisant par le nombre des atomes contenus dans la molécule on arrive toujours sensiblement au même chiffre, on peut en conclure que pour les solides M se rapproche de zéro, ce qui revient à dire que la partie du mouvement calorifique employée à augmenter la force vive des mouvements moléculaires est très-petite (non pas infiniment petite) par rapport à l'autre partie qui augmente la force vive des mouvements atomiques. » En a|)pliquant le principe ainsi acquis aux éléments, on voit que la loi 'le Dulong et Petit, qui sans ce raisonnement n'est qu'une loi empirique, doit être approximativement vraie. On voit encore que les chaleurs spéci- fiques ne conduisent pas aux poids moléculaires, qu'elles n'indiquent pas le nombre des atomes contenus dans la molécule, et qu'elles ne prouvent pas niêinc- q'ie les molécules des différents éléments soient formées par le même nombre d'atomes. Ue plus, rien ne paraît de prime abord s'opposer à l'hy- ( '77 ) pothèse qu'il y ait des molécules formées par lui atome seuleinei;!, comme presque tous les chimistes, en se basant sur les densités des vajjcurs, l'ad- mettent actuellement pour le me!'cure,le cadmium, etc. Cependant, si on se rappelle ce que c'est que la chaleur spécifique, on d^oit admet Ire que ces corps aussi couticiuient, à l'état solide au moins, plusieurs atomes dans la molécule. » C'est donc au passage à l'état gazeux seulement que les atomes de ces corps se séparent pour jouer le rôle de molécules; et de ce point de vue il paraît d'un grand intéi-ét de déterminer par l'expérience les chaleurs spéci- fiques de ces éléments à l'état de vapeur. Si les hypothèses données plus haut sont exactes, les chaleurs spécifiques de ces gaz doivent être égales à o,/i i (à peu près), ce qui reviendrait à dire que la chaleur spécifique à volume constant serait égale à zéro (i). » Quant au carbone, on serait, en admettant le raisonnement que je viens d'exposer, forcé de faire l'hypothèse qu'il y ait dans la molécule des groupes, formés chacun de trois atomes chimiques, soudés ensemble d'une manière tellement intime, que le groupe comme tel se comporte vis-à-visdu mouvement calorifique comme atome physique (2). » CHIMIE APPLIQUÉE. — Jiialjse cF un bronze, ctune pierre ferntgiiieiise paraissant avoir été taillée, et d'un minerai de fer trouvés dans les cavernes à ossements du Péricjord. Note de M. A. Terreil, présentée par M. Daubrée. « Les .analyses que j'ai l'honneur de soumettre à l'Académie des Sciences ont été faites sur un bronze, une pierre ferrugineuse qui paraît avoir été taillée, et un minerai de fer, trouvés par MiVI. Lartet et Christy dans les cavernes à ossements du Périgord. » L'échantillon de bronze soumis à l'analyse a été trouvé dans la grotte de Laugerie (Dordogne). 11 se présente avec une forme tout à fait irn gu- lière, et ressemble à ces fragments métalliques qvxi s'échappent des creusets ou des moules au moment des coulées; il est recouvert d'une patine d'en- viron \ millimètre d'épaisseur qui se sépare facilement sous le choc; cette patine, comme ou le verra plus loin, pos^ède une composition assez com- plexe (i) Et que ces gaz seraient parfaitement diathermanes. (2) Cf. A. WuRTZ, Leçons de philosophie chimique, p. 48. C. R., i865, i^f Simestrc. (T. LX, N" 4 ) 2 3 ( '7« ) )) Le bronze séparé de sa patine a une densité égale à SjiSgà +24 degrés; il a donné à l'analyse la composition suivante : Cuivre 85,98 Étain 1 2 ,64 Plomb ' ) 09 Zinc o,5i Fer traces 100,23 » Cet alliage est d'un gris jaunâtre, il ressemble beaucoup à l'ancien métal des cloches. " La patine qui recouvre le métal est verte à sa surface externe, sa partie interne est d'un rouge sombre qui rappelle la couleur du protoxyde de cuivre; soumise à l'action de la chaleur, elle dégage de l'eau, puis des va- peurs de chlorure de cuivre. Cette patine a présenté à l'analyse la compo- sition suivante : Cuivre ^7 > 27 Étain 8 ,40 Plomb 1 ,02 Zinc o »4*^ Fer I ,61 Chaux o , 1 3 Chlore 5,35 Acide carbonique 4.^^ Argile micacée 9>86 Eau 4 !4o Oxygène 7 » 25 ? 100,00 » La pierre ferrugineuse qui paraît avoir été taillée, et qu'on suppose avoir servi au tatouage, a été trouvée dans la grotte des Eyzies (Dordogne); elle est ronge et laisse des traces de même couleur quand on la frotte sur la peau ; sa forme est prismatique sans être régulière, sa surface porte des stries parallèles comme si on l'avait grattée ou limée dans le sens de sa longueiu'; à l'analyse elle a présenté la composition suivante : Peroxyde de fer , 49; 8' Alumine solubie dans l'acide chlorliydrique. i 1 , i5 Silice et argile micacée 34 ,5-] Eau , 4 >45 99.98 ( '79 J » Le minerai de fer vient également de la grotte des Eyzies; il est rouge - brun foncé; son aspect est argileux; il est composé comme il suit : Peroxyde de fer *^7 i77 Peroxyde de manj^anèse i ,00 Alumine 6,5o Chaux 3,13, Magnésie o ,65 Potasse 0,40 Sulfates et chlorures traces Acide phosphorique 2,28 Silice i4,oo Matières organiques traces Eau 4»7^ ioo,5o » PALÉONTOLOGIE. — Recherches sur les os de /'Epiornis maximus. Note de M. BiANcoM, présentée par M. Milne Edwards. « Une étude de l'os tarso-métatarsien dans les principatix types d'Oi- seaux m'a conduit, relativement k VEpioniis maximus, à reconnaître la famille à laquelle appartenait ce gigantesque Oiseau. » La poulie du condyle médian de l'os tarso-métatarsien de l'Épiornis ne saïu'ait, en raison de la brièveté de la portion antérieure de son canal, être la poulie d'un Brévipenne ou d'un Oiseau coureur quelconque; au contraire, l'extension de la partie postérieure du même canal, et la forme aplatie des deux cordons de la même poulie, signalent une autre famille ornithologique. » En effet, lorsqu'on considère la forme des deux condyles latéraux, ou bien (à la face antérieure de l'os) le grand évasement de la fosse destinée à contenir les tendons et les muscles élévateurs des doigts et l'adducteur du doigt externe, la légère disparité des deux crêtes latérales de celle fosse; et, de plus (à la face postérieure de l'os) la grande dépression qu'on voit au côté du doigt externe, dépression presque identique à celle qui reçoit le muscle abducteur du doigt externe dans le Vullur papa et dans le Condor; la dépression de l'autre côté, qui, dans l'os de ces mêmes Oiseaux, repré- sente l'aire d'adhérence de l'épiphyse pollicaire et celle du muscle abducteur de l'index ; et lorsqu'on prend en considération plusieurs autres particula- rités, on est amené à mettre l'Épiornis tout près du Condor; seulement, l'os a3.. ( i8o ) (Je celui-là semble, en proportion, plus raccourci que celui du grand Vau- tour des Andes. » "Une circonslance qui, au premier coup d'œil, déguise les ressemblances enlre les os de l'Épiornis et du Condor, c'est la grande profondeur de l'es- pace qui s'interpose entre le condyle médian et l'externe. On ne trouve pas à ce côté de l'os de lÉpiornis \e fornmeu intercondyloideum qu'on observe sur l'universalité des Oiseaux, excepté toutefois l'Autruche. C'est que dans ces deux Oiseaux (les géants de la classe) n'existe point le pont osseux sous lequel passe une partie de la continuité du tendon adducteur du doigt externe. Mais il est clair que, dans les deux cas cités, la nature y a suppléé par les deux protubérances intercondyloïdiennes, qui forment une partie du frénule transverse destiné à maintenir le tendon à sa place, frénule sans doute complélé dans le vivant par des fdires ligamenteuses. Une fois qu'on rétablit par la pensée ce pont osseux, la ressemblance entre le Condor et l'Épiornis est rendue plus complète ; mais les rapports essentiels entre les deux Oiseaux sont établis indépendamment de cette su|)position-là. Ajou- tons que, du moment où l'on considère ces inductions conmie exactes, on doit espérer que les futures découvertes mettront au jour des parties plus caractéristiques du grand Vautoiu" qui habitait Madagascar et l'Afrique méridionale. n Un intérêt particulier m'a conduit vers ces recherches. Marco Polo, dans ses Voyages, dit que l'Oiseau gigantesque de Madagascar, le Rue, était semblable à un Aigle inunense. On a rejeté celte relation comme une mé- prise ou comme une fiction; car on a généralement regardé les restes de l'Épiornis comme appartenant à lui Brévipenne. Il semble, au contraire, trés-probaMe que le voyageur vénitien nous a encore, sur ce point comme sur les autres, donné une relation véiilable. « PHYSIQUE. — Recherches sur t électricité : expériences concernant le pouvoir des pointes. Extrait d'une Noie de M. Pekrot. « ... Première expérience. — Au conducteur d'une machine électrique nnniie d'un électroscope à cadran, j'ai fixé unt; tige conique de Go centi- mètres de longueur. » Chargée par un loin- du plateau, la machine s'est déchargée on y se- condes par l'action de ce cône. » Deuxième expérience. — Afin de déterminer quelle était dans ce résultat l'action particulière de la pointe seule, j'ai passé celte pointe dans le centre ( >8. ) d'un flisque mince de caoutchouc de i5 centimètres de diamètre, en taisant saillir la pointe de près de i millimètre. » Il me paraît évident que ce disque ne pouvait avoir, dans la théorie admise, aucune influence atténuante sur la force répulsive du fluide élec- trique de la pointe, puisque, ainsi que l'air qui l'entourait dans l'expérience précédente, ce disque n'est pas conducteur de l'électricité. » Cependant, ainsi disposé, le cône a mis 200 fois plus de temps à dé- charger la machine que dans la première expérience, environ 1 5oo secondes. » Quand, au lieu de faire saillir-un peu la pointe sur la surface du disque, je la mettais à niveau, le temps de la décharge était encore plus considé- rable... » M. Verrier prie l'Académie de vouloir bien lui désigner des Commis- saires auxquels il soumettra ses procédés pour le redressement des courbures de la colonne vertébrale. M. Vei.peau, désigné avec M. Jobert de Lamballe comme Membre de celte Commission, demande que l'auteur fasse, au préalable, connaître ses procédés dans un Mémoire suffisamment détaillé. L'Académie reçoit d'un auteur qui lui a déjà adressé plusieurs communi- cations concernant le dernier théorème de Fermât une Note annoncée comme une nouvelle démonstration de ce théorème. (Renvoi à l'examen de M. Lioiiville.) A 4 heures trois quarts l'Académie se forme en comité secret. I^a séance est levée à 5 heures et demie. É. D. B. Bl'LLETIN BIRMOGRAPHIOUE. L'Académie a reçu dans la séance du 23 janvier i865 les ouvrages dont voici les titres : Précis théorique et pratique des substances alimentaires et des moyens de les ainéliorer, de les conserver et d 'en reconnaître les altcrntions; par M. A . Payen ; 4° édition. Paris, 186 j; m-S". ( i8» ) Notice sur te& gisements des lentilles tritobitifèies laconiques de la pointe Lévis, au Canada; par M. Jules Marcou. (Extrait du Bulletin de la Société Géoto' (ficfue de France.) Paris, 1^64; in-8°. Mémoire sur les vibrations de fils de verre attachés par une de leurs extrémités