G>' v :v i _ pi >*!, ■*£ . '<> ».'.* v:^î* 'o t-.'i ■ I HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY OF THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LlBRARY OF SAMUEL GARMAN i^7&s/7 oO£cy7/7r . 4° 2 336 Des CirrhibarbeSj et en particulier du Cirrhi- barbe du Cap (Cirrhibarbis capensis, nob.). 406 337 1 ï, b • • • XV11J TABLE. Pages. Planch. Des Tiuptérygions 409 Le Triptérygion à bec (Tripterygion nasu s, Risso) Ibid. 338 Le Triptérygion nigripenne ( Tripterygion nigri- pennej nob.) 4*3 339 Le Triptérygion varié (Triptérygion varium, n. ; Blennius varias > Forster) 414 Le Triptérygion de Forster ( Tripterygion Forsteri, nob.)- • • 41 5 Le Triptérygion à fenêtre ( Tripterygion fenes- tratum . nob.; Blennius fenestratus ? Forster). 416 CHAPITRE V. Des Gonnelles • • • • 4 1 8 Le Gonnelle vulgaire (Gimnellus vulgaris, nob. ; Blennius gimnellus ? Lin.) 4*9 Le Gonnelle sans nageoires ( Gimnellus apos ? n.) 426 Le Gonnelle épineux (Gimnellus mucronatus , nob.', Ophidium mucronaium^ Mitchill). ... 4 2 7 Le Gonnelle ponctué (Gimnellus punctatus^ nob. ; Blennius punctatus^ Fabr. ) 4 2 8 Le Gonnelle de Fabricius (Gimnellus Fabricii , nob.; Blennius lumpenus^ Fabr.) 43 1 Le Gonnelle d'Islande (Gimnellus islandicus ? nob.; Cenlronotus islandicus ? Bl. Schn.). . . 433 Le Gonnelle anguillaire (Gimnellus anguillaris y nob. ; Blennius anguillaris ? Pallas) 434 Le Gonnelle à long ventre (Gunnellus dolicJio- gaster, nob.; Blennius dolichogaster^ Pallas). 436 Le Gonnelle rose ( Gunnellus roseus ? nob. ; Blennius roseus } Pallas. ) +38 TABLE. XIX Pages. Planch. Le Gonnelle ruban ( Gunnellus taenia^ nob. ; Blennius tœnia, Pallas) 4^9 Le Gonnelle très-rouge (Gunnellus ruberrimus , * nob. ) 44° Le Gonnelle rubanné (Gunnellus fasciatus ^ nob. ; Centronotus fasciatus ? Bl. Sclin.) 441 Le Gonnelle du Groenland ( Gunnellus groenlan- dicusj Reinliardt) 44? 34° Le Gonnelle de Strœrn ( Gunnellu s Strœmii^ nob. ; Blennius galerita^ Strœrn) 444 Le Gonnelle à crête de coq (Blennius alectro- lopkusy Pallas) 447 Le Gonnelle à tête hérissée ( Gunnellus poljac- tocephalusy nob.; Blennius polyactocephalus ? Pallas) 448 CHAPITRE VI. Des Zoarcès # . 4^o Le Zoarcès vivipare (Zoarcès •vwiparus ? nob.; Blennius vwiparus ? Lin.) 4^4 Des grands Zoarcès d'Amérique 465 Le Zoarcès à grosses lèvres (Zoarcès labrosus } nob.; Blennius labrosus, Mitcliill) 466 341 Le Zoarcès frangé (Zoarcès fimbriatus ? nob.; Blennius Jimbriatus , Mitcliill) 468 Le Zoarcès de Gronovius (Zoarcès Grotwvii) nob. ; Blennius americanus ? Bl. Schn.) 469 XX TABLE. Pagei. l'ian./i CHAPITRE VIL Des Anarrhiqxjes 472 L'Annarrhique loup (Anarrhichas lupus ? Lin.). 473 342 L'Anarrhique léopard (Anarrhichas leopardus ? Agassis), 493 CHAPITRE VIII. Des Opisthognathes 495 L'Opisthognathe de Sonnerat ( Opisthognathus Sonneratii) Cuv. ; Opisthognathus ocellatus 7 Ehrenb. Opisthognathus nigro - marginatus^ Ruppel) 498 L'Opisthognathe de Cuvier ( Opisthognathus Cu- vierii^ nob.) 5o4 343 HISTOIRE DES POISSONS. LIVRE TREIZIEME. DE LA FAMILLE DES MUGILOÏDES. Les mugiloïdes, que M. Cuvier réduisait au seul genre des muges (mugilj Linn.), compo- sent une famille naturelle dans laquelle nous reconnaissons cinq genres bien distincts. Tous ces poissons ont le corps presque cylindrique à cause de l'épaisseur du dos: ils sont recouverts par de grandes écailles, qui s'avancent sur le dessus de la tète comme sur celle des ophicé- phales; leurs deux dorsales sont séparées, et la première n'a que quatre épines fortes et poin- tues; leurs ventrales, insérées généralement assez en arrière sous l'abdomen, expliquent comment Linné a pu avec raison, dans son Système, les regarder comme des poissons ab- dominaux. Leurs dents, quand elles existent, 11. 