] NOUVEAUX ÉLÉMENS DE BOTAWIIQUE SE TROUVE AUSSI CHEZ LES XIBU.MRES CI- APRES A Bayonnc , Bonzom. Bordeaux , Ijawalle. Brest, Lefournier et DErÉitiEBS. Le Mans , Belon, Pesciie. ^ ( Maire. ^^'""^ \ Barbue. Marseille y Camoin, Chaix. Montpellier , S ^ \ Castei,. Nantes, For est. Rouen, LEGRA^'D. I Février. Strashours; , { Ijeyraut.t. ' Lagier, Toulon, Bellue. Toulouse, Sénat, Vieusseux , Dagat.ier. /^ii PARIS. —IMPRIMERIE DE FELIX LOCQUIN, nUE NOTRF.-DAME-BES-Vir.TOtRES , K" l6'. NOUVEAUX ÉLÉMENS DE BOTANIQUE ET DE PHYSIOLOGIE végétale; CUflTQUlÈMi: ÉDITIOIO' 'Prévue, corrigée et augmentée DES CARACTÈRES DES FAMILLES NATURELLES DU RÈGNE végétal; PAR Achille RICHARD, d. m. p., Professeur de Botanique à la Faculté' de Médecine de Paris , Memhre de l'Acade'mie royale de Me'dccine , de la Société' philomatique, de la Société de Chimie me'dicale , de la Socie'te' d'Histoire naturelle de Paris, etc. ORNÉE DE 166 PLANCHES INTERCALÉES DANS LE TEXTE GliAVÉES SUR DOIS PAR ANDREW BEST ET LELOIR. PARIS. BÉCHET JEUNE, LIBRAIRE DE X.A FACULTÉ DE IMÉDECINE, PLACE DE l'ÉCOLE-DE-MÉDECINE, N" 4» AUX DÉPOTS DE LA LIBRAIRIE MÉDICALE : A BRUXELLES j CHEZ TIRCHER. — A GAfflD, DDJAROIN. A LIÈGE, DESŒR. — A MOWS , LEROUX. M DCCC XXXIII. +S'K45 iB3 * A M. LE BARON i3euiamitt Dcleô^s^ert, ASSOCIE LIBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, ET DE LA SOCIÉTÉ li'uiSTOIRE NATURELLE UE PARIS, KTC. HOMMAGE DU PROFONU KliSl'ECT ET DE LA RECONNAISSANCE DE L AUTEUR tyécÀùUe ûioùcÂ(M'a. 32503 AVERTISSEMENT SUR LA CliVQUlÈME ÉDITION. Le succès qu'ont obtenu nos Elémens de Botanique , loin de nous aveugler sur les im- perfections de ce livre, a toujours été pour nous un motif puissant de chercher à l'amé- liorer, autant qu'il nous a été possible, à cha- cune des éditions que nous avons publiées. Cette cinquième offrira, j'en suis convaincu, à celui qui la comparerait aux précédentes, la preuve de ce que nous avançons ici. Non- seulement un assez grand nombre de chapi- tres nouveaux ont été ajoutés, mais plusieurs de ceux qui existaient déjà ont été entière- ment refaits. Cependant nous nous sommes bien gardé de changer en rien la marche simple, qui a fait en grande partie le succès que notre livre a obtenu , non-seulement en France, mais en Allemagne, en Angleterre et en Hollande, où plusieurs traductions en ont été publiées. C'est aux commençans que nous destinons ce livre, et non aux savans. "J out en le tenant rigoureusement au courant des connaissances les plus récentes , nous avons cru cependant devoir en élaguer celles dont l'expérience n'avait pas constaté l'exactitude et futilité. Parmi les changemens faits à cette nou- velle édition, nous signalerons l'introduction VIII AVERTISSEMEIST. de figures gravées en bois et intercalées dans le texte : me'thode dont les Anglais tirent chaque jour un si utile parti. D'habiles artis- tes, MM. Andrew Best et Leloir, ont été char- ge's de ces gravures , dont plusieurs offrent la pureté' et le fini de la gravure en taille-douce. Ainsi distribuées , ces figures ont cet immense avantage de présenter en quelque sorte maté- riellement l'objet à mesure qu'on en lit la description. Le nombre des familles dont nous présen- tons ici le tableau s'élève à cent soixante-deux. Il eût été encore plus considérable, si nous eussions eu le dessein d'y faire entrer toutes les familles qui ont été successivement propo- sées ou établies depuis la publication du Ge- jiera plantarum de M. de Jussieu. Mais non- seulement nous avons réuni à d'autres famil- les déjà existantes un assez grand nombre de celles qui ont été nouvellement proposées, mais nous avons aussi pensé que, dans un ou- vrage élémentaire, nous pouvions, sans in- convénient, omettre quelques familles encore trop imparfaitement connues, soit dans leurs caractères généraux , soit dans les genres qui doivent les composer, soit enfin dans la place qu'elles doivent occuper dans la série des or- dres naturels. Nous nous hâtons de faire cette remarque, afin que l'on ne nous accuse pas de n'avoir pas parlé dans cet ouvrage de plu- sieurs familles récemment établies. Nous devons aussi dire un mot sur la réu- nion que nous avons cru devoir faire quelque- AVERTISSEMENT. ÏX fois de plusieurs familles en une seule. Dans l'e'tat actuel de la science, nous pensons qu'il y a peut-être plus de réductions à faire clans le nombre des génies et des familles, qu'il n'y a lieu à multiplier ce nombre. Un coup d'oeil rapide jeté en passant sur les phases de la bo- tanique, depuis l'établissement de la méthode des familles naturelles, démontrera suffisam- ment cette vérité. Dans les premières années qui suivirent la publication du Gênera plan- tarwn de M. de Jussieu, cet ouvrage, qui de nos jours est encore un des plus beaux mo- numens élevés à la gloire de la botanique, en même temps qu'il est, pour celui qui sait le méditer, une source de connaissances aussi profondes que positives , fut la règle invaria- ble qui servit à caractériser et les genres et les familles résultant du rapprochement de ceux-ci. Mais les progrès que fit faire à la science l'étude plus approfondie de la struc- ture de la graine et du fruit, les avantages qu'elle présenta pour la coordination des gen- res et des familles, amenèrent de notables changemens dans l'étude de la botanique. On sentit la nécessité de pénétrer encore plus profondément dans l'organisation des diver- ses parties de la fleur, et en particulier de l'ovaire, de la graine et du fruit, qui avaient été reconnus comme fournissant les caractères les plus importans pour y puiser les affinités naturelles des végétaux. On soumit donc à une nouvelle investigation les genres réunis dans chacun des cent ordres naturels présen- h AVERTISSEMENT. tes dans le Gênera plantaruni ; et de cette analyse plus précise, dirige'e surtout vers les organes les plus essentiels, re'sulta ne'cessai- rement la découverte d'un grand nombre de caractères, d'analogies ou de différences, qui avaient été juscju'alors inaperçus. Cette nou- velle marche imprimée à l'étude des végétaux amena la nécessité d'introduire des modifi- cations et dans la circonscription des genres, dont le nombre fut bientôt plus que doublé, et dans celle des familles elles-mêmes. Mais dans cette première période de l'ère nouvelle de la science, il était naturel que les obser- vateurs, découvrant chaque jour une foule de modifications nouvelles qui avaient échap- pé à leurs devanciers, fussent plus frappés des différences qu'ils observaient entre les genres et les familles, que des rapports nou- veaux que l'analyse leur dévoilait. En effet , à cette époque, les genres, ou les espèces ana- lysées à fond d'après les principes de la nou- velle école , étaient encore trop peu nombreux, trop isolés, pour ne pas présenter en quelque sorte de grandes dissemblances; et, comme il n'arrive que trop souvent dans l'étude des sciences, on généralisa trop tôt des faits qui n'étaient encore qu'isolés et spéciaux. De là ce grand nombre de genres et de familles nou- velles qui furent successivement établis , nombre qui fut bientôt double de celui du Gênera plantaruni. Mais l'impulsion était donnée, la bonne route était ouverte. L'investigation analy- AVERTISSEMENT. Xt tique portée successivement sur un nom- bre toujours croissant de végétaux, les dé- couvertes des voyageurs, qui apportent cha- que jour de nouveaux types d'organisation, nous paraissent devoir combler successive- ment un grand nombre des intervalles qui séparent les groupes jusqu'à présent établis. Dans la première période, chaque analyse nouvelle amenait la connaissance d'une mo- dification nouvelle de l'organisation végétale, et, devenait, en quelque sorte, un type isolé. Aujourd'hui que les observations se sont con- sidérablement multipliées, des faits analogues sont venus se grouper autour des premiers, et par les modifications variées que chacun d'eux présente, des nuances insensiblement graduées les ont en quelque sorte liés les uns aux autres, et ont formé cette chaîne, si rare- ment interrompue, que tous les bons obser- vateurs ont reconnue exister entre toutes les productions de la nature. Dans ce nouvel état de choses, on voit tous les jours disparaître les caractères tranchés qu'on avait crus d'abord exister, soit entre les espèces qui composent les iJ^enres, soit entre les i^enres réunis en fa- mille. Il en résulte nécessairement que comme les différences disparaissent, on doit anéan- tir les coupes ou divisions qui avaient été fondées sur elles. Aussi, nous le répétons, les progrès toujours croissans de la botanique nous paraissent devoir présenter pour résul- tat de diminuer beaucoup et le nombre des genres actuellement établis, et celui desgrou- b. XII AVERTISSEMENT. pes OU familles que l'on a forme'es par leur rapprochement. Mais ce travail est long et demande encore de nouvelles observations. Si nous nous sommes c[uelquefois permis de ne pas admettre les idées des autres , nous ne l'avons fait qu'avec une sage réserve, surtout avec bonne foi , et non dans cet esprit étroit et mesquin de substituer nos propres idées à celles de nos devanciers. Nous avons suivi dans l'arrangement , ou co- ordination générale des familles , la série pré- sentée par M. de Jussieu, à laquelle nous avons fait à peine quelques changemens ; peu importe d'ailleurs la méthode c|ue l'on suive, pourvu qu'on respecte, autant que possible, les affi- nités naturelles et évidentes qui existent entre les différentes familles. Car il paraît démontré aujourd'hui, pour tous les bons esprits, qu'il est impossible qu'une série linéaire ne rompe pas fréquemment les rapports naturels; et si l'on adopte comme servant de base aux divi- sions que Ton y établit, soit l'insertion, ainsi que l'avait fait M. de Jussieu, soit l'adhérence ou la non-adhérence de fovaire, comme je fai essayé dans ma Botanique médicale , des ex- ceptions nombreuses viennent à chaque in- stant contrarier la méthode. Quant à la rédaction des familles elles- mêmes, nous avons en général préféré le nom qui, le premier, a été imposé, ne croyant pas qu'un simple changement dans la désinence de ce nom dût faire attribuer à un autre l'hon- neur de l'établissement de la famille. Nous AVERTISSEME^ÏT. XIII avons cité à la suite de ce nom, soit les sy- nonymes de la famille , soit le nom de celles que nous avons cru devoir y être réunies. Tous noc caractères, si l'on en excepte un très-petit nombre dont les mate'riaux nous ont manque, ont e'té faits d'après nature; et assez souvent une analyse soignée des genres de chaque famille nous a amené' à modifier les caractères qui en avaient été donnes jusqu'a- lors. Nous n'avons par cru devoir, dans un ouvrage èle'mentaire , donner trop d'extension à ces caractères; mais néanmoins nous n'avons rien omis de ce qui pouvait servir à bien dis- tinguer les diverses familles ; et comme le fruit et la graine fournissent généralement les caractères les plus importons, leur des- cription fait toujours partie du caractère gé- néral que nous traçons de chaque famille. A la suite des caractères généraux, nous avons joint quelques observations , soit sur les affinités et les différences de chaque fa- mille avec, celles qui Favoisinent , soit sur les divisions ou tribus qui y ont été établies, soit enfin sur les famillesquidoiventy être réunies; nous avons égalem.ent soin d'indiquer les genres principaux qui les composent. Afin que les personnes qui commencent l'é- tude de la botanique puissent ne s'occuper que des famille*s les plus distinctes , et sur- tout de celles dont ils peuvent trouver facile- ment des exemples dans la nature , nous avons marqué d'une astérisque [* ) toutes les XIV AYEETISSEMEKT, familles qui renferment des genres qui font partie de la Flore française. Quant aux personnes qui, se destinant à l'art de guérir, cherchent dans l'ëtude de la botanique la connaissance des caractères et des propriétés médicales de tous les végétaux employés en médecine, ou de tous les médi- camens empruntés au règne végétal , elles trouveront dans nos Elémens d'histoire natu- relle MÉDICALE tout cc quc i'histoire natu- relle ofire d'important à faire connaître pour le médecin. En terminant cet Avertissement, nous re- nouvelons ici l'expression de notre recon- naissance pour ceux de MM. les professeurs qui nous font l'honneur de recommander à leurs élèves la lecture de notre livre, et plus ])articulièrement à MM. Desfontaines, pro- fesseur au jardin du Roi; Guiart, professeur à l'Ecole de pharmacie; Delile, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier ; Nestler professeur à la Faculté de médecine de Stras- bourg, etc. • Paris, i«^^'Mars i833. PRÉFACE DE LA PREMIERE EDITION. L'ouvrage que nous publions aujourd'hui^ sous le litre de Nouveaux Elémens de Botanique appliquée à la médecine (i) , était vivement désiré par les personnes qui se livrent à l'élude de la Botanique , et surtout par les nombreux élèves qui suivent les cours de la Faculré de médecine de Paris. Depuis long - temps un grand nombre d'entre eux s'étaient adressés à mon père, pour l'en- gager à rédiger et à publier les leçons élémentaires de Botanique que, depuis vingt-cinq ans, il faisait à la Faculté de médecine de Paris. Mais d'autres occupations, et surtout la direction qu'il avait im- primée à ses travaux , dont le but principal était le perfectionnement de la partie philosophique de la science , l'avaient constamment détourné de l'exé- cution de ce projet. C'est donc d'après ses conseils, et en quelque sorte sous sa direction , que j'ai en- trepris le travail que je livre aujourd'hui au public. Je ne me suis point dissimulé ses nombreuses dif- ' Tel était le titre de la première édition : nous avons cm devoir le modifier pour les suivantes , à cause des changemens et des ad- ditions considérables que nous y avons faits. XTI ruÉFACE. ficultés : la composition d'un livre ëlémenlaire est loin d'être facile. Cependant je ne suis pas trcs- cloigné de croire que, pour présenter les élémens d'une science avec simplicité, précision et clarté, il rie faut point encore avoir eu le temps d'oublier quels sont les obstacles que l'on a rencontrés soi- même, afin de les aplanir devant ceux que l'on dirige dans la même carrière. Allaclîé depuis plusieurs années, en qualité de démonstrateur de Botanique, auprès de la Faculté de médecine de Paris, je me suis principalement occupé des moyens les plus convenables pour sim- plifier les élémens de cette science. C'est surtout en rédigeant cet ouvrage , que j'ai voulu élaguer de la Botanique les inutiles et vagues hypothèses, les détails fastidieux dont on Ta souvent et inuti- lement surchargée. Destinant principalement ce livre à l'instruction des jeunes gens qui s'adonnent à l'étude de l'art de guérir, sachant le nombre et l'importance des connaissances qu'ils doivent ac- quérir , connaissances au nombre desquelles la Botanique occupe un rang distingué, je me suis efforcé de ne leur présenter que les notions en quelque sorte indispensables de cette branche de leurs études. Je n'ai voulu leur offrir de la Botanique que les principes les plus généraux et le mieux éta- blis, que ceux enfin à l'aide desquels ils puissent facilement arriver à la connaissance exacte des plantes officinales, paÉFAGE. XVIÏ Car quel est le but du médecin en se livrant k l'étude de la Botanique? Il ne veut point embrasser l'immense éienduc de celte science : il cherche simplement à connaître ses principes fondamen- taux , et à savoir par quels moyens il peut parvenir à distinguer les difïércns végétaux utiles à ThommCj pour combattre ses maladies ou satisfaire ses besoins. En effet, la Botanique est une source intaris- sable de remèdes efticaces pour le médecin qui sait y puiser. Est-il une autre classe de corps naturels qui lui offre autant de médicamcns utiles que celle des végétaux? Or, quel est le médecin instruit, jaloux d'exercer son art avec la noblesse et la supé- riorité qui 1 élèvent au-dessus de tous les autres, quel est le médecin, dis-je, qui peut , sans quelque honte , prescrire chaque jour à ses malades des plantes qu'il connaît à peine de nom , qu'il n'a jamais vues fraîches, et qu'il ne saurait distinguer de celles même avec lesquelles elles n'ont aucun rapport, parce qu'il n'en a point étudié les carac- tères? C'est le chirurgien qui, pratiquant une opé- ration , ignore les organes que son instrument divise. Le médecin , dans ce cas, se montre non- seulement au-dessous de l'opinion avantageuse qu'on a pu concevoir de lui, mais, par son inex- périence condamnable, il se met dans le cas d'ap- prouver les erreurs les plus préjudiciables, et de sanctionner les méprises les plus funestes. Qui n'a point, en effet , entendu parler de ces XVm PRÉFACE. cmpoisonnemens causés par l'ignorance de quel- ques heiboristcs qui, au lieu d'une plante salutaire, en avaient donné une autre douée de propriétés vénéneuses? Si le médecin chargé du soin des malades, auquel un pareil accident arrive, eût pos- sédé les connaissances nécessaires de Botanique, il eût reconnu l'erreur grossière de l'herboriste, et en eut prévenu les funestes effets; ou du moins il eût pu , connaissant l'action délétère du végétal employé, administrer h temps les remèdes propres à la neutraliser. C'est ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, que la ciguë a souvent été prise pour une autre ombel- lifère douée de propriétés bienfaisantes, et avec laquelle elle pouvait avoir quelque ressemblance par les caractères extérieurs, mais dont elle diffé- rait essentiellement par les organes de la fructifi- cation. Un avantage non moins inappréciable que le médecin trouve dans l'étude de la Botanique , c'est de pouvoir remplacer par d'autres plantes plus com- munes ou plus à sa portée, les végétaux que l'on emploie habituellement, mais qui ne croissent pas dans le pays qu'il habile, ou qui y sont d'un prix trop élevé. Il pourra, en effet, opérer facilement ces substitutions, quand l'étude des familles natu- relles sera venue l'éclairer sur les principes qui doivent le guider dans celte opération. Ainsi il saura que tous les individus d'une même espèce PRÉFACE, XIX jouissent essentiellement des mêmes propriétés médicales; que les espèces d'un mémo genre pos-, scdent des vertus analogues, et que souvent tous les genres d'une même famille naturelle de plantes participent aux mêmes propriétés. D'après cette connaissance, il substituera indistinctement à tel genre de la famille des Crucifères, tel autre qu'il 50 procurera plus facilement, parce que tous les genres de cette nombreuse famille ont pour prin- cipe une huile essentielle acre et stimulante, qui leur donne une propriété tonique et antiscorbu- lique qu'on retrouve dans presque toutes les espèces. Il en sera de même des familles des Labiées, des Graminées, desMalvacées, et de beaucoup d'autres encore , où les propriétés sont presque iden- tiques. Mais il apprendra également qu'il est certaines familles, tout aussi naturelles sous le rapport des caractères botaniques , où ces substitutions ne sont pas praticables, ou du moins ne peuvent être faites qu'avec la plus scrupuleuse attention. Ainsi, dans la famille desSolanées , à côté de la pomme de terre on trouve la mandragore; près du bouillon-blanc, la jusquiame et la belladone. De même, dans les Kuphorbiacées, il trouvera des substances si diffé- rentes par leurs propriétés, que les unes sont des alimens, ou des médicamens utiles, les autres de véritables poisons. Par exemple, cette famille nous offre la cascarille , le manioc qui forme la base de XX PRÉFACE. la nourriture des Indiens de la Guiane, et h côté le genre Euphorbia , le Hura^ et d'autres encore dont le suc laiteux, acre et brûlant, peut devenir un poison violent. Ce que nous venons dédire des So- lanéesetdesEuphorbiacées est encore vrai pour un grand nombre d'autres familles. En résume, l'étude de la Botanique enseignera au médecin quelles sont les familles naturelles de plantes où tous les genres jouissent des mêmes propriétés , quelles sont celles où l'on retrouve des propriétés analogues dans cer- tains genres , enfin les familles dans lesquelles cha- que genre jouit de propriétés différentes , et où toutesles espècessont souvent délétères. On exagère en général les difficultés attachées à l'étude de la Botanique. Les jeunes gens surtout qui se destinent à l'art de guérir , se rebutent et se découragent aux premiers obstacles qu'ils ren- contrent, sans faire le moindre effort pour les surmonter. Prévenus presque toujours contre celte science , ils ne se donnent pas la peine de l'étudier, ou l'étudient avec tant de légèreté et si peu de mé- thode, qu'ils emploient pendant plusieurs années une partie de leur temps pour n'acquérir que des notions vagues et incertaines. 11 est facile de dé- montrer , par l'expérience journalière , que ce peu de réussite dépend évidemment de l'idée fausse qu'ils se sont formée de cette science , et de la mauvaise marche qu'ils ont suivie dans son étude. PRÉFACE. XXÏ Lesuns, en effet , croyant que toute la bota- nique consiste dans la connaissance pure et simple du nom des plantes , et surtout de celles qui sont employées en médecine, ne s'occupent nullement des caraclci'es propres à chacune de ces plantes, c'est-à-dire des signes qui servent à les reconnaître et à les distinguer. Qu'arrive-t-il delà? G'est que bien qu'ils ai||pt un grand nombre de noms dans la tête , ils ne connaissent réellement aucun vé- gétal , de manière à pouvoir le distinguer de tous les autres : semblables à celui qui, voulant étudier une langue , apprendrait par cœur un grand nom- bre de mots , sans connaître la valeur et le sens at- taché à chacun d'eux , et qui cependant voudrait en faire usage. D'autres, au contraire, n'ayant pas étudié les principes fondamentaux avec soin et attention , veulent sur-le-champ reconnaître et distinguer les différentes plantes , dans les ouvrages où elles se trouvent décrites. Mais à chaque pas ils sont arrêtés par des difficultés qu'ils ne peuvent vaincre. En effet , d'où sont tirés les caractères au moyen des- quels on peut reconnaître et distinguer un végétal deceux avec lesquels il a plus ou moins de rapport? Ne sont-cepas les organes des plantes, les nom- breuses modifications qu'ils éprouvent, qui servent au botaniste désignes propres à caractériser les dif- fércns végétaux? Or, il est de toute évidence que pour pouvoir reconnaître une plante dans une des- XXII PRÉFACE. cription quelconque , il faut pouvoir apprécier le sens et la valeur des expressions employées pour h décrire. Près de cinquante mille espèces de végé- taux sont aujourd'hui connues; trois ou quatre mots bien choisis servent souvent à caractériser une plante , et h la faire distinguer dans un nombre aussi cohsidér'ablc. Le sens attaché à ces mots doit donc être fixe et invariable ; et celill qui veut se livrer à l'étude de la Bolanique doit, avant tout , s'être familiarisé avec la valeur des mots employés pour dépeindre chaque modification d'organes. Quelle est donc la meilleure méthode d'étudier la Botanique , surtout pour celui qui , comme le jeune médecin , ne peut y consacrer qu'une par- tie de son temps? Nous allons indiquer en peu de mots celle que l'expérience nous a démontrée être la plus certaine, et en même temps la plus prompte. i*. Les organes des végétaux ne sont point en grand nombre, par conséquent les noms substan- tifs qui les représentent sont peu nombreux , et la mémoirela moins heureuse les retiendra sans efforts. Pénétrez-vous donc bien d'abord du sens attaché aux mots lige, feuille, racine, calice, corolle, etc., avant de chercher h aller plus loin. 2°. Ces organes peuvent éprouver diverses modi- fications que le botaniste exprime par des noms adjectifs , mis à la suite du nom substantif. Ainsi, on ajoute au mot TIGE les adjectifs herbacée j li- gneuse j simple j rameuse y dressée , couchée , PRÉFACE. xxni cylindrique y pentagone , etc., suivant que l'on veut exprimer qu'elle est verte et tendre , ou solide et dure comme du bois; qu'elle est sans rameaux ou divisée en branches , qu'elle est dressée vers le ciel ou étalée sur la terre, etc., etc. La plupart des noms adjectifs employés dans le langage botanique sont usités pour désigner d'autres objets , et par conséquent connus de tout le monde. Ainsi, il n'est personne qui ne se figure la forme d'une tige cf- lindrique , tétragone , pentagone ; il en est de même d'un grand nombre d'autres adjectifs. Mais cependant il en existe plusieurs qui _, étant parîi- culiers à la langue botanique, ont besoin d'être dé- finis pour être bien compris. C'est donc unique- ment ceux-là que l'homme qui veut étudier la Bota- nique doit chercher h bien connaître et à retenir, puisque sachant déjà la valeur des autres , il n'a besoin que de les voir pour en comprendre aus- sitôt le sens. 3°. Celui qui connaît les nom s des différens or- ganes d'un végétal , le sens attaché aux expressions propres à représenter leurs modifications princi- pales, n'a plus besoin que de faire choix d'un sys- tème et de l'étudier , pour être devenu botaniste. Dès lors , en effet , il pourra facilement, au moyen d'un ouvrage où les plantes sont rangées méthodi- quement , trouver le nom de la première qui lui se- ra présentée, lors même qu'il ne l'aurait jamais vue. Or, c'est là le but principal de celui qui étudie la XXIV PRÉFACE. Bolaniquc. Celte science , en effet , ne consiste point dans la connaissance purement mécanique du nom des différens végétaux ; mais le botaniste est celui qui , au moyen des principes fondamentaux de la science, principes qui reposent uniquement sur la structure , la forme , les usages des différens organes, peut , quand il le désire, trouver le nom d'une plante qu'il ne connaissait pas auparavant. Telle est la marche que nous avons suivie dans l'exposition des principes fondamentaux de la Bo- tanique que nous offrons aujourd'hui au public. Notre intention n'a point été de faire un traité com- plet de Botanique générale ni de physique végétale, car il existe sur ce sujet d'excellcns ouvrages qui pourraient être cités comme des modèles ; mais nous avons eu pour but principal de présenter à ceux qui se livrent à l'étude de la médecine , des élémens simples et faciles d'une science qui leur est d'une si grande utilité , et qu'ils négligent mal- heureusement trop souvent. D'après le plan que nous nous étions tracé, nous n'avons pas cru de- voir entrer dans les détails les plus minutieux de la science : nous n'avons voulu que faciliter l'étude d'une science si utile pour quelques-uns, si agréa- ble pour tous ceux qui s'y adonnent, et à laquelle nous avons voué tous nos moniens. IISTRODUGTION. La Botaï^iqué ^ [Botanica, Res herlaria) est cette partie de l'histoire naturelle qui a pour objet l'étude des végétaux. Elle nous apprend à les connaître , à les dis- tinguer et à les classer. Cette science ne consiste pas , comme on Ta cru long- temps , dans la connaissance pure et simple du nom donné aux différentes plantes ; mais elle s'occupe aussi des lois qui président à leur organisation générale, delà forme , des fonctions de leurs organes , et des rapports qui les unissent les uns avec les autres. La Botanique, envisagée par rapport à ses applications les plus importantes , nous fait également connaître les vertus salutaires ou malfaisantes dont sont douées les plantes , et les avantages que nous pouvons en retirer dans l'économie domestique , les arts ou la thérapeu- tique. Une science aussi vaste a dû nécessairement être par- tagée en plusieurs branches distinctes , afin d'en faciliter l'étude -, c'est ce qui a eu lieu en effet. 1** Ainsi l'on nomme Botanique proprement dite soit l'ensemble de la science , soit cette partie qui considère les végétaux d'une manière générale et comme des êtres distincts les uns des autres, qu'il faut connaître , décrire et clarsser. Cette branche de la science des végétaux se divise elle-même en : Glossologie'^ , ou connaissance des termes propres à *;Dérivé de ,?3r«vij , herbe, plante. ' Dérive de y^îri-K, mot, langue ou langage, et de ^r/;?, discours. l" Partie. . I 2 INTRODUCTION. désigner les difforcns organes des plantes , et leurs nom- breuses modifications-, cette partie forme la langue de la Botanique , langue dont l'étude est extrêmement im- portante , et avec laquelle on doit commencer par se bien familiariser. Taxonomie ^ , ou application des lois générales de la classification au règne végétal. Ici se rapportent les différentes classifications proposées pour disposer métbo- diquement les plantes. Phytoyraphie ~ , ou art de décrire les plantes. 2° La seconde branche de la Botanique porte le nom de Physique végétale , ou de Botanique organique. C'est elle qui considère les végétaux comme des êtres or- ganisés et vivans , qui nous décèle leur structure inté- rieure ^ le mode d'action propre à chacun de leurs or- ganes 5 et les altérations qu'ils peuvent éprouver , soit dans leur structure , soit dans leurs fonctions. De là trois divisions secondaires dans la Physique végétale, savoir : \J Org an ogr aphte ^ , ou la description des organes , de leur forme , de leur position , de leur structure et de leurs connexions. La Physiologie iiégétale , ou l'étude des fonctions pro- pres à chacun des organjL^s. La Pathologie végétale , qui nous enseigne les diverses altérations ou maladies qui peuvent affecter les végé- taux. 5° Enfin on a donné le nom de Botanique appliquée ' De rK-'fç, ordre, mctliode, et de v;//5ç, loi , règle; c'est-à-dire règles de la classiflcation. '^ De syrîv, plante, et de v/^Jt^co , j'écris ou je décris; c'est-à-dire art de décrire les plantes. "' Dérivé de o P'/ '■(■■"■■> , organe, et de -//^aiiu , je décris; c'est-à-dire description des organes. Cette partie est aussi api)clcc Terminologie, nom impropre, puisqu'il est composé d'un mot latin et d'un mol «.rec. I^TRODUGTIOî>. O ù cette troisième branche iie la Botanique générale qui s'occupe des rapports cxistans entre riiomme et les vé- gétaux. Elle se subdivise en Botanique agricole^ ou appli- cation de la connaissance des végétaux à la culture et à l'amélioration du sol; en Botanique tnédicale, ou appli- cation des connaissances botaniques à la détermination des végétaux qui peuvent servir de médicamens, et dont le médecin peut tirer avantage dans le traitement des maladies: en Botanique économique et indnslricUe , ou celle qui a pour objet de faire connaître l'utilité des plantes dans les arts ou l'économie domestique. La Botanique étant la science qui a pour objet l'é- tude des végétaux, nous devons nous occuper d'abord de donner une idée générale et succincte des êtres aux- quels on a réservé ce nom. Les Végétaux (en latin Vecjetahilia , plantœ, et en grec 'Pvra, isorâvcit) sont dcs êtres organisés et vivans, pri- vés de sensibilité et de mouvement volontaire ^ , mais jouissant de l'excitabilité qui fait le caractère spécial de tous les êtres organisés. C'est par cette propriété , en * Les végétaux sont dépourvus de mouvement volontaire ; mais quelques-uns cependant exécutent une sorte de locomotion ou de déplacement bien sensible. Tels sont , par exemple , les orchis , le colchique. En effet , la racine de la plupart des orchis offie deux tubercules charnus , situés l'un à côté de l'autre , à la base de la tige. L'un de ces tubercules, après avoir donné naissance à la tige, dont il contenait le germ^ dans son intérieur, se fane, se resserre sur lui-même, et finit par se détruire; mais à mesure qu'il tend à disparaître, il s'en . développe un troisième auprès de celui qui renferme encore le rudiment de la tige de l'année suivante , et rem- place le premier, lorsque celui-ci vient à tomber. Ce développement d'un nouveau tubercule ayant lieu chaque année sur l'un des côtés et à quelque distance de ceux qui existent , on conçoit que , chaque fois qu'une nouvelle tige se développe, elle se trouve éloignée d'un certain espace de terrain de celle qui l'a précédée. Le même phéno- mène a lieu dans le colchique, avec cette différence que son bullx' tend continuellement à s'enfonrer do plus en plus. 4 INTRODUCTION. vertu (le laquelle s'exécutent les fonctions dont Ten- semble constitue la vie , que les êtres organisés résistent - à l'action des causes extérieures qui tendent continuelle- ment à les détruire. Il est extrêmement difficile de tracer nettement la ligne de démarcation qui sépare les végétaux des animaux. Linnée, dans son style aphoristique, a dit : Les minéraux croissent', les végétaux croissent et vivent, et les ani- maux croissent, vivent et sentent. Cette distinction , qui est en effet bien tranchée , quand on compare le cristal de roche à un chêne , et celui-ci à un homme , finit par disparaître insensiblement , lorsque l'on examine com- parativement les êtres qui occupent les derniers degrés de ces trois grandes séries. En effet il est bien difficile de dire en quoi différent essentiellement certaines espèces de polypes d'avec quelques algues -, car le caractère es- sentiel que l'on attribue aux animaux , la sensibilité , ou la conscience de leur existence et la faculté de se mouvoir , s'affaiblit , et finit même par disparaître en- tièrement dans les dernières classes du règne animal. Quant à la transformation de certaines espèces de plan- tes en animaux et vice versa , sur laquelle plusieurs au- teurs ont insisté , afin de faire disparaître les différences admises entre les règnes végétal et animal , elle paraît être , suivant plusieurs observateurs , le résultat de faits mal observés. Cependant , si l'on néglige un ibstant les faits qui ser- vent ainsi d'intermédiaire et de passage entre les deux grandes divisions des êtres organisés, on parvient à trou- ver des différences assez marquées entre les animaux et les végétaux. C'est ainsi, par exemple, que chez les pre- miers , qui sont doués de la faculté de se mouvoir , il existe un système de fibres contractiles , dont l'état de relâchement ou de tension détermine les mouvcmens INTRODUCTIOIV. 5 de l'animal : ce sonl les fibres musculaires. Dans les vé- gétaux, rien d'analogue-, toutes les fibres sont en quelque sorte in erres et impassibles -, chez eux encore il n'y a rien de semblable au système nerveux , quoiqu'un ingénieux expérimentateur, M. Dutrochet, les ait sous ce rap- port assimilés aux animaux. Dans ceux-ci, les substan- ces qui doivent servir à la nutrition sont d'abord absor- bées à l'extérieur -, elles séjournent pendant un certain temps dans une cavité particulière , où elles éprouvent une élaboration convenable avant d'être prises par les vaisseaux chylifères destinés à les répandre dans le tor- rent de la circulation. Mais dans les végétaux la nutri- tion se fait d'une manière plus simple : les substances ab- sorbées sont directement répandues dans toutes les par^ ties du végétal, sans éprouver d'altération préalable-, er* sorte que chez eux nous ne trouvons ni canal intestinal , ni estomac , puisqu'il n'y a point de digestion. Les végétaux diffèrent encore des animaux par la mar- che de leurs fluides. Dans ces derniers , en effet, saufun petit nombre d'exceptions, il y a une véritable circulation, c'est-à-dire que le sang ou fluide nutritif part d'un point où il reçoit son impulsion , se répand dans toutes les par- ties du corps , où il dépose , chemin faisant , les prin- cipes qui doivent servir à leur nutrition , pour revenir ensuite au point d'où il est parti. Mais dans les végétaux il n'y a point de circulation à proprement parler : les fluides nourriciers parcourent le végétal -, mais ils man- quent de cet agent d'impulsion , du cœur , à la fois point de départ et de terminaison du sang dans les animaux. Les animaux se nourrissent toujours de substances or- ganisées végétales et animales^ dans les végétaux au con- traire la nutrition se fait au moyen de substances inor- ganiques. Ce sont des gaz , de l'eau , des sels , etc. , qui servent au développement des parties de la plante. 5 INTRODUCTION. Chez les végétaux, il n'y a pas non plus de poumons : cependant il y a une véritable respiration , ainsi que nous le ferons voir plus tard en traitant de Isj^^feutrition. Mais la nature des gaz rejetés au dehors est très-diffé- rente dans les uns et dans les autres. Ainsi, dans les ani- maux c'est de l'acide carbonique , tandis que dans les végétaux c'est dcToxigène. La composition chimique offre encore quelques moyens de distinguer les végétaux des animaux. Ainsi tandis que les premiers se composent essentiellement d'oxigène , d'hydrogène et de carbone -, on trouve de plus dans tous les animaux de l'azote. Il nous serait facile de pousser plus loin cette compa- raison entre les végétaux et les animaux •, mais nous croyons en avoir dit assez pour faire connaître les diffé- rences principales qui existent entre eux. NOUVEAUX ÉLÉMENS DE BOTANIQUE DE PHYSIOLOGIE VEGETALE. PARTIES ELEMENTAIRES DES VEGETAUX ANATOMIE VEGETALE. Lorsqu'on- examine l'organisaLiou intérieure d'un vé- gétal à l'œil nu , ou mieux encore à l'oeil aidé d'une forte loupe ou d'un microscope , on voit qu'il se compose de cellules à parois minces et diaphanes , d'une petitesse ex- trême , d'une forme variable , tantôt régulière , tantôt irrégulière , et de tubes ou vaisseaux cylindriques , épars ou réunis en faisceaux. Telles sont les deux formes principales sous lesquelles se présentent les parties élé- mentaires qui entrent dans la composition des végétaux, et auxquelles on a donné les noms de tissu ceUulaîre et de tissu xmsculaire. Nous allons les étudier successive- ment l'une et l'autre. * ANATOMIE VEGETALE. DU TISSU CELLULAIRE. Tissu ceiiuiaiie. La première modification du tissu élémentaire des végétaux est le tissu cellulaire ou utriculaire. Il se Fig. I. compose de cellules ou utricules conti- guës les unes aux autres, et dont la forme dépend en général des résistances qu'elles éprouvent. Quelques auteurs l'ont comparé à la mousse ou écume légère qui se forme sur l'eau de savon par l'agitation de ce liquide, ou à la surface des liqueurs en fermentation. On avait généralement pensé que les parois des cellules contiguës les unes aux autres étaient communes aux deux cellules qui se tou- chaient. Mais cependantMalpigliiavaitdéjàémis l'opinion Composition, que le tissu cellulaire était composé de vésicules d'abord distinctes , puis soudées , qu'il nommait utricules. Le pro- fessevir Sprengel de Halle en 1802 , plus récemment M. Dutrocliet, et une foule d'autres physiologistes dis- tingués ont fait des observations qui confirment cette opinion. On peut isoler les unes des autres les cellules sans déchirement \ ce qui prouve que chaque cellule forme une sorte de petite vésicule qui a ses parois dis- tinctes , et que là où deux cellules se touchent , la membrane qui les sépare est formée de deux feuillets , qui appartiennent à chacune d'elles. Les recherches récentes du professeur Amici , et surtout celles de M. Mir- bel sur le développement du Marchantia y s'accordent avec cette opinion. Cette séparation des vésicules for- mant le tissu cellulaire peut s'opérer soit par la simple coction dans Teau , ainsi que l'a fait le professeur Link , soit par l'ébullition dans l'acide nitrique, comme l'a TISSU CELLULAIRE. 9 conseillé M. Dutrochet. Mais néanmoins , quelquefois les parois des cellules se soudent si intimement qu'il est presque impossible de les séparer les unes des autres. On a émis sur la formation et la multiplication du tissu cellulaire plusieurs hypothèses diftérentes. Ainsi sui- vant MM. Tréviranus et Turpin , quand on observe le développement et la formation du tissu cellulaire dans les végétaux , on acquiert la certitude qu'il se compose de cellules d'abord isolées, mais qui , par les progrès de leur développement, finissent par se souder plus ou moins entre elles. En effet , suivant ces auteurs , dans les vésicules du tissu cellulaire on aperçoit , au moyen du microscope , des corpuscules ovoïdes ou arrondis , généralement de couleur verte , mais néanmoins offrant toutes les teintes possibles , suivant les parties dans les- quelles on les observe. Ce sont ces corpuscules qui co- lorent le tissu cellulaire , dont les parois sont toujours diaphanes. M. Turpin, qui , dans un excellent mémoire (Mém. Mus. vol. xn) , a de nouveau appelé l'attention sur ces corpuscules , leur a donné le nom générique de cjIohuUne, Chaque grain de globuline est une petite vési- cule , dans laquelle se forment plus tard d'autres petits granules (globulins Turp.) qui , s'accroissant successive- ment , finissent par rompre la vésicule qui les renfer- mait. Alors chacun d'eux devient à son tour une petite vésicule dans laquelle se développent de nouveaux gra- nules qui présentent les mêmes phénomènes. M. De Can- dolle , considérant que c'est cette substance granuleuse qui colore toutes les parties des végétaux , a récemment proposé de lui donner le nom de chromule. D'autres physiologistes expliquent d'une manière dif- férente l'évolution du tissu cellulaire. C'est dans l'épais- seur même des parois des cellules que se développent celles qui viennent en augmenter^le nombre. Aussi ce Dc\eloppe- GloLuliue. Globulins. Chr 10 AlVATOMIE VEGETALE. développement , cette multiplication n'a-t-elle lieu que tant que ces parois conservent une certaine épaisseur. On sait en effet que quand le tissu celUdaire est desséché, il n'est plus susceptible d'accroissement. Le professeur Kieser dit que la multiplication des cel- lules provient de ces globules organiques que l'on trouve épars et nageant dans les fluides végétaux, et qui, après s'être fixés en une place , s'y développent et forment de nouvelles cellules. Le beau travail que M. le professeur Mirbel vient de publier cette année ( i832 ) , sur l'organisation du Mar- chantia tend à jeter un jour tout nouveau sur cette im- portante question. Pour arriver à un résultat plus cer- tain , M. Mirbel a pris le il/arcAaw^/a strictement abovo, c'est-à-dire qu'il a suivi sa formation organique , de- puis la graine ou séminule , jusqu'à son entier dévelop- pement. Or, cesséminules de 3Iam)hantia sont aussi sim- ples que possible -, ce sont des utricules membraneuses transparentes , rempli'es de globules jaunes. En les sou- mettant à la germination sur des lames de verre humides ou dans du sable très-fin , elles se gonflent , deviennent sphériques, et leurs globules prennent une teinte verte ; bientôt chaque utricule s'alonge dans un point de sa périphérie en un tube clos à son extrémité. Ce tube se renfle bientôt en une nouvelle utricule , émettant un tube , et ainsi de suite. Dans ces nouvelles utricules et - souvent dans les tubes , on voit des granules verts ; cha- que jeune individu représente une sorte de chapelet ou de cordon noueux , souvent ramifié. Le nombre des utricules allant ainsi en croissant , il en résulte d'a- bord une masse amorphe , mais qui petit à petit prend l'apparence foliacée , que la plante adulte doit con- server. De cette observation nouvelle l'auteur déduit cette conclusion : Que ce nVst pas par Talliance d'utri- TISSU CELLULAIRE. 11 cules d'abord libres , que le tissu cellulaire dn3{arcJia?i~ lia se produit , mais par la force génératrice d'une pre- mière utricule qui en engendre d'autres douées de la même propriété. Cependant ce n'est pas là le seul mode de formation ^^.^j^ ,^^g^,^.^ et de multiplication du tissu cellulaire. On peut rappor- 'l" mniiipiica- ter à trois types diiFérens ces divers modes. Ainsi, tantôt les nouvelles cellules se développent à la surface exté- rieure et libre des utriculos déjà existantes -, et l'on peut appeler extra-ntriculaire ce mode de multiplication , dont le Marchaniia nous offre un exemple -, tantôt c'est entre les utricules déjà existantes qu'apparaissent les nouvelles : formation interutriculaire. Enfin de la paroi interne d'une utricule peuvent naître un grand nombre d'autres utricules , qui finissent par absorber et faire disparaître l'utricule mère , dans laquelle elles se sont développées : c'est la formation întra-utriculaire. Quand elles n'éprouvent que la résistance occasionnée Formes Jes par la présence des cellules adjacentes , il n'est pas rare *^'^^^"•"• de trouver à ces cellules une forme à peu près hexago- nale , en sorte qu'elles ressemblent assez bien aux al- véoles construites par les abeilles. {Voy. page 8, figure i .) Mais elles peuvent être plus ou moins alongées , globu- leuses ou comprimées , suivant les obstacles qui s'op- posent à leur libre développement. Il est même fort rare de leur trouver cette forme régulière et hexagonale que nous venons de signaler tout à l'heure. Leurs parois sont minces et transparentes •, elles com- Coinnmnicî- muniquent toutes ensemble , soit que leurs cavités s'ouvrent 'mutuellement l'une dans l'autre, soit qu'il existe sur leurs parois des pores , ou même des fentes. Pai dcsi.oies. Ces pores , qui sont à peine visibles au moyen des in- strumens d'optique les plus forts , ont été aperçus par Leuwenhoeket Hill, et dans ces derniers temps MM. Mii- bel et Amici en ont de nouveau reconnu l'exislencc. 12 AINATOMIE VÉGÉTALE. Tubillus. Moldenhaver a vu de semblables pores dans le tissu cellulaire du pétiole du Cycas revoluta et dans la moelle du sureau. Le professeur Link néanmoins en nie l'existence. Ce qu'il y a de certain , c'est que le tissu cellulaire d'un jjrand nombre de végétaux en paraît tout-à-fait dépourvu , tandis qu'ils existent évidemment sur celui de quelques autres. Selon plusieurs physiolo- gistes , et en particulier MM. Rudolphi et Sprengel , les Par (les fentes, divcrscs ccllules coHimuniqucnt entre elles par un point où leurs parois sont interrompues. Mais Bernhardi le premier démontra que la communication entre les cel- lules avait uniquement lieu par les pores invisibles de leurs parois. Cette dernière opinion est généralement ad- mise aujourd'hui. Ainsi il paraît très-probable que c'est par exsudation que les fluides passent d'une cellule dans une autre. Dans les parties ligneuses , les cellules du tissu aréo- laire sont fort alongées , et forment des espèces de pe- tits tubes parallèles entre eux , que M. Cassini a proposé de nommer tuhiUes. Leurs parois sont opaques, épaissies; ^'3- ^- quelquefois même elles finissent par s'oblité- rer entièrement. C'est à cette modification que M. Link a donné les noms de tissu alongé et de jn'osenchyme. Ce tissu alongé existe en abondance dans les végétaux ligneux. Il y est beaucoup plus com- mun que le tissu cellulaire régulier , et se com- pose de petits tubes étranglés de distance en distance. D'autres fois ils sont fusiformes, c'est- à-dire amincis insensiblement à leurs deux ex- trémités. C'est à cette modification des cellules du tissu alongé que M. Dutrochct a donné le nom declosf7-es. {Foy. fig. 2.) Ils sont en général paral- lèles entre eux, plus ou moins opaques , et très-abondans dans le tissu ligneux. 11 arrive parfois que les cellules du Prosench^mc. Cloîtres. TISSU CELLULAIRE. 10 tissu alongé ne peuvent se toucher que par les points les plus gonflés , d'où il résulte entre eux des intervalles ou vides. Cesontces espaces vides qu'Hedwig a nommés vasa Me:,ts. revehentia : Tréviranus , meafus hitercellulares , et Link ductiis intercellidarcs. Leur forme est le plus souvent prismatique et triangulaire, quelquefois hexagonale. On les appelle méats. Selon l'opinion du professeurAmici, ces espaces ne con- tiennent jamais de liquide , mais seulement de l'air-, car les stomates ou grands pores de Fépiderme , qui, ainsi que nous le verrons prochainement en parlant de cette mem- brane, sont des organes qui ne livrent passage qu'à de l'air, sont toujours placés devant un de ces espaces. Quand le tissu est trop compacte et les petits tubes trop serrés pour offrir de ces espaces, on ne trouve pas non plus de pores corticaux. C'est dans l'intérieur de ces méats intercellulaires ou Raphides. quelquefois dans les cellules de quelques végétaux à tissu lâche , que l'on trouve ces corpuscules en forme d'aiguilles, que M. De Candolle a désignés sous le nom de raphides. Ils sont oî;dinairement réunis en faisceaux, sans adhérence manifeste avec les parois des cellules où on les o])serve*, leur consistance est ferme et roide. On les a vus dans le piper inagnoliœjvlium , la balsamine , la belle de nuit , le tritoma , etc. Selon M. Raspail , ces corps ne seraient que des cristaux très-fins d'oxalate de chaux. De nouvelles observations sont encore nécessaires pour éclaircir ce sujet. Il est encore une autre modification du tissu alongé Rnyons i qui mérite d'être mentionnée ici : ce sont les cellules qui forment les insertions ou rayons médullaires de la tige des végétaux dicotylédons. Elles sont fort petites, alon- gées et placées horizontalement , au lieu d'être verti- cales. l4 A3NATOMIE VÉGÉTALE. Lacunes. Lc tissu cellulaîre , dans son état de pureté native, a peu de consistance ; il se déchire facilement. Aussi trouve-t-on souvent dans certains végétaux des espaces vides , remplis seulement par de l'air , et qui résultent de la rupture des parois de plusieurs cellules. Ces espa- ces, auxquels M. Mirbel a donné le nom de lacunes, se rencontrent surtout danslos végétaux qui vivent dans l'eau , et dans lesquels ils semblent s'opposer à la sub- mersion et à la macération que ces plantes subiraient infailliblement par leur séjour prolongé dans ce liquide. M. Amici a une opinion tout-à-fait différente de celle que nous venons d'exposer sur les lacunes. Selon lui , elles ne sont pas , comme le pense M. Mirbel , le résultat du déchirement des cellules. Ce sont des espaces plus ou moins réguliers , contenant constamment de l'air. Quel- quefois elles offrent sur leur paroi interne des poils d'une nature particulière , en forme de houppe ou de pinceau, qui ont été vus par MM. Mirbel et Amici. On peut distinguer deux espèces de lacunes : les unes ont pour orifice les pores corticaux et communiquent avec l'air extérieur •, les autres n'ont aucune communication externe. Ces dernières existent surtout dans les plantes qui manquent de tubes poreux. Cellules com- M. Linlc en distingue les cellules cotnjjosées, qui exis- posees. ^ç^^ également dans le tissu cellulaire des plantes aqua- tiques , et qui sont des cellules plus grandes dont les pa- rois sont formées de cellules prismatiques disposées par séries alternes. Elles offi'ent des diaphragmes également cclluleux , et c'est par ce caractère qu'elles diffèrent des lacunes. Mauères con- Lcs ccllulcs uc sout pas toujours vides intérieure- ccUuies.