m ^%i ?i''^^:., i W Jr^. ^ j**U^ i 'Ij %«s^-k!»'-: H? !>h.#^ Jà^ ^!k^^i( ^0^ oeJû ^^^P| ^ •e, w ■-.;*.•■. 4»... i'jk. 'j ïWk**^ s^i'. V? >-^-:-^ fsw \^ ^\ r V., \ y / ->-\i^ \'^' i^ REVUE DKS SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA. SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE { VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET G''', 59, RUE DUPLESSIS- REVUE DES SCIEICES NATORELLES âPPLlQOÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE Fondée le 10 février 1854 RECONNUE ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE P\R DÉCRET DU 26 FÉVRIER 1855 1893 — DEUXIÈME SEMESTRE QUARANTIEME ANNÉH Uf:i( AK^ !'*izV '■■ 18 8J -1 >. 2 » 6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. En 1885, il j eut une chute profonde ; pour l'année 1888 le prix moj^en ne peut pas être évalué à plus de 1 £8 sli., les. cours pratiqués en 1893 sont encore plus bas. Voici le tableau comparatif des quantités exportées et des valeurs déclarées en douane durant la période décennale 18^9-1888 : Livres anglaises , Livres sterling. AVOIR DU poids „,.. nw « (40o GR.) Années 1879. — 1880. — 1881. — 1882. — 1883. — 1884. — 1885. ■ — 1886. — 1887. — 1888. 96 582 655.756 163.065 883.632 193.612 894.241 253.954 1.093.989 247.179 931.380 233.411 966.479 251.084 585.278 288.568 546.230 268.832 365.587 259.967 347.792 2.256.254 £ Fr. 11 7.290.364 KiL 1.022.083 34.081.691 Voici un aperçu des prix de vente pratiqués durant cette période pour oiseaux vivants : En 1881-1882 un couple d'oiseaux reproducteurs (Breeding Birds) se vendait jusqu'à 250 £ (6,250 francs), en 1883 ce prix était descendu entre 40 et 50 livres (1,000 à 1,250 francs), en 1889, le bulletin mensuel delà maison Thomson, Watson et C"" de Port-Elizabeth cote les prix suivants pour les oiseaux vivants : Couples reproducteurs d'Autruches. Prix inconnu. N'ayant pas encore couvé 4 à 5 £ Oiseaux de 4 ans 3 à 4 ij — de 2 à 3 ans 2 à 3 £ — de 1 à 2 ans Iâ2£ Autruchons de 1 à 3 mois. 5 à 7 sh. 6 d. (G fr. 25 à 9fr. 25). Jusqu'en 1880 les colons du Cap n'avaient i)as encore de concurrents pour cette industrie lucrative. En 1881, quelques expéditions d'Autruches du Cap à destination de Buenos- L'AUTRUCHE ZT LA CoLOXLSATION. , 7 Ayres et de Montevideo, s'ajoutant aux entreprises de l'Aus-t tralie, de la Nouvelle-Zélande et de l'ile Maurice, provoquèrent rétablissement d'un droit de sortie de 2,500 francs par oiseau et de 125 francs par œuf, que le gouvernement colonial a maintenu depuis 1883. Les établissements fondés dans les pays sus-mentionnés sont tous prospères, l'Exposition de 1889 a permis d'en appré- cier les produits remarquables. L'établissement de Mataryeh, près du Caire (Egypte), et ceux de l'Algérie n'ont pas été aussi heureux; toutefois, celui de l'Egypte existe encore, alors que les établissements algé- riens sont fortement éprouvés ou ont disparu. Les diverses entreprises algériennes ont échoué par suite de causes assez complexes, nous ne signalerons que celles d'ordre général, soit : climat humide du littoral, emi)lace- ments mauvais et manquant de l'espace nécessaire au déve^ loppement des jeunes oiseaux. En qualité d'ancien éleveur, je fais les affirmations sui^ vantes : Je crois à la possibilité de reconstitution de nom- breux troupeaux d'Autruches dans le Sud algérien, j'ai la conviction qu'en important dans une oasis un nombre de reproducteurs bien installés et soignés convenablement, le bon effet du climat saharien qui est nécessaire à ces oiseaux, ne tardera pas à produire son efïét naturel, soit une repro- duction régulière et normale. Cette tentative serait facilitée aujourd'hui par la sécurité existant dans le Sahara algérien ; les risques de transport sont réduits aux risques habituels d'un envoi d'animaux vivants par chemin de fer. En effet, grâce à ce moyen de transport l'on peut espérer le moins d'accidents de route fort préjudiciables, car les frais de transport sont très élevés et le nombre d'oiseaux disponibles assez restreint. Il ne faut pas songera en importer du dehors, à moins d'y consacrer des sommes importantes. C'est avec des moyens modestes qu'il faut réussir. Or la réussite s'obtiendra par la possibilité de nourrir sur place des couples reproducteurs, sans grands frais de clôture, de garde, d'entretien, etc. La progéniture sera élevée en liberté et conduite au pâturage dans la compagnie des trou^ peaux de moutons ou de chameaux, complément de l'élevage saharien. Aussit(jt l'existence d'un nombre d'oiseaux suffisant aux charges de l'exploitation, l'excédant des oiseaux dispc^- 8 HEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. nihles poiiri-ait être placé en cheptel sous la direction admi- nistrative des tribus nomades du Sud, constituées en Djemàâ, là oii ce système social est pratiqué ; certainement avec cette organisation il laudrait peu d'années pour créer la vie et une certaine industrie dans ces immenses régions, actuelle- ment improductives. L'Autruche est omnivore, tout ce qui est à portée de son bec sera englouti, grâce à ses yeux perçants. Elle mange l'herbe à la façon des oies et devient fort grasse dans la pé- riode de temps oii elle sera nourrie de verdure en abondance. Autrefois, avant que l'Autruche ne fût refoulée au-delà des limites extrêmes de l'Algérie par les chasses dont nous parle le général Margueritte, elle venait pâturer dans les Daïas et sur les bords des Chotts des Hauts-Plateaux. Dans ces dépres- sions salées, le sol est couvert d'une végétation caractéris- tique (coloquinte, guethaf, térébinthe, jujubier, armoise, drinn, etc.. ) qui compose les pâturages des troupeaux et qui est aussi recherchée par l'Autruche. Elle mange aussi toute espèce d'insectes, des larves, des lézards, des scorpions, etc., etc...., on peut dire qu'elle absorbe tout ce qui est à portée de son bec et la qualifier à bon droit d'omnivore. L'Autruche aime beaucoup l'eau, elle en boit souvent plus de six litres par jour en été, ce besoin est moindre en hiver surtout si l'oiseau est nourri de fourrage vert. L'Autruche en liberté mange des sauterelles toute la jour- née. Nous observerons encore que l'Autruche en captivité, bien nourrie, ne mange pas de sauterelles, mais les tue à coup de bec; il faut lui supprimer le grain et l'herbage pour la for- cer à se nourrir d'acridiens. Cette qualité d'acridiphage doit être encore une des considérations qui militent en faveur de la reconstitution de nombreux troupeaux d'Autruches dans les steppes du Sahara et des Hauts-Plateaux et qui nous aiderait dans la lutte contre le fléau africain qui se reproduit régulière- ment et cause la ruine et la misère dans toutes ses apparitions. L'Autruche, dont les œufs et la chair sont essentiellement comestibles, ne saurait-elle être élevée que pour produire des plumes dont la valeur est subordonnée à toutes les fluctuations des caprices de la mode ? Déjà, en 1849 (Ij, Isidore Geottroy Saint-Hilaire avait qua- (1) Rapport à M. Laiijuiuaif, minisire de lAgiicullure et du Commerce. L'AUTRUCHE ET LA COLONISATION. 9 lifié rAutriiclie '< oiseau de boucherie » : le jour est peut- être proche où cet anin^al justifiera cette appellation, en fournissant une ressource nouvelle à l'alimentation publique. On sait que l'Autruche pond annuellement de 25 à 30 œufs et que souvent ce nombre est porté à 45 et 50. Les œufs d'Autruche sont de fort bon goût, mais pour les servir sur la table en omelette, en œufs bouillis, etc., il con- vient d'enlever à peu près le quart du blanc. Dans ces œufs, la proportion du blanc est beaucoup plus considérable que dans les œufs de Poule. Si Ton adopte une moyenne de 35 œufs i)ar couple et que, sur ce chiffre, 15 soient reversés à la reproduction de l'espèce, il restera 20 œufs à livrer à la consommation, soit l'équivalent d'environ 600 œufs de poule, dont on pourra retirer une va- leur relative importante, parla vente des coquilles vides assez recherchées. D'autre part, les 15 œufs afïectés à la reproduc- tion pouvant produire environ 10 jeunes, ces derniers pèseront à un an 25 à 30 kilos qui, comparables à la chair de dindon- neau, trouveront un écoulement facile au prix moyen de 1 franc le kilogramme. En ajoutant la valeur des plumes à celle produite par la vente pour l'alimentation d'une dizaine de jeunes oiseaux par couple reproducteur, le revenu annuel pourrait se chiffrer à 500 francs minimum. La viande d'Autruche, comparable à celle du bœuf, est supérieure à celle du cheval, du buffle, du chameau. La viande crue présente l'apparence de celle du jeune bœuf. Le bouilli ne difïere en rien de celui de la bonne viande de bœuf : couleur, odeur, saveur et ayant l'avantage d'être excessivement tendre. La viande est d'une cuisson très facile. La peau, quoique plus épaisse, devient très tendre et n'est pas plus dure que celle d'une dinde. Le filet rôti et très peu cuit d'une viande juteuse, tendre, couleur de bœuf légèrement foncé, est supérieur au filet de cheval. On peut en conclure que l'acceptation de la viande d'Autruche par la consommation aurait plus de succès encore que n'a eu la viande de cheval, le jour où cette con- sommation serait facilitée par une production régulière et normale. Pour terminer faisons rapidement l'exposé des rares pro- ductions sahariennes. Un élément de fortune sur lequel nous avons déjà appelé 10 BEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. l'attention (1) pourrait tenter les recherches de quelques aven- turiers hasardeux. Nous faisons allusion aux émeraudes dont nombre de la grosseur d'un œuf, ont été recueillies près du lac VIengough, au cours de la deuxième mission Flatters. L'énumération des productions sahariennes, fort courte, d'ailleurs, se réduit aujourd'hui aux dattes produites par main- d'œuvre humaine dans les oasis, et à la gomme qui se recueille dans les forets bordières du Sahara, dans toute l'Afrique cen- trale. A ce maigre résumé, la prévoyance commande d'ajouter l'élevage des Autruches et ma conclusion justifiera toutes les tentatives devant amener ce résultat. GO^CLUSIOX. 1° Les cultures industrielles de palmiers-dattiers (phœnix dactylifera) sont excessivement coûteuses à créer et ne rap- portent qu'environ dix ans après leur plantation; la néces- sité des puits artésiens s'impose avec des chances extrê- mement aléatoires et toujours fort coûteuses. La production prodigieuse des dattes communes du Chatt el Arab inonde tous les lieux de consommation, sans concurrence possible par la création d'oasis par des Européens ; les dattes fines exclusivement destinées à la consommation européenne pour- ront manquer du débouché nécessaire à une trop grande production. 2° Les Gommiers se trouvent en forêts exploitées sur la lisière méridionale du Sahara depuis l'Atlantique jusqu'à la mer Rouge et dans la péninsule arabique. Par semis, ces arbres pourront être répandus beaucoup plus au Nord. La récolte des gommes est subordonnée à une main-d'œuvre d'esclaves qui ne représente aucun capital pour les Indigènes ; c'est donc une industrie très précaire pour l'Européen qui ne pourrait exploiter que l'écorce très précieuse employée dans la tanne- rie des peaux de chèvres. 3° Le seul, lunique élément de prospérité dans tout le Sahara est, sans conteste aucun, l'AUTRUCHE. L'Autruche est l'auxiliaire indispensable de toute installation [1) ALGÉniE AGRICOLE, 1890, • A PROPOS DES GoMMiERS > et « Comptes rendus • de la Société de Géographie, 18'J1. L'AUTRUCHE ET LA COLONISATION. U permanente, elle sera au besoin l'animal do boucherie du Sahara (1). L'Autruche est parfaitement domesticable lorsqu'elle est élevée en liberté. Nous rappellerons qu'en 1849 on a présenté au lieutenant -colonel Bazaine, chef du bureau arabe de Tlemcen, un troupeau de 21 Autruches domestiquées, qui, parfaitement libres, vaguaient tous les jours avec les trou- peaux sans chercher à s'échapper et à reprendre leur liberté. Heuglin, Brehm ont voyagé dans l'Afrique orientale avec des Autruches parmi les chevaux et les chameaux de leur convoi, elles se promenaient en toute liberté dans les localités des parcours à la recherche de leur nourriture. Edouard Molir, Mauch, Holub ont [)arcouru TAfrique australe avec des Au- truches en liberté, suivant leurs chariots très paisiblement. En 1880, le J)' Lenz à Tombouctou voyait les Autruches domestiques menées à l'abreuvoir avec les autres animaux domestiques du pays. Tous les voyageurs des pays Somalis ont vu des troupeaux d'Autruches dans tous les lieux habités, en complète liberté ou menées à la pâture avec les autres animaux domestiques du pays. On apprécie déjà la diminution des relations par caravanes de la Méditerranée avec le Soudan. Le commerce tripolitain des plumes d'autruches ne suffit pas à l'entretien des coû- teuses caravanes allant de Tripoli au Bornou et au Wadaï; l'ivoire en provenance du Baghirmi et de l'Adamaoua prend aujourd'hui la voie du Niger-Bénoué (2j. Par l'extension de notre puissance dans le Soudan septen- trional le commerce des esclaves avec le Nord se restreindra certainement; on doit prévoir que bientôt dans le Sahara, il y aura nombre de routes mortes, c'est-à-dire abandonnées. Le désir actuel de rapprochement des Touareg avec nous ,1) Les Tiircomans des steppes de l'Asie centrale élèvent principalement des chevaux qui servent aussi à leur alimentation. (2) Cette opinion publiée en 1887 [Algérie agricole), est conlirmée aujourd'hui par les déclarations précises du commandant Monleil : < Nous pourrions Ira- liquer de ce que les caravanes de Kano vont prendre du côté du Baj^hirmi pour porter en Tnpolitaine, c'est-à-dire les plumes d'Autruches, l'ivoire et surtout le caoutchouc si abondant dans ces régions et encore délaissé. Ce mouvement déjà créé est plus facile à exploiter par le Haut-Niger qu'ai', uioycii d'un chemin de fer tran-ssahcrie,/. » [Discours de réception à la Sorbonne, 29 janvier 1893.) 12 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. s'explique naturellement : « La faim fait sortir le loup du bois », il n'y a plus de caravanes à piller et nos ennemis meurent de faim. Fidèles aux traditions de générosité de notre nation, oublions nos justes ressentiments envers ces barbares, nous pourrons en faire « nos gardiens d'autruches «.avec plus de certitude que « les convoyeurs des caravanes » de marchan- dises qui prendront des routes plus rapides et plus écono- miques. Nous devons admettre que la reconstitution de nombreux troupeaux d'autruches serait un bienfaisant moyen de civili- sation sur les Touareg qui leur permettrait de renoncer au pillage et à la tuerie en pratique chez eux. Ils pourraient devenir nos auxiliaires pour l'extension de notre influence dans toute l'Afrique centrale. On a parlé de transsaharien ? En admettant même le modeste rétablissement des moyens habituels de communi- cation soit : caravanes par chameaux, quel animal, plus que l'Autruche, pourrait rendre des services en aidant au ravi- taillement de viande nécessaire dans ce long parcours. L'entreprise est donc des plus intéressantes et grosse en fécondes conséquences. Elle ne saurait manquer de prendre place dans l'histoire de la civilisation en Afrique comme un fait d'une importance très considérable en faveur des intérêts français et de l'Humanité. LE LAC MARKA-KOUL ET SA PÊCHE Par m. TCHERNIGOFF. Le district de Zaïssan, territoire de Sémipalatinsk, où se trouve le lac Marka-koul, ne fait partie de l'Empire Russe que depuis fort peu de temps. C'est en 1883, comme on se le rappelle, que fut conclu le traité par lequel, en échange de la ville de Kouldja, la Chine cédait à la Russie, en dehors de plusieurs millions de roubles payés comptant, une portion de son territoire avec le lac alpestre Marka-koul. Ce lac est situé sur le versant méridional du Grand-Altaï ; cet Altaï qui, par ses cimes grandioses couronnées de neiges éternelles, ses glaciers, ses bouillonnants ruisseaux, par tout l'ensemble de sa nature alpestre si pittoresque et si pleine d'imprévu, a mérité le surnom de Suisse Russe. Les masses de neiges accumulées sur ces montagnes don- nent naissance à de nombreux ruisseaux qui viennent se jeter dans la partie nord du lac Marka-koul. A l'ouest de ce der- nier, se déroule la chaîne de Kourtchoume avec le pic Sara- taou éternellement blanc ; les monts Asou plantés entière- ment de Piniis Ledehouri jusqu'aux sommets, descendent, au midi, jusqu'aux bords mêmes du lac. On aperçoit, au sud-est, les sommets toujours blancs de Tarbagataï, de Saouk etdeMonrak. Ainsi donc, le lac Marka- koul est encadré, encaissé, pour ainsi dire, entre plusieurs chaînes de montagnes ; ses bords sont fort escarpés, à l'excep- tion toutefois de celui de l'ouest que la chaîne de Kourt- choume en reculant laisse quelque peu à découvert et qui présente une plaine basse avec des bois par place. D'après M. Matoussovski, le lac se trouve à 5,100 pieds d'altitude. Il est oblong de forme et s'étend dans la direction ouest-est. Le lac Marka-koul a 40 verstes (kilomètres) de longueur environ sur 10 ou 15 verstes de large ; ce ne sont là, d'ailleurs, que des indications fort peu précises données par les kirghizes du pays qui prétendent, en outre, que sa profondeur est fort considérable. 14 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Un des rares explorateurs qui aient étudié ce pays, M. Abi-a- movitscli, donne, dans le Journal de pêche de Saint-Péters- bourg, les renseignements suivants sur la température de l'eau, observée au mois d'août à une heure de l'après-midi, avec 4-21 1/2° R. de température atmosphérique : elle était de 4- 14" à la surface du lac et à quelques mètres de profondeur, de _}-llo aux. embouchures des ruisseaux, et de -f- 9 1/2» dans ces derniers. — L'eau du lac est tout à fait douce par suite de l'affluence des eaux provenant (le la fonte de neiges qui y sont apportées par de nombreux ruisseaux. — Tous ces cours d'eaux tarissent i)endant les chaleurs de l'été. — La rivière Koldjir seule prend sa source dans le lac, pour aller se jeter da)T,s rirtisch. — Le fond du lac Marka-koul, au moins près des ])ords, est composé de menu quartz très uni, comme poli par le courant. Le lac qui est fort peu profond, même à une assez grande distance des bords, atteint cependant dans cer- tains endroits jusqu'à 30 mètres de profondeur. Si ses bords sont dépourvus de roseaux, en revanche de magnifiques Pi- nus Ledehouri forment un riche cadre pour ses eaux bleues. Le lac est fort difficilement accessible; il ne faut pas faire moins de 'TO verstes par l'Altaï pour y arriver. — L'agglomé- ration russe la plus rapprochée, la Stanitza d'Altaï Koton- Karagaï, est à 60 verstes du lac. Après avoir esquissé en ces quelques mots les conditions physiques du lac dont nous allons nous occuper, passons au sujet même du présent article : la pèche dans ses eaux, unique industrie du pays. Depuis un temps fort éloigné, le lac Marka était connu pour sa très grande abondance en poissons, objet de convoitises des habitants du versant nord du Grand-Altaï, qui y descen- daient pour se livrer à la pêche. Il est à noter, cependant, qu'en dépit de sa très grande ri- chesse en individus, la faune du lac n'est guère variée : elle se compose de trois espèces eoccluslvement appartenant à des familles différentes : l'Ombre d'Auvergne, Thymallus vulgwis NiLSS, « khaïkouz », comme on l'appelle dans le pays ; Drachymystax coregonoïdes Pall, « ouskoutsch » particulièrement apprécié des pêcheurs venant dans le pays, et GoViO fluvialUls Fl., le Goujon dont les paysans locaux ne font guère grand cas et qui a pu, par suite, se multiplier au détriment des deux premiers. Le Brachijmystacû core- LE LAC MARKA--KUUL ET SA l'ECHE. 15 (jonoïdes atteint jus(|u'à 22 pouces de taille et pèse jusqu'à 8 livres, c'est l'objet principal de la pèche. L'abondance des poissons a déterminé, de la pai't de l'homme, une adaptation particulière dans la pèche ; on est obligé de procéder avec précaution, suivant des règles spé- ciales déduites d'une longue praticjue; autrement, on est ex- posé à prendre un trop grand nombre de poissons qui, par leur poids, percent les filets. « Nous avions un petit filet-traineau, raconte M. Souvortzefï", qui a visité le lac au mois de juin 1887, à chaque coup, notre filet se trouvait rempli de poissons, par pouds (un poud = 14 kilog.), de sorte que l'on n'osait le tirer entièrement en dehors de l'eau, de peur de le casser. Le Gou- jon était le plus nombreux, nous les jetions dans l'eau, afin d'alléger i>eu à peu notre traîneau ; suivaient ensuite les B^-a- clivmystax coregonoïdes de diflférentes tailles; les Ombres d'Auvergne venaient en dernier lieu, w « Il est à remarquer, dit un autre explorateur de ce pays, M. Abramovitsch, que jamais, dans la pèche par n'importe quels procédés, au traîneali jeté d'un train de bois flotté, au filet fixe, à la drague, on n'a pu ramener aucune autre espèce, en dehors des trois poissons déjà nommés. Les vagues qui jettent d'ordinaire sur les côtes sablonneuses des masses de coquilles de mollusques, n'en ont jamais laissé une seule sur le rivage de Marka-koul. » La rivière Koldjir estla seule qui prenne source dans le lac. Sa largeur à la source est de 20-25 mètres, mais à cet en- droit elle est fort peu profonde, il existe même un chemin de gué. Mais à quelques dizaines de mètres de là, la Koldjir, serrée entre les montagnes Asou, devient un véritable torrent tombant de cascade en cascade sur un sol en pente raide. C'est cette circonstance qui empêche les poissons de l'Irtisch Noir, oii se jette la Koldjir, de pénétrer dans le Marka-koul, et c'est à cela surtout que l'on doit attribuer la profonde dis- semblance de ces deux faunes aquati(]ues qui ne peuvent point se confondre. Les eaux de la Koldjir sont si limpides ({ue l'on distingue parfaitement le fond ainsi que les poissons fort abondants à ses sources. Des Cigognes noires et des Macreuses « var- nads » de leur nom local, y viennent innombrables. En ce qui concerne les poissons, M. Souvortzeff" note ce fait carac- téristique : plus d'une fois, ayant eu à traverser à cheval la 16 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. rivière, il y a vu les poissons restés très confiants, se tenir tranquillement à moins d'un demi-mètre des jambes de l'ani- mal, sans songer à s'éloigner. Dans ces conditions, on ne sera pas étonné de ce que, encore du temps de la domination chinoise, les paysans russes aient souvent traversé à cheval le Grand -Altaï pour venir pêcher, en contrebande, dans le lac Marka-koul. Arri- vés le matin des villages situés sur le versant septentrional de l'Altaï, ils pouvaient, grâce à l'extrême richesse en pois- sons du lac, faire leurs provisions et les emballer dans le courant de la journée, de manière à pouvoir rentrer chez eux le soir. Cependant, ce braconnage ne restait pas toujours im- puni, mais lors(iue le « piquet » chinois surprenait les frau- deurs sur le fait, il se contentait de confisquer la pèche ainsi que tous les ustensiles et outils : filets, bâches, etc., tandis que les hommes s'en allaient tranquillement. On conçoit que ce ne sont point des procédés semblables qui ont pu empêcher les braconniers de continuer leur petite industrie. Aujour- d'hui, le lac appartenant à la Russie, les mêmes paysans s'y livrent librement à la pêche pendant la chaude saison. Il n'existe aucune population fixe autour du lac. L'hiver, ses bords sont absolument inhabités, les fauves seuls trou- blent par leurs hurlements le silence des montagnes désertes. — L"homme ne fait sa courte apparition que l'été. — Après avoir hiverné dans la vallée du lac Zaïssan, les kirghizes se dirigent au printemps avec leurs innombrables troupeaux de chevaux, de brebis et de chameaux, vers les Monts Altaï. Vers le commencement de mai, ces pasteurs et leurs bêtes amaigries par les privations de l'hiver, viennent camper aux bords du Marka aux eaux bleues. — La pêche est pour cette population nomade d'une grande ressource, le poisson étant un des principaux éléments de son alimentation. Ils se ser- vent de filets, de lignes et d'astrogues. Cependant, le kirghize n'est guère amateur de poissons qu'il mange faute de mieux; aussi, dès que les premières neiges sont fondues et que, avec les journées tièdes, vient le « maca » (le cousin), il remonte dans la montagne. Les Russes viennent au lac, de derrière le grand Altaï, des villages Médvedka, Talovka, Solonovka, Miakonkaïa et Bi- kovaïa, des baillages Narimsky et Verkh-boukhtarminsky, district Oust-Kaménnogorsky. Il n'existe aucune habitation LE LAC -MARKA-KOUL ET SA PECHE. -17 russe sur le versant méridional de cette chaîne Tort éleviîe ici et presque inabordable. Les cosaques, plus entreprenants et plus mobiles, songent également à venir prendre part à l'ex- ploitation de ces eaux. Certains voyageurs racontent avoir rencontré de leurs « délégués » partis en éclaireurs afin de se rendre compte de la situation. Les paysans proprement dits viennent « à la mer », comme ils disent, au printemps, les travaux d'ensemencement finis; ils arrivent par groupes composés des habitants d'un même village. On amène des chevaux de trait pour ramener le pro- duit de la pêche. Malheureusement, — chose commune d'ailleurs en Russie — cette pêche exercée d'une façon inintelligente a tous les caractères d'un gaspillage ; elle a lieu surtout à l'époque du Irai lorsque des masses de poissons se dirigent dans les ri- vières qui se jettent dans le lac Marka-koul, Une longue pratique ainsi que la connaissance des condi- tions locales ont suggéré aux paysans une modification spé- ciale du filet. Cette particularité consiste en ce que les filets sont à trois compartiments, pour ainsi dire. On les fait à grandes mailles de faron que le menu poisson puisse passer à travers. Les canots de pêche sont souvent de véritables pé- rissoires ou bien des petits trains de bois flotté que l'on laisse bien dissimulés dans les baies des ruisseaux où ils reçoivent souvent la visite des ours à la recherche des poissons. L'endroit qui a la réi>utation de la plus forte pèche est la source de la Koldjir oii de gros poissons viennent en masse pour frayer. Lorsque tout est préparé, les paysans se mettent à l'œuvre. Ils jettent les filets, et les traînent ensuite derrière leurs ca- nots. Le menu poisson ne fait, pour ainsi dire, que traverser le filet dont les mailles sont d'un diamètre relativement con- sidérable, tandis que les plus grosses pièces y restent. A me- sure que l'on se rapproche du rivage, le poisson devient de plus en plus inquiet, se jette de tous les côtés, et échoue dans les grandes poches des «ailes » du filet. Le filet tiré, on procède au triage des poissons dont on ne garde que les plus gros et surtout le Brachymystax corego- noïdes, tandis que les autres sont laissés sur le rivage. Quel- quefois — c'est là un cas tout à fait exceptionnel — on prend la peine de rejeter ces poissons superflus dans Peau. Avec un 5 Juillet 1893. 2 AS REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. filet de 300 mètres, on retire jusqu'à 400 ponds de Brachy- mystaoG co^-egonoïdes par jour. Le poisson est salé aussitôt sur place, ou bien il est emporté vers les habitations, à dos de cheval. En outre, après avoir coupé les poissons en deux dans le sens de la longueur et les avoir salés légèrement, on les fait sécher à l'air et au soleil, préparant ainsi du poisson essoré. Ce dernier procédé est préférable au point de vue de la conservation, car le poisson simplement salé et emporté presque aussitôt, s'aigrit pendant la traversée, et se gâte. Les cosaques pratiquent en outre sur le lac Marka-koul leur procédé habituel de pêche : des digues installées sur les rivières qui se jettent dans le lac et qui sont surtout nom- breuses dans sa partie septentrionale. Cette partie du lac présente d'ailleurs l'avantage, au point de vue de la pèche, d'être basse tandis que le rivage méridional est abrupt, les montagnes Asou descendant presque perpendiculairement dans l'eau. Parmi les cours d'eau qui viennent se déverser dans le lac Marka-koul, le plus important est la rivière ïsclioumok. La Terexta, qui se trouve plus à l'ouest, forme à son embouchure une quantité de bras — circonstance qui favorise particu- lièrement la pêche au moyen des digues. Voici en quelques mots quelle est cette installation. On commence par relier entre eux, à l'aide des canaux, les bras d'une rivière voisins l'un de l'autre. Ensuite, dans le premier bras dont on veut détourner l'eau, on enfonce en travers du courant une rangée de pieux, et lorsque le pre- mier canal est terminé, cette espèce de cloison est vivement bouchée avec de la' terre et des pierres, barrant ainsi à l'eau le passage par le lit naturel. Force lui est donc de se diriger par le canal dans le bras voisin. Ainsi donc, l'eau qui se trouve en aval de la digue s'en va et les poissons qui dans ces eaux montagneuses vont toujours contre le courant, restent dans le lit mis presque à sec. Et alors, les pêcheurs les ramassent tout simplement à l'épuisette et même à la main, directement. . Le poisson pris ainsi dans le Marka-koul et salé se répand sous le nom d'(')uskoutsch, par tout l'Altaï. L' « Ouskoutsch n qui aime l'eau fraîche est surtout péché dans la seconde moitié du mois de mars , lorsqu'il vient LE LAC MARKA-KOUL ET SA PÈCHE- 1!» frayer, et au commencement du mois d'avril quand la glace commence à fondre le long des bords du lac, ainsi qu'au mois de septembre, époque oîi il tombe déjà de la neige dans ce pays. L'hiver, toute pêche cesse, car il est impossible aux pé- cheurs de traverser l'Altaï en cette saison. Les Brachijytnjstax coregonoïdes (ouskoutsch) se nourris- sent de Goujons dont le nombre, à ce que prétendent les pécheurs, s'accroit tous les jours, car on ne les pèche point et lorsque, par hasard, il s'en trouve quelques-uns dans le filet, on s'empresse de les rejeter dans l'eau. La richesse ichtyologique de ces eaux n'est protégée par aucune loi contre une destruction aussi implacable qu'ab- sur-de. Sans parler de la pèche à l'époque du frai, notons que par les Annamites. Son bois, de couleur rouge fauve, dur et pesant, peut être utilisé avec avantage pour le tour et la confection de divers objets. Le fruit est une petite baie coriace non comestible. HARPULLIA PENDULA Planch. Tulipier d'Australie Australie (Colons anglais) : Tulipwood. Bel arbre d'une hauteur de 15-20 mètres sur un diamètre de 5U centimètres et plus, à feuilles composées de 3-6 folioles ovales ou elliptiques-oblongues, acuminées, un peu obtuses, membraneuses. Originaire de l'Australie, cette espèce se rencontre dans la plupart des jungles septentrionales de la Nouvelle-Galles du Sud et au Queensland, où elle est assez répandue siir les bancs des rivières, dans les terrains d'alluvion. Son bois est remarquable par sa couleur foncée présentant de magnifiques veines dont les teintes varient du jaune au brun noirâtre. Solide, d'un grain fin lui permettant de re- cevoir un très beau poli, ce bois est très estimé des ébénistes (1) Le fruit ou Longane est une baie globuleuse à coque crustace'e jaunâtre et à surface presque lisse. La graine est entourée d'un arille épais, chainu, sapide, pulpeux, jaunâtre et sucré, offrant beaucoup d'analogie avec le Litchi, mais dont il se distingue par son plus petit voluuie, son goiit acidulé et plus vineux, aussi est-il moins recherché des Européens. La grauie proprement dite porte à l'ombilic une tache orbiculaire caractéristique qui fait donner au fruit, par les Chinois, le nom de Lômj yen (Œil-de-dragon). Les Longanes se mangent ordmairemcnt crues; cependant, il arrive souvent qu'où les conserve pour l'hiver en leur faisant subir une légère dessiccation au four après la récolte. A Java, les indigènes s'en servent pour préparer une boisson très rafraî- chissante, à laquelle ils accordent des proprie'te's stomachiques et an- tibilieuses. LES BÛlS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. ?17 et surtout des menuisiers qui l'emploient beaucoup pour tous les travaux de luxe. UHarpuKia HUlii F. Muell., connu en Australie sous le même nom vulgaire, est une espèce du Qneensland dont le bois est également très recherché pour l'ébénisterie. Suivant M. Naudin, ces arbres intéressants pourraient être introduits avec profit dans les régions méditerranéennes de l'Europe et dans le nord de l'Afrique, au moins comme arbres d'avenues ou d'ornement. h' HarpiiUia ciipanioïdes Roxb. {H. IhanotopJiora Bl.) ap- pelé Harpolli en Bengali et Koenter gaiaoa à la Nouvelle- Guinée, donne un bois de bonne qualité propre à divers usages. Les graines et autres parties de la plante sont répu- tées très vénéneuses. Le Kclengan des Célèbes est une espèce indéterminée du même genre, dont le bois est employé pour divers matériaux de construction. LITCHI GHINENSIS Sonn. Litchi ou Litschi ponceau. Diinocarpus lychi Lour. Huphoria Litschi Desf. — punicea Lamk. NepheLium Litchi L. Sapuidus edaiis Ait. Hci/talia chinensis Certn. Annamite vulpaire : Câj-bai, Nhûn, Vat/, 2'râi-cii ; mandarin : Ly-tcht'. Bengali ; Lechee. Cambodge : Mii^ii. Chine : Li-tschi, Ly-tchè. Java : Litjik, Litjeh. Malais : Leng-heny. Tonkin : Qua vai. Très bel arbre de moyenne grandeur dont le tronc, d'un diamètre moyen de 30 centimètres, porte des branches hori- zontales formant une cime large et étalée ; feuilles alternes, paripennées, composées dB 2-3 paires de folioles lancéolées, lisses en dessus, ternes et à une seule nervure en dessous. Originaire de la Chine et de l'Inde où il est d'ailleurs cultivé comme arbre fruitier, le Litchi a été introduit avec succès à la Louisiane, à Maurice, à la Réunion où il est maintenant assez répandu. Il est également cultivé en Cochinchine, dans tous les villages annamites. Son bois, blanc ou blanchâtre, plus rarement d'un rose tendre, est lourd, dur, noueux et difficile à mettre en œuvre. 38 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. D'un grain serré et uni et d'une résistance au dessus de la moyenne, on le considère comme presque incorruptible lors- qu'il a été immergé après l'abatage. Ce bois est propre à di- vers travaux de cbarronnage et convient particulièrement pour la construction et quelques ouvrages d'ébénisterie. Sa densité de coupe fraîche est de l,01(i(i). MELICOGCA BIJUGA L. Quenette ou Knépier. Melicocca carpoodea Juss. 3IeUcoccus bijugatus Jagq. Anglais : Hoiioj berrj of Guiana. Cuba : JUamOiicillo. Curaçao : Knippa ou Genij). Guadeloupe : Kencp, Qnénette. Jamaïque : lieiiip tree. Martinique : Quenette. Paraguay : Yho-pomo. Trinité (Franc. : Qncnepe ; Angl. : Guenepe ; Esp. : JMaco). Venezuela : Maniûii. Grand et bel arbre, d'un beau port, à cime rameuse et touffue dont le tronc peut acquérir un diamètre de 40 centi- mètres environ ; feuilles persistantes, alternes, paripennées, à folioles sessiles, subopposées, elliptiques-ovales, aiguës aux extrémités. Originaire des régions élevées de l'Amérique centrale, cette espèce croît surtout aux Antilles, à la Guyane, au Venezuela et dans tout le Paraguay oii il est surtout commun dans les provinces de la partie occidentale. Son bois, de couleur jaune, est parsemé de veines très fines (1) Le fruit, appelé commune'ment Litchi ou Letclii et Cerise de Chine par le commerce parisien, est une sorte de petite noix arrondie et un peu cordiforme, tuberculeuse, ayant le volume.d'uue prune de Reine- Claude. Le péricarpe ou enveloppe l'orme une coque mince, coriace, assez facile à briser entre les doigts, remarquable par sa belle couleur rouge-ponceau et parles aréoles irrégulièrement pentagouales ou hexa- gonales marquées à la surface et se relevant en un mamelon central. Sous le péricarpe, se trouve une cavité dans laquelle on rencontre une graine dure et luisante, entourée d'un arille charnu et pulpeux, de couleur claire, qui constitue la partie comestible. Sucré et acidulé avec un arrière-goiit de muscat, le Litchi possède une saveur délicieuse toute particulière qui ne ressemble à aucune de celle de nos frnits, et le fait regarder avec raison comme le meilleur de la Chine. Le Litchi frais est d'un goût supe'rieur à celui qui a subi la dessiccation, mais on en pre'pare aussi, sous diSérenles formes, d'excellentes conserves qui commencent à venir en France. La pulpe le'gèrement se'chée au four est encore employe'e pour faire des bois- sons rafraîchissantes utiles dan^ les accès de fièvre le'gère et les afifec- tions bilieuses. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 39 qui tranchent agréablement sur le fond par leur nuance tant soit peu plus foncée. Les couches concentriques du tissu ligneux sont peu distinctes; les pores sont plus grands et plus apparents à la périphérie qu'au centre et les rayons mé- dullaires nombreux et un peu ondulés. Dur et pesant, com- pact et d'une texture serrée, ce bois convient très bien aux travaux d'ébénisterie, de tour, de tabletterie et de marque- terie ; ses qualités de lorce et de résistance en ibnt aussi un bon bois de charpente. Sa densité approximative est de 0,900. Le fruit est un drupe oblong et aigu dont la pulpe, d'une saveur douce, acidulé et sucrée, se mange crue ; ses graines, épaisses et cliarnues, se mangent grillées comme des châtai- gnes dont elles rappellent un peu le goût. Nous avons re- marqué au Pavillon du Venezuela (Exp. univ. 1889; un flacon renfermant de la fécule de noyau [sic] de Mamôn ; nous igno- rons à quel usage elle est employée dans ce pays. C'est sans doute à cette espèce qu'il faut rapporter le Capomo du Mexique. M. le D'' Rafaël Cevallos a retiré de l'amande de ce fruit un extrait consistant, de couleur noire, auquel il attribue des propriétés galactogènes remarquables. MELIGOCCA DIVERSIFOLIA Juss. Doraioxijlon Mauritianum Thouars. Eypelate diversifolia Cambess. Melicocca apetala Poir. Stadmannia diversifolia Spreng. Réunion et Maurice : Gaulcttc rou(]c. Bois çiaulettcs ou de Caillette, A')"'j)iei% Bois de Canne, de Sagaie, de Gaillard, de Requin. Arbrisseau ou petit arbre à feuilles alternes, imparipennées, composées de 2-8 folioles sessiles, de formes très varia- bles, lancéolées, oblongues ou obovales, etc., obtuses ou subaigués, lisses et coriaces, originaire des îles Maurice et de la Réunion. Son bois est dur, liant et se conserve bien en terre ; ses petites dimensions ne permettent guère de l'employer que pour faire des cannes, des manches d'outils, de parapluies et d'ombrelles, des lignes, des gaules, des sagaies, etc. Les char- pentiers s'en .servent aussi pour cheviller leurs pièces d'as- semblage ; il est encore utilisé pour pieux et petites échelles. 40 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. La pulpe acidulé et sucrée du fruit est comestible ; lesindi- oènes mangent également l'amande ai)rès l'avoir fait rôtir pour lui enlever son goût acerbe. Le Mflicocca olivœformis H. B. (Venezuela : Cotoperiz) est une espèce remarquable par son port élégant. C'est un arbre de 8-10 mètres de hauteur siir un diamètre de 25-30 centi- mètres dont le bois, mou et de qualité médiocre, est peu usité. Le tissu ligneux, un peu spongieux, se compose de zones peu compactes alternant avec d'autres encore plus lâches ; les rayons médullaires sont très abondants et un peu ondulés. NEPHELIUM LAPPACEUM L. Ramboutan. Eupkoria Nephelium DC. — crinala Steud. DMocarpui, crinita Louk. Scylalia crinata Hauesgh. — Rambootan G.ertn. Annamite : Chom-chom. Java et Sumatra : Ramboctan Kampong, Toentoen. Mnlacca : Rambiitan Pachut. Sondauais et Malaia : Ramboetan, Ramboetan atjeh. Grand arbre à feuilles pennées, composées de folioles lan- céolées, originaire de l'Archipel indien et croissant également à Singapoore et dans ia presqu'île de Malacca. Cette espèce est très souvent cultivée pour ses fruits, mais elle n'atteint guère alors que des dimensions moyennes en hauteur et en diamètre. Son bois, de couleur rougeâtreàla périphérie, plus sombre vers le cœur, est souvent parsemé de stries, de veines ou de taches plus foncées que le fond. D'une dureté moyenne, lourd, mais d'une texture grossière, ce bois n'est pas non plus d'une grande solidité et ne résiste pas aux attaques des termites. Malgré ces défauts, les Malais l'utilisent i)ourtant dans cer- taines parties de leurs constructions. La variété Rambidan jantan de Malacca donne un bois semblable comme aspect, mais plus dur et d'un grain fin, excellent pour petites char- pentes, poutres, etc. Le fruit renferme un arille pulpeux, sapide, acidulé, d'un goût agréable, possédant des propriétés fébrifuges, antibi- lieuses et rafraîchissantes. L'amande donne une huile que l'on utilise pour l'éclairage. Les graines ne renferment pas LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 41 de graisse par expression, mais, par l'action dissolvante de l'étlier, M. de Vry obtint une belle matière grasse, très cris- talline, l"usi])le à 68*^ environ, saponifiable, dont la composi- tion cliimiqiie s'accorderait avec celle de l'acide arachique. PANCOVIA EDULIS Wii.ld. Urioglossum edule Bl. Sapiudus ruijiginosus Roxb. — eduUs Bl. Vttenia edulis Steud. Javanais et Soadanais : KUn/oc. KUala i/oe, KUalaijoe hicdiinij, Ki-Mdocng. Malacca : Kliit Lyoo. Grand arbre dont le tronc acquiert jusqu'à 1 mètre et plus de diamètre, à feuilles alternes, fort amples, ailées, à 8-10 folioles opposées, oblongues, lancéolées, aiguës, entières, velues en dessous. Oi-iginaire des îles de la Sonde, cette espèce se rencontre également dans les forêts du Pégou, sur les montagnes de la côte de Coroniandel et dans le Nor-tli Australia. Son bois, de couleur blanchâtre tirant légèrement sur le rouge, dur, d'un grain fin, est généralement de bonne qualité et ne se fend pas en séchant. Ses qualités de force et de résis- tance le font employer avantageusement dans la construction comme bois de charpente. A Java, le péricarpe du fruit est utilisé pour préparer une boisson offrant quelque analogie avec le cidre. PT-aiROXYLON UTILE Eck. et Zeyh. Cap et Natal [Anglais : Siieezewood ; Hollandais : Nies hont). Cafre : Umtata. Arbre d'une hauteur de 15-20 mètres sur un diamètre de 1 mètre environ, dont le tronc est recouvert d'une écorce mince et blanche, d'une saveur amère ; feuilles paripennées, à folioles opposées, subtrapézoïdes, obliques, entières. Originaire des régions chaudes et humides de l'Afrique austi^ale, cet arbre croît dans les provinces de l'Est de la colonie du Cap ; on le rencontre assez abondamment dans les forêts voisines de la côte et plus rarement dans les monta- 42 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. gnes où il atteint ses pins grandes dimensions. Dans les pos- sessions portugaises de l'Afrique, cette espèce est assez com- mune à Angola, mais elle ne dépasse guère les proportions d'un arbre de petite taille. Son bois, jaune ou jaunâtre, est parsemé de veines d'une nuance plus foncée, surtout dans les vieux arbres, ce qui lui donnent un superbe aspect ; son grain fin et serré lui permet de recevoir un beau poli. Solide, indestructible dans toutes les situations, il résiste admirablement dans l'eau de mer aux attaques des tarets et ne redoute pas davantage celles des Xylophages des pays tropicaux. Excellent pour les travaux hydrauliques, piles de ponts, moulin'^, pilotis, etc., on en tire aussi un très bon parti dans Tébénisterie comme bois plein et pour le placage. C'est aussi un bon bois de fente, mais qui ne paraît guère convenir à la charpente à cause de la facilité même avec laquelle il se fend. Le Ptœroxylon utile est considéré avec raison comme un des arbres forestiers les plus précieux du sud de l'Afrique et son bois est un des plus durables que l'on connaisse dans le monde entier ; sa limite de durée est même encore actuelle- ment inconnue. Des poteaux de clôture utilisés pour les fermes au moment des premières constructions faites par les colons du Cap et de Natal sont tout à fait intacts aujourd'hui. Disons toutefois que le cœur seul offre cette qualité de dura- bilité, car l'aubier ne résiste pas plus longtemi)S à l'humidité que celui des autres arbres. Des poteaux télégraphiques faits avec de jeunes sujets ne se conservent guère que quelques années. La longue durée de ce bois semble due à la présence d'une résine particulière qui produit une poussière irritante lorsqu'on le débite à la scie. Les feuilles de cet arbre possèdent une odeur aromatique et une saveur légèrement acre ; elles sont recherchées des daims et des chevreuils. L'avidité avec laquelle ces animaux ron- gent la plante est même une des causes pour lesquelles la reproduction naturelle au moyen des semences laisse quel- quefois à désirer, quoiqu'elle se fasse habituellement avec assez d'abondance. [A suivre.) III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Importation de gibier en France. — Selon la statistique officielle, émanant de Vienne (Autriche), il est entre en France, pen- dant l'année 1892 : Quintaux métriques Valeur en francs. 921 gibier vivant 322,343 fr. 17,295 gibier mort 3,458,932 50 conserves de gibier 40,080 fr. Totaux : 18,216 quintaux métriques. 3,821,355 fr. La provenance n'est pas indique'e ; mais l'Autriche-Hongrie tient certainement une large place dans celte exportation. De B. Sur l'acclimatation des Ptarmigans [Lagopus rupestris Gm.) aux îles Feroë. — On avait Ulché aux Feroë, en 1890, un certain nombre de ces Tétras importés du Groenland (1). La notice de M. Dal- gleish parue dans le Zoologist (1890, p. 392) est basée sur les observa- tions de M. IL-C. Mûller qui signala le 21 aoiit, soit deux mois après leur introduction, un couple de ces Gallinacés et huit à dix jeunes, presque emplumés à Kirbeko Rein près de Thorshavn. M. II.-W. Fielden rend compte dans cette même revue (1S92, p. 413) du résultat de l'expérience. Elle paraissait d'abord avoir réussi. On reconnaît maintenant son insuccès. En effet depuis 1890, on a tué deux Ptarmigans dans les îles ; l'un, en 1890, à Huisavick dans l'île de Sandoé, l'autre, la même année, à Tranjisvaag sur l'île de Suderoë. M. Fielden a séjourné l'été dernier aux Feroë et a visité presque tout Tarcbipel. Ses compagnons et lui gravirent les chaînes les plus élevées, entre autres celle de Slatteritinde, ([uestionnèrent les habitants, mais ne recueillirent aucun fait qui piit prouver l'exis- tence des Ptarmigans. On ne s'explique pas pourquoi ces Oiseaux ont disparu. La nourri- ture était suffisante et aurait diî leur convenir. Dans la terre de Grinnell ils recherchent exclusivement le Haxatlle, oppoùtlfoUa : or cette plante abonde même sur les montagnes des Feroë. Cependant, leur climat relativement doux et humide difïèro de celui du Groenland qui est plus sec et plus froid pendant l'hiver. Il est possible que quelques Tétras subsistent sur certains sommets des Stromoë et des Sandoë qui n'ont pas été explorés. Pourtant, c'est peu probable. Car ces régions sont visitées par les pâtres qui y ras- semblent leurs troupeaux à certains moments de l'année et qui re- (1) Voir Bci-ue des Sciences naturelles applijm'es, 1891, t. II, p. 313. ii REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. connaîtraient fort bien le vol caraclérislique d'une compagnie de Plarniigans. Peut-èire réussirait-on mieux avec des Ptarmigans importes d'Is- lande. Dk S. Le Sandre acclimaté dans le lac de Constance. — Le Sandre Lacioperca sandra Cm. , introduit il y a quelques années dans le lac de Constance, prospère et devient une ressource importante pour la région. L'hiver dernier, les bateaux qui traversaient de Romanshorn à Lindau en apportaient chaque jour des paniers d'une vingtaine de livres. Les poissons pesaient de deux à trois livres. Mais, dans cer- taines localite's, on en a pêche' d'un poids de neuf à onze livres. L'es- pèce habile le Nord-Est de l'Europe. Elle manque en France, en Suisse, en Italie et en Angleterre. Sa chair blanche est très estimée. De B. La pêche du Saumon dans le Rhin près de Saint-Goars- hausen. — Le Zoolor/ische Garten publie d'après le Saiat-Goarer Kreisblatt les renseignements suivants : pendant la saison 1890-91 on a pris dans les deux Erbleifisch erei pour Saumons, Wooglung et "Woogsann seulement 12 Saumons d'un poids total de 197 livres. Le produit net de la vente se monte à 429 francs dont l'Elat eut 154 francs à recevoir. Le poids des Poissons variait de 10 à 16 livres. Les années pre'ce'denles furent plus pi-oduclives. PÊCHE Poids Produit de la vente. 1889-90 104 Saumons 1.609 livres 3.000 francs. 1888-89 200 — 3.624 — 6.219 — 1887-88 151 — 2.968 — 3.261 — 1886-87 183 — 3.224 — » — G. Le fruit du Fusain. — Le fruit de VEvonymus Europœus est une pctile capsule globuleuse, déprimée, marque'e de 3-5 côtes saillantes, prenant une couleur d'un rouge vif à la maturité ; il renferme quelques graines blanchâtres enveloppe'es dans un arille rouge orangé. Ces fruits, très recherchés naguère pour la teinture en jaune, sont encore quelquefois utilisés dans les campagnes pour guérir la gale des animaux domestiques en les faisant infuser dans du vinaigre. Quoique d'un usage assez restreint au point de vue industriel, les graines et leur arille sont surtout intéressants sous le rapport de leur composi- tion chimique e'iudiôe assez récemment par M. Lepage. Les graines seules, sechées à l'air libre, contiennent de la gomme, des matières protéiques, du sucre incristallisable, un principe amer, etc. ; elles renferment en outre 41,50 % d'une huile fixe, fluide, d'une couleur jaune tirant sur le brun, presque insoluble dans l'alcool, et supportant CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 4j jusqu'à — 10 degrés sans se congeler; sa densité est de 0,921. Celte huile donne avec .'a soude caustique un savon dur propre aux usa"-es domestiques, et produit sur les Chiens un effet légèrement purgatif. Employée pour l'éclairage, surtout en Allemagne, elle produit une lumière vive et belle. Quelques auteurs la disent bonne pour ralinien- tation, quoique posse'dant une odeur particulière et une saveur qui rappelle un peu celle de la plante Le rendement est d'environ un litre par 10 litres de graines Quant aux arilles, M. Lepage en a extrait environ 25 "/o d'une huile grasse, d'une belle couleur rouge, présen- tant une consistance gélatineuse à — 11 degro's. Le principe amer ou Emmjmine a pu èlre obtenu sous forme de cristaux solubles dans l'alcool, d'une saveur amère et désagréable. Le tanin des graines colore en vert les sels de sesquioxyde de fer. Enfin, M. Kubel a retiré du cambiuni un principe ternaire isomère avec la mannite et qui en diffère par sa structure cristalline et son ' point de fusion : c'est VEvonijniite. J. G. L'Hovenia dulcis. — Au moment où les petites capsules qui constituent le fruit de VHovenia dulcis couimcncent à sécher, c'est-à- dire vers le milieu ou la fin de l'automne, les pédoncules se tume'fient, deviennent jaunâtres, charnus et sont comestibles. Leur goiit rappelle celui de la poire de beurre', ce qui leur fait donner, dans quelques localite's du Japon, le nom de Dtokouaashi. Lorsqu'ils sont secs, ces pe'doncules sont très sucre's et peuvent même être substitués au miel dont ils possèdent l'action adoucissante. D'après une croyance japo- naise, les enfants qui consomment une grande quantité' de ce fruit singulier n'ont jamais la petite ve'role ; on croit encore qu'ils dissipent l'ivresse produite par l'abus du Saké, sorte de bière composée avec du riz fermenté. Suivant M. Schmitt, les pe'doncules sépares des rameaux et des fruits et traités convenablement, e'taul secs, ont donne' 28 gr. 570 p. 100 de sucre interverti ou glucose. Ils ne renferment alors pas de sucre de canne, soit que la plante n'en produise pas normalement, soit qu'il se transforme en glucose par la dessiccation. Or, 28 gr. 570 cor- respondant à 13 gr. 84 d'alcool absolu, il serait facile de tirer parti de ce produit par la fabrication d'uu vui ou d'une boisson alcoolique quelconque. D'accord avec l'auteur, nous croyons utile de rappeler ce fait à la connaissance des propriétaires algériens, qui peuvent trouver une res- source nouvelle dans la culture de Vllovenia dulcis. .M. V.-B. Le Caoutchouc de Sumatra. — Le Caoutchouc, connu dans le commerce sous le nom Getah Gltaag. a une grande valeur, mais il ne peut obtenir son prix sur le marche de Smgapore parce qu'il est re- cueilli par des indigènes, selon l'habitude des Malais, sans le moindre 46 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. soin. Ils coupent tout simplement les branches de l'arbre et laissent couler le suc par terre. Ils reviennent ensuite après pour recueillir ce suc épaissi, mêle de sable et d'autres matières étrangères. Ce produit sali n'a pas de prix. Le Getab Gitang pousse dans les forêts du sud et de l'est de Su- matra et y est récolté par les indigènes. C'est une plante grimpante qui pousse à l'ombre des arbres. Il est probable qu'elle ne pousserait point sur un terrain ouvert. Pour tenter cette culture, il faudrait donc choisir une terre plantée d'arbres. M. d'E. Le Jujube. — Le fruit du Jujubier commun est un petit drupe ovale-obloug, composé d'un péricarpe mince, de couleur jaune rou- geâtre à maturité, d'une chair blanche ou jaunûlre, succulente, assez ferme, inodore, qui est la partie comestible et, enfin, d'un noyau osseux, rugueux, à deux loges renfermant chacune une semence. Les Jujubes frais constituent un aliment sain, nutritif et d'un goiît agréable; leur saveur est mucilagcuse, acidulé et très légèrement astringente. Ces fruits, connus dans le Bas-Languedoc sous le nom ds Guindoulos, sont manges abondamment dans le midi de la France et en Orient. Ceux que l'on trouve dans le commerce ont été séche's alternativement au soleil et au four, sur des claies disposées à cet effet. Par la dessiccation, la pellicule extérieure se ride, la pulpe s'a- mollit et devient spongieuse; dans cet état, les jujubes sont beaucoup plus sucrés, mais en même temps d'une consistance qui les rend plus difficiles à digérer. Ces fruits se composent chimiquement de tanin incrislallisable, d'acide zizi/phique (Latour), de sucre et surtout d'un mucilage doux et visqueux, soluble dans l'eau. En médecine, les jujubes privés de leur noyau font partie des Quatre fruits pectoraux. On les considère comme très adoucissants dans les irritations du poumou ; ils exercent e'galement une action utile dans la néphrite, les inflammations de la vessie, les affections calculeuses, etc. Les jujubes font quelquefois partie de la pâfe de jujube dans laquelle n'entrent souvent que de la gomme et du sucre auxquels on ajoute des substances aromatisantes. J. G. Usage des baies de Sapindus. — Un des caractères généraux de la plupart des espèces du genre Sapindus est de renfermer dans leurs diverses parties, surtout dans la pulpe des fruits, un principe particulier, amer, de nature alcaline, la Saponine, qui possède la pro- prie'té de rendre l'eau mousseuse et de produire sur le linge une action analogue à celle du savon. Les fruits du Savonnier ou Arbre à savon des Antilles [Sapindus sapo- naria) portent les noms de -< Pommes de savon, Cerises gommeuses »; ce sont des baies arrondies, de couleur rougcâtre, dont le péricarpe CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 47 se compose d'une pulpe transparente, visqueuse, astringenta, de sa- veur acre et amère. Ces fruits étant très riches en saponine, sont frc'quemment utilisés au lavage et au dégraissage des e'toffes de laine, de soie et d'alpaga auxquelles ils communiquent de la souplesse et un nouveau brillant après chaque lavage. Leur mode d'emploi est très simple : il suffit d'écraser les baies, d'en séparer la graine et de faire bouillir la pulpe, dans uuo quantité suffisante d'eau, pendant un quart d'heure environ. On laisse tremper l'e'toffe à nettoyer pendant une nuit, et, le lende- main, il ne reste qu'à la frotter et à la rincer dans l'eau claire pour obtenir un tissu de la plus grande propreté. Ce procédé otire, en outre, un grand avantage, celui de laisser aux lainages leur blancheur primitive, toujours altérée par les lavages aux savons, même ceux de meilleure qualité. Dans l'Inde, les fruits du Sai^indus emarginatus sont employe's exclusivement pour laver les soieries, tant foulards de l'Inde impri- més, que corahs ou Inulards bruts et eu pièces, dont on emploie une très grande quantité pour la confection des vêtements d'hommes et de femmes. L'usage des « Graines de Kita » est encore d'un emploi très répandu chez les dames de l'Inde pour se laver la tête et débarrasser leurs longues chevelures des corps étrangers qui flottent continuelle- ment dans l'air. Au lieu de rendre les cheveux rudes, secs et cas- sants comme le font le plus souvent les savons les plus délicats, l'eau de Rita leur communique un aspect soyeux et brillant ; de plus, ils ont encore une tendance à se friser naturellement. Cette opération se fait aussi avec le môme succès sur les chevaux et chaque lavage ajoute à la beauté de leur robe. L'écorce de la tige et des racines possède les mômes pvoprie'tés dé- tergentes que la pulpe du fruit, mais il s'y rencontre un principe acre et caustique uni à la saponine, qui attaque et corrode les tissus, ce qui a fait dire, à tort, par plusieurs auteurs que les '<■ Pommes de Savon w usaient rapidement le linge en le brûlant. Aux Antilles et au Sénégal, le suc visqueux des fruits du Sapindus Saponaria est utilise' dans la médecme indigène pour combattre les hémorrhagies utérines, soit en injections, soit pris intérieurement. En Angleterre, on eu prépare un vin que l'on dit excellent pour cal- mer les coliques. Les noyaux, noirs, presque ronds et très durs, sont souvent utilisés pour faire des chapelets, des colliers et bracelets et auties ornements de parure. L'amande qu'ils renferment contient une huile que l'on retire par expression ; d'une saveur douce avec un léger goii! de noi- sette, cette huile est bonne pour l'alimentation, lorsqu'elle est fraîche, et pour l'éclairage quand elle est vieille. M. V.-L'. III. BIBLIOGRAPHIE. Les Orchidées, ^Manuel de l'amateur, par D. Bois, assistant de la chaire de culture au Muséum d'histoire naturelle. 1 vol. in-16 de 323 pages avec 119 figures, cartonne' (Bibliothèque des connaissances utiles), 4 fr. — Librairie J.-B. Bailliére et fils, lï), rue Hautefeuille, à Paris. Après être reste'es, pendant de nombreuses années, confinées dans de rares collections, où on les conservait difficilement et à grand frais, les Orchide'es, qui, en somme, n'exigent que des soins judicieux, sont devenues les fleurs à la mode : elles se sont rc'pandues à ce point, qu'aujourd'hui il n'est pas de serre qui n'en renferme au moins quel- ques représentants. Ces plantes, si bizarres par leur mode de végétation, aux fleurs d'une beauté' si originale, si agréablement parfume'es et d'une durée atteignant parfois plusieurs mois, sont sans rivales pour l'ornement de nos serres. Coupées et mises dans l'eau, les fleurs conservent leur fraîcheur pendant un très long temps ; aussi s'explique-t-on parfaite- ment l'importance de plus en plus grande du commerce auquel elles donnent lieu. Les amateurs de ces belles plantes sont devenus le'giou. Des jour- naux spéciaux ont e'té cre'e's pour faire connaître les espèces nouvelles introduites par les voyageurs, ou les hybrides obtenus entre espèces déjà connues. Mais, à part quelques rarete's qui se vendent au poids de l'or, les importations d'Orchidces ont ete si considérables dans ces dernières anne'es, que môme les plus belles espèces sont maintenant accessibles à la grande majorité des amateurs. Le livre de M. Bois contient un choix des Orchidées les plus orne- mentales. Un tableau synoptique, accompagne' de figures explica- tives, des descriptions claires et précises, permettront d'arriver à en trouver les noms corrects, ainsi que l'indication de leur pairie ou de leur origine et le genre de culture qui leur est favorable. L'amateur d'Orchidées trouvera dans ce livre les notions qui lui sont indispen- sables pour suivre la culture de ses collections, et se rendre compte des procédés de plantation, d'arrosage et do multiplication qui leur conviennent. M. Bois, assistant au Muséum, est bien connu des horticulteurs et des amateurs par les deux volumes qu'il a précédemment publiés dans la môiiie collection sur Le Petit Jard'u et sur Les Plantes d'appartement. Son nouveau volume ne peut manquer d'avoir le môme succès que ses aîne's. Le Gérant: Jules Grisard. I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. VIEILLES CHASSES ET ANIMAUX DISPARUS Par m. le Baron DE NOIRMONT. Une revue allemande, Daheim, Velliagen iind Klaslng's neue Monatshefte, publiait dernièrement (1), à Leipzig, un article intéressant (2) sur les chasses de l'ancien temps {Jagd- bikler ans altcr Zeit] (3), dans lequel M. Knackfuss, qui n'avait peut-être pas lu nos études sur le ni»^me sujet, con- firme et complète ce que nous avons dit de ces sports histo- riques, ayant pu consulter certains documents que nous n'avions pas alors à notre disposition. C'est pourquoi il nous parait intéressant de revenir sur ce sujet, qui est encore loin d'être épuisé. Il y a, dans le travail de M. Knackfuss, des pages curieuses sur les chasses du moyen âge, que nous analyserons en y joi- gnant des passages, extraits d'anciens auteurs allemands. A son entrée en matière, M. Knackfuss cite, comme les preuves incontestables les plus anciennes qu'on possède de l'existence de l'homme en Europe, des représentations d'une bête de chasse trouvées en France et en Suisse. Ce sont des ossements fossiles de Renne, sur lesquels l'image du Renne lui-même est gravée avec un sentiment de la vie et une sûreté de dessin qui pourraient faire envie à plus d'un anmialier moderne (4). A quelle époque ces antiques dessins ont-ils été exécutés ? Tout moyen de calcul nous fait défaut ; ils peuvent être antérieurs de milliers d'années aux plus anciens ouvrages figurés de l'antiquité égyptienne. (1) Août 1889. (2) Cet article est illustré de l'ort jolies gravures que nous regrettons de ne pouvoir reproduire. (3) Images de chasse de l'ancien temps. (4) Voir dans l'ouvrage de M. A. Bertrand, Archéologie celtique et ffauloise, une reproduction très exacte du plus remarquable de ces dessins, découvert en 187 1 à Thuïngen, dans les environs de Schatihouse. 20 Juillet 1893. 4 m REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Après avoir passé en revue les monuments assyriens où les scènes de chasse tiennent une si grande place, l'auteur alle- mand donne l'analyse des documents les plus anciens que nous possédions sur les chasses de notre Europe, et qui se trouvent intercalés d'une si étrange façon dans les Conimen- i aires de César (1) : « La guerre que César dut faire à quelques tribus germa- niques qui infestaient les frontières de la Gaule le mit en contact avec ces voisins turbulents. Ce fut le premier rayon de lumière qui pénétra les ombres des forêts de la Germanie. » L'illustre Romain, dans ses récits de la guerre des Gaules, n'a pas dédaigné de décrire, comme choses dignes de re- marque, ce qui lui paraissait le plus étrange parmi les qua- drupèdes habitant ces forêts primitives. » Il est difficile d'admettre qu'il ait m de ses propres yeux les animaux en question ; mais il a certainement vu leurs cornes, qu'il décrit évidemment d'après ses observations per- sonnelles. » 11 mentionne d'abord le Renne, qu'il appelle un Cerf snn- hlaole à un Bœuf (2), dont la corne est plus haute et plus menue que celle des autres Cerfs et se termine par des an- douillers écartés comme des palmes ou des rameaux. » Il est douteux que le Renne se montrât encore à cette époque dans la forêt liercynienne, César n'en ayant point vu un bois entier, mais seulement une des perches (ou branches), qui pouvait avoir été apportée de fort loin dans le Nord. Ce- pendant, il a su fort exactement que les deux sexes portaient des bois d'égale force (3). César cite, en second lieu, l'Elan, dont il indique les larges paleltes [Schaiifeln) sous le nom de cornes tronquées (4). Tandis qu'il ne donne aucun nom au Renne, il reproduit très exactement le mot tudesque Elch par Alces. Nous igno- (1) Voir la Revue des Dcux-2Iondes, d'avril 18S7. (2) Plutôt un Bœuf semblable à un Cerf, Bos Cervi figura. (3) Il y a ici une légère erreur : la femelle du Renne, seule dans le j^cnre cerf, porte des bois, mais un peu plus petits que ceux du mâle. [Il] Le nom de palettes^ en style de vénerie, s'applique aux bois aplatis du Daira. Les bois beaucoup ]ilus larges de l'Elan se nomment pelles [Schaufeln en allemana). Cette interprétation des mots de César, iniitilm sunt cornihus, est loin d'être généralement adoptée. La plupart des traducteurs les interprètent par t dépour- vus de cornes •, VIEILLES CHASSES ET ANIMAUX DISPARUS. 51 rons quel langage le général romain employait pour s'en- tendre avec les témoins qui lui révélaient les mystères de l'Hercynie; mais que ceux-ci aient su parler un très bon « latin de chasseur » (1), c'est ce qui résulte de l'historiette qu'ils lui ont contée sur la manière de prendre les Élans. « Ils n'ont point d'articulations aux jamhes et, par suite, ne se couchent jamais pour se reposer, et lorsqu'ils sont tombés, ils ne peuvent se relever. Les arbres leur servent de lits ; ils s'y appuient, et prennent ainsi, en s'inclinant, un peu de re- ])0s. Quand les chasseurs ont reconnu, par leurs traces, l'en- droit oii les alccs ont pris l'habitude de se retirer, ils y déra- cinent tous les arbres ou les scient de façon à leur laisser l'apparence d'être debout. Lorsque les animaux viennent s'y accoter, suivant leur habitude, ils font tomber ces arbres sans résistance et tombent avec (2). » En troisième lieu, César nous montre le plus puissant ani- mal des forêts germaniques, YUrus, sous son nom tudesque, comme VAlcc (Ur ou Urochs) ; il exalte la force et la vitesse de ce taureau sauvage, dont la taille n'est que de peu infé- rieure à celle de l'Éléphant et qui attaque aussi bien l'homme que tout autre animal de proie, dès qu'il l'aperçoit. On prend les Unis dans des fosses. « Les jeunes gens s'endurcissent et exercent leur adresse en les combattant; ceux qui en ont tué le plus grand nombre font montre de leurs cornes comme trophées, et obtiennent beaucoup de louanges. » César dit encore de VUrus que les essais pour le dompter, même lorsque ces animaux sont pris tout jeunes, ne réussis- sent pas, et que leurs cornes gigantesques, garnies d'argent, servent aux indigènes de coupes à boire dans leurs festins d'apparat. Les poursuites acharnées dirigées contre les Urus ou Au- [\] Gain (jutes Jarjcrlatcin, en français, des hâbleries de chasseiir. (2) Dans le numéro de septembre 1889 de celte même revue Dahciru. on lit un article très bien l'ait sur TElan [ilas Elrhwild), par M. Schlolfeld, avec d'excellents dessins de M. R. Friese. M. Schlolleld croit comme nous que le général romain s'en était laissé conter par un Germain, peut-être aïeul du célèbre baron de Miinchhausen, après avoir vidé plus d'une corne d'hydromel. Voici, du reste, une explication assez plausible de la bizarre lét;eude qui donnait à VAlce des jcmbcs sans articulations : l'Elan a toujours passé pour très sujet au mal caduc. Supposez qu'un de ces animaux ait un accès en vue des chasseurs, il est évidei.t que ce prand et pesant quadrupède tombé ne se relèvera pas aussi lestement qu'un Cerf ou un Chevreuil, et que si le pa- roxisme se prolonge, les chasseurs auront toute facilité pour s'en emparer. 52 REVUE DES SCIEiNCES NATURELLES APPLIQUÉES. rochs à cause de leur férocité paraissent en avoir rendu l'espèce rare d'assez bonne heure. L'Urus est néanmoins cité fréquemment pendant tout le moyen âge avec son congénère, le Bison [Wisent), qui, dans la suite des temps, avait reçu aussi, par confusion, le même nom dJ Auerochs. Le poème des Niehelungcn fait tuer au héros Siegfrid, pendant sa grande chasse dans le Wasgenioald, un W'isent et quatre Urochs. Dans le roman d'Iwein (1), les Wlsents et les Urochs sont nommés en même temps. Un chroniqueur poméranien, par- lant d'un Wisent tué en 1364, fait remarquer qu'il était plus grand qu'un Urochs. Au commencement du quinzième siècle, les deux espèces sont mentionnées comme existant ensemble en Prusse. V Urochs apparaît encore isolément longtemps après en Allemagne. « L'Exposition de chasse, pêche et sport, ouverte cet été (LSR9), à Cassel, a montré, comme une des grandes curio- sités de sa section historique, les cornes d'un Urochs, tué, vers l'an 1600, dans le Primerwald, près de Gùstrow (Mec- klembourg-Schwerin). Ces cornes gigantesques, appartenant à M. le comte de Schlieffen, à Schlieffènberg, en Mecklem- bourg, sont identiques, par leur dimension, aux cornes fossiles du Bœuf des âges préliistoriques (2), tandis qu'on les distingue à la première vue de celles des Bisons, appelés de nos jours Auerochs, lesquelles sont représentées dans la même Expo- sition par toute une série de tètes. « Nous devons à un écrit du baron de Herberstain, accré- dité près du roi Sigismond-Auguste de Pologne comme con- seiller d'ambassade (Reducr), qui visita deux fois la Russie, en 1517 et 1526, avec une mission de l'empereur d'Alle- magne (3), la description la plus complète de l'Urus et du Bison, avec figure de ces deux animaux (4). » Par lui, nous apprenons que, dès lors, pour empêcher la destruction de l'espèce, les Urochs étaient conservés, en Ma- zovie, dans des enceintes à part. (1) Traiuclion allemande du romau de Chrestien de Troyes (xiii» siècle), in- titulé Yvain ou le Chevalier au lijon. (2] Bos primigenias des paléontologistes. (3) 1517, Masimilien I"; 1526. Charles-Quint. (4) La figure très l)ien faite de VUrus le représente comme uu Bœuf très épais de corsage avec de hautes cornes, le poil ras et les jambes courtes (comme dans la figure donnée par Gesner). Au-dessus est écrit, en allemand : « Je suis uu iirus appelé par les Polonais un tur, par les Allemands, un Auras et au- jourdimi, par les ignorants, ua ôisoii i^bisons). • VIEILLES CHASSES ET ANIMAUX DISPARUS. 