à un corps vibrant, et libres à l'autre; par M. H. Valérius. (Extrait du t. XVII des Mémoires de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux- Arts de J5e/(y(>/»e.) Bruxelles; in-8". Sur un nouveau clironoscope électrique à cylindre tournant, fondé sur l'em- ploi du diapason ; par le même. (Extrait du même recueil.) Bruxelles; in-S". Philosopliical Transactions... Transactions plnlosopliiques de la Société Boyale de Londres pour l'aimée i864; vol. CLIV, part, i et 2. Londres, i864;in-4". Mémoirs... Mémoires de la Société royale Astronomique de Londres; vol. XXXII (correspondant à l'exercice 1862-1863). Londres, i864; in-4°. Astronouiiciil observations... Observations astronomiques faites à l'Obser- vatoire royal de Greenuncli pendant l'année 1862, sous la direction de G. Biddell Airy, astronome royal, ouvrage publié par ordre de l'Amirauté (1" partie des Observations de Greenwich pour l'année 1862). Londres, i8ô4; vol. in-4°. Astronouiical observations... Observations astronomiques faites à l'Obser- vatoire de Cambridrjc; parle Rév. James (>HALL1S; vol. XX, pour les années i855 à 1860. Cambridge, i864; vol. in-4°. Abstracts... Résumés des observations météorologiques faites à l'Observatoire magnétique de Toronto [Canada occidental) depuis i85li jusque ^85g inclusi- vement. Toronto, i864;in-4*'. Results... Piésnltais des observations météorologiques faites à l Observatoire magnétique de Toronto [Canada occidental) pendant les années 1860, 1861 et 1862. Toronto, i864; in-4°. Abstracts... Résumés des observations magnétiques faites à l'Observatoire magnétique de Toronto [Canada occidental) pendant les amiées i856 à 18G2 in- clusivement et pendant quelques parties des années 1 853, 1 854 e/ 1 855. Toronto, i863; in-4''. Rongliga Svenska... Mémoires de l'Académie royale des Sciences de Suède; nouvelle série, IV^ volume, partie 2. 18G2. Meteorologiska... Observations météorologiques en Suède, publiées par l'Académie royale des Sciences de Suède, sous la direction de E.-R. Edlund; IV* volume, 1862. Stockbolm, i864; in-4''. ( i83 ) Ofversigt.. . Résumé des travaux de l'Académie royale des Sciences de Suède ; 20^ année (i863). Stockholm, 1864 ; in-S". Om de geologiske... Observations géologiques faites sur le litloral de ta préfecture de Bergenhm du Nord; par MM. Irgens et HioiiTDAHL, avec une carte, une planche de profils et des dessins. Christiania, 1864; in-4°. Om sneebraeen... Sur le champ de neige perpétuelle du Folqcfon et ses gla- ciers; par S. -k. Sexe. Christiania, i864; in-4° avec une carte. Forhandlinger... Transactions de la Société royale des Sciences de Christia- nia pour i863. Christiania, 1864; in-8°. Index scholarum in Universitate regia Fredericiana centesimo tertio ejus se- mestri anno MDCCCLXIF ab augusto mcnse ineunte habciidarum. Christiania, i864; in-4°. Index scholarum in Universitate regia Fredericiana centesimo secundo ejusse- mestri anno MDCCCLIF ab a. D. XFII kalendas februarias habendarum. Christiania, i864;in-4°. Det kongelige... Université rojale norvégienne de Frédéric (année 1862]; Rapport parle secrétaire de l'Université; 4^ chapitre. Tn-8°. Leggi... Lois du climat de Milan et origine de la rosée et de la gelée blanche; parle prof. Francesco Zantedeschi. Brescia, 1864 ; br. in-8°. COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. SEANCE DU LUNDI 50 JANVIER 1865. PRÉSIDENCE DE M. DECAISNE. MEMOIRES ET COMMUNICATIOIVS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. M. LE Ministre de l'Instruction publique transmet lampliafion du dé- cret impérial qui approuve la nomination de M. Foucault à la place restée vacante dans la Section de Mécanique, par suite du décès de M. Clapeyron. Il est donné lecture de ce décret. Sur l'invitation de M. le Président, M. Foucault vient prendre place parmi ses confrères. Note de M. Poncelet accompagnant la présentation de la nouvelle édition de son Traité des propriétés projectives des figures. n En déposant sur le bureau de l'Académie la deuxième édition du Traité des Propriétés projectives des figures, dont la première a paru en 1822, M. Poncelet fait observer que le long retard éprouvé par cette nouvelle publication est dû à des causes diverses, politiques, administratives, scien- tifiques même, complètement indépendantes de sa volonté et énumérées dans l'avertissement placé en tête de ce volume. » Cette édition, exactement conforme à la précédente, est terminée par des annotations nouvelles relatives à certains passages du livre qui touchent à l'histoire et aux doctrines de la Géométrie moderne, à laquelle elles pour- ront apporter des éclaircissements utiles, sinon tout à fait indispensables. C. R., i865, I" Semestre. (T. LX, N" S.) ^4 ( i86) » M. Poncelet rappelle à cette occasion qu'il a publié, en 1862 et 1864, sous le titre d' Applications d Analyse el de Géométrie, deux volumes in-8° qui contiennent des développements élémentaires et philosophiques relatifs aux principales doctj'ines du Traité in-4° des Propriétés projectives. » M. d'Archiac fait hommage à l'Académie de ses Leçons sur la Faune quaternaire. MÉTÉOROLOGIE. — De la température de ta terre depuis i mètre jusqu'à 36 mètres au-dessous du sol, et de celle de l'air jusqu'à 2i™,25 au- dessus; par M. Becquerel. (Extrait.) « La distribution de la chaleur dans l'écorce terrestre ne saurait être soumise à une loi sans variations, vu le défaut d'homogénéité des couches qui la composent et qui sont plus ou moins perméables à l'eau; d'un autre côté, les soulèvements et autres cataclysmes qui ont eu lieu à diverses épo- ques ont dîi briser cette croûte dans tous les sens et produire d'innom- brables fissures, au travers desquelles les eaux venant des couches supé- rieures s'infdtrent et modifient probablement la température des régions qu'elles traversent jusqu'à de grandes profondeurs. Ces variations ne peu- vent être appréciées qu'à l'aide d'observations suivies faites avec des appa- reils d'une grande sensibilité et placés fixement à diverses profondeurs, tels que les thermomètres électriques. » On a reconnu effectivement depuis longtemps une grande irrégularité dans l'accroissement de température, sous les mêmes latitudes, dans diverses localités; suivant la nature du terrain, on a trouvé tantôt un accroissement de I degré de température par 36 mètres, tantôt par 19 mètres, par i5 et même par 10 mètres, comme M. Daubrée l'a observé dans un puits foré du Wurtemberg; on est convenu toutefois de prendre 3o mètres en moyenne pour le nombre de mètres dont il faut s'abaisser au-dessous du sol pour avoir un accroissement de i degré; mais cette moyenne, qui est tout à fait arbitraire, ne saurait donner luie idée exacte du phénomène. n On observe ordinairement l'accroissement de température avec des thermomètres à maxima que l'on descend dans des puits forés plus ou moins remplis d'eau, en les y laissant le temps nécessaire pour qu'ils se mettent en équilibre de température avec les terrains ambiants. Ce mode d'observation a lieu seulement pendant le forage, de sorle qu'il n'est pas possible de suivre, dans le cours de l'année, les variations qu'éprouve la ( '87 ) chaleur terrestre; les thermomètres éleclriqucs ont cet avantage, et permet- tront de reconnaître les changements que peut éprouver la chaleur ter- restre avec le temps, question d'une grande importance pour la physique terrestre et qui se rattache à celle de la constance ou de la variabilité des climats. Le thermomètre ordinaire, qui sert à indiquer l'égalité de tempéra- ture des deux soudures, quand elle est établie, et par suite la température cherchée, à telle approximation que 1 on veut, permet de donner à la mé- thode une grande précision. » Nous avons réuni, dans le Mémoire que nous présentons aujourd'hui à l'Académie, les observations recueillies sous le sol de 5 en 5 mètres, jus- qu'à 36 mètres, avec le thermomètre électrique établi comme spécimen au Jardin des Plantes, ainsi que celles faites dans l'air à 6 et 9 heures du matin, 3 et 9 heures du soir : le tout forme^im ensemble de a^ooo ob- servations, du i" décembre 1861 au i" décembre 1864. » Les observations au-dessous du sol n'ont conunencé toutefois que le i" juillet (863, et n'ont pas cessé d'être relevées tous les deux jours; elles conduisent aux conséquences suivantes : » La température moyenne va en augmentant depuis i mètre jusqu'à 36 mètres au-dessous du sol, à une seule exception près, à 1 1 mètres, où la température a été supérieure de 0°, 102 à celle que l'on a obtenue à 16 mètres. Cette anomalie ne saurait provenir d'une cause géologique, attendu que la soudure se trouve au milieu du remblai d'un puits à parois maçonnées, au fond duquel le forage a commencé; on n'a pu remonter à la cause de cette anomalie, qui est évidemment accidentelle. » L'accroissement de température est très-faible à la vérité, mais il est dans les limites des observations recueillies jusqu'ici sur l'accroissement de température avec la profondeur; il ne suit pas une marche uniforme, ce qui semble résulter de ce que la nature du terrain que traverse le câble n'est pas partout la même. On a, en prenant la moyenne, un accroissement de 0°, 27a par 5 mètres; mais si l'on ne prend l'accroissement moyen qu'à partir de 16 mètres où a lieu l'anomalie, l'accroissement est seulement de 0°, 1 02 par 5 mètres, soit 0'', 6 1 2 par 3o mètres, au lieu de 1 degré que l'on est convenu d'admettre, quelle que soit la nature du terrain. » A I mètre, la température moyenne étant de 10°, 480 et celle à 36 mètres de 12°, 436, on a donc une différence de i'',956 entre les températures des deux stations. Indépendamment de cet accroissement de température, on a trouvé à chacune des stations des variations mensuelles, tantôt régulières, tantôt irréguhères, que nous allons indiquer : a4.. ( «88 ) a A 36 mètres, la variation est de o^iOg^ et sa marche irréguliere. » A 3i mètres, la variation est également irrégulière, et son étendue est de o",o87. » A 26 mètres, la variation est régulière et égale o°,62i; les maxima et les minima ont lieu aux mêmes époques que dans l'air. » A 21 mètres, la variation a été de o'',i58, sans qu'on ait observé aucune régularité dans les époques des maxima et des minima. » A 16 mètres, la variation a été de o°,494; les maxima et les minima ont eu lieu aux mêmes époques que dans l'air. M A 1 1 mètres, la variation a été de 0°, 899; les maxima et les minima se sont montrés à des époques inverses de celles dans l'air. » A 6 mètres, variation 2°, 253; inversion dans les époques des maxima et des minima. » A I mètre, variation 10°, 702; époques des maxima et des minima, a peu près comme dans l'air. )) D'où peut donc provenir un tel état de choses? Les époques des maxima et des minima ayant lieu à 26 mètres et à 16 mètres comme dans l'air, à des profondeurs telles où la température de l'air ne peut exercer aucune influence, vu la mauvaise conductibilité des terrains, il faut donc admettre que cette influence est due aux infiltrations provenant des cours d'eau venus des régions supérieures et qui mettent en relation calorifique l'air avec les couches terrestres. M On voit donc que depuis i jusqu'à 36 mètres au-dessous du sol il n'y a aucun point où la température soit réellement constante. )> Nous ferons remarquer que M. Arago a reconnu, avec un ther- momètre construit par M. Gay-Lussac, que la température des caves de l'Observatoire à 28 mètres de profondeur était de u", 70G en 1817, au moment où l'on venait de placer l'instrument et alors que le déplacement du zéro n'avait pas encore eu lieu.