*^""' '" ment , elles contiennent fréquemment différentes ma- tières. Ainsi quelquefois , surtout dans les jeunes végé- taux , elles sont remplies de liquides aqueux ^ d'autres fois TISSU VASCULAIRE. 13 on y trouve des grains libres etépars de fécule-, dans un grand nombre de cas , leurs parois intérieures portent ces corpuscules colorés , qui donnent aux diverses par- ties la coloration qui leur est propre, et qu'on a dési- gnés sous les noms de chlorophylle , globuline ou chro- mule. Enfin les cellules alongées du bois sont encroûtées intérieurement d'une matière opaque plus ou moins dure , et dont la couleur vai'ie suivant les diverses sortes propriétés du - - . tissu cellulaire. de bois. En terminant ici ce qui a rapport à l'organisation du tissu cellulaire, faisons remarquer qu'il jouit de deux propriétés essentielles : l'une qui est sa faculté d'absorber les liquides ; la seconde , son excitabilité organique. C'est au moyeh de ces deux propriétés fondamentales que l'on peut expliquer plusieurs des phénomènes de la vie vé- gétale , sur lesquels nous reviendrons plus en détail en traitant des fonctions nutritives. Le tissu cellulaire existe dans tous les végétaux sans exception. Quelques-uns même en sont uniquement composés : tels sont les champignons , les algues , les lichens , etc. DU TISSU VASCULAIRE. Le tissu vasculaire ou tuhidaire est la seconde modi- Yaisseai.x. fication du tissu élémentaire. Les vaisseaux sont tantôtdes lames de tissu élémentaire roulées sur elles-mêmes , de manière à former des canaux, tantôtdes cellules plus ou moins alongées , placées bout à bout , et dont les diaphragmes ont souvent disparu. Les parois des vaisseaux sont quelquefois assez épaisses , peu transparentes , et percées d'un g-rand nombre d'ouver- tures aa moyen desquelles ils communiquent avec les parties au milieu desquelles ils sont plongés. Ces vais- seaux ne sont point continus depuis la base jusqu'au i6 ANATOMIE VÉGÉTALE. Vaisseaux en chapelet. t Vaisseaux ponctues. Fausses lia- che'es . sommet de la plante, mais ils s'anastomosent fréquem- ment entre eux , et Unissent quelquefois par se changer en tissu cellulaire. On connaît sept espèces principales de vaisseaux, savoir : 1° Les vaisseaux en chapelet ou moniliformes •, 2° les vaisseaux poreux ; 5° les vaisseaux fendus ou fausses tra- chées •, 4° les trachées 5 5" les vaisseaux mixtes -, 6° les vaisseaux propres •, 7° les tubes ou vaisseaux simples. 1° P aisseaux en chapelet ( fig. 5). Ce sont des tubes poreux ou jionctués, res- serrés de distance en distance , et coupés de diaphragmes percés de trous à la manière des cribles. Selon la plupart des anafbmistes, ces diaphragmes n'existent pas. On les trouve principalement au point de jonction de la racine et de la tige , de la tige e,t des bran- ches, etc. Ils sont simples ou rameux. Ces vaisseaux pourraient bien , selon nous , être considérés comme de simples cellules de tissu aréolaire , régulière- ment disposées par séries ou lignes longitudinales. ^^^- ^- 2° F aisseaux ponctués ( fig. 4 )• Ils représentent des tubes continus, offrant un grand nombre de points opaques , que d'autres ont considérés comme des pores disposés par lignes transversales. M. JMirbel les nomme vaisseaux poreux. On les trouve dans les couches ligneuses de la tige , des racines et des branches. 3". Fausses trachées (pi. 1 , fig. 4 , 5 ) , tubes coupés de fentes transversales , suivant l'opi- nion la plus généralement adoptée. Ils sont désignés par M. De Candolle sous le nom de vaisseaux annu- Fis. 5. TISSU VASCULAIRE. in / ktires^ jendus ou rayés. Ils sont très-abondans dans les rouches ligneuses des végétaux dicotylédons , et dans les faisceaux ligneux des monocot3lé- dons. Les bords de la fente sont plus épais et moins transparens. La bal- samine des jardins en présente d'une grosseur remarquable. Beaucoup d'au- teurs ont nié l'existence de ces fentes-, je puis assurer les avoir parfaitement vues et distinguées , sur des prépara- tions que M. Amici m'a fait voir pen- dant son séjour à Paris. 4°. Les trachées ( fig. 6), cfue Malpiglii et Hedwig avaient comparées à l'organe respiratoire des insectes , sont des vaisseaux formés par une lame transparente, roulée sur elle-même en spirale , et dont les bords un peu plus épais se touchent de manière à ne laisser aucun es- pace entre eux , sans cependant contracter d'adhérence ^ . Quelquefois néanmoins les spires des trachées ne se déroulent pas -, c'est à cette sorte de tube que Link a donné le nom de vaisseaux en spirale soudée. Selon MM. Link et Schrader, la lame roulée en spirale est creusée en gouttière sur son côté interne. Dans les dicotylédons , on les observe autour de la moelle^ et dans les monocotylédons, c'est ordinairement au centre des filets ligneux. L'écorce et les couches annuelles du bois n'en contiennent jamais. On en trouve quelquefois dans les racines , et il est très- facile de les dérouler encore dans les nervures des feuilles, les pétales , les filets des étamines , etc. A leurs extrémités , Fis. 6. Trachées. ' Elles ont la plus grande ressemblance avec les élastiques en fil de laiton que l'on met dans les bretelles. i'° Partie, 2 i8 awatOmie végétale. les trachées se terminent en tissu cellulaire ,selonM.Mir- bel, tandis que, d'après M. Dutrochet, elles finissent par une sorte de cône plus ou moins aigu. Hedwig considérait les vaisseaux spiraux ou tra- chées , que Grew appelait vaisseaux aériens , comme composés de deux parties , savoir : d'un tube droit et central, rempli d'air, et qu'il nommait pour cette raison vaisseau pneurnato^ihore , et d'un tube roulé en spirale sur le précédent , rempli de fluide aqueux , et auquel il donnait les noms àe, vaisseau adducteur, chylifère^ etc. M. Link pense également que la lame spirale est un vé- ritable tube, souvent d'un diamètre assez grand pour pouvoir être facilement aperçu au microscope j en un mot, il ad opte tout-à-fait l'opinion d'Hedwig.M. Viviani, de Gênes , se range également à cette manière d'en visager les trachées , dans le Traité d^anatomie et physiologie végétales qu'il vient de publier cette année i832. M. Ber- nhardi les considère comme formées d'un tube extérieur très-mince , dans lequel une petite lame argentine est roulée en spirale , de manière à en tenir les parois écar- tées. Enfin , quelques auteurs admettent que les spires Fi?. 7. des trachées sont unies entre elles par une mem- brane très-mince , qui se déchire très-facile- ment quand le fil spiral vient à se dérouler. Cette manière de voir a aussi été adoptée par Moldenhavcr. Les trachées ne sont pas toujours simples; on trouve souvent des trachées à double , ( f oy. fig. 7 ) triple , et même à un très-grand nomljre de spirales parallèles , comme on l'ob- serve dans beaucoup de plantes monocotylé- dones , et le bananier en particulier. Vaisseaux ^"* ^cs vaisseaux mixtes, découverts par M. Mirbel , participent à la fois de la nature de tous les autres , c'est- IIlUlCS TISSU VASCULAIRE. IÇ) à-dire qu'ils sont alternativement poreux , fendus ou roulés en spirale dans dift'érens points de leur étendue. Cependant M. Amici, qui a fait un fjrand nombre d'ob- servations microscopiques surl'anatomie végétale, pense que jamais les fausses trachées ne deviennent des tra- chées. D'ailleurs , ainsi qu'il le fait remarquer , ces deux sortes de vaisseaux occupent une place tout-à- fait différente dans l'intérieur du végétal. iS". Les vaisseaux jjropres , que l'on désigne encore Vaisscun sous le nom de réservoirs des sucs propres , sont des tu- ^'■'^P'e^- bes courts , non poreux , contenant un suc propre , par- ticulier à chaque végétal. Ainsi , dans les conifères , ils contiennent de la résine; dans les euphorbes, un suc blanc et laiteux , etc. On les trouve dans les écorces , la moelle , les feuilles et les fleurs. Ils sont tantôt solitaires, tantôt réunis en faisceaux. M. jMirbel, et après lui M. ïréviranus, divisent les vais- simples ou seaux du suc propre en simples et en composés. Les pre- <=°"'P''^«^' miers sont des rangées simples de cellules montant le long du tissu cellulaire -, les seconds sont des faisceaux de Taisseaux propres simples , qui , par leur réunion , laissent entre eux un espace vide , dans lequel ils dé- posent leur suc propre. Cette opinion sur la structure des vaisseaux propres simples diffère beaucoup de celle de MM. Mirbel et Schultz, qui les considèrent comme de véritables tubes, et non des rangées de cellules superpo- sées. J'ai vu également dans quelques plantes à suc pro- pre , comme dans les figuiers , par exemple , que ce suc était contenu dans de véritables canaux simples et cy- lindriques , sans apparence d'aucune espèce de dia- phragme. 7°. Les /«<;6es s/;np/es sont des vaisseaux d'un volume Tubes simples. variable , souvent ramifiés et anastomosés entre eux , Filjies. 20 ATfATOMIE VÉGÉTALE. servant au mouvement circulatoire de la s^ve , et dont les parois minces , ou plus ou moins opaques , ne pré- sentent aucun pore visible. Ces différentes espèces de vaisseaux , auxquelles on pourrait ajouter un grand nombre d'autres modifica- tions , se réunissent souvent plusieurs entre elles , et constituent des faisceaux alongés, soudés ensemble par du tissu cellulaire-, elles forment alors les fbres proprement dites. Ce sont ces fibres ou faisceaux de tubes qui con- stituent la trame et en quelque sorte le squelette de la plupart des organes foliacés des végétaux. Parencbyme. On appelle , au coutrairc , parenchyme , la partie ordinairement molle , composée essentiellement de tissu cellulaire , que l'on observe dans les fruits , dans les feuilles, etc. Cette expression s'emploie par opposition au mot fhre. Toute partie qui n'est point fibreuse est composée de parenchyme. C'est en s'unissant de diverses manières que les tissus parenchymateux et fibreux constituent les differens or- ganes végétaux. Dans tous, en effet , nous ne trouvons par l'analyse que ces deux modifications essentielles du tissu fondamental. ^. . . , Suivant la nature des fluides qu'ils contiennent , Distinction des ^ _ , . . r -i i-aisseauxeniym- ]jgjj^^PQ^,p ([q physiologistcs avaicut divisc Ics vaisscaux pi.atKiue. et .c- ^^ ^^jg^^^^^ lymphatiqucs ou séveux , vaisseaux du suc propre, et vaisseaux aériens. Mais les differens auteurs d'anatomie et de physiologie végétales sont loin d'être d'accord sur la classe à laquelle on doit rapporter les di- verses espèces de vaisseaux que nous avons fait connaître. Ainsi, par exemple, Malpighi, Grew, Hedwig et plusieurs autresbotanistes anciens considéraient les trachées comme des vaisseaux destinés à ne contenir que de l'air. Link a soutenu la même opinion , qu'il a étendue aux vais- seaux poreux et aux fausses trachées. D'après les obser- va riens TISSU VASGULAIRE. 21 varions du professeur Mirbel , l'existence des vaisseaux aériens avait été révoquée en doute , et même niée abso- lument. Ainsi il considérait tous les tubes des végétaux comme uniquement destinés à la circulation de la sève. Cette opinion vient d'être cond^attue par le professeur Amici. Cet habile observateur dit positivement qu'il s'est assuré par l'observation, que les trachées, les fausses trachées, les vaisseaux poreux, et en général tous les organes tubuleux ou cellulaires des végétaux qui offrent des trous ou fentes visibles , ne contiennent jamais que de l'air. Quand le diamètre de ces tubes est assez gi-and , on peut facilement vérifier cette observation en coupant ces tubes en travers, on les trouve constamment vides; si l'on fait cette section sous l'eau , on voit que chacun d'eux présente à son orifice une petite bulle d'air. Maintenant un très -grand nombre de physiolc^istes Vaisseaux partagent cette opinion, et les tubes dont les parois offrent des pores ou des fentes, ne sont plus consi- dérés généralement que comme des organes propres à la transmission des fluides aériformes. Nous reviendrons au reste plus en détail sur cette importante question, quand nous traiterons de la nutrition. Les ouvertm-es ou pores dont sont percés les vais- , Orgamsatjoa ■T L tics pores. seaux poreux sont très-fréquemment organisés comme les pores de l'épiderme , c'est-à-dire qu'ils offrent à leur contour une sorte de bourrelet circulaire ou de rebord. Cette observation, due à M. Mirbel, a été confirmée par M. Amici. Ce dernier tire de cette ressemblance une in- duction de plus en faveur de son opinion sur la nature du fluide contenu dans ces vaisseaux. En effet, ainsi que nous le verrons plus tard, les grands pores de l'épiderme ne livrent jamais passage qu'à des fluides aériformes. L'air contenu dans les vaisseaux poreux ne commu- nique pas avec l'air extérieur. M. Amici pense qu'il ei>t ANATOWIE VEGETALE. produit dans l'intérieur même du tissu véjjétal , mais sa nature n'est pas encore parfaitement connue. 1 oactions des Daus Ics végétaux ligneux , où les vaisseaux aériens laaer ^^^"^~ finissent par disparaître, les rayons médullaires en tien- . nent lieu et remplissent les mêmes fonctions. Ils sont , en effet, composés de petits tubes placés horizontalement, ou de cellules poreuses alongées en travers , qui , suivant le professeur de Modène, servent à établir la communi-" cation des parties intérieures du végétal avec l'extérieur. Ces tubes ou cellules ne contiennent jamais que de l'air. Modesdecom- D'après cc que uous avous dit précédemment, on Toit muaicatiou des ■'■•'• . . cellules. qu'il cxiste deux moyens principaux de communication entre les diverses parties du tissu végétal. Dans les cel- lules ou les tubes aériens , la communication a lieu par le moyen de pores intermoléculaires ou de fentes extrê- mement petites, mais dont on peut constater l'existence et reconnaître l'organisation par le secours du micro- scope. Ces pores manquent absolument dans le tissu cellu- laire proprement dit, et dans les vaisseaux que nous avons désignés sous le nom de tubes simples. Dans cette partie du tissu des végétaux, la communication a lieu , soit par une sorte d'imbibition, soit par les espaces intermolécii- laires des lames du tissu cellulaire. Prétendu sys- QuoiquG les pores que l'on observe sur les parois des deTvegdraux.'"^ ccUules alougécs dcs vaisseaux moniliformes et des vais- seaux poreux aient été vus et décrits avec une exactitude minutieuse par un grand nombre d'autem's modernes , et spécialement par MM. Mirbel et Amici , néanmoins M. Dutrochet, dans son mémoire sur l'anatomie de la sensitive, vient tout récemment d'en nier l'existence. C'est sur cette assertion qu'il a fondé un système que nous exposerons ici en peu de mots. Cet observateur pré- tend que les organes décrits par M. Mirbel comme des pores entourés d'un bourrelet saillant, ne sont rien autre TISSU VASCULAIRE. 23 chose que de peliles cellules (globuleuses placées dans l'c'paisseur des parois des aréoles du tissu cellulaire ou des vaisseaux , et remplies d'uue iiiaLière verte transpa- rente. Ces cellules, dit l'auteur , en leur qualité de corps spliériques transparens , rassemblant les rayons lumi- neux dans un foyer central , doivent paraître opaques dans leur pourtour et transparens à leur centre •, ce qui les aura fait croire perforés. Il n'y a donc pas de pores. Mais il nous semble évident que M. Dutrochet s'est en- tièrement mépris. Les corpuscules qu'il a examinés , et qu'il a cru être les pores décrits par M. Mirbel , sont des organes tout-à-fait diftérens de ces derniers : il n'est donc pas étonnant qu'il ne les ait pas vus perforés. Ce sont ces grains de substance amylacée ou ces petits corps glanduleux verdàtres , disséminés en abondance dans toutes les parties du tissu végétal et auxquels. M. Turpin a récemment donné le nom de ylohuline. La dénégation de M. Dutrochet tombe donc tout-à-fait d'elle-même , puisque ses observations ont rapport à un organe tout-à-fait différent. Croyant que les pores du tissu cellulaire étaient des cellules pleines d'une substance verdâtre , l'habile expé- rimentateur que nous combattons ici devait faire l'ap- plication de cette observation aux vaisseaux sur lesquels on avait décrit des trous ou des fentes. Aussi a-t-il pré- tendu que les vaisseaux poreux ne sont que des tubes qui offrent de ces cellules globuleuses et verdàtres dis- posées d'une manière plus ou moins symétrique, et que les fausses trachées ou vaisseaux fendus présentent ces cellules rangées par lignes transversales. L'auteur a examiné ensuite quelle est la nature de cette matière verdâtre, et c[uelssont ses usages. L'ayant essayée par les réactifs chimiques, il a reconnu cpi'elle était con- crescible par le moyen de l'acide nitrique , et qu'ensuite 24 ANATOMIE VÉGÉTALE. les alcalis la ramenaient à son état primitif. Or, c'est ab- solument de cette manière que la substance cérébrale des animaux se comporte avec les mêmes réactifs. 11 arrive donc à cette conséquence , que cette matière ver- dâtre est un véritable système nerveux , ou plutôt en sont les élémens épars -, il les nomme coi'pi( seules ner- veux. Cette considération , dit-il , appuyée sur l'ana- logie de la nature chimique des corpuscules globuleux , est encore fortifiée par l'observation de la structure in- time du système nerveux de certains animaux. Ainsi , dans les mollusques gastéropodes , la substance médul- laire du cerveau est composée de cellules globuleuses ag- glomérées, sur les parois desquelles il existe une grande quantité de corpuscules globuleux ou ovoïdes , qui ne sont que de très-petites cellules remplies de substance médullaire nerveuse. La similitude de cette organisa- tion avec celle que nous venons d'indiquer dans les vé- gétaux est parfaite , selon M. Dutrocbet, et force à con- venir que les végétaux sont pourvus d'un système ner- veux. Nous nous sommes contenté d'exposer ici les opi- nions émises récemment par ce célèbre physiologiste : nous les examinerons plus en détail en parlant de la motilité des végétaux , après avoir étudié les fonctions des feuilles. , matïla de!va°is- ^^ ^ bcaucoup discuté sur la nature et principale- seaux. ment sur l'origine des vaisseaux des végétaux. Quand on examine une plante à son état naissant , elle n'est en- core composée que de tissu cellulaire ; plus tard , au contraire, on y trouve des vaisseaux. On a du naturel- lement se demander comment ces nouveaux organes s'étaient formés au milieu du tissu cellulaire, où on les Ils soni creuses obscrve alors et où ils n'existaient pas avant. Cette ques- jijr la icve. _ ■'••'• tien de la plus haute importance a été souvent agitée , TISSU VASGULAIRE. 20 sans qu'on ait pu jusqu'à ce jour la résoudre directement par l'observation. Ainsi, les uns ont dit que c'était la sève qui , en s'élevant des racines vers les parties supé- rieures du végétal , se frayait des conduits à travers le tissu cellulaire , et qu'ainsi les vaisseaux n'étaient for- més en quelque sorte que par une cause mécanique. Mais en admettant que cette hypothèse fût vraie , ce que nous sommes loin de croire , elle n'expliquerait pas cette diversité de forme et de structm'e qui existe dans les diverses sortes de vaisseaux et spécialement celles des trachées. D'autres ont avancé que les tubes n'étaient qu'une mo- ^^^ïj^j.^^,1^_^";;^ dification du tissu cellulaire , et nous nous étions nous- thsu cellulaire. même rangé à cette opinion sans pouvoir l'admettre autrement que par le raisonnement. On disait que les organes tubuleux des plantes ne sont que des lames de tissu cellulaire diversement enroulées sur elles-mêmes. Le second mémoire que M. Mirbel vient de lire (5 dé- ^^^\j;^^^ cembre 1 83 2 et 7 janvier i833) , à l'académie des Scien- n^e.a des d- ces , nous paraît propre à jeter un jour tout nouveau sur cet important problème. Partant toujours de ce prin- cipe , qui entre ses mains a déjà été si fécond en résul- tats nouveaux , que pour bien connaître un organe , il faut le suivre dans toutes les phases de son développe- ment, M. Mirbel, en étudiant la structure des organes reproducteurs du mai'chantia poli/tnoiyJia , est arrivé à l'un de ces grands résultats qui marquent une époque nouvelle dans une science. La face inférieure de cette expansion foliacée en forme de chapeau découpé, où sont placés les organes reproducteurs femelles, présente à l'é- poque de sa maturité des lames contournées en hélices ou tire-bouchon , qui servent à lancer comme autant de ressorts les propagules dont leurs parois sont recouvertes. Ces organes ont été nommés elalères , et il est impossible 26 ANATOMIE VÉGÉTALE. de n'y pas reconnaître la même structure que dans les vaisseaux trachées-, cette analogie a été admise par plusieurs phytotomistes. Or , en examinant les organes au moment où on commence à les apercevoir , le cé- lèbre physiologiste dont nous analysons le travail, a re- connu qu'ils consistaient d'abord chacun en une simple utricule. Ce fait est tellement important que nous lais- serons ]\I. Mirbel parler lui-même : « Quand le pistil eut atteint le degré de développe- ment que j'ai indiqué précédemment , les utricules inté- rieures se détachèrent les unes des autres , tandis que celles de la superficie restèrent étroitement unies , et constituèrent un sac balonné bien clos , dans lequel les utricules intérieures se trouvèrent emprisonnées. Celles- ci n'eurent pas toutes le même sort ;, il y en eut qui §e développèrent en longs tubes grêles , pointus aux deux bouts, et qui, si je ne me trompe , adhéraient par l'un de ces bouts à la face interne du sac, et d'autres en beau- coup plus grand nombre , qui, de polyèdres qu'elles étaient d'abord, passèrent à la forme sphérique en arron- dissant insensiblement leurs angles. Sur chaque utricule alongée en tube était faiblement collée une double série de ces utricules arrondies : les unes et les autres étaient encore remplies de sphérioles vertes. » En avançant en âge , les utricules composant le sac et les utricules alonges en tubes éprouvèrent des mo- difications sur lesquelles je dois attirer toute l'attention des physiologistes. Trois ou quatre anneaux placés pa- rallèlement l'un au-dessous de l'autre, parurent en léger relief sur chaque utricule du sac. Ils faisaient corps avec là membrane utriculaire , et toutefois ils s'en distin- guaient par leur opacité. Sans la présence de cette mem- brane , je les am'ais confondus avec les tubes à jour aux- quels on a donné le nom de vaisseaux annulaires. TISSU vasculAlIre. 27 » Les utricules alongées en tubes ne différaient d'a- bord des autres utricules que par la forme; elles avaient donc une paroi membraneuse , mince , unie , diaphane , entière, incolore; mais elles ne tardèrent pas à s'épais- sir , à perdre leur transparence , et elles se marquèrent tour à tour dans toute leur longueur, de deux stries pa- rallèles très-rapprochées et tracées en hélice. Puis elles grandirent , et leurs stries devinrent des fentes qui dé- coupèrent d'un bout à l'autre la paroi de chacune en deux filets , et les circonvolutions des filets s'écartèrent , imitant les circonvolutions du tire-bourre. Enfin, les deux filets se colorèrent en javme de rouille et la méta- morphose fut si complète, que si je n'avais pas suivi les modifications pas à pas , je me garderais bien de dire aujourd'hui que ces deux filets furent primitivement une simple utricule ; mais le fait est constant , et j'ai la conviction que quiconque recommencerait la série de mes observations avec la forte volonté de ne rien laisser échapper de ce qu'il est possible de voir , an-iverait au même résultat que moi. » Chaque paire de filets roulée en hélice est désignée sous le nom d'élatère par les botanistes. L'identité orga- nique est notoire entre les élatères du marchaiitm poly- morpha , et les tubes' découpés en hélice que Grew a nommés aervessels et Malpighi trachées. » Plus loin l'auteur arrive à un résultat tout-à-fait sem- blable , en examinant la structure progressive de cette lame intérieure de tissu cellulaire qui revêt la face in- terne des anthères dans les végétaux phanérogames. A l'époque où les loges de l'anthère s'ouvrent pour lais- ser échapper le pollen , les utricules de cette lame cel- luleuse se présentent sous des formes très-variées , mais plus souvent découpées en lanières étroites et enroulées en hélice; 28 ANATOMIE VÉGÉTALE. « A l'origine des utricules (j'entends à l'âge le plus jeune où il me fut possible de les observer) je trouvai qu'elles étaient membraneuses et closes. Cet état de choses dura presque jusqu'au moment de la déhiscence de l'an- thère et de la maturité du pollen. Ce fut alors seule- ment qu'un changement extraordinaire se manifesta dans une ou plusieurs couches d'utricules placées im- médiatement au-dessous de la lame utriculaire superfi- cielle. Ses utricules s'agrandirent dans tous les sens , et leurs parois se divisèrent en lanières ou en filets, dont la position rappelait très -bien la forme primitive des utricules. La métamorphose ne se faisait pas par transi- tions appréciables y elle était si brusque , que je ne pus jamais surprendre la nature à l'œuvre. Quoi qu'il en soit, j'obtins la preuve la plus positive que les utricules à claire-voie étaient de simples transformations des utri- cules closes , et non des formations nouvelles. « Ainsi dans les anthères , les utricules percées de trous comme les tubes poreux , fendues comme les faus- ses trachées, partagées en anneaux comme les tubes annulaires, découpées en hélice comme les trachées , ont été originairement des utricules membraneuses et closes,#t ne sont après leur métamorphose , que les ana- logues des tubes poreux , des fausses trachées , des tubes annulaires ou des trachées , -lors même qu'elles ne s'a- longent pas. En effet , la forme tubuleuse n'est qu'un caractère accidentel , n'avons-nous pas vu dans le mar- chantia les utricules s'alonger en tubes pour former des racines ou des élatères , et les élatères devenir de tout point semblables aux trachées? » D'après ces belles observations, il est impossible de révoquer en doute la transformation d'utricules d'abord parfaitement closes en utricules et en tubes plus ou moins alongées , percées de fentes ou découpées en la- GLANDES. . 29 nières étroites , enroulées en manière de tire -bourre. Ce n'est pas forcer la conséquence, que de dire que Irès-probaulenient les vaisseaux ou tubes qu'on trouve dans les plantes ont eu pour point de départ , pour origine commune , une utricule. Cette utricule , ainsi que nous l'avons vu pour celles qui donnent naissance aux élatères du marchantia , ne diffère en rien de toutes les autres au milieu desquelles elle se trouve pla- cées, et cependant quel cliangement n'éprouve-t-ellepas. Nous devons donc admettre que toutes les utricules ne jouissent pas absolument des mêmes propriétés -, il en est quelques-unes qui , sans qu'on puisse le reconnaître par aucun caractère extérieur , ont la faculté de pouvoir se modifier sous l'influence de certaines causes , et même de changer entièrement de nature. Ainsi, la cellule qui jouit de la propriété de pouvoir devenir un tube fendu ou une trachée , n'offre rien à l'extérieur qui la distin- gue des autres. Cette utricule, une fois qu'elle a éprouvé les modifications nouvelles dont elle est susceptible , s'accroît avec ses nouveaux caractères , comme toutes les autres parties de la plante , par suite de l'assimila- tion des matériaux que lui fournit la nutrition. Pour terminer tout ce qui a rapport à l'examen de l'anatomie des différentes parties constituantes et élé- mentaires de l'organisation végétale , nous devons nous occuper des glandes et des poils considérés dans leur structure anatomique. Quant à l'épiderme qui revêt tou- tes les parties du végétal, nous exposerons plus loin sa structure , quand nous parlerons de l'organisation des tiges , et de celle des feuilles. Les Glandes sont des organes particuliers qu'on ob- GLiuJes. serve sur presque toutes les parties des plantes , et qui sont destinés à séparer de la masse générale des humeurs un fluide quelconque. Par leurs usages et leur stnicture, 50 ANATOMIE VÉGÉTALE. elles ont la plus gi'ande analogie avec celles des animaux. Elles paraissent formées , ainsi qu'il résulte des recher- ches de M. Mirbel , soit uniquement de tissu cellulaire , soit de tissu cellulaire très-fin , dans lequel se ramifient un grand nombre de vaisseaux. Dans le premier cas , elles sont destinées à sécréter un liquide excrémentitiel, qui suinte à l'extérieur et recouvre leur surface ; dans le second , le fluide qu'elles sécrètent est reporté dans le tissu général, où il paraît servir à la nutrition. Leur forme et leur structure particulière sont trèsi-va- riées, et les ont fait distinguer en plusieurs espèces. Mais on a également donné ce nom à des corps ou organes fort différens , et qui ne sont pas destinés à sécréter des humeurs. Ainsi, par exemple, Guettard , à qui on doit un travail étendu sur ce sujet , nommait glandes tniliaires les stomates ou pores de l'épiderme. 1» vësicuiaire. i"' Ou nommc {jlandes vésiculaires de petits réservoirs remplis d'huile essentielle, logés dans l'enveloppe her- bacée des végétaux. Elles sont très-apparentes dans les feuilles du myrle et de Y oranger , et se présentent sous l'aspect de petits points transparens lorsqu'on place ces feuilles entre l'œil et la lumière. Ces prétendues glandes ne sont peut-être que des réservoirs où s'amasse le suc propre. 2' gioLuiaircs. 2°. Glaudcs ///rt7Ve^. Elles forment des espèces de POILS. 3l mamelons ou de papilles, qu'on a comparées à celles de la langue. On les trouve dans plusieurs Labiées , par exemple dans la sarielte (satureia liortensis). Enfin il y en a de lenticulaires , de scssiles , d'autres qui sont portées sur des poils. La tribu des drupacées dans la famille des Rosacées , la famille des Passiflores et beaucoup de Légumineuses, de Malvacées , offrent sur leur pétiole ou le limbe de leurs feuilles, des glandes d'une forme très-variée , et qui souvent fournissent de bons caractères pour distinguer les espèces. Les Poils sont des organes filamenteux , plus ou moins Puiis. déliés , servant à l'absorption et à l'exbalation dans les végétaux. Il est peu déplantes qui en soient dépour- vues. On les observe principalement sur celles qui vivent dans les lieux secs et arides. Dans ce cas , ils ont été re- gardés par quelques botanistes comme servant à multi- plier et à augmenter l'étendue de la surface absorbante des végétaux. Aussi n'en voit-on pas dans les plantes très-succulentes , comme les plantes grasses , ou celles qui vivent habituellement dans l'eau. Les poils paraissent être , dans beaucoup de cas , les Lem- nitme. canaux excréteurs des glandes végétales. En effet , ils sont fréquemment implantés sur une glande papillaire. Ne sait-on pas que les poils des orties ne déterminent cette sensation brûlante et la formation d'ampoules sur la peau que parce qu'en s'y enfonçant , ils y versent q*i même temps un fluide irritant , sécrété par les glandes sur lesquelles ils sont implantés. Quand , par la dessicca- tion , ce fluide s'est évaporé , les poils des orties ne pro- duisent plus le même effet ? On distingue les poils en glandulifères , excréteurs , et en lymphatiques. Les premiers sont ou appliqués im- médiatement sur une glande , ou surmontés par un petit corps glandulaire particulier, comme dans la fraxinelle 3 2 AWATOMIE VÉGÉTALE. (dÎGtamnus albiisj; les seconds sont places sur des [iflandes dont ils paraissent être les canaux excréteurs , .destinés à verser au dehors les fluides sécrétés ; enfin , les troisièmes ne sont qu'un simple prolongement de l'épiderme. Leurs formes. ludijorme dcs poils offre un grand nombre de variétés. Ainsi il y en a de simples , de rmneux , de suhulés , de capités. D'autres sont creux et coupés de distance en distance par des diaphragmes horizontaux. Dans lesMal- pighiacées ils ont la forme et la position horizontale d'une navette. Ils sont quelquefois solîtaîres , ou bien rassemblés en faisceaux , en étoiles , etc. Leuisiructure. La structurc anatomiquc des poils est généralement . très-simple. Quelquefois ils sont composés d'une seule cellule plus ou moins alongée •, d'autrefois ce sont plu- sieurs cellules placées bout à bout , de telle sorte que le poil sem^)le être un tube cloisonné intérieurement. Enfin, dans certains cas , le poil est formé d'un nombre plus ou moins considérable de cellules diversement groupées. Quant à leur disposition sur une partie ( disposition que l'on désigne sous le nom de jyubescence) , nous en parlerons en traitant , sous ce rapport,' des modifications de la tige. Expose suc- JYous venons de considérer la structure anatomique cinct desorgaoes , ,, ,, ,,,,. •,, des végétaux. *es vcgetaux , de pénétrer dans linterieur de leur tissu, de séparer et d'analyser les rudimens ou parties élémen- taires de leur organisation ; étudions maintenant le vé- gétal considéré dans son ensemble : voyons quels sont les organes ou parties qui le composent dans son état par- fait de développement. Organes de h ^lu végétal , daus sou demicr degré de développe- nuintion. ment et de perfection , offre à considérer les organes sui- vans : ÉNUMÉRATION DES ORGANES* ' 55 i" La 7-acine , ou cette partie qui , le terminant infé- rieurement , s'enfonce ordinairement clans la terre , où elle fixe le végétal -, flotte dans l'eau , quand celui-ci nage à la surface de ce liquide. 2° La tige qui , croissant en sens inverse de la racine , se dirige toujours vers le ciel, du moins au moment où elle commence à se développer, se couvre de feuilles, de fleurs et de fruits , et se divise en branches et rameaux. 3" Lq% feuilles, ou ces espèces d'appendices membra- neux , insérés sur la tige et ses divisions, ou bien partant immédiatement du collet de la racine. 4° Les fie ur s , c'est-à-dire des parties très-complexes, Organes delà 1 • 1 1 reproduction. renfermant les organes de la reproduction dans deux en- veloppes particulières , destinées à les contenir et à les protéger : ces organes de la reproduction sont le pistil et les étamines. Les enveloppes florales sont la corolle et le calice. 5" Le pistil, ou organe sexuel femelle , simple ou mul- tiple , occupant presque toujours le centre de la fleur, se compose d'une partie inférieure creuse , nommée ovaire, propre à contenir les rudimens des graines , ou les ovules; d'une partie glanduleuse , située ordinairement au som- met de l'ovaire , destinée à recevoir l'impression de l'or- gane mâle , et que l'on appelle stigmate -, quelquefois d'un style, sorte de prolongement filiforme du sommet de l'ovaire , qui supporte alors le stigmate. 6° Les e'taynines , ou organes sexuels mâles , compo- sées essentiellement d'une anthère, espèce de petite poche membraneuse, le plus souvent à deux loges, renfermant dans son intérieur la substance propre à déterminer la fécondation ou le pollen. Le plus ordinairement l'an- thère est portée sur vin Jilet ^\ns ou moins long-, dans ce cas Vétamine se trouve formée d'une anthère ou partie es- sentielle , à^nn filet ou partie accessoire. l" Partie. 3 54 ENUMÉRATIO.N DES ORGANES. f La corolle, ou l'enveloppe la plus intérieure de la fl eur , souvent peinte des plus riches couleurs, quelque- ibis formée d'une seule pièce et dite alors corolle mono- pétale ; d'autres fois polypétale , c'est-à-dire composée d'un nombre plus ou moins considéral)le de pièces dis- tinctes , qui portent chacune le nom de pétale. 8*^ Le calice , ou enveloppe la plus extérieure de la fleur , de nature foliacée , ordinairement vert , composé d'une seule pièce , et dans ce cas nommé monosépale 5 ou formé de plusieurs pièces distinctes , qui sont nom- mées *4^ a /é-* ; il est appelé alors poli/sépale. 9*^ Le fruits c'est-à-dire V ovaire développé et renfer- mant les gi'aines fécondées, est formé par le péricarpe et Jes graines. 10^ Le péricarpe, de forme, de consistance très-variées, estl'ovaire développé et accru, dans lequel étaient conte- nus les ovules, qui sont devenus les jjraines. Il se com- pose de trois parties, savoir : Vépicarpe, ou membrane extérieure qui définit la forme du fruit-, Vetidocarpe, ou membrane qui revêt sa cavité intérieure simple ou multiple j enfin une partie parenchymateuse située et contenue entre ces deux membranes , et qu'on nomme iorcocarpe. Le sarcocarpe est surtout très-développé dans les fruits charnus. 11" Les graines conteimes dans an péricarpe y sont attachées au moyen d'un support particulier, formé des vaisseaux qui leur apportent la nourriture ; ce support est le trophosperme , ou placenta. Le point de la surface de la graine où s'atlaolie le trophosperme se nomme hile ou ombilic. Quelquefois le trophosperme , au lieu de cesser au pourtour du hile, se prolonge plus ou moins sur la graine, au point de la recouvrir même euUèï§»î,en,t» C'est ÉNUMÉRATION DES ORGANES. 55 à ce prolongement particulier qu'on a donné le nom à^ariUe. La graine se compose essentiellement de deux parties à\s\.mQ\.es,Vépispernie tXV amande. 12*^ Vepisperme est la membrane ouïe tégument pro- pre de la graine. 10^ L'ff/na/irfe est le corps contenu dans Vepisperme. i4*^ Va mande est composée essentiellement de Vem- bryon, c'esL-c\-dire de cette partie qui, mise dans des circonstances convenables , tend à se développer et à produire un végétal parfaitement semblable à celui qui lui a donné naissance. i5" Outre V embryon, Y amande contient encore quel- quefois un corps particulier de nature et de consistance variées , sur lequel est appliqué V embryon, ou dans l'inté- rieur duquel il est entièrement caché -, ce corps a reçu les noms ^e7idosperme, de jje'risperme et (Valbumen. Ve?nbryon est la partie essentielle du végétal*, c'est pour concourir à sa formation et à son perfectionnement que tous les autres organes des végétaux paraissent avoir été créés. Il est formé de trois parties : l'une inférieure ou corps radiculaire; c'est celle qui , dans la germina- tion, donne naissance à la racine ; l'autre , supérieure , est la gemmule} c'est celle qui , en se développant , pro- duit la tige , les feuilles et les autres parties qui doivent végéter à l'extérieur ', enfin une partie intermédiaire et latérale, qui est le corps cotylédonaire , simple ou divisé en deux parties, nommées cotylédons. De là , la division des végétaux pourvus d'embryon en deux gTaudes classes : les Monocotylédons , ou ceux dont V embryon n'a qu'un seul cotylédon; et les Dicotylédons , ou ceux dont V em- bryon présente deux cotylédons. Telle est l'organisation la plus générale et la plus com- plète des végétaux. Mais ou ne doit pas s'attendre k 3. 56 É1NUMÉRA.TI0N DES ORGANES. trouver toujours réunies sur la même plante les diffe'- rentes parties que nous venons d'énumérer rapidement ; plusieurs d'entre elles manquent tr(S-souvent sur le même végétal. C'est ainsi , par exemple , que la tige est quelquefois si peu développée , qu'elle paraît ne point exister, comme dans \e plantain , \^ primevère ; que les feuilles n'existent pas du tout dans la cuscute; qu'on ne trouve pas de corolle dans tous les Monocotylédons , c'est-à-dire qu'il n'existe alors qu'ui>e seule enveloppe autour des organes sexuels -, que cette seule enveloppe disparaît quelquefois , comme dans le saule , etc. ; que souvent encore la fleur ne renferme que l'un des deux organes sexuels , comme dans le coudrier , où les éta- mines et les pistils sont contenus dans des fleurs distinc- tes ; ou enfin que les deux organes sexuels disparaissent quelquefois entièrement, et la fleur alors est dite neutre, comme dans la boule-de-neige (viburnu?n opulus), Yhor- tensia, etc. Cependant , dans les difierens cas que nous venons de citer , cette absence de certains organes n'est qu'acciden- telle , et n'influe pas d'une manière marquée sur le reste de l'organisation ; en sorte que ceux de ces végétaux dans lesquels ces organes manquent ne s'éloignent point sensililement , ni dans leurs caractères extérieurs, ni dans leur mode de végétation et de reproduction , de ceux qui les possèdent tous. Mais il est d'autres végétaux qui , par la privation constante des organes sexuels , par leurs formes ex- térieures, la manière dont ils végètent et se repro- duisent , s'éloignent tellement dos autres plantes con- nues , que de tout temps ils en ont été séparés pour for- mer une classe à part. C'est à ces végétaux que Linuée a donné le nom de cryptogames , c'est-à-dire de plantes à organes sexuels cachés ou intvisibles, pour le§ distinguer ÉPfUMÉRATION DES ORGANES. 5/ des autres végétaux connus , dont les organes sexuels sont apparens , et qui avaient reçu pour cette raison le nom de phanérogames. Les cryptogatnes sont fort nombreuses •, elles consti- tuent environ la septième ou huitième partie des cin- quante à soixante mille végétaux connus aujourd'hui. Comme elles sont dépourvues de graines , et par con- séquent d'embryon et de cotylédons, on les appelle aussi Inemhryonées Ou yicoUjUdoncs. On arrive donc ainsi à trouver dans les végétaux trois grandes divisions fonda- mentales , tirées de l'embryon , savoir : i" Les Inemhryonés ou Acotylédons , c'est-à-dire les plantes dans lesquelles on n'observe ni fleurs proprement dites , ni par conséquent d'embryon et de cotylédons ; telles sont les Fougères, les Moussas , les Hépatiques , les Lichens , les Champlgiioits , etc. Les Emhryonés ou /^A a «Ê^ro^yawe^, plantes pourvues de fleurs bien évidentes , de graines et d'embryon. On les distingue en : 2° Monocotylédoncs , ou celles dont le corps cot}— lédonaire est d'une seule pièce , et développe une seule feuille par la germination ; tels sont les Graminées , les Palmiers , les Liliacées , etc. ; 3° Et en Dicotylédones, ou celles dont l'embryon offrant deux cotylédons développe deux feuilles séminales parla germination •, par exemple : les chênes , les ormes , les Labiées , les Crucifères , etc. Le nombre des végétaux dicolylédons est plus considérable que celui des acotylé- dons et des monocotylédons réunis. Telles sont les grandes divisions fondamentales éta- blies dans le règne végétal. Nous avons cru devoir les exposer ici en abrégé , et en donner une idée succincte , parce que , dans le cours de cet ouvrage , nous serons fréquemment obligé d'employer les noms CCacotylédons , 58 É.VDmÉRATION des ORGA^■ES^ de vionocotylêdons , et de dicotyJèdons , qui , s'ils n'eus- sent point été définis d'abord , eussent nécessairement arrêté l'ordre naturel des idées. C'est ici que nous sommes forcé de convenir que la marche des sciences naturelles n'est point aussi rigoureuse que celle des sciences physi- ques et mathématiques. On ne peut pas toujours, dans l'exposition des faits et des notions fondamentales qui appartiennent à l'histoire naturelle, procéder strictemenl du connu à l'inconnu. Il est souvent impossible d'éviter de passer par certaines idées intermédiaires, non encore définies, et de supposer dans ceux pour lesquels on écrit, des connaissances qu'heureusement ils possèdent presque toujours. Kous avons , autant cpie possible , clierché à remédier à cet inconvénient dans l'exposition de ces notions élémen- taires. Nous nous sommes eflorcé d'exposer les faits dans leur dernier degré de simplicité , afin que ceux même qui n'ont encore aucune connaissance de cette science pussent aisément suivre le développement successif dans lequel nous allons entrer au sujet des diflérens organes des végé- taux. Division -les La vic dans les végétaux se compose de l'exercice de geuuren'dJu*ï tlcux grandes fonctions, la nutrition et la reproduction fiasses. ^^ génération. Elle est par conséquent plus simple que dans les animaux , où l'on trouve de plus les fonctions de relation , c'est-à-dire la locomotilité et la sensibilité , destinées à les mettre en rapport avec les corps ou les êtres qui les environnent. Toutes les parties, ou tous les or- ganes dont se compose le A'égétal , concourent à l'une ou à l'autre des deux fonctions qui lui sont propres. Il nous a paru convenable de les diviser en deux classes : Org=.nes de la 1° Suivaut qu'ils servent à leur nutrition, c'est-à-dire à puiser dans le sein de la terre ou de l'atmosphère les É?fUMÉR.lTIOÎV DES ORGAÎSES. O9 substances nutritives propres à leur développement : on les appelle alors organes de la nutrilion ou de la végéta- tion. Tels sont la racine, la tige, les bourgeons et les feuilles, etc. 2° Suivant qu'ils servent à la reproduction de l'espèce : q^^^^^^ ^^ i^ on les nomme organes de la reproduction ou de lafruc- génération. tification. Tels sont la fleur , ses diflërentes parties , et le fruit qui leur succède. Nous commencerons d'abord par étudier les organes de la nutrition ^ et nous ferons suivre cette étude de celle des organes de la. Jructijïcation. L'ordre le plus naturel des idées eût été sans doute de commencer par étudier les organes de la plante dans la graine qui les renferme déjà à l'état rudimentaire -, d'en suivre ensuite les progrès ultérieurs jusqu'à leur état le plus parfait de développement; mais l'organisation de la graine étant, sans contredit, un des points les plus difficiles de la Botanique , il nous a semblé qu'il fallait d'abord accoutumer en quelque sorte nos lecteurs à des idées et à des faits plus simples , afin de les faire arriver ainsi par degrés aux parties les plus compliquées de l'organisation végétale. Dcfinition. 40 ORGANES DE LÀ VÉGÉTATION. PREMIÈRE CLASSE. ORGANES DE LA NUTRITION OU DE LA VÉGÉTATION. Les organes de la nutrilion ou de la végétation sont tous ceux auxquels est confié le soin de la conservation individuelle des végétaux. Ce sont les racines, les tiges, les bourgeons , les feuilles , les stipules , et quelques-uns de ces organes dégénérés , tels que les épines , les ai- guillons , les vrilles. En effet, la racine , enfouie dans le sein de la terre , absorbe une partie des fluides nutri- tifs et réparateurs -, la tige transmet ces fluides dans tous les points de la plante , tandis que les feuilles , étendues au milieu de l'atmosphère, y remplissent les mêmes fonctions que les racines dans la terre , et servent à la fois d'organes absorbans et exhalans. On voit , par ce court exposé de leurs fonctions, que ces diff'érens organes tendent tous à une même fin -, qu'ils nourrissent le vé- gétal et concourent à sa végétation , c'est-à-dire au dé- veloppement de toutes ses parties. CHAPITRE PREMIER. On donne le nom de racine à cette partie d'un végétal qui , occupant son extrémité inférieure , et cachée le plus souvent dans la terre , se dirige et croît constam- ' Radix, lat. ; pi^y., grec. RACINE. 4l meut en sens inyerse de la tige , c'est-à-dire s'enfonce perpendiculairement dans la terre , tandis que celle-ci b'clève A'ers le ciel. Un caractère non moins remarqua - J)lede la racine est de ue jamais devenir verte ( au moins dans son tissu ) quand elle est exposée à l'action de Fair et de la lumière , tandis que toutes les autres parties des végétaux y prennent cette couleur, A l'exception de quelques trémelles et de certaines con- fîmes , qui, plongées dans l'eau ou végétant à sa surface, absorbent les matériaux de leur nutrition par les diffé- rens points de leur étendue , tous les autres végétaux sont pourvus de racines , qui servent à les fixer au sol et à y puiser une partie de leurs principes nutritifs. Les racines , avons-nous dit , sont le plus souvent Racines dans , , , , /-i. , • !• r»' i les iilintciaqua- miplantees dans la terre. L'est ce qui a lieu , en ellet , u^ues. pour le plus grand nombre des végétaux. Mais il en est d'autres qui , vivant à la surface de l'eau , présentent des racines flottantes au milieu de ce liquide , comme on l'observe dans certaines lentilles d'eau. La plupart des plantes aquatiques, comme le trèfle d'eau , le nénu- phar , V utrivulaîre ^ , offrent deux espèces de racines. Les unes , enfoncées dans la Vase , les fixent au sol ; les autres , partant ordinairement de la base des feuilles , sont libres et flottantes au milieu de l'eau. D'autres plantes végétant sur les rochers , comme les lichens; sur les murs, conmie la yiroflee commune, le grand muflier, la valériane rouge; sur le tronc ou la racine des autres arln'es , comme le lierre , certaines Or- chidées des tropiques, la plupart des mousses , V orohan- che et Vhypociste ^ y implantent leurs racines, et vérita- ' Les parties filamenteuses, que la plupart des botanistes ont prises pour des feuilles dans l'utriculaire, ne sont que des racines flottantes. aériennes. 42 ORGANES DE LA VÉGÉTATION.' bles parasites , en absorbent les matériaux nutritifs , et vivent à leurs dépens. Ricines Lg clusta vosea , arbrisseau sarmenteux de l'Amérique méridionale , le sempervivum, arhoreum , le maïs, le manglier et quelques figuiers exotiques , outre les racines qui les terminent inférieurement , en produisent d'autres de différens points de leur tige , qui , d'une hauteur sou- vent considérable, descendent et s'enfoncent dans la terre. On a donné à ces racines surnuméraires le nom de racines a érienn es ou adventives, et un fait fort remarquable qui les concerne , c'est qu'elles ne commencent à s'accroître en diamètre que quand leur extrémité a atteint le sol et y puise les matériaux de son accroissement. Tige; soute.- Nc coufoudous pas avcc les racines , comme on l'a fait raines. très -souvcut , Certaines %e,<î souterraines, qui rampent horizontalement sous terre, commedansl'm^^rerma^îîca, le sceau de Salomon , etc. Leur direction seule suffirait presque pour les distinguer , si d'autres caractères ne ve- naient point encore nous éclairer sur leur véritable na- ture ( Foi/ez dans le chapitre suivant ce que nous en di- sons en parlant de la souche ou tige souterraine.) Distinction on- La distinctiou entre la tige et la racine n'est pas aussi ricin'e.*'"' " ' facile , ni aussi précise qu'on le croit généralement. Aussi voyons-nous que, même jusqu'en ces derniers temps , la plupart des botanistes décrivent toujours sous le nom de racines, des organes qui n'en sont réellement pas, et surtout des tiges souterraines. Un examen atten- tif nous a amené à cette conclusion que l'on doit beau- coup restreindre les organes compris sous cette déno- mination générale de racines. Physiologiquement, on ne doit considérer comme de véritables racines que les der- nières ramifications du caudex descendant , celles qui dans la terre représentent , et par leur position et par leurs fonc- tions , les feuilles naissant sur les dernières ramification» RACINE. 