53 » h' Unis apparaît, pour la dernière lois, en 1G69, dans la relation d'un voyageur (Gratiani), qui a vu des Aiierochs et des Wisents dans le parc de I linigsberg, et goûté de la chair des veaux tV Aiierochs. » Depuis lors, cette puissante espèce de bœufs sauvages est complètement éteinte, et le Wisent a immédiatement hérité de leur nom. Ilerberstain remarque déjà que les Allemands, par ignorance, appellent parfois le Wisent, Uroclis. « « Le Wisent ou Bison, qui, certainement, vivait en grand nombre dans la forêt hercynienne, n'est pas mentionné par César, probablement par la raison que ce bœuf sauvage n'é- tait pas inconnu de l'antiquité classique. Pline, qui rapporte dans son Histoire naturelle que l'Urus est remarquable par la grandeur de ses cornes et le Bison par sa crinière touffue, dit que, de son temps, des Bisons vivants avaient été amenés de Germanie à Rome i)Our figurer dans les combats d'ani- maux de l'amphithéâtre. Il transcrit aussi le nom tudesque de la bête par le mot hisontes. » Un passage du chroniqueur langobard Paulus, fils de Warnefried (1), mérite d'être remarqué : lorsque les Lango- bards traversèrent les Alpes en 568, ils rencontrèrent des troupeaux de Bisons sur la montagne d"où leur roi Alboin aperçut pour la première fois l'Italie, et qui fut, par la suite; appelée le « mont du roi » [Kônigsherg]. Le chroniqueur ajoute que la chose ne parut pas extraordinaire, puisque cette chaîne de montagnes s'étend jusqu'en Pannonie, où ces ani- maux sont si communs. Un vieillard « très ami de la vérité » raconta à Paulus qu'il avait vu la peau d'un Bison tué sur cette même montagne, et qu'elle était si grande que quinze hommes auraient pu s'y coucher côte à côte. Le Bison parait encore avoir été répandu dans toute l'Allemagne au dou- zième siècle; sainte Hildegarde, contemporaine de l'empereur Frédéric Barberousse (mort en 1189), recommande, dans un de ses écrits, la chair du Bison comme très salubre. » Peu à peu, il fut repoussé de plus en i)las vers le nord- est. En Prusse, les Bisons étaient encore nombreux au quin- zième siècle, mais au dix-huitième, il ne s'en trouvait plus que dans une forêt située entre Labiau et Tilsit (50 kilomètres au nord-est du Kônigsberg), où on ne les cliassait plus ; mais 1 Gel historien du viii° siècle est généralement connu sous le nom de Paul Warnel'ride ou de Paul Diacre. oi REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. de temps en temps on en capturait quelques-uns pour les envoyer en présent à quelque cour étrangère. C'est ainsi qu'en IIH, deux Bisons lurent envoyés à Cassel pour être offerts au landgrave Karl. « Le dernier Bison de Prusse doit être tombé sous la Lalle d'un braconnier en ITio. » L'espèce du Bison européen qui, à la lin du siècle der- nier, a été détruite en Hongrie, oîi elle existait encore en bon nombre au dix-septième siècle, a trouvé, comme on le sait, son dernier refuge dans la Ibrèt de Bjcdov^csch {sic}, et ré- cemment le prince de Plesz l'a introduite de nouveau en x\llc- magne dans une Ibrèt close de la Haute-Silésie. » Herberstain donne les détails suivants sur la chasse de ces puissants animaux : ))• Ceux qui chassent les Bisons doivent être doués de beau- V COU]» de vigueur, d'adresse et d'expérience. On choisit un » terrain de chasse bien approprié oii les arbres se trouvent » à distance égale. Il faut aussi que leurs troncs ne soient pas » trop épais pour qu'on puisse facilement tourner autour, ni » trop minces pour qu'ils sulflsent à couvrir un homme. Les » chasseurs se postent isolément derrière ces arbres, et » lorsque le Bison, poursuivi }>ar les Chiens, arrive en tem- » pête [Hervorstih-mi), il charge furieusement le premier » chasseur qui se trouve devant lui. Celui-ci se met à l'abri » derrière son arbre et perce, oii il peut la bête sauvage, de » son épieu. Lorsque celle-ci, en attaquant le chasseur, peut » seulement atteindre son habit et l'attirer à soi (1), elle ne )) l'abandonne pas avant de l'avoir tué. Mais si quelqu'un, fa- » tigué de courir et de frapper, veut prendre un moment de )) repos, il présente à la bête un chapeau de feutre rouge, sur » lequel celle-ci passe sa colère avec ses pieds et ses cornes. » Dans le cas où la bête n'est pas encore complètement morte, » si un autre chasseur veut prendre part au combat, comme » il est nécessaire pour que tous puissent quitter la place » sains et saufs, il attire le Bison à lui en criant une fois il'une » voix rauque : Lulnlu. » » La figure que donne la revue allemande, d'après Herber- (1) Le passage d'Herberstain, tel que le donne la Pologne pittoresque^ est bien plus élrunge : « Ou racontait que si, dans sa rage, la bêle l'arouclie dres- sait la queue, la force eu était telle, qu'eu louchant Thabil d'un chasseur elle l'arrachait et entraînait celui qui en était revêtu. • VIEILLES CHASSES ET ANIMAUX DISPARUS. So stain est tout à fait l'image cVun Bison de Bialowiez, avec une certaine exagération de la bosse. On lit au-dessus : « Je » suis un Bisons, que les Polonais appellent un Zuber^ les » Allemands un Disont ou Dondhier [sic), et les ignorants » un Aicrox. » Ici finissent les pages où l'auteur allemand a traité de,s ani- maux chassés dans la forêt hercynienne du temps de César. M. Knackfuss y revient un peu plus loin en parlant des grandes chasses de parade que les rois de Pologne faisaient au dix- huitième siècle, dans la foret de Bialowiez, où les Bisons tom- baient par centaines. Avant de le suivre sur ce terrain, il ne nous semble pas hors de propos de donner quelques détails sur la manière dont on s'y prenait pour conduire aux princes étrangers les Bisons destinés à figurer dans les combats d'ani- maux, appelés en allemand Kampfjagen (1) , auxquels les souverains de toute l'Allemagne ont pris si grand plaisir jus- qu'à la fin du dix-huitième siècle (2). Dans un traité de chasse, imprimé en 1719, à Leipzig, sous le titre du Parfait chasseur atlcniand [Der vollkonimene deutsche Juger), llanns Friedrich von Fleming, après avoir exposé comment, par suite du défrichement des immenses forêts de la Germanie, les Aiieroclts ou Bisons se sont retirés dans les contrées du septentrion, Litliuanie, Russie, Prusse, ajoute que la chair de ces animaux était grossière et indi- geste ;3), ils sont considérés comme absolument nuisibles à l'homme, et ne sont mentionnés dans son livre qu'à cause du plaisir que prennent les grands seigneurs à les faire combattre avec d'autres animaux dans les chasses d'amphithéâtre, où ils montrent beaucoup de vigueur et de vélocité (4). 1) Comme les Romaios nommaient « chasses • (vcnationes les combats d'ani- maux de l'amphithéâtre, \i) Le docteur Robert Townson vit encore en 1793, à Vienne, un Aurochs privé scïx uni à des combats d'animaux. < On lui lâcha huit ou dix Chiens; il ne bougeait pas, baissait son mullle à terre, et, avec ses courtes cornes, se débarrassait facilement de ses adversaires, abattant d'un coup de pied ceux qui Tattaquaient par derrière. » [Voyages en Hoiuiric, etc., traduction t'rançaise, t. IL) Cet Aurochs avait été pris très jeune en Hongrie. Dans le Dictionnaire (hi sciences naturelles, publié à Paris, en 18U3, l'ancien collaborateur de BuH'on, Sonnini, dit que les Aurochs ont péri en Hongrie pendant les dernières guerres. (3) Grohes v.nverdauliches Fleisch. Probablement celle des vieux mâles qui, de plus, exhalent une iorte odeur de musc. Le nom du Bison serait dérivé, suivant quelques-uns, du mot allemand Bisani (musc). La chair des jeunes animaux était, au contraire, fort appréciée. (4) On a vu souvent en Prusse des combats de ces animaux contre des 56 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. » Tls sont capturés ou plus souvent élevés exprès pour être envoyés en Allemagne, et comme leur force terrible et leur énorme taille ne permettent pas de les transporter dans des caisses, pour les conduire, on les attache avec de grosses chaînes entre deux chariots lourdement chargés de jjierres, Tun devant, l'autre derrière. Le célèbre peintre de chasses et d'animaux Ridinger(l) a représenté plusieurs fois VAiierochs soit isolé, soit chassé par des Chiens. Sur une de ces planches, on voit un de ces tau- reaux sauvages terrassant un Léopard. En 1760, on chassait encore quelquefois TAurochs dans des parcs réservés, où les grands seigneurs conservaient, pour leurs plaisirs, « ces animaux farouches, doués d'une force et d'une agilité extraordinaires », qui ne se trouvaient plus en liberté dans les forêts. On les tirait avec des carabines rayées de fort calibre, et s'ils ne restaient pas sur le coup, on les fai- sait coiffer par des Dogues d'Angleterre et autres Chiens de force, très vigoureux, qui finissaient, non sans perte, par ar- rêter le terrible animal, si bien que le chasseur pouvait lui donner le coup de grâce (2). Après avoir passé rapidement en revue les différents mo- numents représentant les chasses du vieux temps [Jagdbilder ans altcr Zeit), M. Knackfuss revient aux Bisons de Bialo- \viez : « Les grands du temps rococo (Rokoliozeit), à quelques exceptions près, aimaient à chasser sans péril et sans peine ; ils imaginèrent de tuer en sécurité, du haut d'une tribune, les animaux qu'on leur rabattait en masse (3). Les dames pre- naient aussi part à ces « chasses de cour [Hofjagde). Dans une brillante chasse, organisée par le roi de Pologne Au- guste III, dans la forêt de Bjaloivesch, la reine, placée sur un échafaud élevé, tua vingt Bisons de sa main, s'amusant, entre temps, à la lecture d'un roman français. » Ours, des Sangliers, des Chiens, et c'est Frédéric-Willielm I''', électeur de Braudebourj^-, qui, au rapport de Chrétien Menlzelius, observa le premier que le cerveau et le crâne des Aurochs avaient une odeur de musc. (1) Né en 1695 ; mort en 17(J7. (2) Voir la série des <;:ravures intitulée : Animaux de chasse àUaqtifs par des Chiens de races diverses, Johann Eiias Ridinger, 1761 ; Die von den verschide- nen Arthcn (sic) der Hunden behaeste Jagdbare Thiere, pi. II. (3] Ceci n'est exact que pour l'Allemagne. Ces grandes tueries dans les toiles, qui portaient le nom spécial de chasses allemandes, ne figurent qu'exceptionnel- lement parmi les chasses royales et princières de France. VIEILLES CHASSES ET ANIMAUX DISPARUS. 57 On comprend facilement, comme le dit M. Knackt'uss, que les écrivains du vieux temps ne se soient pas crus obligés de raconter les chasses vulgaires et sans danger qui se faisaient tous- les jours. On en trouve néanmoins des récits là oîi on aurait le moins pensé les rencontrer. C'est ainsi que M. Knack- fuss a découvert la description assez animée d'une chasse an Lièvre dans une Vie de saint Marti)/, écrite au seizième siècle, par le poète latin Venantius Fortunatus. « Une troupe à cheval de chasseurs fend l'air joyeusement. L'odorat subtil des Chiens a éventé une proie dans les brous- sailles, les cavaliers galopent à travers champs et suivent la chasse à grands cris. Les Chiens s'élancent avec ardeur pour forcer le Lièvre fugitif. Découplés sur ses traces, ils se préci- pitent en bondissant avec de grands abois et des grincements de dents ; emportés par le désir de saisir leur proie, tantôt dispersés et tantôt se pressant sur les pas les uns des autres ; l'un est muet, l'autre remplit l'air de ses aboiements ; celui-ci fouille un buisson vide cherchant une trace perdue, celui-là est arrêté dans sa course par des branches qui le frai>pent ; tous sont altérés du sang de la bète ; plus d'un mord le vide lorsqu'il est sur le point de happer le Lièvre qui se dérobe lestement aux griffes (sic, Krallen) qui vont l'atteindre, et, à l'instant où la meute s'empresse, la petite bète s'échappe adroitement. » Suit l'analyse d'un poème , dont l'auteur (probablement Angilbert, chapelain de rem})ereur) décrit avec tous ses dé- tails une somptueuse chasse de la cour de Charlemagne dans un vaste parc clos de murs, traversé par une rivière et ren- fermant dans son enceinte des bois et des prairies. C'est dans ce parc, situé près d'Aix-la-Chapelle, que le grand Karl pre- nait plaisir à poursuivre avec ses Chiens ou à percer de ses flèclies les Cerfs et les Daims.» Après, vient le tableau plein de vie du cortège princier avec ses riches costumes oii brillent de toutes parts l'or, les étoffes précieuses et les pierreries, sans parler des fourrures d'her- mine et de taupes. Comme on peut lire l'analyse du poème d'Angilbert dans V Histoire de France de MM. Bordier et Charton, et dans l'ar- ticle d'Amédée Thierry, intitulé Charle^nagnc et les Huns {Revue des Deux-Mondes, 15 février 1856), il nous semble inutile de suivre plus longtemps M. Knackfuss sur ce terrain. 58 HEVUE DES SCIENCES NATUIŒLLES APPLIQUEES. Après avoir reproduit la peinture animée tracée par Angil- ]jert, l'auteur allemand nous raconte, d'après d'autres docu- ments, que Cliarlemagne ne dédaignait pas de parcourir les forêts avec moins d'appareil et sous les costumes les plus simples, et que les i)lus illustres parmi les Francs reclier- cliaient avec passion les chasses les plus périlleuses : « Le l)rince mérovingien Tlieudebert perd la vie en chassant IT'rochs, et nous pouvons nous figurer sans peine Karl alfron- tant souvent l'Ours et l' Unis et leur assénant des coups d'épée I)areils à ceux de son père Pépin, lorsque pour donner à tous une preuve de sa vigueur, dans un combat d'animaux il abat- tit la tète d'un Lion acharné sur le col d'un Taïu'eau, et tua le Taureau du même coup (1). « Quelque incroyables que nous paraissent aujourd'hui de tels coujis d'éj)ée, on ne peut mettre en doute leur réalité. Les exercices d'escrime, encore en vogue de nos jours i)armi les populations à demi sauvages des Balkans et du Caucase en démontrent la possibilité. Ce n'est pas la force du bras seu- lement qui permet de porter de i)areils coups, mais plutôt l'adresse acquise par l'exercice qui fait passer comme l'éclair un coup oblique du tranchant (2). « Le poète qui, au douzième siècle, a donné sa forme ac- tuelle au JSlebtiujigenlled, savait sans aucun doute, (ju'il serait compris par ses auditeurs lorsqu'il racontait que, du haut de son rapide coursier, Siegfiùd abattait Wiscnt, Elan, L'rïis et ScliclcJi. K Oii doit certes admirer gr-andement la sûreté de coup d'œil et de main avec laquelle il savait atteindre infaillible- ment les vertèbres cervicales d'un animal fusant ou tenant tète; mais on peut, à ce proi)OS, citer les chasseurs indigènes de Java qui, poursuivant à cheval le Taur-eau sauvage très dangereux du pays, savent, en galopant à ses côtés, lui tran- cher le col de leur jjesant couteau de chasse. » (1) Au lieu du coup d'épée plus ou moins aulheiUi(]ue de Pépin le Bref, il auFdil mieux valu, pour ai'lirmcr les prouesses de Chark-aiagne, citer le passade curieux du moine de Saint-Gall, où l'on voit ce vuillunt chasseur, blessé à la jambe, au moment où il s'elloicc d'abullre d'un coup d''épée, la tête d''un des Lirochs ou Bisons [ufornm vcl hisontiu'iii) qu'il chassait dans les bois voisins d'Aix-la-Chapelle. (2) Quelques olliciers de l'armée d'Afrique se sont exercés, avec succès, a aliatire d'un coup de sabre des tôles de Chevaux, de Bœuls et de Cha- meaux. VIEILLES CHASSES ET ANIMAUX DISPARUS. o9 Le GrinimeschdcJi des jSiehclungcn a donné lieu à d'intei- niinables controverses entre les savants, surtout en Alle- magne. Suivant M. Knackfuss, la description que donne ([(^Vcn'uj- matique animal [der râtselliafte Schclch) la vieille épopée germanique, se rapporte très bien à l'Elan, sauf la furie ba- tailleuse et l'usage dangereux des bois. Cette description à laquelle l'ait allusion notre auteur ne se trouve pas dans le texte des Niebelungen, mais bien dans le glossaire que le docteur L. Braunlels a joint à son édition (le la grande épopée germanique avec traduction en allemand moderne (1). Schelcli, hocJisIiirsch, scliielencl, mit Bart wul Zottdn am Ilalse, Cerl-bouc. louche, avec barbe et longs poils au cou !2). Le docteur ne cite, du reste, aucun texte ancien à l'appui de cette interprétation. Brelim, dans sa Vie des anmiaux (t. Il de la traduction iVançaise), voit aussi dans le Grlniineschelch un vieil Elan mâle, dangereux aux abois (3). }.[. Knackfuss cite, plus loin, une ordonnance de l'emiiereur Otlion T'=^ en date du 2G novembre 943, renouvelée en lOOG et 102,5, qui défend de chasser, sans la permission de l'évêque d'Utrecht, dans la forêt de Drenthe, sur le Rhin inférieur, les Cerfs, les Ours, les Chevreuils, les Sangliers, « aussi bien que la bête appelée en langue germanique, Elo ou Schelo » ; il en conclut que le mystéiieux Grininiescliclch serait synonyme (ï Eldi ou Élan, au moins dans le dialecte du Bas-Rhin. Cependant, dit-il, des Gloses alemannviues (explication de mots de la langue tudes(|ue) indiquent une différence entre XElch et le Schelch, comme le fait plus tard le poème des Niebclungen. M. Gérard, dans sa Faune historique de V Alsace, affirme que le terrible Schelcli était « un taureau Aurochs [Urus de César , un vieux mâle de l'espèce, méchant et formidable », il] Dcr Nlchclunqe Nôt. J'iteœt mit geficnnhcrstehendci- Uchersetzunfj, nchst Eudettniif/ und Worterf/iich, lieraus gegeben von docteur Ludwig Braunlols, Franckfurl am Main, 1846. [i] M. E. de Laveleye , dans son estimable traduction française (Paris et Bruxelles, 1861), dit simplement : • Un terrible cerf a barbe de bouc. > (3) Le capilame Mayne-Keid dit la même chose du JlooiC, qui ne diilere que bien peu de Writ/ual des Canadiens et de l'Elan d'Europe [Ccrviis alces). 60 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. et s'appuie de l'autorité de Scherz [Glossarium medli œvi) qui cite, sous le mot Schelcli le vers des Niehelungen. « On a pensé, continue M. Knackfuss, au Cerf gigantesque [Cervus megaccros); mais la plupart des naturalistes nient la possibilité de l'existence de celui-ci dans les temps préhisto- riques. » Si l'existence du cerf megaceros, aux temps historiques, a été niée par sir John Lubhock, d'autres paléontologistes, parmi lesquels l'éminent M. Lartet, ont cru au contraire pou- voir admettre que quelques descendants du cerf aux bois gigantesques [Cervus m.egaceros [1]), dont les restes se sont rencontrés à la fois dans le nord de la France et jusqu'au i)ied des Pj-rénées, ont survécu, jusqu'aux temps historiques, dans quelques grandes forêts du continent et des Iles Britanni- ques (2). Julins Capitolinus, l'un des auteurs de la collection dite Histoire Au gi(Ste, contemporain de Dioclétien, dit que, dans « la maison aux rostres de Cn. Pompée », appartenant depuis longtemps à sa famille (3), l'empereur Gordien l'Ancien (mort en 237), avait fait peindre « une forêt mémorable [sllva me- 7noraI)ilis), sans doute une de ces forêts artificielles qu'on plan- tait dans l'amphithéâtre les jours de « chasses » solennelles et qu'on remplissait de gibier offert au peuple. Dans cette pein- ture on voyait encore représentés longtemps après, avec des chevaux sauvages, des mouflons [Oi'es ferœ), des élans, des daims, des autruches bardouillées de minium, des onagres, des sangliers et des bouquetins, deux cents cervi paimaii, mixtis hritannis. JStO)i nostînim est tanias componere lites ; si cependant (1) Appelé quelquefois > grand Elan d'Irlande » [Mcgaccros hihernicus] à cause des nombreux ossements trouvés dans les hogs de Tlrlande. Ces restes, d'époque relativement très récente et contemporaine de l'homme, sont en telle quanlué dans certains cantons, que presque toutes les cabanes sont ornées des bois friganlesques du Meijaceros. (2) C'est sur l'autorité de ces naturalistes que M. L. Figuier écrit dans sou livre de la Terre avarU le déluge : . VUrsus spelaus, le Cervus megaceros, le Bos primtqenius sont des variétés d'Ours, de Cerl', et de Bœuf contempo- raines de l'homme et qui sont éteintes aujourd'hui ; nous ne connaissons plus le Cerf à bois gigantesques que les Romains ont iiguré sur leurs mo- numents et qu'ils faisaient venir à' Angleterre {sic) à cause des qualités de sa chair. • (3) In domo rostrata Cn. Pompeii 'jîue ipsius et patris ejus et proavi fuit . Ces rostres ou proues de galères étaient sans doute en souvenir des victoires navales du jeune Pompée. rl>f ùm&m^mê4^mmÉM}^Mm VIEILLES CHASSES ET ANIMAUX DISPARUS. il est permis à un pro- fane d'émettre une opi- nion, je croirais vo- lontiers que le Schelch était un cerf de grande taille, formidablement armé et d'humeur agressive , apparte - nant à une espèce au- jourd'hui éteinte, peut - être descendue du megaceros , dont quelques individus pa- raissent avoir subsisté jusqu'aux temps his- toriques dans l'ile de Bretagne, d'où les em- pereurs romains en faisaient venir pour les combats de l'am- phitliéàtre et aussi pour l'excellence de leur chair (1). On pourrait peut- Htre retrouver le Sclielch dans ces Cervi palmati ou dans les Brliamii de Capitolin, à moins que ces der- niers ne soient des bestiaires et non des animaux. Les grands Cerfs donnés en spectacle dans les amphithéâ- tres, à cause de leur force et de leur na- turel farouche , sont représentés sur un feuillet de diptyque en ivoire , conservé au 61 SIMSIIMISI^IB M ^Ky'*»>t.,jfc (1) Voir plus haut. Cerfs féroces à barbe. (Cliché prêté gracieusement par.Ia maison Hachette,) 62 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. musée Mayer de Liverpool(l). On y voit des bestiaires com- battant des Cerfs tellement formidables, qu'il a fallu installer- dans l'arène des refuges en forme de guérites à portes bat- tantes, où la plupart des gladiateurs ont été contraints de se mettre à l'abri de la fureur de ces bêtes. Celles-ci portent do grands bois à larges empaumures, et deux paraissent avoir de longs poils sous le col. N'aurions-nous pas ici la « portraiture » des Co^vi palmatl ou Britanni de Gordien, dont quelques descendants auraient subsisté , jusqu'au dixième siècle , dans les marais de la Drenthe et sur la rive droite du Rhin ? Si le diptyque est de provenance britannique, ce serait une probabilité de plus. Avec le Schelch se termine la partie du curieux travail de M. Knackfuss. qui se trouve en rai)port avec nos études sur les espèces d'animaux éteintes de la Germanie et de l'ancienne Gaule ; mais, en feuilletant, à propos de ce travail, quelques vieux traités de chasse allemands, j'y ai trouvé, affirmée de la manière la plus positive, l'existence, dans les forêts de l'Allemagne, d'une espèce de félins d'assez grande taille, in- connue de tous les zoologistes anciens et modernes, et par conséquent innommée. Les chasseurs allemands leur don- naient le nom de Kœlberliichsen (lynx-veaux) à cause de leur couleur uniforme, semblable à celle d'un Veau. Je les appellerai Lynx concolores, les assimilant au Couguar [Felis concolor) qui est de même pelage. L'existence relativement récente de ce Lynx concolore , dont nous avons dit déjà quelques mots dans un précédent article (janvier 1889), comme ayant })robablement existé en France et dans les Pays-Bas (2), pourra peut-être intéresser les curieux. Voici en quels termes Fleming, dans son Traité de chasse déjà cité (3), parle du Lynx concolore, qu'il ne connaissait évidemment que par tradition : « Quelques chasseurs expérimentés constatent [staiiiiren] {[\\\\ doit y avoir deux espèces de Lynx, savoir : Lynx-chats et Lynx- veaux [Katz-en nnd KœWerliichsen) . Les Chais doi- vent se trouver principalement sur les sommets rocailleux (1) Ce petit bas-reîief, d'époque incertaine, a été reproduit par le Magasin pittoresque (année 18371 et le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Saglij et Daremberg, 13"' fascicule, v" Diptyciius. (2) V^oir les Chasses de Stradan et Magné de Marolles. (3) Le Parfait chasseur allemand, Leipzig, 1719. VIEILLES CIL4SSES ET ANLMAUX DISPARCï>. G:5 (les montagnes; leur pelage serait moelleux, jaune clair avec des taches rouges et le ventre blanc, et, à cause des froids du Nord, leur fourrure, comme celle de toutes les Lêtes de proie, serait plus estimée de beaucoup. Ils sont aussi plus bas de taille, courts et épais, et de poil plus doux. « Les Veaux, qui habitent les grandes forêts de plaine où il n'y a pas de montagnes, comme dans nos contrées méri- dionales, n'avaient pas la couleur si belle, ni le poil si épais. . . Cependant, ils avaient, comme les Lynx mouchetés, une tête de Chat, avec de longues oreilles pointues, étant, d'ailleui-s, d'un fauve couleur de tuile ( Ziegelroih) comme un veau de paysan nouveau-né, avec des marques blanches (1), élancés et hauts sur pattes. Ils ont été presque entièrement détruits chez nous, Dieu merci ! » Ces Lynx concolores ont disparu de l'Europe entière, car les variétés de Lynx du Nord dont les taches disparaissent en hiver, ne peuvent être confondues avec ce Lynx- veau, parce que leur pelage prend alors une teinte blanchâtre uni- forme. Le Lynx des marais [Felis cJiaus), qui se montre sur les bords de la mer Caspienne et qui aurait pu autrefois s'a- vancer dans l'Europe occidentale, en dinèi'e sensiblement par sa fourrure, d'un gris jaunâtre avec des bandes confuses un peu plus foncées (2). L'espèce féline, qui présente le plus d'analogie avec le Lynx concolore est celle du Caracal [Felis caracal), Lynx d'Asie et d'Afrique qui parait avoir habité dans l'antiquité les montagnes de la Thrace (3). Il est plus petit que le Loup- cervier ou Lynx moucheté ; mais on peut supposer que quelques individus, ayant gagné les Carpathes et l'immense forêt hercynienne, ont acquis une plus grande taille, comme il est arrivé aux Lynx de l'espèce mouchetée, qui sont bien plus grands en Norvège et en Russie que leurs races congénères de l'Europe centrale. Pour en finir avec ceux-ci, l'espèce mouchetée {Felis lynx , presque éteinte en Fi'ance (sinon tout à fait) est aussi bien près de disparaître en Allemagne. La revue, à laquelle nous (1) La planche coloriée <_Ui Tierrcich de Ridinp;er uous montre un Kalberlurhs sans tache d'aucune espèce, absolument concolore. (•2) Ikehm, t. I. (3) Quelques naturalistes croient même que le Caraca! est le Lynx des an- ciens. 64 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES, avons emprunté les observations qui précèdent sur les ani- maux décrits par Jules César, cite, comme un fait digne de remarque, la capture, au commencement de ce siècle, d'un puissant Lynx du poids de 53 livres allemandes dans les mon- tagnes voisines du château de Wernigerode situé sur le ver- sant septentrional du Hartz (1). Depuis la même époque, dit Brehm, il n'en a été tué que trois dans toute l'Allemagne. Quant à la France, j'ai appris à Cannes, depuis mon dernier article de la Revue Britannique, que Mgr le comte de Caserta gardait dans sa villa Henri IV, un Lynx empaillé de poil fauve moucheté, grand comme un Dogue de forte race, tué à une de ses chasses en 1883 ou 1884, près du col de Fenestre, aux environs de Saint-Martin - de - Lantosque (Alpes-Maritimes, 59 kilomètres au nord de Nice). Cette montagne étant située sur la frontière d'Italie, non loin du col de Tende, où l'on a toujours signalé la présence de quelques Lynx, il est probable que celui-ci venait des montagnes italiennes. (1) Dahe;m, avril 1889. L'ISATIS OU RENARD RLEU {CANIS ou VULPES LAGOPUS L.) Par m. de SCHÀECK. L'Isatis appelé aussi Renard bleu, Renard blanc, Renard polaire, possède, comme on sait, une fourrure très estimée. Les Tchouktcliïs de Sibérie l'apportent, chaque année, en grand nombre sur les marchés de Srredue Kolymsm, et l'un des premiers prix pour les courses de Chevaux à Anadyr consiste en une peau d'Isatis. D'ailleurs, cette robe est l'objet d'un commerce important ; sa valeur et sa beauté devraient encourager à ménager l'espèce. D'après les recherclies de M. B. Langkavel publiées ré- cemment par le Zoologische Gcv'toi (1;, l'habitat de l'Isatis comprend de nos jours : En Europe, la partie septentrionale de la Scandinavie, la Laponie, les îles de la mer Blanche ; le nord de la Russie, depuis Mézène jusque dans les Toundras; Nowaja-Semlja ; l'île des Ours, située entre le cap Nord et le Spitzberg ; Jan Mayen, l'L'^lande, le Spitzberg, les terres du roi Charles, du prince Rodolphe et de François-Joseph. En Sibérie, la région des côtes, le gouvernement de Bere- sow près du golfe de l'Ob; Tourouchansh sur le Bas-Yenisse'i; la i)resqu"ile de Taïmyr, Anni, Baranicha, Kovima dans le bassin inférieur de la Lena ; les bords du Kolyma dans le pays des Tchouktch'is ; enfin le Kamtchatka. Les îles de la Nouvelle-Sibérie, Kotelmji ou île Chaudière, Ljachow, Bering, l'île du Cuivre et la terre de AVrangel. En Amérique : les îles Aléoutiennes, Atton, Ounalachka [lies aux Renards) ; l'Alaska ; les îles du Commandeur ; les côtes jusqu'aux bassins supérieurs des fleuves Youkou, Makenzie, la région de Mistassini, le Labrador et Terre-Neuve. — Les archipels au nord : l'île du Roi-William, Melville, le canal de (1) T. XXXIII, 1S92, pp. 7'J-88; 111-119. 20 Juillet 1893. 5 ■ 66 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. AVellington, la baie de Ciimberland, les terres de Grinnell et d'Ellesmore, le Lincoln nord et le Devon septentrional. L'expédition de Bessel nota des traces de l'Isatis par 81° de latitude nord dans le Groenland ; celle de Greely en décou- vrit jusqu'au 83° de latitude. On a les ossements de cet ani- mal à côté des bracelets en pierre des Esquimaux qui vivaient autrefois dans cette région. D'ailleurs, le Renard bleu n'a pas toujours été confiné dans les contrées les plus septentrionales comme il l'est mainte- nant. On a exhumé ses restes dans les couches les plus an- ciennes en Pologne, en Bohème, en Allemagne, en Suisse, en Belgique et en Angleterre. La coloration variable de l'Isatis a été expliquée de diffé- rentes façons par les naturalistes. Les uns ont pensé qu'elle était due au changement des saisons, comme cela a lieu chez le Lièvre des Alpes, l'Hermine, les Lagopèdes, la Niverolle ou Pinson des neiges et d'autres animaux, dont la livrée s'as- simile avec le sol ou la neige au milieu desquels ils vivent. Les autres, comme M. Max Schmidt, ont reconnu (1) que la couleur de l'Isatis dépend plut(3t de l'âge ou du sexe. • Les observations de M. B. Langkavel font admettre que l'espèce possède deux livrées qui se développent parallèle- ment : d'une part, une fourrure bleue, ne devenant jamais blanche en hiver, et, d'autre part, une fourrure fauve, qui devient d'un blanc pur à l'approche de l'hiver. On a reconnu que les Isatis blancs ne sont point confinés dans les régions les plus septentrionales ; on les rencontre sous toutes les lati- tudes. Mais ils constituent une race particulière, car le chan- gement de couleur n'a pas lieu chez tous. Les Renards blancs ne passent jamais au gris et les Renards gris ou fauves ne deviennent jamais blancs. Certains auteurs ont affirmé que les Renards blancs du nord du Japon étaient des Isatis. On avait affaire à des albi- nos du Renard ordinaire, comme nous en observons quelque- fois en Europe. On suppose que les peaux de Renards blancs, dont les mandarins de haut rang sont revêtus, doivent pro- venir soit d'Isatis importés en Chine, soit d'exemplaires albi- nos de l'espèce indigène. Le froid n'a aucune influence sur ces modifications. On a (1) Zooloijkal Garden, 1871, p. 303. L'ISATIS OU RENARD BLEU. 67 conservé des Isatis pendant toute Tannée dans des chambres relativement chaudes et Ton a vu le même phénomène pério- dique se produire. Dans le détroit du prince de Galles, tous les Isatis ont, vers les premiers jours de septembre, une robe ])eu épaisse, courte, de couleur bleu ardoisé ; les extrémités des poils sont noirs. En novembre, leur pelage est grisâtre surtout à la base des poils. Un mois plus tard, on n'y voit presque aucun chan- gement. Mais en janvier, la fourrure s'épaissit et, vers le milieu du mois, elle blanchit entièrement à l'exception de quelques toulïés de l'ancien pelage qui persistent parfois pen- dant tout l'hiver. D'après Richardson, chez les Isatis américains, la livrée d'hiver est blanche ; celle d'été est plus ou moins brune. On en observe rarement qui soient tout à fait blancs en hiver. Dans d'autres régions , comme dans la Basse-Léna, les Isatis possèdent encore à la fin du mois de juin, la fourrure blanche d'hiver. Au Spitzberg, le poil blanc tombe en juin et juillet pour faire place à une robe d'un gris-bleu noirâtre qui dans les dernier-s jours d'août blanchira de nouveau. A Jan May en, le pelage normal reste brun-fauve pendant toute l'année ; le pelage blanc constitue une variété qui ne change pas en été. Middendorlï avançait que les Renards bleus étaient surtout distribués près de la mer et se demandait si leur nourriture, consistant principalement en graisse de Baleine, n'influait pas sur la coloration. On a reconnu que cette faune habite même loin des côtes. Toujours est-il que la fourrure bleue reste plus rare dans certaines contrées que la fourrure blanche. Dans le district de Beresow, on capture, chaque année, près de 15,000 Isatis ; il s'en trouve à peine cinquante qui soient bleus. En Sibérie, sur une centaine d'Isatis blancs, on rencontre trois ou quatre individus blancs ; autrefois, on y observait toujours cinquante Renards bleus sur un millier (le blancs. Depuis quelques années, ce rapport s'est encore modifié sur l'île de Behring. D'après Krascheninikow, on y trouvait beaucoup d'Isatis à fourrure bleue. Aujourd'hui, ils sont devenus rares a Behring, car Nordenskiold n'en vit aucun. Au contraire, ils abondent dans l'Ile du Cuivre. M. L. Stesneger a relevé les chiffres suivants : 68 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. FOURRURES D'ISATIS EXPORTÉES DE L'ILE DU CUIVRE. BLEUE. BLANCHE. 1871-72 836 4 1872-73 580 28 1873-74 514 24 1875-76 1.087 50 .1876-77 573 19 1878-79 789 — 1881-82 1.447 20 1882-83 872 13 Le revenu moyen se monte annuellement à 1,600 roubles (6,840 fr.). Sur les 3,000 habitants de cette île, chacun reçoit 18 roubles (70 fr.). Les Isatis à fourrure bleue ne sont pas chassés tcfute l'année, mais seulement entre le 10 novembre et le 31 décembre (ancien st3'le). En Europe, on prend des Renards à pelage bleu, surtout aux environs d'Aroidjane et de Kola. Ils deviennent rares dans les Tundras. Sur Nowaja-Semlja, on en captura de 1832-33, une'quarantaine d'individus dont un seul exemplaire bleu. Litke rencontra à Grumant, sur dix de ces animaux, huit Isatis bleus. La race bleue est cependant commune en Is- lande. Au Groenland, la blanche est la plus abondande ; les Groënlandais tuent, chaque année, de 1,000 à 3,000 Isatis dont les deux tiers sont de couleur bleue. Karr nous dit qu'en Amérique les deux races abondent dans le Nord. A Beresow on apporta, en 1830, sur le marché, 15,000 four- rures. En 1888, on vendit, à l'occasion de la foire d'été, sur les marchés d'irkit, 11,000 Isatis et, dans la même année, on envoya 38,000 peaux à ceux de Jakutsk. Dans la région basse de la Lena, cette fourrure constitue, avec les dents de Mam- mouths, le principal article de commerce. On capture, chaque année, dans le delta de ce fleuve environ 300 Isatis. Une four- rure bleue vaut, dans le district de Yénisséï, de 10 à 12 roubles (39 à 46 fr.) ; une fourrure blanche coûte seulement 3 ou 5 roubles (11 à 19 i'v.). En 1885, on expédia du Groenland au Danemark 1,700 fourrures bleues, d'une valeur de 66,000 tha- 1ers (244,200 fr.). En 1874, on en exporta pour 99,000 marks (113,750 fr.). D'après le Geographical Magazine, la Compa- L'ISATIS OU RENARD BLEU. 69 gnie de Iliulson rerut, en 1887, 10,257 peaux blanches contre 1408 jieaiix bleues. Pendant ces dix dernières années, les Isatis de Sibérie Turent surtout dirigés sur les principaux marchés à fourrures d'Europe. Ceux d'Amérique sont presque tous rassemblés à l'Ouest, près de Fort-Michael dans l'Alaska et prennent le même chemin. L'emploi de cette fourrure est différent suivant les pays. Dans le Groenland oriental, les habitants portent en été des casquettes faites en peau d'Isatis ; la queue de l'animal pend derrière. A Werchojansk, on a des guêtres en Isatis et au- dessus des guêtres en peau de Renne. Le manteau est doublé de fourrure d'Isatis et revêtu de fourrure de Renne. A To- bolsk, la fourrure blanche est particulièrement recherchée pour le vêtement des dames. On emploie la peau des Renards jeunes pour border les Parkis. LES POULES PONDEUSES D'après M. TEGETMEIER. Quand on se trouve dans des conditions où la production des œul's est plus rémunératrice que la préparation des vo- lailles de table, il peut être bon d'élever des variétés ne cou- vant pas, afin que la période de ponte dure plus longtemps ; l'incubation ou le désir de se livrer à l'incubation ne venant pas interrompre la ponte. Les meilleures variétés de Poules non couveuses sont certainement celles qui ont été amenées des côtes de la Méditerranée. Ce sont les Espagnoles, les Minorque, les Andalouses, les Livourne ou Leghorn des An- glais. Toutes ces variétés ont un t3'pe bien marqué quoique leur coloration ne soit pas constante et que les caractères se- condaires varient beaucoup. Ces volailles sont caractérisées par des crêtes uniques, larges, plates et dentées, droites chez les Coqs, retombant d'un côté ou de l'autre chez les Poules, à cause de leur faible épaisseur. Toutes les Poules de ces races ont une tendance à avoir de longues jambes et une poitrine décharnée, aussi ne fournissent-elles pas de bonnes volailles de table. On reconnaît aussi les races méditerranéennes à leurs oreillons blancs et charnus. Chez la plus ancienne de ces variétés, la teinte blanche s'étend sur toute la crête qui est rouge dans toutes les autres races. Race Espagnole. La Poule espagnole présente un remarquable exemple de la dégénérescence dans laquelle peut parfois tomber une race de volaille excellente à l'origine. Depuis de nombreuses an- nées, les amateurs ont dirigé leur éducation de manière à avoir des joues absolument blanches chez les volailles d'ex- position, sans la moindre trace de rouge. L'oreillon blanc, lui aussi, s'est fort accru, fort étendu ; on en a vu de 7 à 10 cen- timètres de diamètre et susceptibles d'être amenés latérale- ment à une largeur égale à cette longueur. La crête est pro- LES POULES PONDEUSES. 