1 2 LIVRE TREIZIÈME. sont si fines qu'elles sont souvent à peine per- ceptibles; elles manquent même quelquefois. Les poissons de cette famille ont les os maxil- laires petits et caches, pour la plus grande partie, entre la lèvre épaisse qui garnit lmtermaxillaire , et le sous-orbitaire, qui touche le plus souvent cette lèvre quand la bouche est fermée. Celle de la mâchoire inférieure est taillée en biseau, et porte sur son milieu un tubercule formé par un repli de la peau, et qui répond à un en- foncement de la mâchoire supérieure. Les os pharyngiens, très-développés, rendent l'entrée de l'œsophage anguleuse et étroite, de sorte qu'il ne peut arriver dans l'estomac que des substances assez molles et ténues. Ce viscère a le plus souvent une branche montante , à parois fort épaisses et musculeuses, qui la rendent semblable à un véritable gésier d'oiseau grani- vore. Linné ne comptait que deux espèces de muges, réunissant, sous le nom de mugil cephalus , les six ou sept qui vivent dans nos mers d'Europe, et y ajoutant une seconde, le mugil albula, dont il devait la connaissance à Gard en. Nous portons le nombre des espèces étran- gères de muges , tels que nous les entendons, à plus de trente. Nous formons, sous leur déno- MUGILOÏDES. 5 mînation Vulgaire aux Antilles de Dajaus, un petit groupe de muges d'Amérique, à museau saillant, à bouche un peu plus fendue longi- tudinalement, sans tubercule à la mâchoire inférieure; ils ont une bande de dents en velours sur les deux mâchoires, ainsi que sur le vomer et sur les palatins. Les mers de l'Inde nous ont fourni deux autres genres. L'un a les lèvres très- épaisses et à gros replis, bordant des mâchoires garnies de dents en fine carde , il y en a une bande étroite sur le devant du vomer seule- ment ; le museau dépasse la mâchoire inférieure et est arrondi. Ces espèces ont la plus grande ressemblance avec les labéons , genre de la famille des cyprinoïdes, avec lesquels on les confondrait facilement, si on oubliait de faire attention aux deux dorsales. Nous désignons ce genre sous le nom de Nestis. Nous appe- lons Cestre (cestrœus), un autre petit groupe à museau pointu, à bouche fendue longitudi- nalement, à mâchoire inférieure courte, sans tubercule et sans dents. La supérieure en a de rudimentaires , perdues dans l'épaisseur de la lèvre : le palais en est tout-à-fait dépourvu. Enfin nous terminons par les tétragonures, qui tiennent en partie des muges, tout en mon- trant quelques affinités avec les scombéroïdes. Si nous avons augmenté de beaucoup le A LIVRE TREIZIÈME. nombre des espèces du genre des muges, tel que l'avait connu Linné, nous avons dû faire quelques modifications aux changemens que lui avaient apportés les successeurs de ce grand homme. Ainsi nous avons déjà fait voir que le mugil cinereus de Walbaum est un gerres : M. Ehren- berg nous a démontré que le mugil chanos de Forskal est un poisson de la famille des cyprins, et nous adoptons complètement cette opinion. Le poisson dont Bosc avait commu- niqué la description à M. de Lacépède, sous le nom de mugil appendiculatus , n'est que Yelops. M. de Lacépède, adoptant toujours avec trop de confiance les opinions des autres sans les critiquer, avait cru que le poisson ob- servé par son collègue était voisin des muges, parce que M. Bosc avait commis cette erreur; mais trouvant quelques différences notables dans les caractères, il en avait fait un genre nouveau. Il l'avait nommé mugilomore , et dé- dié l'espèce à la mémoire de sa femme Anne- Caroline; ce genre doit être rayé de la Mé- thode ichthyologique. Nous avons également reconnu que le mugil salmoneus de Forster n'est encore que Yelops. Mais nous avons rapproché des muges, à l'exemple de M. de Lacépède, l'espèce que Bloch avait d'abord MUGIL01DES. nommée mugil Plumieri, mais