4^ ducaudexasceudanl OU aérien. En effet, on ne saurait nier Textréme analogiequi cxisteentrele e7ict'e^« et les feuilles, le premier , dans les arbres , tombe et se régénère cha- que année comme les feuilles ; ses fonctions sont les mêmes que celles de ces dernières. Il y a plus , les rami- fications du caudex descendant qui, lorsqu'elles sont souterraines donnent naissance à du chevelu , pous- sent des feuilles quand par hasard elles viennent à être découvertes et exposées à l'aclion de l'air et de la lu- mière. C'est donc seulement la différence des milieux dans lesquels le chevelu et les feuilles se développent , qui détermine les différences qui existent entre ces deux, parties. Ainsi, selon nous , on ne doit désigner sous le nom de racines que les fibres souterraines , dont la réunion constitue le chevelu. La partie généralement appelée le corps de la racine, et qui dans les végétaux ligneux, par exemple, n'est évidemment que la prolongation infé- rieure de la tige , n'appartient pas en réalité à la racine , pas plus que les ramifications principales qu'il présente : Il fait partie de la tige. D'après cette nouvelle manière d'envisager et de préciser les racines , on conçoit que leurs modifications doivent être beaucoup moins nombreuses , cpi'on ne l'admet générale- ment. Cependant, pour nous conformer encore en partie à l'opinion admise jusqu'à ce jour, nous conserverons ici quelques dénominations qui ne nous paraissent pas ap- plicables aux vraies racines, mais à des tigessouterraines. Différentes parties dans les végétaux sont susceptibles p, de produire des racines qu'on peut sc^^eXev accidentelles x "inle'"'" «s' ^ra- coupez une branche de saule, de peuplier ; enfoncez-la dans """• la terre , et au bout de quelque temps son extrémité infé- rieure sera chargée de radicelles. Le même phénomène aura encore lieu lorsqu'on aura implanté les deux extré- mités de la branche dans la terre : l'une et l'autre s'y Parties suj- 44 ORGAKES DE LA VÉGÉTATION.' fixent , au moyen de racines qu'elles développent. Dans les Graminées, particulièrement le mais ou lié de Turquie, les nœuds inférieurs de la tige poussent quelquefois des racines qui descendent s'enfoncer dans la terre. C'est sur cette propriété qu'ont les tiges , et même les feuilles dans beaucoup de végétaux de donner naissance à de nouvelles racines, que sont fondées la théorie et la pratique du tnav- cottage et de la houture , moyens de multiplication très- employés dans l'art de la culture. On peut faciliter ce phénomène par différens moyens, qui tous ont un résultat commun , celui de mettre obsta- cle au cours de la sève descendante ou nutritive. Ainsi , la ligature et l'incision annulaire de l'écorce, sont jour- nellement mises en usage pour faciliter l'apparition desra- cines adventives, dans l'opération du marcottage. Il existe une grande analogie de structure entre les ra- cines qu'un arbre pousse dans le sein de la terre, et les ra- meaux qu'il étale au milieu de l'air. Les principales diflé- renccs que l'on observe entre ces deux organes dépendent principalement de la différence ^ des milieux dans les- quels ces organes se développent. ' On a dit que lorsqu'on icnTcrsait un jeune arbre de manière que ses branches fussent enfoncées dans la terre, et ses racines étalées dans l'air , les feuilles se changeaient en racines , et celles-ci en feuilles. Ce fait est faux , ou du moins l'explication que l'on en donne n'est pas exacte. En effet , les feuilles ne se changent pas plus en racines que les racines en feuilles. Mais lorsqu'ils sont cachés sous la terre , les bourgeons situés à l'aisselle des feuilles, au lieu de développer de jeunes rameaux ou scions foliacés , s'a- longent, sétiolent , et deviennent des fibres radicales; tandis que les bourgeons Uittiis qui existent dans les racines , et qui sont destinés à renouveler le chevelu chaque année, placés dans un autre milieu, se développent eu feuilles. On a encore un exemple bien frappant de cette tendance des bourgeons latens de la racine à se changer en rameaux foliacés , lorsqu'ils sont exposés au con- tact de l'air , dans ces rejets qui poussent autour des arbres h. racines rampantes, coumic l'acacia , le peuplier, le pommier, etc. RACINE. 45 Les racines de certains arbres poussent de distance en Exosioses. distance des espèces de cônes ou de bosses d'un bois mou et lâche, entièrement nus et saillans hors de terre , et que l'on a désigné sous le nom à'exostoses. Le cyprès chauve de l'Amérique septentrionale {taxodium disfickum.Kich.) en offre les exemples les plus remarquables. La racine , considérée dans son ensemble et d'une ma- On distingue nière générale , peut être divisée en trois parties : i'^ le le corps, k-coi- " , „ ^1 • - „ let et le chevelu. corps ou partie moyenne , de forme et de consistance variées , quelquefois plus ou moins renflé , comme dans le navet , la carotte -, 2*^ le collet ou nœud vital : c'est le point ou la ligne de démarcation qui sépare la racine de la tige , et d'où part le bourgeon de la tige annuelle , dans les racines vivaces^ 3*^ les radicelles ou le chevelu : ce sont les fibres plus ou moins déliées qui terminent or- dinairement la racine à sa partie inférieure. J(. Suivant leur durée, les racines ont été distinguées Durée, en annuelles , bisannuelles , vivaces et ligneuses. Les racines annuelles sont celles des plantes qui, dans l'espace d'une année, se développent, fructifient et meu- rent : tels sont le blé , le pied-d'alouette ( delphinium consolida ) , le coquelicot ( papaver rhœas ) , etc. Les racines bisannuelles sont celles des plantes à qui deux années sont nécessaires pour acquérir leur parfait développement. Les plantes bisannuelles ne produisent ordinairement , la première année, que des feuilles-, la seconde année elles meurent après avoir fleuri et fruc- tifié, comme la carotte, etc. On a donné le nom de racines vivaces à celles qui ap- partiennent aux plantes ligneuses et aux plantes her- bacées qui, durant un nombre indéterminé d'années, poussent des tiges qui se développent et meiu'ent tous les ans , tandis que leur racine vit pendant un grand nombre 4^ ORGANES DE LA VÉGÉTATION. d'années : telles sont celles des asperges , des asphodèles , de la luzerne, etc. Divition des Celte division des végétaux en annuels , hisannuels et jjlanfes d'après ^ _ ]a durée des ra- vivuces , sulvant la duréc de leurs racines , est sujette à varier , sous l'influence de diverses circonstances. Le climat, la température, la situation d'un pays, la cul- ture même , modifient singulièrement la durée des vé- gétaux. Il n'est pas rare de voir des plantes annuelles végéter deux ans, et même davantage, si elles sont mises dans un terrain qui leur soit convenable , et abritées contre le froid. Ainsi le réséda odorant , qui chez nous devient une plante annuelle, est une plante vivace dans les sables des déserts de l'Egypte. Au contraire, des plantes vivaces et même ligneuses de l'Afrique et de l'A- mérique , transplantées dans les régions septentrionales , y deviennent annuelles. La belle-de-nuit ( nyclago hor- tensii^ , le cobœa , sont vivaces au Pérou , et meurent chaque année dans nos jardins. Le ricin, qui, en Afrique, forme des arbres ligneux , est annuel dans notre climat. Cependant il reprend son caractère ligneux quand il se retrouve dans rme exposition convenable. En herbori- sant aux environs de Villefranche , près de jVice , sur les bords delà Méditerx'anée , au mois de septembre 1818 , j'ai découvert sur la montagne qui abrite l'arsenal de cette ville , au couchant, un petit bois formé de ricins en arbre. Leur tronc est ligneux, dur. Les plus hauts ont environ vingt-cinq pieds d'élévation , et présentent à peu près le même aspect cpe nos platanes. Il est vrai que la situation de Villefranche , exposée au midi , dé- fendue des vents d'ouest et du nord par une chaîne de collines assez élevées , la rapproche singulièrement du climat de certaines parties de l'Afrique. En général toutes les plantes exotiques vivaces, dont ks graines peuyent donner naissance à des individus, qui RACINE. 4" fleurissent dès la pretnière année dans nos climats , y deviennent annuelles. C'est ce qui arrive pour le ricin , le cohœa, la belle-de-nuit, etc. Les racines ligneuses ne diffèrent des racines vivaces que par leur consistance plus solide , leur tissu ligneux , et par la persis'tance de la tige qu'elles supportent : telles sont celles des arbres et des arbrisseaux. B. Suivant leur forme et leur structure , les racines Division des peuvent se diviser en : i" pivotante (^radix perpendicu- laris) , 2^ ûhiense [radixjîbr osa) ,5^ tubérifère [ra- dix tiiherijera ) , 4*^ bulbifère (^radix bulbifera). \^. Les racines pivotantes sont celles qui s'enfoncent l'Pivotantei, perpendiculairement dans la terre. Elles sont simples et sans divisions sensibles , comme dans la rave, la carotte; rameuses dans le frêne et le peuplier d'Italie, etc. Elles appartiennent excUisivement aux végétaux dicotylé- dons. 2*^. La ï'dcinejîbreuse se compose d'un grand nombre j- Fibreuses. de fibres , quelquefois simples et grêles , d'autres fois épaisses et ramifiées. Telle est celle de la plupart des Palmiers. Elle ne s'observe que dans les plantes mo- nocotylédones. 3". J'appelle racines tubérijeres celles qui présentent î-Tuberiferei. sur differens points de leur étendue , quelquefois à leur partie supérieure , d'autres fois au milieu ou aux extré- mités de leurs ramifications, des tubercules plus ou moins nombreux. Ces tubercules ou corps charnus, que l'on a long-temps et à tort regardés comme des racines , ne sont que les renflemens d'une tige souterraine , des amas de fécule amylacée , que la nature a , en quelque sorte , mis en réserve pour servir à la nutrition du végétal. Aussi n'observe-t-on jamais de véritables tubercules dans les plantes annuelles; ils appartiennent exclusive- ment aux plantes vivaces : tels sont ceux de la pomme 48 ORGATS'ES DE LA VÉGÉTATION. de terre , du topinambour , des Orchidées , des pata- tes , etc. 4° Biiibireres. 4°. La racinc hulhijere est formée par une espèce de tubercule horizontal , mince et aplati , qu'on nomme plateau, produisant par sa partie inférieure une racine fibreuse , et supportant supérieurement une bulbe ou ognoQ , qui n'est rien autre chose qu'un bourgeon d'une nature particulière , formé d'un grand nombre d'écaillés ou de tuniques appliquées les unes sur les autres : par exemple, dans le lis, la jacinthe, l'ail, et en général les plantes qu'on appelle bulbeuses. Telles sont les modifications principales que présente la racine relativement à sa structure particulière. Avouons cependant que ces différences ne sont pas toujours aussi tranchées que nous venons de les présenter. Ici , comme dans ses autres ouvrages , la nature ne se prête pas ser- vilement à nos divisions systématiques. Elle fait quel- quefois disparaître par des nuances insensibles ces diffé- rences , que nous avions crues d'abord si constantes et si bien établies. Toutes les racines qui ne peuvent être rapportées ù une des quatre modifications principales que nous A'enons d'indiquer conservent le nom générique de racines, ciievciu. Le chevelu des racines , ou cette partie formée de fibres plus ou moins déliées , sera d'autant plus abon- dant et plus développé , que le végétal vivra dans un terrain plus meuble. Lorsque par hasard l'extrémité d'une racine rencontre un filet d'eau , elle s'alonge , se développe en fibrilles capillaires et ramifiées , et con- stitue ce que les jardiniers désignent sous le nom de queue de renard. Ce phénomène , que l'on peut pro- duire ù volonté, explique pourquoi les plantes aqua- tiques ont, en général , des racines beaucoup plus dé- veloppées. RACINE. 49 Fis 8. C. Relativement à sa consistance, la racine est charnue, Consistance. lorsque , étant manifestement pins grosse et plus épaisse que la base de la tige , elle est en même temps plus suc- culente : telle est celle de la betterave , de la Carotte , du navet , etc. Elle est ligneuse , au contraire , lorsque son parenchyme , plus solide , approche plus ou moins de la dureté du bois. C'est ce que l'on observe dans la plupart des végétaux ligneux. D. La racine peut être simple Composition. (simple x) , c'est-à-dire formée par un pivot absolument indivis ( fig. g , 10, 11), comme la betterave , le pa- nais, la rave , etc. D'autres fois elle est ram,euse (ramosa) , ou divisée en ramifications plus ou moins nom- breuses et déliées (fig. 8) , toujours de même nature qu'elle : telle est celle de la plupart des arbres de nos forêts, du chêne, de l'orme, etc. E. Considérée quant à sa direc- Direction. tion , la racine peut être verticale , comme celle de la carotte, de la rave; oblique, ou enfin horizontale, comme àdiWèXQ lihus radicans, l'orme, etc. Assez sou- vent l'on trouve ces trois positions réunies dans les diffé- rentes ramifications d'une même racine. F. Les formes les plus remarquables sont les sui- vantes : Formes. i" Fusiforme, ou en fuseau (fusiformis) , lorsqu'elle est alongée , renflée à sa partie moyenne , et va en s'amincissant insensiblement à ses deux extrémités, comme la rave. (fig. 9. ) 2'' Napiforme , ou en forme de toupie (napifor- mis), quand elle est simple, arrondie, et renflée à sa partie supérieure, amincie et terminée brusquement 1" Paitiu. A 00 ORGANE» DE LA VÉfiÉTATION. n pointe inférieurement :1e navet, le radis, etc. (fig. lo.) Fi". Fis. 10. Fi? 5^ Conique (conica) , celle qui présente la for- me d'un cône renversé : la betterave , le panais , la carotte, (fig. ii.) 4" ^rro?îf/û' ou presque ronde ( suhrotunda ) , cojiime dans le Buniuin hulbocastanuni , etc. 5*^ Noueuse on filipen- dulée (ncéosa) , lorsque les ramifications delà ra- cine présentent de distance en distance des espèces de renflemens ou de nœuds ^ qui lui donnent quelque res- semblance avec un chapelet ^ c'est ce que Ton observe dans la fdipendule. 6*^ Grenue (granulata ) , celle qui présente sur difïe- rens points de son étendue de petits bourgeons souter- Fig, n. rainsécailleux et pisiformes : par exemple dans la saxi- frage grenue. y^ Fascicuîée (Jascîcu- lata ) , quand elle est formée par la réunion d'un grand nombre de tubercules plus ou moins alongés, partant tous de la base de la tige , comme celle des asphodèles, des dahlias , des renoncules ^. * Ces nœuds ne doivent pas être confondus avec les véritables tubercules, qui renferment toujours les rudimens de nouvelles tiges. "^ Celles des renoncules, formées de fibres plus courtes et plus serrées, portent en général le nom de griffes. RACOE. 5l S'' On appelle racine capiUaire (capiUaris), celle qui est formée de fibres capillaires très-déliées , comme dans la plupart des Graminées , le blé , l'orge. 9*^ Chevelue (coynosa) , quand les filets capillaires sont rameux et très-serrés , comme dans les bruyères. On a fréquemment confondu avec les racines propre- OijTnnos con- ,. , . fn't 1 1 fondus avec les ment dites, plusieurs organes dinerens, tels que des sou- wcines. elles ou tiges souterraines , et des tubercules ou bulbes. Ainsi, les tiges souterraines des iris , du sceau de Salo- mon , de la gratiole et d'une foule d'autres végétaux , ont été décrites sous les noms de racines horizotitale , si- giUée , articulée , etc. Mais ainsi que nous le montrerons dans le chapitre suivant , ce ne sont pas des racines , mais de véritables tiges horizontales et souterraines. Il en est de même des tubercules de la pomme de terre qui ne sont cjue des tiges souterraines et renflées. Les bulbes charnus et solides qu'on remarque à la base de la tige et sous la terre dans un grand nombre de genres de la fa- mille des Orchidées , ont aussi été classés parmi les ra- cines par la plupart des botanistes. C'est ainsi qu'on leur a donné le nom de racine didyme , quand elle est com- posée de deux bulbes entiers et rapprochés par l'une de leurs extrémités , comme dans les orchis morio , milita- ris, tnascula, etc. Quand ces bulbes sont partagés en lobes à peu près jusqu'à la moitié de leur épaisseur, on disait que la racine était pahnée, comme dan3 V orchis macii- lata. Elle était au contraire diyitée , quand les divisions du bulbe arrivaient presque jusqu'à la base-, comme dans le satyrium alhidu^n. Voyez au chapitre III. Quant à la structure anatomique de la racine , nous n'en ferons l'exposition qu'après celle de la tige , parce que ces deux organes offrent beaucoup d'analogie sous ce rapport. 52 ORGAMES DE LA VÉGÉTATION. Usages et fonctions des racines. Usages. Les raqines servent , i" à fixer le végétal à la terre ou au corps sur lequel il doit vivre: 2*^ à y puiser une partie des matériaux nécessaires à son accroissement, ï» EiiÈs fixent Lcs raciues de beaucoup de plantes ne paraissent rem- le végétal. ^y^^ ^^^ j^ première de ces fonctions. C'est ce que l'on observe principalement dans les plantes grasses et succu- lentes, qui absorbent par tous les points de leur surface exposés à l'air les svibstances propres à leur nutrition. Dans ce cas , leurs racines ne servent qu'à les fixer au sol. Tout le monde connaît le magnifique cierge du Pérou (Cactus peruvianus) qui existe dans les serres du Mu- séum d'histoire naturelle. Ce végétal , qui est d'une hau- teur extraordinaire , pousse avec une extrême vigueur des rameaux énormes, et souvent avec une rapidité surprenante j ses racines sont renfermées dans une caisse, qui contient à peine trois à quatre pieds cubes d'une terre que l'on ne renouvelle et n'arrose jamais. Les racines des plantes ne sont pas toujours en propor- avec la lige, tjon avcc la forcc et la grandeur des troncs qu'elles sup- portent. Les Palmiers et les Conifères , dont le tronc ac- quiert quelquefois une hauteur de plus de cent pieds, ont des racines courtes , s'étendant peu profondément dans la terre , et ne les y fixant que faiblement. Des plantes herbacées , au contraire , dont la tige , faible et grêle , meurt chaque année , ont quelquefois des racines d'une force et d'une longueur considérables relativement à celles de la tige , comme on l'observe dans la réglisse , la lu- zerne , et dans VOnonis arvensis ( qui, à cause de la té- nacité et de la profondeur de ses racines , a été appelé nrrête-hœuj). L'usase principal des racines est d'absorber dans le soibent, sein de la terre l'eau chargée des substances qui doivent \ RAGIÎNE. 53 servir à l'accroissement du végétal. Mais tous les points de la racine ne concourent pas à cette fonction. Ce n'est que par l'extrémité de leurs fibres les plus déliées que s'exerce cette absorption. Ces fibres sont terminées par les spongloles , sorte de Spon-ioies. petits renflem«ns , composés de tissu cellulaire. Quelque- fois cependant les extrémités des fibres radicuUaires ne sont pas manifestement renflées. Il n'est point d'expérience plus facile à faire que celle au moyen de laquelle on démontre d'une manière pé- remptoire le point de la racine par lequel se fait l'absorp- tion. Si Ton prend un radis ou un navet , qu'on le plonge dans l'eau par l'extrémité de la radicule qui le termine , il poussera des feuilles et végétera. Si , au contraire , on le place dans l'eau de manière à ce que son extrémité in- férieure soit hors du liquide , il ne donnera aucun signe de développement. Les racines de certaines plantes paraissent excréter une Escrdtion des *• *■ ^ racines. matière particulière , différente dans les diverses espèces. Duhamel rapporte qu'ayant fait arracher de vieux ormes, il trouva la terre qui environnait les racines plus onc- tueuse et d'une couleur plus foncée. Cette matière onc- tueuse et grasse était le produit d'une sorte d'excrétion faite par les racines. C'est à cette matière , qui , comme nous l'avons dit , est différente dans chaque espèce végé- tale , que l'on a attribué les sympathies et les antipathies que certains végétaux ont les uns pour les autres. On sait, en effet, que certaines plantes se recherchent en quelque sorte, et vivent constamment les unes à côté des autres -, ce qui forme les plantes sociales ; tandis qu'au 'contraire d'autres semblent ne pouvoir croître dans le même lieu. .^ , , . , ^ 1 Tendance vers On a remarque que les racines ont une tendance mar- j^ ,^, je plus quée à se diriger vers les veines de bonne terre, et (jue "'®'*"' '^' 54 ORGAINES DE LA VÉGÉTATION. souvent elles s'alongent considérablement pour se porter vers les lieux où la terre est plus meuble et plus substan- tielle : elles s'y développent alors avec plus de force et de rapidité. Duhamel dit que, voulant garantir un champ de bonne terre des racines d'une rangée d'ormes qui s'y étendaient et en épuisaient une partie , il fit faire le long de cette rangée d'arbres une tranchée profonde qui coupa toutes les racines qui s'étendaient dans le champ. Mais bientôt les nouvelles racines, arrivées à l'un des côtés du fossé , se recourbèrent en suivant la pente de celui-ci jusqu'à la partie inférieure : là , elles se portèrent horizontalement sous le fossé , se relevèrent ensuite de l'autre côté , en suivant la pente opposée , et s'étendirent de nouveau dans le champ. Force de pe- Lcsracincs , dans tous les arbres, n'ont pas la même force ciaef'"'^ '^""" pour pénétrer dans le tuf. Le même Duhamel a fait l'ob- servation qu'une racine de vigne avait pénétré profondé- ment dans un tuf très -dur , tandis qu'une racine d'orme avait été arrêtée par sa dureté , et avait en quelque sorte rebroussé chemin. TeDdaaceveis La racluc , ajusi que nous l'avons dit précédemment, a le centre de la ync tendance naturelle et invincible à se diriger vers le centre de la terre. Cette tendance se remarque surtout dans cet organe , au moment où il commence à se pronon- cer, à l'époque de la germination de l'embryon-, plus tard elle est moins manifeste, quoiqu'elle existe toujours , sur- tout dans les racines qui sont simples , ou dans le pivot des racines rameuses -, car elle est souvent nulle dans les ramifications latérales de la racine. Quels que soient les obstacles que l'on cherche à oppo- ser à cette tendance naturelle de la radicule , elle sait les surmonter. Ainsi, placez une graine germante de fève ou de pois , de manière que les cotylédons soient placés dans la terre et la radicule en l'air, vous verrez bientôt cette RAGiriE. JO radicule se recourber vers la terre pour aller s'y enfoncer. On a donné beaucoup d'explications diverses de ce phéno- Cnu^os de i , mène : les uns ont dit que la racine tendait a descendre , parce que les fluides qu'elle contenait étaient moins éla- borés, et par conséquent plus lourds que ceux de la tige-, mais cette explication est contredite par les faits. En effet, ne voit-on pas dans certains végétaux exotiques, tels que le Clusîa rosea, etc., des racines se développer sur la tige à une hauteur très - considérable , et descendre perpendi- culairement pour s'enfoncer dans la terre? Or, dans ce cas, les fluides contenus dans ces racines aériennes sont de la même nature que ceux qui circulent dans la tige; et néanmoins ces racines , au lieu de s'élever comme elle, descendent au contraire vers la terre- Ce n'est donc pas la difiérence de pesanteur des fluides qui leur donne cette tendance vers le centre de la terre. D'autres ont cru trouver cette cause dans l'avidité des racines pour l'humidité , humidité qui est plus grande dans la terre que dans l'atmosphère. Duhamel , voulant s'assurer de la réalité de cette explication , fit germer des graines entre deux éponges humides et suspendues en l'air: les racines , au lieu de se porter vers Tune ou l'autre des deux éponges bien imbibées d'humidité, glissèrent entre elles, et vinrent pendre au-dessous , en tendant ainsi vers la terre. Ce n'est donc pas l'humidité qui attire les racines vers le centre de la terre. Serait-ce la terre elle-même par sa nature et par sa masse? L'expérience contredit encore cette explication. M. Dutrochet remplit de terre une caisse dont le fond était percé de plusieurs trous,* il plaça dans ces trous des graines de haricots germantes , et il suspendit la caisse en plein air à une hauteur de six mètres. De cette manière , dit -il , les graines, placées dans les trous pratiqués à l\ face inférieure de la caisse, recevaient de bas en haut 00 ORGANES DE LA VEGETATION. l'influence de l'atmosphère et de la lumière : la terre hu- mide se trouvait placée au-dessus d'elles. Si la cause de la direction de cette partie existait dans sa tendance pour la terre humide , on devait voir la radicule monter dans la terre placée au-dessus d'elle, et la tige au con- traire descendre vers l'atmosphère placée au-dessous: c'est ce qui n'eut point lieu. Les radicules des graines descendirent dans l'atmosphère , où elles ne tardèrent pas à se dessécher^ lesplumules, au contraire, se dirigèrent en haut dans la terre. M. Knight, célèbre physicien anglais, a voulu s'assu- rer par l'expérience si cette tendance ne serait pas dé- truite par le mouvement rapide et circulaire imprimé à des graines germantes. Il fixa des graines de haricots dans les augets d'une roue mue continuellement par un filet d'eau dans un plan vertical , cette roue faisant cent cinquante révolutions en une minute. Ces graines pla- cées dans de la mousse sans cesse humectée , ne tardè- rent pas à germer-, toutes les radicules se dirigèrent vers la circonférence de la roue , et toutes les gemmules vers son centre. Par chacune de ces directions les radicules et les gemmules obéissaient à leurs tendances naturelles et opposées. Le même physicien fit une expérience ana- logue avec une roue mue horizontalement et faisant deux cent cinquante révolutions par minute 5 les résul- tats furent semblables, c'est-à-dire que toutes les radi- cules se portèrent vers la circonférence , et les gemmules vers le centre , mais avec une inclinaison de dix degrés des premières vers la terre , et des secondes vers le ciel. Ces expériences, répétées par M. Dutrochet, ont eu les mêmes résultats , excepté que dans la seconde l'inclinai- son a été beaucoup plus considérable , et que les radicules et les gemmules sont devenues presque horizontales. Des diverses expériences rapportées ci-dessus il résulte RACINE. 57 évidemment que les racines se dirigent vers le centre de la terre , non parce qu'elles contiennent un fluide moins élaboré , ni parce qu'elles y sont attirées par l'humidité ou par la nature même de la terre, mais par un mouvement spontané^ une force intérieure, une sorte de soumission aux lois générales de la gravitation. Mais , quoiqu'on puisse dire que cette loi de la ten- ^î^^/j^"'"^^^^^" dance des racines vers le centre de la terre soit générale , tion. néanmoins quelques végétaux semblent s'y soustraire : telles sont en général toutes les plantes parasites ,. et le gui ( Piscum album ) en particulier. Cette plante singu- lière , qui vit en parasite sur le pommier, le peuplier et une foule d'autres arbres où elle forme des touffes d'un beau vert, pousse, en effet, sa radicule dans quelque position que le hasard la place •, ainsi , quand la gTaine , qui est enveloppée d'une glu épaisse et visqueuse , vient à se coller sur la partie supérieure d'une branche , sa ra- dicule , qui est une sorte de tubercule évasé en forme de cor de chasse, se trouve alors perpendiculaire à l'horizon : si , au contrahe , la graine est placée à la partie infé- rieure de la branche , la radicule se dirige vers le ciel. La graine est-elle située sur les parties latérales de la branche , la radicule se dirige latéralement. En un mot , dans quelque position que la graine soit fixée sur la branche, la radicule se dirige toujours perpendiculaire- ment à l'axe de la branche. M. Dutrochet a fait sur la germination de cette graine un grand nombre d'expériences pour constater la direc- tion de la radicule. Nous rapporterons ici les plus inté- ressantes. Cette graine , qui trouve dans la glu qui l'en- veloppe les premiers matériaux de son accroissement , germe et se développfe non-seulement sur du bois vivant et mort, mais encore sur des pierres , du verre, et même sur du fer. M. Dutrochet en a fait germer siu- un boulet 6û ORGAA'ES DE LA VEGETATION. de canon. Dans tous ces cas la radicule s'est toujours di- rigée vers le centre de ces corps. Ces faits prouvent, ainsi que le remarque cet ingénieux expérimentateur, que ce n'est pas vers un milieu propre à sa nutrition que l'em- bryon du gui dirige sa ridicule , mais que celle-ci obéit à l'attraction des corps sur lesquels la graine est fixée , quelle que soit leur nature. Mais cette attraction n'est qu'une cause éloignée de la tendance de la racine du gui vers les corps. La véritable cause est un mouvement intérieur et spontané exécuté par l'embryon à l'occasion de l'attraction exercée sur sa radicule. M. Dutrocbet colle une graine de gui germée à l'une des extrémités d'une aiguille de cuivre , semblable' à une aiguille de boussole , et placée de même sur un pivot-, une petite boule de cire mise à l'autre extrémité forme le contre-poids de la graine. Les choses ainsi dis- posées , M. Dutrocbet approche latéralement de la radi- cule une petite planche de bois , à environ un milli- mètre de distance. Cet «appareil est ensuite recouvert d'un récipient de verre , afin de le garantir de l'action des agens extérieurs. Au bout de cinq jours la tige de l'em- bryon s'est fléchie, et a dirigé la radicule vers la petite planche qui l'avoisinait , sans que l'aiguille ait changé de position , malgré son extrême mobilité sur le pivot. Deux jours après, la radicule était dirigée perpendicu- lairement vers la planche avec laquelle elle s'était mise en contact , sans que l'aiguille qui portait la graine ait éprouvé le moindre dérangement. La radicule du gui présente encore une autre tendance constante : c'est celle de fuir la lumière. Faites germer des graines de gui sur la face interne dos vitres d'une croisée d'appartement , et vous verrez toutes les radicules se diriger vers l'intérieur de l'appartement pour y cher- cher l'obscuiité. Prenez une de ces graines germécs, ap- RACINE. ^^ pliquez-la sur la vitre en delxors.de l'appartement , et sa radicule s'appliquera contre la vitre, comme si elle ten- dait vers rintérieur de l'appartement pour fuir la lu- mière. Dans réconomie domestique, beaucoup de racines sont Usages e'cono- ... miques et inedi- utilement employées comme alimens. Ainsi les carottes, dnaux des ra- ies navets , les panais , les salsifis , et beaucoup d'autres """: racines sont trop universellement usitées pour que nous soyons obligé d'entrer dans des détails à cet égard. On extrait de la betterave, par des procédés que la chi- mie a singulièrement perfectionnés , un sucre qui peut avantageusementremplacer celui que nous tirons à grands frais des colonies. Ce principe existe aussi dans la carotte, le navet et un grand nombre d'autres racines. Certaines plantes ayant la faculté de pousser des ra- cines qui se ramifient et s'étendent à de gTandes distan- ces , on s'en est servi pour consolider les terrains mou- vans. C'est ainsi qu'en Hollande , et aux environs de Bordeaux, on plante le Carea? arenaria, VJrundo are- naria , sur les dunes et les bords des canaux , afin de fix:er les terres. Dans plusieurs autres pays on plante , pour remplir le même objet , VHippophae rhamnoïdes ou argousier , le genêt d'Espagne, etc. Plusieurs racines sont employées avec avantage dans la teinture. Telles sont celles de garance, d'orcanette , d'épine-vinette , de curcuma , etc. Quant aux usages médicinaux des racines , on sait que la thérapeutique leur emprunte des médicamens pré- cieux. Relativement à la saveur qui y prédomine , les racines officinales ont été divisées en : §.1. Racines fades : principe muqueux ou amylacé. Guimauve officinale (^AUhœa qfficinaUs. L.) Grande Consoude {Symphylutn officinale. L.) Chiendent {Triticiim repens , L.) , etc. , etc. 6o ORGA]NES DE LA VÉGÉTATION. §. 2. Racines douces Qt sucrées. Réglisse {Glycyrrliiza (flaira. Z.) Polypode (^Poli/podium commune. Z.), etc. ,etc. §. 3. Racines peu sapides, ou légèrement amères. Salsepareille (^5V/^^7aa? Salsaparilla. Z.) Squine [Smilax China. Z.) Barda ne (^Arctium Lappa. Z.) Patience [Fmînex Patientia. Z.) §. 4' Racines aromatiques et odorantes. Valériane {J aleriana officinalis. Z.) Sei'pentaire de Virginie {Aristolochia serpenta- ria. Z.) Angélique (^Angelica Arehancjelica. Z.) Année (Jnula Helenium. Z.) Benoite (^Geu?n urbanum. Z. ) Raifort (^Cochlearia armoracia. Z.) Ginseng [Panacc quinquefolium. Lamk.) §. 5. Racines amères. Grande Gentiane [Geniiana lutta. Z.) Rhubarbe ( lUieum pahnaium et li. undula- tum. Z.) Columbo {Cocculus palmatus. DC.) Polygala amer {Poly(jala ainara. Z.) Chicorée sauvage (^Cicfwrium Intyhus. Z.) §.6. Racines acerbes. Bistorte (^Poli/gonum Bistorta. Z.) ïormentille {^Tormentilla erecla. Z.) §.7. Racines acres et nauséabondes. IpécacuanUa annelé ^ ( Cepha^lis Ipecacuanha. Rich.) * T'oyez mon Mémoire sur les deux espèces ù'ipecdcuanha tirées, de la famille des Rnbiacées , inséré dans les bulletins de la Société de la Faculté, pour l'année 18(8, et mon Histoire naturelle et mé- dicale des différentes espèces d'ipécacuanha du commerce. Paris, 1820, Un vol. in-4., lig. Chez Béclict jeune. TIGE. 61 Ipëcacuanha simple ou strié (P,sychof7'ia eme- tîca. Z.) Cabaret (^yJsarujn europœum. Z.) Hellébore noir (IleJleborus m'ger.) Hellébore blanc (^Feratrum album.) Jalap {Convolvulus Jalapa. Z.) , elc. , etc. CHAPITRE II. I)E LA TIGE [Caidis y z.). Nous venons de voir la racine tendre généralement à s'enfoncer vers le centre de la terre. La tige , au con- traire , est cette partie de la plante qui, croissant en sens inverse de la racine , cberche l'air et la lumière , et sert de support aux feuilles , aux fleurs étaux fruits, lorsque la plante en est pourvue. Tous les végétaux Phanérogames ont une tige propre- ment dite. Mais quelquefois cette tige est si peu dévelop- pée , tellement courte , qu'elle paraît ne pas exister. Les Plantes acauias, plantes qui offrent cette disposition ont été ditesi^ns tige ou aeaules; telles sont la primevère , la jacinthe , et beaucoup d'autres. Ne confondons pas avec la véritable tige la Hatnfpe et iiampe et Pe- , r» -■ 7 I 7- ï T rr /-f> \ duncule radical. \& Fedoncule radical. Lo. Hampe [ctcapus) est un sup- port de fleurs nu ou pédoncule ne portant pas de feuil- les, qui part du collet de la racine, et qui se termine par une ou plusieurs fleurs , comme dans la jacinthe. Le Pédoncule radical (^pedunculus radicalis) diffère de la Hampe, en ce qu'au lieu de naître du centre d'un assemblage de feuilles radicales , il sort de l'aisselle d'une de ces feuilles : par exemple , dans les plantains ( Plan- iago média, P. lanceolata, etc.). 62 ORGANES DE LA VÉGÉTATIOIS . ni% ision si'no- On distingue cinq espèces principales de tiges, fondées «le .les liges. gyj,|g^^j, organisation et leur mode particulier de déve- loppement. Ces espèces sont : i° le Tronc , 2" le Stipe , 3" le Chaume, 4° la Souche, 5° la Tifje propremeni dite. 1' Tronc. 1° On appelle Tronc ( Truncus) la tige des arbres de nos forêts , du chêne , du sapin , du frêne , etc. Il a pour caractères d'être conique, alongé, c'est-à-dire d'offrir sa plus grande épaisseur à sa base. Il est nu inférieure- ment , terminé à son sommet par des divisions succes- sivement plus petites , auxquelles on a donné les noms de branches , de rameaux et de ramilles ou ramuscules , et qui portent ordinairement les feuilles et les organes de la reproduction. Le tronc est propre aux arbres dicotylédo- nes 5 composé intérieurement de couches concentriques , ou de cônes emboîtés , il croît en longueur et en épais- seur par l'addition de nouvelles couches à sa circonfé- rence. 2' stinc. 2° Le Stipe [Frons, Stipes) est une sorte de tige qu'on n'observe que dans les arbres monocotylédonés , tels que les Palmiers, les Dracœna , les Jtccca, et dans certains dicofylédons, savoir, le Ci/cas et le Zamia. Il est formé par une espèce de colonne ^ cylindrique, c'est-à-dire aussi grosse à son sommet qu'à sa base (ce qui est le con- traire dans le tronc), souvent même plus renflée à sa par- tie moyenne qu'à ses deux extrémités , rarement rami- fiée , couronnée à son sommet par un bouquet de feuilles entremêlées de fleurs. Son écorce , lorsqu'il en aune, est ordinairement peu distincte du reste de la tige. Son ac- croissement en hauteur se fait par le développement du bouton qui le termine supérieurement-, il s'accroît en épaisseur par la multiplication des filets de sa circonfé- rence. ' On le désigne souvent par le nom do tronc ou tige à colonne. TIGE. 65 Nous ferons voir bientôt , en traitant de la structure anatomique des liges , que le stipe ne diffère pas moins du tronc par son organisation intérieure que par les ca- ractères physiques que nous venons d'indiquer. 3° Le chaume (culmus) est propre aux Graminées, c'est-à-dire au blé, à l'orge, à l'avoine, etc. , aux Cy- péracées et aux joncs, etc. C'est une tige simple, rare- ment ramifiée , le plus souvent fistuleuse ^ ( c'est-à-dire creuse dans son intérieur ) , et séparée de distance en dis- tance par des espèces de nœuds ou cloisons , desquels par- tent des feuilles alternes et engainantes. 4° La souche ou rhizoma'^ (fig. lo). On a donné ce nom aux tiges souterraines et horizontales des plantes vivaces, Fig. 3. cachées entièrement ou en partie sous la terre , poussant de leur extrémité antérieure de nouvelles tiges, à mesure que leur extrémité postérieure se détruit. C'est à cette tige sou- terraine que l'on donne , en général , les noms impropres de racine progressive , de racine succise. Exemple : l'iris , la scabieuse succise, le sceau de Salomon. Outre sa direc- tion à peu près horizontale sous la terre , un des carac- ' Quelquefois cependant elle est pleine intérieurement, comme il ans la canne à sucre , le maïs. * Rhizoma , dérivé de r.i^u , racine , et -cu/zk , corps. 3° Clinumc. l:^" Souclie. 64 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. tères prineijpaux de la souche , caractère qui la distingue de la racine, c'est d'offrir toujours sur quelques points de son étendue les traces des feuilles des années précé- dentes , ou des écailles qui en tiennent lieu, et de s'ac- croître par sa base ou point le plus rapproché des feuilles; ce qui est le contraire pour la véritable racine. Le nombre des plantes pourvues de souche ou de tige souterraine , est beaucoup plus considérable qu'on ne l'imagine communément. Un grand nombre de plantes dites sans tiges, ou acaules, et de plantes vivaces , sont pourvues d'une souche plus ou moins développée. C'est ce que l'on oTîserve par exemple, dans la sjivie {anémone nemorosa) ^ la moschatelline ( adoxa inoschatellina) , le paris quadrifolia, etc. La partie de ces plantes qui a été décrite comme une racine tubéreuse , est une véritable souche. C'est à la souche ou tige souterraine qu'on doit rap- porter, ainsi que nous l'avons déjà annoncé dans le cha- pitre précédent , plusieurs modifications , qu'on avait à tort regardées comme des racines-, telles sont les pré- tendues racines horizontale des Iris, succise des sca- bieuses, articulée des gratioles, sûjillée du sceau de Salo- mon. 5' Ti^e pio- 5° Enfin l'on donne le nom commun et général de tiges piemeiit (litf. ^ çclles qui , différentes des quatre espèces précédentes , ne peuvent être rapportées à aucune d'elles. Le nombre des végétaux pourvus d'une tige proprement dite est beaucoup plus considérable que celui des végétaux qui ont un stipe , une souche , un chaume ou un tronc. Nous allons maintenant étudier la tige en général , quant aux modifications qu'elle peut offrir. Division des ve- ^ g j^ rapport dc la consistance , on distingue la getaux d après la "-"^v. ^ j- / u tige: consistance de la liçe TIGE. i" Herbacée (herhaceiis) , celle qui est tendre , verte , et périt chaque année : telles sont celles des plantes an- nuelles , bisannuelles et vivaces , le mouron des champs, iicbes. la bourrache , la consoude , etc. Toutes ces plantes pren- nent le nom général d'herbes (Jierbœ) . 2° Detni-Uy)i€use ou soiis-Iigneuse {siiffriiticosus) , quand la base est ligneuse et persiste hors de terre un grand nombre d'années , tandis que les rameaux et les extrémités des branches périssent et se renouvellent tous sjus-aii,ris- les ans : telles sont celles de la rue odorante (ruta graveo- ^"^^• lens), du. thym. des iaràins (thi/ mus vulgaris), delà sauge officinale {salvia officinalis). Les végétaux qui offrent une semblable tige portent le nom de sous-arhrisseaux (stiffrutices). Ils sont dépourvus de bourgeons écailleux. 3" Ligneuse (Jigtiosus) , quand la tige est persistante , et que sa dureté est semblable à celle que Ton connaît au bois en général. Les végétaux à tige ligneuse se di- visent en : Arbustes Ç/i'ntices), qimnd ils se ramifient dès leur AiLusies. base et ne portent pas de bourgeons -, par exemple , lea bruyères. ^arbrisseaux (arbusculœ) , s'ils sont ramifiés dès leur Aiijiisscanï. base et portent des bourgeons , comme le noisetier et le lilas, etc. Enfin ils retiennent le nom d'' arbres proprement dits , a i Lies. lorsqu'ils présentent un tronc d'abord simple et nu dans sa partie inférieure , ramifié seulement vers sa partie su- périeure • le chêne, l'orme , le pin , etc. Cette division est tout-à-fait arbitraire, et n'existe point dans la nature. En effet, un arbre de la même espèce peut offrir ces trois modifications de grandeur, suivant les expositions auxquelles ilest soumis, ou par l'art du cultivateur. Ainsi, l'ormille, le petit buis, dont on fait des bordures de plates-bandes dans nos jardins, en ayant l"^' Parlii-. 5 66 OKU ANES DE LA VÉGÉTATION'. soin de les tailler fréquemment, et qui souvent n'ont pas plus de quatre à six pouces d'élévation , sont absolument de la même espèce que l'orme et le buis ordinaire , dont les tiges, surtout celle du premier, s'élèvent ordinaire- ment à une grande hauteur , lorsque ces végétaux sont abandonnés à eux-mêmes. 4" Solide ou pleine fsoliclus), quand elle n'offre aucune cavité intérieure. Par exemple, la canne à sucre, le tronc de la plupart des arbres. Cette épithète s'emploie tou- jours par opposition à la suivante. 5° Fistuleuse [fistulosus) , offrant une cavité intérieure, continue ou séparée par des cloisons horizontales : Va- rundo donax, l'angélique, Yœnanfhejistulosa, le bam- bou , le cecrojjiapeffata , grand arbre de l'Amérique mé- ridionale , dont le tronc toujom's creux est pour cette raison nommé hois-canon par les habitans. 6° Médulleuse (inedullosus), remplie de moelle : l'hyc*- ble , le sureau , le figuier. 7° Spongieuse (spongiosus) , formée intérieurement d'un tissu cellulaire élastique , spongieux, compressible, retenant l'humidité à la manière des éponges : ex., ti/pha laiifolia , scirpus lacusirîs , etc. 8" Molle (^mollis, flaccidus) , quand elle ne peut se soutenir d'elle-même et qu'elle tombe sur la terre : par exemple , le mouron des champs (anagallis arvetisis). 9° Ferme ou roide (i-igidiis) , lorsqu'elle s'élève direc- tement et se soutient droite : ex. , la bistorte {j)olygoini7n historta) . lo" Flexible {JlexihiUs) , quand on peut la plier ou la fléchir aisément sans qu'elle se rompe : l'osier. 1 1° Cassante (^fragilis) , quand elle est roide , et se casse facilement : celle de l'herbe à Robert (^geraniuvi robertiainim) , les diflérentcs espèces de charagnes, etc. 12° Charnue (succulenkts) , celle qui renferme une TIGE. 6'^ grande quantité de sucs ou de siiJjstance aqueuse : par exemple , la bourrache , le pourpier. Les tiges charnues peuvent être laiteuses, c'est-à-dire renfermer un suc blanchâtre et lactiforme ou jaunâtre , comme les euphorbes , la grande éclaire ( clielidonium majus ) , le pavot , etc. B. Quant à sAjonne, la tige peut offrir un grand nombre de modifications -, ainsi on l'appelle : 1^ Cylindrique ^ (cylindricus, feres), quand sa forme pomes. générale approche de celle d'un cylindre , c'est-à-dire que sa section transversale offre un cercle dont les différens dia- mètres sont à peu près égaux. Cette forme se trouve dans le tronc de la plupart des arbres de nos forêts , et dans une foule de plantes herbacées , comme la stramoine (datura sframonium) , le lin , etc. •2'' Fffilée {vinjatas) , ou en baguette , celle qui est grêle , longue, droite, et s'alonge considérablement en diminuant de la base vers le sommet : telle est celle de la guimauve {althœa officinalis), de la gaude {j'eseda lu- teold) , de la salicaire {lythrum salicaria). 3'^ Comprimée (compre^.?^*), lorsqu'elle est légèrement aplatie sur deux côtés opposés (\epoa coinpressd)^ 4" Ancîpitée {ancepi), quand la compression est por- tée jusqu'au point de former deux tranchans semblables à ceux d'un glaive. 5** Angidée (augiûatus), lorsqu'elle est marquée d'an- gles ou de lignes saillantes longitudinales, dont le nombre est déterminé. Selon que ces angles sont aigus ou obtus, on la dit : y^cutangule'e ou obtusangule'e. * Remarquons ici que dans le règne organique les formes géo- métriques ne sont jamais aussi régulières, aussi rigoureusement déterminées que dans les minéraux. Ainsi , quand on dit d'une tige qu'elle est cylindrique , on exprime seulement par ce mot que c'est du cylindre que sa forme se rapproche davantage. 68 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. Suivant le nombre des angles , et par conséquent des faces distinctes qu'elle présente , on la nomme : Triangulaire , trigorie ou iriquètre (triangularis, tri- gonus, triqueter) , quand elle offre trois angles : tels sont beaucoup de e«rea? , le scirpus syhaticus , etc. Quadrangulaire , tétragone ( quadrangularis, tetra^ gonus ), quand elle a quatre angles et quatre faces. Si les angles sont égaux ainsi que les faces , elle est carrée : telles sont la plupart des Labiées , comme la menthe , la sauge , le marrube , etc. Pentago7w [pentagomis), lorsqu'elle présente cinq faces. Hexagone {hexagonus) , quand elle en offre six. 6° On dit de la tige qu'elle est anguleuse (angulosus) , lorsque le nombre des angles est très-considérable , qu que l'on ne veut pas le déterminer avec précision. 7" Noueuse (^nodosus), offrant des nœuds ourenflemens solides de distance en distance : les Graminées, le gera- niuni robertianuni. 8*^ articulée (articulatus) , formée d'articulations su- perposées et réunies bout à bout : le gui , beaucoup de caryophyllées, etc. 9*^ Geniculee ( geniculatus) , quand les articulations sont fléchies angulairement : exemple , Yalsine 7nedia , le géranium sanguineum. \o^ Sarmenteuse (sarmenfosus) , une tige frutiqueuse trop faible pour pouvoir se soutenir elle-même , et s'élc- vant sur les corps voisins , soit au moyen d'appendices particuliers , nommés vrilles , soit par sa simple torsion autour de ces corps : par exemple , la vigne , le chèvre- feuille. 11" Grimpante {scandens , radicani) , celle qui s'é- lève sur les corps environnans et s'y attache au moyen TIGE. 69 (le racines , comme le lierre {Jiedera hélix) , le hitjnonia radieans, etc. 12'^ Folubile (^volubilis), la tige qui s'entortille en forme de spirale autour des corps voisins. Une chose bien digne de remarque , c'est que les mêmes plantes ne commencent point leur spirale indistinctement à droite ou à gauche. Elles se dirigent constamment du même côté dans une même espèce. Ainsi, quand la spirale a lieu de droite à gauche , la tige est dite dextrorsùni volu- hilis, comme dans le haricot , le dolichos , le lizeron. On dit au contraire qu'elle est si7i{sirorsùni volubilis quand elle commence sa spirale de gauche à droite : p£ir exem- ple , le houblon , le chèvrefeuille. iS*^ Grêle (^gracilis), quand elle très-longue en com- paraison de sa grosseur : par exemple , la stellaria Jiolos- tea, Vorchis conopsea, etc. 14^ Filiforme [filijormis) , quand elle est fort grêle et couchée à terre , comme dans le canneberge {yaccinimn oxycoccoi) . C. D'après sa composition , on distingue la tige en^: Composition. 