71 fondement et largement dentelée et se tient droite et rigide chez le Coq. Elle est relativement plus large chez la Poule que chez le Coq et retombe à droite ou à gauche de la face eii masquant un des yeux. On arrive cà ce résultat au moyen d'une méthode artificielle ; on ne laisse pas aller ces Poules au soleil, qui altérerait la blancheur de la face. Elles sont tenues à une température fort élevée afin de faire prendre aux accessoires de la face le plus grand développement pos- sible et d'empêcher les crêtes d'être gelées. II est à remarquer que pendant qu'on obtenait ces résultats, les jambes des vola- tiles allongeaient, leur taille diminuait, leur constitution s'a- mollissait et qu'elles perdaient presque l'habitude de pondre. Les Espagnoles noires qu'on trouvait autrefois dans les basses- cours sont passées cà l'état de souvenir, et quant aux volailles qu'on fabrique aujourd'hui pour les concours, ce sont des volatiles absolument inutiles, que les amateurs seuls peuvent s'amuser à élever; la race espagnole, race de rap- port, n'existe plus. On élève si peu maintenant du reste de ces Poules, que leur nom ne figure plus sur les catalogues de la majeure partie des expositions d'aviculture. Race de Minorque. Dans les basses-cours des fermiers et des maisons de cam- pagne delà région Sud-Ouest de l'Angleterre, principalement dans les comtés de Cornouailles et du Devon, on voit fré- quemment une volaille noire dite d'origine espagnole. C'est la Poule de Minorque, une Poule plus rémunératrice pour l'ex- ploitant que ses aristocratiques compagnes. La Minorque telle qu'elle existait il y a quelques années encore, était une race plus grosse, à la chair plus compacte, aux jambes plus courtes que l'Espagnole, et offrant plus de force et plus de résistance. La face, contrairement à celle de la race précédente, était rouge, les oreillons seuls ayant une teinte blanche. La Poule de Minorque ne constitue pas une variété couveuse, mais elle pond en abondance de gros œufs blaui^s. Ces Poules couvent rarement, si nK'niie on peut dire qu'elles couvent. Quand les poulets ont été obtenus de bonne heure, et si on les nourrit bien pendant les mois d'hiver, ils fourniront toujours une bonne provision d'œufs, même i»endant la mauvaise saison. Comme productrice d'œufs distinguées des volailles de table, 72 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. laissant de côté la valeur comestible, qui bien qu'inférieure n'est pas sans intérêt pour la consommation, il est douteux qu'aucune race puisse dépasser l'ancienne Minorque des cours de ferme. Elle est malheureusement pour sa valeur écono- mique, passée à l'époque actuelle entre les mains des ama- teurs et dans les expositions, les classes des Minorque sont toujours Lien fournies et bien complètes. Il est inutile de dire que les qualités de ponte ne peuvent être reconnues dans une exposition. Cette race a une crête extraordinairement large, régulièrement dentée, rigide, ayant 8 à 11 centimètres de hauteur pour les Coqs. Les deux sexes portent des oreillons immaculés. L'élévation de la Minorque à la dignité de race d'exposition est fort regrettable pour le commerce de consom- mation, car dans quelques années elle rivalisera probable- ment en stérilité et en inutilité avec l'Espagnole. Nous pour- rons alors trouver dans les volailles de Minorque exposées en Angleterre ce que l'on voit déjà pour les Espagnoles, une Poule recevant un premier prix, alors qu'en toute son exis- tence elle n'a pondu qu'un seul œuf. Race Andalouse. Une autre poule du type méditerranéen se distinguant de la Minorque par la coloration, est la Poule dite de race Anda- louse. Elle avait autrefois une teinte gris-ardoise, bleuâtre, mais dans les expositions actuelles elle doit avoir un liseré sombre formant bordure autour de cliaque plume du tronc. Libre d'errer à sa guise, née de parents qui n'avaient pas l'existence confinée de la majeure partie des volailles d'expo- sition, l'Andalouse était une pondeuse très rémunératrice, donnant de gros œufs blancs et rivalisant avec la Minorque sous ce rapport. Les poulets, quand ils naissaient de bonne heure, donnaient d'excellentes pondeuses d'hiver, et si on avait employé pour l'obtenir la race de Poules la plus proli- fique au lieu de prendre la race la plus emplumée on eût obtenu une des meilleures espèces de Poules pondeuses. Race de Leghorn. _ La race de Leghorn ou de Livourne est originaire des côtes de la Méditerranée, mais elle arriva en Angleterre par l'Ame- LES POULES PONDEUSES. 73 rique en 1869. Elle avait primitivement les jambes Jaunes et le plumage blanc. La Poule de cette race n'est pas une couveuse, mais une excellente pondeuse d'œuls blancs. On l'a récem- ment élevée au rang de Poule d'expositions, et on a déve- loppé plusieurs teintes diverses dans son plumage. La Poule dite Leghorn brune a été obtenue par croisement avec le combattant noir et rouge, et on a créé récemment une race de Poules Leghorn (jui a beaucoup de blanc avec des taches de noir et coucou dans son plumage. La Leghorn est géné- ralement plus petite que la Minorque et l'Andalouse. SUR LA PROPAGATION DES POISSONS D'EAU DOUCE Par Cath. KRANTZ. En étudiant la localisation des poissons d'eau douce, on se trouve souvent en présence d'espèces particulières et même des faunes entières occupant, d'une façon exclusive, des sys- tèmes fluviaux voisins, mais n'aj'ant entre eux aucune com- munication aquatique, se déversant quelquefois dans deux mers différentes, ne se rapprochant l'un de l'autre que par leurs sommets séparés eux-mêmes, dans certains cas, par des chaînes de montagnes d'une hauteur considérable. Les exemjiles de ce genre ne sont pas rares, ils sont connus de tous ceux qui s'occupent d'ichtyologie, mais c'est seule- ment dans ces derniers temps que ces phénomènes ont été étudiés d'une faron [ilus spéciale au point de vue théorique. Les recherches entreprises dans ce but ont amené cer- tains auteurs à conclure que la similitude de la faune des deux systèmes fluviaux indépendants, partant, par exemple, des deux versants opposés d'une chaîne de montagnes — fût- elle d'une altitude considérable — était un indice certain dé- montrant irréfutablement que ces deux bassins n'en avaient formé qu'un, dans une période rapprochée, au point de vue géologique, bien entendu. — D'autres savants, tout en admet- tant cette raison dans tous les cas où des preuves tirées d'un autre ordre de faits, venaient la corroborer pour établir le fait de la formation, dans un temps relativement récent, d'une modification de la surface du sol, — refusent d'y voir une explication universelle, complète, intégrale en ce qui concerne ces phénomènes spéciaux de la géographie zoologi- que. — Ils se sont tournés vers d'autres catégories de faits qui n'ont pas cessé d'exercer leur influence sur la diffusion des différentes espèces de poissons, faits qui se trouvent ab- solument en dehors des perturbations géologiques ou des changements des conditions physiques des divers points de la surface terrestre. SUR L.\ PROPACtATIÛX IiES POISSONS D'EAU DOUCE. 7") C'est à cette dernière opinion qii'ai)partient M. Nikitine qui vient de publier dans le Jownial de pèche de Saint-Péters- bourg de très précises notes d'observation personnelle. La question ainsi posée nous semble de nature à intéresser non saulement des zoologistes, mais aussi les pêcheurs, les pisci- culteurs et en général tous ceux qui s'occupent d'élevage ou de sport dans les eaux douces. Que la menue faune des crustacés, des insectes aquatiques, etc., émigré très facilement, par des procédés variables, d'un système fluvial dans un autre, sans qu'il y ait pour cela be- soin d'une communication même temporaire entre eux — c'est là un fait bien connu ; le phénomène a été décrit tant de fols, et étudié d'une façon assez complète, pour que nous n'ayons pas à y revenir. La question à la résolution de la- quelle les présentes notes pourront peut-être contribuer, se résume ainsi : les représentants de la faune d'eau douce, tels que les poissons, peuvent -ils émigrer et par quels moyens, d'un système fluvial dans un autre sans qu'il y eût évolution géologique importante. Au point de vue théorique, le problème a été déjà résolu, d'une façon affirmative, mais des preuves matérielles, des exemples, sans faire absolument défaut, sont assez rares. L'attention des chercheurs qui se sont occupés de la question, s'est tout d'abord portée sur ce fait qu'à l'époque du frai, les poissons ont une tendance marquée à remonter le cours des ruisseaux, cherchent un refuge dans les sources des rivières, les marais, les petits lacs et autres réservoirs d'eau si fréquents dans les pays servant de déniai'cation entre deux systèmes aquatiques. Ces bassins qui relient souvent les eaux des deux versants opposés, seraient le point neutre où les deux faunes viennent se mêler. Ce pro- cédé de la propagation des poissons est surtout admissible en ce qui concerne les pays où après une période prolongée de neige, arrive nn printemps à température élevée amenant une augmentation considérable dans le nombre de ces bas- sins provisoires, transformant, pour ainsi dire, les plateaux démarcateurs en une suite ininterrompue de lacs. C'est là une explication qui a l'avantage de concilier les ichtyologistes des écoles et des opinions les plus diff"érentes. O.pendant, les débordements printaniers ne sauraient être considérés comme la cause unique des phénomènes qui nous 76 RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. occupent en ce moment. II existe en effet des catégories de laits où l'intluence de la crue doit être absolument écartée et dont l'origine se trouve dans d'autres conditions encore, lavorisant la diffusion des poissons. Parmi ces conditions, par son importance et son universa- lité, pour ainsi dire, le transport des œufs de poissons par les oiseaux nageants, doit être placé au premier rang. Le i)hé- nomène a lieu surtout au moment du passage de ces der- niers qui coïncide avec l'époque du frai de la plupart des poissons d'une vaste proi)agation géographique. Ces faits ont été surtout étudiés par des Anglais : Layel, Darwin, Wolles, Gunter et parmi les Russes, par M. Sévértzeff. 11 est vrai qu'un autre éminent ichtyologiste russe Kessler semble pres- que nier un rôle quelconque des oiseaux dans les phénomè- nes dont il s'agit, mais ce n'est là qu'une remarque en pas- sant. D'ailleurs, Kessler fut un fanatique des évolutions géo- logiques (réelles ou supposées) dans l'explication des faits de la géographie zoologique. Malheureusement, autant que nous savons, il n'existe guère d'observations permettant de définir d'une façon pré- cise le rôle des oiseaux dans le transport des œufs de pois- sons, nous n'en pouvons citer qu'une, celle dont parle Layel. Il est donc fort à désirer pour la science que des ob- servations des faits de migrations de poissons, de repeuple- ment en poissons des bassins aquatiques nouveaux, des étangs récemment creusés, etc., viennent étayer définitive- ment cette hypothèse aussi ingénieuse que rationnelle. A ce point de vue, la diffusion du Brochet dans des digues nouvellement installées, des bassins et des viviers présente une source d'observations probantes. En effet, tout piscicul- teur soucieux de la prospérité de son élevage prend en ins- tallant un nouveau bassin à poissons, toutes les mesures de précaution possibles afin de ne pas y laisser pénétrer ce pil- lard dangereux — mais en vain, ordinairement, les plus grands efforts n'aboutissent à rien. Pour expliquer le fait, on l'attribue à la tendance qu'a le Brochet de remonter, pendant le frai, le cours des rivières, d'entrer dans les anses, les marais, etc., les canaux et les fosses qui se trouvent remplies d'eau, etc., Et, il est à noter que, dans ce cas, le Brochet se contente d'une quantité minime d'eau, quelquefois il ne s'en trouve même pas assez pour couvrir le corps du poisson, de sorte que son SUR LA PROPAGATION DES POISSONS D'EAU DOUCE. 77 dos émerge en dehors (1). Comme l'époque du frai de cette espèce coïncide à peu près avec la crue printanière des eaux, on s'explique ainsi ces rencontres des alevins de Brochet, en été, dans des bassins absolument fermés où, à première vue, quand on les observe en été, il semble impossible d'admettre la pénétration des poissons adultes. Cependant la pratique, les conclusions personnelles de M. Nikitine ne lui permettent pas d'accepter cette constatation comme le mot derénigme, la clef de ces phénomènes fort obs- curs encore. Il croit d'ailleurs avoii' avec lui tous les observa- teurs attentifs, en exposant les faits que nous citons ci-dessous. Dans sa propriété des environs de Moscou, il existe plu- sieurs petits bassins creusés dans des vallées basses , des étangs, etc. Chacun de ces bassins était spécialement aflfecté à l'élevage d'une espèce particulière, et on prenait toutes les mesures connues pour y interdire l'accès aux Brochets fort répandus dans les cours d'eau voisins. Cependant, imman- quablement, le rapace poisson faisait son apparition dans chacun de ces bassins. Dans ceux des étangs qui étaient à eau courante ou reliés par un ruisseau avec la rivière Sétou- nia, riclie en poissons de toute espèce, y compris le Brochet, la pénétration de ce dernier s'expliquait tout naturellement ; notons, cependant, que les étangs étaient barrés d'une digue très haute. Mais il existait un petit réservoir creusé au milieu d'une tourbière et qui même au moment des débordements printaniers n'avait aucune communication avec les rivières. L'eau des sources qui l'alimentait ne débordait jamais en dehors du vallon comme encaissé tout autour, mais grâce aux conditions du sous-sol, le trop-plein de cette eau se dé- versait dans les rivières par infiltration souterraine. Et ce- pendant, même ces conditions d'isolement absolu, n'ont pas empêché la pénétration du Brochet. Où chercher la cause de ce phénomène si ce n'est dans l'importation des œufs de pois- sons qui, ne pouvant pas être opérée par l'homme. Ta été par les oiseaux nageants. Un autre cas vient confirmer cette opi- nion, partagée d'ailleurs par les paysans, les pêcheurs et les chasseui-s du pays. Nous insistons sur l'observation suivante, car le fait se présente dans toute sa pureté, tel qu'il se produit au milieu de la nature inculte. (1) Sabanéeir, La Poissons de la Russie. 78 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. A 10-15 verstes (kilomètres) de Moscou, la localité que traverse aujourd'hui la ligne du chemin, de fer Moscou-Brest et dont la gare de Niémtchinovo avec les maisons de cam- pagne environnantes est le centre, cette localité n'était, il y a vingt à trente ans, qu'une plaine inculte recouverte de buissons, inhabitée ; elle appartenait à des communes qui ne l'utilisaient que commme prairie. La plaine en question s'en va par une pente douce vers la rivière de Moscou d'un côté, tandis que, de l'autre, elle s'incline dans la direction de la Sétounia. Les eaux atmosphériques et surtout celles prove- nant de la fonte de la neige, en ont considérablement creusé le sol et l'ont transformé, sur une surface de 20-30 verstes carrées, en une série de ravins larges mais peu profonds à pentes douces. Les eaux printanières ont de leur côté formé, en lavant la terre, des excavations et des bassins. Grâce au sous-sol argileux, l'eau s'y garde assez longtemps. Cependant, ordinairement, vers la fin juillet, tous les réservoirs ta- rissent entièrement, et seuls de petits marais tout envahis par les herbes, situés sur les hauts bouts des ravins, con- servent quelque humidité. D'un autre côté, jamais, même pendant les plus fortes crues, il n'y avait communication ininterrompue de ces bas- sins provisoires ni avec la rivière de Moscou par le ruis- seau du village Romaschkofï", ni avec la Sétounia pas plus qu'avec le lac Koukouëff— les seuls bassins aquatiques per- manents d'où le Brochet pût pénétrer, à l'époque du frai. Connaissant à fond le pays, oii il a passé son enfance, l'au- teur peut afhrmer le fait d'une façon absolue. Notons que les bassins en question étaient fort abondants au printemps et en automne, en oiseaux sauvages, chose bien connue des chasseurs dont c'était un des rendez-vous favoris. Or, dans les réservoirs ainsi dépourvus de toute communi- cation, il arrivait de pêcher de petits Brochets de 6-10 centi- mètres qui, d'ailleurs, mourraient infailliblement avec toute la laune qui peuple ces bassins intermittents. Il est à remar- (juer que les cas observés l'ont été sur les points les plus éloi- gnés des bassins d'où le poisson aurait pu venir si une com- munication a(iuatique quelconque y était admissible. Le cas ne peut être relié ([u'au passage des oiseaux aquatiques sau- vages que l'on y voit en abondance. NOTE SUK UNE INVASION DE LÉPIDOPTÈRES DE LA FAMILLE DES PSYCHIDÉS OBSERVÉE DANS LES DEPARTEMENTS DU PUY-DEDÛME ET DU CANTAL Par m. Jules FALLOU, Président de la Section enlomologique. Combien de choses n'a-t-on pas dites sur les. Insectes nui- sibles depuis l'époque où écrivait Réaumur, cette grande illustration de la science entomologique française jusqu'à nos jours, témoins les importantes publications de nos savants collègues, le D'" Boisduval, Guérin-Méneville, le colonel Goureau, Guenée, Maurice Girard, le D"" Laboulbène, etc. Ce thème est cependant loin d'être épuisé, et chaque jour les observateurs font connaître les mœurs, jusqu'ici inconnues de beaucoup d'insectes, et certainement si l'étude de l'ento- mologie était plus répandue parmi les agriculteurs et horti- culteurs, nous obtiendrions de .précieux renseignements qui ne leur seraient pas moins utiles qu'aux amateurs d'insectes. Parmi les nombreux parasites des plantes, la famille des Lépidoptères est une de celles qui en fournit le plus grand nombre. Ces insectes se nourrissent de toutes sortes de végétaux, depuis les Champignons, Fougères et Graminées jusqu'aux plus grands arbres des forêts, vergers, etc.; ils mangent les feuilles, les racines, la moelle des tiges, l'écorce, le bois sain ou pourri des arbres. Toutes les plantes ont, pour ainsi dire, leurs parasites spéciaux. Le but de Tento- mologiste praticien consiste donc à apprendre l'histoire complète de chaque espèce de rechercher où et quand l'œuf est déposé par la femelle, à quelle époque se trouve la chenille, de quelle manière elle' vit, et si elle choisit exclusi- vement une seule espèce de plante ou plusieurs espèces de la même famille, ou bien encore si elle est polyphage, 80 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. d'apprendre comment et où elle se transforme en chrysalide, l'époque de l'apparition de l'insecte partait et ses mœurs ; de savoir dans quel état l'espèce passe l'hiver en œuf, che- nille, chrysalide ou papillon: Naturellement, tous ces renseignements ne s'obtiennent qu'à la longue et le plus souvent par des observations répé- tées ; Ces détails nous ont paru de quelque utilité afin d'attirer davantage l'attention sur ces insecte^; et d'indiquer, autant que possible, les moyens d'empêcher leur trop grande multi- plication sur les plantes utiles ou d'ornement. Nous avons l'intention d'entretenir de temps en temps les lecteurs de la Revue des sciences naturelles appliquées des mœurs des insectes qui sont plus ou moins nuisibles aux vé- gétaux de toutes espèces. Nous parlerons aujourd'hui d'un nouvel insecte, signalé en 1892, comme étant l'un des destructeurs des pâturages des régions montagneuses de l'Auvergne. Depuis quelques années, les cultivateurs du canton de Besse et des cantons limitrophes du Puy-de Dôme voyaient leurs prairies envahies par un insecte qui leur était inconnu et qui y causait d'importants dégâts. En 1892, la récolte des prés de ces contrées a été en grande partie compromise, principalement dans la commune d'Eglise-Neuve. Au mois de mai de l'année précitée, il nous a été envoyé d'Auvergne un grand noml)re de fourreaux renfermant des chenilles vivantes d'un Lépidoptère Hétérocère, que nous avons reconnu pour être de la famille des Psychidés (1). A cette époque, nous n'avons pas pu préciser qu'elle était son espèce. Ce n'est que vers le commencement de juillet de la même année, que les papillons, étant sortis des chrysalides renfermées dans les lourreanx, il nous fût facile de recon- naître en eux une espèce de Psyché bien connue le Psyché Atra, 1785; synonymie (2) {Bombyx Atra, Linn.) , Erger, Angiistellaaiervich-SchaÏÏGr, 1847); Stomoxella (Boisduval, 1852] ; Hissidella (Duponchel, Hirtella, Bruand). (1) Les Teignes de Réauœur. (2) Extraite du C«;rt%î iVancs, parfois même il s'élève à 125 francs; mais aussi que de perfections l'amateur en exige ! Un bon liolilroller doit commencer son chant sur un rythme lent et doux, puis pas- sant, sans interruption, du })ianissimo au piano, arriver aux notes les plus hautes, sans offenser les oreilles des juges en cette délicate matic're et de fai.-on à pouvoir être entendu même par les personnes aux nerfs les plus irritables. Ce chant se compose surtout de roulades entremêlées de long's silHements et de trilles de rossignol. Chacune de ces roulades a reçu un nom différent servant à la caractériser. La plus dilïlcile, la plus recherchée est la Heulrolle au son douloureux, émis dans le ton mineur. Elle se compose d'une infinité de doubles vocalises en ruo, roii, rju, souvent répétées et terminées par des roulades en ro, puis en ru, et enfin en rou, mais sans sons accessoires. Les Klingelrolle commencent alors, se compliquant de plus en plus, et prenant un timbre métallique, argentin; le con- cert est alors à son apogée. Le Koller se fait rarement entendre, il est comparable au murmure des eaux. Le GluchroU vient ensuite analogue au chant du rossignol, mais avec des notes plus longuement filées encore, plus pro- longées. Le KnaîV'/'olle aux sons de crécelle, forme la basse de ce concert. On distingue encore les Shi/'rrolle, qui vont vibrer les i et les r, les Wasserrolle , imitant le bruit de l'eau, les Sclmatler Zdlerçi les Lispel r-ollen. Les amateurs cherchent du reste continuellement de nouvelles combinaisons. Les sifïiements, iuh, inh, accompagnent toujours les l'oulades et constituent peut-être la partie la plus agréable du chant quand ils sont longuement prolongés. Tout oiseau émettant des sons très aigus, tels que zizizl, zia, zi'i, ziJ;, inP,, schak, schaîj, commet une faute, qui lui enlève beaucoup de sa valeur. Un Jiohlroller est d'autant plus estimé, au contraire, qu'il accumule plus de roulades et de sifffements en une suite harmonieuse, et qu'il soutient plus longtemps son cliant sans s'interrompre. Tous les Serins du Harz ne possèdent pas la généralité des tons énumérés ci-dessus. Chaque race a ses airs propres que les éleveurs cherchent à augmenter et à iierfectionner ])ar la bonne éducation des jeunes. 104 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. La nourriture qui ne doit être ni trop mesurée, ni trop abondante, exerce une grande influence sur le chant. On donne aux bons chanteurs une tranche de carotte, 10 à 15 grains d'avoine moulue, et une cuiller à cale d'œuf dur haché avec du biscuit ; tous les deux jours on complète ce régime par une feuille de salade en été, un morceau de pomme en hiver. On recommande de ne pas donner aux Serins des graines de chanvre et de pavot, qui portent à l'obésité. L'éducation artistique des jeunes Serins commence en mai, et se prolonge pour les oiseaux de prix jusqu'en novembre ; mais ce sont seulement les holilroller destinés aux amateurs allemands qu'on conserve aussi longtemps, les schrcler, les oiseaux d'exportation pour l'Amérique se vendent beaucoup plus tôt. Grâce à la perfection des métliodes des montagnards, les oiseaux du Saint-Andreasberg chantent beaucoup mieux et après un apprentissage plus court que tous les autres Serins. De plus, comme ils sont élevés dans la maison même en contact continuel avec l'homme, ils se montrent beaucoup moins farouclies. Les jeunes Serins à instruire doivent être tenus éloignés des autres oiseaux et même des Serins plus âgés qui pour- raient leur faire retenir des chants plus ou moins incorrects. En restant avec leurs parents par exemple, ils prendraient les intonations du père, les cris d'appel de la mère, ceux des petits demandant à manger, et les entremêleraient dans leurs chants. Ils ne doivent entendre 'que la voix d'un maître chan- teur soigneusement choisi et qu'ils s'efforceront d'égaler, mais ils ont un talent d'imitation tout particulier, et si on leur donnait un rossignol pour maître, ils rivaliseraient avec le rossignol. On place les jeunes, au nombre de vingt environ, dans une cage commune en compagnie du maître chargé de leur éducation artistique. Souvent, il est vrai, celui-ci trou- blé par le nombre de ses disciples, refuse obstinément de chanter et de les faire profiter de ses connaissances. On prend généralement pour maîtres des oiseaux de un à trois ans. Après la mue qui se termine en août pour les premiers nés, les jeunes oiseaux sont séi)arés et isolés chacun dans une cage, l'époque de cette séparation dépendant principalement, du reste, des progrès ({u'ils ont accomplis. On y recourt d'or- dinaire quand leur chant tend â devenir trop perçant, même si la mue n'est pas entièrement terminée. Ils sont alors placés QUELQUES VARIÉTÉS DE SERINS. 105 flans de [)etites cages de 20 centimètres de long sur 15 de large et 20 de hauteur, n'ayant que deux perchoirs, car les exercices physiques ne doivent pas leur l'aire négliger le chant. Ceux dont le tempérament est trop vif, trop remuant, sont placés dans des cages plus petites, de IG centimètres seulement de longueur, sur 12 de large et 17 de haut, cela afin de les maintenir en repos et de mieux ouvrir leurs oreilles aux leçons du maitre. Toutes les cages, celle du maître comme celles des élèves, sont disposées au nombre de sept par rayon, sur les rayons d'une sorte de i)lacard de manière que les oiseaux puissent se voir. La plupart des Serins se remettent bientôt à chanter, et si l'un d'eux s'y refuse, on le place dans une cage de dimensions moins exi- guës, ayant 25 centimètres de long sur 11 de large et 30 de haut, munie de trois perchoirs. Juché sur le perchoir le plus élevé, l'oiseau ne tarde pas alors à rompre son mutisme. Quand tous les exercices sont bien repris, on sépare les cages au moyen de légères planchettes, et Téleveur étudie séparément le chant de chaque oiseau. Ceux qui exécutent leur chant longtemps et tranquillement, et donnent simple- ment les notes propres à leur race, en se gardant de tout cri discordant, sont placés auprès du maitre chanteur, sur la ta- blette la plus élevée. Les tablettes inlerieures reçoivent les autres oiseaux au talent moins prononcé. On a remarqué de longue date, en efïèt, qu'un oiseau chante d'autant [)lus que sa cage occupe une situation plus élevée, et il est tout na- turel d'exercer surtout les oiseaux d'avenir. Les autres Se- rins, entendant mieux les sons émis par leurs comi)agnons, profitent en outre de la leçon qui leur est ainsi donnée. Les tablettes recevant les cages ont d'ordinaire 1 m. 20 de long, 30 centimètres de large et sont distantes de 1 m. 50. Ce ne sont encore là que les prélinnnaires de l'éducation artistique des Serins. Atin qu'aucune distraction ne puisse les détourner de l'art auquel ils sont consacrés, on voile bientôt les cages derrière un morceau d'étofié, assez claire d'abord, puis de plus en plus serrée, laissant pénétrer assez de lumière, mais empêchant les oiseaux de voir ce qui se passe dans la chambre. On se garde bien de condamner brus- quement les Serins à l'obscurité, car il en résulterait des ma- ladies. On procède à de fréquents déplacements des cages, soit quand un oiseau, rangé sur les rayons supérieurs, ne lOG RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. justifie plus cette marque d'estime, soit, au contraire, quand un oisf^au, classé parmi les plus vulgaires, en ajjpelle de ce Jugement préalable par ses progrès artistiques. On doit sur- tout éviter que les mouvements d'individus ou d'objets leur api)ortent des sujets de distraction qui auraient pour ])remier résultat d'interrompre les chants. On cherche à renforcer les sons par tous les artifices possible, par des cages dont le som- met est cintré, des cages en fer blanc, mais ces dernières pré- sentent, il est vrai, l'inconvénient de se refroidir rapidement par conductibilité. La mue des maîtres chanteurs est très gênante, car, pen- dant cette période de mutisme du professeur, les élèves re- prendront les mauvaises intonations si difficilement élimi- nées. Elle dure dix semaines ordinairement, plus quelques semaines supplémentaires i)Our ipie la voix se reforme. Le Harz élève chaque année ^oO.OOO Ser-ins environ, dont 200,000 vont en Amérique, 27,000 en Angleteri-e, 10,000 en Russie et 3,000 dans les autres contrées de rp>iroj)e ; 10,000 Iiofili'Ollrr les maîtres ès-chant restent en Allemagne. Plus de moitié des oiseaux livrés à l'exportation et dont l'éducation artistique n'est pas poussée à beaucoup près aussi loin que celle des Serins destinés à finir leurs jours chez les amateurs allemands, sont accaparés par deux importantes maisons, la maison Ruhr et les frères Reiche d'Alfeldt qui ont des agents acheteurs partout où on lait de l'élevage en Allemagne et font d'importantes expéditions en Angleterre et aux États-Unis; les États-Unis reçoivent, en outre, il est vrai, un certain nombre de Serins d'Angleterre. Le commerce des mâles est parfaitement distinct de celui des femelles. La vente des femelles commence en juin, et ces oiseaux, payés de 40 à 60 centimes, sont expédiés à Londres par lots de 1,200 et 1,500. Les prix se maintiennent jusqu'à la fin de juillet, puis ils baissent , et à la fin d'août , une vieille femelle ne vaut plus que 10 centimes et une jeune 20 centimes. Ils remontent parfois en février et peuvent même atteindre alors 80 centimes, 1 l'ranc et 1 fr. 25. Ces oi- seaux se vendent à Londres, mais difficilement et, au prix moyen de Ib à 80 centimes, souvent même, ils tombent à 40 et 45 centimes ne laissant aucun bénéfice au marchand. L'a- chat de 1,500 Serins dans le Harz coûte en moyenne 500 francs à cet intermédiaire et il a 90 francs de frais de trans- QUELQUES VARIETES DE SERINS. 107 Ijort. Il doit vendre ses oiseaux par couples, dans des cages, les "750 cages lui reviennent à 100 IVancs environ et la mor- talité pendant le voyage lui enlève enfin 7 % de ses oiseaux. Ce sont donc 1,400 Serins environ qui arrivent à Londres à chaque envoi. Là, l'exportateur les lait vendre dans les rues, à raison de 75 centimes, par des enfants, et il lui reste donc un assez faible Lénéti(;e quand il a rétribué ses intermé- diaires. Les Serins mâles sont achetés dans le Ilarz par les exportateurs américains de la fin de juin à Noël, mais leur connnerce est surtout actif jusqu'en septembre et pendant la durée de cette période, les deux grandes maisons expédient toutes les semaines, aux Etats-Unis, deux et trois envois d'un millier de Serins chacun. Un individu, chargé de pren- dre soin des oiseaux, les accompagne pendant tout le voyage. Payés de 2 fr. ar leur coloration ; 2° Serins à plumage jiarticulier ; :> Serins caractérisés par la forme du corps et l'attitude. Tous les Serins anglais appartiennent aux races longues. Chaque race forme deux classes : les Serins jaunes et les Se- rins chamois. lntff\ Chacune de ces classes se subdivise à son tour en trois sections ; la section claire, la section unifor- mément tachetée, la section panachée et verte. Dans chacune de ces sections, on distingue les oiseaux nourris ou non nourris de poivre de Cayenne. Les premiers ont leur couleur rehaussée d'une teinte orange par l'alimentation qu'on leur 108 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. donne an moment de la mue, alimentation dont le poivre de Cayenne et les fleurs de Souci constituent une l'orte partie, tandis qu'une bonne dose de Safran entre dans l'eau qui leur est offerte comme boisson. Le plus beau des Serins anglais est le Serin de Norwich, élégant, de formes élancées, au plumage d'un jaune d'or foncé, c'est le type da Serin caractérisé par sa coloration et aussi du Serin cher à l'amateur anglais, qui recherche plutôt des couleurs éclatantes que l'élégance des formes ou la douceur du chant. Le Serin de Norwich est une variété fort ancienne, car il dériverait de Serins amenés dans le Norfolk, vers la fin du seizième siècle, par des ouvriers flamands fuyant le joug du duc d'Albe qui vinrent travailler dans les filatures de ce comté. Il possède une sous-variété, le Serin de Norwich à crête, nommé autrefois Tw'ncroion, qui porte sur la tète une sorte de petite coiffé de plumes noires, s'incurvant jusque sur les yeux. La coloration des Norwich, assez variée, est généralement rouge canelle avec les ailes de même couleur ou noires. La ville de Norwich ne possède pas moins de 4,000 éle- veurs de Serins, généralement des ouvriers, qui se font avec cette petite industrie de 500 à 1;000 francs de revenus supplé- mentaires par saison d'élevage. On y vend chaque année 80,000 Serins qui vont généralement en Amérique, aux États- Unis, oii on les reclierche pour donner par le croisement un peu de leur élégant plumage aux chanteurs allemands si chétifs et si peu gracieux. Le Canada, la France, rAllema- gne, l'Autriclie, la Russie, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique comptent plus ou moins d'amateurs de Serins de Norwich. Un oiseau commun de cette race vaut de 20 à 32 francs aux États-Unis, mais un Norwich un peu élégant peut atteindre un prix fort élevé. A l'Exposition du Palais de Cristal à Londres, de 1890, un de ces oiseaux, nommé le roi des champions King of Champions Jnt \em\\\ 1,900 francs par son propriétaire M. Jacob Mackley, à un amateur américain. Comme Serin coloré, on distingue encore en Angleterre le Cinnamon, le Cannelle dont la coloration est en teintes plus intenses, celles du Serin de Norwich. Le dos, la tète et la queue sont couleur cannelle, le cou et la face jaunes. Cette combinaison de couleurs s'obtient en soumettant ces malheu- reux oiseaux dès qu'ils ont atteint l'âge de six semaines à un QUELQUES VARIÉTÉS DE SERINS- - 109 horrible régime d'œufs cuits durs, triturés dans le poivre de Cayenne. Nous arrivons aux variétés de plumage, en tète desquelles figure le Lizzard anglais ou Lizard, le favori des ouvriers du Lancashire et du Nottingham. Le plumage de coloration plus ou moins variée, mais d'un ton gris verdâtre du Lizzard simule vaguement des écailles, disposition à ki quelle il doit son nom. Sur un fond plus ou moins bronzé se détachent des ocelles vert olive, la tète est d'un jaune brillant. Le Silvo't spangled Lizzard, le Lizard pailleté d'argent, porte une huppe argentée, étincelante. Le Mealy Lizzard, le Lizard poudré, a le plumage coumie poudré ou couvert de givre. Ai)rès le Lizzard vient une variété anglaise similaire, le London Fancy, qui en serait une forme modifiée. C'est le pre- mier Serin élevé pour sa coloration, car cette variété date d'un siècle environ, c'est aussi la première qui ait reçu un nom. Le plumage du corps est jaune avec les ailes et la queue gris verdâtre. Avec les Serins belges nous passons aux oiseaux de forme ou de tenue, auxquels on ne demande ni chant harmonieux, ni plumage élégant, mais une conformation générale du corps constituant aux yeux de l'amateur belge et de certains ama- teurs anglais, l'idéal de l'esthétique du Serin. Le Serin belge appartient aux races longues. Ses représentants les plus re- nommés viennent de Courtray, niais les Brabançons, les Bruxellois, les Anversois, les Gantois et les Brugeois leur disputent cette priorité. Ils sont plus longs, plus fins, i)lus gracieux peut-être que les Serins chanteurs allemands, mais tout le monde ne peut apprécier les jambes longues et minces, les épaules hautes, faisant paraître l'oiseau bossu, des serins belges dénommés Posturvogels. oiseaux de forme par leurs propriétaires. Le plumage est d'un jaune pâle, parfois le dos et la tète sont gris verdâtre. Pour les Serins belges, l'esthétique con- siste à avoir les jambes sur le prolongement du tronc, la queue et le tronc se prolongeant en une ligne rigide, le cou formant angle obtus avec l'axe du corps, de manière que la tête se trouve portée en avant, plus bas que les épaules, l'en- semble constituant un Serin bossu. Quoiqu'ils ne soient pas 110 HEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES (les clianteurs ils sont Tobjet d'une certaine vogue aux Etats- Unis où on les paie de 50 à 80 francs. De nomLi-eux amateurs américains croisent le Belge et le Serin du Harz, afin d'allier les formes bizarres du premier de ces oiseaux au chant si doux du second. Le Scotch Fancy, le Serin écossais est analogue au belge, mais le cou, au lieu de s'imi)lanter en angle obtus sur le tronc, décrit avec celui-ci une courbe harmonieuse. L'Ecossais est un Belge recourbé. Là encore, on ne s'occupe ni du chant, ni du plumage, qui est jaune ou jaune et vert, mais plus l'oiseau est voûté, plus il est beau. C'est là une (|uestion de mesure d'angle, se décomi)tant par degrés, minutes et secondes, le Serin écossais le plus })arfait est celui dont l'axe du corps décrit la courbe la plus fermée. Le Yorksliire anglais, un favori de la population de ce comté anglais, est l'inverse de l'Ecossais. C'est un oiseau au corps long, droit, rigide, mince, à la poitrine jaune pâle, à la tète et à l'extrémité des ailes d'un brun verdàtre. Le LancasMre Coppy, le huppé du Lancashire, coppy si- gnifiant huppe, est le géant des Serins anglais. Elevé dans les villes d'Oldham, Rochdale, Ashton under Lyne, et les villages voisins, c'est un oiseau élégant, d'un beau jaune, à la tète couronnée d'une épaisse calotte de plumes. On le désignait autrefois sous le nom de Manchester Coppy, mais les éleveurs du Lancashire firent modifier cette dénomination. Cette va- riété est des i»lus estimée aux Etats-Unis où on la paie une cinquantaine de francs. Elle sert elle aussi à des croisements avec le Serin du Harz. Comme dernières variétés anglaises citons le Londoner orange, aux ailes et à la queue noires, le Trompeter, le ParisUm, le Lord-Maire, et arrivons au Hollandais, un des plus beaux Serins longs. Le Hollandais ou Serin frisé tend, depuis une trentaine d'années, à se répandre en Belgique et en France. C'est un oiseau au cou long, aux jambes hautes, au pelage présentant tiu caractère tout particulier par la fri- sure des plumes. Moins robuste que les autres Serins, il ne couve pas. les femelles étant généralement atteintes de ma- ladies après la ponte, et on doit faire couver les œufs par des oiseaux de races plus résistantes. Les bons Hollandais valent de 35 à 40 francs la paire dans leur patrie. HISTOIRE DU POISSON DORE {CARASSWS AURATUS L.) Pak m. de schaeck. Origine, commerce, caractères, mjîurs et variétés. Le Cyprin ou Poisson doré, vulgairement connu sous le nom de Poisson rouge, que l'on élève dans les étaLlissements de pisciculture, que les oiseliers des quais vendent aux par- ticuliers dans des aquariums de toute dimension, est telle- ment répandu chez nous qu'il semblerait, au premier abord, qu'on n'eût plus rien à ajouter â son histoire. Cependant, quand on l'étudié, on y trouve un certain nombre de points à ap[)rorondir. L'époque de l'introduction du Poisson doré en Europe n'est pas déterminée. Son origine n'est encore pas prouvée. Ow considère généralement la Chine comme sa patrie ; on l'y re- présente souvent sur les peintures et sur les armoiries. De tout temps on lui a voué un culte particulier; les anciens Chinois l'avaient consacré à leur Vénus. Cependant, on mentionne pour la [iremière lois le Poisson doré dans un conte plut(3t persan, celui du Pécheur et p. •124 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Son bois, de couleur jaune brunissant au verni, est l)on pour le tour et les travaux de menuiserie et d'ébénisterie. Saplndiis laurlfolms Vahl. [S. Irifollatus L., .5. acidus RoxB.). Bengali et Ilindoustani : Rit ha. Tanioul : Ponnan ou Pennan Kotlai. Grand arbre à feuilles alternes, à trois fo- lioles, originaire de l'Inde. Son bois, à grain fin, serré, est bon pour le tour et l'ébénisterie. Les fruits et la racine, doués d'une certaine amertume, sont employés dans la médecine indigène. Sapindus Muhorosi G.ert.n. (Japon: Michorosi, Miihu- rodji ou Monhourodji.). Arbre d'une hauteur moyenne de 10 mètres sur un diamètre de 30 centimètres environ, crois- sant naturellement dans les iles de Kiusiu et surtout de Nippon. Son bois, d'un blanc jaunâtre et d'une texture grossière, s'emploie ordinairement en menuiserie ; les Japo- nais en font aussi des boites et des balanciers pour porter des fardeaux sur les épaules. Les fleurs peuvent servir à teindre en jaune ; les médecins japonais les prescrivent aussi pour combattre les conjonctivites et les inflammations de la paupière. Cette espèce a été introduite en France où elle est cultivée à Segrez. Sapindus Barak DC. (S. pinnatus Mill., S. Saponaiia LouR.) Grand et bel arbre â feuilles pennées, croissant sur les parties élevées des montagnes de Java. Son bois est employé à divers ouvrages de tabletterie. La pulpe du fruit passe i)0ur vénéneuse. SCHLEIGHERA. TRIJUGA Willd. Conghas. Melicoccr„ trijuga Juss. Stadmannia sideroxylon Bl. Anglais : Lac Tree. Aunumite : Dzio-truon;]. Bima : Hamhi. Cyngalais : Kun- i/has, Cvnfi-tjass. Javanais, Malais, Soudanais : Krsambi, Kof,amh:e. kmer : Pougro. Macassar : BaJo. Solor : Koele. Tamoul : Pu-Marum-enney, May. Télenf^a : Roataiif/ha-niine, Yelim-bunki. Arbre de première grandeur et d'un fort diamètre, à feuilles alternes, pennées avec ou sans impaire, composées de folioles subopposées, glabres, ovales, oblongues, obtuses, entières, luisantes en dessus, réticulées en dessous. Originaire de l'Asie tropicale, cette espèce se rencontre abondamment dans Tlnde tout entière, à Ceylan, aux lies de LES Buis INDUSTRIELS INDIGENES ET EXOTIQUES. 