qu'il avait en- suite retirée de ce genre pour la placer dans celui des sphyrènes. ' Quant au genre Mugiloïde 2 établi d'après le mugil chilensis de Molina, espèce à laquelle cet auteur n'a attribué qu'une seule dorsale, il doit être réformé comme celui des mugilo- mores. Il est de toute évidence que ce voyageur a décrit un muge dont il n'avait pas redressé la première dorsale. La présence du tubercule de la mâchoire inférieure, le nombre des rayons de la dorsale examinée et le nom de Liza ne peuvent laisser de doute à ce sujet. M. de Lacépède augmente d'ailleurs avec raison le nombre des espèces de muges mentionnées par Gmelin , en y réunissant le mugil creni- labis de Forskal et le muge à tache bleue tiré des papiers de Commerson. Bloch a, dans son édition posthume, comme on vient de le voir, tiré un fort mauvais parti des matériaux qu'il possédait, quoiqu'il y ajoute les poissons que lui fournissent les manuscrits de Forster; les neuf espèces de Bloch se réduisent tout au plus à quatre bien authentiques. Nous éta- blirons entre autres que le mugil Hasselquistii 1. Bloch, Syst. posth., p. 100, el Cuv. Valenc, Hist. nat. des poissons, t. III, p. 33g. 2. Lacépède, t. V, p. 3g4- G LIVRE XIII. MUGILOÏDES. de Schneider est une sphyrène, chose d'autant plus singulière qu'il plaçait dans ce même ou- vrage un vrai muge dans le genre des sphyrènes sous le nom de sphyrœna Plumieri. Shaw 1 compte aussi neuf espèces, en prenant le fond de son genre dans l'ouvrage de Lacépède, mais en y ajoutant un mugil malabaricus d'après l\ussel ? et à tort le chanos de Forskal. 1. Gen. Zooh, vol. V, i. re part. , p. i34- C AP . I. MUGES. 7 CHAPITRE PREMIER. Des Muges ou Mulets. Nous venons d'établir que les muges sont des acanthoptérygiens à ventrales situées sous l'abdomen, à deux dorsales distinctes et même très-séparées, qui, par leur forme générale et parleurs grandes écailles, ont quelque chose de l'apparence extérieure de nos cyprins, surtout de nos chevaines ou meuniers. Leur bouche est petite, fendue en travers au bout du museau et légèrement pliée dans son milieu, où la lèvre inférieure a une protubérance qui répond à une échancrure de la supérieure; leurs dents sont infiniment petites et déliées, souvent même à peu près imperceptibles; de chaque côté de leur museau est un sous-orbitaire fine- ment dentelé, sous lequel un maxillaire grêle s'abrite plus ou moins complètement; leurs opercules sont larges et bombés latéralement, parce qu'ils renferment, outre les branchies, un appareil pharyngien assez compliqué, qui ne laisse arriver dans l'œsophage que des matières liquides ou déliées , en les faisant passer par une voie très -contournée. Leur estomac se termine en une espèce de gésier charnu, qui a quelque rapport avec celui des oiseaux ; 8 LIVRE X11I. MUGILOÏDES. leurs appendices pyloriques sont en assez petit nombre, mais leur intestin est long et replié. Dépourvus d'armes offensives, les muges, malgré la grandeur à laquelle atteignent plu- sieurs de leurs espèces, ne peuvent attaquer les autres poissons, et même ils n'ont guère pour s'en défendre que les épines de leur pre- mière dorsale, trop menues et trop peu nom- breuses pour être bien redoutables. Ils ont, au contraire, pour ennemis la plupart des pois- sons voraces, mais spécialement, d'après M. le prince de Musignagno, le perça labrax. Muge y niugeo, mujon, sont leurs noms pro- vençaux : les Espagnols prononcent mugelj sur le golfe de Gascogne on les nomme meuille, d'où l'on a fait sur les côtes de la Manche mu- let , et en anglais mullet. Toutes ces déno- minations rappellent celle de Mugil 1 , qu'ils portaient en latin, et l'on voit par la compa- 1. M. GrifFilh, dans la traduction anglaise du Règne animal, dit que ce nom de Mugil est supposé la contraction