1" Simple (simplex) , lorsqu'elle est sans ramifications marquées : exemple, le bouillon-blanc {yerbascum thap- sus) , la digitale pourprée ( . tant qu*il reste des fluides dans son intérieur ; on a ob- servé en outre que les corolles et les frufts , qui n'ont pas de pores corticaux, produisent cependant une éva- poration abondante. Ils ne peuvent être mis , ainsi que M. Link l'avait pensé, au nombre des organes excrétoires, puisqu'ils correspondent toujours à des espaces vides. La véritable fonction des pores corticaux consiste à donner passage à l'air. Mais il n'est pas facile de dé- terminer avec certitude s'ils servent à l'inspiration plutôt qu'à l'expiration, ou à ces deux fonctions également. Si nous considérons que , pendant la nuit , lorsque les grands pores de l'épi derme sont fermés , les feuilles absorbent le gaz acide carbonique dissous dans la rosée , lequel pé- nètre indubitablement dans les cellules en traversant leur membrane , et si nous réfléchissons en outre que ces feuilles décomposent le gaz acide carbonique , lors- que ces pores sont ouverts, c'est-à-dire pendant le jour, nous pouvons conjecturer qu'ils sont uniquement desti- nés à l'exhalation de l'oxigène. Cet usage devient encore plus probable, si nous ajoutons que les corolles qui, d'a- près les observations de M. De Candolle, manquent de pores , sont également privés de la propriété de dégager de l'oxigène. Lenticeiies. La surfacc de l'épiderme présente quelquefois certains organes qui s'offrent sous la forme de petites taches alon- gées dans le sens longitudinal sur les jeunes branches , et dans le sens transversal sur les branches plus anciennes , que Guettard a le premier désignées sous le nom de glan- des lenticulaires et que M. De Candolle a plus récemment nommées lenticeiies. On n'en a encore trouvé aucune trace ni dans les plantes monocotylédonées , ni dans les acotylédonées. Elles manquent également dans la! plu- part des herbes dicotylédones. Elles sont très-apparentes sur l'épiderme du bouleau , et surtout du fusain galeux TIGE. 51 {Evmiymus verrucosus L.) où elles sont très-proëminen- tes et très-rapproehces. C'est des lenticelles que sortent les racines aériennes que certains arbres développent sur leur tige,comme quelques figuiers, par exemple, ou celles qui se forment lorsqu'on enfonce une branche en terre, comme dans l'opération du marcottage. On peut donc en quelque sorte les considérer, avec M. De Candolle , conuTie les bourgeons des racines. C'est encore sur la surface de la cuticule que naissent les poils de différente nature que l'on remarque sur un grand nombre de végétaux. Nous en avons parlé précé- demment dans les notions générales d'anatomie végé- tale. §.2. De VEnveîoj)pe herbacée. Au-dessous de Tépiderme , on voit une lame de tissu cellulaire , qui l'unit aux couches corticales, et à laquelle ^^"' M. Mirbel donne le nom à'enveloppe herbacée. Sa cou- leur est le plus souvent verte dans les jeunes tiges. Elle recouvre le tronc , les branches et leurs divisions, et rem- plit les espaces qui existent entre les ramifications des nervures des feuilles. Son analogie d'organisation avec la moelle ne saurait être contestée, et nous verrons tout à l'heure que ces deux parties communiquent entre elles par le moyen des prolongemens médullaires. M. Dutro- chet la nomme 7nédu/le externe, par opposition au nom de médulle interne qu'il donne à la moelle. Sa couleur n'est pas propre au tissu cellulaire qui la compose ; elle est due aux petits gi'ains de globuline placés dans les parois des cellules, et que M. Dutrochet considère comme des corpuscules nerveux. L'enveloppe herbacée , ou médulle externe , renferme souvent les sucs propres des végétaux , qui sont contenus dans des canaux simples ou fascicules, comme dans le l" Partie. v Enveloppe lier- 82 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. chanvre , beaucoup d'Apocynéesetc, ou dans desréser- Yoirs particuliers, comme dans beaucoup de Conifères. Elle se répare facilement sur la tige des végétaux ligneux j mais ce phénomène n'a pas lieu dans les plantes annuel- les. Elle paraît avoir une organisation et des usages ana- logues à ceux de la moelle renfermée dans l'étui médul- laire. C'est cette enveloppe herbacée qui, ayant acquis une épaisseur considérable et des qualités physiques par- ticulières , constitue la partie connue sous le nom de liège dans le quercns suher , et dans quelques autres vé- gétaux, tels que l'orme et l'érable. L'enveloppe herbacée est le siège d'un des phénomènes chimiques les plus re- marquables que présente la vie du végétal. En effet, c'est dans ce tissvi , qui entre également dans la structure des feuilles, que, par une cause difficile à apprécier, s'opère la décomposition de l'acide carbonique absorbé dans l'air par la plante. Le carbone reste dans l'intérieur du végétal j l'oxigène, mis à nu, est rejeté à l'extérieur. Re- marquons cependant que cette décomposition n'a lieu que lorsque la plante est exposée aux rayons du soleil , tandis que l'acide carbonique est rejeté indécomposé , quand le végétal ne se trouve plus sous l'influence de cet astre. Cet organe se renouvelle en partie chaque année. Il joue encore un rôle très-important dans les phénomènes de la végétation-; c'est lui, en effet, qui, au retour de la belle saison , sollicite la sève à monter jusque vers les bourgeons, et devient ainsi un des mobiles les plus puis- sans de leur élongation aérienne. Il est très-facile de découvrir l'enveloppe herbacée sur les jeunes branches d'un arbre ; car c'est elle que l'on aperçoit lorsqu^l'on a enlevé l'épiderme. L'enveloppe herbacée ou la médulle externe ne conserve que peu d'années la couleur verte qu'elle présente sur leurs TIGE. g':^ jeunes tiges. Au bout de deux ou trois ans , son tissu se sèche; elle perd son extensibilité, se fendille, ainsi qu'on le voit sur le tronc et les vieilles branches de l'orme, du chêne; d'autres fois même elle s'enlève par plaques' qui tombent chaque année et à des époques fixes, comme dans le platane. §. 5. Des Couches corticales. Sous l'enveloppe herbacée on voit une suite de feuil- ^^^^^^^ lets superposés, généralement minces, unis entre eux ti"i«''''' par du tissu cellulaire. On donne à l'ensemble de ces feuillets qui forment la plus grande partie de l'épaisseur de l'écorce, le nom général de couches corticales. Cepen- dant un assez grand nombre d'auteurs distinguent dans les couches corticales celles qui, situées à l'extérieur, sont plus sèches , formées d'un réseau plus lâche, et qu'on nomme spécialement couches corticales proprement dites, et -celles qui sont placées plus profondément et qu'on appelle le liber ^ . JVul végétal ne les offre plus apparentes et plus remar- ^''"' ' quables , par la disposition singulière du tissu qui les compose, que le bois dentelle {Lacjetto). Ici , en effet , elles forment plusieurs couches superposées qui , lors- qu'elles viennent à être étendues , ressemblent parfaite- ment à une toile tissue, ou plutôt à une sorte de dentelle assez régulière. Les lames ou feuillets dont le liber se compose sont formés d'un réseau vasculaire , dont les aréoles alongées sont remplies par du tissu cellulaire. Il est rare que , comme l'indique son nom , on puisse le séparer facile- ment en feuillets distincts, que l'on a comparés à ceux m ' On l'appelle indifféremment ///won //V/y/. ' cIh Hbe o4 ORGAtSES DE LA VÉGÉTATION. d'un livre. Mais, par la macération , on parvient pres- que toujours à obtenir ce résultat. Les diflérentes lames qui forment le liber, et qui ont été créées successivement chaque année , sont séparées les unes des autres par une couche mince de tissu cellu- laire. Lorsqu'on fait macérer le liber, c'est ce tissu cel- lulaire qui se détruit, et qui permet la séparation des feuillets du liber. Rcgcnération -De méuie quc toutes les autres parties de Fécorce, le liber peut se réparer lorsqu'il a été enlevé. Cependant il faut, pour que sa régénération ait lieu, que la place dont on l'a détaché soit garantie du contact de l'air. C'est à Duhamel que l'on doit celte importante découverte. Cet habile naturaliste , à qui la physiologie végétale doit un si grand nombre de résultats heureux , enleva une por- tion d'écorce sur uu arbre vigoureux et en pleine végé- tation 5 il garantit la plaie du contact de l'air , et vit bientôt suinter, de la superficie du corps ligneux et des bords de l'écorce, une substance visqueuse qui, s'éten- dant sur la plaie , prit de la consistance , devint verte , celluleuse, et reproduisit la partie du liber qui avait été enlevée. Cnmijiurn. C'est à ccttc substancc visqueuse qui s'épanche des parties dénudées pour reformer le liber , que Grew , et après lui Duhamel, ont donné le nom de catnhium. Plu- sieurs auteurs pensent avec quelque raison que le cam- bium n'est autre chose qvie la sève descendante et éla- borée. Je suis d'autant plus porté à admettre cette opi- nion , que ce fluide visqueux remplit absolument dans l'économie végétale les mêmes fonctions que celles que l'on attribue généralement à la sève descendante, et qu'il est charrié par les mêmes parties. P Quelle que soit l'origine du cambium, il n'en joue pas moins un rôle extrêmement important dans l'accroisse- TIGE. xuenl des liges. En effet, dans toutes les hypothèses émises pour expliquer ce phénomène, sa présence n'est pas moins indispensable, comme nous le démontrerons pro- chainement en traitant de Taccroissement des tiges di- cotylédones. Un grand nombre de phénomènes prouvent la néces- ^J^ages .lu lii.er. site indispensable du liber pour la végétation. Une greffe ne reprendra qu'autant que son liber se trouvera en con- tact avec celui de l'arbre sur lequel on l'implante. Une marcotte dont la partie inférieure est privée de liber ne s'enracinera pas. Si l'on enlève sur le tronc d'un arbre une bande circulaire de liber , de manière à laisser le corps ligneux à nu, non-seulement toute la partie supé- rieure de l'arbre ne se développera pas l'année suivante, mais l'arbre entier finira même par périr. Chaque année il se forme une nouvelle couche de liber, Renouveiu- •?• i'if» •. 1 ,,1-1. f ,,-. ment du liber qui S ajoute a la lace interne de celle de l'année précédente. i;elle-ci se durcit , se sèche , et, par la distension que lui font éprouver les couches ligneuses qui augmentent de nombre et d'épaisseur, les feuillets corticaux s'amin- cissent, leurs fibres s'écartent, et les mailles du réseau qu'elles représentent deviennent de plus en plus larges. Les couches corticales sont traversées par des lignes divergentes du centre vers la circonférence, qui sont une prolongation des rayons médullaires dont nous traiterons tout à l'heure. §. 4' De TAiibier oujauxhois. Les couches ligneuses les plus extérieures , celles qui Aubier. touchent le liber, constituent l'aubier. Cette partie n'est point un organe distinct du bois proprement dit, dont les couches sont situées au-dessous j c'est du bois, mais encore jeune , et qui n'a point encore acquis toute la dureté ni toute la ténacité qu'il doit présenter phis lard. 86 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. Aussi l'aubier ofFre-t-il absolument la même structure que le bois, en observant toutefois que son tissu est formé de fibres plus faibles , plus écartées les unes des autres, et en général d'une teinte plus claire. Différence Je La différence de coloration entre le bois et l'aubier est J aubier et du i^ois. très-remarquable dans les arbres dont le bois est très-dur, très-compacte , et particulièrement dans ceux où il offre une teinte plus ou moins foncée : ainsi , dans les bois de gaïac , d'ébène et de Campêche , le bois propre- ment dit est noir ou rouge foncé , tandis que les couches d'aubier présentent une teinte très -claire. Mais dans les arbres à bois blanc et à gros grains , la différence entre les couches ligneuses proprement dites et l'aubier est peu sensible. Ainsi, dans le peuplier , le pin , le sapin , l'aubier et le bois ne «ont distincts oi par leur couleur , ni par leur densité. Nous présenterons, en parlant de l'accroissement des tiges en diamètre , les opinions très - diverses des au- teurs sur l'origine de l'aubier. §. 5. Du Boisiiropremcnt dit. Bois. Le hoîs tire son origine des couches les plus intérieures de l'aubier , qui acquièrent successivement une dureté plus considérable , et finissent par se convertir en véri- table bois. Celui-ci est donc composé de toutes les cou- ches circulaires situées entre l'aubier et l'étui médullaire. Durant la vie du végétal, il se forme chaque année une couche de bois et une couche d'aubier , c'est-à-dire que la couche la plus intérieure de l'aubier devient bois à mesure qu'il se régénère à l'extérieur une nouvelle couche d'aubier; en sorte qu*'il s'ajoute tous les ans une nouvelle zone concentrique à celles qui existaient déjà. Duramen, Lc bois proprement dit, que M. Dutrochet propose de désigner sous le nom spécial de duranieiiy emprunté TIGE. 07 à la lan[]ue laliiie, esl, eu jjéuéral, la partie la plus dure du tronc 5 mais sa dureté n'est point la nièine dans toutes les zones qui le constituent. Dans res arbres dicotylédo- nes , les couches les plus intérieures , qui sont en même temps les plus anciennes , ont une solidité et une com- pacité plus grandes que les extérieures, qui se rappro- chent en général, à cet égard, de l'aubier. Ordinaire- ment le passage du bois à l'aubier est presque insensible, parce que le plus souvent leur couleur est la même; mais quelquefois la différence est des plus tranchées , comme nous l'avons fait remarquer pour Fébène et le bois de Campêche. Les vaisseaux du bois sont des fausses trachées , des Vaisseaux du vaisseaux poreux , mais jamais de véritables trachées. Ils sont tantôt dispersés sans ordi'e dans la substance du bois, tantôt réunis en faisceaux, Mais il arrive une époque où , par les progrès de l'âge , les parois de ces vaisseaux s'épaississent , leur cavité diminue, finit même par disparaître , et le coiu's des liquides paraît être in- terrompu dans la substance ligneuse. La dureté plus ou moins grande des diverses espèces de bois paraît dépendre de la nature très -diverse des duiéte du bois. matériaux que la végétation dépose dans le tissu li- gneux ; car ce tissu lui - même semble à peu près iden- tique dans presque' tous les arbres , lorsqu'on le dépouille des matières étrangères dont il était pénétré. Duhamel a démontré d'une manière péremptoire la Tiansfoima- transformation de l'aubier en bois. Il fit passer un fil eu bois. d'argent dans les couches de l'aubier-, il en ramena les deux bouts au dehors et les noua. Ayant coupé la bran- che quelques années après , et examiné les fils qu'il avait passés dans l'aubier , il les trouva engagés dans le bois -, par conséquent, l'aubier était devenu bois. lairu 88 ORGAINES DE L\ VÉGÉTATION. §. 6. De r Etui médullaire. Etui luedui- L'étui médullaire *coinme nous l'avons déjà dit, est un canal qui occupe le centre de la tige j il tapisse la cou- che la plus intérieure du bois , et a pour usage de conte- nir la moelle. Ses parois sont formées de vaisseaux très- longs, parallèles et disposés longitudinalement. Ces vais- seaux sont des trachées , de fausses trachées et des vais- seaux poreux. L'étui médullaire est la seule partie delà tige où l'on ait jusqu'à ce jour observé les trachées. Ces vaisseaux peuvent être déroulés , non-seulement dans les jeunes pousses, mais encore dans les branches déjà enra- Formes. cinécs. La forme de Fétui médullaire n'est pas la même dans tous les végétaux. Assez souvent elle est arrondie ; quelquefois cependant l'aire de l'étui médullaire est el- liptique , comprimée , à trois , à quatre , à cinq ou à un grand nombre d'angles. Cette forme, ainsi que l'a prouvé Palisot de Beauvais , paraît déterminée par la position des feuilles sur les branches. Ainsi, quand les feuilles sont opposées, la coupe du canal médullaire est elliptique, comme dans le frêne , par exemple \, si les feuilles sont verticillées par trois, le canal médullaire sera triangu- laire , comme on l'observe dans le laurier - rose , et amsi de suite. Néanmoins cette loi est loin d'être générale, et l'on y trouve d'assez nomljreuses exceptions. Ainsi, par exemple , Vhortensia , qui a les feuilles opposées , offre un canal médullaire régulièrement hexagonal. L'étui médullaire une fois formé , sa forme et ses di- mensions ne changent plus , et restent constamment les mêmes pendant toute la vie du végétal. C'est donc à tort que l'on dit généralement que le canal médullaire se res- serre petit à petit sur lui - même , et qu'il finit par dispa- raître par les progrès de l'âge . C'est M . Du Petit-Thouars qui a le premier prouvé l'invariabilité du canal médullaire. TIGE. 89 §.7. Delà Moelle. La moelle ou inédulle interne est cette substance Modie, spongieuse, diaphane et légère, formée, presque en totalité , de tissu cellulaire à son état de simplicité , qui remplit l'étui médullaire. Quelques vaisseaux semblent , dans certaines plantes herbacées , comme les férules , la belle-de-nuit, la parcourir longitudinalement : on les iwmxao. fibres ou vaisseaux médullaires. Les cellules du Vaisseaux me'. tissu cellulaire qui constituent la moelle ont en gêné- ''"^'^""*'- rai une grande régularité 5 comme celles du tissu cellu- laire des autres parties , elles communiquent toutes les unes avec les autres. Quelquefois , et surtout dans les jeunes branches et les plantes herbacées, le tissu cellu- laire de la moelle est abreuvé de fluides et rempli de granulations vertes. C'est ce que l'on Voit , par exem- ple , en cassant une jeune branche de sureau ou de ro- sier d'une année : la moelle parait êti-e un tissu cellu- laire charnu, vert et très- humide. Mais , par les pro- grès de la végétation , toutes ces substances , en quelque sorte étrangères à la nature propre de la moelle, et qui y sont déposées pour servir à la nutrition , disparaissent, et il ne reste plus dans l'étui médullaire qu'un tissu dia- phane, plus ou moins desséché et spongieux. Dans quelques végétaux , à mesure que la tige s'ac- croît , le canal médullaire se vide en partie , et quelque- fois en totalité ^ toute la moelle finit par disparaître , et la tige devient creuse ou fistuleuse : c'est ce que l'on ob- serve , par exemple , dans un gTand nombre de plantes de la famille des Oiïd)ellifères. Cette disparition de la moelle n'a quelquefois lieu que d'une manière incomplète. Tantôt il se forme dans l'étui médullaire des cavités qui sont séparées les unes des au- ()0 ORGAINES DE L\ VÉGÉTATION. très par des disques de moelle-, tantôt celle-ci se rejette sur les parois internes de l'étui médullaire. Commiinica- La moellc communique avec la couche celluleuse et Uon avec l'eave- loppe heiLacée. hcrbacéc dc l'écorcc au moyen de prolongemens parti- culiers qu'elle envoie à travers le corps lijineux. C'est à ces prolongemeus , disposés sur une coupe transversale du tronc , comme des rayons partant en divergeant du centre à la circonférence , que l'on a donné le nom j if'T'"* '"^' à^^fisertions ou de prolongemens médullaires. Ils servent à établir une comm^unication directe entre la moelle et le tissu cellulaire extérieur de la tige. Existent auisi Lcs layous méduUaircs existent également dans la plus grande partie de l'épaisseur de l'écorce , puisqu'ils servent à établir la communication entre la médulle in- terne et la médulle externe-, mais ceux de l'écorce n'ont point une comoiunicatioa directe avec ceux des cou- ches ligneuses. Leur oigajii- M. le profcsscur Amici a reconnu qu'ils sont formés de petits tubes poreu:i , placés horizontalement , qui ne contiennent jamais que de l'air, et qui établissent la communication entre les parties internes et externes de la plante. Usngps de la Si maintenant nous cherchons à savoir quels sont les "'""■ ''" usages de la moelle , nous verrons que les opinions ont beaucoup varié à Cet égard. Ainsi, selon le célèbre Haies, elle est l'agent essentiel cle la végétation. Etant élastique et dilatable , elle agit à ïa manière d'un ressort sur les autres parties , qu'elle sollicite ainsi à se développer. D'autres , au contraire , la considèrent comme un corps tout- à - fait inerte. M. Dutrochet a , dans ces derniers temps , reproduit l'opinion de Haies, en faisant jouer à la moelle un rôle extrêmement important dans les phé- nomènes de l'accroissement des végétaux. Nous revien- drons prochainement sur cette opinion. TIGE. 91 Tels sont les differens organes que l'on trouve en ana- lysant la tige des végétaux dicotylédons. Cependant toutes ces parties sont loin d'être toujours réunies et vi- sibles sur la même plante. Quelquefois elles se confon- dent tellement les unes avec les autres , qu'il est pres- que impossible de les distinguer et de les isoler. Mais , lorsqu'on connaît bien la structure la plus compliquée d'une partie , il devient facile de se représenter , dans certains cas , ceux de ces organes qui peuvent y man- quer accidentellement. Il nous reste maintenant à étudier comparativement la structure de la tige des monocotylédons , afin d'expo- poser ensuite le mode particulier de développement et d'accroissement propre à chacune de ces deux grandes divisions du règne végétal. SECTÎOSI II. ORGANISATION DE LA TIGE DES MONOCOTYLÉDONS. Le stipe ou tige des Palmiers, et en général de toutes gt,- , les autres monocotylédones arborescentes , offre une or- ganisation tout-à-fait différente de celle des végétaux, dicotylédons. M. Desfontaines a le premier confirmé la grande di- vision des végétaux phanérogames en monocotylédons et en dicotylédons , en nous faisant mieux connaître, par une dissertation insérée dans le premier volume des Mémoires de V Institut, la véritable organisation des tiges monocotylédones , et les différences qui la distin- guent de celle des dicotylédones. En général , la tige des monocotylédons est cylindri- p^rmes. que, plus élancée, plus simple que celle des arbres à deux cotylédons. Très - rarement elle se divise en rameaux , comme celle que nous venons d'étudier précédemment. 92 ORGANES DK LA VÉGÉTATIOIH, organisaiioa. Le stipe (l'un arbre monocotylédoné , d'un palmier , par exemple , coupé en travers , ne présente pas , comme le tronc d'un chêne , d'un orme ou de tout au- ^'S- '6- tre arbre de nos forêts, un aspect régulier et symétri- que de zones circulaires de bois, d'aubier, de liber et d'écorce, toujours disposées dans le même ordre -, un canal médullaire occupant constamment la partie cen- trale de la tige. Ici, toutes ces parties semblent réunies, ou plutôt confondues les unes avec les autres. La moelle remplit toute l'épaisseur de la tige -, le bois , disposé par faisceaux longitudinaux, se trouve en quelque sorte perdu , et comme dispersé sans Pas decoice. ordrc au milieu de la suljstance médullaire. L'écorce n'existe pas toujours, et quand elle ne manque pas, •elle est si peu distincte des autres parties de la tige , qu'on pourrait croire également qu'elles n'en sont pas recou- vertes. Dans tous les cas , elle n'offre pas cette structure par lames ou feuillets superposés , ces couches curtîcales, dont nous avons constaté l'existence dans les arbres dico- . tylédonés. Bans les arbres dicotylédones, la partie la plus dure est celle qui se rapproche le plus du centre de la tige , parce qu'elle est formée des couches ligneuses les plus an- ciennes. Le contraire a lieu dans les arbres monocoty- lédonés , où la partie la plus voisine de la circonférence se trouve avoir la solidité la plus grande. Dans les pre- miers , en effet , les couches les plus anciennes sont au centre ; elles occupent au contraire la circonférence dans les seconds. C'est ce que l'on concevra facilement tout à l'heure , quand nous aurons exposé le mode parli-^ TIGE. 93 culier suivant lequel se forme et s'accroît la tige des monocotylëdons. Les faisceaux ligneux de la tige , qui se réunis'sent fréquemment ensemble par leurs parties la- térales , de manière à former un réseau plus ou moins régulier, sont , comme dans les dicotylédons, accompa- gnés de vaisseaux poreux , de trachées et de fausses tra- chées. Ainsi donc les arbres monocotylédons se distinguent des arbres dicotylédons , non-seulement par la structure de leur embryon , mais encore par celle de leur tige. En effet , leur stipe , qui est en général simple et cylindri- que , n'ofi're point , comme le tronc des chênes et des ormes , des couches de bois emboîtées les unes dans les autres, et disposées régulièrement autour d'un canal central renfermant la moelle -, mais la moelle forme , en quelque sorte , toute l'épaisseur de leur tronc , et les fibres ligneuses , au lieu d'être réunies et rapprochées les unes contre les autres , sont écartées , isolées , et leurs faisceaux épars au milieu de la substance spongieuse de la moelle. En traitant, dans la cinquième section, de l'accroissement et du développement des tiges, nous es- pérons prouver que l'organe ainsi nommé dans les mo- nocotylédons ligneux, et spécialement dans les palmiers, les Dracœna, Yucca , etc. , n'est pas une véritable tige, mais un organe tout-à-fait différent. SECTIOS III. ORGAMSATION DE LA TIGE DES FOUGÈRES ARBORESCENTES. Certaines Fougères, dans les contrées tropicales , pré- pou^èies ar- sentent une tige cylindrique et ligneuse, simple, cou- ^°'"'^'"''"' ronnée par un A'aste faisceau de feuilles terminales , et tout-à-fait analogue au stipe des palmiers. L'organisa- tion intérieure de ces tiges se rapproche aussi beaucoup 94 ORGANES DE LA VÉGÉTATIOTV. de celles des nionocotylédones arborescentes. C'est du tissu cellulaire, dans l'intérieur duquel sont des vaisseaux rayés , souvent remplis de sucs colorés , réunis en fais- ceaux , et offrant sur la coupe transversale de la tige des ta- ches brunes de formes bizarres et variées (/^.fig. 17), tantôt en croissans irréguliers, tantôt formant des figures singu- lières , comme dans la souche pivotante à\x pteris aqiii- lina , où l^'on croit voir un aigle germanique. L'accroissement de cette tige des fougères arborescen- tes est absolument le même que celui des stipes mono- cotylédones. Aussi, de môme que dans ces derniers, la partie la plus dure est placée à l'extérieur de la tige. SECTIOS IV. DE l'oRGAIN'ISATION DE LA RACIINE. Maintenant que la structure intérieure des diverses espèces de tiges nous est connue , il nous sera plus facile d'étudier comparativement celle que présentent les ra- cines. Les racines Toutes Ics raclucs sout généralement organisées comme sont organisées . ..., , i't iri i comme les tiges. Ics tiges. Amsi , daus Ics arbres dicotyledons , la coupe transversale de la racine offre des zones concentriques de bois disposées circulairement et emboîtées les unes dans lés autres. On a dit que le caractère vraiment dis- tinctif entre la tige et la racine , c'est que cette dernière est dépourvue de canal médullaire , et par conséquent de moelle-, tandis qu'au contraire nous savons que cet organe existe constamment dans les arbres dicotyledons. Il suit de là nécessairement que les insertions médullai- res manquent aussi dans les racines. TIGE. C)5 Cependant cette différence nous paraît de peu d'im- eii-s out «n , „ ., , . p -^ T-' canal niccIuU portance , et même tout-a-fait contrau'e aux laits, hn inire. effet, nous avons trouvé dans un grand nombre de vé- gétaux que le canal médullaire de la tige se prolonge sans aucune interruption dans le corps de la racine. Si, par exemple, on fend longitudinalement la tige et la ra- cine d'un jeune marronnier d'Inde d'un à deux ans, on verra le canal médullaire de la tige s'étendre jusqu'à la partie la plus inférieure delà racine. Il en sera de même si l'on examine une jeune plantule de sycomore ou d'é- rable plane. Mais très-fréquemment ce canal , qui était très-manifeste dans la plante peu de temps après sa germination, finit par diminuer, et même disparaître insensiblement par les progrès de la végétation , en sorte qu'on ne le retrouve plus dans les plantes adultes , chez lesquelles il a d'abord existé. Il résulte de là qu'on ne peut donner comme un caractère anatomique distinctif entre la tige et la racine le manque de canal médullaire dans cette dernière , puisqu'il existe presque constam- ment dans la radicule de la graine germante, et souvent dans la racine d'un grand nombre de végétaux , long- temps après cette première époque de leur vie. Cepen- dant les racines pivotantes ne l'offrent jamais dans leurs ramifications , même dans celles qui sont les plus grosses. Jusqu'en ces derniers temps , on avait donné comme p,,^^ ^^^ j^. caractère distinctif entre la structure anatomique de la t'-achcfs, racine et celle de la tige le manque de vaisseaux trachées dans ce premier organe; cependant deux des savans qui en Allemagne se sont occupés de l'anatomie végétale avec le plus de succès, MM. Link et Tréviranus , sont parvenus à trouver ces vaisseaux dans la racine de quel- ques plantes. Plus récemment encore M. Amici a décou- vert des trachées dans les racines de plusieurs plantes, q6 organes de la végétation. « et entre autres de Vagapanthus umhellatus et du crinutn crtihescens. Racines des La différence que nous avons vu exister dans l'orga- tyie"dui^ës""'"^°" ûisation du tronc des dicotylédons et du stipe des mono- cotylédons, se remarque également dans leurs racines. En effet, jamais dans les plantes monocotylédones on ne trouve de pivot faisant suite à la tige. Cette disposition est une conséquence du mode de développement de la graine h. l'époque de la germination , puisque , comme nous le verrons plus en détail en traitant de cette fonc- tion , la radicule centrale et principale se détruit tou- jours peu de temps après la germination. Différence en- Il cxiste cncorc uuc autrc différence très-remarquable l's u^sr'""^*' entre les racines et les tiges. Ces dernières , en général , s'accroissent en hauteur par tous les points de leur éten- due, tandis que les racines ne s'alongent que par leur extrémité seulement. C'est ce qui a été prouvé par les expériences de Duhamel. Que l'on fasse à une jeune tige, au moment de son développement , de petites marques éloignées les unes des autres , d'un pouce , par exemple, et l'on verra , lorsque l'accroissement sera terminé, que les espaces situés entre ces marques se sont considérable- ment augmentés. Que l'on répète la même expérience sur des racines , et l'on se convaincra que , ces espaces res- tant les mêmes, tandis que la racine s'est alongée, l'aug- mentation en longueur a eu lieu par son extrémité seu- lement. • SECTIOSI V. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR l'aCCROISSEMENT DES VÉ- GÉTAUX, ET EN PARTICULIER SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA TIGE. Accroissement Tous Ics corps dc la uaturc tendent à s'accroître. Cette en gênerai. ^^^ ^^^ commune aux corps inorganiques aussi bien TIGE. gy qu'aux êtres organisés. r\Iais l'accroissement présente des différences très-marquées, suivant qu'on l'étudié dans ces deux groupes primitifs des corps de la nature. Dans les minéraux , en effet , il n'offre point de limites déter- minées : ces corps s'accroissent continuellement, jusqu'à ce qu'une cause fortuite vienne mettre un terme à leur développement. Les animaux et les végétaux ayant en général une existence dont la durée est déterminée, chez eux l'accroissement est toujours en rapport avec la durée de leur existence. Dans les minéraux ce sont de nouvelles molécules qui s'ajoutent extérieurement à celles qui existaient déjà et qui en constituaient le noyau primitif; en sorte que la superficie de ces corps se re- nouvelle à chaque instant et à mesure que leur volume augmente. De là la dénomination de jiixta- position donnée au mode particulier de l'accroissement dans les corps bruts. Si au contraire vous étudiez l'accroissement dans les êtres cloués d'organisation , vous verrez qu'il a lieu de l'intérieur vers rextérieur,'que ce sont ou des par- ties primitivement existantes qui s'alongent, ou des or- ganes nouveaux qui se forment dans l'intérieur des pre- mières et se développent en tout sens, pour augmenter la masse et le volume du corps. Aussi a-t-on nommé intus-susception cette manière de croître , particulière aux animaux et aux végétaux. L'accroissement ne présente pas des différences moins frappantes lorsque l'on compare entre eux sous ce rap- port les végétaux et les animaux. Dans les premiers, en effet, l'accroissement n'est pas renfermé dans des limite.-; aussi rigoureusement déterminées que dans les seconds. Le volume du corps , aussi bien que le nombre de ses parties constituantes, ne sont point fixes. L'art et la culture peuvent exercer sur le développement des vé- gétaux l'influence la plus marquée. Il suffit, pour s'en l" Partie. 98 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. convaincre, de comparer entre eux deux arbres d'une même espèce , dont l'un vit abandonné dans un terrain sec et rocailleux , tandis que l'autre est cultivé dans un terrain sid)stantiel et profond. Le premier est petit , ses rameaux sont courts, et ses feuilles étroites j le second, au contraire , élève majestueusement son tronc couronné de branches longues et vigoureuses , et ornées d'un feuil- lage épais. Dans les animaux, le volume et la forme gé- nérale du corps , le nombre des parties qui doivent le constituer, sont plus fixes, et sujets à moins de varia- tions j tandis que dans les végétaux il est en quelque sorte impossilîle de trouver deux individus de la même espèce qui offrent un nombre égal de parties. Si maintenant nous cherchons à étudier les phéno- mènes de l'accroissement dans les végétaux en particu- lier , nous verrons que ces êtres se développent en deux sens , c'est-à-dire qu'à mesure que leur hauteur aug- mente, leur diamètre devient plus considérable. Nous avons vu , en traitant de l'organisation de la tige , que les arbres dicotylédons et les arbres monocotylédons étaient loin d'avoir la même structure intérieure , et qu'il existait entre eux des différences extrêmement tran- chées. Ces différences dépendent évidemment du mode particulier suivant lequel les végétaux de ces deux gran- des séries se développent. Aussi traiterons -nous séparé- ment de l'accroissement dans les arbres monocotylédons et dans les arbres dicotylédons. § 1. Accroisseinent de la tige des arbres dicotylédons. A. Accroissement en diamètre. ea^aTaSr"' ^^^^^ ^^^ végétftux s'accroisscut en diamètre. Il suffit de jeter les yeux sur les arbres qui végètent autour de nous, pour nous convaincre de cette vérité; aussi per- sonne ne l'a-t-il cpntesté. Mais par quel mécanisme cet TIGE. gg accroissement a-t-il lieu? C'est ici jque l'on est loin de s'accorder. Parmi les opinions diverses qui ont été émises par les physiologistes , nous distinguerons particulière- ment les trois suivantes : i" l'accroissement a lieu p£^r la transformation annuelle du liber en aubier-, 2° parle développement des bourgeons -, 5" par le cambium , qui forme chaque année une couche distincte de liber et d'au- bier. Aous allons les exposer ici avec quelques détails. r L'accroissement en diamètre a lieu dans les arbres dicotylédons par la transformation annuelle du liber en aubier , de l'aubier en bois , et par le renouvellement successif du liber. Tel est le fondement delà théorie de Duhamel, de celle Théorie j, que cet auteur célèbre a développée dans sa 7%^/^,/^ °"'""'''' des arbres. Nous prendrons la tige à l'époque de son premier dé- veloppement , c'est-à-dire lorsque , par l'effet de la ger- mination , elle sort de la gi-aine qui la contenait , et commence à se montrer à l'extérieur. Toutes les parties du végétal renfermées dans la graine avant la germination, ne sont formées que par un tissu cellulaire dense et régulier. La tige se trouve, comme les autres organes, entièrement privée de vaisseaux. On n'aperçoit, à proprement parler, aucune ti'ace d'écorce, de moelle , de liber , etc. Mais à peine la germination est-elle commencée , à peine la tige a-t-elle acquis quel- que développement, qu'on voit des trachées, de fausses trachées et des vaisseaux poreux se former , pour con- stituer , en se réunissant , les parois de l'étui médullaire. C'est cette partie intérieure de la tige qui la première est apparente et s'organise. La moelle se trouve contenue dans son intérieur; mais elle est encore verte et abreuvée d'une gi-ande quantité de fluides aqueux. Bientôt on voit la surface externe de l'étui médullaire se séparer de 7- 100 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. l'écorce et se recouvrir d'un tissu cellulaire fluide : c'est la première couche de cambium , qui d'un côté va former le premier liber , et de l'autre constituer les couches corti- Le liber se calcs. Ce liber se convertira bientôt en auliier, à mesure change en aubier qu'une nouvelle couche s'organisera pour remplacer la première. L'année suivante , le nouveau liber formera une seconde zone d'aubier, et sviccessivement ainsi, tous les ans , une couche d'aubier se convertira en véritable bois , tandis que le liber aura lui-même acquis les pro- priétés et la nature de l'aubier. Ce développement ré- gulier de la tige explique la formation des couches ou zones concentriques que l'on observe sur la coupe trans- versale de la tige d'un arbre dicotylédon. Mais ces cou- ches n'ont pas toutes la même épaisseur, et cette épais- seur n'est souvent pas égale dans toute leur circonfé- rence. Une observation attentive explique facilement cette disposition singulière. On a remarqué , en effet , que la plus grande épaisseur des couches ligneuses cor- respondait constamment au côté où se trouvaient les racines les plus considérables , qui , par conséquent , avaient puisé dans la terre une nourriture plus abon- dante. C'est ainsi, par exemple , que les arbres situés sur la lisière d'une forêt présentent toujours des couches ligneuses plus épaisses du côté extérieur, parce qu'en effet leurs racines, n'y éprouvant pas d'obstacles, s'y étendent et y acquièrent un développement plus considérable. Dans cette théorie de Duhamel, que nous sommes bien loin d'adopter, on voit que c'est le liber qui joue le rôle le plus important dans la formation des couches li- gneuses , puisque c'est lui qui chaque année se converti t en une nouvelle zone d'aubier , qui s'ajoute à celles qui existaient déjà. Regcneraiion Lc libcr étant Torganc essentiel de la végétation , et changeant chaqu'i année de forme et de consistance , la TIGE. 101 nature a du poun'oir aux moj^ens de le reproduire aussi chaque année. C'est ce qui a lieu en effet. Si nous étu- dions avec attention le développement successif des di- vers organes qui composent la tige des dicotylcdons , nous verrons que, la première année, entre les couches corticales et Tétui médullaire se trouve un liquide gé- latineux auquel Grew et Duhamel ont donné le nom de cambium. C'est ce fluide particulier qui contient les premiers rudimens de Torganisation. A mesure que la jeune tige se développe , la couche la plus intériei^e de ce liquide prend de la consistance , s'organise, se durcît, se change en liber, qui , à la lin de la première année , se trouve converti en une substance ligneuse , encore molle et mal formée. L'automne arrive, et la végétation s'arrête en cet état. La couche extérieure du cambium , qui n'a point encore entièrement changé de natui'e, reste stationnaire , et comme engom-die. Cependant , au retour du printemps , quand la chaleur du soleil vient tirer les végétaux de leur sommeil hivernal, le cambium reprend sa force végétative-, il développe les bourgeons et les nouvelles racines ; et, lorsqu'il a pro- duit toutes les parties qui doivent servir à Tentretien de la vie du végétal, il se durcit peu à peu, devient com- pacte , en un mot, suit et éprouve les mêmes change- mens que celui qui l'a précédé. ]\Iais , à mesure que ces changemens s'opèrent , que le liber se durcit et change de nature , que la couche qu'il a remplacée ac- quiert une solidité plus grande , il se développe un nou- veau liber. De tous les points de la surface extérieure de celui qui est prêt à se convertir en bois , suinte une humeur visqueuse , c'est un nouveau cambium , un nouveau liber qui va s'organiser, se développer , et suivre les différentes époques d'accroissement parcourues par ceux qui l'ont précédé, et dont il a tiré son origine. 102 ORGANES DE LA VEGETATION. Tels sont les moyens que la nature met en usage pour renouveler chaque année la partie végétante de la tige. C'est ici que [se présente la grande différence des tiges ligneuses et des tiges herbacées. Dans les tiges ligneuses, en effet , c'est au développement successif d'une nou- velle couche de liber que l'arbre doit sa durée et la per- sistance de sa végétation. Dans les tiges herbacées, au contraire, tout le cambium se consume à produire les différens organes de la plante , et, à la lin de l'année , se trouj^ entièrement converti en une sorte de substance ligniforme , sèche et aride. Il ne reste donc point, comme dans la tige ligneuse , une certaine quantité de matière gélatineuse , chargée de conserver d'une année à l'autre les germes d'une nouvelle végétation , et la plante meurt nécessairement , faute d'une substance propre à renouveler son développement. Après avoir développé avec quelques détails la théo- rie de la formation des couches ligneuses au moyen de la transformation annuelle du liber en aubier, nous de- vons faire connaître celle qui a été émise par M. Du Pe- tit-tliouars , et qui a fait , entre plusieurs physiologis- tes , le sujet de tant de contestations. 2* La formation successive des couches ligueuses , c'est-à-dire l'ac- croissemenl en diamètre , est produit par le développement de bourgeons. M. Du"' Petit- Dans la théorie précédente , c'est au liber que l'on at- rbouâii. trïbtie la plus grande part dans les phénomènes de l'ac- croissement en diamètre; ici , au contraire , ce sont les bom-geons qui jouent le rôle le plus important dans cette opération. M. Du Petit-Thouars , ayant remarqué que les bourgeons sont assis sur le parcnchj^me extérieur, et que leurs fibres communiquent avec celles des scions ou jeunes rameaux qui les supportent , en a tiré les consé- TIGE. 105 quences suivantes, qui forment la base de sa théorie de l'organisation végétale. i". Les bourgeons sont les premiers phénomènes sen- Lesi)ouigeoiu • I 1 1 1 r r • r' ev 1 • forment les fi- sibles de la végétation. En effet, toutes les parties qui , Lres ligneuses. dans les végétaux, doivent se développer à l'extérieur, sont d'abord renfermés dans des bourgeons. Il en existe un à Faisselle de toutes les feuilles •, mais ce bourgeon n'est apparent que dans les plantes dicoty- lédones , et parmi les monocotylédons dans la famille des Graminées seulement. Dans les autres monocotylé- dons , ce bourgeon est latent, et ne consiste que dans un point vital , susceptible , dans certaines circonstances , de se développer à la manière des bourgeons de^ dicoty- lédons. 2". Par leur déA'eloppement , les bourgeons donnent naissance à des sciojis ou jeunes branches chargées de feuilles , et le plus souvent de fleurs. Chaque bourgeon a une existence en quelque sorte indépendante de celle des autres. M. Du Petit-Thouars les regarde comme ana- logues, dans leur développement et leur structure, aux embryons renfermés dans l'intérieur des graines, qui , par l'acte de la germination , développent une jeune tige que l'on peut comparer , avec juste raison , au scion produit par l'évolution d'un bourgeon. Aussi donne- t-il à ces àçxn\Qx%\e\\ovL\ du embryons jîxes ou adhérens, par opposition à celui d'em,hri/ong fibres, conservé pour ceux renfermés dans l'intérieur de la graine. 0°. Si l'on examine l'intérieur de ces bourgeons sur un scion ou jeune branche de l'année, on voit qu'ils commu- niquent directement avec le parenchyme intérieur ou la moelle. Or, cette moelle, comme nous l'avons dit, est d'abord verte , et ses cellules sont remplies de il aides aqueux très-abondans. C'est dans ces fluides aqueux que les bourgeons puisent les premiers matériaux de leur 104 ORGAINES DE LA VÉGÉTATION. développement. Ils se nourrissent donc aux de'pens du parenchyme intérieur^ et en absorbant les fluides qu'il contient , ils le dessèchent , et le font passer à l'état de moelle proprement dite , plus ou moins opaque ou dia- phane. 4°. Dès que ces bourgeons se manifestent , ils obéissent à deux mouvemens généraux, Tun montant ou aérien , l'autre descendant ou terrestre. C'est ici que M. Du Pe- tit - Thouars rapproche la structure et les usages des bourgeons de ceux des embryons - graines. Il considère en quelque sorte les bourgeons comme des embryons germans. La couche de cambium située entre l'écorce et le bois est , pour le bourgeon , analogue au sol sur le- quel la graine commence à germer. Son évolution aérienne donne naissance à un scion ou jeune branche-, tandis que de sa base , c'est-à-dire du point par lequel il adhère à la plante-mère, partent des fibres ( que l'au- teur compare à la radicule de l'embryon) , et qui , glis- sant dans la couche humide du cambium, entre le liber et Taubier, descendent jusqu'<à la partie inférieure du vé- gétal. Or, chemin faisant , ces fibres rencontrent celles qui descendent des autres bourgeons^ elles s'y réunis- sent , s'anastomosent entre elles , et forment ainsi une couche plus ou moins épaisse , qui prend de la consis- tance , de la solidité , et constitue chaque année une nouvelle couche ligneuse. Quant au liber, une fois formé, il ne change plus de nature, et n'éprouve aucune trans- formation. Cette théorie est extrêmement ingénieuse , et M. Du Petit-Thouars s'appuie sur plusieurs faits pour en prou- ver l'exactitude. Ainsi, dit-il, lorsque l'on fait au tronc d'un arbre dicotylédon une forte ligature circulaire, il se forme au-dessus de l'obstacle un bourrelet , et l'ac- croissement en diamètre cesse d'avoir lieu au-dessous de TIGE. 100 la ligatiu-e. Ce bourrelet est formé par les fibres ligneu- ses qui descendent de la base des bourgeons en glissant dans le cambiuni situé entre le liber et l'aubier. Ces fi- bres ligneuses rencontrent un obstacle qu'elles ne peu- vent surmonter, s'y accumulent et s'j arrêtent. Dès-lors il ne peut plus se former de nouvelles couches ligneuses au-dessous de leur ligature, puisque les fibres qui doi- vent les constituer cessent d'y arriver. Telle est l'expli- cation donnée par J\I. Du Pelit-ïhouars du fait de la ligature et du bourrelet circulaires, que la plupart des aii^teurs expliquent d'une manière tout- à -fait diffé- rente. M. DuPetit-Thouars s'autorise encore des phénomènes de la greffe pour étayer sa théorie. Lorsque l'on greffe en ecusson^ on prend ordinairement un bourgeon encore stationnaire , on applique sa base sur la couche ducam- bium que l'on a mise à nu -, dès-lors les radicelles ou fi- bres qui partent de la base du bourgeon glissent entre l'écorce et l'aubier , et le nouveau sujet s'est ainsi iden- tifié à celui sur lequel on l'a greffe. J'ai vu chez jM. Du Petit-ïhouars une pièce pré- cieuse , qui sem])le un argument bien fort en faveur de sa théorie et dont il a donné une très-bonne figure dans un recueil de mémoires, imprimé, mais resté, je crois, inédit. C'est une branche de rohînia pseudoacacia , sur laquelle avait été greffe un jeune scion de rohinia his- pida. Le sujet est mort ; mais la greffe ayant continué de végéter , on voit partir de sa Ijase une sorte d'empâ- tement formé de fibres très-distinctes, qui embrassent l'extrémité de l£f branche dans une assez grande étendue, et lui forment une sorte d'étui. Dans cet exemple , on reconnaît avec la dernière évidence que les fibres des- cendent de la base de la greffe pour se répandre sur le sujet. Objections. 106 ORGAISES DE LA VÉGÉTATION.' Malgré toutes les raisons alléguées par l'auteur, en fa- veur de sa théorie , aucun physiologiste ne l'a encore entièrement adoptée. Au contraire, presque tous ceux qui s'occupent de la phj'sique des végétaux l'ont plus ou moins combattue. Les principaux argumens que l'on a cherché à opposer à la théorie de M. Du Petit-Thouars, sont : 1" que rien ne prouve d'une manière irréfragable que les fibres qui établissent la communication entre les bourgeons et les tiges qui les supportent descendent ainsi de ces bourgeons jusque dans les racines • mais à cela M. Du Petit-Thouars répond que les bourgeons sontbKn la source, l'origine première des fibres ligneuses, mais que ce ne sont pas les bourgeons qui fournissent tous les matériaux de leur élongation-, une fois sorties delà base des bourgeons , les fibres se trouvent plongées dans le cambium , où elles absorbent tout ce qui est nécessaire à leur accroissement ; 2" cjue les phénomènes du bour*- relet circulaire, formé à la suite de la ligature du tronc, peuvent s'expliquer par l'interception et la stase de la sève descendante : mais, objecte I\I. Du Petit-Thouars, l'expérience de Haies , constatée par Duhamel , répond à cette objection : ayant isolé complètement deux cy- lindres d'écorce par trois enlèvemens d'anneaux circu- laires , dont l'un était pourvu d'un bourgeon et l'autre n'en avait pas, il en résulta que ce fut sur le premier seulement qu'il se fit un bourrelet inférieur , preuve évi- dente que ce sont les bourgeons qui donnent naissance aux fibres ligneuses^ 5^ qu'il est impossible de concevoir comment des fibres aussi grêles que celles qui unissent les bourgeons aux tiges peuvent, dans un espace de temps aussi court que celui durant lequel la tige s'ac- , croît en diamètre , descendre, de leur propre poids , du sommet d'un arbre de 60 à 80 pieds , jusqu'à sa base : comme l'opinion du savant académicien n'est pas que TIGE. 107 les fibres sortent et descendent toutes formées de la base des bourgeons, mais qu'aiixontraire elles se forment en traversant les couches dWcambium , cette objection aurait moins de valeur; 4*^ que, puisque ce sont les libres descendant de la base des bourgeons qui constituent les couches ligneuses , si dans la greffe en écusson on grefle un bourgeon d'un arbre à bois coloré sur un individu à bois blanc , les libres qui partent de ces bourgeons de- vraient conserver leur couleur, et les nouvelles couches ligneuses qu'elles forment en présenter une semblal^le , ce qui n'a pas lieu : cette objection , une de celles dont on a fait le plus de bruit , est aussi une de celles que l'au- teur croit réfuter avec le plus de facilité-, car c'est parce qu'on n'a pas bien compris son opinion, qu'on lui a op- posé cette objection-, en effet, comme M. Du Petit- Thouars n'a cessé de le répéter, les fibres sorties de la base du bourgeon se nourrissent du cambium de la branche à la surface de laquelle elles se forment : or , dans le cas de la gTcfte des deux sujets dont le bois est d'une couleur différente, tant que les fibres nouvelles sont plongées dans le cambium du sujet à bois coloré , elles prennent et conservent la teinte qui leur est natu- relle-, lorsqu'au contraire elles se forment aux dépens du cambium du sujet à bois clair, elles prennent la teinte particulière à ce nouveau bois ; 5° enfin , si c'est le dé- veloppement des bourgeons qui donne lieu à la forma- tion du bois , comment la première couche ligneuse a- t-elle pu se former sur le jeune scion de l'année, puis- que aucun des bourgeons qu'il supporte ne s'est encore développé ? Selon le célèbre académicien dont nous ex- posons ici la théorie, au moment où im bourgeon se dé- veloppe pour former un scion , les feuilles qui le com- posent s'éloignent les unes des autres , et laissent entre elles dés espaces que l'on a nommés tnérithalhs. Si l'on 108 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. examine à cette époque la structure intérieure du jeune scion , on verra que de la base de chaque feuille il part un faisceau de libres dont" réunion constitue l'étui médullaire 5 mais à mesure que ces feuilles se dévelop- pent , il se manifeste à l'aisselle de chacune d'elles un bourgeon qui tend aussitôt à établir sa communication radicale , en déterminant la formation de fibres ligneu- ses. Ce sont donc celles-ci qui recouvrent graduellement l'étui' médullaire , et en composen^t une couche con- tinue. Les deux théories dont nous venons de faire l'expo- sition ne peuvent donc pas être adoptées dans leur en- tier , comme donnant une explication rigoureuse de tous les phénomènes de l'accroissement en diamètre dans les végétaux dicotylédons. En effet, celle de Du- hamel est essentiellement fondée sur la transformation annuelle du liber en aubier, et sa régénération au moyen de la couche de cambium. L'expérience par laquelle ce célèbre physicien dit qu'ayant fait passer un fil d'argent dans le liber, il l'a retrouvé l'année suivante dans l'au- bier, est tout-à-fait inexacte. En effet, tous ceux qui après Duhamel ont cherché à la répéter, n'ont pu oli- tenir le même résultat-, et lorsque le fil d'argent avait été réellement passé à travers le liber, on l'a toujours retrouvé dans cet organe , et non dans l'aubier. Cette théorie doit nécessairement s'écrouler , si nous sapons la base sur laquelle l'auteur l'avait élevée. 