12o la Sonde, aux Moluqiies, dans les parties basses de Timor, ainsi qu'en Cochincliine et en Birmanie. Son bois, de couleur brun clair, est dur, assez lourd et d'un grain serré ; ses fibres droites, assez longues et coriaces, lui donnent une très grande souplesse. Il résiste bien aux alter- natives de sécheresse et d'humidité et se conserve bien dans l'eau douce. Excellent pour les constructions, on en (ait aussi des pieux, des piquets de clôture, des dents de herses, etc. Les Malais l'estiment beaucoup pour faire les pilons qui servent à décortiquer le riz, parce qu'il s'use régulièrement sans se Tendre. On s'en sert aussi jiour le chauffage des fours à plâtre et des (diaudières dans les manufactures de sucre ; on en fabrique un charbon de très bonne qualité. Sa densité moyenne est de 0,878. Les jeunes branches laissent exsuder une grande quantité de matière résineuse connue sous le nom de gomme laque. Le fruit est comestible et ses semences brunes, appelées Katjang Kossamljixm, fournissent une huile jaunâtre, odo- rante, d'une saveur un peu amère, (jui sert pour l'éclairage et le graissage des machines. LTne seconde qualité nommée Ketjatkil-Olie, de couleur brune, presque fluide, provenant de Sourakarta, est employée en frictions par les indigènes contre les maladies de la peau. Cette huile, analogue à V Huile de Macassar dont elle porte même le nom dans le commerce allemand et hollandais, est considérée comme un bon stimu- lant du cuir chevelu. SCHMIDELTA SERRATA DC Oi'uitrophe 'panigera La. Bill. — serrata Roxb. Schmidelia Timorensis DC. Arbre de petites dimensions ne dépassant guère 7-8 mètres de hauteur sur un diamètre de 25-30 centimètres environ, dont la tige est très rameuse et recouverte d'une écorce mince, grisâtre, fendillée et assez rugueuse. Feuilles alternes, longuement pétiolées, portant trois folioles ovales-aiguës, légèrement serretées au sommet, les latérales courtement pétiolées, la médiane plus longuement. Originaire des régions montagneuses de la côte de Coro- mandel où elle croît fréquemment, cette espèce se rencontre 126 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. égalemont à la Nouyelle-Calédonie, sur les bords du littoral, et au North-Australia. L'aubier est blanchâtre et très épais ; le cœur, d'un rouge violet foncé veiné de brun, est lourd, dur et d'un grain très lin. Etant verni, ce bois prend une belle couleur marron et l'aubier une belle teinte jaune ; on l'emploie ordinairement pour le tour, la tabletterie et ({uelques travaux de petite ébénisterie. Les fruits, gros comme un pois, sont comestibles dans l'Inde. Les propriétés fortement astringentes de la racine la l'ont utiliser au Malabar comme antidiarrhéique. ScIimuieliaAfrlccoiaDC. Arbre d'une liauteui' de 12 mètres environ, à feuilles composées de 3 folioles sessiles, oblongues, cunéiformes, croissant naturellement dans les forêts de la Sénégambie et de la Guinée. Cette espèce fournit un bois à grain serré bon pour le tour et l'ébénisterie. Schmidelia edidls A. St-Hil. (République Argentine : Clial-chal, Chalchal de (jalllna, Vacu). Arbre d'une hauteur de 10-12 mètres sur un diamètre de 40 centimètres environ, croissant au Brésil et à la République Argentine, dans les provinces de Jujuy, Tucuman, Catamarca et des Missions où il est surtout très abondant. Son bois, d'une densité moyenne (0,'700), est employé pour la fabrication des meubles communs; c'est aussi un combustible assez estimé. Le fruit est un petit drupe rouge semblable à une cerise, dont la pulpe possède une saveur douce et sucrée. Ce fruit est très recherché des Bré- siliens et des Argentins t[\ù en fabri({uent aussi une sorte de boisson fermentée d'un goût agréable. Schmidelia pinnata DC. [Euplwria Pometia Pom. ; NejiJielUon pinnotum Cambess.) Grand arbre forestier des îles Fidji, Taïti, Nouvelles-Hébrides et autres, dont le bois, blanc et dur, connu sous les noms de « Bois de pieux et de Bois de Caju-bélo » est employé en Océanie à divers usages. Le fruit, de la grosseur d'une noix, contient une pulpe blanche et mielleuse estimée des indigènes. Schmidelia pyriformis F. Mukll. {Raionia pyriformis Benth.) x\rl)re de moyenne grandeur, dont le tronc atteint un diamètre de 40 centimètres et plus. Son bois, dur, à grain serré, est excellent pour le tour et un grand nombre d'autres usages, mais il est encore peu exploité jusqu'ici au Queens- land, son pays d'origine. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXUTIQUES. 12' FAMILLE DES HIPPOGASTANÉES. Cette famille ne comprend que trois genres et environ une ({uinzaine d'espèces. Elle se compose d'un petit nombre d'ar- bres et d'arbrisseaux à feuilles opposées, digitées, comi)Osées de 5-9 folioles obovales-oljlongues, dentées dépourvues de stipules. Originaires de l'Amériiiue boréale et des régions élevées de l'Himalaya, ces végétaux sont pour la plupart naturalisés en Euro[)e et souvent cultivés en allées et en quinconces sur nos promenades publiques, aussi qu'en massifs ou isolément dans les i)arcs et les bosquets. Les Hippocastanées sont d'un emploi tout à fait secondaire sous le rapport des applications médicales et industrielles et ne présentent guère d'intérêt qu'au point de vue purement décoratif, par leur i)ort gracieux, l'élégance de leur épais feuillage et la beauté de leurs inflorescences blanches ou rouges. Leur bois est souvent utilisable, mais il n'offre au- cune des qualités exigées pour faire un bois d'œuvre propre- ment dit. Les graines de quelques espèces de Pavia sont comestibles. JESGULUS HIPPOGASTANUM L. Marronnier d'Inde. Hi-ppocasiamtm vulgare Tourn. Castanea equlna Dod. Allemand : Ross-Kastanie. Anj^lais : Horse-Chestnnt. Chine : Tsïj yé cliov. Danois : Hestckastanie. Espagnol : CastaTio de Indias. Hollandais : Indiaaii- sr/ie Kastanjchoom. Italien : Gastaqno d'India. Portugais : Castanhciro da India. Russe : Konskoi Kaztan. Suédois : Hiest Kastanie. Turc : Jabaiii Kestam'. Bel arbre d'une hauteur moyenne de 12 mètres, mais pou- vant atteindre jusqu'à 20 mètres et plus d'élévation sur un diamètre de 80 centimètres environ, à tronc droit et cylin- drique, très ramifié, recouvert d'une écorce brune et ru- gueuse, terminé par une cime dense, large et touff"ue. Feuilles caduques, opposées, longuement pétiolées, amples, digitées, composées de 5-7 folioles sessiles, obovales-oblongues, cunéi- formes à la base, très élargies au sommet et terminées par une pointe obtuse, variant de dimensions suivant leur posi- '128 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. tion, la plus longue au centre, les deux inférieures plus petites, inégalement dentées en scie sur les bords. Supposée originaire des régions tempérées de l'Asie, cette espèce est regardée comme indigène dans le nord de l'Inde et en Perse ; on la rencontre également au Caucase et dans la Turquie d'Europe. M. Orphanidès l'a signalée comme croissant à l'état sauA^age sur les monts de la Thessalie et de l'Épire. Introduit en Europe vers 1575, le Marron- nier d'Inde ne l'ut connu à Paris qu'en 1615; il est aujour- d'hui complètement naturalisé sous notre climat. L'élégance de son port, sa croissance rapide, la précocité de son feuil- lage épais et d'un heau vert, la beauté de ses fleurs nom- breuses, blanches ou jaunâtres nuancées de rose ou de rouge, disposées en grappes pyramidales redressées , en font un des plus beaux arbres d'ornement pour la décoration des [)arcs et des jardins. Tout le monde peut admirer, pendant la belle saison, le magnifique ombrage qu'il procure dans les promenades publiques et les avenues de notre capitale. Très rustique sous le climat de Paris, il résiste aux plus grands froids et supporte facilement la plus grande chaleur de nos régions ; sa culture exige peu de soin, il croit dans tous les terrains, mais les sols légers, humides sans être ma- récageux, lui sont plus particulièrement favorables. Il se re- produit de graines avec une étonnante facilité. Son bois, généralement blanc, varie aussi connne couleur du blanc jaunâtre au blanc rougeâtre surtout vers le cœur; tendre, poreux quoique d'un grain assez fin, il se coupe aisé- ment dans tous les sens lorsqu'il est vert. La dessiccation lui fait perdre une grande partie de son poids ; il est alors assez dil'ficile à mettre en œuvre, car ses fibres sont souvent con- tournées. Peu ou point sujet à la vermoulure, ce bois se conserve bien étant abrité, mais il résiste mal aux intempé- ries. Toutefois, il est i»lus incorruptible que les autres bois tendres et peut, jus(|u"â un certain point, être substitué à l'Aune pour les conduits souterrains, probablement à cause de sa richesse en tanin. La blancheur de ce bois qui fait son prix, tient au soin qu'il faut prendre de le priver de son eau de végétation qui le jaunit rapidement. Aussi, dit M. Ch. Laboulaye, faut-il l'a- battre par un temps sec et froid, et aussitôt qu'il a égoutté son eau, le refendre avec une scie à dents écartées [en planches LES BOIS INDUSTRIELS IXDIGÈXES ET EXOTIQUES. 129 aussi minces que possible d'après l'usage qu'on en doit faire. La sève se répand alors au dehors, elle y jaunit la surface de la planche; mais aussitôt que celle-ci est sèche, le rabot enlève la couche jaune très mince qui la recouvre et le blanc du bois parait pour ne plus s'altérer. ■• Comme bois de travail proprement dit, le Marronnier est de très médiocre qualité ; il manque de force et d'élasticité et se tourmente beaucoup en séchant ; sa valeur commerciale est d'ailleurs jtresque nulle. Cet arbre se débite ordinairement en planches utilisées dans la menuiserie comme bois de fond ; on en tire aussi des membrures pour l'intérieur des meubles et des voliges pour les layetiers. Quelquefois employé pour le tour et pour la confection des cadres de miroiterie, on s'en sert aussi dans les campag-nes pour faire des sabots communs et des meu])les de peu d'importance, des tablettes et des éta- gères pour les fruitiers, etc. Depuis quelques années, cette es- sence est assez recherchée pour la préparation de la pâte à pa- pier et la fabrication des cartes de visite en bois tranché. Teint en noir et poli, le Marronnier imite un peu l'ébène et s'emploie, sous cette forme, à confectionner une foule de petits objets de fantaisie d'un prix peu élevé. Choisi d'un blanc pur et d'un beau grain, le Marronnier prend un poli assez brillant et ressemble à l'ivoire. Sous le nom de « Bois de Spa », il sert à fabriquer une multitude de menus objets tels que cou- teaux à papier, nécessaires de bureau, porte-montres, boites à thé ou à ouvrage, etc., qui se vendent surtout à Spa, et qu'on orne généralement de peintures à l'huile ou de rayures genre écossais ; on en fait aussi des corbeilles, de très belles tables, des guéridons, des jardinières, etc., sur lesquels on peint souvent des figures chinoises pour imiter les meubles laqués de Chine. '"'•' ■ ' • Enfin, le Marronnier est considéré en général comme un mauvais bois de chauffage, quoique étant sec il brûle assez bien et avec fiamme en donnant un premier jet de chaleur assez vif; les plâtriers et les chaufourniers l'emploient vo- lontiers pour leurs besoins. On en retire aussi un charbon léger de qualité médiocre pour les usages domestiques, mais bon pour entrer dans la composition de la poudre. - L'écorce a été vantée comme fébrifuge et Alphonse Leroi en avait même fait la base de son Quinquina factice ; sans nier d'une façon absolue l'efficacité de l'écorce fraîche ré- y Août 1893. 9 )30 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. coltée sur les jeunes branches, on est en droit d'affirmer, d'après les expériences très nombreuses faites par les prati- ciens , que son action contre les fièvres intermittentes est faible ou nulle dans un grand nombre de cas. Pelletier et Caventou ont trouvé dans cette écorce une matière astrin- gente rougeâtre, une huile verdâtre, une matière colorante jaune, un acide, de la gomme et du ligneux. Lœseke y a signalé la présence d'une substance particulière, de nature alcaline, qui a reçu le nom cVEscuUne. L'écorce de Marron- nier est encore employée dans le tannage des peaux ; elle renferme 2 °/o de tanin. Les feuilles peuvent servir à teindre en jaune ; traitées par les sels d'étain, elles donnent une belle nuance d'un rouge orangé vif. . , : > . • - La partie extérieure du fruit est également utilisée pour la teinture en vert-olive ; la graine constitue le Marron cV Inde bien connu de tout le monde. iESCULUS TURBINATA Bl. JEsculiis Pavi.a Thunb. non L. ^j "^ ■' — dissiiiiiUs Bl. . -'-'r '■■■■' f : ■:-,■.- .Tupon : Tochi, Tochi-noki, Totzi, Arbre diine hauteur de 10-12 mètres sur un diamètre moyen de 50 centimètres, à feuilles digitées, croissant spontanément dans les forêts des montagnes d'IIakone, au Japon ; cette espèce se rencontre surtout dans les provinces de Kaï, Shi- modzuke et Shinano, ainsi que dans l'île de Nippon et les régions montagneuses de l'île de Yéso. Les Japonais cultivent souvent cet arbre comme ornement autour de leurs temples et de leurs pagodes où il atteint parfois des dimensions con- sidérables. . :■ ' :. ,. ;■;;:;.(;■ • . Son bois, de couleur blanc rosâtre, est dur, d'un grain fin et serré ; ses fibres irrégulières le rendent assez dilflcile à tra- vailler. On l'emploie quelquefois dans la construction des ha- bitations, mais plus souvent pour le tour et la menuiserie; on en fait aussi des tables, des boites, des coffrets et des plateaux qu'on vernit. Une variété de cette espèce, appelée « Chiire dochi », fournit un beau bois à fibres ondulées, recherché pour la confection, de meubles et autres objets (1^ lu;&e.. ^j • LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 131 Les feuilles de ce Marronnier' sont iiartbis prises en infusion en guise de thé. Au Japon, dit M. PI. Dupont, la mauvaise qualité des eaux et l'humidité permanente de l'atmosphère, imposent aux montagnards l'obligation d'une boisson chaude, mais ils ne regardent pas à la qualité du breuvage. Les graines, écrasées ou bouillies, puis débarrassées de leur amertume par le lavage, sont mangées par les habitants de quelques villages pauvres situés dans les hautes montagnes des provinces de Hida et Shinano ; la fécule qu'ils en retirent est ordinairement cuite avec un mélange de farine de sar- rasin et de millet. PAVIA CAIJFORNIGA Torr. Pavier de Californie. Calothyrsus CaUforiiica Spagh. Jlsculus Californica Nutt. Californie : Buckcye. Bel arbre à cime large, arrondie et toufïiie, dont le tronc, haut de 10 mètres au maximum, est recouvert d'une écorce assez lisse qui se détache par plaques comme celle du Pla- tane. Feuilles digitées, moins amples que celles du Mar- ronnier d'Inde, mais d'un vert plus sombre et persistant plus longtemps sur les rameaux. Originaire de l'Amérique du nord, cette espèce se rencontre dans la haute Californie sur le bord des petits cours d'eau, au bas des vallées et sur le versant des collines. Son bois est d'une belle couleur gris blanc, mais nous ne possédons pas de grandes données sur sa valeur réelle ; tou- tefois, nous pensons qu'il possède des qualités, sinon supé- rieures, du moins égales à celles du Marronnier. Suivant M. Gh. Naudin, (lui n'oublie jamais de signaler les végétaux exotiques qui pourraient être acclimatés avec profit dans nos régions, le Pavier de Californie deviendra peut-être l'espèce la plus utile de la famille des Hippocastanées. Ses graines, en effet, sont d'un volume double de celui du Mar- ron d'Inde ; riches en fécule et très nourrissantes, elles sont aussi d'une saveur beaucoup moins amère ; elles servent, du reste, de nourriture au petit nombre d'Indiens qui vivent encore à l'état errant dans les vallées du Sacramento, du San-Joaquin et dans celles de la côte oîi croît cette espèce. 132 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. PAVIA RUBRA Lamk. Pavier rouge, ^sculus Pavia L. Petit arbre croissant naturellement dans les vallées fer- tiles du sud des Etats-Unis, à feuilles digitées, composées de 3-5 folioles oblongues, d'un beau vert, régulièrement et finement dentées. Son bois, blanchâtre, tendre et léger, est utilisable, mais il ne peut guère servir qu'à faire des planches communes pour la menuiserie, la fabrication des caisses d'emballage et autres travaux peu importants. Le fruit est une cai)sule lisse et inerme dont la graine, semblable au marron d'Inde, offre les mêmes propriétés et une composition chimique presque identique. Le Pavia riibra est souvent cultivé en France comme arbre d'ornement sous le nom de Marronnier rouge; ses fleurs, d'un beau rouge et maculées de jaune, sont disposées en panicules pyramidales et dressées. {A suivre.) 11. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. Sur divers produits végétaux de Manille. Un produit qui, à Manille, a pris une place importante dans l'expor- tation est le Coprah, dont la présence n'est nullement releve'e dans les tableaux officiels publiés par l'administration centrale des douanes des Philippines. Et pourtant, voici la proportion de sortie de ces Cocos desse'chés pendant les deux dernières années : Eu 1891 182,000 piculs. En 1892 253,900 — La valeur de ces 250,000 piculs a mis, en 1892, cet article d'expor- tation au cinquième rang avec une estimation de 825,000 piastres. Avant 1870, les habitants de Jolo s'adonnaient à la préparation du Coprah et ce produit était exporte' de cet archipel à Singapour dans des proportions assez difficiles à déterminer. Vers 1862 ou 1863, un Franrais aurait aussi essaye' de faire du Coprah sur des bases assez étendues, mais cette tentative e'choua. En 1878, un petit navire arriva des îles Carolines avec une soixan- taine de tonneaux de Coprah, mais l'administration do la douane de Manille déclara que ce n'e'tait pas un produit national, et il fallut réex- porter ce Coprah. Actuellement, ces petites îles fout le commerce de ces Cocos desséche's sur une e'chelle relativement assez grande. Suivant certaines données, le Coprah exporte de Misamis aurait fourni les chifiFres suivants: en 1882, 175 piculs auraient o'té expe'diés, et les anne'es postérieures, l'exportation se serait ainsi accrue : En 1883 415 piculs. En 1884 1,324 — En 1885 4,783 — pour arrivera 182,000 piculs en 1891 et 253,900 en 1892, dans toutes les Philippines. Il est incontestable, môme sans s'arrêter à la plus ou moins com- plète exactitude de cette comparaison, que l'on se trouve eu présence d'un de'veloppement considérable du commerce du Coprah dans ces îles. J'ai parle', à plusieurs reprises, dans mes rapports mensuels, des obstacles qui, pourtant, se dressaient devant l'accroissement de l'ex- portation de ce produit, obstacles qu'il serait très facile de renverser, puisqu'il s'agit uniquement de soigner la pro'paralion des Cocos. Les Anglais, qui font d'immenses achats de Coprah, préfèrent celui que les Indes leur fournissent, pourquoi ? Parce que les Indiens sont plus patients que les habitants des Philippines et que le Coprah livré par eux est d'une meilleure qualité à cause de la façon dont ils le pre- 134 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. paront. Ils étalent sur des planches chauffe'es, au degré nécessaire, les Cocos ou les font se'cher au soleil, tandis que, dans ces îles, très sou- vent l'on emploie des procédés expédilifs qui nuisent à la qualité du produit et le déconsidèrent sur les marches de vente. La préparation du Coprah a remplacé, dans certaines provinces des Philippines, la fabrication de l'huile de coco et l'éclairage par le moyen de celle-ci ayant fait place au pétrole, en attendant que l'électricité' se substitue, pour beaucoup d'applications, à tous deux, il est à supposer que l'exportation de l'huile de coco de la Laguna et de Visayas ne subira guère d'accroissement d'ici quelque temps. Il faut cependant noter que la nouvelle compagnie manufacturière' des Philippines a décide' de monter une grande fabrique d'huile de coco. Avec une exploitation bien mene'e. il n'est pas douteux que cette société réussisse à re'aliser de bonnes affaires pendant quelque temps. La consommation locale diminue et diminuera encore davantage par suite de la substitution du pétrole et de l'électricité' à la fumeuse et désagréablement odorante huile de coco ; mais il y aura toujours une espèce d'approvisionnement de cette dernière qui se maintiendra. Je fais allusion à la lumière des illuminations constantes dont sont l'objet les fêtes presque quotidiennes qui sont célébrées dans les divers quar- tiers de Manille aussi bien que dans tous les environs de la capitale et dans toutes les provinces. La fourniture de l'huile indispensable pour remplir les milliers de verres employés dans ces manifestations popu- laires et l'exportation au dehors, du côté de la Chine, des Etats-Unis et autres pays, assurera l'écoulement de toutes les qualités d'huile fabriquées dans le nouvel établissement. Le Café figure à l'exportation de l'année 1892 pour un total de 21,223 piculs, soit une valeur de 740,000 piastres. En 1891, l'ensemble des quantités expédiées avait été de 45,916 piculs. Il y a donc là une diminution de plus de moitié qui s'explique par la faiblesse de la pro- duction de la dernière récolle. J'ai fait mention, l'anne'e dernière, de la principale cause de l'arrêt survenu dans la production du café. C'est la série de ravages qu'exerce dans les plantations de cet arbuste l'insecte appelé « Unus ». Le mal augmente rapidement et jusqu'à ce jour il ne semble pas que l'on se soit occupé sérieusement de le combattre. On cite des plantations entières qui ont été dévastées et détruites dans l'espace d'une année. Si encore cet insecte destructeur s'était montré dans quelques en- droits isolés ! Mais son existence est signalée sur tous les points de production du Café et les provinces de l'île de Luçon et des autres îles de l'archipel, où l'on ne relève que des petites plantations de cet ar- buste, sont tout aussi envahies que celles de Balangas, de la Laguna et de Tayabas qui contiennent les plus vastes étendues plantées de Café. Jusqu'à quel point se feront sentir les effets de la propagation du CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE -MER. 135 fléau? La réponse est difficile, quand on voit l'inefficacilé des moyens (peu énergiques, il faut l'avouer) employés contre lui. ■ .• C'est là un malheur d'autant plus grand que le Café des Philippines est bon et qu'il serait encore de qualité supérieure si la cnllure et la préparation en étaient dirigées avec une surveillance plus attentive et plus intelligente. J'ai énuraéré, dans mes pre'cédents rapports, les causes pour lesquelles cette espèce de culture est au-dessous du degré' de perfectionnement qui a été atteint, depuis longtemps, dans d'autres contre'es. Les difficultés que je signalais, il y a deux ans, ont décidé- ment eËfrayé la société' qui avait envoyé à Manille un représentant chargé d'examiner les chances d'appliquer avec succès ses procédés dans ce pays. En effet, cet agent n'est revenu ni l'année dernière, ni cette année. Il s'écoulera bien du temps avant que l'on puisse donner aux plan- tations de Café des Philippines rimi)ulsion si prospère qu'avaient reçue les caféiéres des Antilles il y a déjà plus de trente ans. Je suis heureux de constater que l'espoir émis l'année dernière d'as- sister au relèvement de l'industrie de la fabrication de VIndigo s'est en partie réalisé et que l'administration s'est rendue aux réclamations des habitants de la province d'Ilocos, en modifiant l'application des droits qui étaient perçus sur ce produit. Le commerce de l'indigo est rentré dans une bonne voie, à en juger par les chiffres de l'exportation, puisque Manille a chargé pour di- verses destinations les quantités ci-dessous énumérées, pendant les trois dernières années : En 1890 395 piculs. En 1891 1,T80 — En 1892 5,570 — L'exportation de Tannée passée a eu une valeur approximative de 177,000 piastres. C'est un progrès marqué; pourvu que les fâcheuses dispositions des cultivateurs de ce pays à restreindre le plus possible le travail et à chercher des moyens expéditifs et funestes pour le ren- dement no leur suggèrent pas, de nouveau, quelque idée capable de faire rétrograder la faveur renaissante. Manille a un marché tout trouvé, le Japon, pour le placement de son Indigo : il n'y a qu'à continuer à fournir un produit de bonne qua- lité pour en accroître d'année en année l'exportation de ce côté. Les États-Unis semblent disposés à prendre dans les Philippines la quantité d'Indigo que ces îles pourront leur procurer, mais à condition de ne pas éprouver de mécomptes, à l'ouverture des caisses, sur le contenu. Le Sibucao ou Bois de Campêche est l'objet d'un commerce d'expor- tation assez régulier, et la différence entre les années 1891 et 1892 est peu sensible, quoique l'on soil forcé, de cpnstater une diminution pour 436 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. la dernière, ce qui prouve l'abseuce de proférés de celte brauche de commerce. Voici les quantités exportées : En 1891 6'7,U7 piculs. En 1892 61,459 — Ces soixante et un mille piculs représentent une somme de 53,000 piastres qvii serait susceptible de doubler avec une exploitation autre que celle dont on est appelé actuellement à suivre la marche. La résine de Pistachier figure à l'exportation, en 1892, avec un chififre de 4,855 piculs d'une valeur de 21,000 piastres. C'est plus du double des envois de l'année préce'dente, qui n'étaient que de 2,177 piculs, mais c'est moins qu'en 1889, année qui a vu sortir 7,8'35 piculs de ce produit. L'Angleterre s'est fournie en droite ligne de 482 piculs de cette résine, tandis que, en 1891, elle n'eu avait reçu que 48. Il reste à dé- couvrir combien de piculs lui étaient destinés parmi les 3,607 embar- que's pour Singapour et les 629 qui ont pris la roule de Hong-Kong. 137 piculs de ce produit spe'cial sont allés en Espagne; y attireronl- ils d'autres demandes ? La résine de Pistachier a eu des prix basés sur la provenance. Ainsi, celle de Calamiaues a etë cotée sur la place entre 5 piastres 75 et 8 le picul ; celle de Davao ne valait pas plus de 2 piastres 25 à 3. Les Philippines sont abondamment pourvues de cet arbuste ; il n'y aurait donc qu'à extraire le plus de résine possible pour augmenter un commerce qui paraît prospérer. Afin d'arriver à ce résultat, il serait ne'cessairc d'organiser, de centraliser la pre'paralion de la résine ; et cet esprit spécial fait défaut dans cette colonie- Les habitants travail- lent chacun pour soi sans souci, dans leur ignorance de toute amélio- ration, de ce qui leur serait profitable; et, d'autre part, il y a peu d'hommes qui pèsent les chances de re'ussite attachées à l'exploitation de toutes ces petites industries. On préfère se lancer, quand on a de gros capitaux, du côte' de la grande culture ou des grandes affaires, et le reste est complètement ne'gligé. Il y a bien d'autres articles adresse's de Manille un peu de tous les côte's, tels que les cornes et les os de buffle, Yécorce de imlmier, les rotins, Vessence à.'Hong-Kong, les Chapemix, etc., etc. qui entrent dans l'en- semble des produits de cet archipel cxporle's avec plus ou moins de succès, selon que le commerce en est fait avec plus ou moins d'intel- ligence ; mais, pour en développer le mouvement, il est indispensable d'être dans le pays et de suivre les fluctuations du marche'. (Extrait partiel du Rapport de M. G. de Bébaud, consul de Fraace, sur la situation des Philippines eu IS!)^.) III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Le rôle de l'albinisme au Japon. — L'année dernière, on cap- tura à l'ouest de l'île Ye'so un Ours atteint d'albinisme qui causa quel- que omoi parmi les Aïnos. Ce sujet, offert Ji l'empereur du Japon, fut placé dans le Jardin zoologique deToiviooù M. Janson a pu l'examiner. Cet animal entièrement blanc avait les yeux rouges. Les Japonais donnent une signification particulière à l'apparition des animaux blancs qui promettraient au souverain bonheur et prospe'rité pour son ro,yaume. On désigne même, d'après eux, la période du règne. Ainsi, il y a plus d'un siècle, le règne de l'empereur Haruchi fut appelé' Période du F(n\v(it bhiitc; on avait trouve' de son temps un Faisan blanc. De S. Lunettes pour Chevaux. — La revue hebdomadaire The Opti-, cian, de Londres, rapporte Texpe'rience que l'un de ses correspondants vient de faire. Persuadé que son Cheval ëlait atteint de myopie, il chargea un opticien de prendre les mesures pour lui fabriquer des lunettes. L'animal parut d'abord gène', mais il s'y habitua bientôt ; quand on oubliait de les lui mettre, il était mal à son aise. Toutes les fois que son propriétaire les lui mettait, il manifestait sa joie en frot- tant son museau contre les e'paules de son maître. L'emballement chez le Cheval, ajoute ce journal, devrait être attri- bue' dans certains cas à la myopie. De B. Une nouvelle conserve de poisson. — A une des séances de la société russe de pêche, M. Vaquier, de Sébastopol, a pre'senté quatre sortes de conserves de poissons, parmi lesquelles les sardines pre'parées avec V Englaiclis eacra^iicliolus ont attiré particulièrement l'at- tention. Cette nouvelle utilisation d'un poisson peu connu en gé- ne'ral, nous semble mériter une mention. 'VEnglaiilfs encrasicliolus , un petit poisson argenté, long d'en- viron 9 centimètres ordinairement, se rencontre en masse dans toute la mer Noire et dans la mer d'Azoff; il est également très abondant le long des côtes du Caucase, près Soukhoum-Kolé. Les Grecs de Ba- klawa et de Kertsch en fout une pêche conside'rable ; dans d'autres localités on n'attache aucune imporlance à la pêche de ce poisson, à cause de son abondance et de son bas prix même. Tout le poisson est vendu sur place frais ; on n'en a jamais fait de conserves pour le commerce. Cependant, il y a déjà une vingtaine d'anne'es, W. Dani- lewsky, inspecteur au Ministère des domaines, avait indiqué le parti que l'on aurait pu tirer de VEnglaulis dont il parle comme du poisson le plus utile, peut-être, de la mer Noire. 138 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Les frères Vaquier (français) ont été les premiers à s'occuper sé- rieusement de ce poisson au point de vue de l'indvistrie, et ils ont réussi à fabriquer avec d'excellentes conserves. Aujourd'hui, une usine prospère existant à Balaklawa, est dirige'e par des contre- maîtres russes exclusivement. — MM. Vaquier expe'dient leurs pro- duits surtout à l'e'tranger, et la demande croît tous les jours. Si ces conserves ne sont point dirigées sur les marchés de l'intérieur de la Russie, cela tient à cette circonstance spe'ciale que le transport par chemin de fer d'un poud (= 14 kilog.)de conserves à Saint-Pe'lersbourg coiJte 1 rouble 50 kopecks — fret net, sans compter les faux frais, tandis que le même poids expédié à Marseille et dans d'autres ports de l'Europe occidentale, n'est payé que 20 kopecks. En dehors de MM. Vaquier frères, un négociant grec, sujet turc, a préparé, en 1888, 250 pouds à.' Encrasicholus , en sardines d'Estonie. Le poisson fut emballé dans de petits tonneaux de 10 livres chacun et vendu à Constantinople 4 roubles le tonneau, c'est-à-dire 40 kopecks le poud. Or, voici quels ont été les frais de celte opération. 250 pouds de poisson à 1 rouble 10 k 275 roubles. 40 — de sel à 40 kopecks le poud 16 1 .000 tonneaux de hêtre à 45 kopecks 450 Main-d'œuvre, transport, droits et autres frais 415 1 .156 roubles. Ainsi donc, avec une dépense de 1,156 roubles, l'industriel en ques- tion a réalisé 2,844 roubles, soit 24 o o. De la part des industriels russes, il n'y eut que des tentatives isolées d'imiter cette exemple. Un petit employé, ^I. Ch., risqua 60 roubles pour acheter : 50 pouds de poisson à 60 kopecks 30 roubles » k. 12 — de sel à 40 kopecks 4 .80 10 vieilles caisses à 60 kopecks 6 » Le transport à Varsovie avait coîilé. .. . 