- A cette même profondeur, nous avons trouvé 12", 321 ; différence en plus avec la précédente, o^.GiS. » Les observations de température dans l'air ont donné les moyennes suivantes pour 1861, 1862, i863et 1864: o A i'",33 , 10,542 A lô", 2 10,975. A 21 mètres, au sommet d'un marronnier. . . 11 ,556 » On trouve dans ces moyennes une nouvelle preuve que la tempéra- ( '89) ture moyenne va en augmentant en s'élevant au-dessus du sol, jusqu'à 21 mètres au moins. » Il y a donc pour ainsi dire, dans chaque lieu, deux températures moyennes : l'une réelle qui est indépendante du rayonnement terrestre, l'autre qui en est dépendante et que l'on peut appeler cliinatériqiie, parer qu'elle sert à caractériser le climat sous le rapport de la température. » La première, qui est dépendante de la latitude, s'obtient en plaçant les appareils à une hauteur où ils sont à l'abri du rayonnement terrestre; la seconde, en observant, comme on le fait ordinairement au nord, à i",3?) au-dessus du sol. Mais quand le sol n'est pas partout le même, il faut observer sur différents points et prendre la moyenne. » En comparant ensemble les températures moyennes déduites des tem- pératures maxima et minima faites à l'Observatoire impérial et au Jardin des Plantes, on a pour les années 1861, 1862, i863 et 1864 : o A l'Observatoire 1 o , 949 Au Jardin des Plantes 10,879 Différence 0,070 w Les deux moyennes peuvent donc être considérées comme égales. » Dans notre précédent Mémoire [Mémoires de l' Académie des Sciences, t. XXXII, p. i5), nous avons annoncé à l'Académie que 6 heures du matin était une heure critique, attendu qu'aux quatre stations chaque jour la température était sensiblement la même, mais variable d'un jour à l'autre, ainsi que dans le cours de la joiuniée; nous en avons tiré la conséquence qu'il existait probableiTient une relation entre la température moyenne annuelle et celle de l'air à 6 heures du matin. » Or, cette égalité dans les températures observées aux quatre stations, au nord et au midi, à i™,33 au-dessus du sol, à 16™, aS et à 21 mètres, ayant lieu quelle que soit la saison, que le Soleil soit au-dessus ou au-dessous de l'horizon, il faut admettre qu'à 6 heures du matin, un peu avant, un peu après le lever du Soleil, il y a une compensation entre le rayonnement céle-ste et le rayonnement terrestre, compensation qui est assez prolongé*- pour que la présence du Soleil au-dessus ou au-dessous de l'horizon n'ait aucune influence sensible sur le phénomène. L'heure critique se trouverait donc comprise entre le moment où cesse le refroidissement dû au rayon- nement céleste et celui où commence réchauffement de l'air par l'effet du rayonnement solaire. On conçoit, d'après cela, comment il se fait que la ( '90 ) température de l'air, à 6 heures du matin, participe de la chaleur de la veille et du refroidissement de la nuit. » Pendant les années 1861, 1862, i863 et 1864, les moyennes à 6 heures du matin ont été : o A 1 ■", 33 au-dessus du sol 7 > 72 A 1"°, 33, au midi 7 ,82 A iG^.aS 7)72 A 21 mètres 7 162 » L;i différence maximum ne dépasse pas o", i. La moyenne aux quatre stations est do 7°,7i5 : si ou la compare à la température moyenne diurne, qui est de io°,54o, on en déduit le rapport i,36i, qui est le coefficient à l'aide duquel on peut calculer la moyenne du jour, quand on connaît celle à 6 heures du matin. On trouve alors, pour les trois premières années, des nombres qui ne diffèrent en plus ou en moins des moyennes réelles que de o*^, i à 0°, 2; si le coefficient avait été calculé avec les moyennes de 6 heures du matin, obtenues pendant lui plus grand nombre d'années, on aurait eu une plus grande approximation. n Nous appelons l'attention des météorologistes sur les observations de 6 heures du matin considérées comme un moment critique. » Les faits que l'on vient de rapporter et les conséquences qui s'en dé- duisent montrent de quelle utilité peuvent être les thermomètres électriques pour l'étude du mouvement de la chaleur dans la croûte terrestre, et celle des variations de température dans l'air à des hauteurs où les thermomètres ordinaires ne peuvent être établis de manière à pouvoir en faire facilement la lecture. 1) Eu terminant, nous exprimons de nouveau le désir qu'un nouveau son- dage soit fait au Jardin des Plantes jusqu'à 200 mètres au moins de profon- deur, afin de montrer par un spécimen comment, à l'aide de cette méthode, on pourrait déterminer i-igoureusement les irrégularités qui ont lieu dans la répartition de la chaleur terrestre provenant de causes géologiques ou autres, e,n y plaçant d'une manière stable des appareils thermo-électriques, dont les fils métalliques, suffisamment garantis, ne puissent éprouver aucune altération de la part des eaux ; on pourrait vérifier ainsi à diverses époques plus ou moins éloignées si la température, à la surface du sol et à diverses profondeurs, éprouve avec le temps des changements qui modifient les climats. » ( '9' ) MÉCANIQUE CÉLESTE. — Recherches supplémentaires sur les inégalités de la longitude de la Lune dues à l'action perturbatrice du Soleil; par M. Delauxay. « Dans la détermination analytique des inégalités d'un astre dues aux actions perturbatrices auxquelles cet astre est soumis, on s'efforce toujours de pousser l'approximation assez loin pour que les valeurs numériques qui en résultent pour ces inégalités aient toute la précision nécessaire aux com- |>araisous que l'on doit faire ensuite de la théorie avec les observations. Mais en ce qui concerne les inégalités de la longitude de la Lune, malgré les travaux considérables entrepris et exécutés par divers savants, on n'est pas encore parvenu à atteindre complètement ce but. La grandeur de l'action perturbatrice du Soleil fait que les séries par lesquelles les coefficients des diverses inégalités lunaires sont représentés n'offrent, en général, qu'une faible convergence ; et bien que, pour les plus importantes de ces inégalités, on ait déterminé analytiquement un assez grand nombre de termes des séries dont nous venons de parler, on reconnaît, en calculant les valeurs numé- riques de ces termes, que, parmi ceux qui les suivent immédiatement et que l'on n'a pas déterminés, il doit y en avoir quelques-uns dont la valeur ne soit pas négligeable. Pour tenir compte autant que possible de ces termes que l'on ne connaît pas et dont on soupçonne la légère importance, sans entreprendre les calculs considérables qui pourraient en faire connaître la vraie valeur, on a recours à un procédé très-simple qui a le défaut d'altérer le caractère d'exactitude des recherches théoriques qu'il est destiné à com- pléter. Voici en quoi il consiste. Dans chaque série représentant le coeffi- cient d'une inégalité, on range les divers termes que l'on a déterminés, d'après l'ordre analytique de chacun d'eux, en commençant par ceux de l'ordre le moins élevé, qui seront par exemple de l'ordre n; on a ainsi un groupe de termes de l'ordre n, puis un groupe de termes de l'ordre ?* + i, ensuite un groupe de termes de l'ordre n -{- 2, etc. En calculant la valent numérique de chacun de ces groupes, on obtient une suite de nombres dont les derniers an moins vont en décroissant; on suppose alors que le dé- croissement observé dans ces nombres se prolonge au delà du point où l'on s'est arrêté dans la détermination des termes de la série, et, en se fondant sur cette hypothèse, on assigne par induction une certaine valeur à l'ensemble des termes que l'on n'a pas calculés (i). (i) Voir le grand ouvrage de Plana intitulé ; Théorie du mouvement de la Lune, t. I, p. 6o5. ( '9^ ) » C'est en grande partie pour faire disparaître ce complément par induc- tion que je me suis décidé à reprendre complètement la théorie de la Lune en poussant les approximations assez loin pour que les diverses inégalités soient déterminées entièrement et exclusivement par le calcul rigoureux de tous ceux de leurs termes qui ne sont pas négligeaMes. Dans le grand tra- vail dont j'ai annoncé le complet achèvement en mai i858, et dont l'im- pression touche à sa fin, je me suis proposé de déterininer toutes les inéga- lités lunaires dues à l'action perturbatrice du Soleil jusqu'aux qu.nntités du septième ordre inclusivement, me réservant de pousser ultérieurement l'ap- proximation plus loin encore, partout oiijen reconnaîtrais la nécessité. {Théorie du mouvement de la Lune, préface, p. xxvi.) » Je me suis occupé activement, dans ces derniers temps, d'effectuer les recherches supplémentaires dont j'avais pressenti la nécessité, et je viens aujourd'hui en rendre compte à l'Académie. En réduisant en nombres les résultats de mon premier travail, j'ai reconnu que, en ce qui concerne la longitude de la Lune, l'approximation à laquelle je me suis arrêté n'est pas suffisante pour certaines inégalités, pour lesquelles il est nécessaire de cal- culer encore les quantités du huitième ordre et même celles du neuvième. J'ai donc entrepris d'ajouter ces deux nouveaux ordres à ceux que j'avais déjà déterminés, mais seulement dans les parties de la longitude où cela pouvait être de quelque utilité. J'ai remarqué d'abord que cette nouvelle approximation n'était nécessaire que pour les termes qui sont indépendants (le l'inclinaison de l'orbite de la Lune, et qui contiennent au plus la pre- mière puissance de l'excentricité de l'orbite de la Terre. En me conformant à cette restriction, j'ai repris successivement les diverses opérations dont l'ensemble constitue la méthode que j'ai adoptée pour intégrer les équations différentielles du mouvement de la Lune; et, dans chacune d'elles, j'ai poussé l'approximation de manière à obtenir tous les termes, jusqu'au neu- vième ordre inclusivement, dans les inégalités de la longitude de la Lune. En outre, après avoir ainsi complété les formidcs fournies par ces différentes opérations, j'ai arrêté, pour chacune des inégalités de la longitude de la jjune, le cadre des divers calculs de détail à effectuer pour obtenir les termes des huitième et neuvième ordres qui entrent dans le coefficient de cette inégalité. Je suis donc en mesure maintenant d'effectuer directement et en peu de temps, pour telle inégalité que je voudrai, la nouvelle approximation que j'avais en vue, ce qui me permettra d'obtenir iï7;j5 induction les valeurs numériques de toutes les inégalités lunaires