3° La fonnalion annuelle dos coucIil-s ligneuses est due au cam- bium , qui, chaque année, fournit les matciiaux d'une nouvelle couche de l'aubiei'. Théorie «le Ccttc opiniou cst ccUe qu'en dernier lieu avait pro- fessée M. Mirbel, et qu'il a brièvement fait connaître TIGE. 109 dans une note, publiée en 1816 dans le Bulletin des sciences de la Sociéfe philomatique. Bien que cette théorie soit comme on volt assez an- cienne , elle a été néanmoins fort mal comprise et fort mal exposée dans tous les ouvrages subséquens; et beau- coup d'auteurs ont fait dire à M. Mirbel toute autre chose que ce qu'il a dit et écfit. Les belles planches que l'auteur a publiée depuis cette époque sur l'ori'gine du bois et du liber , ont de nouveau rappelle l'attention des phy- totomistes sur cette note succincte. Le liber, que l'on avait jusqu'à présent considéré comme l'organe le plus essentiel de la végétation, comme celui qui opérait chaque année l'augmentation en dia- mètre du tronc des arbres dicotylédons , étant au con- traire neutre et passif dans cette opération, on doit cher- cher une autre explication des phénomènes de l'accrois- sement en diamètre. Si l'on examine une jeune branche à l'époque de la végétation , c'est-à-dire quand la sève circule abondamment dans toutes les parties du végétal, voici ce que Ton observe : Entre le lil)er et l'aubier , on trouve une couche d'un fluide d'abord clair et limpide , qui peu à peu s'épaissit et prend de la consistance ; ce fluide , ou le cambium , est formé par la sève descen- Le cambium 1 ri r 1 • 1 1 ' ' fournit les ma- dante , mélangée a une partie des sucs propres des vege- leViam dune taux. Telle était l'opinion généralement admise par tous j^^n^è'^eurau! les physiologistes, depuis Grew et Duhamel, sur le na- ''''''• turel du cambium, et telle est celle qu'on avait encore prêtée à JM. i\Iirbel. Cependant, dès 1816 , il avait émis une opinion tout-à-fait contraire sur ce point impor- tant. Pour lui, en effet, le cambium n'est point un li- c[uide qui s'épanche entre le bois et l'écorce , c'est un vé- ritable tissu qui naît à la fois de ces deux parties de la tige. Il se forme, dit-il, entre le liber et le bois une couche qui est la continuation du liber. Cette couche ré- 110 ORGANES DE LA VEGETATION. génératrice a reçu le nom de cambiuni. Le cambium n'est donc point une liqueur qui vienne d'un endroit ou d'un autre : c'est un tissu très-jeune qui continue le tissu plus ancien. Il est nourri et développé à deux époques de l'année , entre le bois et Técorce , au printemps et en au- tomne. Son organisation paraît identique dans tous ses points-, .cependant la partie qui touche à l'aubier se change insensiblement en bois , et celle qui touche au li- ber se change insensiblement en liber. Cette transforma- tion est perceptible à l'œil de l'observateur. Ainsi donc l'aubier n'est pas formé par le liber , qui s'épaissit et prend plus de consistance , mais par le cam- bium , qui donne lieu chaque année à la formation d'une couche d'aubier et d'une couche de liber, toutes deux distinctes l'une de l'autre. Lorsque Duhamel a retrouvé dans l'aubier le lil d'argent qu'il avait cru avoir engagé dans le liber , c'est que ce fil avait été passé à travers la couche organique du cambium. Il suit également de là que , chaque année , le liber s'accroît en épaisseur par sa face interne. En effet , elle produit , comme celle de l'aubier, une couche d'un tissu d'abord à peine organisé, qui petit à petit acquiert tous les caractères des feuillets du liber. C'est pour cette rai- son que cet organe se trouve formé de plusieurs lames ou feuillets, réunis les uns aux autres par une couche ex- cessivement mince de tissu cellulaire. Ainsi donc , pour résumer cette théorie , il se forme chaque année dans le tronc des arbres dicotylédons une nouvelle couche ligneuse et une nouvelle couche d'é- corce. Ces nouvelles couches sont une production de l'aubier et du liber qui s'organise et se solidifie. L'auliier formé l'année précédente acquiert plus de densité et se change en bois. JMais le liber n'éprouve aucune transfor- mation j seulement il se répare et s'accroît par sa face in- TIGE. 111 terne au moyen du cambium , et forme successivement de nouveaux feuillets. C'est par ce mécanisme qu'a lieu, selon M. Mirbel, raccroissement en épaisseur des tiges des dicotylédons. Ce n'est pas le cambium qui s'est transformé en liber et en aubier ; mais c'est lui qui fournit les matériaux des nouvelles couches qui se forment. Nous adoptons entièrement cette théorie de l'accrois- sement en diamètre du tronc des végétaux dicotylédons. Cependant nous croyons devoir la modifier en un point. Nous admettons que les nouvelles couches qui se forment sont une production , une sorte d'extension de la face externe de l'aubier et de la face interne du liber. Mais nous ne saurions donner le nom de cambium à ce tissu de nouvelle formation. Pour nous , lecambiumesttoujoursce fluide nutritif , produit de la sève élaborée , qui s'épanche au printemps et en autonme entrele bois etl'écorce.Mais nous n'admettons pas pour cela que ce soit lui qui se transfor- me ^^wxhq, part, en une nouvelle couche d'aubier, d'autre part, en une nouvelle couche de liber. Le cambium est le fluide essentiellement nourricier du végétal, conmie le sang pour les animaux. ]\Iais , de même que ce dernier fluide ne se transforme ni en muscles , ni en tissu cellulaire, ni en graisse , en un mot , en aucun des élémens organiques des animaux , mais que seulement il fournit à chacun de ces organes les matériaux propres à leur développement , à leur entretien , de même aussi nous pensons que le cambium, dont on ne peut nier la similitude avec le sang des animaux , fournit à la fois , et à l'aubier et au liber , dont il baigne les surfaces libres , les principes , les alimens nécessaires à leur développement. Il ne de- vient pas tissu cellulaire , ni tissu vasculaire ; mais ces tissus déjà existans y puisent les principes au moyen des- quels ils se multiplient. 112 ORGAKES DE LA VÉGÉTATION. L'observation confirme d'ailleurs pleinement la nou- velle théorie que nous émettons ici. En effet , que l'on examine attentivement une jeune brandie d'un arbre , quand j au printemps , l'afflux de cambium en détermine l'accroissement en diamètre. On verra que la surface externe de l'aubier et la surface interne de l'écorce sont en quelque sorte dans un état de turgescence. Elles sont recouvertes chacune d'une couche plus ou moins épaisse d'un tissu cellulaire à l'état naissant, abreuvée d'une grande quantité de sucs. Ce tissu de nouvelle formation, semblable à cette couche de bourgeons charnus qui s'é- lèvent de la surface d'une plaie tendant à se cicatriser, est non-seulement adhérent aux deux surfaces sur les- quelles on le voit , mais en est évidemment une produc- tion , une vraie continuation. C'est , en effet , le tissu de l'aubier et du liber qui , recevant alors une plus grande nourriture , produit à sa surface ce nouveau tissu. Ce mode de multiplication ou de formation d'un nouveau tissu cellulaire entre tout-à- fait dans le mode de développement auquel M. Mirbel, dans son Mémoire sur Vanatomie du 7narchaiitia , a donné le nom de développement extra-utriculaire. En ef- fet , on sait que le tissu cellulaire a la propriété spéciale de donner naissance à de nouvelles cellules, qui tantôt se forment dans l'intérieur même des cellules déjà existantes {accroissement intra-utriculaii'e), ou dans la masse de ces cellules , qu'elles tendent à écarter [accroissement inter- ntriculaire) , ou enfin à la surface libre des cellules [ac- croissement extra-utriculaire^. Si c'était le cambium qui s'organisât chaque année, au printemps , en nouvelles couches ligneuses et cortica- les , il devrait nécessairement former entre le bois et l'é- corce une masse continue qui réunirait, souderait même ces deux parties de la branche : c'est cependant ce qui n'a largeur. TIGE. Il5 pas lieu. A aucune époque de Tannée , ainsi que tout le monde le sait , Técorce ne se détache plus facilement de la surface du bois qu'au printemps et en automne , c'est-à- dire au moment où se forment les couches ligneuses. Loin .d'être une masse continue interposée entre ces deux parties de la branche , le nouveau tissu cellulaire forme deux couches qui n'ont ensemble avicune con- nexion. De ce qui précède nous pouvons , je crois , tirer cette conséquence , que l'accroissement en épaisseur de la tige des arbres dicotjdédons provient de nouvelles couches que la surface externe de l'aubier et la surface interne du liber produisent , et dont le cambium leur fournit les matériaux. B. Accroissement en largeur. . . *J Accroissement Pour terminer ici tout ce qui a rapport à l'accroisse- ^" '=" ment en diamètre de la tige dans les végétaux dicotylé- dones, il nous reste à faire connaître le résultat des ob- servations publiées récemment par M. Dulrochet.(il/Ê''m. du Muséum , vol. vu f/viii.) Pendant long-temps , on n'a- vait généralement admis l'accroissement en diamètre que comme le résultat des nouvelles couches qui s'ajoutent chaque année entre l'aubier et l'écorce. Cependant, dès 1816 , M. Mirbel avait dit, dans sa note insérée dans le Biillelin des Sciences de la Société jihilomalique , que le système cortical s'accroît en largeur parle développement successif de tissu cellulaire alongé, et de tissu cellulaire régulier ; d'où il résulte qu'elle devient plus ample dans toutes ses parties. Depuis lors, M. Dutrochet a prouvé, l'un des premiers , que les couches ligneuses s'accroissent également en diamètre en deux sens, savoir: i"en épais- seur, par la formation de nouvelles couches entre l'écorce et l'aubier*, 1^ gw largeur, parle développement latéral de la nouvelle couche et la formation de nou- 1" Partie. 8 ii4 orgalNes de la végétation. veaux faisceaux de fibres. Cet accroissement, dans le sens de l'épaisseur et de la largeur, a lieu également dans les racines et dans les tiges. Mais nous devons faire remarquer que le professeur Link, dans son Anatomie des plantes , et plus tard dans sa Philo^oijhie botanique, a également établi que la tige s'accroissait non-seulement vers son centre et sa périphérie, mais encore latéralement par la multiplication des faisceaux vasculaires. ( /^oyez Link , Grandi, d. Anat.f. d. Pfl., p. i46, f. 58-6o.) C'est d'abord sur la tige de la clématite que M. Du- trocliet a fait ses premiers essais. Lorsque l'on coupe transversalement l'extrémité d'une jeune branche de clé- matite , on trouve qu'elle se compose de six faisceaux de fibres longitudinales , séparées les uns des autres par des rayons ou espaces médullaires assez larges. Peu à peu , et par les progrès de la végétation, il se forme au centre de chaque espace médullaire un nouveau faisceau de fibres longitudinales qui acquiert bientôt le même vo- lume que les faisceaux primitifs*, en sorte qu'à la fin de la première année la tige se trouve composée de douze faisceaux de fibres, séparés par autant de rayons médullaires. Pendant la seconde année , chacun des six faisceaux primitifs se divise en trois par la production médiane d'un nouveau faisceau de fibres longitudinales séparé des deux autres , au milieu desquels il s'est développé , par deux rayons médullaires incomplets, qui n'atteignent pas jus- qu'à la moelle centrale -, d'un autre côté , les six autres faisceaux secondaires de la première année se divisent chacun en deux par la formation médiane d'un nouveau rayon méduUaire incomplet : d'où il résulte qu'à la fin de la seconde année j il y a trente faisceaux de fibres dis- tingués les uns des aiUtres par autant de rayons ou espa- TIGE. 110 ces médullaires, dont douze seulement, savoir ceu:-f. qui existaient à la fin de la première année , sont seuls com- plets, et établissent une communication directe entre la médulle externe et l'interne. Pour peu qu'on réfléchisse avec quelque attention à la manière dont les faisceaux de fibres longitudinales se sont multipliés, on verra que l'accroissement s'est fait laté- ralement. En effet, la production médiane de nouveaux faisceaux défibres au centre des rayons médullaires , ou celle de nouveaux rayons médullaires au centre des fais- ceaux de fibres , a du nécessairement dilater latéralement, et par conséquent augmenter la largeur de la couche cir- culaire dans laquelle ce développement s'est opéré. Or, c'est cette dilatation latérale qui n'avait point encore été aperçue avant ]\OI. Mirbel, Link et Dutrochet, dont nous faisons connaître ici les résultats. L'accroissement en /ar^ewr s'arrête dans les parties dès l'instant qu'elles se sont solidifiées. Ainsi il n'a plus lieu dans les couches ligneuses •, mais il se continue dans Fé- corce , et c'est ainsi qu'elle permet l'accroissement en épaisseur des couches ligneuses. L'accroissement en largeur a également lieu dans les racines, ainsi que nous l'avons déjà annoncé. Mais dans cet organe il commence toujours par la production mé- diane de nouveaux rayons médullaires au centre des fais- ceaux de fibres. Plus tard , ces nouveaux espaces médul- laires donnent eux-mêmes naissance à d'autres agglomé- rations des fibres. D'après ce qui précède, on voit que les éléinens or- ganiques des végétaux ont une tendance naturelle à la production média7ie. Ainsi, les faisceaux de filtres ten- dent à produire dans leur partie moyenne de nouveaux rayons médullaires: d'un autre côté, les rayons médul- Il6 ORGANES DE I.A VÉGÉTATION. laires tendent à produire de nouveaux faisceaux de fibres longitudinales. Nous venons de faire ronnailre l'opinion de JM. Dulro- chet relativement à Y a.ccYOÏssemeni en largeur^ exposons aussises idées sur le développement en épaisseur. Les rou- elles ligneuses de nouvelle formation, qui se développent chaque année , sont séparées des anciennes par une couche mince de médulle centrale. Ces couches de médullc, qui isolent les couches ligneuses les unes des autres , ne sont pas toujours faciles à apercevoir 5 mais elles sont très-visibles dans quelques arbres, par exemple, dans le Jihus typhinmn , où leur couleur plus foncée les fait dis- tinguer, au premier coup d'œil , des couches de bois qui sont plus claires. Au printemps , l'accroissement en'épais- seur commence toujours par la formation de cette cou- che mince de tissu cellulaire ou de méduUe. Bientôt, par sa propriété de donner naissance à des fibres longi- tudinales, cette couche de moelle produit des vaisseaux qui l'environnent , et constituent ainsi une sorte de canal médullaire , destiné à devenir plus tard la nouvelle cou- che ligneuse. Dans cette théorie , on voit le rôle important que l'au- teur fait jouer à la moelle. C'est elle, en effet, qui de- vient l'agent essentiel de l'accroissement en diamètre , puisque c'est elle qui donne naissance aux vaisseaux qui doivent constituer plus tard la nouvelle couche de bois. Les mêmes phénomènes ont lieu dans le liber. Cha- cun de ses feuillets est séparé par une couche mince de tissu cellulaire, qui appartient à la médulle corticale , et qui est l'agent de son accroissement annuel. Accroissement C. Accroisscment en hauteur. A l'époque de la germination , la radicule s'enfonce dans la terre , tandis que le caudex ascendant s'élève vers le ciel. La partie ligneuse et la partie corticale se TIGE. séparent et s'isolent avec les caractères qui leur sont pro- pres. Vers l'aulomnc, quand elles sont organisées en au- liier et en liber , leur accroissement s'arrête. Quand , au retour du printemps , la végétation recommence , le tissu végétal est gorgé de fluides nourriciers qui vivifient les bourgeons -, en même temps qu'une nouvelle couche s'est ajoutée à celle de l'année précédente , il naît de la partie supérieure de la tige , toujours terminée par un bourgeon , un nouveau centre de végétation d'où s'é- lève une jeune pousse qui éprouve dans son développe- ment les mêmes phénomènes que la première -, à cette seconde en succède une troisièrne , qui Tannée d'ensuite est surmontée d'une quatrième , etc. Le tronc se trouve donc formé par une suite de cônes Le uonc est très-alongés, dont le sommet est en haut, et qui sont su- g"jj,"'o*iids! '^°''" perposés les uns aux; autres. Mais le sommet du cône le [dus intérieur s'arrête à la base de la seconde pousse , et ainsi successivement -, en sorte que ce n'est qu'à la base du tronc que le nombre des couches ligneuses corres- pond au nombre des années de la plante. xVinsi , par exemple , une tige de dix ans oflrira ù sa base dix cou- ches ligneuses. Elle n'en présentera que neuf , si on la coupe à la hauteur de la seconde pousse , que huit à la troisième , et enfm qu'une seule vers son sommet. C'est pour cette raison que le tronc des arbres dicotylédons est plus ou moins conique, le nombre de ses couches li- gneuses étant graduellement plus considérable , à me- sure que l'on descend du sommet vers la base. 11 est des arbres sur lesquels ce développement en hau- teur est des plvis manifestes : dans les pins et sapins, par exemple. Au bout de la première année, on voit au som- met de la tige un bourgeon conique, d'où part un verli- cille déjeunes rameaux, au centre desquels en est un qui s'élève verticalement -, c'est lui qui est destiné à conli- 11b ORGANES DE LA VEGETATION. nuer la tige. A la fin de la seconde année , do son som- met part également un semblable bourgeon qui présen- tera les mêmes phénomènes dans son développement. Ainsi l'on peut connaître dans ces arbres le nombre de leurs années par le nomijre des verticilles de rameaux qu'ils présentent sur leur tige. § 2. Accroissement de la ti^e des arbres tnonocoiyhklons. Accroissaient Si uous examinons l'accroissement du stipe d'un pal- «lu slipe en hau- . >-i i ' i i i •< leur. mier , nous voyons qu il se développe de la manière sui- vante : Après la germination, les feuilles, ordinairement plis- sées sur elles-mêmes, se déroulent et se déploient en for- mant un faisceau circulaire, qui naît du collet de la ra- cine. Du centre de ce faisceau part, la seconde année, un autre bouquet de feuilles , qui rejettent en dehors celles qui existaient déjà. Alors les plus anciennes se fanent, se dessèchent et tombent. Mais leurs bases étant intimement adhérentes au sommet de la racine , restent, persistent , et constituent, en se soudant, un anneau solide qui de- vientlabasedu stipe. Chaque année un nouveaubourgeon central venant à se développer , les feuilles les plus exté- rieures de celui qui l'a précédé tombent , et leur base qui persisLe forme un nouvel anneau qui s'ajoute au-dessus de ceux qui existaient déjà. Tel est le développement de la tige des monocotylé- dons. Leur stipe, au lieu d'être formé , comme le tronc des dicotylédons , de couches concentriques , est com- posé d'anneaux superposés. D'après cela, on voit que le tronc des monocotylédons ne doit croître que très-peu en épaisseur. lin cftet , son développement latéral ne peut avoir lieu qu'autant que la base persistante des feuil- les ne s'est point encore assez solidifiée et endurcie pour résister à la pression excentrique que le bourgeon tend à TIGE. lig opérer sur elle. Aussi voyons-nous que les palmiers, qui ont quelquefois jusqu'à cent vingt et cent quarante pieds de hauteur, ont une tige qui a souvent à peine un pied de diamètre. Dans les arbres dicotylédones c'est le cambium qui est l'agent essentiel de l'augmentation de la tige , puisque c'est lui qui, chaque année, fournit les principes ali- mentaires des nouvelles couches qui se forment. Ici, au contraire , c'est le bourgeon terminal couronnant le stipe qui remplit le même usage. Aussi l'arbre périrait-il in- failliblement si l'on retranchait ce centre de végéta- tion. Si nous comparons d'une manière générale l'accroisse- accroissement nient en diamètre delà tige des arbres dicotylédons et ce- ea diamètre. lui des monocotylédons, nous verrons qu'il ne diffère pas moins que leur structure anatomique. En effet, dans les dicotylédons il y a deux systèmes distincts, le système central, ïovxwé defétui médullaire et des couches ligneu- ses, et \ç. système cortical , qui se compose] de l'écorce. Ces deux systèmes s'accroissent séparément , en sorte qu'il y a deux surfaces d'accroissement dans cette classe de végétaux. Le système central s'accroît par les nouvel- les couches qui s'ajoutent à sa surface externe, et le sys- tème cortical s'accroît par sa face interne. Dans les végétaux monocotylédonés , au contraire , il n'y a qu'une seule surface d'accroissement, et par con- séquent qu'un seul système. M. ïhém. Lestiboudois , professeur de botanique à Lille, remarquant, et avec juste raison , que dans ce système unique qui forme la tige des monocotylédons , l'accroissement se fait par la face interne , en tire cette conclusion que ce système est le cortical, et que le central manque : d'où il suit selon lui que le stipe des palmiers est organisé comme l'écorce des dicotylédons. 120 ORGANES DE LA VEGETATION. Le siipe des De ces diverses considérations on doit tirer celte pre- buibe." " "" iriière observation , c'est que le stipe des palmiers et des autres arbres monocotylcdonés ligneux diffère essentiel- lement , et par son organisation et par son mode de dé- veloppement, du tronc des végétaux dicotylédones. Si même on pousse plus loin cette observation , on verra que le stipe diffère tellement du tronc par son origine première et son mode de développement , qu'il n'est point étonnant que son organisation intérieure , qui n'est que le résultat de ce mode de développement , offre avec la lige ligneuse des arbres à deux cotylédons des diffé- rences aussi tranchées. Rappelons-nous , en effet , com- ment se forme et s'accroît la lige d'un chêne ou de tout autre végétal dicotj^lédoné : la graine germe , la radicule s'enfonce dans la terre, la tigelle ou l'organe qui la repré- sente , c'est-à-dire qui sert de support à la gemmule et rélève au-dessus de la base de la radicule , se redresse ; en un mot , dès ces premiers temps de la vie de la plante , l'orgaiie qui doit constituer la tige existe dt?jà sous la forme d'un cylindre plus ou moins alongé , composé in- térieurement d'un tissu cellulaire qui représente la moelle, et extérieurement de tubes ou de fibres, pre- miers rudimens du bois , de IVcorce , et en général , de toutes les parties filamenteuses de la tige. Examinons comparativement une graine de palmier, au moment où elle germe : son extrémité radiculaire s'alonge plus ou moins, se rompt à son sommet pour laisser sortir la ra- dicule , emprisonnée d'abord dans une sorte de bourse close , nommée coléorhize , qu'elle déchire pour pou- voir s'enfoncer dans la terre , et devenir la racine. L'ex- trémité opposée à la radicule , c'est-à-dire le cotylédon , prend un léger développement -, mais bientôt on le voit se fendre sur l'un de ses côtés , au-dessous de son som- met, et, par cette fente ou rupture , sort un nombre TIGE. 121 plus OU moins considérable de feuilles d'abord emboîtées les unes dans les autres. IVIais dans cet embryon de pal- mier nous n'apercevons pas , comme dans celui du chêne , du tilleul , du pin , etc., une tigelle ou rudi- ment de tige. L'organe auquel on donnera plus lard ce nom va se former successivement aux dépens d'un autre organe. En effet, ainsi que nous l'avons exposé précédemment , ce sont les bases des feuilles successive- ment développées qui , eu se rapprochant les unes des autres par suite du refoulement que les plus extérieures éprouvent, à mesure que de nouvelles se développent à l'intérieur, se soudent ensemble, et finissent par former une sorte de plateau charnu , formé de tissu cellulaire et parcouru de libres éparses. Ce que l'on appelle stipe ou (ronc dans un palmier est donc un organe composé d'un grand nombre d'écaillés qui ne sont que des bases de feuilles plus ou moins soudées entre elles , et offrant à leur intérieur un bourgeon central et terminal qui en est l'organe essentiellement végétant. Ainsi donc le stipe d'un palmier n'est véritablement pas une tige, ni par son origine , ni par son développement , ni par son or- ganisation. Voyons s'il n'offre pas quelque analogue dans la série des autres végétaux. Et d'abord , qu'est-ce que la prétendue tige souterraine , vulgairement nommée racine dans la plupart des espèces du genre iris? C'est un corps charnu , offrant quelques fibres longitudinales in- térieurement , et présentant à sa surface externe des cicatrices ou des écailles. Or, si nous en suivons le dé- veloppement, nous verrons qu'elle doit sa formation aux bases des feuilles qui ont persisté , tandis que leur partie supérieure s'est détruite. Elles se sont soudées, et ont formé le corps charnu que l'on désigne com- munément sous les noms de racine, de rhizome, de souche ou de tige souterraine dans les iris. Par consé- l'22 ORGANES DE LA VEGETATIO>% quent cet organe n'est , en réalité , comme le stipe des palmiers , ni une racine , ni une tige , mais une réunion de bases de feuilles toutes, soudées en une seule masse. Une espèce d'ail (alliuni senesceiis) nous offre un or- gane entièrement semblable , c'est-à-dire une souche plus ou moins rameuse. Or, de cette souche de VaUium senescens et des iris aux bulbes solides ou écailleux des Liliacées, la transition me paraît insensible. Un bulbe, en effet , n'est qu'un organe composé d'écaillés variables dans leur forme et leur disposition, mais toujours assises sur un plateau charnu et recouvrant un bourgeon cen- tral et terminal; toujours ces écailles ne sont que des feuilles ou dont la base seule s'est développée , ou dont la base seule a résisté , tandis que la partie supérieure s'est détruite. Si , comme nous croyons l'avoir prouvé , la souche souterraine des iris a la même origine , le même mode de développement et la même organisa- tion que le stipe des palmiers-, si, d'un autre côté , nous avons démontré que , sous ces divers rapports, il n'existe aucune différence sensible entre cette prétendue souche des iris et le bulbe de la plupart des Liliacées , il nous paraît impossible de ne pas tirer cette conclusion , que le stipe des palmiers , au lieu d'être une tige , n'est vérita- blement qu'une sorte de bulbe. Cette opinion pourra paraître paradoxale à celui qui ne fera pas abstraction de la forme générale , de la grandeur et de la durée du stipe des palmiers , comparées avec le bulbe des autres monocotylédones. Mais si l'on réfléchit attentivement que ces divers attributs ne sont pas essentiels à la na- ture de cet organe , qu'ils manquent fréquemment dans un grand nombre d'espèces , qu'ainsi dans quelques-unes le stipe , au lieu d'être long et cylindrique , est court , à peine sensible , et consiste quelquefois seulement en une sorte de renflement bulbiforme \ que dans d'autres TIGE. 12,'> espèces le stipe , loin d'être dur et ligneux , est mou , charnu , et se laisse aisément entamer par les instru- !nens tranchans, ces différences , d'abord si frappantes, disparaîtront à l'instant. Si, d'un autre côté, on exa- mine l'origine , le mode de formation et de développe- ment du stipe comparés à ceux du bulbe , on devra conclure que ces deux organes sont essentiellement les mêmes. Dans cette manière d'envisager le stipe , on peut très- bien expliquer pourquoi cet organe se ramifie si rare- ment. En efi'et, on sait qu'un rameau n'est jamais que le résultat de l'élongation d'un bourgeon placé en gé- néral à l'aisselle d'une feuille : or, dans les monocoty- lédones , ces bourgeons axillaires avortent presque con- stamment , ou restent à l'état rudimentaire , comme dans la plupart des Graminées , par exemple : il en est de même dans les palmiers j leurs bourgeons axillaires restent , en général , à l'état rudimentaire , et alors le stipe est parfaitement simple -, mais , dans certaines cir- constances , quelques-uns de ces bourgeons , recevant plus de nourriture que les autres , se développent , c'est- à-dire que les feuilles qui les composent en se soudant par leur base , finissent à la longue par former un nou- veau stipe partant du premier : c'est ce qu'on observe , par exemple , dans certaines espèces d'yucca , dans le Palmier-Doom de la Thébaïde , etc. Théorie de quelques procéde's pour la multiplie ation artificielle des végétaux expliquée par les lois de la phi/sioloyie végétale. Le moyen de multiplication le plus naturel et le plus j,^,jj ^^xz^^^o^x facile dans les végétaux est sans contredit celui qui a lieu ^''ificieiie de^ au moyen des graines et de leur développement; c'est celui par lequel les végétaux dispersés sur la surface du 124 ORGAWES DE LA VÉGÉTATION. globe se renouvellent naturellement •, mais il en est en- core d'autres que Tart de la culture met fréquemment à contribution pour perpétuer et multiplier certaines races ou variétés d'arbres que l'on ne pourrait reproduire par le înoyen des graines. Ces procédés sont la marcotte , la bouture et la greffe. Nous allons en peu de mots exposer la tliéorie de ces trois opérations, considérées d'une ma- nière générale, et quant à leurs rapports avec la physique végétale. i" Le MARCOTTAGE cst uuc Opération par laquelle on en- toure de terre la base d'une jeune branche , afin de faciliter révolution des racines avant de la détacher du sujet. Tantôt cette opération se pratique sur les branches infé- rieures d'un jeune arbuste : on les incline et on les couche légèrement-, tantôt c'est sur les branches supérieures, que l'on fait passer à travers un pot ou une cage de verre remplis de terre de bruyère. Pour faciliter le marcottage on pratique ordinaire- ment à la base de la jeune branche une incision ou une forte ligature, afin de déterminer la formation des racines. Os racines sont des bourgeons qui , plongi's dans la terre, s'alongent en fibres grêles et radicellaires , tandis qu'ex- posés à l'air ils se seraient développés en jeunes scions. On emploie le marcottage pour multiplier un grand nombre de végétaux, tels que les œillets, les hortensia, les bruyères, les groseillers, etc. 2*' La BOUTURE diffère de la marcotte en ce que l'on sé- pare la jeune branche du sujet avant de la fixer en terre. Il y a des arlires chez lesquels les boutures reprennent avec une grande facilité. En général, ceux dont leboisest blanc et léger se prêtent plus facilement à cette opération : ainsi une branche de saule, de peuplier, de tilleul , en- foncée en terre, s'y enracine au bout de quelque temps, et ne tarde pas à pousser avec vigueur. TIGE. 12U Une bouture réussira d'autant plus sûrement que le cultivateur aura eu le soin de laisser deux ou trois jeunes boiu'geous au-dessous de la terre, c'est-à-dire sur la partie inférieure de la jeune branche. Ces boutons s'alongent en racines , et aident singulièrement la succion qui doit amener le développement des jeunes scions. Assez souvent on pratique à la base des boutures des in- cisions ou des ligatures, afin d'en assurer la réussite. Quelquefois même on les fend longitudinalement à leur base , et l'on y introduit une petite éponge indjibée d'eau. Il est des espèces ligneuses qui reprennent très-diffici- lement de bouture : tels sont les pins , les sapins , les cîiênes , les bruyères, et en général les arbres à bois très- dense ou résineux. 3** La GREFFE est une opération par laquelle on ente Giefïes, sur un individu un bourgeon ou un jeune scion , qui s'y développe et s'identifie avec le sujet sur lequel il a été greffé, La greffe ne peut réussir qu'autant qu'elle a lieu entre des parties végétantes : c'est ainsi, par exemple, que l'on ne peut greffer le bois ni même l'aubier. C'est dans l'o- pération et les phénomènes de la greffe que l'on peut re- marquer la grande analogie qui existe entre les gemmes ou bourgeons, et les graines , surtout sous le rapport de leur développement. Ces deux organes, en efflet, sont des- tinés à donner naissance à de nouveaux individus, dont les uns vivent aux dépens du sujet sur lequel ils se déve- loppent, tandis que les autres subsistent par eux-mêmes, et sans avoir besoin de secours étrangers. Remarquons que la greffe ou soudure des parties ne peut avoir lieu qu'entre des végétaux de la même espèce, des espèces du même genre , ou enfin des genres d'une ijaême famille , mais jamais entre des individus apparte- 126 ORGANES DE LA VÉGÉTATIOiV. nant à des ordres naturels différensj c'est ainsi, par exem- ple , que l'on peut greffer le pêcher sur l'amandier , l'a- ])ricotier sur le prunier , les pavia sur le marronnier d'Inde-, mais cette opération ne pourrait pas réussir entre ce dernier arbre , par exemple , et l'amandier ; il faut qu'il y ait une sorte de convenance , d'analogie entre la sève des deux individus pour que la soudure d'une greffe puisse s'effectuer. C'est au moyen du cambiura, ou suc propre des végé- taux , que s'opère la soudure des greffes. Cette matière fluide sert de moyen d'union entre l'individu et la greffe, comme dans les animaux la lymphe coagulable s'interpose entre les deux lèvres d'une plaie récente qu'elle réunit et rapproche. Lorsque l'on examine la plaie d'une greffe , environ quinze jours après l'opération, on voit entre les deux parties rapprochées une couche mince de petites granulations verdâtres dispersées dans un fluide visqueux. Ces petites granulations, rudimens de l'organisation végé- tale , sont produites par le carabium , qui se solidifie et s'organise -, phénomène qui se répète toutes les fois que Ton fait une plaie superficielle à un arbre , et qu'on la ga- rantit du contact de l'air. Ce moyendemultiplication procure plusieurs avantages dans l'art de la culture : i*^ il sert à conserver et à multi- plier des variétés ou monstruosités remarquables, qui ne pourraient se reproduire au moyen des graînesj 2" à pro- curer prompteinent un grand nombre d'arbres intéres- sans, qui se multiplient difficilement par tout autre moyen ; 5*^ à accélérer de plusieurs années la fructifica- tion de certains végétaux; 4*^ à bonifier et à propager les variétés d'arbres à fruits , etc. Le professeur Thouin a publié une excellente mono- graphie des greffés , dans laquelle il rapporte tous les procédés connus aux quatre sections suivantes : i'^ greffes TIGE. 127 par approche-, 2° greffes par scions; 5^ greffes par gemmes ou bourgeons-, 4^^ enfin, greffes des végétaux herbacés. Nous allons faire connaître rapidement les procédés mis en usage pour opérer ces différentes greffes. § 1 .' Greff'espar approche. Elles s'exécutent entre deux individus enracinés que Q^.^{r^^ l'on veut réunir et souder ensemble par un ou plusieurs p»<"^'''^- points de leur longueur. Pour cela on fait aux parties que l'on veut greffer des plaies qui se correspondent exacte- ment; et, en enlevant des plaques d'écorce d'égale gran- deur, on réunit ces plaies, on les tient rapprochées, et on les garantit du contact de l'air. On peut greffer par ce procédé des tiges, des branches," des racines entre elles, des fruits et même des fleurs avec des feuilles. § 2. Grèves par scions. On praticpie les greffes par scions avec déjeunes ra- Greffes par meaux, ou même avec des racines que l'on sépare de leur «"«»«' individu pour les placer sur un autre, afin qu'ils y vivent et s'y développent à ses dépens. Ordinairement on sé- pare les ramilles que l'on veut greffer , quelques jom's , quelquefois même plusieurs mois avant de pratiquer cette opération , afin qu'ils soient moins en sève que les sujets sur lesquels ils doivent être placés. On a soin, dans ce cas , de les conserver , en plongeant leur extrémité infé- rieure dans l'eau ou dans la terre. Avant d'opérer cette espèce de greffe , on coupe or- dinairement la tête du sujet sur lequel on veut la prati- quer; quelquefois même cette résection se fait à fleur de terre , surtout pour les arbres dont la greffe doit être enterrée , comme la vigne , etc. Remarquons qu'une condition indispensable pour la 28 ORGANES DE I,A VEGETATION. réussite de celte espèce de greffe , c'est qu'il faut que le liber du rameau coïncide , dans la plus grande par- tie de son étendue, avec celui du sujet sur lequel on l'a implanté. La greffe par scions se fait de plusieurs manières : tantôt on fend la tète du sujet en deux , et l'on implante dans cette fente le ramille que l'on veut greffer-, celte espèce est connue sous le nom de greffe en fente : tan- tôt on écarte l'écorce des couches ligneuses sous-jacen- tes, et l'on insinue entre elles plusieurs petits rameaux que l'on dispose circulairement •, c'est la greffe en cou- ronne : d'autres fois on perfore le tronc de l'arbre , et l'on y adapte une jeune branche que Ton y maintient fixée; cette greffe , aujourd'hui peu employée , porte le nom de greffe en vilehrequin : quelquefois on pratique la greffe par scions avec de jeunes rameaux chargés de feuilles , de fleurs , et même de jeunes fruits ; elle s'ef- fectue alors dans le plein de la première sève. Par ce procédé , il n'est pas rare , dit M. Thouin , d'obtenir des fruits d'un arbre quinze à vingt ans plus tôt qu'il n en eut donne sans son secours -, on est même parvenu, en semant un pépin à une époque déterminée , à en re- cueillir , avant la fin de l'année, des fruits parfaitement mûrs. La greffe par scions se pratique encore sans couper la tête du sujet -, on taille seulement un de ses côtés , et l'on y applique la greffe. Cette espèce , qui a pour but principal de regarnir la tête d'un arbre qui a perdu quelqu'une de ses branches , porte le nom de greffe de côte'. Enfin on doit rapporter à celte section les greffes que l'on opère avec un scion sur une racine laissée en place , ou avec une racine sur la racine d'un antre sujet. TIGE. 12Q §.3. Greffes par gemmes OU boutons. Ces gTeffes consistent à transporter sur un autre in- Greffes par dividu une plaque d'ëcorce à laquelle adhèrent un ou ^°"'°°'' plusieurs bourgeons ou gemmes. A cette section se rapportent les greffes en écusson , en flûte , en sifflet , en chalumeau , etc. Cette espèce de greffe est le plus employée , surtout pour la multiplication en gi-and des arbres fruitiers. En effet, elle est d'une exécution facile et expédi- tive. Elle se pratique, soit au printemps, lors de l'as- cension de la sève , soit à la sève d'août. La forme à donner à la greffe , et celle de l'incision , varient singulièrement , suivant le procédé d'après lequel on opère. §. 4. Greffe des parties herhacees des végétaux, ou greffe Tschoudy, ^ La découverte de cette espèce de gTeffe date d'une Greffe herbacée, époque assez récente. Il y a peu d'années qu'elle fut pratiquée pour la première fois par son inventeur , M. le baron Tschoudy. Elle peut s'eflèctuer avec les jeunes pousses herbacées des arbres dans le fort de la sève , ou a'vec des plantes annuelles. Pour que cette grefïe puisse réussir, il faut l'insérer dans l'aisselle ou dans le voisinage d'une feuille vivante du sujet. Cette feuille sert à appeler la sève dans la grefïe, et en facilite la reprise et le développement. ' Les procédés mis en usage sont à peu près les mêmes que ceux employés pom exécuter les autres espèces de greffes. Telles sont les différentes espèces de greff-es employées pour la multiplication des végétaux. Il n'entre point dans notre sujet de décrire les procédés nombreux et i"^' P,ii(ie. 100 ORGANES DE LA VEGETATION. variés mis en usage pour les pratiquer-, nous renvoyons pour cet objet aux traités d'agriculture, et particulière- ment à la Monographie que le professeur André Thouin a publiée en 1822. De la Hauteur des arhres. Hauteur des Lcs arbrcs sont , en général , d'autant plus forts et plus élevés que le sol , le climat et la situation dans lesquels Ils se trouvent, sont plus convenables à leur nature et plus favorables à leur' accroissement. Une certaine humidité ^ jointe à un degré de chaleur assez considérable , paraît être la circonstance la plus propre au développement des arbres : aussi est-ce dans les régions qui présentent ces conditions atmosphériqu.es qu'ils acquièrent la hau- teur la plus grande. Les forets de l'Amérique méridionale et de l'Inde sont peuplées en général d'arbres qui , par leur port , leur taille élevée , la beauté de leur feuillage et la variété de leurs fleurs , l'emportent de beaucoup sur ceux de nos climats tempérés. Il est certains arbres qui n'acquièrent que par une longue suite d'années une hauteur et un diamètre consi- dérables : tels sont , par exemple , le chêne , l'orme , le cèdre. D'autres , au contraire , prennent un accroissement plus rapide dans un temps beaucoup plus court : ce sont principalement ceux dont le bois est tendre tt léger, comme les peupliers, les sapins, les acacias, etc. , etc. Enfin il est certaines plantes qui se développent avec tant de rapidité , qu'on peut , en quelque sorte , suivre de l'œil les progrès de leur accroissement : Vagave americana est de ce nombre. Cette plante, que j'ai vue tapissant les rochers qui bordent la Méditerranée dans le golfe de Gênes , lorsqu'elle fleurit , développe , dans l'espace de trente à quarante jours , souvent plus rapi- dement, une hampe qui acquiert quelquefois trente TIGE. l3l pieds de hauteur. Croissant ainsi de près d'un pied par jour, ou conçoit qu'il serait en quelque façon possible que son développement successif fût perceptible aux jeux de l'observateur. En général , le plus grand accroissement en hauteur que puissent acquérir les arbres de nos forets est de cent vingt à cent trente pieds. En Amérique, les Palmiers et beaucoup d'auti'es arbres dépassent souvent cent cin- quante pieds. De la Grosseur des arbres. La grosseur des arbres n'est pas moins variée nue leur ^ • 1 . Ti i • . , triosseui- des tiauteur. 11 en est qui acquièrent quelquefois des dimen- '''^'•«• sions monstrueuses. Nous ne parlerons pas ici de ce châ- taignier si renommé du mont Etna, qui , au rapport de quelques voyageurs , avait cent soixante pieds de cir- conférence , parce qu'on s'accorde à le considérer comme composé de plusieurs troncs soudes en un seul; mais nous pouvons citer comme exemples bien avérés d'une gros- seur énorme , les baobabs {Adansonia digitata) observés buoLuLs. par Adanson aux îles du Cap-Vert , et dont quelques- uns présentaient quatre-vingt-dix pieds de circonférence. ' Le di-agonier des Canaries ( dracœna draco, L. ) , si ré- Dr.gouier. véré des Guanches, anciens habitans des îles Canaries, avait, en 1799, au rapport du célèbre de Humboldt, un stipe de quarante-cinq pieds de circonférence à sa base. En 1402 , lors de la première expédition de Eethencourt, il avait à peu près la même grosseur. On peut juger par-là de son excessive vétusté. Un jom-nal américain faisait dernièrement mention sycomore. d'un sycomore dont le tronc présentait soixante-douze pieds de circonférence. Il est creux à l'intérieur, et offre une cavité de dix-huit pieds de diamètre , dans laquelle on a pu faire entrer sept hommes à cheval. Cet énorme 9- iSa ORGANES DE LA VÉGÉTATION. végétal se trouve près du lac d'Howell , dans la Caroline du sud, sur les bords du Broed- River. La tradition porte que , pendant les guerres de l'indépendance , il a servi d'asile à plusieurs familles de réfugiés. Dans nos climats, on voit des chênes , des ormes , des tilleuls, des poiriers et des pommiers, acquérir jusqu'à vingt-cinq et trente pieds de circonférence. De la durée des arbres. Lr^s""* '^^^ "^ ^^^ arbres placés dans des terrains qui leur convien- nent, dans une situation appropriée à leur nature, sont susceptibles de vivre pendant des siècles. Ainsi, l'olivier peut exister pendant trois cents ans j le chêne environ six cents. Les cèdres du Liban paraissent en quelque sorte indestructibles. D'après des calculs fort ingénieux , Adanson estime que les baobabs , dont nous venons de parler tout à l'heure , pouvaient avoir environ six mille ans. Dans les arbres dicotylédons , ou peut connaître l'âge d'un arbre par le nombre des couches ligneuses qu'il présente sur la coupe transversale de son tronc. En effet , comme chaque année il se forme une nouvelle couche de bois, on conçoit qu'un arbre de vingt ans, par exemple , doit offrir , mais à sa base seulement , vingt zones concentriques de bois , et ainsi successivement. L'sages des tiyes et des e'corces. Usnges tics lig. s. Lc bois cst employé à tant d'usages variés dans l'éco- nomie domestique et les arts , il est tellement indispen- sable à la construction de nos bàtimens de terre et de mer , de la plupart de nos machines et de nos instru- mens , qu'il n'est aucune partie des végétaux qui puisse lui disputer à cet égard la supériorité. Beaucoup de tiges herbacées sont usitées dans la nour- riture dy rhomme et des animaux. TIGE. l53 La tige du Saccharum officinarum fournit la plus grande partie du sucre répandu dans le commerce , et qu'on nomme sucre de cannes. Beaucoup de bois sont employés dans la teinture : tels sont le santal , le bois de Campêche , le bois de Bré- sil , etc. C'est avec les écorces du chêne , et en général avec Usages des toutes celles qui renferment une grande quantité de tan- nin et d'acide gallique , que l'on tanne les cuirs. Sous le rapport des propriétés médicales , les tiges , le bois et les écorces occupent un des premiers rangs dans la thérapeutique. Qui ne sait, en effet, qu'à cette classe d'organes se rapportent les quinquinas , la cannelle , l'é- corce de Winter , le sassafras , le gayac , et tant d'au- tres médicamens qui jouissent d'une réputation si bien méritée ? Suivant leurs propriétés chimiques les plus re- marquables , on peut diviser ainsi les principales écorces et les bois employés en médecine : i*' Écorces et Bois amers. Le Simarouba {Simarouha Gui/anensis). Le Quassia (^Quassia amara). ' 2° Amers, astringens et légèrement aromatiques. L'Augusture ( Cusp aria fehrîfuga) . Le Quinquina gxis {Cinchona Condaminea. Humb. et Bocpl. PI. équinox.). Le Quinquina rouge (Cinchona ohlongifolia. jVIutis). Le Quinquina jaune (Cinchona cordijolia. Mutis). Le Quinquina orangé {CinchonalancifoUa. Mutis). Le Quinquina blanc {Cinchona ovalifoUa. Mutis). La Cascarille {Croton Cascarilla).' 3° Astringens. L'écorce de Chêne [Qvercns rohur). l34 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. Le Vinaigrier [lUms coriaria). Le Marronnier d'Inde (Jiscidus Jiippocastannm). 4*^ Aromatiques. La Cannelle {Laurus Cînnamomu7n). L'écorce de Winter {Drymis Wintert). La Cannelle blanche {Cannella alhd). Le Sassafias (^Laurus Sassafras). Bois et écorce de Gayac {Guaiacitm officinale). 5*^ 7\cres. Le Garou {Daphne Mezereum). CHAPITRE III. DES BOURGEONS. Sous le nom général de bourgeons nous comprenons , 1^ les Bourgeons proprement dits , 2" le Turion , 3** le Biilhe, 4'^ le Tuhercule, 5*^ les Bulhilles , dont nous allons traiter successivement. §. 1. Des Bourgeons 'proprement dilM. Définition. Les hourgeous proprement dits (getnmœ) sont des corps de forme , de nature et d'aspect variés , géné- ralement formés d'écaillés étroitement imbriquées les unes sur les autres , et renfermant dans leur intérieur les , rudimens des tiges , des branches , des feuilles et des or- ganes de la fructification. Ils se développent toy^otiifs sur les branches , dans l'aisselle des feuilles , ou à l'extrémité des rameaux. Ils sont ovoïdes, coniques ou arrondis, composés d'écaillés superposées les unes sui les autres BOURGEONS. lÙJ et imbriquées , souvent couverts à l'extérieur , dans les arbres de nos climats, d'un enduit visqueux et rési- neux , et garnis à l'intérieur d'un tissu tomenteux et d'une sorte de bourre destinés à garantir les organes qu'ils renferment des rigueurs de la froide saison : aussi n'ob- serve-t-on poLnt d'enveloppe de cette sorte sur les arbres de la zone torride , ni sur ceux qu'on abrite dans nos serres : mais les végétaux qui en sont dépourvus ne peu- vent résister aux froids de nos hivers , et périraient im- manquablement si on les y laissait exposés. Les bourgeons commencent à paraître en été , c'est-à- Leur apparition. dire à l'époque où la végétation est dans son plus grand état de vigueur et d'activité; ils portent alors le nom à''yeux. Ils s'accroissent un peu en automne , consti- Yeux, tuent les hontons , et restent stationnaires pendant l'iii- Boulons. ver. Mais au retour du printemps , ils suivent l'impulsion générale communiquée aux autres parties de la plante -, ils se dilatent , se gonflent j leurs écailles s'écartent , et laissent sortir les organes qu'ils protégeaient : c'est alors qu'on les appelle proprement des hourgco7is. Bouigeous. Les écailles , qui constituent la partie la plus exté- Nature des rieure des bourgeons , n'ont pas toutes une même na- '^'^^'"''^• tm'e , une même origine. Le seul point commun de res- semblance qu'elles aient entre elles , c'est de n'être jamais que des organes avortés et imparfaits. Ainsi, quelquefois ce sont des feuilles , des pétioles , des stipules , qui n'ont point acquis leur entier développement , et qui cepen- dant, dans certaines circonstances , s'accroissent , se dé- ploient, et décèlent ainsi leur véritable nature. Les bourgeons sont divisés en nus et ecailleiix. Les Bouigeons nus. premiers sont ceux qui n'offrent point d'écaillés à l'ex- térieur , c'est-à-dire que toutes les parties qui les com- posent poussent et se développent. Tels sont ceux de la plupart des plantes herbacées. l56 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. On appelle , au contraire , bourgeons écailleux ceux îîourgeoDs dont la partie externe est formée d'écaillés plus ou moins nombreuses , comme on l'observe dans les arbres de nos climats. Suivant la na- Suivaut Ics OTgancs dout leuTs écailles sont formées , ture des écailles. ■■• • i i ' -n on distmgue les bourgeons ecailleux en : i*'. Foliacés ((je-tnince foliacé œ) , ceux dont les écailles ne sont que des feuilles avortées , souvent susceptibles de se développer, comme dans le bois-gentil (dapJme me- zereiwi). 2'\ Pétiolacés (^gemmœ petiolaceœ^^ quand leurs écailles sont constituées par la base persistante des pé- tioles , comme dans le noyei {Jugla?is l'cgia). 5*^. Stipidacés {^gemmoe stipulaceœ ) , lorsque ce sont les stipules qui, en se réunissant, enveloppent la jeune pousse , comme on l'observe dans le cbarme ( caipinus sylvestris^ ,\ei\A\\i\ex {lyriodendvuin tidipifera^ ^ et sur- tout certaines espèces de figuiers : par exemple , dans le ficus elastica , et d'autres encore. 