19 — 10 59 roubles 70 k. Il sala le poisson de la manière la plus primitive, l'emballa et l'en- voya à Varsovie, oii le produit se vendit 2 roubles 45 k. le poud. Il réalisa 122 roubles 50 k. Des tentatives de l'utilisation d'un autre genre de ce même poisson donnèrent des résultats non moins brillants. Dernièrement, M. l'Ingé- nieur Korvine-Kroukovsky réussit à extraire de VE)/gla/ili's une ex- cellente huile. — On voit d'après les exemples ci- dessus, que l'exploi- tation de VEnglavAis encrasidiolus sur une grande échelle, présenterait des avantages multiples, l'incurie et l'apathie des commerçants russes CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 139 seules les empêchent de mcllre à profil une source considérable de bene'fices qu'ils oui sous la main. En effet, parmi les poissons de la mer Noire, cette espèce est la plus utilisable et le meilleur marché (40 à 50 kopecks le poud, selon la saison et l'importance de la poche). Le poisson est bon pour en fabriquer des conserves l'i l'huile imitant les sardines d'Estonie, les anchois ; il peut être salé et donne de très bonne huile. De plus, il a la propriété de se conserver — après être reste' fortement sale' pendant une anne'e — pendant des années sans rien perdre de sa saveur et sans s'altérer par les plus grandes chaleurs ni les plus fortes gelées. Actuellement, on pêche ce poisson sur les côtes de la Crime'e au filet, ou bien au Iramail et au moyen de filets fixes d'une espèce par- ticulière. La poche, commençant en octobre, dure jusqu'au mois de mai. Le poisson du printemps est d'un prix plus élevé; il est plus gras, plus savoureux que celui pris pendant les mois d'automne. Les filets à mailles serre'es, jetés à une certaine distance de la cùte, où les poissons sont plus abondants, en ramènent des quantités o'normes. C. K. Repeuplons en Écrevisses d'Amérique. — M. Max von der Borne rapporte que depuis cinq ans la plupart des Écrevisses de ses domaines meurent de la maladie. Récemment il hlcha encore une centaine de ces Crustacés qui furent également atteints. Par contre, cent Écrevisses d'Amérique [G. Cambarus) se sont montrées re'frac- laires. On sait que la qualité' de la chair de ces dernières n'est pas inférieure. De S. La Persicaire de Sakhalin {Poli/yonum Sacchalinense). — Les récentes communications de M. Duchartre à l'Acade'mie des sciences et celles que nous avons laites à la Socie'le' nationale d'Agriculture, relativement au nouveau fourrage, le Polygonum de Sakhalin, jus- qu'alors conside're' comme une belle plante ornementale , ont fait rechercher son origine et quels services elle était appele'e à rendre. Notre Persicaire ou Renoue'e asiatique fut découverte, il y a une trentaine d'années, par l'explorateur russe Maximowic/'^ dans l'île de Sakhalin située mer d'Okhotsk, entre le Japon et la Riissie : cette île a e'ié ce'dèe par le Japon à la Russie eu échange des Kouriles. La plante est signale'e parmi les végétaux rares ou ine'dils, remar- quo's au Jardin d'acclimatation de Moscou par notre ami, Edouard André, lors de son voyage au Congrès international d'horticulture à Saint-Pe'tersbourg en 18(59. A dater de celte e'poque, l'établissement Ballet frères a la bonne fortune de posse'der la nouvelle venue, de la multiplier et de la pro- pager dans les parcs et les jardins ; ses tiges annuelles s'élèvent à une hauteur de 3 mètres et au-delà ; ses racines tracent en longs 140 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. rhizomes vigoureux, traversant les sols les plus durs, pierreux ou compacts, soutenant les terres des talus ou des bords de rivière tou- jours fragiles. Les jeunes pousses, blanchies à la façon du houblon, sont comes- tibles ; les feuilles, belles et larges, deviennent vui accessoire des des- serts, et la floraison automnale est recherchée des abeilles. La plante, par sa puissance drageonnante, constitue, à bref de'lai, des massifs ou des groupes de belle verdure. La tige meurt en hiver, la souche résiste aux gelées du sol aussi bien qu'aux se'cheresses de l'e'le. Au printemps, la ve'gétation est prompte. Il arrive parfois que les gele'es printanières en saisissent les extré- mite's, mais le temps d'arrêt n'est pas long, la sève continue et les jeunes tiges ne tardent pas à atteindre 2 mètres, puis 3 mètres et da- vantage si le sol est un peu frais, à sève prolongée. Les expériences de M. Doumet-Adanson sont assez concluantes sur la question fourragère. Un jeune plant, mis en terre, ne tarde pas à couvrir de ses rameaux feuillus une surface d'un mètre carre' ; dès la première année notre Polygone'e fournirait deux coupes, et dans la suite au moins trois coupes annuelles. Le poids total à l'état vert varierait de vingt à quarante kilos par mètre carré ; le produit vert pourrait donc s'élever de 200^000 à 400,000 kilos à l'hectare -- daprès les calculs de l'honorable président de la Société de l'Allier ; — et les animaux de l'espèce bovine en seraient très friands. Nous l'avons essayée dans ces conditions et avons pu constater l'exactitude des faits. En même temps, nous avons étudié, avec le même succès, l'emploi des jeunes sarments herbacés et du feuillage toujours verdoyant de la vigne américaine Vitis cinerea qui, dans nos parages, n'a jamais été' atteinte par les maladies. Où il y a de la vigueur, il y a de la ressource. La multiplication du Polygonum Sacchali rieuse se fait par sectionne- ment des rhizomes et la plantation aura lieu à l'automne et au prin- temps. Les jeunes plants sont mis en terre à peu près à un mètre en tous sens dans un sol labouré auparavant, sans qu'il soit nécessaire de le fumer ; la première année, au début de la végétation, à peine est-il besoin de supprimer les mauvaises herbes, et dans la suite les tiges et les feuilles se développent à la môme place avec une vigueur extrême sans aucun engrais ni soins de culture. Nous propagerons volontiers cette plante remarquable et nous en offrons de jeunes plants aux Écoles d'agriculture qui voudraient en essayer la culture et l'emploi. Charles Baltet, horticulteur à Troyes. IV. BIBLIOGRAPHIE. Le 'pyopriélaire 'planteur. Semer et planter. Traite pratique et éco- nomique de reboisement et des plantations des parcs et jardins, par D. Cannon. 2" éd., XII = 364 p. 380 grav. sur bois. Paris, Jules Rothschild, éditeur. Les travaux de reboisement ont toujours vivement préoccupé les économistes soucieux de l'avenir de nos forêts, et, si la question n'est pas nouvelle, elle n'en est pas moins des plus intéressantes. Aussi est-ce avec plaisir que nous signalons à nos confrères le nouvel ouvrage, si e'minemment pratique, édite par la maison Rothschild. Il existe en France de vastes régions incultes où des plantations d'essences forestières rustiques variant avec la nature des terrains, pourraient compenser en partie la dépréciation des produits agricoles qui est une cause actuelle de la crise que subit encore eu ce moment l'agriculture. Depuis plus de vingt ans, M. D. Cannon, joignant la pratique à la Ihe'orie, a entrepris en Sologne, une des re'gions les plus déshérite'es de la France, une se'rie de travaux d'ensemble, qui tendent à transfor- mer rapidement ce pays et à y cre'cr une prospérité relative et qui va sans cesse croissant. Il devient urgent, suivant cet auteur : • de boiser toute vieille terre en culture qui ne rend plus de be'ne'fîce soit en labour, soit en pâtu- rage; — de remplacer les terres use'es, là où l'utilité en est de'montrée, par la mise en culture des friches qui peuvent être rendues produc- tives au moyen de nouveaux engrais et d'outillages perfectionnés, — enfin, de constituer des ressources pour l'avenir, en reboisant, autant que possible, les friches impropres à la culture ». . . - M. Cannon examine tout d'abord, dans son ouvrage, ce qu'il importe aux proprie'taires de connaître avant d'entreprendre des boisements im- portants ; le choix du terrain à boiser et des essences qui doivent l'oc- cuper ; les travaux préalables et les dispositions générales à prendre, etc. Puis viennent plusieurs chapitres consacrés à l'étude des diverses essences forestières et faisant connaître leurs aptitudes diverses, aux principes géne'raux des semis et des plantations et enfin à l'entretien des bois. Les nombreuses illustrations qui ornent celte nouvelle édition ont été choisies de manière à compléter utilement le texte. Les principales essences forestières sont figurées par des planches qui montrent en dé- tail les caractères botaniques de leurs organes essentiels. Disons e'ga- lement que la parfaite exe'culion typographique ajoute encore à l'attrait de cet élégant et utile ouvrage. G. de G. 4 42 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES, Au bord de la mer, Ge'ulo^^ie, Flore et Fauuc des côtes de France, par le D-" Trouessart. 1 vol. in-16 de 344 pages avec 149 fig. {Bibliothèqne scientifique co)deniporaine.) Librairie J.-B. Baillirre et fils, 19, rue Hautefeuille, à Paris. 3 Ir. 50, Entre toutes les localités que les habitants des grandes villes re- cherchent pour se reposer pendant la belle saison, les plages de l'Océan et de la Manche occupent le premier rang : le climat tempe're' de ces côtes, leur vaste étendue, les sites pittoresques et varies qu'elles pré- sentent, tout se réunit pour en l'aire le rendez-vous des touristes. Les distractions qu'olïre la plage laissent le loisir de s'intéresser aux beaute's de la nature, aux aspects changeants de la mer et du rivage, d'examiner les pierres, les plantes et les animaux de formes si singulières que les vagues poussent sans cesse aux pieds du prome- nevir ou qui sont ramene's par le filet du pêcheur. Pour étudier av^ec fruit ces objets si variés et bien dignes de fixer l'attention des esprits curieux, il n'est pas besoin d'avoir les connais- sances étendues d'un naturaliste : cependant beaucoup de personnes sont délourne'es de cette utile distraction faute d'un gn'de e'ie'mentaire et sur qui leur dise le nom et l'histoire de ces pierres, de ces animaux et de ces plantes. Réunir en un volume les principales notions qui constituent l'his- toire naturelle de nos côtes de l'Océan (Géologie, Botanique et Zoolo- gie], résumer ces notions sous une forme claire, exacte et pre'cise, de manière à être compris de tout le monde, tel a été le but de M. Troues- sart, 11 y a parfaitement re'nssi. Dans cette étude, il a suivi l'ordre le plus naturel, c'est-à-dire qu'il a fait d'abord l'histoire des côtes et des roches qui la constituent et celle de la mer qui les baigne, puis celle des plantes qui poussent sur ces rivages, enfin celle des animaux qui vivent au milieu de ces plantes ou nagent dans cette mer et dont le nombre est immense. - L'ouvrage est illustre' de 149 figures qui complètent très heureuse- ment l'aspect de ce petit volume.' O. de G. Petit Dictionnaire de médecine canine, à Vmage des éleveurs, chasseurs et propriétaires de chiens, par Gaston Percheron, me'de- cin-véte'rinaire, directeur de l'hôpital Sanfourche, re'dacteur en chef ; de la Semaine Vétérinaire. — 1 vol. in-12 de 160 pages : 2 francs. - P. Dubi-euil, éditeur, 18 bis, rue des Martyrs, Paris. Dans ce petit traite, sans aucune prétention scientifique, l'auteur s'est attache' à donner une description exacte et claire de tous les maux qui affligent le chien ; il indique les moyens de le soulager à l'aide de formules que vingt anne'cs passe'es dans l'exercice de la me'- BIBLIOirRAPHlE r;- : - 143 decine canine lui ont appris à regarder comme les meilleures, et de plus, toutes les t'ois que cela a elé possible, il a choisi parmi ces for- mules celles que l'on peut préparer soi-même à l'aide des ressources de la maison. Voilà donc un livre qui ne manquera pas d'être appreVié par tous ceux qui regardent le chien comme un ami qu'il faut soigner. Liste des principaux ouvrages français et étrangers traitant des Animaux de basse-cour (i). 1° OUVRAGES FRANÇAIS {sulle). 1886. Canard du Labrador, par Benoist, p. 570. — Canard de Pékin, par Benoist, p. 569. — Canard de Rouen, par Benoist, p. 545. — Diphtérie des volailles, traitement, par Benoist, p. 404. - ■ — Élevage des Autruches, p. 154. — Gale des pattes des volailles, par P. Mégnin, p. 379. — Incubation artificielle, par P. Me'gnin, p. 52, 558. — Insectes (Les), emploi en aviculture, par Leroy, p. 244, 257, 271,283. . — . Oies (Les), par M. d'H., p. 493. — Pigeons militaires (Les) en France, p. 607. — Pigeon voyageur iLe), par E. Ouslalet, p. 337. — Pigeons voyageurs (Les), par Louis Sedix, p. 92. — Pigeons voyageurs français et allemands, par Theo-Crilt, p. 559. — Poulailler (Hygiène du), par Benoist, p. 474. — Poule de Barbézieux, par Benoist, p. 421. — Poule Campine, par Benoist, p. 413. — Poule (Caractères des races de), fournis par les plumes, par M. d'H., p. 49. — Poule Dorking, par M- d'H., p. 481. '■ — Poule de Houdan, par M. d'H., p. 415. — Poule Langshan, par M. d'il., p. 4i5. — Volailles (Conseil aux ménagères sur l'élevage des), par Benoist, p. 412. 1887. Abreuvoir (Un nouvel), par MM. Benoist frères, p. 203, 215. — Barbézieux (Race de Poules de), p. 517. . , — Brahma (Race de Poules de), p. 425. '. __-7- Bresse (Race de Poules de), p. 330. (1) Voyez Reçue, 1" semestre 1893, p. 430. ni REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 1887. Caumont ou Pavilly (Race de Poules de), par M. d'H., p. 597. — Cochinchinoise (Race de Poule), par M. d'H., p. 307. — Combattants anglais (Race de Poule), par M. d'H., p. 221. — Coucou (Race de Poule), par M. d'H., p. 522. • — Courtes-pattes (Race de Poule), par M. d'H., p. 595. — Croisement (Du) de la Poule de Bresse avec le Crèvecœur, par E. Bannet, p. 277. ." — Engraissement des Poulets et de la volaille, par P. Mégnin, p. 8. — Espagnoles (Races de Poules), par M. d'H., p. 17. — Espagnole (La Poule) à face blanche, par Psyché, p. 163. — Houdan (Race de), par M. d'H., p. 187. — La Flèche (Race de), par M. d'H., p. 233. — Lapins (Question desj, par P. Mégnin, p. 101, 118, 128. — Leghorn (Races de Poules), par M. d'H., p. 449. — Mans (Races de Poules du), par M. d'il., p. 235. — Padoue (Races de Poules), par M. d'il., p. 401. — Padoue (Poules), origine du nom, par E. Bouvet, p. 432. — Pintade (La), par M. d'H., p. 559. — Poulailler (Petit), invention de M. de Coninck, p. 324. — Poule commune ou gauloise (race delà), par M. d'H., p. 490, 510. • • . • • '■ • ■■'; — Poulets et volailles (Engraissement), par P. Mégnin, p. 8, 31, 69, 79, 105. . 1888. Age des oiseaux de basse-cour, par M. d'H., p. 511, 522. — Aviculture: la basse-cour, par Benoist, p. 22. — Aviculture industrielle, par E.-L. V., p. 464. — Brakel (Poule de), par M. d'il., p. 55. .c»/ — Bréda (Poule de), par M. d'H., p. 56. — Campine et Hambourg (Race de Poules), par M. d'il., p. 30. — Canards (Les), par M. d'H., p. 450. — Canard (Le) d'Aylesbury, par M. d'H., p. 463. ..— ^. • , . — ., de Barbarie, — p. 559. — — de la Caroline, — . p. 521. , — — du Labrador, — p. 476. — — Mandarin, — p. 488. — — Mignon, '.,.,. — p. 477. — — de Po'kin, — p. 476. — — de Rouen, — p. 452. . — Choléra des Canards, par Cornil et Toupet, p. 334. ' — Choléra des Poules, par Paul Mégnin, p. 346, 357. — Combattant (Le) anglais, par P. Mégnin, p. 187. La Gérant: Jules Grisard. I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE, LE MUSÉE COLONIAL DE HARLEM Par m. F. W. VAN EEDEN, . • ' Directeur du Musée. '• • Les Pays-Bas jouissent d'un grand privilège, celui de pos- séder les plus riches et les plus belles colonies du monde et d'en être restés la seconde puissance coloniale, privilège qu'on n'a point cessé de leur reconnaître, par respect pour leurs célèbres ancêtres, (^ui leur ont laissé ces colonies comme un précieux héritage. . • - . ..-i. ,;. / Au xvii° siècle, les Hollandais dominaient les mers. Leurs intrépides navigateurs avaient fondé des colonies en Asie, en Amérique, en Afrique, en Australie, et celles qui sont restées à leurs descendants dans l'Archipel de la Sonde et dans la Guyane occupent encore une superlicie de 33,000 lieues géographiques carrées, qui est 50 fois celle de leur patrie. Avec leurs colonies, les Pays-Bas comptent au moins 40 millions d'habitants, et il est certain que sans ces possessions le petit territoire des Hollandais aurait été depuis longtemps englouti par un des grands pays voisins. Ce précieux héritage impose à la nation hollandaise une tache immense en même temps qu'une grave responsa])iIité envers le monde civilisé. Elle doit, non seulement consi- dérer ses possessions coloniales comme une partie intégrante de la mère-patrie, mais encore api)liquer toutes ses forces morales et matérielles à retirer tous les avantages possibles de cet immense aréal, sans perdre de vue les intérêts des peuples indigènes qui subissent sa domination. En Hollande, la question coloniale doit stimuler toutes les ' facultés d'une nation civilisée : l'Art, la Science, l'Industrie, FAgriculture, le Commerce, tout ce qui constitue la forcé des nations, doit y offrir un cachet particulier, le cacliet colonial. Et ce serait là la vraie gloire d'une nation, qui doit toutes ses richesses et le maintien de son indéi)endance à ses colonies. 20 Août 1893. 10 U6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Dans le domaine de la science, l'énorme étendue de terres, encore inexplorées doit attirer des centaines d'intrépides explorateurs. Dans celui de l'agriculture et de l'industrie des milliers d'individus énergiques. La marine hollandaise doit subvenir aux. exigences des colonies, et son développement aura une influence énorme sur la navigation commerciale et l'industrie. Les sciences naturelles appliquées aux colonies, voilà ce qui doit constituer le véritable but de l'étudiant hollandais. En Hollande, l'étude de la Botanique, de la Géologie, de la Minéralogie, de l'Ethnographie, de l'Anthropologie et de la Linguistique a une double valeur, comparée à celle des na- tions non coloniales. Dans toutes ces sciences, les colonies offrent à la jeunesse studieuse une carrière brillante. Comment mettre sur la bonne voie une nation aussi pri- vilégiée ? Comment lui faire entrevoir la perspective de cette carrière si pleine de ressources, comment lui persuader d'abandonner toute étude et tout effort stérile, et de ne se vouer qu'à une vie active ? Voilà la question que le Musée colonial a mis en tête de son programme. Ce Musée a pour but d'instruire le public dans tout ce qui concerne les produits utiles des colonies, leur origine et leurs applications. On y trouve rangés par ordre scientifique les produits du règne minéral, végétal et animal, formant des séries de collections, auxquelles on a joint des dessins et des tableaux explicatifs. Les productions végétales y figurent au premier rang. La flore de l'archipel de la Sonde ainsi que celle de la Guyane hollandaise n'ont encore été étudiées qu'en très petite partie. Les forêts de Java et de Sumatra sont les plus connues, mais renferment encore d'immenses trésors pour les botanistes explorateurs. La flore de Bornéo, de Célèbes, d'une grande partie des îles Moluques et des lies orientales de l'archipel est encore pleine de mystères pour la science. Nos ancêtres nous ont donné en ceci un exemple éclatant. Déjà dans la période où les Hollandais étaient au milieu de leurs conquêtes coloniales et où le drapeau hollandais flottait tant au Brésil qu'à Ceylan, tant à Java qu'au cap de Bonne- Espérance, le célèbre Rumphius s'occupait à Amboine de LE MUSÉE COLONIAL DE HARLEM. 1 i7 l'étude de la nature et parvint à composer avec une exacti- tude et une persévérance énormes l'ouvrage classique publié sous le titre (T Herbarium Ambonense, ouvrage encore considéré par les botanistes de toutes les nations comme un des piliers fondamentaux de la Flore tropicale. Vers la même époque le chevalier Reede tôt Drakestein, gouverneur de la côte de Malabar, a publié son Ilorlus Ma- labaricus, ouvrage non moins précieux et non moins célèbre que celui de Rumphius. Il est remarquable que depuis le milieu du xvii'' jusqu'au milieu du xviii" siècle, l'étude de l'histoire naturelle fut en Hollande une des occupations favorites de la classe élevée. A côté de Rumphius et de Reede on peut citer Leeuwenhoek, Swammerdam , Boerliave et tant d'autres , qui ont brillé comme des étoiles de première gi^andeur. En dehors de ces grandes lumières brillait alors au ciel scientifique de la Hol- lande une multitude d'étoiles de moindre grandeur, et l'on peut affirmer que dans les classes supérieures le goût pour les sciences était alors très développé. Partout les curieux rassemblaient des objets rares provenant de pays lointains et particulièrement des colonies, soit dans leurs propres de- meures , soit dans de petits musées dont quelques-uns seule- ment ont eu l'avantage de se maintenir jusqu'à nos jours. Ces collections n'avaient d'autre but que de procurer quelque distraction dans la vie monotone de ces jours, un peu de lumière tropicale dans ces hivers gris et mornes de la Hollande. Ce zèle est tombé presque entièrement au com- mencement de notre siècle, sous le malaise général qui dépri- mait alors l'énergie primitive de la nation. Sous la Restauration et sous la protection libérale du roi Guillaume !<='' la culture des sciences naturelles commença à renaître. Les grands musées de Leyde furent fondés, et bien- tôt la formation d'un comité pour l'exploration scientifique de l'Archipel indien fit revivre l'étude de l'histoire naturelle dans les colonies, encouragée par des savants tels que Rein- ^vardt, Blume, Korthals, Muller, Temminck, Junghulin et Miquel. Dans cette période, le projet de former un musée spéciale- ment destiné aux produits utiles des colonies avait pénétré jus'qu'au gouvernement. Mais ce projet ne devait se réaliser que trente années plus tard. us REVUE DES SCIEN'CES NATURELLES AFPLIQUÉES. Le Musée colonial a été fondé par une société particulière, la Société néerlandaise pour le progrès de l'industrie, société formée dès 1777, dans le but de relever les diverses branches d'industrie de leur décadence. La Société a opéré dès le début selon le système adopté par toutes les institutions analogues en décernant de nom- breux prix et récompenses à l'agriculture, les arts et métiers, le commerce et la navigation. Elle a publié des mémoires sur les branches de Pindustrie nationale et plus tard un recueil périodique, et par la formation de départements dans les principales villes du pays elle se proposait de pénétrer la nation de ses principes. Cependant la Société comprit qu'elle n'obtiendrait qu'un résultat douteux et médiocre ; son but était trop vague. — Le bien-être du peuple d'aujourd'hui exige autre chose que des prix offerts, ou des adresses au gouvernement ; il exige un résultat plus pratique. Elle comprit que l'instruction i)rati({ue du peuple est de beaucoup supérieure aux discussions théoriques. Elle décou- vrit de bonne heure une grande lacune dans cette instruc- tion, l'absence d'une institution où le peuple recevrait des notions exactes sur l'importance matérielle des colonies. Depuis l'abolition presque complète des monopoles par le gouvernement dans les possessions coloniales et le libre abandon des terrains à l'exploitation iiarticulière, une insti- tution de cette nature était devenue indispensable. Convaincue de cette nécessité la Société résolut en 1864 de fonder un musée colonial. Ce projet a été mis en exécution avec un zèle qui ne s'est jamais démenti. La question du local fut résolue dès 1865 par le gouver- nement, qui abandonna à la Société une partie du Pavillon dans le Bois du Harlem, grand et bel édifice, construit dans le style italien, à la fin du dix-huitième siècle, et habité successivement par le banquier Ilope, le Roi Louis Napoléon et la Princesse-Mère d'Orange (1). Dans la première période du Musée, depuis 1865 jusqu'à l'ouverture solennelle en 1871, on n'avait pas encore adopté (Il Dans ce même édifice, la Sociélé a fondé en 1877 un Musée des Arls appliqués à Tinduslrie, inslitution non moins importante pour le bien-êlre national. LE MUSÉE COLONIAL DE HARLEM. 149 une règle définitive pour la classification des objets, qui afiluaient de tous côtés. Les premières contributions furent pour la }ilupart des objets ethnographiques, des arcs et des flèches, des poi- gnards à manche finement sculptés, des modèles d'instru- m-ents aratoires. On ne s'occuj)ait alors que d'augmenter les collections jusqu'à ce que leur nombre permit un arrangement métho- dique. Cette augmentation ne se fit pas attendre. Le gouverne- ment même prit l'initiative, en offrant des collections nom- breuses de bois indigènes, de fibres végétales, de dessins, cartes et gravures, enfin tout ce qui se trouvait alors en ce genre dans les archives du Ministère des Colonies. Les expositions coloniales et universelles ont fourni de temps en temps un contingent bien apprécié, et beaucoup de produits utiles, qui sans le Musée colonial auraient été per- dus à jamais, y ont trouvé leur place. L'arrangement systématique offrait toujours de grande? difficultés. Mais petit à petit l'ordre commença à régner, quoique beaucoup de collections présentassent encore de grandes lacunes. Peu à peu l'accroissement des collections spéciales permit une classification, de sorte que trois grandes subdivisions, celles des bois, des minéraux et des fibres végétales commen- cèrent à prendre quelque importance. Alors il fut possible de compléter plus ou moins chaque sous-division. Des circulaires furent adressées à tous les hauts fonctionnaires du gouvernement dans l'Archipel et reçurent un accueil très bienveillant des directeurs du célèbre Jardin botanique de Buitenzorg à Java, MM. Teysmann, Scheffer et Treub. Il faut considérer Teysmann comme un des fondateurs du Musée. Dans ses nombreux voyages il a rassemblé un grand nombre de produits végétaux et minéraux, qui enrichirent les collections du Musée, et son zèle a donné l'élan h. la ten- dance spéciale, qui constitue encore maintenant le caractère particulier du Musée : la connaissance des produits coloniaux et leurs applications à l'industrie. Teysmann était encore un de ces naturalistes-explorateurs qui furent, pendant tout un siècle, la gloire des sciences natu- 130 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. relies, mais qui deviennent de plus en plus rares, maintenant que heaucoup de savants se bornent aux observations micros- copiques. Teysmann a marché sur les traces dellumboldt, de Scliom- burgk, et pour Java, de Junghuhn, auteur d'un ouvrage célèbre sur la Botanique et la Géologie de cette île. Après Teysmann ce furent ses successeurs, Sclieffer et Treub, qui continuèrent à enrichir le Musée de collections précieuses de produits végétaux recueillis au Jardin de Bui- tenzorg. Ainsi se formèrent peu à peu les collections remarquables, indiquées dans le catalogue descrii)tif, dont le 11^ volume vient de paraître et dont la publication a été subventionnée par le Ministère des colonies (1). Depuis l'année 1885 l'administration du ^lusée a été réor- ganisée. En dehors du comité de direction, un conseil a été nommé, dont les membres sont choisis parmi les particuliers et les chefs des grandes maisons de commerce et des associa- tions pour les cultures coloniales. Ces conseillers versent an- nuellement une somme de 100 francs' et constituent une des principales forces financières du Musée. En outre, le gouvernement, ainsi que la Société-mère ont accordé un subside annuel, exemple suivi en 1892 par les États provinciaux et la commune de Harlem. Depuis sa réorganisation, le Musée est devenu de plus en plus une institution publique. Son arrangement s'est perfec- tionné, de sorte que les grandes subdivisions occupent des salles différentes et peuvent être étudiées à l'aide du catalogue descriptif composé par un comité de coopérateurs spéciaux. Une bibliothèque consacrée aux produits utiles, coloniaux et tropicaux, a été jointe au Musée. Le Musée est ouvert tous les jours, et des indications spéciales sont données à tous ceux qui désirent en profiter pour leurs études ou qui ont choisi une carrière dans les colonies. L'administration du Musée s'est mis en correspondance avec tous les pays coloniaux et tropicaux, avec les grands (1) Ces volumes conlieunent les descriptions suivanles : Café, Thé, Cacao et Vanille, (Jumquina, Sucre, Epices, Tabac, Riz, Graisses, Résines, Huiles, Fruits, Médicaments, Matières tannantes et Couleurs, Matières alimentaires, Caoutchouc et Gutta-perclia, Bois, Fibres végétales. Produits des Indes occi- dentales. Minéraux. LE MUSÉE COLONIAL DE HARLEM. 1o1 centres du commerce, et avec tous ceux qui s'intéressent au commerce et à l'industrie coloniale, même dans les paj's les plus lointains. De plus en plus le Musée devient un centre d'informations concernant les applications des produits nouveaux ou récem- ment obtenus par la culture. Pour autant que les moyens le lui permettent, le Musée se fait un devoir de venir en aide à plusieurs institutions d'en- seignement public, en leur offrant les collections qui peuvent leur être utiles dans le but qu'elles ont en vue. Le Musée ne désire qu'étendre cette libéralité à toutes les écoles. Mais le but du Musée est non seulement de faire revivre l'activité nationale dans le domaine des colonies, il travaille aussi à la prospérité des indigènes en favorisant leurs arts et leurs industries nationales. Le développement artistique des peuples de l'Arcbipel In- dien n'est pas inférieur à celui des autres peuples de l'Asie, et si Java et Sumatra eussent été exploités comme le Japon, leurs produits artistiques auraient été mieux appréciés dans les grands centres du monde civilisé. Leurs vêtements natio- naux brodés à la main et ornés de dessins originaux, se ven- dent à des prix élevés: leurs dessins se rapportent à cer- taines traditions ou représentent des objets de la nature exécutés dans le style national. La sculpture en bois et l'orfèvrerie ont également eu leurs applications dans l'Arcbipel depuis un temps immémo- rial, et les armes de luxe javanaises, à poignées sculptées en bois et en ivoire, incrustées d'or et ornées de diamants, dont le Musée possède de magnifiques exemplaires, excitent l'envie de tous les grands musées etlmograpbiques. Les objets en filigrane de Padang, ceux en bois laqué du Palembang pourraient rivaliser avec les meilleurs produits de l'art japonais. Le grand développement de l'art javanais date de la période hindoue, qui a vu bâtir les temples magnifiques, dont les im- menses ruines forment un attrait spécial pour les archéo- logues. C'est non seulement à Java, mais encore dans les îles de Sumatra, Célèbes, Bornéo et les Moluques que l'art indigène fait preuve d'une ingéniosité aussi merveilleuse que naïve. Beaucoup de produits de l'industrie indigène sont dignes de 152 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. l'attention des nations civilisées, mais tandis que le Japon a inondé ITAirope d'un torrent de japoneries, l'art des habi- tants de l'Archipel indien est à peine connu. Non moins que les Javanais, les habitants de Bornéo (I)ayaks) possèdent un goût inné dans les conceptions de l'art industriel, et leurs tissus, leurs nattes, excellent non seulement par leur solidité, mais surtout par leurs dessins originaux. Le Musée a pour Lut d'ouvr-ir en Europe des débouchés ré- guliers pour ces produits coloniaux et continue à fixer son attention sur tous les objets de l'industrie indigène, qui ont quelque valeur artistique et d'en encourager le commerce et l'importation. L'année dernière il a introduit en Europe des nattes provenant de diverses résidences, et en a publié les dessins dans son bulletin. Ces nattes sont très solides et très bon marché et se font dans toutes les grandeurs voulues. Les couleurs en sont très harmonieuses, et elles sont probablement destinées à devenir un des ornements favoris des maisons de campagne. Tous les efforts du Musée tendent donc vers le bien pu- blic : 1° en faisant connaître les trésors inépuisables que ren- ferme la nature dans les colonies ; 2° en encourageant la jeu- nesse hollandaise à se vouera une carrière coloniale; 3° en faisant connaître les produits récemment découverts, dont l'exploitation et la culture offrent de nouvelles ressources à l'industrie nationale, et 4" en encourageant l'industrie natu- relle des indigènes. Cette taclie énorme n'a été que commencée. Pour l'accom- plir selon les exigences du temps, il faudrait au Musée des ressources financières au moins dix fois i)lus grandes que celles dont il dispose. Si l'on prend réellement à cœur l'inté- rêt de la nation néerlandaise, on doit avouer qu'aucune ins- titution n'a plus de droit d'être soutenue par la nation en- tière, d'être le centre industriel et commercial des Pays- Bas, que le Musée colonial qui porte en soi le germe d'un grand avenir et qui n'attend que le mot d'ordre pour se mettre à la tête de tous les amis du peuple qui désirent que les colonies avec leurs richesses naturelles et leurs im- menses étendues restent la base de la prospérité nationale. Harlem,. février 1893. LE BETAIL SAUVAGE DE LA GRANDE-BRETAGNE ET LE CROISEMENT DES BOVIDÉS Par m. J. PETIT. On entretient encore, dans (quelques parcs du nord de la Grande-Bretagne, des représentants d'une race autochtone de bétail vivant jadis à l'état sauvage dans les forêts aux- quelles ont succédé les pâturages actuels. C'est la race Wanche des forêls, qui se distingue par ses cornes à section circulaire, arquées en avant chez la majeure partie des indi- vidus, puis brusquement relevées et recourbées en arrière, ses sus-naseaux courts et larges, unis en voûte surbaissée. La taille est petite, 1 mètre 25 environ, la tète forte, le cou épais, le fanon fort pendant, le garrot large, les épaules ro- bustes, le corps allongé, le dos droit, la croupe courte et tran- chante, la queue attacliée haut, très longue et terminée par un fort bouquet de poils tombant presque jusqu'à terre. Les cuisses sont peu cliarnues, la peau dure et épaisse est cou- verte de poils longs et frisés. Très rustique, cette race donne de bonne viande, peu de lait, uiais un lait très butyreux, elle s'engraisse facilement. Depuis des siècles, elle vit répartie entre un certain nombre de troupeaux isolés, dont l'importance numérique décroit sans cesse par suite de la reproduction en consanguinité con- tinuelle et peut-être aussi des dures conditions de son exis- tence. De quatorze au commencement du dix-neuvième siècle le nombre de ces troupeaux s'est progressivement réduit à cinq ou six. Un ouvrage inachevé du révérend J. Storer contient d'in- téressants détails sur cette race primitive et son habitat à l'é- poque oii elle errait libre et indomptée à travers les landes et les forêts de la Grande-Bretagne. Ces forêts s'étendaient sans interruption du Trent à la Clyde, peuplées d'Ours, de Loups, 454 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. (le fiers Taureaux sauvages ; leur délncliement se fit lente- ment, et au xi'^ siècle, à l'époque où régnait Edouard III, Edouard le Confesseur, la grande forêt d'Enfield, dont il reste aujourd'hui quelques traces aux alentours de Londres, s'a- vançait encore jusqu'aux faubourgs de cette capitale, aux habitants de laquelle elle servait de lieu de chasse favori. Au milieu de cette sauvage nature, une seule voie, un exutoire unique s'ouvrait à l'extension de la civilisation, vers le nord : la vieille chaussée romaine, qui, sous le nom de Watling Street, traverse la Grande-Bretagne du midi au septentrion. L'apparition progressive de l'homme sur la scène de la na- ture confina peu à peu quelques troupeaux de ces Bœufs sauvages sur des parties de forêts, où ils vivent encore au- jourd'hui. Le plus important, le phis célèbre de ces troupeaux, est celui de Chillingham, dans le Northumberland près de Bedford, qui s'est maintenu là, dans les Cheviots, sur la fron- tière écossaise, maître de ce qui constituait jadis une faible partie de son aire naturelle, et a vu de longues années s'é- couler, avant que l'àpre sifflet de la locomotive ne vienne troubler sa paisible possession. Isolé, disent les traditions, vers l'an 1240, le troupeau de Chillingham-Park serait le plus ancien et le plus pur des quatre ou cinq groupes de ces ani- maux qui existent encore en Angleterre, et le fait suivant semblerait l'établir. Une forêt s'étendait sur le comté d'Essex, au temps du roi Etienne, couvrant entre autres points la ré- gion sur laquelle a été bâtie la petite ville de Walton sur la Naze non loin de l'endroit où l'Orwell se jette dans la mer. L'abbé du district autorisait alors certains individus, men- tionnés dans un ancien manuscrit, conservé dans la région, et dont un se nommait Hubert Fitz Walton, à chasser le bétail sauvage de la forêt, dont la lisière s'arrêtait à o kilomètres environ de l'euibouchure de l'Orwell. Sous le règne de Henri T''", le fils de Guillaume-le-Conquérant, au commence- ment du douzième siècle, un terrible catacl^^sme submergea la forêt et son bétail sauvage, puis peu à peu, après des siècles, le pays conquis par les eaux fit lentement sa réappa- rition à l'embouchure de l'Orwell, ramenant au jour les ossements des bœufs noyés. On envoya à Richard Owen des crânes de ces bovidés, que le célèbre naturaliste reconnut absolument identiques à ceux des animaux existant h Chil- lingham et il s'appuyait même sur ce fait démonstratif, pour LE BÉTAIL SAUVAGE IiE LA GRANDE -BRETACxNE. 