dues à l'action perturbatrice du Soleil. ( '93 ) » Dans la théorie de la Lmie, les déterminations les plus simples en ap- parence exigent des calculs immenses et un temps considérable, et cela est vrai surtout des recherches supplémentaires qui ont pour objet de pousser les approximations au delà du terme déjà éloigné où l'on s'était arrêté une première (ois. Aussi, bien que j'aie mis de côté tous les termes dépendant de l'inclinaison de l'orbite de la Lune ou d'une puissance de l'excentricité de l'orbite de la Terre supérieure à la première, les calculs que j'avais à effectuer pour pousser l'approximation jusqu'aux quantités du neuvième ordre sont-ils extrêmement longs : il ne m'a pa* fallu moins de dix-huit mois d'un travail assidu pour faire tous les calculs préparatoires dont je viens de parler. » Il s'est déjà écoulé plus de quatre ans depuis que le premier volume de ma Théorie du mouvement de la Lune a été publié. Quoique mon manu- scrit fût prêt depuis longtemps, on n'a pu entreprendre l'impression du se- cond volume que dans le courant de l'année 1864. Ce long retard, que j'ai beaucoup regretté, aura du moins son bon côté: il me permettra de publier le résultat de mes nouvelles recherches sur la longitude de la Lune immé- diatement après les formules que j'avais d'abord obtenues et où je m'étais arrêté aux quantités du septième ordre. » STATlSTU^UE. — Aperçu sur l' instruetion publique au Chili; par M. Gay. « J'ai l'honneur de présentera l'Académie, et de la part du gouvernement chilien, un très-grand nombre de livres publiés dans ce pays, et tous rela- tifs à son histoire, sa géographie, sa statistique et à toutes les sciences phy- siques et naturelles en général. Je profiterai de cette occasion pour donner à l'Académie un léger aperçu sur l'étaî prospère de cette République, du moins pour ce qui a rapport à l'instruction publique. » Lorsqu'en 1829 j'arrivai pour la première fois au Chili, ce pays se res- sentait encore des fortes secousses qu'il venait d'éprouver par suite des guerres de l'indépendance. L'instruction publique y était très-arriérée, l'industrie à peu près nulle, et les presses, nouvellement introduites, n'étaient guère occupées qu'à unprimer des journaux dont le seul but était de sou- tenir un parti ou de le combattre. » Sans doute les hommes de talent n'y faisaient pas défaut; mais, vu le grand changement qui venait de s'opérer dans toutes les branches de la législation et de l'ordre social, leur intelligence était absorbée par des de- C. R., iS65, 1" Semestre. (T. LX, N» S.) 3 5 ( '94) voirs plus pressants et |)liis impérieux. Au lieu de viser au luxe de la civili- sation que le temps et la tranquillité pouvaient seuls leur fiire espérer, ils s occupèrent à rétablir le pouvoir politique fortement ébranlé, et à consti- tuer une nouvelle société, qui, d'espagnole qu'elle était, allait devenir tout à fait américaine. <• Ce fut donc à ces travaux de reconstitution que les bommes de talent se vouèrent, et tous y toucbèrent avec cet esprit d'activité et d'application que cet état d'interrègne exigeait. Car babitués à un système colonial et nul- lement initiés, et encore moins préparés, au mécanisme compliqué d'un gouvernement libre et indépendant, ils ne s'y livraient que par des essais et à tâtons, route toujours vicieuse et qui ne pouvait eu aucune manière convenir à l'impatience d'un peuple violemment agité. Heureusement et grâce à leur bon sens, ils surent vaincre et aplanir cette roule, et arrivèrent à cet état de prospérité relativement bien supérieur à celui des autres répu- bliques, tourmentées encore par tant d'éléments d'anarchie. » Mais au milieu de tons ces pressants travaux les hommes d'État n ou- bliaient point l'instruction jiublique, qu'ils regardaient avec raison conune la base d'un avenir de progrès. Déjà sous le gouvernement du général Pinto, les établissements reçurent quelques améliorations; celles-ci furent bien plus grandes encore sous celui plus tranquille du général Prieto, mais ce ne fut que sous le gouvernement du général Bulnes, et grâce à l'inspira- tion intelligente d'un de ses ministres, don Manuel Montl, que ces éta- blissements prirent ce merveilleux développement qui les mit aussitôt au rang de nos grands collèges publics. Dès ce moment, toute la pensée minis- térielle fut, en effet, dirigée vers ce but. Les collèges furent mieux orga- nisés, et chaque province posséda bientôt le sien, dirigé par des professeurs instruits sortis du grand collège de Santiago. On midtiplia considéra- blement aussi les écoles primaires, et pour donner à leur enseignement une marche tout à la fois éclairée et régulière on institua, même avant les États-Unis, une École normale d'abord pour hommes et puis pour femmes, qui devinrent une pépinière de personnes habiles, capables de porter dans les écoles provinciales une direction et un esprit de méthode jusqu'alors peu connus. Aujourd'hui on compte gSS de ces écoles, coûtant en moyenne 25oo francs chaque, et le nombre, d'après la dernière loi, doit s'élever à 1670. Elles sont sous la surveillance d'inspecteurs spéciaux, et un inspecteur général est chargé de passer chaque mois au gouvernement un état de leurs progrès ou de leur insuffisance. Ces Rap- ports sont publiés dans le Monilor de. lus Escuclas, revue mensuelle entière- (' igS ) ment destinée à l'avancement et à la pédagogie de l'instruction primaire. » Malhenreusement, l'état social du Chili ne permet guère à ces écoles d'être fréquentées avec ce même dévouement que met le gouvernement à les protéger. Les habitants pauvres des provinces vivent eu général dans de vastes campagnes où les entants ne peuvent facilement se réunir dans un centre commun. Les grands propriétaires s'efforcent bien d'ouvrir quelques- unes de ces écoles à leurs frais; mais leurs fermes sont tellement grandes et les jeunes gens tellement dispersés, que beaucoup d'entre eux ne peuvent profiter de ce bienfait, malgré l'empressement généreux de ces propriétaires et la bonne volonté des parents. Cependant le nombre des élevés qui fré- quentent ces écoles s'élève aujourd'hui à 47 7 '7» et avec les nouvelles que l'on ouvre tous les jours les dépenses atteindront bientôt à 5 millions de trancs. Ces chiffres sont déjà de quelque importance pour un pays naguère si délaissé et qui compte à peine 1700000 âmes et un budget de 37 millions de francs. D'après la dernière statistique, le Chili, comptait pour les hommes i individu siu' 4'55 qui sût lire et i sur 5, 90 qui sût écrire; pour les femmes c'était i sur 8,a) a" Le chlorure de baryum acidulé par l'acide chlorhydrique ne donnait aucun trouble dans la solution de crème de tartre pure. Au contraire^ l'ad- dition de ce réactif dans le liquide filtré y a déterminé la formation d'iui abondant précipité de sulfate de baryte. Le poids de ce précipité, après la- vage et calcination, a été de iS'',22g, correspondant ainsi à o^,520 d'acide sulfurique mouohydraté, SO*HO. Or, il est à remarquer que cette quantité d'acide sulfurique est précisément celle qui existait dans la totalité du sul- fate de chaux mis en expérience. Ainsi, après l'action du sulfate de chaux, (i) Cette solution avait été préparée avec la soude raustique. Elle était tellement faite, que 200 divisions 011 dixièmes de centimètre cube correspondaient exactementà o^'', i55 SO^HO. ( 203 ) tout l'acide suif inique entrant dans /« composition de ce sel était passé dans te liquide, et le dépôt n'en devait renfermer aucune trace. » Examen du dépôt. — Le poids du dépôt, après dessiccation complète à + loo degrés, était, ainsi que nous l'avons dit, de oS'",c)g'y. » i" Une portion de ce dépôt a été traitée, à l'ébullition, par du carbo- nate de potasse bien pur et bien exempt de sulfale. La solution, sursaturée par l'acide chlorhydrique, n'a donné aucun trouble par le chlorure de ba- ryum. Le dépôt ne renfermait donc pas d'acide sutfurique. » 2° Une autre portion a été affectée au dosage de la chaux ou plutôt à la détermination de l'état de combinaison dans lequel elle se trouvait. La calcinatiou en vase clos montrait clairement qu'elle était à l'état de tartrate; mais il restait à savoir en quelles proportions l'acide tartrique et la chaux s'y trouvaient combinés. » On admet deux tartrates de chaux : le tartrate neutre qui a pour for- mule C^H^O'" 2 CaO, 8 HO, et qui renferme 2 ! ,5 pour 100 de chaux, et le tar- trate acide qui a pour formule C'H*0'°CaO, HO, et qui ne renferme que 16,5 pour 100 de chaux. ■) Or, en calcinant au rouge blanc le dépôt obtenu dans l'opération pré- cédente, nous avons obtenu un résidu pesant o^'',2i2 que nous avons re- coniui pour de ta chaux caustique, CaO. Ces 212 milligrammes de résidu, transformés en sulfate par l'addition de l'acide sulfurique, ont absorbé la quantité de cet acide indiquée par la théorie, et ont fourni, après une seconde calcinatiou, oS%5i6 de sulfate de chaux anhydre, SO'CaO, L'hypothèse d'un tartrate neutre eût exigé 0,214 pour le poids de chaux laissé par la calcinatiou du résidu, et oS'^,519 pour le poids du sulfate après l'action de l'acide sulfurique. Ces nombres théoriques sont assez rapprochés de ceux qu'a fournis l'expérience pour permettre de conclure que le dépôt est réelle- ment et uniquement constitué par du tartrate neutre de chaux. C'est, d'ailleurs la conclusion à laquelle on se trouvait déjà amené par l'examen du liquiiK' filtré. Car la capacité de saturation de ce liquide s'étant maintenue la même après la réaction, et l'expérience ayant montré que tout l'acide sulfurique du sulfate de chaux existait dans la liqueur, il fallait bien que la chaux eut pris en combinaison une quantité d'acide tartrique équivalente à celle de l'acide sulfurique qu'elle avait perdue. >' Il est à remarquer, toutefois, que la chaux existant dans le dépôt est loin de représenter toute celle qui avait été introduite dans l'expérience à l'état de sulfate. Le calcul indique qu'elle en représente un peu moins des trois quarts; et en effet l'essai de la liqueur par l'oxalate d'ammoniaque 26.. ( 204 ) lions a permis d'y retrouver la quantité de chaux complémentaire, c'est-à- dire qS"', 084. Tout porte à croire qu'elle s'y trouve elle-même à l'état de lartrate neutre; car, en faisant évaporer une certaine quantité de liquide, calcinant le résidu de l'évaporation, et reprenant ce résidu par l'eau distillée, on obtient une véritable eau de cliaux, une solution de cliaux caustique ayant la propriété d'absorber l'acide carbonique de l'air, et de se recouvrir d'iuie crème de carbonate de chaux. Ce tartrate se trouverait alors maintenu on dissolution par l'acidité du liquide. » En |)ortant maintenant notre attention stn- les données de l'expérience, nous reconnaissons facilement que, puisque les deux sels ont été pris dans le rapport de leurs équivalents, la chaux n'a pu prendre, pour passer à l'état de tartrate neutre, que la moitié de l'acide tartrique existant dans la crème de tartre. Quant à