des deux mots latins multum agilis, afin d'exprimer l'agilité des mouve- niens de ce poisson. Le célèbre et savant philologue, M. Hase, que j'ai consulté à ce sujet, a eu la bonté de me répondre que cette étymologie est tirée d'Isidore de Séville, qui dit dans ses Origines, lib. XII, cap. 6, S- 26, p. 397 : Mugilis nomen habet , quod sit mullum agilis. Nam ubi dispositas senserit piscaiorum in- sidiaSf confestim reirorsum rediens , ila transïlil rete, ut volare piscem videas. Toutefois M. Hase croit cette étvmologie aussi fausse que tant d'autres imaginées par les grammairiens des temps clas- CHAP. I. MUGES. 9 raison des passages empruntés des Grecs par les Latins, ou réciproquement, qu'en grec on les nommait Kesçavs. Le sens de ces deux expressions se cons- tate par tout ce que les anciens rapportent de la frugalité de ces mugils ou Cestreus, par tout ce qu'ils disent de leur naturel pacifique , de leur habileté à sauter hors des filets, de l'a- bondance avec laquelle ils se portent en cer- taines saisons aux embouchures des fleuves, ou vers les lacs et les étangs qui communiquent avec la mer; car, du reste, on ne trouve ni dans Aristote, ni dans ses successeurs, aucune indication tirée de leur conformation, et qui eût pu les faire reconnaître, si leur nom n'eût pas mis sur la voie, et si ce que l'on sait de leurs habitudes, ne se fût pas trouvé assez con- forme avec ce que les écrivains en racontent. Les anciens Grecs distinguaient déjà plu- sieurs espèces de muges : Aristote 1 nomme dans siques. Il est plus probable que le mot de mugil est dérivé de mucus, dont la racine /ulv^a (mucus), rappelle sans aucun doute les noms de fxv^cov , de /xufyvoç, donnés aux muges par les Grecs. Vojez aussi Schellers, au mot mugil. 1. Hist. anim., 1. V, c. u, p. 83o, d : Ap%ovTctt JV nvstv tZv mç-pÎ'jùv , oi jJLiv ^clWuvîç-, roiï YlotmS'ircvoç-, za.1 o (rctpyoç, nui o fxv^ojv JtsiÀ«/xéeoç , nui o K.î C'est une des plus grandes espèces : on en CIIAP. I. MUGES. 21 voit souvent de 18 pouces de longueur, il y en a de deux pieds et plus : il pèse jusqu'à dix et douze livres, souvent jusqu'à quatorze, quelquefois même jusqu'à dix-sept, selon M. le prince de Musignagno, et comme il est le plus commun dans la Méditerranée, c'est celui dont les mœurs sont le mieux connues, ou plutôt on doit dire qu'il a fait oublier les autres, que son histoire a, en quelque façon, absorbé la leur, et qu'on ne peut presque distinguer dans ce que les naturalistes rapportent des muges, ce qui est propre à celui-ci; de sorte que nous pouvons remettre ce que nous avons à dire de ses habitudes et de ses propriétés, après que nous aurons caractérisé les espèces jusqu'à pré- sent confondues avec la sienne. Ce poisson, comme tous ceux du genre, a le corps alongé et assez épais; le museau court, ob- tus, et le dessus de la tête aplati; le dos est arrondi , le ventre aussi, mais un peu moins; il se comprime sur les côtés, et cette compression augmente de plus en plus vers la queue. Sa ligne du dos est presque droite; celle du ventre est légèrement et uniformément convexe, de manière que la plus grande hauteur est sous la première dorsale; elle est a cet endroit du cinquième de la longueur totale. Son épaisseur est un peu plus de la moitié de la hauteur, laquelle derrière la deuxième dorsale et vers la queue, est de plus de moitié moindre qu'auprès de la première 22 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. dorsale, et l'épaisseur de cette partie n'est pas la moitié de sa hauteur. La longueur de la tête est quatre fois et demie dans la longueur totale; sa hauteur à la nuque une fois et demie dans sa propre longueur. Sa largeur der- rière les yeux est un peu moindre que sa hauteur. Le crâne est très-légèrement convexe, et sa face