4*^. Fidcracés ( genimœfidcraceœ^ , quand elles sont formées par des pétioles garnis de stipules , comme dans le prunier. Les bourgeons sont le plus souvent visibles à l'extérieur long-temps avant leur épanouissement. Il est certains ar- bres , au contraire , dans lesquels ils sont comme engagés dans la substance même du bois , et ne se montrent qu'au moment où ils commencent à se développer : tels sont les acacias ( rohiniapseudo- acacia. L. ) et beaucoup d'au- tres légumineuses. ' Dans le virgilia luiea , bel arbre de l'Amérique du nord, le bourgeon est placé dans une petite cavité close de toutes parts , qui existe dans le renflement de la base du pétiole commun , qui est persistante. Les bourgeons peuvent être simples , c'est-à-dire ne TURIOPf. 107 donner naissance qu'à un seul scion ou branche , comme dans le lilas, le chêne ^ ou bien cojnpmés, c'est-à-dire renfermant plusieurs tiges ou rameaux, comme ceux des pins. Selon les parties qu'ils renferment , on a encore distin- Suivant les gué les bourgeons en florifères ,Joliiferes et mixtes. reurllaient!'*' " i*'. Le honv^QOn Jiorifere on fructijere (^(jemmajlori- fera seufruelifera ) est celui qui renferme une ou plu- siem's fleurs sans feuilles. Il est en général assez gros, ovoïde et arrondi, comme dans les poiriers, les pom- miers, etc» 2^. Le bourgeon foliiJ*ere{^ gemma foUifera) ne ren- ferme que des feuilles \ tel est celui qui termine la tige du bois-gentil (^daphne mezereum ). 3°. Enfin, on appelle bourgeon mixte {jgem,mafoliiJlo- rifera ) celui qui contient à la fois des fleurs et des feuilles , comme dans le lilas. Les cultivatem's ne se trompent jamais sur la nature d'un bourgeon , qu'ils reconnaissent en général, dans les arbres fruitiers , d'après sa forme : ainsi , celui qui porte des fleurs est conique , gonflé ; celui qui ne porte que des feuilles, au contraire, est effilé, alongé, pointu. §. 2. Du Turion. On donne le nom de turion ( turio ) au bourgeon sou- Du Turion. terrain des plantes vivaces-, c'est lui qui, en se dévelop- pant, produit chaque année les nouvelles tiges. Ainsi, la partie de l'asperge que nous mangeons est le turion de la plante de ce nom. La différence entre le bourgeon pro- prement dit et le turion , c'est que ce dernier naît con- stamment d'une racine Advace , ou d'un rhizome •, c'est- à-dire que son origine est souterraine , tandis que l'autre naît toujours sur une partie exposée à l'air et à la lu- mière. l58 ORGAINES DE LA YÉGÉTATIOPf. §. 5. Du Bulhe K Huii.os. Le bulbe ( hiiihus ) est une sorte de bourgeon appar- tenant à certaines plantes vivaces, et particulièrement auxmonocotylëdons. J\ous avons déjà vu, en parlant des racines bulbifères, qu'il était supporté par une espèce de plateau solide , horizontal , intermédiaire à lui et à la vé- ritable racine. C'est à ce tubercule aplati que sont fixées par leur base les écailles charnues qui forment le bulbe à l'extérieur. L'intérieur renferme les rudimens de la hampe et des feuilles. Ces écailles sont d'autant plus épaisses , charnues et succulentes , qu'on les observe plus à l'inté- rieur du bulbe *, les plus extérieures , au contraire . sont sèches, minces et comme papyracées. A uini'jucs. Tantôt ces écailles sont d'une seule pièce, et s'emboî- tent les unes dans les autres , c'est-à-dire qu'une seule embrasse toute la circonférence du bulbe , comme dans l'ognon ordinaire (a//mm cepa), la jacinthe (^ae/'w^/m^ orientalis). On les nomme alors hulhesen tuniques [hulhi iumcaii ). Ecaiiieux. D'autres fois ces écailles sont plus petites, libres par leurs côtés , et ne se recouvrent qu'à la manière des tuiles d'un toit 5 on dit alors qu'elles sont embriquées : par exemple, dans le lis {lilium candidurn) . Ils constituent dans ce cas les Imlhes écaUlenoc {hiiJhisqua- mosi, imhricati ). (/ . fig. 18). Solides. ^^^.^^i^ W MVA^ Enfin quelquefois les tuniques qui constituent le bulbe sont telle- ment serrées et confondues, qu'on ne peut les distinguer, et qu'il paraît formé d'une sub- ' liulbiis, i , étant masculin en latin , cl tiré d'un mot ^Tcc BULBES. 109 stance solide et homogène. Ce bulbe porte alors le nom de solide {hulhus soUdus): par exemple, dans le safran [crocus sativiis) , le colchique (^colchiciun mitumnale) , le glaïeul (^gladiolus cormnums). Les bulbes ont en général une forme ovoïde ou globu- leuse-, quelquefois cependant ils sont plus ou moins alon- gés et comme cylindracés , ainsi qu'on l'observe dans quel- ques espèces d'ail. Dans le bananier , le bulbe est très- alongé, cylindrique et en forme de tige. Nous avons déjà dit et prouvé précédemment que le stipe des palmiers , des dracœna, yucca, etc. , était un véritable bulbe. Le bulbe est tantôt simple , c'est-à-dire formé d'un seul corps, comme celui de la tulipe , de la scille ; Ou bien il est multiple , c'est-à-dire que, sous une même enveloppe, on trouve plusieurs petits bulbes réunis, aux- quels on donne le nom de caieux', par exemple, dans l'ail {alliuni sativum^. Les bulbes , étant les bourgeons de certaines plantes vi- Leur repioduc- vaces, doivent se régénérer chaque année. Mais cette ré- génération n'a pas lieu de la même manière dans toutes les espèces. Quelquefois les nouveaux hulhes naissent au centre même des anciens , comme dansl'ognon ordinaire ( allium cepa) -, d'autres fois , de la partie latérale de leur substance , comme dans le colchique , VornitJiogalum mi- nimum, etc. j oubien les nouveaux se développent à côté des anciens , comme dans la tulipe, la jacinthe ; ou au- dessus d'eux, dans le glaïeul^ ou au-dessous, dans un grand nombre d'ixi-as, etc. A mesure qu'un bulbe pousse la tige qu'il renferme , les écailles extérieures diminuent d'épaisseur, se fanent et finissent par se dessécher entièrement. Elles paraissent ( liolSoi ) également masculin , nous avons cru devoir lui conserver le même genre en français. i4o ORGAÏNES DE LA VÉGÉTATION. donc fournir à la jeune tige une partie des matériaux né- eessaires à son développement. §. 4' Des Tuhercules. TuLercuies. Les tuhercules {tuherculd) sont des bourgeons souter- rains, ou mieux encore des tiges très-courtes et charnues, appartenant à certaines plantes vivaces. Ils sont tantôt shirples , et ne développent qu'une seule tige , comme dans les orchis ; Tantôt timltip lès , c'est-à-dire plusieurs réunis ensem- ble et comme agglomérés , dont chacun pousse une tige particulière, comme dans la saxifrage grenue ( saxi- fracfa granulata ) ; Tantôt composés, c'est-à-dire que d'un tubercule sim- ple il sort plusieurs tiges , comme dans la pomme de terre. Didymes. Lcs tuberculcs OU bulbcs solides des orchidées sont quelquefois ovoïdes , globuleux et parfaitement entiers , Fig. 19. comme dans les oreliis morio , militaris , tnascula, etc. ( Voy. fig. 19) On dit alors que la racine à laquelle ces tuJ^ercules sont joints est didynie ou testîculée. L'un de ces tubercules est plus petit , ridé et en partie flétri : c'est lui qui a donné naissance à la tige qui s'est déve- loppée j l'autre, au contraire, est ferme et plus gros , et c'est lui qui renferme dans son intérieur , ainsi que le TUBERCULES. BULBILLES. 141 montre la coupe que nous en figurons ici , le bourgeon qui doit reproduire la tige l'année suivante. D'autres fois ces tubercules sont partagés presque jus- Paini«. qu'au milieu de leur bauteur en digitations plus ou Fis. 20. Digites. BuUilile- moins nombreuses. Ils sont alors palmés , com- me, par exemple, dans ^ . Vorchis inacidata. (/ oy. fig. 20.) «, le tubercule ^ qui a produit la tige; h , le tubercule qui pro- duira une nouvelle tige ; c, le bourgeon de cette nouvelle tige-, d, d, fibres radicales*, e, base de la tige. Quand ces digitations sont très-profondes et qu'elles atteignent presque la base de chaque tubercule , on les nomme tubercules dûjiiés. {P oy. fig. 20.) Le satyrium alhidum nous en offre un exemple. Ç. 5. DesBidhiUes. On nomme hulbilles {hidbilU^ des espèces de petits bourgeons solides ou écailleux , naissant sur différentes parties de la plante, et qui peuvent avoir une végétation à part , c'est-à-dire que, détachés de la plante-mère, ils se développent et produisent un végétal parfaitement Leur position, analogue à celui dont ils tirent leur origine. Les plantes qui offrent de semblables bourgeons portent le nom de tnvipares {jplantœ vivijjarœ). Ils existent ou bien dans l'aisselle des feuilles , comme ceux du lis bulbifère (liliuin hulbiferuni) : dans ce cas , ils sont dits axillaires^ ^ D'autres fois ils se développent à la place des fleurs , comme dans Vornithogalmn viviparuni , VaUiuin cari- natmn, etc. l4"2 ORGAÎNES DE LA VÉGÉTATIOIV. Oh a dit aussi que les bulbilles pouvaient (^elquefois se développer dans l'intérieur du péricarpe et occuper la place des graines. Mais nous avons fait voir ( Ann. des Sciences nat., 1824 ) que ces prétendus bulbilles ne sont autre chose que les véritables graines , qui ont acquis , souvent aux dépens du péricarpe lui-même, un dévelop- pement extraordinaire. Mais leur organisation intérieure reste absolument la ni'éme que celle des véritables sporuies des S^aines. '-*' crypioganies. L^ uaturc dcs hulhUles est semblable à celle des bulbes proprement dits -, tantôt ils sont écaiUeux , comme dans le liliu^n bulhijerum ; tantôt solides et compactes. On doit regarder comme des espèces de bulbilles les petits corps qui se développent dans différentes parties des plantes acjmnes , telles que les Fougères , les Lycopodia- cées , les Mousses , les Lichens , etc. , et que l'on a nommés des graines. Quoique ces corps, que nous nom- mons sporuies , soient susceptibles de reproduire une plante analogue à celle dont ils se sont détachés, on ne peut les confondre avec les véritables graines. En effet, le caractère essentiel de la graine est de renfermer un em- bryon, c'est-à-dire un corps complexe de sa nature, composé d'une radicule ou rudiment des racines , d'une gemmule ou germe de la tige et des feuilles, et d'un corps cotylédonaire. Par l'acte de la germination, l'em- bryon proprement dit ne fait que développer les parties qui existaient déjà en lui toutes formées. Ce n'est pas la germination qui leur donne naissance j elle ne fait que les mettre dans une circonstance propre à leur accroisse- ment. Dans les bulJ^illes , au contraire , et surtout dans les sporuies des agames , il n'y a pas d'embryon. Il n'y existe nulle trace de radicule , de cotylédons et de geni- Usages cU-s mulc. C'est la germination qui crée ces parties. Ce ne sont donc pas de véritables grames. FEUILLES. 143 Usages des Bourgeons , des Bvfbes , etc. Plusieurs bourgeons sont employés dans l'économie domestique comme alimens,: tels sont , par exemple , les turions de l'asperge et de plusieurs autrea plantes de la même famille. Tout le monde connaît l'emploi journalier que l'on fait des différentes espèces du genre alliiitn, telles que l'ognon commun {aUmm cejya), l'ail {alliuin satl- rnm) , le poireau {(lUium jjorrum) , Féchalotte {alliuin asGjfdonicutii) , etc. La thérapeutique emploie aussi les bourgeons ou bulbes de quelques végétaux. Ainsi c'est avec les botirgeons de la sapinette (pinus picea) , infusés dans la bière , que se prépare la bière-sapinette. Les squames du bulbe de la scille (scilla maritima) sont un puissant diurétique. On l'emploie également comme excitant de l'organe pulmo- naire. L'ail, comme on sait, est un excellent anthelmin- tique. Le colchique est diurétique , etc. C'est avec les tubercules de certaines espèces d'orchis , lavés , blanchis à l'eau bouillante , puis sécliés , que l'on prépare le salep. CHAPITIIE IV. DES FEUILLES ^. AvAKT leur entier développement, les feuilles sont toujours renfermées dans des bourgeons. Elles y sont di- versement arrangées les unes à l'égard des autres , mais toujours de la même manière, dans toutes les plantes de la même espace , souvent du même genre , quelquefois même de toute une famille naturelle. Cette disposition des feuilles dans le bourgeon a reçu lenomàepre^oliat^i. On peut souvent en tirer de fort ' Folia , lat.; fu"//», gj-. Feuilles. Piéfolialion. l44 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. bons caractères pour la coordination des genres en familles » naturelles. Les modifications principales des feuilles ainsi disposées sont les suivantes : 1^ Elles ^euyent être pliees en longueur, moitié sur moitié , c'est-à-dire que leur partie latérale gauche est appliquée sur la droite , de manière que leurs bords se correspondent parfaitement de chaque côté, comme dans le sjïm^a. (^phi/ade/phus coT'onarius). 2^ Elles peuvent être plie'es de haut en has , plusWurs fois sur elles-mêmes , comme dans l'aconit ( ylconitmn najJelIus). 5^ Elles ^enyeni être plùse'es , snirant lemc longueur , de manière à imiter les plis d'un éventail , comme celle des groseillers , du poirier , etc. 4" Les feuilles peuvent être roulées sur elles-mêmes en forme de spirale, comme dans certains figuiers, dans l'a- bricotier , etc. 5*^ Leurs bords peuvent être roulés en dehors ou en dessus : telles sont celles du romarin. 6'^ D'autres fois ils sont roulés en dedans ou en dessus, comme celles du peuplier, du poirier, etc. 7" Enfin les feuilles peuvent être roulées en crosse ou en volute : c'est ce qui a lieu , par exemple , dans toutes les plantes de la famille des Fougères. Etudions maintenant les feuilles quand^elles se sont dé- veloppées. Définition. Lcs Feuilles sout dcs orgaucs Ordinairement membra- neux , planes, verdâtres, horizontaux , naissant sur la tige et les rameaux, ou partant immédiatement du collet de la racine. Par les pores nombreux qu'elles présentent à leurs surfaces, les feuilles servent à l'absorption et à l'exhalation des gaz propres ou devenus inutiles à la nu- trition du végétal. FEUILLES. 145 Les feuilles semblent formées par l'épanouissement d'un faisceau de fibres provenant de la tige. Ces fibres, * qui sont des vaisseaux, en se ramifiant diversement, constituent une sorte de réseau , qui représente en quelque manière le squelette de la feuille , et dont les mailles sont remplies par un tissu cellulaire plus ou moins abondant, qui tire son origine de l'enveloppe herbacée de la tige. Lorsque le faisceau de fibres caulinaires , qui , par son épam)uissement , doit constituer la feuille , se divise et se ramifie aussitôt qu'il se sépare de la tige, la feuille lui est alors attachée sans le secours d'aucun support particulier, et est désignée sous le nom de feuille sessile {Jolium sessile), comme dans le pavot. Si , au contraire , ce faisceau se prolonge avant de pjiioie, s'étendre en membrane, il forme alors une espèce de pédicelle, nommé communément queue de la feuille, et auquel on donne, en botanique, le nom de pétiole (petiohis). Dans ce cas, la feuille est àite pe'tiolée Ç/b- lium petiolafufn ) : par exemple , dans le tilleul , le tu- lipier, le marronnier d'Inde, etc. Cette disposition étant la plus générale , on peut con- LimLe. sidérer la feuille comme formée de deux parties , savoir, le pétiole et le disque ou limbe, c'est-à-dire cette partie, lé plus souvent plane et verdâtre , qui constitue la feuille proprement dite. De même que le pétiole manque dans un grand nombre phviiodc. de feuilles , de même aussi le limbe lui-même avorte , et la feuille ne se compose alors que du pétiole , qui sou- vent se dilate et prend la forme et les caractères d'une feuille sessile. C'est ce que l'on observe, par exemple, dans toutes les espèces d'acacia à feuilles simples de la Nouvelle-Hollande ; il est même probable que , dans It s 1" Partie. lO 1^6 ORGA>ES DE LA VÉGÉTATION. buplevruniy les feuilles ne sont que des pétioles. On leur a donné le nom de jt^^y^^^des. Faces. On distingue à la feuille une face supérieure ordinai- rement plus lisse, plus verte, couverte d'un épiderme plus adhérent, et offrant moins de pores corticaux; une face injérieure , d'une couleur moins foncée , souvent couverte de poils ou de duvet , dont l'épiderme est plus lâchement uni *4a couche herbacée , présentant un grand nombre de petites ouvertures nommées 5?oma/^5 ou pores corticaux. Aussi est-ce surtout par leur face inféi||èure que les feuilles absorbent les fluides qui s'exhalent de la terre, ou qui sont répandus et mêlés dans l'atmosphère. On distingue aussi dans la feuille : sa hase , ou la partie par laquelle elle s'attache à la tige; son somme/, ou le point opposé à la base*, sa circonférence ^ ou la ligne qui détermine extérieurement sa surface. Nervures. ^^ ^"^^^ inférieure de la feuille est encore remarquable par un grand nombre de prolongemens saillans disposés en divers sens, qui ne sont que des divisions à\x péliole , et qu'on appelle nerimrcs (^nerin). Parmi les nervures, il en est une qui offre une dispo- sition presque constante. Elle fait suite au pétiole, offre ordinairement une direction longitudinale, et divise la feuille en deux parties latérales assez souvent égales entre elles. Elle a reçu le nom de côte ou nervure Tnédiane. C'est de sa base et de ses parties latérales que partent en différens sens , et en s'anastomosant entre elles , les autres nervures. Suivant leur épaisseur et la saillie qu'elles forment à la face inférieure de la feuille , les nervures prennent différens noms. Elles conservent celui de nervures pro- prement dites i^nervi) quand elles sont saillantes et très- Yeines. prononcées ^ on les appelle î?e/yes (foliapelliner- îu'aj^par exemple, dans l'écueUe d'eau {liydrocotyh viilifaris ). Toutes les autres dispositions que les nervures des feuilles sont susceptibles d'offrir peuvent se rapporter à quelqu'un des types principaux que nous venons d'éta- blir, ou n'en sont que de légères modifications. Mudes (Vatta- Une fcuille , sessile ou pétiolée , peut être fixée de tu ifre/*""'""* différentes manières à la tige ou aux branches qui la sup- portent. Quelquefois elle y est simplement articulée^ c'est-à-dire qu'elle ne fait pas immédiatement corps avec elles par toute sa base , mais y est simplement fixée par une sorte de rétrécissement ou d'articulation , comme dans le platane , le marronnier d'Inde. Ces feuilles sont alors caduques, et tombent de très-bonne heure. D'autres fois la feuille est tellement unie à la tige, qu'elle ne peut s'en séparer sans déchirure. Dans ce cas, ces feuilles persistent aussi long-temps que les branches qui les supportent, comme dans le lierre , etc. La manière dont les feuilles sessiles sont attachées à la tige mérite également d'être étudiée. Ainsi , quelquefois la nervure médiane s'élargit , et FEUILLES. \^Q embrasse la tige dans environ la moitié de sa circon- férence. Les feuilles sont alors appelées semi-mnplexî- eaules (folia semi-amplexieaulia^. On dit au contraire de la feuille qu'elle est amplexi- caule ( foliani amplexncaule ) quand elle embrasse la tige dans toute sa circonférence : par exemple , dans le salsifis sauvage ( Tragopogon pralense) , le pavot blanc ( Papaver somniferum) , etc. Souvent encore la base de la feuille se prolonge en formant une gaine qui circonscrit entièrement la tige et l'enveloppe dans une certaine longueur. Dans ce cas, ces feuilles sont nommées etKjainantes (^ folia vagtnantia) , comme dans les Graminées, les Cypéracées, etc. Cette gaine peut être regardée comme un pétiole très-élargi , dont les deux bords se sont quelquefois soudés pour for- mer une espèce de tube. Le point de réunion du limbe de la feuille et de la gaine a reçu le nom de collet. Tantôt il est nu , tantôt garni de poils , comme dans le Poa pilosa , ou d'un petit appendice membraneux nommé ligule ou collure : c'est ce que l'on observe principale- ment dans les Graminées. La forme de la ligule est très- variée dans les difterentes espèces , et fort souvent elle est employée comme un bon caractère spécifique. La gaine est ordinairement entière; d'autres fois elle est Jendne longitudinalement : ce caractère distingue , à très-peu d'exceptions près , la famille des Graminées de celle des Cypéracées -, les premières ayant , en général , la gaine fendue , tandis qu'elle est entière dans les Cypé- racées. Quelquefois le limbe de la feuille , au lieu de se ter- miner à son point d'origine sur la tige , se prolonge plus ou moins bas sur cet organe , où il forme des espèces d'ailes membraneuses. Dans ce cas, les feuilles sont dites decurrentes {^folia decurrentia) , et la tige est appelée i5o ORGANES DE LA VÉGÉTATION. Fie Fil. Z2. ailée (eaulù alatns), comme dans le bouillon-blanc ( Ferhascum Thajhsus ) , la grande consoude ( Sym- phytum officinale), etc. On nomme feuille perjoliée [Jo- liuin j)erfoliatum) (fig. 21) celle dont le disque est en quelque sorte traversé par la tige , comme dans le Bitpleurum rolundifolium, etc. On a donné le nom de feuilles connées ou coiijoînfes {folia connata, coadnata) (fig. 22) aux feuilles opposées qui se réunissent ensemble par leur base , de manière que la tige passe au milieu de leurs limbes soudés. Telles sontlesfeuilles supérieures du chèvrefeuille {Lonicera cwprifolhmi) , celles du chardon à foulon [Dipsacus fullonum) , de la sapo- naire (^Sajjonaria offichialis.) Division des On appelle feuille simple [folium simplex) celle dont pTes et compo- Ic pétioU u'offrc aucunc division sensible , et dont le ""• limhe est formé d'une seule et même pièce : par exemple , le lilas, le tilleul, l'orme, etc. La feuille coinposée, au contraire [foUum composi- tum) , résulte de l'assemblage d'un nombre plus ou moins considérable de petites feuilles isolées et distinctes les unes des autres , qu'on Si^^eWe folioles , toutes fixées ou réu- nies sur les parties latérales , ou au sommet d'un pétiole commun, qui, dans le premier cas, porte le nom de rachis. Chaque Joliole peut être sessile sur le rachis, c'est-à-dire attachée par la base seulement de sa ner- vure moyenne -, ou bien elle peut être portée sur un petit pétiole particulier, qui prend le nom de i^étiolule : telles sont les feuilles de l'acacia, du marronnier d'Inde , etc. FEUILLES. ibl On distingue les feuilles composées en articulées et en non articulées. Les premières sont celles dont lesyô- lioles sont fixées au pétiole commun , au moyen d'une sorte d'articulation susceptible de mobilité , comme on l'observe dans l'acacia , les casses , et en général dans la plupart des plantes de la famille de Légumineuses. Ce sont les seules dans lesquelles ait lieu le phénomène que LiiNN^us désigne sous le nom de sommeil des feuilles, les autres , qui sont privées d'articulations , ne le pré- sentant pas. Entre la feuille sirnple et la feuille composée il existe Feuilles dé- une série de modifications qui servent en quelque sorte ««"P^"- à établir le passage insensible de l'une à l'autre. Ainsi, il y a d'abord des feuilles dentées ^ d'autres qui sont di- visées, jusqu'à la moitié de leur profondeur en lobes dis- tincts -, d'autres enfin dontles incisi ons parviennent presque jusqu'à la nervure inédiane , et simulent ainsi une feuille composée. Mais il sera toujours facile de les bien dis- tinguer de la feuille vraiment composée , en remarquant que dans celle-ci on povirra détacher chacune des pièces dont elle est formée sans endommager aucunement les autres ; tandis que dans une feuille simple , quelque pro- fondément divisée qu'elle soit , la partie foliacée , ou le limhe de chaque division , se continue à sa base avec les divisions voisines , en sorte qu'on ne peut en séparer une sans déchirer les deux autres , entre lesquelles elle se trouve placée ^. Toutes lesjeuilles d'une plante ne présentent pas tou- Toutes ks jours une figure parfaitement semblable. Il y a même à plante n'ont pas la même figi\ie. * On peut encore reconnaître une feuille composée en ce que chacune de ses folioles a une base rétrécie, et ne s'attache au rachis que par sa nervure moyenne ou le pétiole qui le continue; tandis qu'une feuille simple , même profondément divisée, s'y attache tou- jours par une portion plus ou moins large de sa partie foliacée. 102 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. cet dgard , dans certains végétaux , une différence des plus marquées. Ainsi , tout le inonde a du observer que le lierre (^Iledera hélix) le mûrier à papier , etc. , offrent des feuilles entières , et d'autres qui sont profondément lobées. En général , les plantes qui ont des feuilles partant immédiatement de la racine , et d'autres naissant des dif- férens points de la tige , les ont rarement semblables. La valériane phu a \esjeuilles radicales découpées latérale- ment , tandis que les feuilles de sa tige sont entières. Les feuilles varient encore suivant le milieu dans le- quel elles végètent. Les plantes aquatiques ont ordinai- rement deux espèces de feuilles-, les unes nageant à la surface de l'eau , ou un peu élevées au-dessus de son ni- veau ; les autres , au contraire , constamment plongées dans ce liquide. Ainsi , par exemple , la renoncule aqua- tique {^Ranunculus aquafilis) a des feuilles lobées qui surnagent , et des feuilles divisées en lanières extrême- ment étroites et très-nombreuses , plongées dans l'eau. Il en est de même d'un grand nombre d'autres plantes analogues. Nous allons considérer maintenant les nombreuses modifications àejbrnie , de direction, de nature , etc. , que peuvent présenter la feuille simple et la feuille com- posée. ^s!^' ''"■ §. 1 . i?e la feuille simple. A. Relativement au lieu d'où elles naissent, les feuilles sont : naissent Lieu a'où elles i'^* Séminales {Jblia seminalia ), quand elles sont for- mées par le développement du corps cotylédonaire. D'a- près cela , on voit qu'il peut en exister une ou deux , très-rarement un plus grand nombre. 2°. Primordiales {/ol. primordialia) : ce sont les pre- mières qui se développent après les feuilles séminales.. FEUILLES. l53 Elles sont formées par les deux folioles extérieures de la genimule. "5° .Radicales {JoL radicalia), celles qui naissent im- médiatement du collet de la racine, comme dans le plan- tain (Plant ago major) , le pissenlit ( Taraxacmn dens leoiiis) , etc. ^ .Caulinaîres {fol. eaulinarîd), celles qui sont fixées sur la tige. 5°. Ramaîres {fol. rameaUa, ramea) , quand elles naissent sur les rameaux. 6°. Florales {fol.floralia ) , celles qui accompagnent les fleurs et sont placées à leur base , mais qui n ont pas changé de forme ni de nature , comme dans le chèvre- feuille. Quand les feuilles florales difti^reut beaucoup des autres feuilles , elles portent alors le nom de bradées. Nous parlerons bientôt des bractées , en traitant des or- ganes floraux. B. Suivant leur disposition sur la tige ou les rameaux , Disposition. elles sont : i'\Opposées {fol. opposita), disposées une à une à la même hauteur sur deux points diamétralement oppo- sés de la tige , comme dans la sauge {Salvia officinal is), et toutes les Labiées , la véronique ( Feronica officina- lis), etc. On dit des feuilles qu'elles sont opposées en croix- {cruciatim opposita, s. decussata ), quand les paires de feuilles superposées se croisent de manière à former des angles droits , comme dans l'épurge ( Euphorbia lathy- ris ) . 2°. VeriicilUes {fol. verticillata), lorsqu'elles naissent plus de deux à la même hiiuteur , autour de la tige , ou suivies rameaux , comme dans le laurier-rose ( Neriuni oleander), la garance {Puibia tinctorum), etc. l54 OUGAWES «E lA VI;GÉTAT10IC. Suivant le nombre des feuilles qui forment chaque verticille^ on dit qu'elles sont: Ternées {Jbl. terna^, quand le verticille est formé de trois feuilles , comme dans la verveine à odeur de citron ( Verhena tripliylla ) , le laurier-rose , etc. Quaiernées {JoL quaterna ), quand le verticille est composé de quatre feuilles : par exemple , dans la croi- sette {Valantia, cruciata). Quinées ijol. quina), verticille de cinq feuilles: plu- sieurs caille-laits , le Myi'ioj)hyUu7n verticïllalum. Senées {fol. sena), verticille de six feuilles, comme dans le Galiiim uliginosum. Octonées (/bl. octona), verticille de huit feuilles: par exemple , celle de l'aspérule odorante ( j4sperula odo- rata). 3°. Alternes {fol. alterna\ naissant , seule à seule , en échelons et à des distances à peu près égales, sur dif- férens points de la tige , comme dans le tilleul ( Tilia europœa ). 4°. Ejjarses (^fol. sparsa)^ quand elles n'affectent au- cune disposition régulière , et qu'elles sont en quelque sorte dispersées sans ordre sur la tige , comme dans la linaire {Linaria viilgai'is)^ etc. Il ne faut pas croire cependant que, comme semble l'indiquer le nom d'eparses, les feuilles ainsi disposées n'offrent aucune régularité dans leur position. Grew, et plusieurs autres botanistes très-anciens, mais surtout Bonnet , avaient déjà fait remarquer que les feuilles al- ternes ou éparses n'étaient que des feuilles disposées en spirale autour de la tige , de telle sorte que dans le plus grand nombre des cas , en suivant les feuilles superpo- sées sur une tige , on voit que la cinquième correspond à la première , la sixième à la seconde, et ainsi de suite. D'où il résulte que chaque spirale se compose de cinq FEUILLES. loi) feuilles. On leur a aussi donné , à cette disposition qui- naire des feuilles qui est la plus fréquente , le nom de feuilles en quinconce. Quelquefois cependant les feuilles sont disposées de telle sorte que la troisième se trouve naître au-dessus de la première , la quatrième au-dessus de la seconde. Dans ce cas, les feuilles sont régulièrement disposées de chaque côté de la tige , et on les novûmejèuilles distiques, comme dans l'orme. Il arrive au contraire que dans d'autres végétaux la spirale se compose d'un nombre plus considérable de feuilles. Ainsi , quelquefois , chaque spirale exige six , sept , huit , et même un bien plus grand nombre de feuilles pour être complétée. Nous devons également faire remarquer que dans cer- tains végétaux plusieurs spirales marchent parallèle- ment les unes à côté des autres , comme dans le Pan- danus , par exemple, qui en offre trois. Cette disposition spirale des feuilles sur la tige paraît avoir pour objet de permettre que toutes les feuilles soient exposées à l'action directe de la lumière solaire, qui exerce , comme on sait , une action si grande dans les phénomènes de la nutrition. 5°. Géminées {fol. geniina ), naissant deux à deux , l'une à côté de l'autre , du même point de la tige. Les feuilles supérieures de la belladone {^Atro'pa Belladona), de l'alkekenge {^Phy salis Alkekengi). 6°. Distiques (fol. disficha), disposées sur deux rangs opposés l'un à l'autre , comme dans l'orme. 7°. Lnilaterales [fol. unilaferalia) , quand elles sont tournées toutes d'un seul et même côté -, par exemple , le Convallaria mulliflora , etc. 8°. Ecartées [fol. reynota), quand elles sont très-éloi- gnées les unes des autres. l56 ORGAMLS DE LA VÉGÉTATION. 9°. Rapprochées {fol. approjcimata, conferta) , nais- sant à une très-petite distance les unes des autres. ( Ces deux expressions ne s'emploient jamais isolé- ment ; elles servent toujours à exprimer une comparaison avec d'autres espèces connues. ) 10°. Inihriquées {Jol. inilricatd), quand elles se re- couvrent en partie , à la manière des tuiles d'un toit , comme dans certaines espèces d'aloès , les Thuya, etc. On dit des feuilles imbriquées qu'elles sont hisériées , quand elles sont disposées sar deux lignes longitudi- nales. Trîsériées {fol. triseriata ) , disposées sur trois ran- gées longitudinales. Quadrisériées {fol. quadriseriafa ) , fomiant quatre séries longitudinales-, telles sont celles du thuya. Enfin on dit qu'elles sont imbriquées de tous cotés , quand elles n'offrent aucun ordre régulier. 11°. Fasciculées {fol. fasciciilata^j, naissant plus de deux ensemble du même point de la tige , comme dans le cerisier {Cerasus com.iminis). le mélèse {Larix vulga- ris), l'épine-vinette {Berberis vulgaris), etc. 12°. Couronnantes {fol. coronantia , ferminantia ) , réunies en forme de bouquet, au sommet de la tige , comme dans les Palmiers , le papayer (rar/ea Papayd). l'y. Rosélées ou en rosette {fol. rosulaia), alternes et rapprochées en forme de rosace, comme dans la jou- barbe {Sempervivum teciorutn), le pissenlit, etc. Diiectiou. C. Quant à leur direction relativement à la tige , les feuilles sont: 1^. Dressées {fol. erecta) , formant un angle très-aigu avec la partie supérieure de la tige , comme dans la mas- sette {Typhalutifolia^. FEUILLES. iSr 2^^. opprimées (fol. adprcssa) , quand le limbe de la feuille est appliqué contre la tige. 5'^. Elalées ou ouvertes [palenlia), quand elles forment avec la tige un angle presque droit, comme dans le lierre terrestre ( Glecïio?na hederacea) , l'androsème {Hyperi- cuni androsœinuni) , etc. 4". Infiécliies (fol. injlexa), quand elles sont fléchies en dedans , comme celles de plusieurs Malvacées. 5*^. Involute es [fol. znvointa), lorsqu'elles sont roulées en crosse : telles sont celles des Fougères. 6*^. Réfléchies {fol. reflexa) ^ celles qui sont rabattues Ijrusquement en dehors, comme dans VInula pulicaria, le Dracœna refiexa , etc. 7^. Révolutées (fol. revoluta) , roulées en dehors. 8". Pendantes (fol. pendentia) , celles qui s'abaissent presque perpendiculairement vers la terre , comme dans le liseron des haies (Convolvulus sephim) , le daphné lauréole ( Daphne laureola ) . 9*^. Inverses (fol. inversa), quand le pétiole se tord de manière que la face inférieure devient supérieure, comme dans le Pharus. lo". Ilumfuses (fol. humfusa) , quand elles sont ra- dicales , molles et étalées sur la terre , comme dans la pâquerette (B ellis perennis) . 1 1*^. Nageantes (fol. 7iatant{a),se soutenant sur l'eau, le nénuphar (Nytnjihœa alba). 12*^. Submergées (fol. snbmersa, demersa) , cachées sous l'eau: celles de V Hottonia palustris. iS'^. Emergées (fol. emersa), quand leur point d'at- tache est sous l'eau , et que leur pétiole les élève au-des- sus du liquide , comme celles du plantain d'eau (J Usina Plantago) , de la sagittaire (Sagittaria sagittafolia). i58 ORGANES I)E LA VÉGÉTATION, Figures. D. Circonscriplion ou figure. i". Orbiculées {fol. orhiculoJa^^ cdlcs dont la cir- conférence approche de la figure d'un cercle, comme récuelle d'eau [Jfj/drocolylc vulrjaris ). 2". Ovales^ {f^^- ovalia), (fi;;.23) alongées, arrondies aux deux extrémités, l'extrémité inférieure étant plus Fig. 23. Fig. 4. Fig. ■>!>. large: exemples, l'aunée {/nula hcleniiitn) , le mouron des oiseaux {Ahinc média), la grande pervenche (A m- finissant inscnsibloment en pointe vers le sommet: Planlnijo Imtccolata , le laurier-rose ( Neriuin ,y. oleander),\e ])GcheT {-^mi/gdalus persica). 7°. Linéaires {fol. Imearia)., lancéolées, mais étroites et ajoutées : la plupart des Graminées. 8°. Jîuhanaires ou en ruhan {fol. faseîaria, graminea), un peu plus larges que les précédentes , mais bien plus alongées : la Falisneria spiralis, le Typha lalifolia. 9". Snhulées ou en alêne {fol. suhulata)., très-étroites à leur base , et rétrécies- insensiblement en une pointe aiguë au sommet: le genévrier (./wm/^en/^ communis). lo". Acîculées et sélacées {Jol. acicularîa , se/acea) , alongées, roides et aiguës, ayant quelque ressemblance avec des aiguilles ou des soies de cochon : par exemple , celles de W/sparagns acuffolius, des pins , etc. 11". Capillaires {fol. capillaria), déliées et flexibles comme des cheveux : celles de l'asperge {Asparagus offi- cinaiis^ , etc. 12°. Filiformes {fol. filformia),m\nc,es, grêles, très- ^^I^'^' *^^^^^^^ comme un fil: exemple, la renoncule aquatique {lianunculus aqiiatilis). la". Spalulées ou en forme de spatule' {fol. spatulata), (fig. 27) minces, étroites à la base, larges et arrondies à leur sommet : la paque re t te ( Bellis p) crenn is ) . 14°. Cunéaires, ayant la figure d'un coin {fol. cuneata)^ (fig. 28) très -étroites à la base, Fig. 28. s'élargissant jusqu'au sommet, qui est comme tronqué : exemple , le Saxifraga iriden- tata,etc. 15" Paraholiqucs{fol.paraholica), oblon- gues , arrondies du haut , et comme tronquées du bas. i6o ORGANES DE LA VÉGÉTATIOIV. 16*^. Falquées [fol.Jalcata)^ ou enfer de faux : Bu- pleuruni/alca/um, etc. 17". Inéquilaières {fol. inœquilatera^ , quand la ner- vure médiane partage la feuille en deux moitiés iné- gales : par exemple , dans le tilleul , le Bégonia obliqua , le séné, etc. Base. E. Les fcuiUcs peuvent être diversement éch ancrées à leur base; ce qui leur donne des figures variées. Ainsi, on dit qu'elles sont : 1°. Cordées, ou en cœur, ou cordif ormes {fol. cordât a, Fig- 29 cordif ormia), (fig. 29) quand elles sont échan- crées à leur base , de manière à représenter \ deux lobes arrondis , et qu'elles se terminent \ supérieurement en s'amincissant, comme dans le Tanius communis , le nénupliar {Nym- I phœa alba ) , etc. Les feuilles cordiformes peuvent être en même temps obliques ou inequilatères {obli- qué cordaia) , comme dans le tilleul , etc. Fig. 3o. 1^ . Re'naires ou rénif ormes ., en forme de rein {fol. reniformia ) , (fig. 3o) quand elles sont beaucoup plus larges que hautes , et sont ar- rondies au sommet , et échancrées en cœur à la base : par exemple , l'asaret ( Asarum, europœum ) le lierre terrestre ( Glechoma hede- racea). 3". LunuUes ou en croissaiU {fol. lunata ), arrondies et divisées à leur base en deux lobes étroits. 4°, Sagittées ou enfer defllche {fol. sagittatd), quand FEUILLES. 161 elles sont aiguës, et que leur base est prolongée en deux Fig- 3i. lobes pointus , peu divergens t exemple , la sagittaire {Sagittaria sagiUœfoUa ) . (^'oy. fig. 3 1 . ) 5^. Hastées {fol. hastala) , à base prolongée en deux lobes ai- gus, très-écartés et rejetés en de- hors , comme dans VArum macu- latum, etc. F. Les feuilles peuvent être Sommet, terminées de diverses manières à leur soînmet. De là elles prennent les noms de : 1^. Aiguës {fol. aeuta) , quand elles s'amincissent in- sensiblement en pointe à leur sommet , comme celles du laurier -rose. 2^. Piquantes {fol. pungentia) , terminées par une pointe roide , comme dans le landier ( Ule^e Eiiropœus)^ le petit houx {Ruscus aculeatus). 3". Acuniînées {fol. acuminata) , quand, vers le sommet, leurs deux bords changent de direction, et se prolongent en se rapprochant , comme dans le coudrier ( Corylus Avellana) , le cornouiller ( Cornus mascula). 4°. Mucronées {fol. rnucronata) , surmontées d'une petite pointe grêle et isolée, qui ne paraît pas faire suite au sommet de la feuille : dans la joubarbe des toits { Setnpervivum tectorum). 5°. Uncifiees {fol. uncinata ) , terminées par une pointe recourbée en crochet. 6°. Obtuses {fol. obtusa) , terme général mis en op- position à celui de feuilles aiguës : comme celles du Nymphœa alba, etc. y^. Echancrées {fol. emarginata ) , oiirant à leur l" Partie. n 162 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. sommet un sinus rentrant en forme de crénelure, comme le buis ÇBmxus setnpervirens) , l'azaret (^zarwm eu- ropœum). 8°. Rétuses {Jol. relus a) , offrant un sinus peu pro- fond , comme la busserole {^F accinium vîtis idœa). 9". Obcordées {Jol. ohcordata ^) , en cœur renversé : les folioles de l'alléluia {^Oxalis acetoseUa), 10°. Bifides {Jol. apice bijïda) , fendues au sommet en deux lanières aiguës , peu profondes. 11°. Bilohées {JoL ajyice hihba) , quand les deux divisions sont séparées par un sinus obtus. 12°. Bipartites {Jol. apicc hiparlila) , quand les deux divisions sont très-profondes et aiguës. Coniour. G. Les feuiUcs peuvent offrir, dans leur contour, des angles plus ou moins nombreux , plus ou moins marqués , ce qui leur donne des figures parti- culières j ainsi on les appelle : 1°. lihomho'ulales {fol. rjiojnhoidea) {Voy. fig. 02.), quand elles présentent quatre angles , dont deux opposés plus aigus : exemple , Caitn- panula rhomboidalis , etc. 2°. Deltoïdes {fol, deltoidea') quand elles ont la figure d'un rhomboïde , dont l'angle in- férieur est très-court , en sorte qu'elles paraissent comme triangulaires , ou approchant de la forme du delta des Grecs : exemple , le Mesemh'yanthetnu^n deltoïdes. 3°. Trapézoïdes {fol. trapezoidea) , ayant la figure d'un trapèze, c'est-à-dire d'un quadrilatère dont les ' Obcordata. Ce mot est employé par abréviation poqr obrersè corda ia. FEUILLES. l63 quatre côtes sont inégaux : par exemple , plusieurs Fou- Fig. 33. gères, Âdianihum trapezifbrnie , le peu- ^y^^l plier noir {J'oy. fig. 33). 4°. Tînanguîces {fol. Iriangulata ) , offrant trois angles saillans . 5°. Quadrangulees {Jol. quadran- gulaia ) . H. Les feuilles simples , conime nous Peuiiies sim- ., 1- . t r 1 . A. n' • pltfs incisées. lavons dit précédemment, peuvent olirir des incisions plus ou moins profondes, sans pour cela devoir être considérées comme composées. Ainsi elles peuvent être : i". Trîjïdes {fol. trifida) , 2°. Quadrifides {fol. guadrifida) , 5°. Quînquéfides {fol. quinquefida) , 4°. Se.rjides {fol. sexjidfi) , 5°. Midtijîdes {fol. multifida) , quand elles présentent trois , quatre , cinq , six ou un plus grand nombre de divisions étroites et peu profondes. 6°. Trilobées {fol. frilobata) , r°. Qiiadrilohées {fol. quadrilohala^ , 8". Quinquélohées {fol. quinquehhaia) , g". Multilohées {fol. mulfilobafa^, lorsque les divisions sont plus larges , et séparées par des sinus obtus. 10°. Tripartites {fol. tripariita) , 11°. (Quadripartites {fol. quadripartita) , 12°. Quinquépartites {fol. quinquepartita) , i5°. MuUipartites {fol. mul/ipartita) , si les incisions sont assez profondes pour arriver jusqu'aux deux tiers au moins du litnbe de la feuille. l64 ORGANES DE LA VÉCIÉTATION. i4'^. Lacîniées {Jol. laciniata ) , celles dont les divi- sions sont profondes et manifestement inégales , comme dans beaucoup de Synanthérées. {Voy. fig. 34-) i5". Palmées {foL palmata), quand toutes les nervu- res, partant en rayonnant du sommet du pétiole , se di- Fig. 35. Fiso 36. rigent chacune vers le milieu des divisions, comme dans le ricin (^Ricinus communis). {Voy. lig. 35.) 16*^. AuricuUes {Jol, auriculatd), offrant à leur base deux petits appendices qu'on nomme oreillettes, comme dans la sauge officinale {Salvia officinalis), la scrofu- laire aquatique {Scrophularia aquatica) , etc. 17°. Pandurées ou Panduriformes {Jol. pandurataj panduri/brmia) , approchant de la figure d'un violon, c'est-à-dire alongées , arrondies aux deux extrémités , et présentant deux sinus latéraux rentrans : par exem- ple, dans le Convolvulus panduratus , le Rumex pul- cher, etc. 18°. Sinuées {Jol. sinuata) , quand elles présentent une ou plusieurs échancrures arrondies, ou sinus en nom- bre déterminé. 19". Sinueuses {Jol.sinuosa) {Pot/, fig. 56.), présen- tant des sinus arrondis et des saillies également arrondies FEUILLES. l65 dans le chêue et convexes , en nombre indéterminé ( Quercus rohur ) . 20". Pimiatijîdes [fol. pmnatifida) ( Foi/, fig. 07.) , Fig. 37. divisées latéralement en lobes plus ou moins profonds, comme dans le Polypodiu7n vul- gare^ le Coronopus Rueïlii. 2 1^ . Interrotnpues {fol. interruptè-pinna- tîjlda ) , ce sont celles dont les divisions su- périeures sont confluentes par leur base , tan- dis que les inférieures sont entièrement libres ; en sorte que ces feuilles représentent supérieurement une feuille pinnatifide , et inférieurement une feuille pinnée : mais on ne peut les confondre avec les feuilles vrai- ment composées, 22^. Peetinées owenjhrnie dépeigne [fol. peetînata), feuilles pinnatifides , dont les divisions sont étroites, rap- prochées et presque parallèles : par exemple , dans VA- chillœa pectinata. 20^. Lyrées {fol. lyrata), feuilles pinnatifides , termi- ^9- nées par un lobe arrondi , beau- coup plus considérable que les autres, comme dans la benoite ( Geuni urbanuni) ; le radis sau- vage {Raphanus Raphanistrum)., etc. {Voy. fig. 38.) 2^^ . Roncinées {fol. runeinalci)^ feuilles pinnatifides, dont les lobes latéraux sont aigus et recourbés en bas : par exemple , celles du pissenlit ( Taraxacum dens leo-r nis) , dn Prenanthes niuralîs , etc. {Poy. fig. 09. ) /. Quant à levu' contour, ou aux modifications que présente le hofd même , les feuilles sont ; Fig. 38. Dentelures, l66 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. 1°. Entières [intégra), quand leur bord se continue sans présenter ni dents , ni incisions, ni sinus : exemple , la pervenche [Pinça major) , le lilas, etc. ) 2°. Érodées [Jol. erosa) , présentant de petites dente- lures inégales , en sorte que le bord de la feuille semble avoir été rongé par un insecte : comme celles du Sinapis alha, etc. 3*^. Crénelées [fol. crenata) , dont le bord offre des crénelures ou petites parties saillantes, arrondies, sé- parées par des angles rentrans : par exemple, dans le lierre terrestre ( G/ee/tom« hederacea), le marrube blanc [Marruhium vutgare) , la bétoine [Betonica ojfîci- nalis). 4". Doublement crénelées [fol. dupUcato- crenata) , quand chaque crénelure principale en offre de plus pe- tites , comme dans le Chrysospleniu^n alterni Jblium et Vllydrocotyle vulgarîs. 5*^. Dentées [fol. dentata) , dont le bord est découpé # en petites dents aiguës, ne s'inclinant ni vers le sommet, ni ver3 la base de la feuille : exemple, l'alliaire [Erysi- muni Alliaria), le séneçon [Senecio vulgaris) , etc. 6*^. Serrées ou Dentées en scie [fol. serrata) , quand les dents sont inclinées vers le sommet de la feuille : comme dans la violette [Viola odorata), la viorne [Fi- hurnnm Lardana) , etc. 7°. Douhlemetit serrées [fol. duplicafo-serrata) , dont chaque dent est elle-même serrée : comme dans le coudrier ( Corylus Avellana) , l'orme ( Ulmus campes- iris). 8^. Épineuses [fol. margine spinosa), bordées de dents roides, aiguës et piquantes: comme dans le houx [IlejG aquifolium) , beaucoup de chardons. 9*^'. Ciliées [fol. eiliata), ayant le bord garni de poils FEUILLES. 167 disposes en sërie comme les cils des paupières : par exem- ple , dans VErica tetralix, la Luzula vernalis , etc. K, Expansion. Espaïuion. Les feuilles peuvent être : 1°. Planes (Jol. plana) , quand leur surface n'est ni concave, ni convexe : celles de la plupart des plantes. 2°. Convexes {fol- convexa) , quand elles sont bom- bées par leur face supérieure. 3°. Concaves {/ol. concava) , bombées par leur face inférieure , de" manière à ce que la supérieure présente une cavité, comme dans le Nélumbo, l'écuelie d'eau. 4°. Gladiées ou Ensif ormes {Jol. ensiformia) , com- primées fortement sur leurs parties latérales, en sorte que leurs faces sont devenues latérales, et leurs bords postérieur et antérieur, comme dans Viris germani- ca , etc. 5°. Striées (Jol. striata) , offrant des stries en différens / sens. 6°. Onduleuses {fol, undulosa), offrant des saillies et des enfoncemens irréguliers , qu'on a comparés aux on- dulations de l'eau agitée : la rhubarbe ondulée {Rheiim undulatuffi), le chou. L. Superficie. superficie. 1°. Luisantes {/ol. liicidd), ayant leur surface unie et réfléchissant la lumière : le laurier-cerise , le lierre. 2°. Unies {fol. lœvia^, n'offrant aucune saillie ni as- pérités : le Nymphœa , etc. 5°. Glabres (Jol. glabra), dépourvues de toute espèce de poils : la petite centaurée ( Erythrœa Centaurium ) , le laurier-rose. 4". Pcrtuses {fol. pertusa^, percées de trous très-sen- sibles : Vracontiujn jicrtusum. i68 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. Consistance. 5. Cancellèes {fol. ca^iecZ/ato) , quand le parenchyme Fi§. 40. n'existe pas , et qu'elles sont simple- ment formées p.ar les ramifications des nervures fréquemment anastomosées , et représentant une sorte de treillage , comme celle de Y Hydrogeton fenes- tralis. {} oy. fig. 40.) 6°. Glanduleuses {fol.glandulosa)^ offrant à leur surface de petites glandes. 7^. Scahres {Jol. scahra) , rudes au toucher : l'orme ( Ulmus campestris) , le grémil ( Lithospermum officinale ) , etc. 8°. Glutineuses {fol. glutinosa), offrant, quand on les touche, une viscosité plus ou moins grande : Inula vis- cosa, M. Pubescence. (Voy. ce que nous avons dit précé- demment en parlant de la tige.) N. Consistance et tissu. 1". Membraneuses {fol. membranacea) , n'ayant pas d'épaisseur sensible, molles et souples, comme celles de la grande aristoloche {J[risfolochia Sypho). 2°. Scarieuses [fol. scariosa ) , minces, sèches, demi- transparentes. 3". Coriaces (/o/. eonacea), quand elles sont épaisses et qu'elles ont une certaine consistance : celles du gui {Viscum album), du laurier-cerise , etc. 4°. Molles [fol. mollia ) , ayant peu de solidité, et douces au toucher : l'épinard ( Spinacia oleracea ) _, la guimauve [Altliœa ojficinalis) . 5". Roides {fol. l'igida ) , coriaces et résistant à la flexion ; le petit houx [Rusciis aculeatus) . 6°. Charnues [fol. carnosa) : la joubarbe des toits FEUILLES. 169 {Sempervwum tectoruiti) , et en général toutes les plantes grasses. 7°. Creuses {fol. Jlstulosa) -.l'ognon ordinaire (^/^mm Cepa). O. Forme % c'est-à-dire épaisseur ou solidité notables. Formes. 1®. Ovées {fol. ovata ) , ayant la forme d'un œuf. 2°. Obovées {fol. ohovata ) , ayant la forme d'un œuf renversé. 3°. Conoïdales {fol. conoidea ) , ayant la forme d'un cône. 4**. Cylindriques [fol. cylindrica , teretia), ayant la forme d'un cylindre alongé : le Sedum album, l'ognon. 5**. Lingniformes {fol. linguiformia) , ayant l'épais- seur et la forme d'une langue : la joubarbe des toits {Seînpervivum tectorum). 6^. Triquhtres {fol. triquetra) , alongées en prisme à trois faces : le jonc fleuri {Butomus umbellatus) . 7°. Tétragones {fol. tetragona ) , alongées en prisme à quatre faces : Gladiolus trîstis. 8**. Comprimées {fol. coTnpressa), épaisses, charnues, aplaties latéralement , ayant plus d'épaisseur que de lar- geur. P. Coloration. Coioiaiion 1°. Ferles {fol, viridia ) : la plupart des feuilles. ' Il ne faut pas confondre , comme on le fait très-souvent , la forme et la figure d'un corps. La forme ne s'entend que des corps solides, c'est-à-dire de ceux qui présentent l'étendue , la largeur et l'épaisseur. La partie de la géométrie qui s'en occupe porte le nom de stéréométrie. Le terme de figure n'est applicable qu'aux corps plans, c'est-à-dire aux surfaces qui n'offrent que deux dimensions , la largeur et la longueur. On donne le nom de planimétrie à la partie de la géométrie qui traite de la flgure des corps plans. Ainsi, un œuf a une forme oi'ée ; une feuille plane, représentant la section longitudinale d'un œuf, a une flgure ovale. On voit donc la néces- sité de distinguer les expressions formaires des expressions //g'«- raires. 170 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. 