155 affirmer que ces bœufs représentaient les derniers survivants des grands troupeaux qui peuplaient autrefois les forêts de l'Angleterre et de l'Ecosse. Depuis des générations, on conserve donc à peu près inté- gralement ces animaux, plutôt, il est vrai, comme un apa- nage, une dépendance du domaine familial, comme les types d'une espèce primitive se transmettant dans toute la pureté de sa race, qu'avec une idée d'intérêt mercantile, le revenu qu'on peut en tirer étant à peu près nul. Bewick en exécuta jadis des dessins reproduits par la gravure, et plus tard Landseer prit ces Bœufs majestueux comme sujets de deux grandes toiles qui figurent dans la galerie de Chillingliam. La race de Cliillingiiam est le type le plus pur de la descendance des animaux préhistoriques qui peuplaient jadis les forêts de la Grande-Bretagne, sa taille cependant a subi une légère dé- pression par suite d'une demi-civilisation et d'une reproduc- tion continue en consanguinité remontant à une époque fort reculée. Cette race est petite, en efïét, mais sa taille s'accroît considérablement par le croisement, ainsi qu'on en pourra juger par les expériences citées plus Imn, où l'accroissement se constate dès la première génération. Cette race conserve cependant avec une grande énergie ce qui lui est propre, et les produits du premier croisement ne diffèrent en rien du type i)ur et primitif, comme caractères spécifiques et de colo- ration. Ces particularités de couleur, très uniformes, carac- térisent absolument le bétail sauvage. Elles sont un peu arti- ficielles il est vrai, là comme dans les autres troupeaux, tout animal dont le pelage n'est pas blanc, se voyant impi- toyablement abattu. Les jeunes récemment nés sont d'un blanc pur et amou- reusement léchés par leurs mères, deviennent bientôt d'un blanc crémeux. Les oreilles sont d'un brun rougeàtre, les cornes blanches avec leurs extrémités noires. Les sabots et le nez sont noirs, les yeux bordés de longs cils qui leur donnent à la fois de la profondeur et du caractère. Leurs fines épaules permettent aux animaux de ce troupeau de trotter très lestement. De 1862 à LS89, le poids moyen des individus qu'on faisait abattre était de 254 kilos pour les Taureaux, 190 kilos pour les Vaches, 259 kilos pour les Bœufs. En 1875, on entrepre- nait une série d'expériences, afin de déterminer les résultats 156 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. que produirait sur le bétail sauvage, l'induence d'un croise- ment avec la race Durham. Un Taureau sauvage capturé dans le Parc, servit à la saillie de deux génisses Durham, soigneu- sement sélectées. On obtint 1 Taureau et ] Génisse; le Tau- reau, nommé Adam, fut envoyé à l'Exposition de la Société roj^ale agricole de Vilburn en 1879. On reconnut bientôt que la meilleure méthode à suivre dans ces expériences pour obtenir un résultat pratique, consistait à prendre dans la race sauvage les femelles destinées à ce croisement et on adopta dès lors un système de reproduction inverse, qui s'est pour- suivi jusqu'à l'époque actuelle. 3 Génisses sauvages choisies dans le parc furent croisées avec un Taureau Durham de souche authentique, le baron Bruce, appartenant au troupeau de M. Hugh Aylmer, à Norfolk. Pendant plusieurs années, on n'obtint aucun résultat. A la fin cependant, un Taureau et une Génisse naissaient en 18.S5, et un autre Taureau et une seconde Génisse en 1886, consti- tuant les premiers produits de croisement obtenus dans cette ligne femelle si désirée et permettant de pousser plus loin les expériences. • Nous donnons dans le tableau suivant les résultats de ce premier croisement : ANNÉES. PRODUITS. NOMS. PERE. MERE. 1885.... Taureau. Chillinfibani I. B arou Bruce. ^■ ac h e sauvage 1885.... Génisse. Wild Rose I. Id. Id. 1886.... Taureau. Chillingham II. Id. Id. 1886.... Génisse. Wild Blûssom. Id. Id. Le taureau de demi-sang sauvage Chillingham, né le 17 Jan- vier 1885, figura à l'exposition de bétail gras de Smithfield en décembre 1888, et y obtint un '3" prix dans une excellente classe d'animaux de croiseriient. Il avait alors trois ans dix mois et deux semaines ; son poids vif atteignait 849 Idlogs, et ayant été acheté par M. Dodds, boucher à Berwick-sur- Tweed, qui le paya 1639 francs, il rendit 557 Idlogs de viande et 75 kilogs 5 de suif. Son cuir très mince pesait 40 kilogs. Une caractéristique spéciale à cet animal était son fort ren- dement en viande nette comestible, surtout abondante sur les régions où la chair a le plus de valeur, sur l'aloyau, les côtes, etc., et l'extrême légèreté de son svstème osseux. Trois ou LE BÉTAIL SAUVAdE DE LA GRANDE-BRETAGNE. 1;i7 quatre mois avant le (léi)art pour l'exposition Cliillingham I n'avait encore reçu aucune autre nourriture que ce ({u"il trouvait sur son pâturage. p]n 188(S, le taureau demi-sang sauvage Cliillingham II, né le 10 mars 1S86, fut également envoyé à l'exposition du bé- tail gras de Smithlield, où il remporta lui aussi un 3° prix. Il avait alors trois ans huit mois et un jour, son poids vif s'élevait à 942 kilogs, et vendu â un Loucher de Saint-Neots, M. Banks, ({ui déclarait n'avoir jamais vu un animal aussi charnu, et souhaitait en débiter beaucoup de semblables, il rendit 609 kilogs 5 de viande nette. Ces deux animaux, dont la chair fut fort appréciée des connaisseurs, avaient éveillé lin grand intérêt parmi les éleveurs. Les deux génisses Wild Rose I et Wild Blossom I, résultant également d'un premier croisement, ont prouvé qu'elles étaient de bonnes reproductrices et permirent de continuer l'expérience dont les résultats sont donnés par le tableau suivant : 2^ Croisement. ANNÉES. SEXE. NOM. PERE. MERE. 1887 Taureau. Cbilliughain III. White Priucc. Wild Rose I. 1888 Génisse. Wild Rose II. The Rajah. Wild Rose I. 18SV) ... Taureau. Chillingham IV. Id. Wild Blossou I. 1890 Taureau. Chillingham V. Id. , Id. Le taureau Chillingham III, né en 1887, a été abattu pour la fête de Noël 1890. La génisse Wild Rose II, née en 1888, 1111e de Rajali, un taureau prêté par M. Booth, le propriétaire du fameux trou- peau de Durhams de Warlabjs est la seule femelle obtenue dans cette génération, et c'est elle qui permettra de pour- suivre l'expérience. Wild Rose II, sa mère Wild Rose 1 et Wild Blossom I, ont été saillies, en 1890, par un autre tau- reau de Warlab)', Sir Reginald. Tel est le point auquel on est arrivé dans ces expériences de croisements. Tous les tau- reaux obtenus ont été castrés et engraissés, aucun d'eux ne devant servira la reproduction. Par les deux croisements ainsi réalisés entre la race sau- vage et la race domestique améliorée, on a donc perfectionné matériellement les formes des animaux et accru surtout le 4o8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. développement des aloyaux et des régions fournissant la viande la plus estimée ; tout en augmentant leur taille et leur poids, et en accentuant la i)récocité, la tendance à la matu- rité hâtive et à l'engraissement, ces deux derniers caractères surtout pouvant être considérés comme la part d'apport du sangDurliam. La race sauvage, elle, a fourni aux métis ses formes, sa vigueur, sa robuste constitution, son ossature lé- gère, l'allure vive due à ses épaules finement articulées. La couleur des animaux obtenus par croisement est exac- tement celle de la race sauvage excepté sur le nez, où le noir a disparu remplacé par une teinte rosée, et sur les oreilles où les poils rouges se sont étendus. Ces expériences n'ont influé en rien sur le bétail sauvage du parc de Chillingham, les génisses, qui en étaient l'objet n'ayant jamais repris place dans le troupeau, et leurs pro- duits ne devant plus avoir aucune relation avec les membres de ce troupeau. Rutimeyer, en effet, et la presque totalité des zootechni- ciens ont nettement démontré que la dégénérescence et l'extinction pratique de certains troupeaux de bétail sauvage de la Grande-Bretagne devaient être uniquement attribuées à l'intervention intempestive de l'homme. On trouve encore dans le centre de l'Angleterre, dans le Stafford, le troupeau de la forêt de Chartley près d'Uttoxe- ter, forêt possédant les plus yieux Chênes de la Grande- Bretagne, et son propriétaire, Lord Ferrers, le conserve aussi scrupuleusement que celui de Chillingham. Ce troupeau aurait été isolé au xiii^ siècle , il vit actuellement dans un parc de 459 hectares, qui a conservé sa végétation primitive. Le type de la variété de Chartley différerait beaucoup de celui de Chillingham, révélant, paraît-il, un ancien croise- ment avec la race primitive dont Bakewell fit en l'amélio- rant la race Longhorn, aux longues cornes, qui précéda en Angleteri-e les Shortliorns, les courtes cornes, ou Durhams de CoUing. Dans son histoire de Tutbruy, M. Oswald Mosley affirme que le troupeau de Chartley a une origine beaucoup plus ancienne que celui de Chillingham, et la fait remonter à 1248 ou 1249 en attribuant alors une date plus récente à celui-ci. Ces animaux, mieux traités que ceux de Chillingham, reçoivent du foin pendant l'hiver et peuvent s'abriter sous des hangars. LE BÉTAIL SAUVAGE DE LA CtRANDE- BRETAGNE. ^^9 Le duc crilamiltoii possède près d'Hamilton en Lancasliire dans le parc de Cad zone, dernier reste de la forêt calédo- dienne, qui ombrageait les bords de la Cljde, un troupeau célèbre,, chassé jadis, vers l'an 1320 par Robert Bruce, puis deux siècles plus tard, par le roi d'Ecosse, James, et dont Walter Scott a chanté les ancêtres dans son poème de Cadzone Castle : « Le taureau de la montagne, la plus ter- y rible bête do chasse qui erre dans les forêts de la Calé- » donie, fracassant les arbres sur son passage, s'élance fu- » rieux contre les chasseurs tremblants. Roulant ses yeux » étincelants d'ardeur, il fait voler le sable sous ses cornes » et son noir sabot et dresse fièrement sa crinière nei- » geuse. » La tête du bétail de la forêt de Cadzone est, elle aussi, moins caractéristique que celle du bétail de Chillingham et semble également révéler une trace d'ancien croisement avec un bétail de moins noble origine. Ses cornes sont plus ou moins modifiées, comme chez les autres troupeaux de ces animaux, du reste, au lieu d'avoir conservé les inflexions primitives des ferœnaturœ, des bêtes de la nature, comme dans le troupeau de Chillingham. Les Bœufs de Cadzone sont, en outre, moins sauvages que ceux de Chillingham. Il existe encore en Grande-Bretagne un troupeau de bétail sauvage à Lyme-Park, près de Disley, dans le Cheshire, troupeau appartenant à A[. W.-J. Legh, et un autre à Som- merford-Park, près de Congleton, Cheshire également appar- tenant à M. Charles Shakerley. Ce dernier troupeau, comprenant 200 tètes, est absolument domestiqué à l'heure actuelle. On ignore s'il vit en cet en- droit depuis l'époque oti son parc a été séparé de la forêt, ou s'il n'aurait pas été amené là au xviiie siècle, venant de Mid- dleton, dans le Lancasliire. Le troupeau de Middleton, Lancasliire, éteint en grande partie, aujourd'hui, n'est plus représenté que par des animaux métis ou domestiqués. En 1765, il fut vendu à Lord Suffi eld de Gunton-Park, près Norwich, et s'éteignit complètement en 1853 ; mais en 1793 et en 1810, on avait cédé quelques animaux à un ancêtre de la marquise de Lothian, qui en con- serve les descendants à Blickling-Hall, près d'Aylsham dans le Norfolk, et en 1840, d'autres avaient été vendus à M. Cator de Woodbastwick-Hall, près de Norwich. 1G0 REVUE DES SCIENCES NATURELLES AITLIQUÉES. Les quelques animaux de Somerford, de Blichliiig et de Woodbastwick n'ont plus de cornes et leur taille ainsi que leur fécondité se sont considérablement réduits. Ils consti- tueraient cependant, peut-être, les restes d'un 3° type na- turel, les deux premiers étant ceux de Cliillingliam et de Cliartley. Il y avait autrefois à Blair-Atliol, dans le Perth, un trou- peau qui fut vendu au marquis de Bredalbane â Taymouth, et au duc de Buccleucli à Dalkeitli. Cette seconde partie du troupeau se réduisit bient(3t à un seul survivant, à un tau- reau acheté par M. John Orde, et transporté à Vilmory où on lui fit saillir des vaches Kyloc et du West Ilighland soigneu- sement sélectées. Son propriétaire l'échangea ensuite contre un taureau de Taymouth, de Lord Bredalbane, et ce taureau donna d'excellents produits jusqu'en L'^52, époque où il fut remplacé par un taurillon West Highland qui améliora beau- coup le troupeau. En 1872, M. John Orde vendit 22 de ses • animaux â M. Assheton Smith, de Vaynol-Park, près Bangor, (|ui devint également propriétaire, en 188(3, des 32 bêtes qui lui restaient. Dans une lettre, écrite le P'" juin 1887, M. John Orde disait qu'un peu avant de se séparer de son troupeau, il avait obtenu 2 jeunes taureaux du duc d"Hamilton à Cadzone afin d'en améliorer le sang, mais ces animaux éprouvèrent des accidents qui obligèrent â les abattre. Son désii- d'intro- duire du sang étranger dans son troupeau était provoqué par l'opinion assez courante en Angleterre, que la reproduction en consanguinité et la captivité déterminent une altération de l'ossature et du cornage. Les animaux du parc de Vaynol ne sont jamais abrités l'hiver, mais on leur fait alors parfois une distribution de foin. On trouvait encore au x'^' siècle dans le pays de Galles, une race semblable à celle de Cliillingham, ayant la même robe blanche, les mêmes oreilles rouges. Elle existait encore, mais à l'état domestique au commencement du xix" siècle dans le comté de Pembroke, et le professeur Lowe la si- gnale, dans son ouvrage intitulé : Domcsticated Animais of the Dritannic Islands, Les Animaux domestiqués des Iles britanniques. Il est probable que la race autochtone, la 7"ace blanche des forêts, s'est alliée à toutes les races importées en Angleterre LE BÉTAIL SAUVAliE DE LA GRANDE -BRETAGNE. A6\ dès les premiei's jours de la civilisation. Ses taureaux sau- vages, errant à travers tout le pays, ne pouvaient manquer de se croiser avec les vaches des communes, des villages, constituant la forme primitive des institutions sociales dans toute la partie orientale de la Grande-Bretagne, et celles des tribus vivant sur sa partie occidentale. Les poids cités comme moyenne pour les animaux de Cliil- lingliam abattus pendant la période de 1862 à 1889, sont à peu près identiques à ceux des animaux vendus il y a deux siècles au marché de Smithfield et si le troupeau de Chil- lingliara est un parent commun à toutes les races anglaises actuelles, c'est aussi le meilleur terme de comparaison dont on dispose, pour apprécier les améliorations apportées aux bestiaux par les élèves de Bakewell, le propriétaire de Dish- ley Grange. Il y a quelque temps, le jardin zoologique de Londres a reçu deux animaux de l'espèce bovine sauvage, appartenant à des troupeaux difterents ; un taureau lui a été envoyé par le comte Ferrers de Chartley, une génisse lui a été donnée par M. Assheton Smith de Vaynol Park. Ces deux animaux appartiennent évidemment à deux variétés distinctes de l'espèce. La génisse a les cornes des animaux de Chillingham, le taureau les cornes beaucoup plus droites de la race de Chartley. La génisse est une des rares descendantes d'un ancien troupeau écossais qui, à la veille de l'extinction, fut ressuscité d'abord par le sang des vaches du West Highland, puis par celui du taureau du duc Hamilton de Cadzone, jus- qu'à ce qu'une judicieuse sélection l'ait reconstitué en lui conservant l'ancien type qui est bien celui du troupeau de Chillingham. Les Chartleys ont les quartiers antérieurs plus lourds, et les quartiers postérieurs plus légers que les autres variétés de la race sauvage, et ils rappellent généralement par leurs formes et leur cornage, Tancienne race domestique du Staf- ford, les Longhorns, les longues cornes. Leur pelage est uniformément blanc, avec le nez, les oreilles et les pieds noirs. Les animaux du troupeau de Vaynol, aux jambes courtes, au dos rectiligne, aux cornes aiguës, courtes et redressées, sont bien supérieurs sous le rapport des formes à ceux du W Août 1893. W 1o2 REVUE DES SClEiNCES NATURELLES APPLIQUÉES. troupeau de Cliartley. Leur pelage est également blanc et leur museau noir avec les extrémités des oreilles noires, et plus ou moins de poils de la même couleur sur les jambes. La femelle quoique sortie d'un troupeau d'origine plus ré- cente et plus domestiqué que celui du mâle est cependant plus sauvage que celui-ci à cause des conditions ambiantes, le bétail de Cbartlej- étant abrité l'biver. Elle ne se laisse pas approcher comme le mâle. Le Jardin zoologique de Londres possède en ce moment. un jeune taureau Gam ou Gayal de l'Inde, Bos Gaurus, et cer- tains zootechniciens anglais verraient avec quelque intérêt ■entreprendre des expériences de croisement entre cet ani- mal et la génisse de la race blanche des forêts. Le cornage du Gam diffère peu en effet de celui du bétail de Chillingham, et le Gam ne constituerait peut-être avec la race blanche des forêts qu'une seule et même espèce, ayant simplement subi des modifications de coloration adaptant chacune de ses variétés aux climats sous lesquels elles étaient appelées à vivre. Le Gam, exposé au soleil brûlant de l'Inde, aurait con- servé sa couleur rougeâtre primitive avec les jambes blan- ches ; le bétail britannique aurait pris depuis des siècles une livrée blanche, afin de résister au froid. Le Bos Gaurus et le Bos pj'imigenius, dont les animaux de Chillingham sont les représentants les plus purs, pourraient donc ne consti- tuer qu'une seule et même espèce zoologique. Des expériences de croisement entre taureau Gayal et des vaches de différentes races, ont été du reste entreprises vers 1818, à l'Institut agricole de l'Université de Halle, province de Saxe (Prusse), par M. le docteur J. Kïihn, directeur de cet établissement. Ces expériences semblent réfuter, dans cer- taines limites, l'hypothèse des savants anglais , les métis demi-sang mâles s'étant toujours montrés inféconds. Le docteur Kiihn a obtenu en effet dix-huit produits de demi-sang neuf mâles et neuf femelles, par le croisement d'un taureau Gayal avec des vaches appartenant à différentes races domestiques. Dans la reproduction entre Gayals de pur «ang, la gestation dure 280 jours en moyenne, elle s'éleva à 284 jours 1/2 pour les métis de demi-sang. Les mâles ainsi obtenus semblaient être de bonne heure aptes à la reproduc- tion, mais ils se montrèrent toujours inféconds dans les nom- breuses tentatives qui ont été faites. On a cependant constaté LE BÉTAIL SAUVAGE DE LA ilRANDE- BRETAGNE. IC3 lors de l'autopsie d'un de ces animaux, qu'il possédait des spermatozoïdes doués d'une parfaite vitalité, et s'agitant vivement. Un de ces taureaux métis l'ut l'objet de dix-sept expériences infructueuses de reproduction , soit avec des vaches domestiques de race allemande Iladersleben, soit avec des métisses de sa propre race. Si les taureaux métis se mon- trèrent toujours stériles, les vaches métisses, par contre, furent fécondées par des taureaux de races Durham, Devon, Hollandaise, etc. et fournirent des métisses quart de sang- Gayal trois taureaux et trois génisses qui naquirent après une gestation moyenne de 281 jours 3/4 allant de 254 jours 1/8 à 294 jours 1/G. Les vaches de demi-sang Gayal donnent beaucoup de lait, et un lait fort riche en matière grasse. Un de ces animaux, croisement de taureau Gayal et de vache de race Budjading, donnait du reste plus de lait et un lait plus butyreux que celui de sa propre mère, et même que celui d'une vache de Jersey, sa compagne d'étable. Après avoir mis bas un premier veau, la vache de Jersey donna, pendant 50 semaines, litres 42 en moyenne de lait par jour, alors que la métisse Gayal-Budjading en donna 6 litres 44 pendant 51 semaines, dans les mêmes conditions de primipartui-ition, et que sa propre mère, la vache Budja- ding n'en fournissait que 4 litres 73 par jour pendant 41 se- maines après l'avoir mise bas, et en donna 4 litres 77 par jour pendant 54 semaines après la mise bas suivante, due à la saillie d'un taureau Durham. Nous reproduisons dans le tableau suivant les analyses comparatives du lait de la vache de Jersey et de la vache Gayal-Budjading : VACHE DE JERSEY. VACHE GAYAL-BUDJADING. Matière sèche 15,32 «/o 16,73 "/o Matières grasses.. 5,51 °/o 5,81 °/o Protéine 3,86 °/o 4,67 "/o Sucre de lait 5,17 "/o 5,43 '^/o Ceudres 0,78 "/o 0,82 «/o On voit que pour tous les éléments dosés l'avantage est pour le lait de la vache métisse. Quant à sa mère elle donnait un lait contenant 3,41 7o de matières grasses. Ce produit de 164 KEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. croisement a donc fourni un rendement en lait supérieur comme quantité de 35,5 °/o à celui de sa mère et composé d'un lait plus riche de 70 % en matière grasse. Un autre produit de croisement , par taureau Gajal et vache suisse de race Simmenthal, donna 5 litres 1 de lait par jour, pendant une période de lactation de 48 semaines, ce lait titrait 6,41 % de matières grasses. 'M. Kiihn ne désespère pas du reste de voir réapparaître la fécondité des mâles par un croisement continu et il a l'intention de continuer ses ex[)ériences jusqu'à ce que ce résultat soit obtenu. Ce ne sont pas là du reste les seules expt^riences de croi- sement auxquelles se soit livré le savant directeur de l'Insti- tut agricole de Halle, il s'est également occupé de la relation existante entre l'Yak, Bos gnuiniens de l'Asie, et le Bœuf domestique, Bos Taurus. Jusqu'à réi)oque de la publication en 1872 de l'ouvrage de Von Nathusius sur le bétail et ses races, la totalité des zootechniciens admettait que l'Yak du Tliibet diffère des autres espèces de bétail, est bien une e>pèce propre. Pour les uns, c'était un Buffle, un Bison pour d'autres, d'autres, enfin, en faisant un Pocphagus, le classaient dans la section des Blborina, à laquelle appartient lu bétail sauvage de Java et des îles de la Sonde. On fut donc fort surpris, quand Von Nathusius émit l'opinion que l'Yak appartenait au genre Bos. Voulant élucider cette ques- tion, M. Kuhn résolut, en 1877, de procéder à des croise- ments de Taureaux Yaks et de Vaches domestiques appar- tenant à différentes races européennes. Il obtenait un premier produit de croisement le 3 décembre 1877, i)uis successive- ment dix-huit autres, fournissant un nombre total de neuf mâles et de dix femelles. La gestation de 259 jours 1/2 en moj-enne i)our les deux sexes, avait une durée moyenne de 255 jours 1/2 pour les produits mâles et de 263 jours 1/3 pour les produits femelles. Cette durée s'écarte donc considéra- blement de celle de la gestation de la Vache domestique quf.nd elle est saillie par un Taureau de son espèce, durée qui varie alors de 243 à 307 jours, mais est le plus souvent de 270 jours; elle se rapproche, par contre, de la durée de la gestation de la femelle de l'Yak saillie par un Taureau de son espèce, qui est de 249 à 250 quand le produit est une Génisse, et de 271 jours pour les produits mâles. La partu- rition s'opérait toujours facilement. LE BÉTAIL SALVAItE DE LA GRANDE-BRETAGNE. 165 Le développement de ces métis était rapide, et avant la fin de leur première année, les mâles faisaient déjà montre de désirs génésiqnes, mais les essais au nombre de soixante-huit, qu'on fit sur la reproduction de ces animaux avec des fe- melles métisses ou des Vaches domestiques, furent tous éfia- lement infructueux, et on constatait chez TensemLIe des mâles une dégénérescence graisseuse des testicules. Les femelles métisses, au contraire, se montrèrent fé- condes, soit qu'on les fit saillir par un Taureau Yak, soit que ce fut par un Taureau Durham ou Devon. On obtint ainsi des quarts de sang Yak, dont l'élevage ne fut pas heureux. Deux de ces mâles étaient morts en venant en monde, un autre mâle, vigoureux et bien constitué au moment de sa naissance, mourut quatre semaines plus tard ; 4 femelles moururent dans les neuf jours ayant suivi leur naissance; trois mâles seulement et une femelle de ces quarts de sang vécurent, mais on pouvait constater qu'ils utilisaient moins bien leur nourriture, s'accroissaient plus lentement que les produits de demi-sang. La gestation des femelles nées du premier croisement, durait en moyenne '2^i3 jours 11/12, se rapprochant ainsi de la durée moyenne observée pour les Vaches domestiques. Un des Taureaux quart de sang fut à six reprises diffé- rentes essayé comme reproducteur, mais sans aucun résultat. Les quarts de sang femelles donnèrent avec des Taureaux Durham et Hollandais, trois Veaux, dont deux mâles, nés après une gestation de 277 jours 3/4 à 280 jours. Deux de ces animaux, un mâle et une femelle, moururent dans les quatre mois ayant suivi leur naissance; l'autre mâle se dé- veloppa parfaitement, et put être essayé comme reproducteur à l'âge de dix-huit mois. On a également fait saillir des femelles demi-sang par des Taureaux Yaks, et on a o]:)tenu ainsi des trois quarts de sang, trois mâles et une femelle. Les mâles se montrèrent en- core inféconds, quant à la Génisse, couverte par un Taureau Yak, elle donna, le 2G novembre 1887, naissance à un Veau femelle 7/8 de sang. D'autres croisements furent opérés entre Taureau Devon et Yak femelle, et l'un d'eux fournit un Taureau né après une gestation de 279 jours 5/8, qui est encore trop jeune pour avoir pu être essayé comme reproducteur. 166 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Los demi-sang mâles, qui se montrent très calmes et pleins de bonne volonté, ne possèdent cependant pas la force de résistance du Létail domestique, et se fatiguent très "vite l'été. Les demi-sang femelles sont de beaucoup inférieures sous le rai)port de la lactation aux Taches des races spécialisées pour la laiterie, mais elles donnent plus de lait que les vaches des races exclusivement affectées à la boucherie. Leur lait, d'excellente qualité, très savoureux ainsi que son beurre, a la composition suivante : Matière sèche. ." de 14,85 à 16,40% ' Matière azotée de 3,23 a 4,28 °/o Matière grasse de 5,20 à 6,63 °/o ''i-[ ' Sucre de lait de 4,21 à 5,15% ' ; Cendres de 0.65 à 0,75 % Le lait des vaches domestiques contient en moyenne : Matière azote'c 3,40 % Matière grasse 3,30 "/o Sucre de lait 4,80 % Cendres 0,'75 °/o Il est donc plus pauvre en matière azotée, beaucoup plus pauvre en matière grasse, et plus riche en sels. Pour le croisement de l'Yak (1), la non fécondité des mâles de demi-sang a porté sur trop de sujets, pour pouvoir constituer un fait anormal. Quant aux demi-sang Gayal, on peut trouver singulier que des animaux émettant une liqueur séminale féconde, se soient montrés stériles comme reproducteurs, et les expériences auraient besoin d'être reprises. Ce 755 31 i 347 75 .301 9.000 7,647 40 530 . 1 .995 . 295 95 45 120 50 61.253 12 3.819 05 1.250 . 3.437 27 4.687 27 184 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES, BILAN AU A« TIF. Valeurs disponibles Caisse Banque de France. . . . Oblipatious Titre do renie Dutrûue. Colisalions, droits d'en- trée, etc., à recouvrer. Crédit Lyonnais 1890. Valeurs r<^alisablcs, Bibliothèque. Mobilier 2. '04 70 1 3.135 70 j .^i9.336 4bf 2.700 20.150 120 90 I 88.207 '5 Valeur des animaux chez les chepteliers Lover d'avance Compagnie parisienne du gaz (cautionne- ment). ... Divers. Cinquante actions du Jardin d'Acclimata- tion de Paris LeKs Vauvert de Méan. 7.027 95 \ 15.756 35 5.242 55! 32.30G 85 4 . 000 280 ■I 25.000 15.000 'l 40,000 160. .514 60 1891 2.943 17\ 106 50 ] 52.617 4of 2.700 ./ 23 970 . 2.159 00' 8i.490 67 «893. 7.027 95' 15 766 35 1 5.670 15\ ^c ■j^/j /|| 4,000 . 280 1.422 73 \ 106 soi 52.501 4of 2.700 ./ 27.259 G5\ 2.144 o5i 86.134 83 25.C00 •! 15.000 >\ 40.000 157.241 12 7.061 95 15.766 35 6.767 45\ 4.000 280 33.875 7E 25.000 15 000 .) i 40.000 160.010 5S RAPPORT SUR LA SITUATION FINANCIÈRE DE L.\ SOCIÉTÉ. 18o 31 DÉCEMBRE 1892. PASSIF. Divers à payer Jardin d'Acclimatation de Paris Prix fondé par M. Agron de Germigny. Don Bérend Prix fondé par M. Cornély, de Tours . . Prix fondé par M"*" veuve Dutrône Prix fondé par M. Jules Fallou Prix fondé par M°"' Guérineau Prix londé par M. Mathias, Georges.. . . Recettes faites pour l'exercice •1890. G. 221 10 2.C87 2() 300 1.00O 1.000 1(10 > 500 500 U'M. 2.906 83 15.213 13 143.299 43 100.514 00 1891. 13.2.30 S9 11.930 93 300 1 . 000 1.000 100 100 500 500 1892. 1.700 GO 1892. 15.202 47 17. ses 40 300 1.000 1.000 100 100 510 500 1833. 3.574 40 32.388 44 124.852 68 157.241 12 40.203 27 119.805 31 1G0.010 38 186 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES.- DÉPENSES ORDINAIRES. Les frais de la Revue des Sciences naturelles appliquées se sont élevés, on' 1891, à la somme de 33,T30 fr., et, en 1892, à la somme de 21,728 fr. 65. Je vous en expliquerai plus loin les motifs. Les dépenses pour le chapitre Section d'Aviculture et expositions d'Aviculture, dont j'aurai aussi à vous parler tout à l'heure, ont atteint le chiffre de 11,646 francs 55 pour 1891, et le cLilIre de 13,054 francs pour 1892. Les frais de chauffage et d'éclairage ont été de 1,440 fr. 95 en 1891, et de 894 fr. 65 en 1892, en légère diminution. Cotisations et droits perdus s'élèvent à 2,425 fr. en 1891, cl à 1,875 fr. en 1892. Les frais généraux, qui étaient, en 1891, de 2,323 fr. 25, ne sont, en 1892, que de 1,509 fr. 30. Les frais de bureau : 131 fr. 15 eu 1891, 83 fr. 55 en 1892. . . Les frais de correspondance se sont élevés, en 1891, à la somme de 547 fr. 10, et à 755 fr. 30 en 1892. Frais de recouvrement ont été un peu plus élevés eu 1892 qu'en 1891 : 347 fr. 75 au lieu de 217 fr. 30. Impositions. Une légère différence provient de ce que nous avons payé, en 1892, un petit arriéré de 1891 : 1,273 fr. 30; 1,301 fr. 55. Le loger a été de 9,000 fr. Personnel. 8,172 fr. en 1891; 7,647 fr. 40 en 1.S02 : diminution, 500 fr. environ. Tous les ans, comme vous pouvez le voir, Messieurs, nous cherchons à faire des éconmies et, sur ce chapitre seul, qu'il nous soit permis de vous dire que le Personnel qui était, en 1887, de 11.276 fr. 75, après avoir diminué tous les ans, est arrive', en 1892, au chiffre de 7,647 fr. 40, soit 4,000 fr. environ de moins. La sténographie, 800 fr. en 1891, 550 fr. en 1892. \ Redevance au Jardin, sur cotisations encaissées : en 1891, 2,275 fr., eu 1892, 1,995 fr. Cheptels (pertes) : eu 1891, 354 fr. 30, en 1892, 295 fr.; légère diminution. Les dépenses Assurances et Eaux sont, à peu de chose près, les mêmes en 1891 qu'en 1892. ,, DÉPENSES EXTRAORDINAIRES. : En 1891, il a été dépensé, pour travaux de Pisciculture, 3,819 fr. 05 et en 1892, 1 250 fr. pour solde du Manuel de V Acclimate ur. RAPPORT DE LA COMMISSION DE COMPTABILITÉ. 187 BILAN AU 31 DÉCEMBRE 1892. Actif. .- ; Le bilan de la Société, à la fin de l'exercice 1892, pressente un excédent d'actif de 119,805 fr. 31. L'encaisse, l'argent déposé à la Banque de France et au Créclit Lyonnais, s'élève à la somme de 3,673 fr. 78. Une large part de notre actif est représentée par des valeurs mobi- lières de premier ordre (obligations de chemins de fer, obligations fon- cières, etc.), qui figurent au bilan, suivant le prix d'achat, pour lu somme de 52,501 fr. 40. Je n'ai pas besoin de vous dire. Messieurs, qu'en réalite', la valeur eu est plus grande au cours actuel. Les cotisations et droits d'entrée à recouvrer arrivent au chiffre élevo de 27,069 fr. 65. Nous avons dû, après nous elre assures que de fortes créances n'étaient pas absolument bonnes, réduire cette somme pour l'exercice 1893. La bibliothèque est estimée 7,061 fr. 95. ' Le mobilier figure dans notre actif pour la somme de 15,766 fr. 35. Les cheptels confiés à divers membres de notre Socie'té sont, à notre actif, pour 6,767 fr. 45. Le loyer d'avance est porté pour 4,000 fr., et le cautionnement à la Compagnie du Gaz pour 280 fr. Enfin, les cinquante actions du Jardin d'acclimatation figurent pour 25,000 fr. Le legs Vauvert de Méan pour la somme de 15,000 fr. Passif. Notre passif comprend les factures de diverses sortes et les comptes avec le Jardin d'acclimatation, qui n'ont pas pu être réglés avant le 31 décembre 1892, plus 1,000 fr. off'erts à la Société par feu M. Bercnd, pour Ôtre donnés en prix ; plus 2,500 fr. pour divers prix fondés, et enfin les recettes faites pour l'exercice 1893, s'elevant à la somme de 3,574 fr. 40. II. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. L'Ebénite. — Sous le nom d'e'bénile, le Mon'kur des produils cJd- miques douno le piocëdd de fabricalion d'une substance découverte par M. Pauchon, de Lacourlensourt, qui peut remplacer le bois, le fer, la uutla-percba, etc. On prend des bois re'sineux, on les débarrasse de leur c'corce, on les rc'duit en petits morceaux, cl on les lessive aux sulfates, sulfites et bisulfites, suivant les proce'des habituellement employés pour la pro- paration de pâte do bois cliimiquc ou cellulose. On les broie finement sous les meules en usaçe dans la papeterie, et l'on obtient une pûte à papier qui est raffinée, puis addilioimée de colorants et produits cbi- miqucs convenables. On la transforme en feuilles suivant les procédés ordinaires, et Ton empile les feuilles obtenues suivant une c'paisseur convenable. On transporte le bloc ainsi prépare sous la presse bydrau- lique oii il abandonne la plus grande partie de son eau, et l'on sècbe lentement. On obtient ainsi Véhnute, qui peut se mouler suivant les formes les plus variées, se travailler, et donner des produits capables de rem- placer avantageu.semeut les me'taux et d'autres corps. Concours de vitesse pour Pigeons -voyageurs entre Vienne-Berlin et Berlin-Vienne. — La Reme des Sciences naturelles ap- pliçîiées anuoacail dans sa chronique (1) le concours pour Pigeons- voyageurs qui s'organisait entre les deux capitales. La distance à franchir est de 250 kilomètres (ligne aérienne); elle ne réclame pas de la part des Oiseaux une dépense de forces considérable. Les essais d'entraînement où l'on comptait près de 800 Pigeons ont commencé le 20 mai. L'épreuve est fixée au '30 juillet. Si le temps est favorable on pense que les Pigeons mettront prés d'une heure par 100 kilo- mètres. Les premiers, lûche's à quatre heures du matin, arriveraient au but vers midi. . ., , , De S. Oiseaux hybrides à Crystal Palace iLondres). -^ On remarque actuellement h Cri/stal Palace une série d'hybrides vivants. Ce sont les produits obtenus en captivité des espèces suivantes : 1. Bouvreuil ':< Chardonneret. 2. Bouvreuil X Linotte. 3. Chardonneret X Yerdier. 4. Chardonneret >< Linotte. 5. Linotte X Verdier. G. Linotte ;< Bouvreuil. (1] 1893, 1, 143. 7. Sizerin X Chardonneret. 8. Tarin X Sizerin. 9. Pinson d'Ardenncs X Pinson commun. 10. Merle noir X Grive chan- teuse. De s. GimONIQUK GÉNÉUALK ET FAITS DIVERS. 