su- périeure est presque rectangulaire; le museau se ter- mine en avant en Rabaissant un peu, et sa circon- scription horizontale s'y fait par un arc très-ouvert, auquel la mâchoire inférieure s'unit en montant par un plan incliné, mais de manière à ce que le profil de son extrémité soit très-obtus. Les côtés de la tête sont plats et descendent obliquement, en se courbant pour se rapprocher l'un de l'autre sous la gorge. L'œil est un peu au-dessous de la ligne du profil du crâne, et dirigé latéralement; il occupe à peu près moitié de la hauteur. La distance du bout du museau fait le quart de la longueur de la tête. Le diamètre de l'œil est le cinquième de cette longueur, et il est éloigné de l'autre de deux fois et demie son diamètre. Un repli adipeux de la peau garnit les bords de l'or- bite et ne laisse qu'un espace en ovale vertical d'un tiers plus étroit que haut, ouvert au-devant de l'œil. Ce voile adipeux s'étend tout autour de l'œil, et sur- tout vers la tempe; il distingue bien cette espèce parmi celles d'Europe. Le museau est soutenu en dessus par les deux os du nez, qui sont très-larges. De chaque côté, en avant de l'œil, est le sous-orbitaire, petit, triangulaire, dont le bord inférieur ou antérieur est recliligne et entier, et qui a une petite troncature à CHAP. I. MUGES. 23 l'angle inférieur. Les deux orifices de la narine sont placés au-dessus du sous-orbitaire, près de la ligne du crâne et le Ions; du bord externe du nasal, et ils sont assez séparés : l'antérieur est rond et très-petit , le postérieur est plus grand , transversalement ovale , et placé un peu plus haut et à égale distance de l'œil et du premier. L'extrémité du museau, ainsi que les lèvres, n'ont point d'écaillés, mais il y en a sur le front, sur le crâne, sur la joue, et sur toutes les pièces oper- culaires : elles tombent cependant aisément sur ces dernières. La bouche est fendue horizontalement au bout du museau, et ne s'étend que jusqu'à moitié de l'espace qui est au-devant de l'œil; sa fente est comme ployée en angle ou chevron très-ouvert. La lèvre supérieure, qui est verticale et peu épaisse, a dans son milieu une faible échancrure, à laquelle répond un petit tubercule rond et simple de la lèvre inférieure. Celle- ci est moins épaisse que la supérieure et comme taillée en biseau et amincie en avant, en sorte qu'elle rentre entièrement sous la supérieure quand la bouche est fermée. Les branches de la mâchoire inférieure sont singulièrement aplalies et élargies; à leur symphyse, elles portent en dessus ce tuber- cule en forme de carène , qui répond à l'échancrure de la mâchoire supérieure et se prolonge en dedans de la bouche jusqu'à la pointe de la langue. La mâ- choire supérieure est assez protractile en avant et vers le bas. C'est seulement lorsqu'elle fait ce mou- vement d'extension que l'on découvre le maxillaire 24 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. petit et grêle, terminé en pointe et qui, dans l'état de rétraction complète, se cache sous le sous-orbi- taire. Son extrémité ne dépasse pas la commissure: deux circonstances qui forment encore un caractère distinctif de cette espèce parmi celles d'Europe. Le long du bord de chaque mâchoire est une rangée simple de petites dents excessivement fines, mobiles, et qui tiennent à la gencive plutôt qu'à l'os de la mâchoire; derrière celle de la supérieure se voit, comme à l'ordinaire, le petit voile du de- vant du palais, et derrière ce voile le bord antérieur du vomer sans dents, concave et renflé de chaque côté en un tubercule. Le palais est lisse; la langue est comme un coussin arrondi, et sans aucune âpreté: ses bords sont à peine libres. Le préopercule est grand, creusé assez profondément, de sorte que la joue paraît au doigt presque entièrement