l'acide sulfurique que celte chaux a abandonné, si l'expé- rience montre qu'il se retrouve tout entier dans le liquide filtré, elle ne dit rien de l'état de liberté ou de combinaison sous lequel il y existe. En dehors du tartrate neutre de chaux que la réaction produit d'une manière incon- testable, il n'y a et ne peut y avoir dans la dissolution que i équivalent de potasse, t équivalent d'acide sulfurique et i équivalent d'acide tartrique. Comment ces trois éléments s'y trouvent-ils combinés? » Pour nous éclairer sur ce point, nous avons répété l'opération précé- dente, la décomposition de la crème de tartre par le sulfate de chaux; et, après avoir séparé par le filtre le tartrate neutre de chaux provenant de la réaction, nous avons concentré la liqueur jusqu'à ce qu'elle fût réduite au poids de i5 grammes. Nous l'avons traitée alors par l'alcool absolu, de ma- nière à compléter i5o centimètres cubes de mélange. L'addition de l'alcool a donné lieu à un dépôt salin très-abondant. Nous avons recueilli séparé- ment le liquide et le dépôt, et chacun d'eux a été l'objet d'un examen par- ticulier. » Nous avons reconnu d'abord que l'un et l'autre étaient acides; et, en éva- luant le titre de chacun à l'aide de la liqueur normale alcaline, nous avons vu que l'acidité primitive de la crème de tartre se trouvait représentée par .oç) centièmes dans le dépôt, et par /|i centièmes dans le liquide. » Le liquide alcoolique, évaporé à une très-douce chaleur dans une petite capside de platine, a laissé un résidu coloré, de consistance huileuse, ren- fermant l'acide tartiique, dont une portion a pu être retirée à l'état de cristaux. » L'eau mère, séparée de ces cristaux, présentait tous les caractères de l'acide sulfurique: concentrée, elle était éminemment caustique, carbonisait ( 205 ) le papier, s'échauffait au contact de l'eau, répandixit vers 3oo degrés des fumées blanches très-épaisses et très-acides, donnait enfin, par le chlorure de baryum, un précipité de sulfate de baryte, complètement insoluble dans l'acide nitrique. » Le liquide alcoolique renfermait donc tout à la fois de l'acide snlfu- riqne et de l'acide tartrique, et, comme il ne laissait aucune trace de résidu par la calcination, on doit admettre que ces deux acides s'y trouvaient à l'état libre. » Quant au dépôt, l'alcool ayant éliminé tout ce qu'il pouvait renfermer d'acide libre, on ne pouvait attribuer l'acidité qu'il conservait encore qu'à des sels acides, tels que le bitartrate et le bisulflite de potasse. C'est ce qu'un examen plus approfondi nous a permis de vérifier. Du reste, l'exis- tence du bisulfate de potasse dans ce dépôt n'a rien qui doive surprendre. On admet, il est vrai, que le bisulfate de potasse, au contact de l'alcool, se dédouble en acide sulfurique et en sulfate neutre de potasse; mais, dans les conditions où nous avons opéré, la séparation n'est jamais complète.* Pour nous en convaincre, nous avons pris i équivalent de bisulfate de po- tasse dont nous avons vérifié le titre acide; et, après avoir concentré sa disso- lution au degré de l'opération précédente, nous l'avons traitée par une égaie quantité du même alcool. Dans ces conditions, la solution alcoolique ne nous a représenté que deux tiers d'équivalent d'acide sulfurique, l'autre tiers étant resté dans le dépôt à l'état de bisulfate. » L'opération dont nous venons de rapporter le détail et qui consiste à traiter [)ar l'alcool le résidu de la concentration du liquide au sein duquel s'est opérée la réaction du sulfate de chaux et de la crème de tartre, a été répétée un grand nombre de fois ; et bien que nous ayons observé quelques différences dans les nombres obtenus, le résultat général a toujours été le même : toujours la solution alcoolique a renfermé un mélange d'acide sulfurique et d'acide tartrique; toujours nous avons trouvé dans le dépôt du bitartrate et du bisulfate de potasse. » En ajoutant l'acide sulfurique éliminé par l'alcool à celui qui, dans le dépôt, se trouvait en excès par rapport au sulfate neutre, nous avons pu reconnaître que la proportion en était variable selon les circonstances de l'opération; mais jamais cette proportion n'est allée jusqu'à excéder les 5o centièmes de l'acide sulfurique abandonné par la chaux. Ce résultat pou- vait être prévu : dans une dissolution qui renferme i équivalent de potasse, I équivalent d'acide sulfurique et i équivalent d'acide tartrique correspon- ( 206 ) (lant a ^ équivalent de bitartrate et ^ équivalent de bisulfate de potasse, il était naturel de supposer que l'alcool ne pouvait séparer plus de | équivalent d'acide sulfurique, l'autre -k équivalent restant nécessairement combiné à la potasse sous forme de sulfate neutre. » Une question se présente naturellement à l'esprit quand on réfléchit au résultat général que nous venons d'exposer et au procédé que nous avons suivi pour l'obtenir. L'acide sulfurique, que l'alcool a éliminé du mélange préalablement concentré, existait-il réellement à l'étal de liberté dans la liqueur primitive, ou a-t-il été mis à nu par le fait même des opéra- tions pratiquées sur cette liqueur? » Nous avons admis que l'acide sulfurique obtenu provenait de la décom- position du bisulfate de potasse par l'alcool, et que, par conséquent, l'acide sulfurique existait réellement dans la dissolution primitive à l'état de bisul- fate de potasse, et l'acide tartriqiie à l'état de bitartrate. Cette supposition est celle que nous regardons comme la plus probable. » Mais on pourrait, à la rigueur, supposer que, dans l'état de dilution où se trouvent les liqueurs primitives, l'acide sulfiuique y existe à l'état de sulfate neutre de potasse en présence alors île i équivalent d'acide tar- trique libre, et que c'est par l'effet de la concentration que l'acide tar- trique, réagissant sur le sulfate neutre, produit du bisulfate de potasse, et, par suite, de l'acide sulfurique par l'action ultérieure de l'alcool sur ce der- nier sel. » Pour savoir jusqu'à quel point l'expérience pouvait confirmer cette supposition, nous avons fait un mélange de i équivalent de sulfate neutre de i)otasse et de i équivalent d'acide tartrique dans l'état de dilution où ils étaient supposés exister dans la liqueur primitive, et nous avons traité direc- tement ce mélange par 4 volumes d'alcool à 90 degrés centésimaux. Au bout de quelque temps, nous avons vu se former un dépôt que nous avons reconnu pour de la crème de tartre. Or, la crème de tartre n'a pu se produire et se déposer sans qu'il se soit formé une quantité correspondante de bisulfate. » Ce dernier sel peut donc prendre naissance en dehors de toute influence de la chaleur ou de la concentration, et, par suite, céder de l'acide sulfu- rique à l'alcool rectifié, lors même que ses éléments auraient été introduits dans le liquide primitif à l'état de sulfate neutre en présence de l'acide tar- trique. Il est bien certain, toutefois, que l'arrangement que nous supposons, consistant à admettre que les éléments, acide sulfurique, potasse et acide !, 207 ) tartrique, sont groupés de manière à former du bisulfate et du bitarfrale de potasse, peut, comme cela a lieu dans tous les mélanges salins, être modifié suivant les conditions de température et de dilution. » Il est probable, en effet, que, sous rinfluence de la chaleur on d'une forte concentration, l'acide sulfurique du bisulfate peut éluniner une quan- tité variable d'acide tartrique, et que telle est l'origine de celui que nous avons obtenu dans nos expériences. . « On sait, d'ailleurs, qu'en poussant à sa dernière limite cette réaction des deux sels l'un sur l'autre, en chauffant, par exemple, un mélange à équiva- lents égaux de bisulfate et de bitartrate de potasse, on obtient, par la calci- nation, 2 équivalents de sulfate neutre. Limite de faction chimique qui s'exerce entre la crème de tartre et le sulfate de chaux. » Dans les expériences dont nous avons jusqu'ici rapporté les détails, le bitartrate de potasse et le sulfate de chaux ont toujours été pris dans le rapport de leurs équivalents; mais rien ne prouve que ce soit là le terme exact de l'action chimique qui s'établit entre les deux sels. Il était impor- tant de savoir ce qui arriverait en augmentant la proportion de sulfate de chaux. » Après avoir préparé dix solutions contenant chacune 2 grammes de crème de tartre pour 5o centimètres cubes d'alcool et 45o centimètres cubes d'eau, nous avons introduit dans ces solutions des quantités de sulfate de chaux successivement croissantes depuis oS'^,915, correspondant à"i équiva- lent de ce sel, jusqu'à 3^% 660, correspondant à 4 équivalents. Comme dans les opérations rapportées plus haut, nous avons prolongé le contact pendant vingt-quatre heures, en agitant fréquemment; et, au bout de ce temps, nous avons filtré pour séparer les liquides de leurs dépôts. » Nous avons pu remarquer d'abord que tous les liquides avaient la même capacité de saturation vis-à-vis de la liqueur normale alcaline, et que le nombre de divisions employées était précisément le même que celui qu'avait exigé la solution de crème de tartre avant l'addition du sulfate de chaux. La conséquence qu'il faut tirer de cette première observation est que le dépôt resté sur les filtres se trouve, dans tous les cas, constitué par un sel neutre, et que les quantités d'acide tartrique entraînées dans ces dépôts à l'état de tartrate neutre de chaux doivent être remplacées, dans la liqueur, par des quantités rigoureusement équivalentes d'acide sulfurique provenant du sulfate employé. Les opérations de dosage que nous allons rapporter, ( 208 ) en même temps qu'elles vérifient cette double conclusion, vont nous éclairer sur la véritable limite de l'action chimique. » 1° Dosage de f acide sulfurique dans les tiijucui s filtrées. — Ce dosage a été effectué en traitant a5o centimètres cubes de chacune de ces liqueurs par un excès de chlorure de baryum acidulé par l'acide chlorhydrique. Le précipité de sulfate de baryte a été recueilli avec soin, lavé et séché. La proportion d'acide sulfurique a été déduite de la composition bien connue do ce sel, et rapportée ensuite aux 5oo centimètres cubes de liquide sur lesquels avait porté chaque opération. Le tableau suivant met en regard les quantités d acide sulfurique SO'HO contenues dans le sulfate de chaux employé, et celles que le dosage a fournies pour chacun des liquides en par- tiniiier : Équivalents SO'HO SO'HO de introduit à l'éiat de trouvé sulfate de chaux. sulfate de chaux. dans les liquides. i équivalent o,52i o,520 1 \ équivalent o,65i o,645 I I équivalent 0,694 0,700 1 y équivalent o ,781 0,^65 1 I équivalent 0,91a 0,760 2 équivalents i ,042 0,764 2 i- équivalents i,3o2 0,768 3 équivalents i,563 0,763 3 ~ équivalents i ,823 0,762 4 équivalents 2,084 0,765 » On voit, par ce tableau, que la proportion d'acide sulfurique trouvée dans les liqueurs augmente progressivement, tant que la quantité de sulfate de chaux mise en expérience n'atteint jjas 1 | équivalent pour un seul équi- valent de crème de tartre. On voit de plus qu'à partir de ce terme cette proportion d'acide sulfinique devient sensiblement constante, quelle que soit, d'ailleurs, la quantité de sel calcaire que l'on fasse intervenir dans l'opération. » 2" Dosage de la chaux dans les liqueurs fdlrêcs. — Ce dosage a été pratiqué en traitant aSo centimètres cubes de chaque liquide par un excès d'oxalale d'ammoniaque et en ayant soin d'ajouter assez d'ammoniaque pour rendre la liqueur alcaline. Le précipité, lavé et séché, a été calciné et sulfatisé. La proportion de chaux caustique, CaO, a été déduite du poids de sulfate de chaux fourni par expérience. Voici les nombres obtenus : - ( 209 ) Équivalents CaO CaO de introduit à l'état de trouvé dans les liqueiiis sulfate de cliam. sulfate de chaux. filtrées. I équivalent 01297 0,084 I I équivalent 0,371 o , 1 87 I I équivalent o , 896 o , i44 I i équivalent. . . 