2*^. Colorées {fol. colorata ), d'une autre couleur que le vert. 3**. Glauques {fol. glauca) : celles qui sont d'une couleur vert de mer : Magn olia glauca , le chou {Brassica oleracea). Cette coloration est due à une couche légère d'une matière résineuse , semblable à celle qui recouvre certains fruits , et en particulier les prunes et les raisins. Un fait remarquable , c'est que les feuilles glauques ne sont pas susceptibles d'être mouillées quand on les trempe dans l'eau , ce qui démontre bien la nature de l'enduit qui leur donne la couleur glauque. ù^ . Discolores {fol. discolora), quand les deux faces ne sont pas de la même couleur. Ainsi dans la cymba- laire {^titirrhinum ci/mbalaria ), le cyclamen {Cycla- men europœum) , la face supérieure est verte , l'infé- rieure est pourprée. 5^. Tachetées {fol. macw/a/a), offrant des taches plus ou moins considérables, d'une couleur différente de celle, de la feuille : Arum m,aculalum. Ç)^ . Incanes {fol. incana), d'un blanc pur : Achillœu incana. Peiiolaiiou. Q- Pétiolation. 1**. Sessiles {fol. sessilia ) : le buis ( Buxus semper- virens ) , etc. 1^. Pétiolées {fol. petiolata ) : le platane , le poirier , l'abricotier. 3*^. Peltées i^fol. peltata ), quand le pétiole s'insère au centre de la face inférieure des feuilles , et que les nervures partent de ce point , en rayonnant vers la circonférence : comme dans la capucine ( Tropœolum majus ) ^ récuelle d'eau ( Hydrocotyle vulgaris ). (fy. fig. 41). Pg.jj^jg - Quand les feuilles sont pourvues d'un FEUILLES. 171 pétiole , il ne faut pas négliger les caractères qu'on peut tirer de ses différentes modifications. Ainsi , il peut être cylindrique , comprimé, friqukre, filiforme, court, long , etc. Nous n'avons pas besoin de donner ici l'explication de ces expressions, que nous avons déjà définies , pour la plupart , dans un autre lieu. Le pétiole peut être tordu sur lui-même , comme dans plusieurs Cucurhilacées , etc. Claviforme , en forme de massue (jt>. claviformis^ , quand il est renflé d'une manière manifeste à sa partie supérieure , comme dans la châtaigne d'eau ( Trapa natans ). Canaliculé , ou creusé en gouttière (jp. canalicula- ius), quand il est convexe à sa face externe, concave du côté de la tige : par exemple , dans beaucoup d' Om- helliferes. Ailé Çp. alatus ), quand le limbe de la feuille se pro- longe sur lui de manière à former de chaque côté un ap- pendice membraneux : par exemple, dans l'oranger (C*- trus Auraiitium^. Dans les feuilles composées , le pétiole commun est quelquefois formé d'autant de pièces articulées et mem- braneuses qu'il y a de paires de folioles; c'est ce qu'on observe dans le Quassia aniara par exemple, et un grand nombre d'espèces d'Inga. Foliijorme , ou en forme de feuille {^foUiformis ) , quand il est large , mince , et a l'aspect d'une feuille. Dans œ cas, il remplace fort souvent les véritables feuilles qui n'existent que dans les individus encore jeunes , et qui tombent à une certaine époque. Ainsi les prétendues feuilles simples des Mimosa de la Nouvelle-Hollande ne sont que des pétioles élargis etfoliijhrmes , etc. On leur a donné le nom de Phyllodes. Le pétiole est quelquefois accompagné d'une gaine ir7 2 ORGANES DE LA. VÉGÉTATION. membraneuse à laquelle on a donné le nom à'Ochrea, et qui embrasse la tige dans toute sa circonférence. La pré- sence de cette Ochrea est un des meilleurs caractèces pour distinguer les plan tes qui appartiennent à lu fa- mille des Polygonées , qui en sont toutes pourvues. Durée. ^. Suivant leur durée sur la tige , on distingue les feuilles en : i*^. Caduques {fol. caduca ) , lorsqu'elles tombent peu de temps après leur apparition , comme celles de beaucoup de cactus. 2". Décidues {fol. decidua), quand elles tombent avant une nouvelle foliation: celles du marronnier, du tilleul, etc. 3*^. Marcescentes {fol. mareescentia) , lorsqu'elles se dessèchent sur la plante avant de tomber , comme celles du chêne. 4''. Persistâmes {fol. persistentia ), celles qui restent sur le végétal plus d'une année : par exemple , dans les pins , le buis , le laurier-cerise , etc. Ces arbres portent le nom général d'arbres toujours verts. Feuilles com- § 2. Des FeuUles composées. poie'es. La feuille vraiment composée, avons-nous dit, est celle qui , sur un pétiole commun , porte plusieurs fo- lioles qu'on pevit isoler les unes des autres. Ces folioles sont , ou articulées sur le rachis , c'est-à-dire attachées par un point très-rétréci de la base de leur petit pétiole, ou continues avec lui par toute la base de leur pétiole. Il y a différens degrés de composition dans les feuilles. Ainsi, le pétiole commun peut être simple, ou bien il peut se ramifier. Quand le pétiole commun ne se ramifie pas , la feuille est dite simplement comjjose'e. On l'appelle feuille dé- composée quand il se ramifie. FEUILLES. 173 Nous allons étudier les modifications qu'elle présente dans ces deux cas. Les feuilles simplement composées offrent deux modi- composées. fications principales , suivant la position qu'affectent les folioles qui les composent. Ainsi , tantôt toutes les fo- lioles partent du sommet même du pétiole commun, comme dans le marronnier d'Inde, le trèfle , etc. ; tantôt, au contraire , ces folioles naissent sur les parties latérales du pétiole commun ou rachis , comme dans le frêne , le baguenaudier, l'acacia , etc. On a donné le nom de feuilles digitées à la première de ces deux modifications, et celui de pennées à la seconde. Les feuilles digitées {fol. dîgitata ) sont donc celles DigiteLs. dont toutes les folioles partent en divergeant du sommet du pétiole commun , à la manière des doigts de la main lorsqu'ils sont écartés. Le nombre des folioles qui constituent les feuilles di- Fig. 42. gitées est très - variable , comme on peut le voir en comparant ensemble les feuilles du trèfle , qui en of- frent trois, avec celles des Pavia, qui en ont cinq; i' celles du marronnier d'Inde [Voy. fig. 42.), qui en pré- sente sept 5 celles des lupins, qui en offrent un grand nom- bre, etc. Aussi est-ce d'après ce nombre que l'on a divisé les feuilles digitées en : 1°. Unifoliolées {Jol. unifoliolata) , quand elles n'of- frent qu'une seule foliole , mais qui est articulée au som- met du pétiole. Dans ce cas, des raisons d'analogie et la présence d'une articulation font ranger cette feuille parmi Pennées. 174 ORGANES DE LA YÉGÉTATlOTf. les composées • telles sont celles de Foranger ( Citrus Aiiraniiimi) ^ du Piosa simpUcîfblia j etc. 2". Trifoliolées {fol. trifoliolata ) , quand elles ont ^'=- ^^- trois folioles : comme dans le trèfle d'eau ( Mem/anihes trîfoliafa), {F.ïi^. 43.) l'al- leluia ( Oxalis acetosella ) . 3°. Quadrifoliolées {JoL quadrifoliolata ) , compo- sées de quatre folioles , Mar- silea quadrifoUa. 4°. Quinquéfoliolées {fol. quinquefoliolaia) : Cissus quinquefoUa , Potentîlla reptans, etc. 5^. SejJfetifoIioIées {fol. septeinfoliolata) . le marron- nier d'Inde, etc. {Foij. lig. 42.) 6*^. Multtfolioléeê {fol. muUifoUolata) ^ composées d'un grand nombre de folioles : comme le Luphius varîus. Les ïe.\x\\\ç?, pennées {fol. peiinata) {Toy. %. 440? ^'S- 44- comme nous l'avons dit , sont celles qui , sur un pétiole commun , por- tent un nombre plus ou moins con- sidérable de folioles , disposées sur les parties latérales à la manière des barbes d'une plume sur leur tige commune : telles sont celles du séné {Cassia aciit folio) ^ de l'acacia [Rohînîa pseudo - acacia) , du frêne ( Fraxinus excelsior) . Les folioles d'une feuille pen- née peuvent être opposées l'une à l'autre , et disposées par paire {Voyez fig. 440' ^^"^^ ^^ ^^^ ' ^"^ dit qu'elles sont oppositi-pennées, on bien ses fo" FEUILLES. 175 lioles sont alternes , et les feuilles sont dites alternMi- liennées. Les feuilles oppositi-pennées sont également appelées conjuguées. On dit qu'elles sont : 1". Unijmjiiées [fol. unijugata ) , quand le pétiole commun porte une seule paire de folioles ; comme dans le La- thyrus lalifolius , le Lathyrus sylveslris, etc. [f oy, fig. 45.) 2°. Bîjuguées [fol. hijugata), composées de deux paires de folioles : comme dans certains Mimosa. 3*^. Trijugue'es [foL triju- gafa), composées de trois paires de folioles : comme celles de VOrohus tuherosus. 4". Quadrijuguées [fol. qua- drijiigata ) . i)". Quinquéjugue'es [fool. quinquejugata) : comme celles de la casse ( Cassiez fistula). Çp. Multijuguées [fol. fnullijugata), quand les paires de folioles sont en nombre indéterminé: comme celles de la fausse réglisse [Astragalus glycyphyllos) , la Vicia cracca , etc. Les feuilles oppositi-pennées sont dites pari-pennées ou pennées sans impaire {Voy. fig. 44')^ quand les fo- lioles sont attachées par paires, et que le sommet du pé- tiole commun ne présente pas de foliole solitaire ni de vrille qui en tienne lieu : comme dans le séné , le ca- roubier ( Ceratonia siliqua) , VOrohus tuherosus, etc. Elles sont dites au contraire impari^ennées , ow. pen- nées avec impaire [ impari-pennata) , quand le pétiole commun est terminé par une foliole solitaire: comunie f;o 176 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. dans l'acacia {Rohinia pseudo-acacia ) , le frêne ( Fraxi- nus excelsîor^) . Les feuilles impari-pennées sont appelées trifoUoUes '^ (y^^* iwipari-pennata trifoliolata ) quand au-dessus de l'unique paire de folioles dont elles sont formées, se trouve une foliole solitaire pé- tiolée : comme dans les espèces de Doliclios , de Glycine , de Pha- se olus , etc. {J^oy. fig. 46. ) Il ne faut pas confondre cette espèce de feuille avec la feuille dîgitée trifolioleei^Voy. fig. 45.);» également composée de trois folioles. Dans la première , la foliole moyenne est pétiolée -, dans la seconde , les trois folioles sont sessiles ou également pétiolées. On appelle feuilles interrupté -pennées {fol. inter- rupte-pennata ) celles dont les folioles sont alternative- ment grandes et petites: comme dans l'aigremoine {^gri~ mania Evpatoria ) . Quant aux feuilles décursîvé-pennées , c'est-à-dire celles dont le pétiole commun %st ailé par le prolonge- ment de la base des folioles , nous ne les rangeons pas parmi les feuilles composées , puisque aucune foliole ne peut être enlevée sans en déchirer la partie foliacée. Ce ne sont que des feuilles plus ou moins profondément pinnatifides. Décomposées. Lcs fcuillcs décomposées {Jol. decomposita) sont le deuxième degré de composition des feuilles j le pétiole commun est divisé eu pétioles secondaires , qui portent les folioles. On les appelle : 1". Dûjitées-pennées [digitato-pennata), quand les pétioles secondaires représentent des ÏQxx'vWe^ pennées par- tant toutes du sommet du pétiole commun : exemple , certains Mimosa. FEUILLES. X'J'J 2**. Bigéviinées [Jol. decomposi/o-bigemma/u) , cinsLud chacun des pétioles secondaires porte une seule paire de folioles : exemple , Miynosa unguiscati. 3". Bipennées {/oL hipennata, duplicafo-pemiata), Fis- 4r- quand les pétioles secondaires sont autant de feuilles pennées, partant du pétiole commun : comme dans le Mimosa Julibrizin , etc. ( Fog. fig. 47.) On nomme feuilles surdecomposees le troisième et der- surdecompo. nier degré de composition que présentent les feuilles. '^"• Dans ce cas, les pétioles secondaires se divisent en pétioles tertiaires, portant les folioles. Ainsi, on appelle feuille 48. surdécomposée-frifernée ( Foy. fig. 48 ) celle dont le pé- l" Partie. \'-0 ORGANES DE LA TEGETATiniV. tiole commun se divise en trois pétioles secondaires^ divisés chacun en trois pétioles tertiaires , portant aussi chacun trois folioles : comme dans VJctœa spicata , VEpi- médium aJpinum. Nous venons d'exposer avec quelques détails les nom- breuses variétés de forme , de figure , de consistance , de simplicité et de composition , que présentent les feuille?. Nous avons cru devoir donner quelque développement à cet article , parce que beaucoup d'autres organes , que nous étudierons successivement, tels que les stipules, les sépales , les pétales , etc. , nous offriront des modifi- cations analogues dans leur figure , leur forme , leur struc- ture , etc , qui , une fois décrites et définies , n'auront plus besoin que d'être citées pour être parfaitement comprises. Slruciure , usarjes et fonctions des Feuilles. .'^friHiuro des ^cs fcuilles , comme nous l'avons dit précédemment, i.u;iies. %Çiw\, formécs par trois organes principaux j savoir, par un faisceau vasculaire provenant de la tige , par du pa- renchyme , prolongement de l'enveloppe herbacée del'é- corce, et enfin par une portion d'épiderme qui les re- couvre dans toute leur étendue. Etudions successivement ces trois parties : Vaissi^sui. 1*^. Le faisceau vasculaire constitue le pétiole quand celui-ci existe. Ces vaisseaux sont des trachées , dos fausses trachées , des vaisseaux poreux et des vaisseaux du suc propre : ils sont , dans le pétiole , enveloppés à l'extérieur par une couche de la substance herbacée, qui se prolonge sur eux au moment où ils sortent de la tige. C'est par leur épanouissement et leurs ramifications suc- cessives qu'ils constituent le réseau de la feuille. les mailles ou espaces vides qu'ils laissent entre eux sont FEUILLES. irg remplis par le tissu parenchymateux venant de l'ëcorce. Ce parenchyme manque quelquefois , comme dans VHy- drogelon-, et alors la feuille, qui n'est composée que par son réseau vasculaire , offre l'aspect d'une sorte de treil- lage ou de dentelle. 2*^. Le parenchyme est généralement vert , et c'est lui Parenchyme. qui donne aux feuilles la coloration qui leur est si géné- rale. Il est composé de plusieurs couches d'utricules plus ou moins arrondies , laissant souvent entre elles de pe- .tits espaces ou méats intercellulaires, communiquant tous entre eux et remplis d'air. Assez souvent les utricules pla- cées sous l'épiderme de la face supérieure , sont sous la forme de petites cellules cylindriques perpendiculaires à l'épiderme. Celles au contraire qui touchent l'épiderme de la face inférieure , sont très-irrégulières, souvent di- visées en plusieurs branches qui s'unissent avec celles des autres cellules environnantes de même nature , et con- stituent une sorte de tissu réticulé , à larges mailles, sur lequel l'épiderme est appliqué. La couleur verte du parenchyme des feuilles est due , comme celle du tissu cellulaire en général , aux granules verts qui existent dans l'intérieur des utricules , granules qui constituent la chromule du professeur De Candolle , ou la globuline de M. Turpin. On sait que quand les plantes sont long-temps soustraites à l'action directe de la lumière solaire , leurs feuilles et autres parties vertes s'étiolent, c'est-à-dire qu'elles deviennent jaunes, pâles, par la disparition de la matière verte des granules in- tra-utriculaires. On sait de plus que le même phénomène produit aussi un autre changement : les sucs contenus dans ces parties perdent leur âcreté et leur amertume, et deviennent doux et sucrés. 3*^. L'épiderme des feuilles n'est pas manifestement y. ; ■■e,nie. différent de'celui qui recouvre les autres parties du végé- l8o OHGATSKS DE LA VÉGÉTATION. tal : nous l'avons déjà décrit en traitant de l'organisation des tiges (page 76 et suivantes). Cette membrane celluleuse est généralement peu adhé- rente au tissu sous-jacent. Elle est transparente et dia- phane , c'est-à-dire que les cellules qui la composent sont dépourvues de granulations vertes. Ces cellules sont très-intimement unies entre elles , généralement dépri- mées -, ce qui sert à distinguer l'épiderme du tissu paren- chymateux de la feuille, dont les utricules sont cylin- driques et perpendiculaires à la surface supérieure de la feuille. Les parois des cellules de l'épiderme sont en gé- néral épaisses et résistantes. Tantôt , ainsi que nous l'a- vons dit précédemment , l'épiderme se compose de deux ou même de trois couches de cellules , mais toujours très-adhérentes entre elles. L'épiderme des feuilles présente un nombre très-con- sidérable de stomates. Ces organes existent indifférem- ment aux deux faces de la feuille dans les plantes herba- cées j dans les arbres, c'est à la face inférieure qu'on les observe , tandis qu'au contraire , dans les feuilles étalées a la surface des eaux, on ne les trouve qu'à la face en contact avec l'air. Tantôt le^ stomates sont éparses et sans ordres , d'autres fois elles sont dis- posées par séries ou lignes longitudinales , comme dans certaines monocotylédonées. Ces deux lames d'épiderme recouvrent la partie for- mée par les fibres vasculaires et le parenchyme , et que le professeur De Candolle propose de nommer rnésophyUe, Cet organe est quelquefois très-mince , ainsi qu'on l'ob- serve pour les feuilles qui sont planes et membraneuses; mais, dans toutes les feuilles épaisses et charnues, dans les plantes grasses par exemple , le mésophylle est très-développé , et donne la forme à la feuille. FEUILLES. ibl Tels sont les élëmens anatomiques qui entrent dans la composition de toutes les feuilles. Il en est cependant quelques-unes qui offrent sous ce rap- Feuilles sub- „ * 11 J mergées .le'poui- port une exception tres-remarquable. Le sont celles des vuesd épideimu. plantes submergées, c'est-à-dire dont les feuilles sont entiè- rement plongées sous l'eau. Ces feuilles, ainsi que l'a fait voir M. Adolphe Brongniart , dans son mémoire sur la structure des feuilles , sont dépourvues d'épiderme , et par conséquent de stomates. Le parenchyme vert existe également aux deux surfaces. Cette structure est évi- demment en rapport avec la nature du milieu dans le- quel ces plantes végètent , et à la manière dont doit s'o- pérer une des fonctions principales des feuilles,, la res- piration végétale. Nous devons de plus faire remarquer que les plantes submergées n'ayant pas de véritables vaisseaux , les tubes sont remplacés dans les nervures des feuilles par des cellules alongées, disposées en séries linéaires, mais ne constituant jamais de véritables vaisseaux. Etudions maintenant les fonctions des feuilles. Elles Fonctions :i'ct des mouvemens des feuilles dans les végétaux , et plus particulièrement dans la sensitive. Nous exposerons ici brièvement le résultat de ses opinions. A la base du pétiole des feuilles dites articulées , qui sont les seules dans lesquelles se manifestent les mouve- mens d'irritabilité , on aperçoit un renflement ou bour- relet qui se termine ensuite par un rétrécissement mani- feste. Jusqu'à présent on avait pensé que les mouvemens se passaient dans ce point rétréci, que l'on regardait comme semblable à l'articulation des membres chez les animaux. Les expériences de M. Dutrochet tendent à prouver que tous les mouvemens ont lieu dans le bour- relet lui-même , et qu'ils se réduisent à la flexion et au redressement. Dans le premier cas , il forme une courbe dont la convexité est tournée vers le ciel •, dans le second cas , il est presque droit. Ce bourrelet est essentiellement composé d'un tissu cellulaire fin et délicat;, garni d'une très-grande quantité de petits grains verts, qui sont, pour M. Dutrochet, autant de corpuscules nerveux. Au centre se trouve un faisceau de vaisseaux nourriciers. C'est ce tissu cellulaire du bourrelet qui .est le siège des mouvemens du pétiole, que l'on peut à volonté anéan- tir en enlevant ce tissu cellulaire. Ainsi , quand on en- s lève le tissu cellulaire du côté inférieur du bourrelet, la feuille reste fléchie et ne peut se redresser; si, au con- 1Q2 ORGANES DE LA VEGETATIOK. traire , on ote la partie supérieure , la feuille conserve la faculté de se redresser, mais elle ne peut plus se fléchir. Il résulte évidemment de cette expérience que la flexion ûe la feuille est produite par l'action du bourrelet supé- rieur, et que son redressement est du à celle du bourre- let inférieur. Ce sont en quelque sorte deux ressorts an- tagonistes , dont Tun devient alternativement plus fort que l'autre. En voulant étudier avec plus de soin l'organisation intime du bourrelet , l'habile expérimentateur dont nous exposons ici les idées , est arrivé à une autre découverte. Si l'on coupe une tranche très-mince du tissu cellulaire du bourrelet sur le côté supérieur, on la voit sur-le- champ se ployer en cercle , dont la concavité est con- stamment tournée vers l'axe du bourrelet. Si l'on répète la m«me opération sur le côté inférieur, la concavité du bourrelet regarde également vers le centre -, en sorte que le bourrelet est composé de deux ressorts antagonistes, qui tendent à se recourber en sens inverse : le ressort infé- rieur redresse le pétiole , tandis que le supérieur le flé- chit. M. Dutrochet donne le nom d^ incurvation à cette propriété que possèdent les lames du bourrelet de se rouler dans un sens ou dans un autre. La cause immédiate de ces mouvemens d'incurvation réside , selon notre auteur, dans V action nerveuse mise en jeu par les agens du deJiors. Il était naturel que M. Dutrochet, ayant attribué aux plantes un système nerveux analogue à celui des animaux , lui fît jouer dans les phénomènes de la végétation le rôle important que ce système remplit dans les actions de la vie ani- male. Ainsi donc l'action du système nerveux est la cause des mouvemens visibles dans les végétaux comme dans les animaux. Mais , s'il en est ainsi , ce système nerveux doit, comme dans ces derniers, être l'organe de trans- FEUILLES. igO mission de ces mouvemens , ou , en d'autres termes , la partie transmettant le stimulus qui met en jeu l'action de ce système. Or, c'est ce qui n'a pas lieu , du propre aveu de M. Dutrochet; car, d'après des expériences extrêmement délicates , il est parvenu à reconnaître que l'action nerveuse qui détermine les mouvemens des feuilles se transmet uniquement par les vaisseaux qui forment l'étui médullaire , vaisseaux entièrement privés de granules nerveux. Ainsi donc le système nerveux des végétaux serait l'agent de la puissance ner- veuse , sans être l'organe de la transmission de cette puissance. D'après ce court exposé , il nous semble que l'impor- tante question de la cause des mouvemens des feuilles n'est point encore complètement résolue , et que de nou-- velles expériences sont encore nécessaires pour arriver à une solution satisfaisante. Défoliation ou chute des Feuilles. Il arrive chaque année une époque où la plupart des DefoiiaiioD, végétaux se dépouillent de leurs feuilles. C'est ordinai- rement à la fin de l'été ou au commencement de l'au- tomne que les arbres perdent leur feuillage. Cependant ce phénomène n'a pas lieu à la même époque pour toutes les plantes. On remarque en général que les arbres dont les feuilles se développent de bonne heure sont aussi ceux qui les perdent les premiers , comme on l'observe pour le tilleul, le marronnier d'Inde, etc. Le sureau fait exception à cette règle ; ses feuilles paraissent de bonne heure, et ne tombent que très-tard. Le frêne ordinaire présente une autre particularité ; ses feuilles se montrent très-tard, et tombent dès la fin de l'été. Les feuilles pétiolées , surtout celles qui sont articulées avec la tige , s'en détachent plus tôt que celles qui sont i" Partie. i3 194 ORGANES DE LA VÉGÉTATIOIV. sessiles, et à plus forte raison que celles qui sont am- plexicaules. En général, dans les plantes herbacées, annuelles ou vivaces, les feuilles meurent avec la tige, sans s'en détacher. Mais il est des arbres et des arbrisseaux qui restent en tout temps ornés de leur feuillage. Ce sont en général les espèces résineuses , telles que les pins , les sapins , ou certains végétaoïx dont les feuilles sont roides et coriaces , comme les myrtes, les alaternes , les lauriers-rose, etc. On leur donne le nom d'arbres verts. Dans les régions tropicales de l'un et l'autre continent , où la température descend ou se maintient rarement au-dessous de lo^^+o, la plupart des arbres et des arbrisseaux sont munis de feuilles plus ou moins roides et coriaces , qu'ils conservent toute l'année. Cependant, transportés dans nos climats plus froids , ces végétaux y sont soumis aux influences qui agissent sur nos arbres indigènes , et perdent souvent comme eux leur feuillage. Quoique la chute des feuilles ait généralement lieu aux approches de l'hiver, on ne doit cependant pas regarder le froid comme la principale cause de ce phénomène. Elle doit être bien plus naturellement attribuée à la ces- sation de la végétation , au manque de nourriture que les feuilles éprouvent à cette époque de Tannée , où le cours de la sève est interrompu. Les vaisseaux de la feuille se resserrent, se dessèchent, et bientôt cet organe se détache du rameau sur lequel il s'était développé. M. John Murray ( Edimh. philos. Journ. , p. 823 , 1820) pense que la chute des feuilles est due à la con- traction et à l'oblitération des vaisseaux du pétiole, qui proviennent de la perte de calorique qu'éprouve cette partie par l'irradiation, dont l'action est beaucoup plus marquée en automne que dans les autres saisons. Il s'appuie sur ce que ce sont en général les feuilles supé- FEUILLES. iqS rieurcs des arbres qui se détachent les premières, parce qu'elles sont plus exposées aux eftets de cette irradiation du calorique. Selon M. Vaucher, les filtres de la tige ne se conti- nuent pas avec celles du pétiole; il y a toujours à la base de celui-ci une solution de continuité entre les libres , mais qui n'est souvent pas visible à l'extérieur. Ces fibres sont simplement juxta- posées bout à bout avec celles de la tige ou des rameaux , et c'est le paren- chyme et l'épiderme qui unissent la feuille à la tige. Quand ce parenchyme vient à se dessécher, la feuille tombe. Mais qu'on remarque bien qu'il serait difficile de rompre le pétiole au-dessus de ce point d'articulation sans déchirer des fibres , tandis que , quand la feuille tombe naturellement , la cicatrice qu'elle laisse est tou- jours nette. Usmjes économiques et médicinaux des Feuilles. Un grand nombre de végétaux sont cultivés dans nos potagers à cause de leurs feuilles , qui sont d'excellens alimens. C'est ainsi qu'on emploie fréquemment les choux ^ les éjnnards, V oseille, le céleri, les cardons et beaucoup d'autres espèces. Remarquons ici que les cul- tivateurs se servent souvent de la propriété que possè- dent les végétaux privés de l'action de la lumière , de devenir tendres et sucrés , pour les rendre plus propres à la nourriture de l'homme. La médecine trouve aussi dans les feuilles un grand nombre de médicamens utiles, que l'on peut ranger de la manière suivante : §. 1 . Feuilles émoUientes. De guimauve ( Jllhœa ojpcinalis ) . De mauve ( Malva rotundifolia ) . De poirée {Beta vul(jaris). i3. 1q6 organes de la VÉGÉTATIOIV. §.2. Feuilles amères ou Ioniques. Trèfle d'eau ( Meni/anthes trifoUata ) . Véronique ofiicinale [Feronica officinalis). Beccabunga {^Veronica Beccabimya). Petite centaurée [Erylhi'œa Centauriutn). §.3. Feuilles excitantes. Oranger ( Citrus yinrantium^. Menthe poivrée [Mentha piperila) . Menthe crépue (3Ie7ifha crispa). Sauge [Salvia officinalis). Cresson de fontaine {Sisymhriwtn Nasturtium), Cochléaria ( Cochlearia officinalis ) . Cresson alénois ( Lepidium sativum ) . §.4. Feuilles vireuses. Ciguë ( Conium maculatmn ) . Stramoine [Bafura Stramonium) . Tabac {Nicotiana Tabaciim). Belladone {^Atropa Belladona). Digitale pourprée ( Bigitalis purpurea), etc. §.5. Feuilles purgatives. Séné d'Italie ( Cassia ohovata ) . Séné d'Alexandrie {^Cassia acutijolia). Gratiole [Gratiola officinalis). Baguenaudier {Colutea arhorescens) . STIPULES. 197 CHAPITRE V, Les slîj)ules sont des organes accessoires des feuilles, stipules. Elles n'existent point dans les yégétaux monocotylé- donës, mais seulement dans les dicotylédones, qui n'en sont pas tous poar\ais. Ce sont de petits appendices squa- 9n{for77ies ou/oliace's , qu'on rencontre au point d'origine des feuilles sur la tige. Elles sont ordinairement au nombre de deux , une de chaque côté du pétiole , comme dans le charme, le tilleul; le plus souvent elles sont libres, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas fixées au pétiole ; d'autres fois elles font corps avec la base de cet organe , comme dans le rosier. Les stipules fournissent d'excellens caractères pour la coordination des plantes. Quand un végétal d'une fa- mille naturelle en présente , il est extrêmement rare que tous les autres n'en soient pas également pourvus. Ainsi, elles existent dans toutes les plantes de la famille des Légumineuses ) des Rosacées, des Tîliacées , des Mal- vacees , etc. Comme elles tombent très-facilement quand elles sont cicatrices des libres , on pourrait quelquefois s'en laisser imposer par '^'P"'"- leur £\bsence, et croire que la plante en est dépourvue-, mais on pourra éviter facilement cette erreur en obser- vant qu'elles laissent toujours sur la tige, au lieu qu elles occupaient, une petite cicatrice qui atteste ainsi qu'elles ont existé. Dans les Ruhiacées exotiques, à feuilles opposées, telles ' Stipulœ , Fulcra. 19^ ORGANES DE LA VÉGÉTATION. que le Coffœa, le Psycliotrîa ,\q Cinchona, les stipules sont situées entre les feuilles , et paraissent être de véri- tables feuilles avortées. En effet , dans les Rubiacées de nos climats, telles que les Galiiim, les Rtihia, les ^s- 'perula, elles sont remplacées par de véritables feuilles , qui alors forment un verticille autour de la tige. Quelques plantes ne présentent qu'une seule stipule , comme l'épine-vinette (^Berheris vulgarîs). Leur soudure. Quand il en existe deux , elles sont presque toujours distinctes l'une de l'autre ^ mais quelquefois elles se sou- dent et sont conjointes (^sfipulœ connafœ), comme dans le houblon [Ilnnwlus Lî(ptilus). Les stipules peuvent se souder ensemble en dedans de l'aisselle de la feuille , la tige restant en dehors -, dans ce cas, les stipules sont axillaires , comme on le remarque dans le Melianihus major. Il est très-probable que la gaîne membraneuse des Poljgonécs , à laquelle on a donné le nom à'ochrea, est formée de la soudure de deux stipules. Leur nature. Lcur uaturc et leur consistance sont très-sujettes ù varier. Ainsi , elles peuvent être Joliacêes, c'est-à-dire semblables à des feuilles , comme dans l'aigremoine {^Açjrimonia evpaioria^-^ ^nemhraneuses , comme dans le figuier, les MacjnoUa', sj)hiesGentes , comme dans le jujubier (Zizyphus vulijaris) , le groseiller à maquereau ( llihes ijrossularia ) . hcurjigure ne varie pas m.oins que celle des feuilles. Ainsi , il y en a d'orbiculaires , d'ovales, de sagittées , de réniformes, etc. Elles peuvent encore être entières , den- tées ou laciniées. Levr Jurée. Quaut à Icur durée, les unes sont Jiigaces , c'est-à- dire tombant avant les fcuilks: par exemple, celles du figuier (^Ficiis Carica) , du tilleul (^Tilia europœa^. Les autres sont simplenient caduques, quand elles tombent en même temps que les ieiiilles : c'est ce qui a lieu pour VRILLES, CIRRHES OU MAI]VS. igg le plus grand nombre. Enfin, il en est d'autres qui per- sistent sur la tige plus ou moins long-temps après la chute des feuilles : telles sont celles du jujubier, du gro- seiller à maquereau, etc L'usage des stipules paraît être de protéger les feuilles avant leur développement , ainsi que le montre évidem- ment leur disposition respective dans les bourgeons des Amentacées , des Rosacées , etc. CHAPITRE VI. DES VRILLES , GIRRHES OU BIAINS.^ On désigne sous ces noms des appendices ordinaire- "Vrilles, ment filamenteux, d'origines diverses, simples ou ra- meux , se roulant en spirale autour des corps voisins , et servant ainsi à soutenir la tige des plantes faibles et grimpantes. Les vrilles ne sont jamais que des organes avortés. Leumnure, Tantôt, en effet, ce sont des pédoncules floraux qui se sont alongés considérablement , comme dans la vi- gne : aussi les voit-on quelquefois porter des fleurs et des fruits. Tantôt ce sont des pétioles, comme dans beau- coup de Lathyrus , de Vicia ^ etc. D'autres fois, enfin, ce sont des stipules , ou même des rameaux avortés. Assez souvent ce sont les feuilles elles-mêmes , dont l'ex- trémité se roule ainsi , et constituent des espèces de vril- les , comme dans l'œillet. La position relative des vrilles mérite beaucoup d'être Lemposition, observée -, car elle indique l'organe dont elles tiennent la place. Ainsi , dans la vigne , elles sont , comme les grap- pes de fleurs , opposées aux feuilles , ce qui fait voir que 200 ORGANES DE LA VÉGÉTATION. ce sont des grappes avortées ; elles sont axillaires dans les passiflores ; jyetiolèenncs dans le Lalhyrus latiJoUiis, \di Fumaria vesicaria', pédoiicuîéermes dans la vigne 5 stipuléemies dans certains STnilax^ enfin, elles peuvent être simples, comme dans la bryone [Bryonia alha), ou rameuses , comme dans le Cohœa scandens. Q^-^ccç^ On donne le nom particulier de (j'riffes aux racines que les plantes sarmenteuses et grimpantes enfoncent dans les corps sur lesquels elles s'élèvent , comme celles du lierre , du Biijnonia radicans. On appelle suçoirs les filamens très-déliës que l'on rencontre sur la surface des griffes, et qui paraissent destines à absorber les parties nutritives contenues dans le corps où elles sont im- plantées. CHAPITRE YII. DES ÉPINES ET DES AIGUILLONS. r.pines, -"^^^ épines [spinœ) sont des piqu ans formes par le prolongement du tissu interne du végétal , tandis que les aiguillons (^aculei) ne proviennent que de la partie la plus extérieure des végétaux , c'est-à-dire de l'épi- derme , dont on peut les détacher avec la plus grande facilité. Leur nature. L'origine et la nature des épines ne sont pas nioins va- riées que leur siège. Ce sont presque constamment d'au- tres organes de la végétation déformés , avortés et deve- nus spinescens. Ainsi, ce sont les feuilles dans certaines espèces d'asperges de l'Afiique, les stipules dans le juju- bier, le groseiller à maquereau. Très-souvent elles ne sont que des rameaux avortés: par exemple, dans le prunier sauvage. Aussi «cet arbre, transplanté dans uu ÉPiNES ET AIGUILLONS. 201 bon terrain , change-t-il ses épines en rameaux. Le trono de quelques arbres est hérissé d'épines qui les rendent inabordables : telles sont les diverses espèces de Glcdits- chia. Les pétioles persislans de Vjstracjalus irac/acan- tha se convertissent en épines. Suivant leur situation et leur origine j elles sont eau- Leur posiiion. îinaîres, quand elles naissent sur la tige , comme dans les cierges (^Cactus), les Gleditschîa. Elles sont /erminales quand elles se développent à l'ex- trémité des branches et des rameaux, comme dans le prunier sauvage {^Prunus spinosa). Axillaires ^ quand elles sont situées dans Faisselle des feuilles , comme dans le citronnier ( Citrus medica). Jnfi'a-axiUaires , lorsqu'elles naissent au-dessous des feuilles et des rameaux, comme dans le groseiller à ma- quereau. Enfin, elles peuvent être simples, rameuses , solitaires ou Jùsciculées. Ces expressions s'entendent d'elles-mêmes, et n'ont pas besoin d'être définies. Les aiijuillons ont été regardés par quelques physio- Aigaiiions. logistes comme des poils endurcis. Ils sont très-peu adhérens aux parties sur lesquelles on les observe, et peuvent s'en détacher facilement , comme on le voit dans les Rosiers. Les modifications qu'ils présentent quant à leur situa- tion, leur forme, etc., sont les mêmes que celles desépines. Les épines, suivant les expériences de M. De Saussure, paraissent exercer une influence marquée sur Tatmo- splière, en tendant sans cesse à en soutirer une portion de l'électricité qui y est contenue, et qui devient alors un agent actif de la végétation. Mais cependant nous de- . vous faire remarquer que tous les végétaux , même ceux qui sont dépourvus d'épines , exercent la même in- fluence sur rélectricité atmosphérique. 202 rfUTRITION BE LA. riUTRïTSON DANS LES VÉGÉTAUX. NuTRiTioifi JVous venons d'étudier tous les organes de la végéta- tion , c'est-à-dire tous ceux qui servent au développe- ment et à la formation du végétal 5 voyons maintenant comment s'opère la nutrition , quelle part y prend cha- cun de ces organes en particulier , et quelles sont les conditions nécessaires pour qu'elle ait lieu. La nutrition est une fonction par laquelle les végétaux s'assimilent une partie des substances solides , liquides ou gazeuses répandues dans le sein de la terre ou au mi- lieu de l'atmosphère , et qu'ils y absorbent , soit par l'extrémité la plus déliée de leurs radicules , soit au moyen des parties vertes qu'ils développent dans l'atmo- sphère. C'est en vertu d'une force particulière de succion , dont ces diverses parties sont douées , que l'on voit s'ef- fectuer l'absorption de ces matières et leur introduction dans le tissu végétal. Nous ferons d'abord connaître la succion ou l'absorption exercée par les racines dans le sein delà terre , par les feuilles et les autres parties vertes au milieu de l'atmosphèrej puis nous décrirons la marche des sucs nourriciers , ou de la sève des racines vers les feuilles. Alors nous étudierons les phénomènes de la transpiration , de la respiration et de l'excrétion , et nous suivrons ensuite la sève dans son cours rétrograde des feuilles vers les racines. DES VÉGÉTAUX. 203 §. i. De r Absorption ou Succion. Nous avons déjà dit que c'est par les extre'milés de Absorption. leurs fibrilles les plus déliées que les racines absorbent dans l'intérieur de la terre les fluides et les gaz qui s'y trouvent répandus. Mais toutes les parties vertes des vé- gétaux 5 telles que les feuilles , les jeunes branches, etc., sont également douées d'une force de succion fort re- marquable, et concourent aussi à cette fonction fort importante. Plongées dans le sein de la terre , les radicules capil- Les racines ai>^ '-' ... sortent par les laires j pompent , par les spongioles qui les terminent, spougioks. l'humidité dont elle est imprégnée. L'eau est le véhicule nécessaire des substances nutritives du végétal. Ce n'est point elle qui forme la base de sou alimenta- tion , comme le croyaient les anciens physiciens ; mais elle sert de dissolvant et de menstrue aux corps qu'il doit s'assimiler. En eôet , si l'on fait végéter une plante dans l'eau distillée , à l'abri de toute influence étranfrère , elle ne tarde pas à périr. L'eau seule ne Y^^ai» seule ne O " t r sert pas a la nu- sert donc pas à sa nutrition , quoiqu'elle y concoure tritiuu, aussi en partie , lorsqu'elle est décomposée et réduite à ses élémens. Il faut qu'elle contienne d'autres principes qui lui soient étrangers. D'ailleurs , les végétaux ne ren- ferment-ils point du carbone, des gaz, des substances terreuses , des sels , et même des métaux à l'état d'oxides ou en combinaison avec les acides? Or , l'eau aurait-elle pu donner naissance à ces différentes substances? Voyons donc par quel moyen elles se sont introduites dans l'in- térieur de la plante , dont elles sont devenues parties constituantes. Comment le carbone s'est-il introduit dans les végc- Fonmiion du n r^ A 1 15 f 1 I ii> 1 A. c irtone dans les taux : Ce ne peut être a letat de pureté et d isolement , ■^.'mtcs. puisqu'alors il est fort rare dans la nature , et n'est pas 204 KUTRITION soluble dans l'eau. Mais tout le monde connaît la grande : affinité du carbone pour l'oxigène ; on sait que l'acide carbonique , qu'ils forment en se combinant , est très- abondamment répandu dans la nature , qu'il se trouve dans le sein de la terre , dans les engrais , le fumier qu'on y mêle ; que , soluble dans l'eau , ce liquide en contient toujours une certaine quantité. C'est donc à l'état d'acide que le carbone est porté dans le tissu des végétaux. Or, nous avons dit précédemment qu'ex- posées à l'action des rayons du soleil, les plantes dé- composent Tacide carbonique , retiennent et s'assimilent le carbone , tandis qu'elles rejettent la plus grande par- tie de l'oxigène au-dehors. L'eau ne peut donc servir que de vébicule à cette substance alimentaire de la vé- gétation. Formation de Uoxigène fait également partie de la substance des végétaux. Il nous sera facile d'y expliquer la présence de ce gaz. En effet, comme le prouvent les expériences de Théodore De Saussure, les plantes ne rejettent point tout l'oxigène qui acidifiait le carbone-, elles en retiennent une certaine quantité. L'air atmosphérique qui circule dans les végétaux leur cède également une portion de l'oxigène qu'il contient ; mais c'est principalement l'eau qui , par la décomposition qu'elle éprouve dans le tissu végétal , décomposition dont les lois ordinaires de la chimie ne peuvent pas plus nous donner une explication satisfaisante que de celle de l'acide carbonique , lui four- nit à la fois la majeure partie de son oxigène, et l'hydro- gène qu'il renferme aussi en si grande proportion. DerMote, L'azote, que l'on trouve dans certaines substances végétales, tire évidemment son origine de la décom- position de l'air atmosphérique dans l'intérieur de la „ .. , plante. Formation ries 1 sels de mcuuï, Tellcs sout Ics différentes substances inorganiques qui DES VÉGÉTAUX. 2o5 entrent essentiellement dans la composition du tissu vé- gétal ; ce sont elles qui en forment la base. Mais il en est d'autres encore qui , sans faire partie nécessaire de leur organisation , s'y trouvent toujours dans des quan- tités plus ou moins considérables : tels sont la chaux , la silice , le carbonate , le phosphate et le malate de chaux , les carbonates de soude et de potasse , le nitrate de potasse, le fer, etc. Or, il est prouvé , d'après les expériences de M. Théodore De Saussure , que ces sub- stances arrivent toutes formées dans l'intérieur du végé- tal. Déposées dans le sein de la terre ou dans l'atmo- sphère , elles sont dissoutes ou entraînées par l'eau qui les charrie et les transporte dans l'intérieur du tissu vé- gétal. Ce n'est point l'acte de la végétation qui forme ces Les matières substances, ainsi que Schrader, M. Braconnot et quel- formées, ques botanistes et physiciens l'avaient avancé. C'est la terre ou le imilieu dans lequel les végétaux se déve- loppent , qui leur cèdent en grande partie les alcalis , les terres et les substances métalliques que l'analyse chi- mique y fait découvrir. Ce fait, déjà prouvé par les nombreux essais de INI. Théodore De Saussure, vient d'être mis dans son dernier degré d'évidence par les ex- périences récentes de M. Lassaigne. Ce jeune et habile chimiste répéta de la manière suivante les expériences de M. Théodore De Saussure: « Au 2 avril dernier , je plaçai , dit-il , dix grammes Expérience da de graines de sarrasin ( Poli/gonum FcKjopyrum) dans • ' ^"'^'S"^- une capsule de platine contenant de la fleur de soufre lavée et que j'avais humectée avec de l'eau distillée , ré- cemment préparée -, je la posai sur une assiette de por- celaine qui contenait un demi-centimètre d'eau distillée, et je recouvris le tout avec une cloche de verre , à la partie supérieure de laquelle il y avait un robinet qui, 206 NUTRITION au moyen d'un tube de verre recourbé en siphon et ter- miné par un entonnoir , me permettait de verser de l'eau de temps en temps sur le soufre. » Au bout de deux ou trois jours les graines avaient germé pour la plus grande partie -, on continua de les arroser tous les jours, et dans l'espace d'une quinzaine elles avaient poussé des tiges de six centimètres de hau- teur, surmontées de plusieurs feuilles. » On les rassembla avec soin , ainsi que plusieurs grai- nes qui n'avaient point levé , et on les incinéra dans un creuset de platine ; la cendre qu'on en obtint pesait 0,220 grammes ; soumise à l'analyse , elle a donné 190 de phosphate de chaux , 26 de carbonate de chaux , et 5 de silice. "» Dix grammes de ces mêmes semences incinérées fournirent la même quantité de cendre , formée exacte- ment des mêmes principes. » Il résulte évidemment de cette expérience , qui fut ré- pétée une seconde fois, et qui donna le même résultat, qu'après leur développement dans l'eau distillée , les jeu- nes pieds de sarrasin ne contenaient pas une quantité plus considérable de sels -alcalins que les graines dont ils provenaient: d'où l'on peut conclure, avec M. Théo- dore De Saussure , que les alcalis et les terres que Von trouve dans les plantes ont été ahsorhés et tirés du sol. Cnmci de la Mais quelle est la puissance qui détermine la succion des racines? Les lois de la physique et de la mécanique sont insuffisantes pour expliquer un semljlable phéno- mène. La force extraordinaire avec laquelle s'opère cette absorption ne peut être conçue d'une manière satisfai- sante qu'en admettant une puissance , une énergie vi- tale inhérente au tissu même des végétaux , et détermi- nant par son influence, dont la nature nous est inconnue , les phénomènes sensibles de la vé^iétation. DES VÉGÉTAUX. 2O7 C'est au célèbre pliysicien Haies que l'on doit les ex- Force Je la ■*■ "^ . , . succion. périences les plus précises et les plus ingénieuses au Eipeiience moyen desquelles on démontre la force prodigieuse de succion dont sont douées les racines et les branches. Il découvrit une des racines d'un poirier, en coupa la pointe , y adapta Tune des extrémités d'un tube rempli d'eau, dont l'autre extrémité était plongée dans une cuve à mercure , et en six minutes le mercure s'éleva de huit pouces dans le tube. Le même physicien , pour mesurer la force avec la- quelle la vigne absorbe Thumidité dans le sein de la terre , fit une expérience dont les résultats paraîtraient inexacts et exagérés , s'ils n'eussent été vérifiés dans ces derniers temps par M. Mirbcl , qui répéta l'expérience. Le physicien anglais coupa, le 6 avril, un cep de vigne sans rameaux , d'environ sept à huit lignes de diamètre , à trente-trois pouces au-dessus de la terre. Il y adapta un tube à double courbure , quïl remplit de mercure jusqu'auprès de la courbure qui surmontait la section transversale de la tige. La sève qui en sortit eut assez de force pour élever en quelques jours la colonne de mer- cure à trente-deux pouces et demi au-dessus de son ni- yeau. Or, le poids d'une colonne d'air, de la hauteur de l'atmosphère , est égal à celui d'une colonne de mercure de vingt-huit pouces, ou d'une colonne d'eau d'environ trente-trois pieds. Dans ce cas, la force avec laquelle la sève s'élevait des racines dans la tige était donc beaucoup plus considérable que la pression de l'atmosphère. Un grand nombre de faits et d'expériences démontrent la part que les feuilles prennent au phénomène de la suc- cion et de l'absorption. Ainsi, une branche détachée de l'arbre dont elle faisait partie , absorbe encore avec une grande force le liquide dans lequel on plonge son extré- mité. Il en est de même si on la retourne, et que sou Ma sève. :20o NUTRITIOK sommet trompe dans l'eau; sa puissance absorbante n'en sera pas diminuée. Pendant l'été, nous voyons la chaleur du soleil flétrir et faire faner les plantes qui ornent nos parterres; mais qu'on les examine pendant la nuit ou dans la matinée , la rosée que les feuilles ont absorbée leur a rendu leur force et leur fraîcheur. Si l'on dépouille entièrement un végétal de ses feuil- les , et qu'on enlève toutes celles qui tendent à se déve- lopper , il ne tardera pas à périr , parce que la succion , exercée par ses racines , sera insuffisante pour fournir tous les matériaux de la nutrition. Dans beaucoup de plantes , particulièrement dans les Cactus et autres plantes grasses , dont les racines sont très-petites, et qui végètent d'ordinaire sur les rochers ou dans les sables mouvans des déserts , il est évident que l'absorption des fluides nutritifs a lieu presque exclusi- vement par les feuilles, et les autres parties plongées dans l'atmosphère j car la petitesse de leurs racines , l'ex- trême aridité du sol dans lequel elles croissent, ne suffi- raient point pour les faire végéter. D'après ce qui vient d'être dit , on voit combien , dans les végétaux , la surface absorbante est grande , lorsqu'on la compare à leur volume général. Elle est incompara- blement plus considérable que celle des animaux. §.2. De la Marche de la Sève. iche de la La sève est ce liquide incolore, essentiellement aqueux, que les racines puisent et absorbent dans le sein de la terre , les feuilles dans l'atmosphère , pour le faire servir à la nutrition du végétal. C'est elle qui, contenant en dis- solution ou en suspension les véritables principes nutri- tifs, les dépose dans l'intérieur de la plante à mesure qu'elle traverse leur tissu. DES VÉGÉTAUX. ooq Duhamel désignait lasùvesous le nom de hjmphe, et appelait vaisseaux lymphatiques ceux dans lesquels il admettait la circulation de la lymphe. Au printemps , la sève est un fluide essentiellement aqueux , d'une pe- santeur spécifique , à peine supérieure à celle de l'eau , d'une saveur douceâtre , quelquefois légèrement saline. Elle contient souvent des acides carbonique, acétique ou oxalique, libres ou combinés avec la chaux et la po- tasse. La nature de la sève, essentiellement la même dans la plupart des végétaux , présente quelques différences dans ««^vî'"" ^" ^ plusieurs espèces. Ainsi, quelquefois on y trouve de l'al- bumine, ou une matière analogue au gluten. Celle de Vacer saccharinum contient jusqu'à cinq pour cent de son poids de sucre. Une chose qu'il est important de no- ter, c'est que la sève varie en général suivant les diverse» parties où on l'observe. Ainsi, elle est d'autant plus dense et plus sapide qu'on la prend à une hauteur plus considérable de la tige. M. Amici, de Modène, a publié (.7««. des Scien. nau, septem. i85o) des observations sur la sève de la a- Sï^r Tigne. lout le monde sait qu'au printemps la tige con- \. tient une énorme quantité de sève, qui s'écoule abon- damment par les plaies qu'on fait à cet arbrisseau en le tadlant. Ce fluide extravasé finit par se concréter sur l'écorce où il est déposé , et forme une couche mucila-i- neuse , de couleur rousse. Ayant examiné , au moyen du microscope , cette matière , il .it qu'elle se composait de longs filamens entrecroisés, simples ou rameux, séparés par des diaphragmes ; ces filamens étaient tubuleux tan- tôt vides, tantôt ofirant de petites granulations mobiles le long de ces tubes. La sève, recueillie en m^me temps, et exposée pendant six heures au soleil, présenta bientôt des filamens seni):>hblc6 , dont le nombre alla rapide- I" Tartie, * •4 iàr* d« U 210 NUTRITION ment en croissant , et leurs ramifications se multiplièrent également. Cette production a la plus grande ressem- blance avec une conferve j mais l'auteur est plus porté à la regarder comme une matière organique, dont les principes existent dans la sève , et qui peut être considé- rée comme le principe de l'accroissement des végétaux. Nous ne partageons pas cette dernière opinion; mais nous avons cru devoir la faire connaître. Routes du la Lcs ancicns se sont disputés long-temps pour savoir *"^*' par quelle partie de la tige l'ascension de la sève avait lieu. Les uns , tel que Parent , croyaient que c'était par la moelle; les autres , au contraire , comme Réneaulme, pensaient que l'écorce était le siège de ce singulier phé- nomène. Mais, quand ou a eu recours à des expériences positives , il a été prouvé que ces deux opinions étaient également erronées. En effet , la marche de la sève se fait à travers les couches ligneuses. Mais c'est la partie la plus voisine de l'étui médullaire qui paraît être le siège principal de cette ascension. En effet, si l'on fait tremper une branche ou un jeune végétal dans une li- queur colorée , on pourra suivre , dans la partie la plus voisine de l'étui médullaire^ les traces du fluide absorbé: or, ce fluide ne se verra ni dans la moelle , ni dans l'é- corce. ExpeiiencBs de Cc fut Maguol qui , Ic premier, en 1709, eut l'in- Wagaol avec les t . «l'i i 1 j t'i i» liquides colores gcnieuse idée de plonger dans des liquides colores un certain nombre de végétaux, pour reconnaître par l'ex- périence directe la route que les fluides parcouraiept en s'élevant des racines vers les parties supérieures d^e, la plante. Il reconnut que c'était toujours à travers les cou- ^ , ches limeuses qu'on pouvait en suivre les traces. Duha- La scve monte . pa. les couciies nicl , Sarrabat ou Delabaisse , Bonnet et un grand nom- ligneuses. . . . , A f , bre d'autres physiciens sont arrives au même résultat. Coulon eut également occasion d'en reconnaître fortui". DES VÉGÉTAUX. 