charnue; mais elle est, ainsi que le limbe du préopercule, recouverte d'écaillés grandes, solides, semblables à celles du corps. L'angle postérieur de ce préoper- cule se porte un peu plus en arrière que s'il était droit, et il est arrondi; le bord de cet os est très- mince, presque membraneux, et n'a ni épines ni dentelures. L'opercule est médiocre, triangulaire, arrondi à son bord postérieur, c'est-à-dire, en forme de quart de cercle; cette pièce est fortement unie avec l'interopercule et le subopercule, et leur join- ture disparaît presque sous les écailles. La hauteur du subopercule en avant est à peu près le tiers de celle de l'opercule, et sa forme ressemble à un demi- croissant, dont la pointe remonte jusqu'au tiers CHAP. I. MUGES. 25 supérieur du bord de l'opercule. Les ouïes sont assez bien ouvertes ; mais les subopercules et les in- teropercules se rapprochent tellement de ceux de l'autre côté sous la gorge, qu'ils enveloppent et ca- chent la membrane branchiostège , et qu'il faut pres- que la disséquer pour voir qu'elle est soutenue par six rayons courbés en arc, comprimés et serrés l'un auprès de l'autre ; le cinquième et le sixième surtout sont unis et si intimement, que plusieurs observa- teurs ne les ont pris que pour un , et n'en ont compté à certains muges que cinq , bien que tous en aient six. Toute cette membrane et la peau du dessous de la gorge sont sans écailles. La pectorale est attachée au-dessus du milieu de la hauteur; sa longueur est six fois et demie dans la longueur totale; sa largeur à sa base est du tiers de sa longueur; mais ses rayons ne peuvent s'écarter beaucoup, de sorte qu'elle ne présente pas une grande surface. Elle est coupée obliquement en pointe; elle a dix-sept rayons, dont le premier est court et pres- que couché sur la base du second , qui est , comme lui , simple, mais articulé; les autres sont ramifiés : les deuxième, troisième et quatrième sont les plus longs. Une écaille longue, triangulaire, un peu carénée, est attachée au-dessus de la base de la pectorale, et s'étend jusqu'au tiers de sa longueur : elle est aussi du nombre des caractères de l'espèce. Les ventrales sont presque au tiers antérieur du corps : elles sortent sous le tiers postérieur de la longueur des pectorales, et à peu près vis-à-vis le milieu de la distance entre l'insertion des pectorales 26 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. et le commencement de la dorsale; elles sont «aussi grandes que les pectorales, arrondies et attachées au ventre par plus de moitié de leur bord interne. Elles ont une épine assez forte, et cinq autres rami- fiées, dont les deux premières dépassent le rayon épi- neux d'un tiers ; les autres se raccourcissent peu. Près de leur attache et en dehors se voit une suite de trois écailles longues et étroites, formant un appendice triangulaire, dont l'extrémité atteint au milieu la lon- gueur de la ventrale. Les écailles sont attachées au corps dans toute la longueur de leur bord interne, et forment un léger sillon, où se loge le bord externe de la ventrale dans le moment du repos. Entre ces deux nageoires est une autre pièce trian- gulaire, recouverte d'écaillés semblables à celles du corps en avant, mais d'écaillés pointues en arrière : ces dernières ont leurs pointes libres. La première dorsale naît à la moitié de la distance mesurée du bout du museau au commencement de la caudale; sa hauteur fait plus de moitié de celle du poisson; elle est un peu moins longue qu'elle n'est haute; on lui compte quatre rayons, dont les trois premiers sont forts, et plus longs du double que le quatrième, qui est très-grêle. Il est aussi plus éloigné des trois premiers que ceux-ci ne le sont entre eux. De chaque côté de sa base est un appendice écailleux, triangulaire, couché sur le dos, qui atteint jusqu'au quatrième rayon. La seconde dorsale naît aux deux tiers environ de la distance entre le bout du museau et le commencement de la caudale. Elle est aussi haute que la première; sa longueur fait les deux tiers de sa CHAP. I. MUGES. 