0,44^ o, i54 1 I équivalent o,5ig o,i52 2 équivalents 0,594 o,i44 2 j équivalents 0,742 o, i56 3 équivalents .... 0,891 0,1 47 3 -j- équivalents i ,o3g o, i47 4 équivalents i,i88 0,1 53 » Ici encore, la proportion tie chaux trouvée à l'état de ilissolutioii d;iiis les liqueurs augmente progressivement, tant que la quantité de snlfjtte de chaux employé n'excède pas 1 ^ équivalent. A partir de ce terme, elle de- vient sensiblement constante. » Il semble donc, d'après ces deux séries de résultats, que l'action chi- mique dont nous cherchons à connaître les limites s'établisse cuire i équi- valent de crème de tartre et i | équivalent de sulfate de chaux. Mais il est une circonstance dont il faut tenir compte dans l'appréciation de ces nombres et dans la conséquence qu'on peut en déduire, c'est la solubilité propre du sulfate de chaux. L'expérience nous a tuontréque, même dans l'eau con- tenant jjj de son volume d'alcool, cette solubilité était encore as.^ez sensible pour ne pouvoir être négligée. » Nous avons pris o^',9i5 de sulfate de chaux (quantité qui, dans les expériences précédentes, correspondait à i équivalent de ce sel), et nous les avons délayés dans 5oo cenlimètres cubes d'eau alcoolisée à -p^. Après vingt-quatre heures de contact et d'agitation, nous avons fdtré, puis nous avons soumis à l'évaporation le liquide limpide provenant de cette filtration. Le poids du résidu séché à 100 degrés s'est élevé à 0,408. ^) Telle est donc la quantité de sulfate de chaux qui, dans les opérations précédentes, a pu se dissoudre directement et en dehors de toute réaction chimique. On voit qu'elle approche beaucoup du chiffre qui représente ^ équivalent de ce sel. " D'après cela, on se trouve porté à conclure que la véritable limite de la réaction entre la crème de tartre et le sidfate de chaux est celle qui cor- respond à des équivalents égaux de ces deux sels. Nous avons cherché à vérifier celte conclusion par l'examen comparé des dix dépôts. C. R., iSeS, i" Semestre. (T. LX, K" 3.) 27 ( 210 ) » 3° Poids comparé des dix dépôts. Proportion de lartrate neutre de citati.x rjui sy trouve contenu. — I^es dépôts obtenus après la réaction du sulfate de chaux stu' la crème de tartre ont été recueillis avec soin et sèches complète- ment à la température de loo degrés. Leur poids a été déterminé très-exac- tement. » Quant à la proportion du tartrate neutre de chaux, nous avons suivi, pour la déterminer, le procédé déjà indiqué au commencement de ce Mé- moire. Nous ajouterons que, lorsqu'on calcine un mélange de tartrate et de sulfate de chaux, le résidu contient d'autant plus de chaux caustique que la proportion de tartrate était elle-même plus considérable. Si l'on prend le poids exact de ce résidu, et si l'on note avec soin l'augmentation qu'il a subie après qu'il a été changé en sulfate, l'augmentation de poids fait con- naître la proportion de chaux caustique qui existait dans le mélange, et par suite celle du tartrate neutre auquel elle correspond. » Le tableau suivant présente en regard le poids des dix dépôts sèches a ICO degrés, et la composition comparée de chacun de ces dépôts. L'une des colonnes affectées à la composition des dépôts exprime le poids de tartrate neutre de chaux C'H* 0"'2CaO, 8H0 ; l'autre colonne représente le poids de sulfate de chaux S0'Ca0,2H0, qui s'y trouve mêlé : COMPOSITION DES DÉPÔTS. Equivalents .- -™^ '- ^ de Poids Tartrale neutre Sulfate sulfate de cbaus. des dcpdts. de chaux. de chaux. I équivalent 0,997 o>997 " I -j- équivalent OjDO*^ ''jQQ^ " I i- équivalent 0)999 0,99g " 1 5 équivalent i,ii3 > )047 0,066 i| équivalent i ,3o5 i ,o45 0,260 2 équivalents 1,535 i ,o5i 0)4^4 2^ équivalents i i955 ' io49 0,906 3 équivalents 2,394 i ,o53 i)34i 3 1 équivalents 2,83i i )044 ''7^7 4 équivalents 3,337 ' ,o47 2,290 » La comparaison de ces nombres confirme de tout point la conclusion précédemment exprimée; on voit en effet : <■ Que, jusqu'à i i équivalent du sulfate de chaux, le poids du dépôt demeure constant, et que ce dépôt est exclusivement formé de tartrate neutre de chaux, sans mélange de sulfate; » Qu'à partir de i { équivalent le poids de dépôt augmente dans une progression rapide, mais que la proportion de tartrate de chaux demeure l 2ir ) sensiblement la même, l'accroissement de poids étant entièrement dû à du sulfate de chaux qui n'a pas pris part à la réaction. » On peut donc dire, d'après cela, que, quelle que soit la quantité de sulfate de chaux que l'on mette en présence de i équivalent de crème de îartre, l'action chimique s'arrête toujours à i équivalent de ce sel, et que par conséquent l'acide sulfurique que l'on peut trouver en excès sur le sulfate neutre se trouve limité lui-même à -| équivalent. ' » Les conséquences qui se dégagent des expériences exposées plus haut sont les suivantes : « 1° Dans les conditions où nous avons opéré, c'est-à-dire en agissant au sein d'un liquide formé d'eau et d'alcool dans les proportions qui rap- pellent la composition moyenne du vin, le sulfate de chaux décompose la crème de tartre, sans que le degré d'acidité de la dissolution soit modifié, I équivalent d'acide sulfurique remplaçant i équivalent d'acide tartrique dans celle dissolution. » 2° La réaction a lieu entre i équivalent de crème de tartre et i équi- valent de sulfate de chaux. Si l'on ajoute une plus forte proportion de ce dernier sel , l'excès ne prend aucune part à la réaction : on le retrouve inal- téré, partie à l'état de solution dans le liquide, partie à l'état insoluble dans le dépôt. » 3° L'équivalent de sulfate de chaux qui prend part à la réaction est en- tièrement décomposé : toute sa chaux est changée en tartrate neutre, dont la plus grande partie se précipite; tout son acide sulfurique passe en disso- lution dans la liqueur. » 4° Après la réaction des deux sels, la liqueur renferme i équivalent de potasse, i équivalent d'acide sulfurique et i équivalent d'acide tar- trique, c'est-à-dire les éléments de ^ équivalent de crème de tartre et de ^ équivalent de bisulfate de potasse. En d'autres termes, la crème de tartre perd la moitié de son acide tartrique, remplacé par une quantité équiva- lente d'acide sulfurique. Cet acide sulfurique paraît exister dans la liqueur à l'état de bisulfate de potasse représentant \ équivalent de sulfate neutre plus \ équivalent d'acide sulfurique. » 5° Dans le plâtrage du vin, soit à la cuve, soit sur le vin lui-même, on est autorisé à penser que les ch»ses se passent d'une manière analogue entre la crème de tartre du vin et le sulfate de chaux ajouté, sous la réserve, toutefois, des modifications que peut introduire dans les résultats la pureté plus ou moins grande des matériaux employés. 27.. ( -^-I'- ) » Ainsi , avec du sulfate de chaux chargé de carbonate, comme le plâtre de Paris, on saturerait nécessairement une portion des acides libres du vin, of , en poussant le plâtrage à l'excès, ou n'atuait dans la liqueur que du sidfate neutre de potasse; mais un semblable liquide, dépourvu de toute acidité, ne saurait plus être considéré comme du vin, » Enfin, il y aurait aussi à examiner l'influence que peuvent exercer cer- tains éléments du vin lui-même, la matière colorante, les acides libres, etc. Insister davantage en ce moment serait excéder le cadre que nous nous sommes tracé, qui était d'examiner la réaction eu elle-même, dégagée de tout ce qui pourrait la compliquer dans son application pratique au plâ- trage du vin. « CHIMIE APPLIQUÉE. —Sur les lésuUats obtenus par M. Gorini d'un procédé de son invention pour la conservntion des cadavres. Extrait d'une Lettre de M. .^Satteucci. « L'Académie des Sciences de Turin a approuvé tout dernièrement un Rapport qui lui a été fait sur un travail de M. Gorini, de Lodi, Rapport rédigé, au nom d'une Con)iîiission, par le professeur de Filippi, à la suite d'expé- riences et d'études comparatives qui ont duré depuis le commencement de l'été jusqu'au mois de novembre. » Il s'agit d'un do ces procédés de conservation et momification de ca- davres. » Ce qui a particidièremenl intéressé la Commission et qui forme pour elle une véritable découverte susceptible d'une application utile à l'étude (le l'anatomie pratique, c'est la conservation des cadavres à cet usage. Je traduis uu paragraphe du Rapport de la Commission : << Les cadavres conservés par le procédé Gorini restent pendant quelques " mois avec la consistance naturelle, n'ayant d'autre odeur quc-celle qu'ils » avaient au moment de la préparation. Dans cet état ils peuvent toujours » servir pour la dissection anatomique. Après quelque temps, au lieu de se » putréfier, ils se dessèchent et se momifient; mais, même dans cet état, il » n'y a qu'à les plonger pendant quelque temps dans un bain d'eau pour les » voir reprendre !a mollesse primitive. J>es viscères, les vaisseaux sanguins, )i les muscles, les nerfs se conservent très- bien, et ou peut les isoler jusque » dans leurs dernières ramifications. Ces cadavres ainsi ramollis peuvent <> enicore se dessécher en les remettant à l'air, et après reprendre les qualités (2i3) » primitives, étant plongés de nouveau dans un bain d'eau ordinaire. Ces » alternatives, peuvent se répéter autant de fois qu'on veut sans que jamais » la putréfaction se manifeste. » MEMOIRES PRESENTES. PHYSIQUE DU GLOBE. — Mémoire sur les raies telluriques dit spectre solaire. Extrait d'une Note de M. J. Jaxssev, présentée par M. Fizeau. (Commissaires précédemment nommés : MM. Pouillet, Le Verrier, Paye, Fizeau.) « Le Mémoire que j'ai aujoiu'd'hui l'honneiu' de soumettre au jugement de l'Académie contient l'exposé et la discussion des observations faites dans un récent voyage aux Alpes. Voici le résumé des résultats obtenus : » Sur le Faulliorn (Oberland bernois, a683 mètres d'altitude), j'ai con- staté une diminution générale de tous les groupes de raies telluriques du spectre solaire, résultat qui était une conséquence de l'altitude du lieu, et qui démontre l'origine atmosphérique terrestre de ces lignes. » Au contraire, j'ai pu remarquer que les lignes d'origine solaire con- servaient leur intensité et gagnaient même en netteté. L'observation de M. Glaishair, qui, après une récente ascension aérostatique, a annoncé avoir vu IfS raies du spectre solaire diminuer de plus en plus à mesure que l'aé- rostat s.'