189 Culture du Polygonum Sacchalinense. — Sur la dcmaudc do plusieurs de nos confrères, nous nous empressons de cotnplclcr, par quelques détails de culture, les renseignements que nous avons donnés dans le pre'cedcnt numéro. Tous les sols et tous les climats conviennent à notre Tolygonéc mJ f ^4 - La Persicaire de Sakhaliu (d'après une photographie] [Polygonum sacchalincnse.] sibérienne. Une foismîso cû place, on n'y touche plus ; elle se déve- loppe elle-même, sous lerre et hors terre. Depuis plus de vingt ans que notre Etablissement la possède, elle constitue un sui)crbe massif qui n'a jamais reçu ni culture ni engrais d'hiver ou d'été. 190 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Elle a supporté bravement les 30'^ de froid de 1879 et les 40° de cha- leur de 1881 et de 1892, sans fléchir- Plantation. — Labourer le sol à la charrue ou à la bêche, si la terre est compacte ou en friche ; mais sur une emblave de plantes binées ou sarclées : betteraves, pommes de terre, maïs, pois, haricots, colza, etc., ou enfouies en vert, il suffira de planter à la pioche sans de'foncement préalable. La distance de un mètre convient entre les plants ; elle pourrait être augmentée dans un sol riche et fertile. La jeune plante, e'ievée en pe'pinière, est racinée et feuillue ou bourgeonnée; la plantation se fait comme s'il s'agissait d'un plant de chou. Un temps doux et couvert est pre'fe'rable pour cette opération. La bonne e'poque est août et septembre, ou mars et avril. Soins. — La première année, supprimer les mauvaises herbes ; dans la suite, elles seront étoufTées parl'exube'rante ve'gétation de la Persi- caire. Aucun soin ne sera donc alors nécessaire, sauf à arrêter, par un coup de pioche, le drageonnage qui de'passerait les limites assi- gne'es à l'emblave. Nous n'avons jamais eu recours à la moindre fumure ; cependant un engrais liquide ou pulvérisé, avant la sève, devrait produire son effet. Récolte. — Lorsque, au printemps, les tiges atteignent de 1 mètre à l'",50, on les coupe au ras du sol et on les porte au bétail. Si la seconde pousse croît vigoureusement, on fait une nouvelle coupe dans le même but. La dernière récolte n'est fauchée qu'à l'automne, à l'approche des gele'es . Les anne'es suivantes, on peut faire trois et même quatre coupes. Il est bien entendu que si la plante n'est pas assez forte la première année, ce qui peut arriver avec une plantation faite au printemps, il vaut mieux laisser le jeune pied se fortifier dans le sol et ajourner le rccepagc. Rendement. — Les rameaux et les feuilles garnissent promptement un espace de un mètre carre'; d'après les calculs de l'honorable agro- nome de l'vVllier, « le poids total du produit vert peut s'e'lever de 200,000 à 400,000 kilos de fourrages à Ihectare. » Un pareil résultat devrait être obtenu avec un lorrain qui conserve sa sève à l'arrièrc- saison. Soumis à la pratique de l'euMilago, comme le maïs, on suppose que ce fourrage constituerait en hiver une pre'cieuse re'scrve de nourriture succulente, très appréciée des animaux de travail ou d'e'levage. Ch. Baltet. • III. BIBLIOGRAPHIE. Les Kolas africains. — Monographie botanique, chimiiiuc, thé- rapeutique et pharmacologique [emploi stratégique et alimentaire ; commerce), par le D"" Edouard Heckel, professeur à la Faculté des Sciences et à l'Ecole de médecine de Marseille, etc. Grand in-8° de 400 pages, avec figures intercalées dans le texte, planches noires et une chromo-lilhographie. Paris, Socie'te' d'c'tudes scientitiques, 4, rue Antoine-Dubois. Paris, 7 fr. 50. , . , . Bien que d'un usage très re'pandu parmi les populations indigènes de l'Afrique équatoriale, les proprie'te's du Kola étaient peu connues de l'Europe savante avant la publication des recherches si précises du D'- Heckel, en 1883. Depuis cette époque peu éloignée et grâce aux efïorts soutenus et à la perse'vérance infatigable de notre confrère, ce produit est entré rapidement, et avec le plus grand succès, dans notre thérapeutique ; on peut affirmer que c'est aujourd'hui une des matières les plus appré- ciées et les plus efficaces dans l'art de guérir. De plus, l'alimentation publique a trouvé dans le Kola un aliment d'épargne de premier ordre. Aussi, a-t-il donné lieu à de nombreux ouvrages, mais aucun ne pre'- sente un ensemble aussi documenté que celui sur lequel nous appe- lons l'attention de nos lecteurs. M. le D'' Heckel divise son travail en cinq parties : ; I. — Botanique, matière médicale, sophistication, production, ré- colte, commerce, usages, symbole ; II. — Etude chimique de la noix de Kola et de la graine de Clarcinia Kola ; III. — Elude physiologique de la noix de Kola ; . IV. — Emploi thérapeutique, bromatologique et stratégique de la noix de Kola ; V. — Elude pharmacologique, posologie, re'tlexions finales. Cette monographie, très complète, consciencieusement et profondé- ment e'iudiée, réunit l'attrait des choses historiques aux données posi- tives de la science. Que de soins, que de peines l'auteur ne s'esl-il pas donnés pour réunir et grouper d'une façon claire et précise les nombreux documents qu'il a dii consulter et qui font de son ouvrage un véritable monument élevé à la botanique scientifique et appliquée. Non content de lutter par la plume pour mettre en relief la haute valeur de sa chère plante, M. le D^ Heckel a encore joint la pratique à la théorie. En effet, c'est à ses efforts perse'vérants et multipliés, que nous devons aujourd'hui l'introduction et la propagation du Kola dans 192 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. nos colonies. En raison de ses nombreux envois de graines et de plantes vivantes dans nos possessions lointaines, on peut dire que notre confrère en est le véritable acclimalcur. Depuis longtemps, du reste, M. le D'' Heckel travaille avec ardeur à faire connaître les richesses de nos colonies et il a publié, soit seul, soit en collaboration avec le professeur Schlagdenhauscn, de nom- breux me'moires sur les produits ve'gétaux utiles de nos possessions tropicales. Cette mise en valeur de nos colonies au moyen de la science et sans eifusion du sang, n'est-elle pas la conquête véritablement utile et pacifique à laquelle nous devons tendre avec le concours de tous ceux qui ont un re'el souci de notre avenir colonial ? J. G. L'art de greffer. — Arbres et arbustes fruitiers, arbres forestiers ou d'ornement, reconstitution du vignoble. 5" e'ditiou, entièrement revue, par Cfi. Baltet, horticulteur à Troycs. Paris, G. Masson, éditeur. Quatre c'ditions successives n'ont pas c'pùise' le succès de l'œuvre de notre confrère M. Ch. Baltet, de Troyes, la cinquième vient de pa- raître. N'est-ce pas le plus bel éloge qu'on puisse faire de cet ouvrage et ne se recommaudc-t-il pas de lui-même? Il y a peu d'années, nous avons déjà rendu compte et exposé le plan de cet utile ouvrage, nous nous bornerons donc aujourd'hui à signaler quelques additions heureuses, relatives au greffage de divers végc'taux rares et utiles de nos colonies (Cannellier, Eucalyptus, etc.), ainsi qu'à la greffe herbacée et sous verre. Dix-sept nouvelles figures sont venues enrichir le texte. N'oublions pas que la greffe est un puissant facteur de l'acclimata- lion et que, dans cet ordre d'idées, l'art de greffer rendra de réels ser- vices, non seulement à l'amateur, mais à l'horticulteur de profession lui-même. ' ' ' Nous sommes heureux d'applaudir au succès de cet excellent livre qui est le complément indispensable de toute bibliothèque horticole. . . J. G. Le Gérant: Jules Grisard. I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. DES CHIENS D'AFRIQUE Par m. de SCHIECK. Les Chiens du Maroc. — Le Nimrod rapporte (lue l'on rencontre au Maroc une race de Chien dont les Marocains sont très fiers et sur laquelle ils veillent avec le plus grand soin. Il existe même une loi qui empêche son exportation dans d'autres pays. La défense est si sévère qu'un Mârocai'i se rendant par nier d'un port de son pays à l'autre n'a pas le droit d'embarquer son Chien. Dernièrement, un Anglais, qui partait pour un port voisin, fut obligé de laisser chez lui son Chien pour éviter les frais et les complications d'un voyage par terre. A son retour, il ne trouva plus son favori qui avait péri soit d'ennui en l'absence de son maître, soit par suite de mauvais soins. Le consul général d'Angleterre prit en main l'affaire et démontra au Sultan l'absurdité de la loi qui prohibe toute exportation des Chiens du Maroc. On semble disposé à la modifier, de sorte que l'on espère bientôt voir apparaître en Europe cette race du Nord de l'Afrique tout à fait inconnue dans nos contrées. Nous n'avons malheureusement aucun renseignement sur elle : sont-ce des Lévriers, des Loulous ou des Chiens de-, berger ? Il s'agit très probablement d'une bonne race de Sloughis, semblable à celle que l'on rencontre chez les Arabes en Algérie, peut-être aussi du Chien de berger à longs poils se rapprochant du Chien des Douars que nous a représenté M. Mégnin, ou bien encore d'une sorte de Spitz dont Kobelt observa dans son voyage en Algérie plusieurs exemplaires typiques. Nous ne devons d'ailleurs pas nous attendre à faire de ce côté une grande découverte, à moins qu'il ne s Dit question (*] Traduction du mémoire de M. Max Siber de Sihlwald : Von dci Eunlcn Afi-ikas, paru dans le Zentra'.blatt fier Jag /, Hunde-Liebhaber xmd Fischcrci (St-Gall), 1892-1893. a Septembre 1893. /|3 il 94 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. d'une race de Chien des montagnes originaire des vallées de l'Atlas et se rappi'ocliant des races propres aux régions montao-nenses plus froides. L'Afrique et tous les pays chauds olfrant'de grandes étendues occupées par des steppes ou des déserts, et, en général, tous les pays maliométans ne nous présentent, à l'exception des Lévriers, aucune race qui, sous le rapport de la beauté, de l'intelligence oa de l'utilité, puisse rivaliser avec celles originaires des climats tempérés. Chiens de la côte occidentale d'Afrique. — Dans le royaume d'Assinie, près de la Côte d'Or, Reichenbach men- tionna, dans le Bulletin de la Société de Géographie, une petite race intéressante et jusqu'ici inconnue en Europe. Elle se rapproche le plus du Foxterrier anglais, mais sa structure est plus fine, ses oreilles absolument droites. Reichenbach dressa pour la chasse plusieurs de ces animaux qui sont identiques à ceux du Gabon; il en fut très satisfait. Ni la rosée, ni la chaleur ne les empêchaient de suivre pendant des heures les traces des Antilopes, des Gazelles ou des Porc-épics ; ils possèdent en outre un courage sans égal. Comme nous l'avons fait remarquer, ils sont semblables à ceux des Pahovins du Gabon ; dans ce pays on les dresse aussi pour la chasse ; ils atteignent le Porc-épic et le Léopard, mais ne réussissent pas toujours avec ce dernier. Il serait intéressant pour les clubs de Foxterriers européens ■ de se procurer en vue du dressage des individus de ces Fox- terriers d'Afrique et de les comparer avec ceux d'Angleterre sur lesquels ils auraient peut-être quelque avantage. En croisant les deux on obtiendrait probablement un produit qui unirait aux bonnes qualités du « Fuchspinscher « les dis- positions pour la chasse du Terrier africain ; cela en permet- trait l'introduction dans les pays chauds où le Terrier anglais ne vit que peu de temps. Les Chiens des Bazes et des Bar cas. — Un voyageur suisse, M. Werner Munzinger, qui séjourna longtemps dans les régions situées entre la Mer Rouge et le Nil, signala il y a déjà plusieurs années une troisième race. Il fit, en traversant le pays des Kunama (15-10^ de latitude Nord et 37-38° de longitude Est^ (1) dans la région des Bareas et des Bazes, les 11] Méridien de Greenwich. DES CHIENS D'AFRIQUE. ■ . , 193 observations suivantes : ces peuplades n'ont pas do Chevaux, mais ils possèdent des Chats domestiques et des Chiens dont ils se servent pour la chasse ; ces animaux sont pour la plupart grands, maigres et élancés (Lévriers) comme ceux que l'on voit dans tout le Barka et le Gash. Nous trouvâmes par contre à Betkom fpar IG'^ 40' de latitude Nord et 37° 40' de longitude Est), une race très particulière, solidement bâtie, mais si petite que nous croyions avoir sous nos yeux des chiots. Ces Chiens sont très courageux pour la garde et très agressifs vis-à-vis des étrangers. Nous essayâmes en vain de nous en procurer, mais il semble que les Bazes ne s'en séparent pas volontiers. Il existe chez eux une loi qui prescrit à celui qui a tué un Chien de chasse de donner au maître une Chèvre comme indemnité. Joseph Menges, le commerçant en animaux bien connu, qui parcourut récemment avec une caravane de Somalis plu- sieurs villes suisses, mentionne dans son ouvrage, publié en 1883, les animaux domestiques de la tribu païenne des Bazes, qui est entourée d'une i)art par les tribus mahomé- tanes du Soudan oriental, et de l'autre, par les Abyssins chrétiens du Tigré. L'Ane qui soufi're le moins des piqûres de la Mouche Tsétsé est, parait -il, leur bète de somme préférée ; ils élèvent des Chèvres, des Moutons et des Chiens ; ces derniers leur servent de nourriture. La chasse des Bazes consiste à tendre des pièges ou à creuser des fossés pour capturer l'Eléphant ; quelquefois ils chassent à courre le Bulile ou l'Antilope avec leurs meutes de Mâtins, couleur Renard, sortes de Lévriers (M. Menges ne mentionne pas la petite race dont nous avons parlé plus haut). Les Chiens "^des Schillulis. — Le savant botaniste D'" Schweinfurth, qui explora le bassin supérieur du Nil, observa et décrivit d'une manière détaillée les Chiens qu'il rencontra dans ses voyages, quand la plupart des autres explorateurs ne font que les mentionner. Les meilleures des- criptions d'animaux domestiques se trouvent dans son ou- vrage : Au cœur de V Afrique (Brockhaus, 18741. La région conquise par les Schilluks, au-dessus de Khartoum, sur la rive gauche du'^Nil-Blanc oii se jette le fleuve des Gazelles, est une des parties les plus peuplées du continent (située par 12°-8'' de latitude Nord et par 30-33" de longitude Est). 196 REVUE DES SCIENCSS NATURELLES APPLIQUÉES. A l'époque des expéditions de Scliweinfurth, le pays des Scliilhiks appartenait à l'Egypte à laquelle il était entière- ment soumis. Ces gens élèvent des Bœufs, des Moutons et des Chè- vres de la même race que ceux des Dinkas et en outre des Poules et des Chiens. Tous les autres animaux domestiques leur sont étrangers ; ils ne supporteraient d'ailleurs pas le climat. Dans tout ce pays, les Chiens sont nombreux ; ils ressem- blent à des Lévriers un peu massifs, mais atteignent rare- ment la taille de nos Chiens d'arrêt. Leur pelage est ordinai- rement de la couleur du Renard ; leur museau noir est tou- jours très allongé. Leur poil est court et lisse ; leur queue développée rappelle celle du Rat ; les oreilles longues, plutôt molles dans leur partie supérieure, sont repliées de moitié sur elles-mêmes. Ils sautent et courent avec une légèreté sans pareille et atteignent facilement les Gazelles ; aussi s'en sert-on partout pour cette chasse. Semblables à des Chats, ils gravissent des talus et des collines de Termites hautes de dix pieds et franchissent d'un élan une distance mesurant trois ou quatre fois leur propre taille. J'en ai possédé plu- sieurs qui prospérèrent parfaitement et même se multipliè- rent beaucoup. Comme chez ceux du bassin du Nil, depuis le Pariah d'Egypte jusqu'au Mâtin du Soudan, les pattes postérieures n'ont pas les ergots qui s'observent chez nos Chiens d'Europe. D'une manière générale, celui des Schil- luks diffère peu des races des Bédouins du Kordofan et du Sennaar. Les Chiens des Dinkas. — Le Chien de la peuplade de bergers des Dinkas (Q-T» de latitude Nord et 27-29° de lon- gitude Est), où l'on élève de grands troupeaux de Bœufs, se rapproche par sa structure du Mâtin si commun dans les villages de Nubie et qui représente le passage entre le Lévrier des steppes nubiennes et le Pariah des rues du Caire. La plupart sont bruns cuir, rarement noirs. Les Dingas prati- quent la castration non seulement sur leurs Bœufs, leurs Chèvres et leurs Moutons, mais encore sur leurs Chiens, per- suadés que ceux-ci deviennent plus lestes, plus résistants et plus aptes à la chasse ; c'est encore pour cette raison qu'on leur coupe les oreilles et la queue. Ils nous déclarèrent qu'ils DES CHIENS D'AFRIQUE. 4 97 préféreraient se laisser mourir de faim plutôt que de manger ces animaux. Les Chiens des Bongos. — Dans le cours de son yoyage plus au Sud, vers la région du fleuA^e des Gazelles, Schweinfurtli rencontra chez les Bongos (6-8° de latitude Nord et 27-29° de longitude Est) une autre race. Celle des Bongos, quant à la taille, tient le milieu entre la petite race du îsiam-Niam et celle des Dinkas qui se rapproche surtout du Pariah ordi- naire d'Egypte. La yéritable race des Bongos est rarement pure aujourd'hui à cause des croisements fréquents ; elle se reconnaît à son pelage d'un brun roux, à ses oreilles droites et à sa queue fournie comme celle du Renard. Une particula- rité qui m'a frappée chez le Chien des Bongos, c'est la faculté qu'il possède de hérisser beaucoup les poils du dos ; chaque fois qu'on l'irrite, ce phénomène qui s'observe souvent chez nos Chats, se produit. Sa queue très épaisse, le distin- gue de prime abord du Dinka qui possède une queue garnie de poils ras, et du Niam-Niam, dont la queue en spirale ressemble à celle du Cochon de lait. Si les Bongos sont peu difficiles dans le choix de leur nourriture, ils dédaignent cependant et ne mangeraient sous aucun prétexte la chair du Chien dont leurs voisins du Midi et du Sud-Est sont si friands. Ils éprouvent pour elle la même répugnance que pour la chair liumaine. Une superstition étrange [se rattache à la mort des Chiens. Lorsque je voulus enterrer un des miens, les Bongos me supplièrent de n'en rien faire pour éviter que leurs semailles ne fussent privées de pluie, conséquence inévitable. Pour ce motif, les Bongos se débarrassent de leurs Chiens crevés en les laissant pourrir sur le champ. • • Les Chiens des Niam-Niams . — Chez les Niam-Niams, (4-'7» de latitude Nord et 25-29" de longitude Est) le Chien et les Poules sont les seuls animaux domestiques. Le Chien est d'une petite race analogue au Spitz ; mais son poil est lisse et ras, ses oreilles grandes et droites, sa queue courte, raide et enroulée comme chez le Cochon de lait. Sa couleur est toujours jaune pâle avec un collier blanc sur le cou. Le museau très pointu se détache brusquement de la tête voûtée. Les jambes assez élevées et droites prouvent que cette race est parfaitement distincte du Basset figuré sur 198 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. les anciens temples égyptiens dont l'origine africaine n'a pas encore été établie. Ce Chien de l'antique Egypte a été généralement regardé comme l'ancien Basset ; quelques auteurs prétendent même qu'il s'appelait « Tehal « et serait par conséquent l'ancêtre du Basset « Teckel « de l'Allemagne du Nord. Nous avons là un Basset très élancé de corps, à pattes courtes et à oreilles droites. On trouve des individus semblables, sans que nous puissions affirmer qu'ils appartiennent à une race distincte, dans tous les pays tropicaux où les Pariahs se croisent avec les races d'Europe et de l'Asie orientale. Scliweinfurtli nous donne du Chien des Niam-Niams une image copiée certainement d'après un exemplaire empaillé. L'animal est représenté assis ; or, ce dessin est relativement trop grand pour qu'on puisse se faire une idée exacte du Chien tel qu'il a dû être vivant ; cependant nous devons en conclure que l'ancien pseudo-Basset était tout différent. Le Niam- Niam, comme toutes les races des régions du -Nil, n'a pas d'ergots aux pattes postérieures. Ceux des Loups ne se ren- contrent ni chez les Pariahs purs des tropiques des Indes, ni chez la race primitive du genre Spitz qui a été décrite sous le nom de Chien de Battak et qui est répandue dans l'Ar- chipel Indien et l'Gcéan Pacifique. Mais on voit les éperons chez la race montagnarde de l'Inde, chez le Dogue du Tibet et chez quelques races chinoises. Les Niam-Niams attachent au cou de leurs Chiens des clochettes de bois pour empêcher qu'ils ne s'égarent dans les hautes herbeS' des steppes. Ces animaux sont, comme leurs maîtres, très portés à prendre de l'embonpoint. D'ailleurs on favorise en eux cette disposition, leur chair constituant un mets très recherché. Les Chèvres et les Vaches sont à peu près inconnues aux Niam-Niams, qui de temps à autre s'en procurent dans leurs incursions chez leurs voisins de l'Est, les Babukurs, les Mittus et autres peuplades. ■-'Avant de quitter le Niam-Niam, je cherchai à me procu- rer un exemplaire de cette race si remarquable pour l'en- mener en Europe et le présenter comme curiosité aux éle- veurs. J'achetai contre deux anneaux de cuivre une Chienne qui paraissait intelligente et qui, en effet, s'attacha très vite à moi. Malheureusement, je ne pus accomphr mon projet; ma DES CHIENS L'AFRIQUE. 499 petite Chienne arriva à bon port jusqu'à Alexandrie, mais là elle se précipita du second étage dans la rue et se tua sur le coup. J'avais essuyé bien des ennuis en vain, et l'on com- prendra mieux mon désespoir si l'on sait que je l'ai trans- portée à dos de Chameau à travers le désert; plus d'une fois, on a dû la repêcher des eaux du Xil. Les Chiens des Monljultus. — La tribu anthropophage des Monbuttus (2-4° de latitude Nord et 21-29° de longitude Est) n'élève aucun bétail ; les seuls animaux domestiques qu'elle possède sont les Poules et les petits Chiens de race Nlam-Niam. Ceux-ci se rencontrent en très grand nom- bre chez les Niam-Niams et chez les Monbuttus qui ont leur chair en haute estime et les élèvent même en vue de la consommation. Quand le roi des Monbuttus, Munsa vit les exemplaires si dilTérents de la race indigène rapportés par le docteur Schweinfurth, il n'eut de repos que lorsqu'il fut entré en pos- session de l'un d'eux. « Il m'envoya des messagers pour me )) demander les deux Chiens que j'avais recueillis. C'étaient » des Mâtins ordinaires de Bongo, de petite taille, mais très » différents de la race minuscule de Niam-Niam et de Mon- » buttu. Il éveillèrent la convoitise du roi qui n'avait jamais » vu de Chiens de cette taille et les réclamait non pas pour » les manger, mais pour les garder auprès de lui. » La même chose m'arriva à Sumatra avec des chefs Battak. li'un d'eux, Toean Bandar, m'adressa des messagers pour m'acheter ma Chienne Saint-Bernard qu'il trouvait assez grande et vigou- reuse pour chasser le Tigre; ce n'était pas non plus pour la manger comme les Chiens indigènes, mais comme Chien de luxe qu'il la désirait. Un autre chef redouté de la tribu an- thropophage des Rajas, Toean Raja, me demanda deux Chiens à oreilles pendantes [asii sang i>ing), qui lui plaisaient tout particulièrement par le contraste qu'ils présentaient avec les siens, des Loulou.^ch. Canada : Plaiac ou Pleine. Canada et Etals-Unis : Sicamp Mapl'\ Red Maple, Red flowering Maple, Soft JUajjle, Water Maplc. Grand et bel arbre forestier atteignant une hantenr de 20-25 mètres et plus, sur un diamètre de 0'",90 à 1"\50 ; tronc recouvert d'une écorce lisse rougeâtre, marquée de grandes taches d'abord blancliâti^es puis brunes, dispai^ais- sant avec l'âge dans les crevasses. Feuilles cordées à la base, à 5 lobes triangulaires pointus, incisés-dentés, à sinus aigusi d'un vert souvent nuancé de rouge, un peu glauques en des- sous. Originaire de l'Amérique du Nord, cette espèce croît sur- tout dans les terrains fertiles, humides et profonds du Ca- nada et du nord des Etats-Unis. Elle doit son nom spéci- fique à ses lieurs d'un beau rouge foncé auxquelles succèdent des samares de même couleur. Son bois, de couleur brun clair, plus rarement blanchâtre souvent lavé de rouge, est peu résistant, sujet à la pourri- ture et à la vermoulure ; on s'en sert quelquefois comme char- pentes provisoires, mais il n'offre aucune des qualités exigées pour les grandes constructions. D'une dureté et d'une den- sité moyennes, d'un gi^ain fin et serré, il se travaille facile- ment et le poli lui donne une apparence soyeuse et lustrée ce qui le fait employer fréquemment pour la fabrication des meubles, des objets tournés, des montures d'armes à feu, etc. Les Canadiens en font des chaises, des vis de pressoirs, des selles, des jougs, ainsi que divers objets d'économie domes- tique ou agricole. Comme bois de chauffage, il est inférieur cà celui de l'Érable à sucre et ne brûle bien que coupé longtemps à l'avance. Sa densité est de 0.618. Une variété de cette essence donne le Bois d'EraUe mou- cheté, onde ou piqué du commerce. Cette disposition particu- lière n'est pas caractéristique de l'espèce : c'est une simple 224 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. variation clans la texture des fibres. L'effet que produisent ces ondulations ou ces mouchetures parfaitement dessinées sur un fond blanc a fait, depuis longtemps, rechercher par les ébénistes les pièces qui offrent ces singulières dispositions pour le placage et les incrustations. Avant que l'Acajou fût devenu à la mode en Amérique, les plus beaux meubles se faisaient avec l'Erable rouge. VAcer riibrmn est souvent exploité pour le sucre que contient sa sève, mais celle-ci est bien moins riche en ma- tière saccharine que le véritable Erable à sucre et donne un produit de qualité inférieure. L'écorce, jadis utilisée en teinture, est encore parfois em- ployée par les habitants des campagnes pour faire de l'encre. ACER SACGHARINUM Wangenh. Erable à sucre. Acer saccharum Marsh. — iarbatum Mighx. Allemand : Zuckerahorn. Canada et Etats-Unis : Erable dm; Hard Maj)le, Swijar Maple, S;igar tree, Bock M.aplc. Un des plus beaux et des plus grands arbres du genre, s'élevant jusqu'à 25 et même quelquefois 30 mètres de hau- teur, sur un diamètre atteignant de 2 à 3 mètres. Feuilles longuement pétiolées, cordées, découpées en 5 lobes entiers et aigus, lisses, d'un vert clair en dessus, glauques ou blan- châtres en dessous. A l'automne, ces feuilles prennent un beau ton rouge pourpre qui produit un effet pittoresque et fait de cet arbre un des plus riches ornements des paysages boisés. Par son port, il ressemble beaucoup à l'Erable plane, et, cultivé isolé- ment, il se charge d'un feuillage si luxuriant, dit l'abbé Pro- vancher. que les rayons du soleil peuvent à peine le traverser, aussi est-ce une des plantes ligneuses les plus estimées pour la décoration. Originaire de l'Amérique du Nord, on le rencontre au Canada, dans le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse, les Etats de la Nouvelle- Angleterre, etc. Il croit également dans toute la chaîne des Alleghanys et sur les bords escarpés des rivières qui prennent leur source dans ces montagnes. Il se plait dans les localités froides et humides, mais non mare- LES BOIS INDUSTRIELS INDIGENES ET EXOTIQUES. 225 cageuses, dont le sol est fertile et montagneux, léger, pier- reux et non sablonneux ; dans ces conditions, il pousse "vite et facilement. Son bois, de couleur brun clair ou gris-blanc, est lourd, dur, fort, élastique, à grain fin et très serré ; il off"re un as- pect soyeux et lustré que ne possède pas notre Erable syco- more. Lorsqu'il est nouvellement travaillé et poli il présente à l'œil une surface d'un blanc argenté et cbatoyant du plus bel effet ; en vieillissant, il prend un ton rose ou jaunâtre mais reste toujours brillant. Précieux pour tous les usages domestiques, en Amérique, on le préfère au Cliène pour le par- quetage des appartements, il est aussi dur, plus facile à tra- vailler et moins cher. Il est employé comme bois de charpente et remplace le Chêne, non seulement dans les constructions civiles, mais aussi dans les constructions navales pour former la quille et les parties des navires qui, étant toujours submer- gées, ne sont pas sujettes aux alternatives de sécheresse et d'humidité qui font promptement pourrir le bois et le rendent peu propres aux travaux extérieurs. Quand il est parfaite- ment sec, les charrons s'en servent pour faire des essieux de voitures et des jantes de roues ; enfin, on l'emploie à la confection d'instruments aratoires, haches, pelles, pioches, râteaux, etc. Ce bois est quelquefois assez difficile à travailler à cause de ses fibres tordues et quand on le fend, il suit les lignes sinueuses des fibres ligneuses, en sorte que les sections pré- sentent des surfaces ondulées. On le désigne alors sous le nom d' « Erable gris ondulé » [Curled Maple) et il est re- cherché des ébénistes pour meubles de luxe. Une autre variété de bois dite « Erable à œil d'oiseau » {Bird eijes Maple) est aussi très appréciée ; elle est formée par les vieux arbres et tire son nom de petites taches circulaires dont le bois est parsemé et qui n'ont guère plus d'un millimètre de diamètre. Ces œils sont quelquefois contigus les uns aux autres et quelquefois distants de quelques centimètres, mais le bois est d'autant plus estimé qu'ils sont plus rapprochés. Il est alors employé comme bois plein pour quelques menus travaux de fantaisie ou débité en feuilles très minces pour la marqueterie ou pour plaquer sur d'autres bois et confec- tionner des ouvrages de prix. Cette particularité qui fait la richesse incomparable de l'Erable à œil d'oiseau et qui se 5 Septembre 1893. 45 226 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. rencontre parfois dans le pin et le noyer, est un caprice de la nature qui reste encore inexpliqué. L'Erable à sucre fournit en outre un excellent bois de chauffage ; il brûle en produisant beaucoup de chaleur, et ses cendres, riches en principes alcalins, donnent beaucoup de potasse. Son charbon est estimé aux Etats-Unis pour les forges. Outre la valeur intrinsèque de son bois, VAcer sacchari- nicm est surtout précieux par la grande proportion de sucre que l'on retire de sa sève ; à ce point de vue, il offre une réelle importance pour certaines contrées de l'Amérique du Nord où il abonde. L'Erable à sucre est un arbre dont nous recommandons la propagation dans l'Europe septentrionale ; il conviendra de le planter dans toutes les contrées où le Sycomore et le Plane croissent naturellement. L'Erable noir (Acer nigruni Mieux., A. saccharinum MiCHX.) n'est sans doute qu'une variété de l'Erable à sucre. Son bois est un peu plus lourd que celui de l'espèce, plus grossier, et parait moins lustré lorsqu'il est travaillé. ACER SPIGATUM Lamk. Erable de montagne. Acer Pensylvanicum Du Roi. — montanum Ait. — parvijloi'um Ehrh. Anglais : SpUie-flowered Maple. Etals-Unis : Motmiain Maple. Petit arbre à écorce rougeâtre, d'une hauteur de 8-10 mè- tres sur un diamètre de 15-30 centimètres,, souvent réduit à l'état de buisson. Il prend son plus grand développement sur les pentes des Alleghany et les montagnes du nord de la Ca- roline et du Tennessee. Feuilles ovales un peu cordiformes à la base, acuminées, à 3-5 lobes pointus, crénelés-dentés, le terminal plus grand, lisses supérieurement, pubescentes en dessous. Son bois, hrun-clair teinté de rouge, l'aubier plus pâle, est tendre, léger, compact, d'un grain fin et serré. Ses rayons médullaires sont peu visibles. Cette essence offre à peu près les mêmes qualités qu'une partie des autres Erables améri- cains et peut être employée pour tous les travaux n'exigeant pas une très longue durée et une grande résistance. Sa den- sité est de 0,533. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 227 ACER TATARICUM L- Erable de Tartarie. Âcer cordifoUum Mœngh. Petit arbre de 6-8 mètres de hauteur, à écorce lisse, grisâtre ou brunâtre portant de nombreux rameaux glabres, très lisses, d'un brun roussâtre. Feuilles longuement pé- tiolées, presqu'ovales, cordées à la base, entières ou irré- gulièrement divisées en trois lobes peu marqués et très ouverts, un peu chiffonnées, inégalement et finement dentées en scie, d'un vert gai sur les deux faces. Répandu dans la partie occidentale de la Russie asiatique, on le rencontre encore dans la Mandchourie et dans l'Ile Nippon. Sa croissance est assez rapide dans les sols légers, calcaires et un peu humides. Son bois possède un grain fin et homogène. Sa dureté est assez grande lorsqu'il est bien sec et il pourrait sans doute servir aux mêmes usages que celui de la plupart de ses congénères. Il fournit aussi un excellent combustible et un charbon de bonne qualité. Ses fruits ont été préconisés comme antifébriles et ses se- mences sont mangées par les Kalmouks. NEGUNDO AGEROIDES Mcench. Négondo. Acer fj'axinifoUiim Nutt. — Negundo L. Negundium fraxineum Rapinesq. Negundo Califovnicum Scheel. , — fraxinifolium Nutt. Anglais, Canada et Etats-Unis : Box Elder, Ash-leaved Maple. Français : Erable à feuilles de frêne. Mexique : Erablo, Azezincle. Arbre de grande taille, atteignant une hauteur moyenne de 20 mètres, sur un diamètre de 60-90 centimètres et plus, dont le tronc recouvert d'une écorce brune se termine par une cime large et très ramifiée. Feuilles opposées, à pétioles cylindriques, composées de 3-5 folioles ovales acuminées, fortement et inégalement dentées, entières à la base, d'un vert gai sur les deux faces. Originaire de la Virginie, cette espèce se rencontre dans 228 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. tous les États, au Canada, au Mexique, etc., où on la trouve le plus souvent dans les bas-fonds et les endroits maréca- geux à sol meuble et très profond. Elle est cultivée en France, en Angleterre, en Allemagne, etc., et ses variétés sont fort rechercliées pour l'ornement des parcs et des jardins. Son bois, ordinairement blanc ou blanchâtre, parfois de couleur safranée légèrement nuancée de violet, est tendre, assez léger, souple, liant et d'une texture fine, très serrée, qui le rend susceptible de prendre un beau poli. Ce bois se travaille aisément, se fend très difficilement, mais il s'altère très promptement quand il est exposé aux influences atmos- phériques, ce qui en restreint beaucoup l'emploi pour les travaux importants tels que la construction et le gros char- ronnage. En Europe, cette essence reçoit à peu près les mêmes applications que l'Erable champêtre, il est aussi très bon pour les usages de la marqueterie ; en Amérique, on fait des panneaux, des lambris, des caisses, des meubles et autres ustensiles, ainsi que de la pâte à papier. Sa densité est de 0,603 à 0,644. Le Negundo donne du sucre, mais en trop petite quantité pour l'exploitation. Cette espèce a donné naissance à une belle variété très ornementale à feuillage panaché de vert et de blanc rosé ou jaunâtre. Cette variété est très robuste, sup- porte des froids assez rigoureux et sa croissance est rapide dans presque tous les terrains, surtout dans les sols profonds, meubles et un peu humides. L'eflet bizarre que produit cette plante au clair de lune lui a fait donner le nom d'Arbre fantôme. Le Negundo Californicwn Torr. et Gray. (Acer Californi- cum DiETRicH, Negundo aceroïdes Torrey.), « Box Elder » des Etats-Unis, est un petit arbre d'une hauteur de 6- 12 mètres, sur un diamètre de 30-60 centimètres, croissant naturellement au bord des cours d'eau, principalement dans la vallée du Sacramento aux Etats-Unis. Son bois, presque blanc, ou légèrement teinté de jaune, est tendre, léger, com- pact et d'un grain serré, mais il manque de force et de téna- cité. Ses raj'ons médullaires sont minces et nombreux. Cette espèce est employée accidentellement pour la fabrication de meubles communs. Sa densité est de 0,482. '"'""'" --■..-..-. ....-.,..,, .-,.,■ ■■ .^^ suivre.) II. CHRONIQUE DES SOCIÉTÉS SAVANTES. Huile de Sauterelles. — M. Raphaël Dubois a récemment communique à l'Académie des Sciences une note donnant quelques de'tails sur une huile extraite des œufs du Criquet pèlerin d'Algérie. La coque de ces œufs est mince, souple et fragile ; elle est remplie d'un vitellus rappelant beaucoup, par sa couleur, sa consistance et môme sa saveur, le jaune de l'œuf de poule. Soumis à la presse, les œufs ont laissé échapper un fluide visqueux semblable à du miel, qui, traité t\ froid par l'étber et l'alcool, a fourni un liquide d'un beau jaune d'or. Celui-ci, laissé à l'air, abandonne une huile jaune facile à se'parer par décantation. Cette huile rancit rapidement et prend une odeur d'huile de foie de morue très accentuée, en môme temps que son âcreté augmente. Enfin, à la température de 2 degrés, elle prend la consistance du beurre, et, chaulTe'e, elle briile sans fumée avec une flamme claire bleuâtre comme celle de l'alcool. La pro- portion d'huile contenue dans 1 Ivilog. d'œufs de ponte re'cente est d'environ 40 à 50 grammes. On pourrait sans doute utiliser cette ma- tière en thérapeutique ou dans l'industrie ; ce serait la meilleure prime ofTerle à la destruction du fle'au de notre agriculture coloniale. Le Rhizoctone de la Luzerne. — En 1813, A. de Candolle eut l'occasion d'observer, dans les environs de Montpellier, sur des racines de Luzerne [Medicago sativa L.) en voie de dépérissement, le mycélium d'un Champignon parasite, auquel il donna le nom de Rhizoctone de la Luzerne [Rhizoctonia medicaginis D. C). Depuis cette époque, et surtout dans ces dernières années, la maladie de la Luzerne cause'e par ce parasite s'est répandue en France, et, en particulier, dans le Midi et le Sud-Ouest, au point de devenir un redoutable fle'au. L'ex- tension croissante du Rhizoctone pouvant avoir des conse'quences spe'cialement graves pour nos de'partements méridionaux, où la Lu- zerne, grâce à ses racines profondes qui lui permettent de résister à la se'cheresse, représente une plante fourragère qu'il serait difficile de remplacer. M. Prunet vient de présenter à l'Acade'mie des Sciences le re'sultat de ses recherches sur les mœurs de ce Champignon parasite et sur les dégâts qu'il