31 1 tement la vanique , que l'au- teur nomme endosmose. Toutes les fois que deux liqui- des de densité difierenle sont séparés par une membrane organisée, il s'établit entre eux un com'ant qui fait que le moins dense , attiré par celui qui l'est davantage, tend à traverser la membrane pour se porter vers lui, -^ En poursuivant ses expériences sur le même svijet ^ M. Dutrochet a été à même d'observer un autre phéno- mène qui complète ses premières observations. Il a vu que , quand on plonge un cœcum de poulet , ou toute au- tre cavité organique , rempli d'eau pure , dans un liquide plus dense , l'eau renfermée dans la membrane , attirée par le liquide plus dense , traverse les parois de la mem- brane , pour se réunir au liquide , dont la densité est plus grande. Ce phénomène est le même que le précédent; mais il s'exerce seulement en sens inverse : c'est toujours le passage d'un liquide moins dense vers vin plus dense. L'auteur donne à la force qui préside à ce phénomène le nom (\!exosmose. Cette action , de même que l'endos- mose , paraît être le résultat de l'électricité , et est ana- logue à celle que Porret a obtenue par l'emploi direct de l'électricité galvanique. « Ce physicien, dit M. Dutro- chet , ayant séparé un vase en deux compartimens par un diaphragme de vessie , remplit d'eau l'un de ces com- partimens, et n'en mit qu'une petite quantité dans l'au- tre. Ayant alors placé le pôle positif de la pile dans le compartiment rempli d'eau , et le pôle négatif dans celui qui n'en contenait que quelques gouttes, l'eau fut pous- sée à travers les parois de la vessie dans le compartiment vide , et elle s'y éleva à un niveau supérieur à celui au- i^xosmose. B22I IfUTRITIOM quel elle fut réduite dans le compartiment primitive- ment plein. Ce fait paraît tout-à-fait analogue à ceux de l'endosmose et de l'exosmose. Partant de ses premières expériences, M. Dutrochet en fit une autre qui le mit sur la voie pour arriver à la théorie de l'ascension des fluides dans les végétaux. Il pensa qu'en vertu de la force d'endosmose , il pourrait peut-être faine monter un liquide dans un tube. Voici comment il fit cette expérience : Il prit un tube de verre de 32 centimètres de long, et de 2 millimètres de dia- mètre intérieur, ouvert à ses deux extrémités. Au moyen d'une ligature , il fixa à l'extrémité infère l'ouverture d'un cœcum de jeune poulet rempli d'une solution de cinq parties d'eau et d'une partie de gomme arabique. JLe cœcum fut plongé dans l'eau de pluie , et le tube tenu m verticalement. Bientôt le cœcum devint turgide , c'est- à-dire qu'il se gonfla , et le liquide qu'il contenait ne tarda pas à monter dans l'intérieur du tube. Cette ascen- sion 8'opéra avec une vitesse de 0,07 mètres par heure , et quatre heures et demie après , le liquide , parvenu au sommet du tube , déborda par son ouverture et s'écoula au dehors. Cet écoulement , après avoir duré pendant un jour et demi , s'arrêta ; et bientôt après , le liquide commença à baisser dans le tube , par suite de l'altéra- tion qu'avaient éprouvée le liquide contenu dans le cœ- cum et le cœcum lui-même. Cette expérience fut ensuite répétée avec un tube de 5 millimètres de diamètre inté- rieur , et eut les mêmes résidtats. ProsieiJion da L'autcur a fait l'application des principes qui décou- puiToD.^" '"*" lent de ces expériences à la statique des fluides dans les végétaux. Selon lui , l'ascension de la sève est le résultat de l'endosmose. « C'est elle, dit-il, qui produit en même temps la progression de la sève par impulsion , et sa progression par afjinxion. Nous allons exposer le mé- DES YÉGÉTA.UX. 223 cani^ne de ces deux mouvemens. Les spong^ioles des ra- cines sont les organes dans lesquels la sève ascendante reçoit l'impulsion qui la porte vers les parties supérieu- res du végétal. Ces organes , siège exclusif de l'absorp- tion de l'eau , deviennent très-turgides par endosmose. Environnées d'up milieu humide , les spongioles absor-- bent l'eau , et l'introduisent sans cesse dans l'intérieur des cellules qui composent spécialement leur tissu. Cette eau , introduite par Fendosmose , et accumulée avec ex- cès dans les organes qu'elle rend turgides, en reçoit un mouvement ascendant qui la chasse dans les tubes aseen- dans de l'a racine et de la tige, en poussant devant celle qui y avait précédemment pénétré. Telle est la cause de cette pression considérable à laquelle est soumise la sève ascendante de la vigne et de quelques autres végé- taux, pression supérieure à celle de l'atmosphère, ainsi que l'ont prouvé les expériences de Haies , répétées par MM. Mirbel et Chevreul. Passons actuellement à la progression de la sève par Progression de affluxion. Supposons une tige coupée , et plongée dans fUnioL ^" * * l'eau par sa partie inférieure-, les cellules et les vaisseaux situés à la surface des feuilles perdant une partie des fluides qu'ils contiennent par l'é vaporation , l'endosmose , sans cesse active , de ces organes remplit le vide qui tend à se former, par l'introduction des fluides empruntés aux organes voisins , et cette action qu'opère l'afïïuxion de la sève vers les feuilles, s'étend de proche en proche, jus- qu'à la base de la tige qui trempe dans l'eau. Ainsi , c'est par une sorte de succion qne l'eau du vase tend à monter dans les tubes de la tige. Telle est en abrégé la théorie nouvelle que M. Dutro- chet propose pour expliquer l'ascension des fluides sé- yeux , de la racine jusqu'aux extrémités supérieures du yégétal. C'est une hypothèse nouvelle ajoutée à tou- 224 HUTiRITlON les celles déjà émises sur ce sujet. ?>Iais elle ne nous paraît pas plus que les autres pouvoir expliquer seule tous lés phénomènes de ce mouvement. S'il nous était permis d'émettre ici une opinion sur ce point encore obscur de la physiologie des végétaux , nous dirions que l'ascen- sion de la sève ne nous paraît pas dépendre , ainsi que l'ont conclu la plupart des physiologistes, d'une cause simple et unique , mais qu'elle est le résultat de plusieurs actions combinées. Ainsi , l'extrême ténuité des tubes dans lesquels la sève se meut , si toutefois ce qui est fort contesté , les tubes sont les seuls canaux du fluide nourri- cier, se trouve dans la condition des tubes capillaires-, et dès-lors nous ne voyons pas comment on pourrait rai- sonnablement refuser aux tubes végétaux une propriété qui est si évidente et si générale dans les tubes inertes. Mais qu'on le remarque bien , nous n'admettons pas , comme certains auteurs , que la capillarité soit l'unique cause de l'ascension des fluides absorbés par la racine. Il en est de même de l'action exercée par les feuilles. Nul doute, que, par suite de l'évaporation qui a lieu par leur surface et par le vide qui en résulte , la sève ne soit puissamment appelée vers les parties supérieures de la plante. L'endosmose peut aussi être comptée comme l'une des causes qui peuvent concourir à ce phénomène. Mais ici , comme dans la plupart des autres fonctions des animaux et des végétaux, nous devons admettre une force inconnue, puissante , active , résultat de l'organisation et de la vie qui préside à ces fonctions, qui en est l'agent immédiat, indispensable , et que l'on désigne sous le nom de force vitale. Plus récemment encore, M. Meyen (^Nov. act. acad. nat. curioa., xiii , part, ii) a repris toutes les expérien- ces faites avant lui sur la circulation des sucs dans le tissu cellulaire, et les a répétéUTRITI0N ficalîons, arrive et se répand dans les feuilles. Or, les feuilles , par leur organisation essentiellement yasculaire et celluleuse , sont de véritables poumons , offrant un grand nombre de cavités remplies d'air qu'elles ont ab- sorbé. Ces cellules aériennes, ainsi que nous l'avons dit précédemment en parlant de la structure des feuilles, existent principalement à leur face inférieure. Elles communiquent avec Fair ambiant au moj'en des sto- mates, au-dessous desquels elles sont constamment pla- cées. La sève se trouve en contact médiat avec l'air de ces cavités , comme , au reste , le sang des animaux dans les organes respiratoires qui leur sont propres. Le fluide se veux , par suite de ce contact, éprouve dans sa nature et ses propriétés des changemens qui le rendent plus propre à la nutrition des diverses parties dans lesquelles il se répand ensuite. îl absorbe à l'air une certaine quan- tité de son oxJgène , ainsi qu'il résulte des a'eclierches de Théodore de Saussure et de M. Dutrocbet (Mém. sur les org. ae'riféres des véfféi. ^ An. se. nat. , mars 1802). En effet , l'air contenu dans les feuilles a perdu une por- tion de son oxigène-, il n'en renferme que 18 parties, au lieu de 21 sur 100. dans'^k/T""" Datis les plantes aquatiques dont les feuilles sont dé- aquatir^uc. pourvues d'épiderme , la respiration , ainsi que l'a dé- montré M. Adolphe Brongniart , se fait à la manière de celle des poissons et des autres animaux aquatiques pour- vus de branchies. L'eau, chargée d'air, vient baigner immédiatement et à nu les cellules dans lesquelles la sève est renfermée , et ce contact suSît pour lui imprimer le§ modifications dont elle a besoin. Elle T sonsJc«e ^es feuIllcs sout saus contredit les organes principaux o:.,i5 iji feuilles j^^ ^^ respiration des plantes; mais néanmoins cette fonc- it Ifs 1 litres par- i -t ues Uu vc'seta], tiou s'étendéga^lcmcnt à toutos les autres parties vertes du végétal. En effet , l'air contenu dans les cavités aériennes DES VÉGÉTAUX. 231 des feuilles , et qui y est arrivé par les stomates , pénètre clans les autres organes , très-probablement par le moyen des trachées et autres vaisseaux poreux et fendus j il doit nécessaireiiient se mélanger avec celui qui a été absorbé par les racines ou par les autres parties vertes munies de stomates. Cet air , répandu ainsi dans tout l'intérieur de la plante , doit exercer une influence très-marquée sur l'élaboration de la sève. M. Dutrochet Aiteiaiion de , r ,, . , T 1 , • ^ T Ti^ 7 1 air dans les di- a trouve que lair contenu dans les tiges du JSymphœa vers organes du se composait de seize parties d'oxigène et quatre-vingt- ^ p^*""'- quatre d'azote , tandis que celui qu'il retira de la racine ne contenait plus que huit parties d'oxigène sur cent. Cet air a donc perdu une très-forte proportion de son oxigène , qui a dû être absorbé par la sève et le tissu végétal, et a servi ainsi à la nutrition. M. Dutrochet a également constaté par l'expérience que l'air contenu dans les organes aérifères des végétaux était non-seulement essentiel à leur nutrition , mais in- dispensable pour la manifestation des autres phénomènes vitaux. Ainsi, une sensitive^ dont on avait expulsé tout cet air au moyen de la machine pneumatique, non- seulement ne présentait plus aucun des mouvemens qui paraissent dus à l'influence de la lumière, mais ses feuilles étaient insensibles aux agens qui d'ordinaire ont une action si marquée sur leurs mouvemens. D'après ce qui précède, il est facile de voir que la Anaioniedek respiration des végétaux offre l'analoeie la plus frap- 'fP'"""" 'Jf *■ iJ U ir r^ plantesaveccello pante avec la même fonction dans la classe des insectes. ''" insectes. Ce n'est pas par une ouverture unique , comme dans les animaux respirant par des poumons , que l'air pénètrP'' dans les organes respiratoires 5 c'est, comme dans les in- sectes, par un grand nombre de petites ouvertures-, car il est impossible de ne pas reconnaître que les stomates des plantes représentent exactement les stigmates des 232 >UTRIÏïOS insectes. L'air, une fois entré dans rintérieur du tissu véjjëtal , en pénètre toutes les parties, et, ainsi que l'avaient déjà si bien reconnu Grcw et Malpighi , les trachées Téfjélales sont parfaitement analogues aux tra- chées des insectes , et par leur structure et par leurs fonctions. ALsorption et Indépendamment de l'absorption de l'air et de son dccompositioa actiou sur le lluidc nourricier qui constituent essentiel- de 1 aciuu car- l i>oiiiTands rapports avec la même fonction des animaux, dans les animaux , en difltière essentiellement. Enefïet, c'est par leur bouche que les animaux, du moins ceux d'un ordre supérieur, 'ntroduisent dans leur intérieur les diverses substances qui doivent servir à leur nutrition. C'est au moyen des spong-oles qui ter- minent leurs racines que les végétaux absorbent , dans l'intérieur de la terre , l'eau mélangée des matières né- cessaires ou inutiles à leur développement. Dans les animaux, les matières absorbées suivent un seul et même canal , depuis la bouche jusqu'à l'endroit où la substance vraiment nutritiv (/e chyîe^^ doit être séparée des matières inutiles ou exc;émentitiel!es. Dans les végétaux, le même phénomène a lieu : les fluides absorbés parcourent u i certain trajet avant d'ar- river jusqu'aux feuilles, où s'opère la séparation des parties nécessaires ou inutiles à la nutrition. Les animaux et les végétaux rejettent an dehors les substances impropres à leur développement. Une des diflércnces les plus tranchées qui existent en- tre les végétaux et les animau?:, c'est que les premiers se nourrissent essentiellement de matières inorganiques, telles que d'eau, de car])one, d'iij'drogène, d'oxigène, etc., tandis que dans les animaux les matières qui servent à la , nutrition sont uniquement des substances organiques, tirées des règnes animal et végétal. Le chyle, ou la partie nutritive des animaux, se mêle au sang, qu'il entretient et répare continuellement, par- court toutes les parties du corps, et sert au développe- ment et à la nutrition des organes. La sève des végétaux, après avoir éprouvé l'influence DES VÉGÉTAUX. 24 1 de l'atmosphère dans les feuilles , après avoir acquis une nature et des propriétés nouvelles , redescend dans toutes les parties du végétal pour y porter les matériaux de leur accroissement , et servir au développement de toutes leurs parties. l'» Partît'. xd 242 ORGANES DE LA. REPRODUCTION, DEUXIÈME CLASSE. ORGANES DE LA REPRODUCTION. Les organes de la reproduction , que nous désignons encore sous le nom d'organes de la fructification , sont ceux qui servent à la conservation de l'espèce , et à la propagation des races. Leur rôle n'est pas moins impor- tant que celui des organes dont nous venons d'étudier la structure et les usages. En effet , si les premiers sont né- cessaires à l'existence de l'individu , au développement de toutes ses parties , les seconds sont indispensables pour que cet individu puisse devenir apte à procréer d'autres êtres semblables à lui, qui puissent renouveler et perpé- tuer son espèce. Dans les plantes , ce sont la fleur, le fruit et les diffé- rentes parties dont ils sont formés , qui composent les or- ganes de la reproduction. Aussi les avons-nous distingués en deux sections, savoir: les organes de la floraison , et les organes de la fructification. 1)E LA FLEUR EN GÉNÉRAL. 2^"$ SECTION PREMIERE. DES ORGAKES DE LA FLORAISON. Considérations générales sur la Fleur. Nous connaissons déjà les parties qui servent à fixer la plante au sol , à absorber dans le sein de la terre , ou au milieu de l'atmosphère , les fluides aqueux et aériformes nécessaires à la nutrition et au développement du végé- tal 5 nous venons d'étudier la série de fonctions partielles dont se compose la vie individuelle de la plante , en un mot , sa nutrition : occupons-nous maintenant des orga- nes , non moins essentiels , dont l'action tend à renouve- ler et à perpétuer l'espèce, et qui concourent à la seconde grande fonction du végétal , la reproduction ou généra- tion. Ici se présente une grande ressemblance entre les vé- Des oignnes , . _ SL'snels des ve- getaux et les animaux. Les uns et les autres, en effet, geiaux. sont pourvus d'organes particuliers , nommés organes sexuels, qui , par leur action réciproque , concourent à la fonction le plus importante de leur vie. L'analogie la plus parfaite existe entre eux dans cette grande fonction. C'est de l'action que l'organe mâle exerce sur l'organe fe- melle que résulte \di Jecondation , ou ce phénomène par lequel l'embryon , encore à l'état rudimentaire , reçoit et conserve le principe animateur de la vie. Cependant re- marquons ici les modifications que la nature a impri- mées à ces deux grandes classes d'êtres organisés. La plu- iG. 244 OUGANES DE LA REPRODCCTIOrr. part des animaux apportent en naissant les organes qui doivent servir un jour aies reproduire 5 ces organes res- tent engourdis jusqu'à l'époque de la puberté, variable suivant les diverses espèces, époque où la nature , diri- geant sur eux une nouvelle énergie , les rend capables de remplir les usages pour lesquels elle les a créés. Les vé- gétaux, au contraire, sont, à leur naissance, dépourvus d'organes sexuels. La nature ne les y développe qu'au moment où ils doivent servir à la fécondation. Une au- tre grande dissemblance entre les animaux et les végé- taux c'est que dans les premiers , les organes sexuels peuvent servir plusieurs fois à la même fonction, naissent et meurent avec l'être qui les porte, tandis que dans les vé- gétaux, dont le tissu est mou et délicat, ces organes n'ont qu'une existence passagère : ils paraissent pour accom- plir le vœu de la nature, se fanent, et se détruisent aussi- tôt qu'ils Font rempli. Mais cependant, tant que dure la vie du végétal,. de nouveaux se développent, qui éprouvent- les mêmes phénomènes et disparaissent égale- ment. Distribution ^dmirous la prévoyance de la nature dans la distribu- des sexes. tiou dcs scxcs parmi les êtres organisés. Les végétaux fixés invariablement au lieu qui les a vus naître , privés de la faculté locomotive, portent le plus souvent sur le même individu les deux organes dont l'action mutuelle ^ doit produire la fécondation. Les animaux, au contraire, qui, doués de la volonté et de la faculté de se mouvoir, peuvent se diriger dans tous les sens , ont en général les sexes séparés sur deux individus distincts, l'un mâle, l'autre femelle. C'est pour cette raison que l'hermaphro- ditisme est aussi commun chez les végétaux qu'il est rare parmi les animaux. La lleuv. CompOiilion de la ileur. Fleur mâle. DE LA FLEUR EN GÉNÉRAL. 2i^5 La Fleur est essentiellement formée par les organes 'se'xuels réunis sunun support commun , avec ou sans en- veloppes extérieures destinées à les protéger. L'organe sexuel mâle se nomme élaniine;^ l'organe sexuel femelle porte le nom de pistil. Réduite à son dernier degré de simplicité, la fleur peut n"'ètre formée que par un seul organe sexuel , mâle ou ^' ^'S- 5'- "• femelle, c'est-à-dire par une élamine ou un pistil. Ainsi, dans les saules , les fleurs mâles consistent simplement , et sui- vant les espèces , en une , deux ou trois étamines, attachées sur une petite écaille. [Foy. fig. 5l , B. ) Les ûeUTSyemelleS Fleur f.mellc sont formées par un pistil, éga- lement accompagné d'une écaille , sans autres organes accessoires. ( /' oy. fig. 5i , a.) Dans ce cas , comme dans un grand nombre d'autres , la fleur est aussi simple que possible : elle prend alors le nom de^^eurmâle ou de fleur femelle , suivant les organes qui la composent, et Ton dit d'une manière générale que les fleurs sont uni- sexuées. La fleur hermaphrodite est celle , au contraire , qui présente réunis les deux organes sexuels, mâle et fe- melle. Mais les fleurs que nous venons d'examiner ne sont pas complètes. En effet , quoique l'essence de la fleur consiste dans les organes sexuels, pour être parfaite, il faut encore qu'elle présente d'autres organes qui , bien qu'accessoires, ne lui appartiennent pas moins, et ser- vent à favoriser ses fonctions , et à protéger ses organes essentiels. Ces organes sont les enveloppes florales ou le périanthe, c'est-à-dire le calice et la corolle. La fleui; Fleur herum- pbruJite. Fleur plète. 246 ORGANES DE I.A REPRODUCTION. complète sera donc celle qui présentera les deux organes sexuels entourés d'une corolle et d'un calice. W^ Sous le point de vue de son organisation primitive, on peut dire que la fleur complète se compose de quatre verticilles de feuilles diversement modifiées , très-rap- proclîés les uns des autres. Nous développerons plus tard cette idée quand nous aurons fait connaître les diverses parties constituantes de la fleur et leur position respec- tive. Il est important d'examiner ici dans quel ordre symé- trique sont disposés entre eux les diflérens organes con- stituant une tleur complète. Position des En allant du centre à la circonférence , nous verrons tiem^" '^^ '^ ^^ P^^^^^> OU organe sexuel femelle , occuper toujours la partie centrale de la fleur. Il se compose de V ovaire , du êti/le et du stig^nate. Plus en dehors, sont les organes sexuels mâles, ou les étatnines, ordinairement en nom- bre plus considérable que les pistils , et composées d'un filet et d'une anthère. A l'extérieur des étamines se trouve la plus intérieure des deux enveloppes florales , ou la corolle : on l'appelle m,onopétale, quand elle est formée d'un seule pièce; polypétale , quand elle est formée de plusieurs pièces nouimée^ pétales ; enfin la plus extérieure des deux enve- loppes florales est le calice, qui est monosépale ou po- lyséjiale , suivant qu'il est composé d'une ou de plusieurs pièces nommées sépales. Tout ce qui est en dehors du calice n'appartient plus en propre à la fleur : telles sont \ç.^Jeiiïlles florales ou les bractées qui les accompagnent fort souvent , et qui doivent en être considérées comme des parties accessoires. Analyse de h Preuous daus la uature quelques exemples de fleurs, fleur de la giio- ^^^^ lesquelles nous chercherons à reconnaître et à dé- nommer les différentes parties que nous venons d'énu- DE LA FLEUR EN GÉNÉRAL. 247 mérer. La giroflée j a vine {Cheiranthiis Cheiri) va nous servir d'exemple. Nous verrons le centre de la fleur occupé par vm petit corps alongé , un peu comprimé d'avant en arrière, pré- sentant, lorsqu'on le fend longitudinalement dans ses deux tiers inférieurs , deux cavités dans lesquelles sont renfermés les ovules : ce corps est \e pistil. 11 se compose d'un ovaire ou partie inférieure , d'un st^le , prolonge- ment filiforme du sommet de l'ovaire , terminé par un petit corps visqueux , glandulaire et bilobé : c'est le stig- mate. En dehors du pistil , nous trouvons six organes de même forme , de même structure , disposés circulaire- ment autour de l'organe femelle , composés chacun d'une partie inférieure lilamentiforme , que surmonte une es- pèce de petit sac ovoïde , à deux loges , remplies d'une poussière jaunâtre. A leur position et à leur structure , nous reconnaîtrons ces corps pour les etamines, ou or- ganes sexuels mâles. Leur partie inférieure filamenti- formeest \q filet; leur partie supérieure est V anthère; la poussière qu'ils renferment est le pollen. En examinant ce qui reste au dehors des organes sexuels , nous aperce- vons huit appendices membraneux , disposés par deux séries , quatre plus intérieurs , et quatre occupant la partie externe de la fleur. Les quatre intérieurs, plus grands , d'une couleur jaune , parfaitement semblables entre eux , constituent un seul et même organe : c'est la corolle, qui , dans ce cas, est composée de quatre pièces distinctes ou de quatre pétales. Il nous sera très-facile maintenant de dénommer les quatre pièces verdâtres, plus petites, situées en dehors de la corolle. En effet , nous savons déjà que la plus externe des deux envelop- pes florales est le calice. Ici le calice est donc formé de quatre pièces ou sépales. Telles sont la structure et la position respective des 248 ORGANES DE LA REPRODUCTlOBT. diffërens organes qui constituent une fleur complète. Examinons maintenant quelques fleurs dans lesquel- les tous les organes que nous venons d'énumérer ne Analyse de la sc rencontrent pas. Dans la tulipe, par exemple, nous iipe! * "~ trouvons au centre de la fleur le pistil, composé d'un ovaire prismatique et à trois faces, dont le sommet est couronné par un corps glandulaire , qui est le stig- mate : il n'y a point de style. Eu dehors , nous voyons six ëtamines, dont la structure n'a rien de remarquable. Voilà donc les deux organes sexuels j mais à leur exté- rieur, nous trouvons six pièces^ ou segmens membra- neux, parfaitement semblables entre eux, ne formant évidemment qu'un seul et même organe. Dans cette fleur il manque donc une des deux enveloppes florales ; mais quelle est celle qui manque ? Cette question a beaucoup occupé les botanistes , qui tous ne sont pas encore d'ac- cord à ce sujet. Les uns , en effet, avec Linnœus, veu- lent que , lorsqu'il n'existe qu'une seule enveloppe flo- rale autour des organes sexuels ;, on la nomme corolle, quand elle offre des couleurs vives-, calice , quand elle est verte. On voit combien cette distinction est fondée sur des caractères peu fixes. Les autres , au contraire , avec M. de Jussieu , conduits par les lois de l'analogie, la regardent comme un calice, quelles que soient sa cou- leur et sa consistance. jVous partageons cette opinion, et nous appellerons calice l'enveloppe florale unique qui se trouve autour des organes sexuels. D'autres auteurs , voulant remédier à cette diversité d'opinions, et conci- lier en quelque sorte les deux partis , donnent le nom de pérùjone à l'enveloppe florale unique qui entoure les or- ganes sexuels. La tulipe ^ que nous examinons, a donc un calice formé de six sépales, ou un périgone composé de six pièces distinctes. Enfin, comme nous l'avons vu préfcdcmmcnt, il est PÉDONCULE ET BRACTÉES. 249 des fleurs dans lesquelles les deux enveloppes florales manquent en même temps. On les a appelées flems nues, pour les distinguer de celles qui sont munies d'enveloppes florales. CHAPITRE PREMIER. DU PÉDONCULE ET DES BRACTÉES. La fleur peut être fixée de diverses manières aux branches ou aux rameaux qui la supportent. Ainsi , tantôt elle est immédiatement attachée par sa base , sans le secours d'aucune partie accessoire ou intermédiaire •, dans ce cas, elle est dite sessile {flos sessilis). On la nomme au contvaive/leur pe'donculee (^fios jicdunculatiis) , quand Fleur sessile. elle y est fixée au moyen d'un prolongement^articulier, nommé vulgairement queue de la fleur, et désigné en botanique sous le nom de pédancule. Le pédoncule de la fleur, de même que le pétiole de la feuille , peut être Fleur pedoa- simple ou ramifié. Quand il est ramifié , chacune de ses *" ' '"' divisions, portant une seule fleur, prend le nom de pédicelle ; les fleurs sont dites pédicellées [flores pedi- cellati). Ainsi, la fleur dé l'œillet ordinaire est pédon- culée, et chacune des fleurs qui composent la grappe du lilas ou de la vigne est pédicellée. Le Pédoncule , ou support des fleurs , affecte diflë- MocUGcations rentes modifications qu'il est utile de faire connaître. '^'^*' Ainsi , suivant sa situation , il est radical , quand il part de l'aisselle d'une feuille radicale , comme dans le pissenlit ( Taraxacum dens leonis ) , la primevère ( Pri- ■mula veris). On lui donne le nom spécial àeHamjie (scapus), quand Bractées. Feuillo raies. llo- 25o ORGANES DE LA REPRODUCTIOIS. il part immédiatement du centre d'un assemblage de feuilles radicales, comme dans la jacinthe, les nar-' cisses, etc. Il est caulinaire ou ramaire , suivant qu'il naît de la tige ou des rameaux -, ce qui est la disposition la plus or- dinaire. Il est pétiolaire , quand il fait corps , dans une partie de sa longueur, avec le pétiole. EinphyUe , lorsqu'au lieu de naître sur la tige ou les rameaux , il prend origine sur la surface même des feuilles : tel est celui du petit houx ( Ruscus aculeatus). Axillaire , lorsqu'il naît sur la tige ou les rameaux dans l'aisselle des feuilles. Extra xillaire ou latéral^ quand il prend naissance sur les parties latérales du point d'insertion de la feuille, comme dans certaines Solanées. Terminal, quand il termine le sommet de la tige, dont il ne paraît être que la continuation. Le Pédoncule est uniflore ^ hiflore , triflore , muhi- fiore, suivant le nombre des fleurs qu'il supporte. Il est quelquefois roulé en spirale ou en tire-bouchon , comme dans le f alfhneria spiralis. Le pain de pourceavi ( Cyclamen europœum ) offre aussi cette singulière dis- position, lorsque son fruit approche de la maturité. Il arrive fréquemment qu'autour d'une ou de plu- sieurs fleurs réunies, on trouve un certain nombre de petites feuilles tout-à-fait différentes des autres par leur couleur , leur forme , leur consistance , etc. On leur a donné le nom de bractées ( hracteœ ) . Ne confondez pas -les bractées AYecles Jeuilles Jlorales proprement dites. Celles-ci , en effet , ne différent point notablement des autres feuilles de la même plante ; mais elles sont seu- lement plus petites et plus rapprochées des fleurs. Ainsi, dans le Salvia horminutn et le Salvia sclarœa , les brac- PÉDONCULE ET BRACTÉES 25l lavohicre. tées sont très-apparentes, et fort distinctes des feuilles j elles sont colorées en bleuj dans le Salvîa fulyens , elles offrent la couleur rouge la plus brillante. Quand les bractées ou les feuilles florales sont dispo- sées symétriquement autour d'une ou de plusieurs fleurs , de manière à leur former une sorte d'enve- loppe accessoire , on donne à leur réunion le nom à'involucre. {P oy. fig. 52.)Ainsi,dans les anémones, on trouve au-dessous de la fleur trois feuilles florales disposées symétriquement, qui con- stituent un involucre triphi/Ile. Vinvolucre est dit tetra- •phylle,penlaphyUe, hexaphylle ,i)olyphylle ^ suivant qvi'il est formé de quatre , cinq , six , ou d'un grand nombre de bractées. Quand le pédoncule est divisé , et qu'à la base de chaque pédicelle se trouve un petit involucre , on nomme celui-ci involucelle : par exemple , dans la ca- luvoiuceiics, rotte , à la base des pédoncules , on observe un imw- lucre polyphylle , et à la base des pédicelles , un involu- celle é^Sileinent polyphy lie. Les bractées sont le plus souvent libres de toute adhé- rence -, d'autres fois elles adhèrent avec le pédoncule de la fleur, comme dans le tilleul ( Tilia europœa). Elles ont ordinairement une structure et une consis- tsincejbliacées ; quelquefois ce- Cupuie. pendant ce sont de petites écail- les plus ou moins nombreuses et '' serrées autour de la fleur. On ap- pelle cupule {cupula) {voy. fig. " 53, «la cupule, b le fruit) un in- volucre persistant, qui accompagne le fruit jusqu'à l'épo- que de sa maturité , et le recouvre en partie ou en totalité. La cupule peut être squamacée , c'est-à-dire formée Fig. 53. 202 ORGAKES DE LA REPRODUGTIOH. de petites écailles très - serrées , comme dans le chêne ( Quercus robur). Elle peut èlxe foliacée, c'est-à-dire formée par de petites folioles , libtes ou soudées , comme dans le noi- setier (^Corylus Avellana) , le charme {Carpinus Be- tuliis ) . Enfin , elle est quelquefois pericarpoïde , c'est-à-dire formée d'une seule pièce , recouvrant et cachant entiè- rement les fruits, s'ouvra nt quelquefois régulièrement, pour les laisser échapper à l'époque de leur maturité, comme dans le châtaignier, le hêtre, etc. Cette sorte de cupule a souvent été , fort à tort , considérée comme le péricarpe , dont elle est cependant bien distincte. Caiicuie. Quand Vinvolucre entoure une seule fleur, qu'il en est très-rapproché , et semblable au calice , on l'appelle caii- cuie ou calice extérieur, comme dans la mauve , la gui- mauve -, les fleurs qui ont un caiicuie sont dites calicu^ le'es {Jlores caliculati). s^jatbe. La spatlie i^spatha) est un in volucre membraneux, Fig. 54. (^^y- fig- 54? a.) renfermant ,,j%^ „.|i une ou plusieurs fleurs , qu'il ^^WWWj|/;ilt-. recouvre entièrement avant ^W^^^^^^^ leur épanouissement , et qui 4^'^^^\^^. \ ÏI6 se montrent à l'extérieur "'^^ J' ) ^^WV^ qu'après son déroulement ou iP W ^\ a ^^^ déchirement : par exem- llw P^^ ' ^^^^ 1^^ palmiers , les W narcisses, les difiérentes es- pêces^ diAllium , telles que l'ognon commun , etc. ta spaihe est 7nonophylle, c'est-àf-dire composée d'une seule pièce, comme dans le gou,et (Jrum maculatum); composée de deux pièces , ou diphijlle , dans l'ail , Toanon, etc. PÉDONCULE ET BRACTEES. 200 Elle est cucilUiforme [s. cucuUata) , ou roulée en cornet, dans VAr}im. Ruptile, c'est-à-dire se déchirant irrégulièrement pour laisser sortir les fleurs , comme dans les narcisses. Unixore , hiflore ou mulûfiore , suivant qu'elle ren- ferme une , deux ou un grand nombre de fleurs. Membraneuse , quand elle est mince et demi-transpa- rente , comme dans les narcisses , les AlUum. Ligneuse , quand elle offre la consistance et le tissu du bois , comme dans plusieurs Palmiers : par exemple , le dattier ( Phœnix dactylifera ) , etc. Pélaloïde , quand elle est molle et colorée comme la corolle : exemple, le liichardia œthiopica, etc. Quelquefois les fleurs contenues dans une spathe sont Spaihiiies. enveloppées chacune dans une petite spathe particulière, qui porte le nom de spathille , comme la plupart des Iridées. Les Graminées et les Cypéracées , qui s'éloignent tant pieur.iesgra- des autres familles de plantes par leur aspect général et la structure de leurs organes, n'ont ni calice ni corolle proprement dits. Les parties auxquelles on avait donné ce nom différent essentiellement de ces mêmes organes dans les autres végétaux phanérogames. Ce ne sont que de véritables involucres , mais qui affectent une dispo- sition particulière , qu'on ne retrouve pas dans les autres végétaux -, aussi leur a-t-on donné des noms particuliers. Ainsi, on appelle ^r/wme (gluma) {voi/. fig. 55, 5, 4) ^ dans les Graminées , les deux écailles , de forme très-variée , qui sont les plus voisines des organes sexuels. Quelquefois ces deux paillettes sont soudées en une seule , qui alors est bifide , comme dsLnsVJlojJecttrus, le Cornucopiœ. Toutes les autres paillettes qui sont en dehors de la glmne (i, 2) constituent la lépicène (^lepicena). Leur nombre est très- j,;p,vt„r^, variable. Ainsi , il y en a une dans YJgrostis canina^ L. ; minées. Glumc, Gluinelle, Epiel. 254 ORGANES DE LA REPRODUCTION. deux' dans le plus grand nombre des Ayrostis , le Cy- Fig. 55. nodoïiy etc. Souvent, en dehors des organes sexuels, on trouve un ou deux petits corps de forme très-variable ; ils portent le nom de jjaléoles , et leur ensemble constitue la (jliitnelle IgliimeUa). {Voij. fig.55; 5.) Lorsque , dans les Graminées , deux ou un plus grand nombre de fleurs sont réunies de manière à former une sorte de petit épi nommé e^iet [spicula) ou lodicule , leur enveloppe commune reçoit également le nom de lepicène^ elle peut être unipaléaeée , comme dans le Lolium,, ou hipaléacée , comme dans le Poa , ou niul- tipaléaeée , comme dans quelques espèces dCUniola. Il résulte de là que chaque petite fleur en particulier est dépourvue de lépicène propre , et n'est entourée que d'une glurne, qui , dans ce cas , est toujours hipaléacée. On dit alors que Vépiet ou la lépicène est biflore , tri- flore, etc., suivant le nombre des fleurs qu'ils ren- ferment. CHAPITRE II. DE l'inflorescence. înfloi-escence. On donne le nom à^ inflorescence à la disposition gé- nérale ou à l'arrangement que les fleurs affectent sur la tige ou les autres organes qui les supportent. INFLORESCENCE. 200 On doit à M. Rœper, professeur de botanique à Bàle, un excellent Mémoire sur cette partie de l'organographie végétale , et dont nous consignerons ici les principaux résultats. La fleur , considérée physiologiquement , ainsi que nous le démontrerons plus tard, est une sorte de bour- geon de nature particulière , formé communément de quatre verticilles de feuilles diversement modifiées, et très-rapprochés les uns des autres. Le pédoncule de la fleur n'est donc qu'un rameau très-court-, et comme la fleur est constamment placée au sommet de ce rameau, on peut dire , d'une manière générale , que la fleur est toujours terminale. Quand on étudie l'arrangement ou le groupement des fleurs , on voit que tantôt elles naissent de l'aisselle de feuilles florales ou de bractées , en un mot qu'elles sont latérales relativement à la branche qui les supporte toutes, ou bien que toutes elles partent du sommet de cette branche principale : ce sont là les deux modes essen- tiels sous lesquels se présente l'inflorescence. Cependant quelques végétaux offrent à la fois dans l'arrangement de leurs fleurs ces deux systèmes réunis. Enfin , dans un plus petit nombre, l'inflorescence ne rentre dans au- cune de ces trois dispositions-, elle est tout-à-fait ano- male. Examinons successivement ces différens modes d'inflorescence. §. 1. Inflorescence axillaire. On l'a également désignée sous le nom' d'inflorescence luflo.escence indéfinie , ou à développement centripète. Elle se pré- "'"'''^^• sente toutes les fois que les fleurs naissent soit de l'ais- selle des feuilles proprement dites , c'est-à-dire qui n'ont pas changé de forme , soit de l'aisselle des feuilles modi- fiées en feuilles florales ou en bractées. Dans le premier taires. 256 ORGANES DE LA. REPRODUCTION. cas, on dit que les fleurs sont axillaires. Quand il n'y en Fleurs soii- a qu'uue seule à l'aisselle de chaque feuille , on dit alors qu'elles sont solitaires, comme dans la grande per- venche ( Vinca major) , plusieurs véroniques ( Veronica, arvensis , hederœfolia , ^ic). Géminées. Quaud il cu cxistc deux à l'aisselle de chaque feuille , on les dit géminées, comme dans le sceau de Salomon , le Catnecerasus , etc. Ternees, etc. Lcs fleurs sout temées ou quaternées quand elles naissent par trois ou par quatre du même point. Si un nombre plus considérable de fleurs naissent en faisceau d'un même point de la tige , on dit alors qu'elles sont fasciculées , comme dans le cerisier, par exemple. VeiticiiieLVi. Les fleurs sont vertieillees , lorsque, naissant à l'ais- selle de feuilles également vertieillees , elles forment une sorte d'anneau autour de la tige : par exemple , VHip- puris vulgaris , le Myriophyllum, verticiUatum. Les labiées semblent au premier abord avoir des fleurs vertieillees*, mais elles sont simplement disposées en deux faisceaux axillaires et opposés , qui quelquefois semblent entourer la tige 5 mais elles ne sont réellement pas ver- tieillees. Il ne peut y avoir de fleurs vertieillees que quand les feuilles offrent elles-mêmes cette disposition. JVous venons d'étudier les inflorescences axillaires qui ont lieu quand les feuilles qui accompagnent les fleurs ne sont pas sensiblement modifiées. Voyons maintenant ce qui se passe dans le cas où ces feuilles se présentent sous la forme d'écaillés ou de bractées. Il est facile de remarquer que quand un nombre plus ou moins considérable de fleurs sont réunies au sommet d'une tige ou d'un rameau , les feuilles supérieures sont et plus petites et plus rapprochées : ces altérations sont quelquefois telles qu'elles ne se présentent plus que sous la forme d'écaillés ou de bractées. Ces changemens sont INFLORESCENCE, oS'l évidemment dus à l'épuisement que la plante éprouve dans ses parties supérieures, et parce qu'une grande partie des sucs nourriciers sont absorbés par les bour- geons floraux ou les fleurs , et servent au développement des parties qui les composent. Ici , coinme dans le cas précédent, l'évolution des fleurs commence toujours par les plus inférieures ou les plus extérieures , c'est-à-dire par celles que l'on peut supposer recevoir encore une plus grande quantité de nourriture. C'est à cause de ce mode d'évolution ou d'épanouissement des fleurs de la circonférence ou de l'extérieur vers le centre , que M. Rœper a donné à cette inflorescence le nom d'inflo- rescence à évolution centripète. Le développement des fleurs dans ce mode d'inflorescence est en quelque sorte indéfini, puisque la partie supérieure de la tige tend constamment à s'alonger et à produire de nouvelles fleurs, et que son élongation ne s'arrête que par épuisement: elle se termine alors en pointe par avortement des fleurs et des bractées. Examinons les espèces d'inflorescences axillaires qui ont reçu des noms particuliers. i". Lorsque les fleurs sont disposées sur un axe com- Epi. mun, simple et non ramifie, qu'elles soient sessiles ou pédonculées, que le pédoncule soit droit ou penché, elles forment un épi {spica, Jlorcs spicati) : exemple, le blé , l'orge , le seigle , le plantain lancéolé , le cassis {Rihes nigrum) , l'épine-vinette {Berberis vulgaris) , les orchis , etc. La base de chaque fleur est souvent accompagnée d'une écaille ou bractée^ l'épi alors est dit squammi- fère ou bractéolé : par exemple, dans V Orchis militaris. Quelquefois les fleurs sont disposées en spirale autour du rachis, comme dans VOphrys œstivalis et VO. au- tumnalis [Spiranthes, Rich.). l" Partie. •>58 ORGA]>Jloratio ^ œstivatio) la manière d'être des différentes parties d'une fleur avant son épanauissement. On voit, d'après cette définition , que nous comprenons ici les positions variées que les diverses parties d'une fleur affectent dans le bouton. Cette considération a été long-temps négligée, et mé- rite cependant la plus grande attention de la part des botanistes ; car la préjleuraison est en général la même dans toutes les plantes d'une même famille naturelle. Jusqu'ici on n'a étudié que la préfleuraison de la co- rolle; mais celle du calice et des organes sexuels n'est pas moins importante à connaître. ïraLriqui^-. \^ . Lcs pétalcs OU Ics divisious de la corolle peuvenl PRÉFLEUBAISO^'. 165 Plissee. être imbriqués (pelala imbricata , jnue floratio imhri- cativa ) , quand ils se recouvrent latéralement les uns les autres par une petite portion de leur largeur, comme dans le genre Rosa, les pommiers , les cerisiers , le lin , etc. 2^. La corolle monopétale peut être pliée sur elle- même à la manière des filtres de papier {corollaplicala, prcpjloratio plicativa) , comme dans les Convolvulacées, plusieurs Solanées. 3**. Les pétales, ou les divisions de la corolle monopé- spiraie. taie , sont quelquefois rapprochés et roules en spirale (pelala spiraliter contorta , prœfloratib torsiva), comme dans les Oxalis , les Apocynées , etc. 4*^. Les pétales sont souvent chiffonnés {petala cor- rugata , prœfloratio corrugativa ) , c'est-à-dire plies en tous sens, comme dans les pavots , le grenadier , les cis- tes, etc. ô*^. Les pétales peuvent être rapprochés bords à bords, comme les valves d'une capsule {^prœfloratio valvaris) : dans les Araliacées, par exemple. 6°. Quand les pétales sont au nombre de cinq, qu'il y Quinquonciaie, en a deux extérieurs et deux intérieurs , et un qui recou- vre les intérieurs par un de ses côtés , et est recouvert de l'autre par les extérieurs , M. De Candolle nomme cette disposition prœfloraison quinconciale ', par exemple dans l'œillet. Il existe encore plusieurs autres modes de préfleurai- son, mais moins importans à connaître, parce qu'ils se rencontrent moins fréquemment. Ces difiërentes modifications sont également applica- bles au calice. Dans les Ombellifères , les Urticées , les étamines sont infléchies vers le centre de la fleur ; elles se redressent , CbifTonnec. Valvaire. 266 ORGANES DE LA REPRODUCTION. quelquefois même se rabattent eu dehors lors de sou épanouissement. CHAPITRE IV. DES ENVELOPPES FLORALES EN GÉNÉRAL. Enveloppes flo- Nous avous déjà VU précédemment que les enveloppes raies. florales n'étaient point des organes essentiels de la fleur, puisque beaucoup de plantes en étaient entièrement dé- pourvues. Ainsi donc, nous ne serons point étonnés quand nous verrons des fleurs dans lesquelles le calice et la corolle manquent , et qui cependant sont remplacés par des fruits parfaits. Pe'rianiiie. Linuseus donnait le nom général de périanthe (/Je- rianthiuni ) à l'ensemble des enveloppes florales qui en- tourent les organes sexuels. Le périanthe est simple ou double. Calice. Quand il est simple , on lui donne le nom de calice , quelles que soient sa couleur, sa consistance , sa forme , comme dans la tulipe , le lis , les Tliymélées, etc. Toutes les plantes monocotylédonées n'ont jamais de corolle; leur périanthe est toujours simple : elles n'ont donc qu'un calice. Corolle Quand le périanthe est double, l'enveloppe ki plus in- térieure , c'est-à-dire celle qui est la plus voisine des or- ganes sexuels , prend le nom de corolle. On nomme ca- lice l'enveloppe la plus extérieure. On a dit encore que le calice faisait suite à Técorce du pédoncule , la corolle au corps ligneux , ou à la partie située entre la moelle et l'écorce, dans les plantes annuelles j mais cette assertion, est peu fondée. ENVELOPPES FLORALES EN GÉNÉRAL. 267 Le périanthe simple est un calice : telle est l'opinioD Le pe. iamhe ■^ . , , Jans les niono~ généralement admise par les auteurs qui s occupent des cotylédons. rapports naturels des plantes. Et, en effet, elle paraît, dans le plus grand nombre des cas , conforme à la na- ture. Mais remarquons cependant ici, àTégard des Mo- nocotylédons , que dans beaucoup de circonstances , sur- tout quand le périanthe se compose de segmens séparés, on pourrait croire à l'existence de deux enveloppes au- tour des organes sexuels. En effet, les six pièces qui forment le périanthe simple d'un grand nombre de Mo- nocotjlédons sont le plus souvent disposées comme siu' deux rangs , en sorte que trois paraissent plus extérieu- res. Si nous ajoutons à cela que les trois intérieures sont souvent colorées et pétaloïdes , tandis que les trois ex- ternes sont vertes et semblables au calice, nous pourrons concevoir comment on a pu admettre dans ces plantes un périanthe double , c'est-à-dire une corolle et un ca- lice. Cette disposition est surtout remarquable dans l'é- phémère de Virginie ( Tradescantia virginica ) -, son périanthe simple est à six divisions , trois intérieures plus grandes , minces , délicates , d'une belle couleur bleue ; trois extérieures plus petites , vertes , et tout-à-fait diffé- rentes des premières. Il en est de même dans VAlisma Plantago , la sagittaire, etc., qui ont toujours les trois divisions intérieures de leur périanthe colorées et péta- loïdes , tandis que les trois extérieures sont vertes et ca- lyciformes. Mais ces exceptions n'existent qu'en apparence ; elles s'évanouissent devant une observation plus exacte: car, bien que les six segmens du périanthe d'un grand nom- bre de Monocotylédons soient disposés sur deux rangs , cependant ils ne forment , sur le sommet du pédoncule qui les supporte , qu'un seul et même cercle , c'est-à-dire qu'ils n'ont qu'un point d'orijjino commun , et se conti- # 268 ORGAWES DE LA REPRODUCTIOJN • nuent manifestement tous les six avec la partie la plus extérieure du pédoncule. Ils ne forment donc qu'un seul et même organe , c'est-à-dire un calice. En effet , s'ils constituaient deux enveloppes distinctes, un calice et une corolle , le point d'insertion de la corolle serait plus intérieur que celui du calice, puisqu'elle se continue avec la substance ligneuse de la tige ou la partie qui la repré- sente , tandis que le calice est une suite de l'épiderme ou de la partie la plus extérieure du pédoncule. De tout ceci nous pouvons conclure que dans les Monocotylédons il n'y a jamais de corolle , mais seulement un calice , quelles que soient la coloration et la disposition des parties qui le constituent. Calice des 01- La vastc et intéressante famille des Orchidées , qui s'é- loigne autant des autres plantes monocotylédonées par la forme et l'apparence extérieure de ses fleurs que par Fig. 56. leur organisation intérieure , nous pré- É sente également un périanthe simple à ' six divisions , mais qui subit des modi- fications particulières qu'il est important de noter ici. De ces divisions , trois sont 2 plus intérieures, trois plus extérieures que les précédentes. Les trois externes 4 {^voy. fig. 56^ 1) sont fort souvent réu- nies ensemble , avec deux des intérieures , à la partie supé- rieure de la fleur , et constituent, en se rapprochant inti- mement les unes contre les autres , une espèce de voûte ou de casque qui recouvre et protège les organes sexuels. Casqiu. De là le calice est dit en casque [calyx galeatus). Des trois divisions intérieures , l'une est moyenne et inférieure , d'une forme et d'une couleur ordinairement diflérentes de celles des deux autres. Elle a reçu le nom particulier de Labcîle. lahelle{JaheUuni).[îd. 2.) C\\sl celte Uoisième partie qui, dans un grand nombre d'espèces , offre des fornies si va- ENVELOPPES FLORALES EN GÉNÉRAL. 269 ri^es et si extraordinaires. Tantôt, en effet, on croirait apercevoir une abeille-bourdon se re- posant sur la plante {Ophrys api- ' fera) ( voy. fig. 67 , i ) 5 tantôt une araignée ( Ophrys aranifera ) ; d'au- tres fois un singe dont les parties in- férieures sont écartées ( Orchis zoo- ^ phora , Ophrys anthropophora). Dans plusieurs genres de cette fa- mille , le lahelle présente à sa partie inférieure un prolon- gement creux, en forme de cornet; auquel on a donné le nom à' éperon {calcar). [f'oy. fig. SÇ> , 3.) Dans ce Epero.