élevait davantage, est pour moi tout à fait contrau-e à la réalité des faits. » Stu- les hautes montagnes, les raies du spectre solaire qui prennent leur origine dans notre atmosphère éprouvent, pendant le cours d'une joiu-- née, des variations d'intensité beaucoup plus marquées que dans la plaine; sur le Faulhorn, j'ai pu reconnaître ainsi l'origine tellurique de groupes importants, et pour lesquels la distinction était restée jusqu'ici douteuse. » Ces groupes, qui appartiennent à l'extrémité rouge du spectre, sont les suivants : » i'^ Une portion au moins de la raie B de Fraunhofer, celle qui est la moins rétrangible ; l'intensité de la raie qui forme l'autre portion ne permet pas de se prononcer. « 2° Les groupes qui sont situés entre B et n sont formés de raies pres- que exclusivement telluriques. M 3" Le groupe a est tellurique, c'est-à-dire que l'extrémité rouge du ( 2>4 ) speclre depuis B jusqu'à A est sillonnée de raies qui sont a peu près toutes d'origine atmos[)hénque terrestre. Là l'importance du phénomène tellurique est plus que décuple de celle du phénomèue solaire. » Je ferai remarquer ici que les cartes de M. Kirchlioff ne présentent pour toute la région de A à B aucune coïncidence entre les raies du spectre so- laire et celles des métaux étudiés par cet éminent physicien. La découverte de l'origine tellurique des groupes de cette région donne l'explication de cette circonstance, et elle y trouve une confirmation de son exactitude. >» Si nous jetons maintenant un coup d'œil sur la distribution générale des groupes telluriques dans le spectre solaire, nous voyons que ces grou- pes sont d'autant plus importants et plus nombreux que l'on considère une portion moins réfangible du spectre; c'est précisément le contraire pour les raies d'origine solaire. » Le Mémoire contient encore la relation d'une expérience faite sur le lac de Genève, entre Nyon et Genève, et dans laquelle j'ai pu constater la pro- duction des groupes telluriques dans le spectre d'une flamme qui, à petite distance, n'en présentait aucun. Cette expérience démontre directement faction d'absorption élective de notre atmosphère. » A la suite de mes premières communications sur les raies telluriques, le P. Secchi, s'occupant de mon sujet, a annoncé avoir remarqué une augmen- tation d'intensité dans les bandes telluriques les jours nébuleux, ou quand latmosphère est blanchâtre et vaporeuse, ou bien encore quand on ob- serve la Lune, voilée par l'effet des vapeurs (i). Le P. Secchi concluait de cette observation rapprochée de celle du spectre des planètes, à l'existence très-probable de la vapeur d'eau dans les atmosphères de ces astres. » J'ai fait remarquer à cette occasion que les résultats donnés par l'ana- lyse de la lumière des nuages étaient en général trop complexes pour servir à élucider une question de ce genre. '1 Lorsque l'atmosphère est légèrement voilée de nuages blancs, un point » déterminé du ciel envoie à l'œil une quantité de lumière beaucoup plus » grande que quand le ciel est pur, et cette lumière provient des réflexions » multipliées qui ont lieu sur les particules aqueuses. Dans ces conditions, » le spectre qu'on obtient est plus lumineux; en outre, il tst formé de » rayons qui ont, par le fait de leurs réflexions nombreuses, traversé de » grandes épaisseurs d'atmosphère; ces deux conditions expliquent |)aifai- (i) Comptes rendus, i3 juillet i8G3, p. ^3. ( 2.5 ) » tement la vision plus facile et plus marquée des bandes telluriques qui a » lieu alors. » Ici, la vapeur du nuage n'a servi que de réflecteur pour faire parvenir » à l'instrument des rayons qui ont traversé de grandes épaisseurs d'atmo- »> sphère ; mais on ne serait aucunement en droit d'attribuer à cette vapeur B elle-même la présence des bandes telluriques. » Il résulte donc de tout ceci que la vapeur d'eau, dans cet état physique » particulier où elle constitue les nuages et les vapeurs atmosphériques, » ne saurait être invoquée comme la cause des raies telluriques du spectre » solaire, et dès lors les conclusions que le P. Secchi en tire relativement » à la constitution de l'atmosphère des planètes ne peuvent être considérées " comme fondées (i). » )) Plus tard, dans une communication sur le spectre de Jupiter, le P. Sec- chi maintient ses premières conclusions. « A cette occasion , dit-il , j'ai constaté de nouveau l'influence des 1) brumes ou caligines sur les raies atmosphériques terrestres (2). » » Quant à moi, j'ai continué une longue suite d'observations dans les circonstances atmosphériques les plus diverses , mais en ayant soin de ne me servir que de la lumière directe du Soleil, afin de ne pas compliquer la question de ces circonstances de réflexions étrangères, difficiles à apprécier, et qui jettent une confusion regrettable dans les observations du P. Secchi. » Cet ensemble d'observations m'a démontré que la vapeur d'eau , à l'état de nuage ou de vapeur atmosphérique, ne paraît point agir (3), mais que c'est la vapeur d'eau à l'état de jhiide élaslique qui a une part impor- tante dans la production des raies telluriques du spectre solaire. » Par exemple, le 5 juillet 1864, le temps étant beau, pur et chaud, un groupe tellurique mesuré à nos échelles fut trouvé d'intensité i5, le Soleil étant à 4°3o' sur l'horizon; tandis que le 27 décembre i8fi4i pour une même hauteur du Soleil, le temps également pur, mais si sec, que le point de rosée était à 8 degrés au-dessous de zéro, le même groupe tellurique n'a- vait plus, aux mêmes échelles, qu'une intensité égale à 4- (i) Comptes rendus, i8G3, t. LVII, p. 3i5. (2) Comptes rendus, 25 juillet 1864, t. LIX, p. i84- (3) La lumière solaire ayant traversé un nuage ou un brouillard ne m'a pas donné de raies telluriques plus intenses que lorsque le ciel était pur avec un point de rosée aussi élevé, les autres circonstances étant les mêmes (le point de rosée était détermine avec l'Iiygioniètre à condensation de M. Recnault.) (..6) » Une expérience pour la vérification direcle de ce point important vient d'être faite à l'atelier central des phares du gonverneuient ; elle a donné un résultat qui s'annonce comme confirmatif ; je compte l'exécuter sur une échelle encore plus considérable, où le phénomène pourra être étudié comme il mérite de l'être. » Il y a deux années, en publiant mes premières études spectrales sur l'atmosphère de la Terre, j'ai émis la pensée que cette étude conduirait plus tard à la connaissance des atmosphères des planètes (i). Aujourd'huij j'ai la satisfaction de voir que cette prévision se réalise de plus en plus ; car, indépendanimenl des faits ra]iportés ci-tlessus, les résultats récents obtenus par MM. Huggins et Miller, qui ont vu dans les spectres des planètes des raies nouvelles, sont luie confirmation de ces idées. » PHYSIQUE APPLIQUÉE. — Recherches sur ta combustion de la houille el du coke d'ins les foyers des locomotives et des chaudières fixes. Note de M. de Commines de M.4RSILI.Y, pré-sentée pir M. Combes. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Pelouze, Combes, Regnault, Morin.) « J'ai fait un grand nombre d'analyses de gaz provenant de la combus- tion du coke et de la houille dans les foyers des locomotives el des chau- dières fixes ; j'ai déduit de ces analyses la manière dont s'opérait la com- bustion. Je considère d'abord la combustion du coke dans le foyer d'une locomotive. » Quand la machine est placée en tête d'un train qui va partir, il n'y a point d'autre tirage que celui de la cheminée ; il est faible, la combustion est incomplète ; on trouve dans les gaz de la combustion de l'acide carbo- nique, pas d'oxygène, beaucoup d'oxyde de carbone et de l'azote. Aussitôt que le train se met en marche, sous l'influence d'un fort tirage, sur loo par- ties d'oxygène qui traversent la grille, il en arrive une quantité plus grande que précédemment dans la chambre du foyer; elle est généralement suffi- sante pour brûler l'oxyde de carbone qu'il y trouve ; les gaz de la combus- tion se composent d'acide carbonique, d'oxygène et d'azote ; l'oxyde de carbone a disparu ou considérablement diminué. )) Au bout de peu de temps, la locomotive a acquis toute sa vitesse, le tirage toute son énergie ; toute la masse de coke devient incandescente, la température s'élève de plus en plus ; la zone de combustion se rétrécit comme cela a lieu dans les hauts fourneaux. Par suite, l'oxygène se combine (l) Comptes rendus, xi mars i863, t. LVI, p. 54o. ( 217 ) plus facilement avec le caibone, et l'acitle carbonique, en traversant la couche de coke, se transforme plus rapidement en oxyde de carbone. Pour loo parties d'oxygèns traversant la grille : i° la quantité d'oxyde de car- bone arrivant dans la chambre du foyer va en croissant; %" la quantité d'oxygène arrivant dans la chambre du foyer va en diminuant. Si dans les premiers moments qui suivent le départ les gaz de la condiustion renfer- ment de l'oxygène et point d'oxyde de carbone, l'oxygène ira en décroissant graduellement et disparaîtra bientôt pour faire place a l'oxyde de carbone qui va en croissant. S'il y avait de l'oxyde de carbone, la quantité n'en fera que croître. » Quand on laisse tomber la charge, il arrive un moment où, les accès d'air étant plus faciles, l'épaisseur de coke à traverser moindre, linverse de ce qui se passait précédemment se produit : pour loo parties d'oxygène traversant la grille, la quantité d'oxygène arrivant dans la chambre du foyer augmente et la quantité d'oxyde de carbone diminue. Les gaz de la combustion renferment à partir de ce moment des quantités décroissantes d'oxyde de carbone; ce gaz disparait ensuite pour faire place à l'oxygène qui va en croissante mesure que se réduit l'épaisseur de la couche de coke. 'I Ainsi, il y a deux périodes bien distinctes dans la combustion continue d'une masse de coke dont l'épaisseur à l'origine est de o'",6o à i mètre, et qui brûle jusqu'à ce qu'elle soit complètement consommée. >> Les analyses de gaz qui suivent montrent l'existence de la première période ; celle de la seconde se déduit du raisonnement. Machine Engcrtli. — T'itesse de 3o (i 4o kilomètres. GAZ RECUEILLI. POUR 100 PARTIES DE GAZ. ACIDE carbonique. OXYCÊSE. OXYDE de carbone. AZOTE. I** 6 minutes après le départ .5,34 11,76 17,70 4,76 2,94 0,00 8,00 0,00 1,90 7i),9o 85, 3o 80,40 2° Q minutes après le départ 3° lo minutes aorès le dènart » Ce n'est que quand il est au moment d'arriver au dépôt que le méca- nicien laisse tomber le feu; en marche il maintient la hauteur du coke entre de certaines limites par des chargements faits à intervalles successifs. » Un chargement augmente l'épaisseur du combustible et diminue les 0. R., iS65, 1" Semestre. (T. LX, N" Jî.) 28 ( ^i8 ) accès d'air, ce qui tend à augmenter la production d'oxyde de carbone. Mais il refroidit la masse de coke incandescente, ce qui a pour rtsultat de diminuer la production d'oxyde de carbone et d'augmenter la quantité d'oxygène qui pénètre dans la chambre du foyer. Aussi, après un charge- ment, l'oxygène apparaît-il dans les gaz de la combustion et l'oxyde de car- bone disparaît-il, ou, si ce dernier gaz persiste à l'exclusion du premier, se trouve- t-il en quantité moindre. Machine Engerth, — Vitesse de 4o iiloniètres. GAZ RECUEILLI. ACIDE carbonique. OXÏGESt. ÛXÏDE de carbone. AZOTE. 17,70 13,09 12,41 10,76 10, 3o 0,00 2,98 2,06 I ,60 0,60 1,90 0,00 0,00 0,00 0,00 80, 4" 1 83,<)3 i 85,53 85,64 89,10 26 minutes après le départ (chargement). . . 3i minutes iiurès le ilénart . . 38 minutes après le départ a.\ minutes anrés le dénart . • . . . » Les analyses suivantes mettent ces faits en relief. -> Plus la vitesse est grande, plus le tirage est actif et plus la température de la masse de coke est élevée : moindre, par suite, pour 100 parties d'oxy- gène traversant la grille, est la quantité d'oxygène pénétrant dans la chambre du foyer, et plus grande la quantité d'oxyde de carbone y arrivant. Ou doit donc trouver, toutes choses égales d'ailleurs, plus d'oxyde de carbone dans les gaz de la combustion avec les machines marchant à grande vitesse qu'avec les autres : c'est ce que montrent les analyses des gaz recueillis sur une machine Crampton marchant à une vitesse de 80 kilomètres à l'heure, et dont les dimensions du foyer sont à peu près les mêmes que celles de la machine Engerth ci-dessus; les accès d'air étaient plus grands. Machine Crampton. — Fitesse de 80 kilomètres en marche. GAZ RECCEILLI. ACIDE carbonique. OXYGKXE. OXYDE de carbone. AZOTt. 5 minutes anrès le dénart 14,10 14, 3o 12, 60 2,45 0,00 1 ,5o 5,i5 8,40 8,80 78,30 77, 3o 77,10 10 minutes après le départ ii ( 219 ) » L'impureté et la porosité chi coke sont des causes de production d'oxyde de carbone. » La combustion de la houille est beaucoup plus compliquée que celle du coke : la houille, en effet, sous l'action de la chaleur, donne deux pro- duits bien distincts, le carbone fixe et les matières volatiles. Ces deux pro- duits se forment simultanément et se combinent d'une manière distincte avec l'oxygène; il y a donc à considérer deux combustions simultanées, celle du coke et celle des produits volatils. Or la nature et la quantité du coke, comme la nature et la quantité des matières volatiles, dépendent de l'espèce de houille; il est donc de la plus haute importance de tenir conipte de l'espèce de houille que l'on brùie. " J'examine successivement la combustion de la houille dans les foyers des locomotives et dans les foyers des chaudières fixes. » Quand une locomotive avec son foyer chargé de houille est placée en tète d'un train, avant le départ le tirage est faible, sa combustion est fort incomplète. Aussitôt que le train se met en marche, le tirage devient actif, la quantité d'oxygène qui traverse la grille dans l'unité de temps augmente considérablement, et ce qui en pénètre dans la chambre du foyer suffit pour opérer la combustion complète des matières volatiles et de l'oxyde de car- bone. S'il ne suffit pas, il diminue beaucoup du moins la proportion de gaz non brûlés. C'est ce que prouvent les résultats des analyses de gaz recueillis peu de temps après le départ sur diverses machines. NATURE DE LA HOUILLE. Houille grasse Centre Belge. Houille crasse Denain. . . . TEMPS llCOULF. depuis le ilcpart. f deminute. 2 minutes. ACIDE carbo- nique. l4,20 i4,oo 0,00 2,6o CAZ des 2,8o o,oo oxyDE de car- bone. o,oo o ,oo H\DI10 - CÈNE. 2,8o O,0O bJ,00 83, 4o 1) Au bout de quelques minutes, le train a sa vitesse normale, le tirage toute son activité, la température du coke formé s'élève, la décomposition du charbon sous l'action de la chaleur marche rapidement, et le dégagement des matières volatiles devient fort abondant; puis ce dégagement se régula- rise; enfin il diminue beaucoup et consiste presque uniquement en hydro- gène, et pour une faible partie en oxyde de carbone et gaz hydrogène proto- carboné. 11 résulte de là que la coml)ustion complète des produits volatils 28.» ( 220 "> dans l'unité de temps prend des quantités d'oxygène décroissantes. D'autre ])art, la combustion du coke, ainsi que nous l'avons vu plus haut, prend une partie de plus en plus grande de l'oxygène qui traverse la grille dans l'unité de temps, et la quantité d'oxyde de carbone arrivant dans la chambre du foyer est de plus en plus grande. Il y a donc là deux phénomènes qui se combattent : l'un, la diminution progressive de produits volatils, est favorable à une combustion complète; l'autre, la combustion du coke à une température de plus en plus élevée, favorise la production d'oxyde de carbone. » J'ai établi ce qui se passe avec chaque espèce de houille. » Je me borne dans ce court résumé à montrer comment la combustion s'opère avec une houille grasse du Centre Belge se rapprochant du demi- gras (machine à marchandises Creuzot). ACIDE GAZ OXVDli GAZ RECUEILLI. carbfi- OXYCÉNE. des d.- HYDROGKNE. ,47.0TE. ni(]ue. marais. carbone. 4 minutes avant le départ. . . . I 3 , 1 1> 2,22 4,46 5 ,02 75,20 i5 secondes a])i-ès le départ. . . l4,20 » " 2,80 » 83, 00 1 q minutes après le départ . . . I 1 ,25 b I ,00 8,2,5 4,65 74,85 i6 minutes après le départ. . . . 13,70 » .,.4 4,70 0,86 79,60 20 minutes après le départ . . . 17,04 " >. 1,40 a 81, 56 23 minutes après le départ .... i5,8o " fi >. » 36 minutes après le départ. . . . i5,o8 n " 2,3o '• 82,62 )i Ce qui est remarquable, c'est que les houilles demi-grasses et que beaucotq) de houilles grasses maréchales à courte et à longue flamme bru- lent sans fumée, quoique l'oxygène de l'air ne soit pas en excès, et qu'on trouve de l'oxyde de carbone en forte proportion dans les gaz de la com- bustion. » L'oxygène se porte, de préférence à l'oxyde de carbone et même à l'hy- drogène libre, sur l'hydrogène des composés hydrogénés, et en sépare le- carbone, avec lequel il se combine sous l'influence d'une température très- élevée. Il est possible et même trè.s-probable que le carbone, au sortir de sa cond)inaison, s'il ne trouve pas d'oxygène, transforme l'acide carbo- nique (lu milieu dans lequel il se trouve en oxyde de carbone, grâce à la température élevée qui existe. ( 221 ) » Nous arrivons maintenant à la combuslion de la houille dans le foyer des chaudières fixes. Là nous trouvons un tirage beaucoup moins actif que précédemment; déplus, la couche de combustible n'a qne i5 à ao centi- mètres d'épaisseur, au lieu de 60 centimètres à i mètre. » Il en résulte que l'oxygène de l'air arrive en plus grande proportion dans la chambre du foyer et qu'il en passe une quantité notable parmi les saz de la combustion, comme le montre le tableau suivant : Mélange de houille anglaise el de Mans (Grand-Hoina]. GAZ RECUEILLI. ACIDE carbonique. OXVI.l NE. A/OTL. 10,10 10,81 4,39. 5,o5 7,56 I2,f)7 1 84,85 81 ,63 82,71 (\ niiniilps nnrès 1p cliar'^Pinont . . . . ...... 1 1 minutes après le chargement. . )) Cependant la ftuiiée est abondante. C'est que pour une combustion complète il faut trois conditions : i" de l'oxygène en quantité suffisante poiu'se combiner avec les éléments des matières volatiles et l'oxyde de car- bone; 2° un mélange intime de l'oxygène et du gaz; 3° une température, élevée. Ces deux dernières conditions sont remplies dans les foyers des lo- comotives; elles ne le sont qu'imparfaitement dans ceux des chaudières: fixes. I) J'arrive en définitive à la conclusion suivante : qu'un tirage très- actif, combiné dans certains cas avec une introduction d'air très-divisé dans la chambre du foyer, permet seul d'opérer la combustion complète sans excès d'air et sans fumée. » CHIMIE APPLIQUÉE. — Des difficuUés généralement signalées dans la fabrication du sucre den§lterave, pendant la campar/ne de i863 à i864; pnr MM. Leplay el Cuisixieu. (Extrait par les auteurs,) (Commissaires, MM. Pelouze, Payen, Peligot. ) H La fabrication du sucre de betterave présente dans certaines années, et presque chaque année dans le dernier mois de la fabrication, des diffi- cultés que l'on désigne sous le nom de cuite difficile ou impossible et de fei- //ien/rtao». Chaque fois que ces difficultés se produisent, elles entravent la ( -212 ) fabrication et contribuent à diminuer la quantité et la qualité du sucre fabriqué dans ces conditions. Pendant la campagne de i86'3 à 1864 ces dif- ticultés ont pris un caractère de gt^néralité qui no s'était pas encore produit. Ces circonstances exceptionnelles nous ont permis d'en faire une étude spéciale et complète, dans 1 usine même; d'ensuivre toutes les phases, d'en déterminer les causes, de chercher les moyens de les éviter et d'en annuler les mauvais effets. » Tout ce qui a été écrit jusqu'à présent concernant la fabrication du sucre jette peu de luii;ière sur ces questions, Les études chimiques que nous avons faites de ces deux difficidtés nous permettent de conclure que : )> 1" L'altération désignée sous le nom de fermentation est produite par- ticulièrement par la décomposition spontanée des matières azotées, qui ont échappé à tous les moyens d'épuration euiployés dans la fabrication. » -i" En faisant bouillir les jus et sirops de betteraves, pendant un temps plus ou moins prolongé, en présence des alcalis caustiques, potasse, soude et chaux, ces matières azotées sont décomposées, et il résulte de cette dé- composition : de l'ammoniaque qui se dégage, du carbonate de chaux qui se précipite, et une épuration plus complète que celle que l'on produit par les moyens ordinairement employés, tels que saturation par l'acide carbo- nique, filtration sur le noir animal en grain, qui laissent une partie de ces matières azotées en dissolution dans le sirop. » 3" Ces alcalis, potasse, soude et chaux, existent pour ainsi dire natu- rellement dans le jus déféqué, et il suffitde faire bouillir ce jus avant toute opération, pour produire cette épuration. » 4" 1-6 pli's souvent aussi la potasse et la soude n'existent pas, dans le jus de betteraves déféqué, en suffisante quantité pour |)roduire la décom- position de ces matières, et alors on augmente l'effet épurant de l'ébullitioii en ajoutant au jus une nouvelle quantité de ces alcalis. » 5" La difficulté dans la fabrication du sucre de betteraves, désignée sous le nom de difficulté ou impossibilité de cuite, n'est point due seulement, comme on le croit généralement, à la présence de la chaux libre ou du su- crate de chaux, mais il la présence de sels de chaux neutres, sur lesquels le noir animal révivifié est sans action, et sur lesquels le noir neuf n'a qu'une action tres-limitée. » 6" En décomposant ces sels neutres de chaux par un sel soluble dont 1 acide est susceptible de donner une combinaison insoluble avec.la chaux , la décomposition du s