27 hauteur. Elle a un rayon épineux du quart au plus de la hauteur de celui qui le suit, et elle a huit rayons mous, tous ramifiés. Son bord supérieur est échancré en arc. Le dernier rayon se relève et n'a cependant que moitié de la hauteur du premier : il est profon- dément fourchu; il n'y a point d'appendice sur les côtés de sa base. Précisément vis-à-vis de la deuxième dorsale se voit l'anale, qui est un peu plus étendue, mais aussi haute. On lui compte trois rayons épineux, dont le premier très-court et presque caché, et huit ramifiés et ar- ticulés, dont le dernier très-fourchu. Elle est un peu en croissant, comme la dorsale qui lui répond. La caudale est fourchue, mais peu profondément, jusqu'au tiers seulement de sa longueur. Elle a quinze rayons, et trois à quatre plus petits en dessus et en dessous. Sa longueur est du cinquième de la lon- gueur totale. Les nombres de ses rayons sont donc comme il suit : B. 6; D. 4 — 1/8; A. 3/8; C. 14; P. 17; V. 1/5. Je compte quarante et quelques écailles dans la longueur, et quatorze ou quinze dans la hauteur. Ces écailles sont grandes, aussi longues que larges, ar- rondies par leur bord libre, et coupées carrément à leur bord radical , qui n'a qu'une légère échancrure dans son milieu, et point de crénelures. Leur partie recouverte est striée, au milieu seulement, de sept ou huit lignes irrégulièrement longitudinales, et non pas en éventail , et la partie visible de leur surface est lisse : vues à la loupe, elles montrent des stries concen- 28 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. triques d'une finesse excessive , et leur bord aminci et libre est très -finement pointillé: un petit trait relevé en occupe le centre. Chacune d'elles a dans son milieu une petite élevure longitudinale. Je n'ai pas pu voir de ligne latérale, et je ne vois pas qu'elle soit tracée sur les figures de l'iconogra- phie de la Faune d'Italie, ni qu'il en soit fait mention dans le texte. Ce poisson est gris plombé sur le dos; cette teinte s'éclaircit sur les flancs. Le ventre et toutes les par- ties inférieures sont d'un blanc argenté mat. Les oper- cules et les côtés de la tête ont de beaux reflets dorés et argentés. Le long des flancs il y a six ou sept lignes lon- gitudinales et parallèles, grises , à reflets un peu dorés, formées par une teinte plus brune sous le milieu de chaque écaille. En y regardant de près, on voit sur les écailles des flancs de petits points gris ou bruns. Les nageoires dorsales et la caudale sont gris foncé. L'anale est plus pâle , a une teinte noirâtre en tra- vers sur sa base, et vers son bord terminal il y a aussi une bande un peu tirant au noirâtre : les ven- trales sont blanches. L'iris de l'œil est gris, à reflets dorés; la pupille, d'un bleu noirâtre, est entourée d'un cercle d'or; la peau adipeuse qui recouvre l'œil est d'une belle cou- leur jaune d'ambre. L'anatomie des muges, et particulièrement celle du ccphale, est très-remarquable, surtout en ce qui concerne les organes de la digestion et les parties de lostéologie qui s'y rapportent. CHAP. I. MUGES. 29 On a vu que l'ouverture de la bouche est en forme de chevron, et que du milieu de la mâchoire infé- rieure s'élève un tubercule osseux qui répond à une échancrure de la supérieure. Cette disposition se continue dans la bouche et jusque dans le pharynx. Une élevure charnue règne depuis ce tubercule jusqu'à la langue elle-même, qui est large, obtuse, presque entièrement fixée, et carénée en dessus comme un toit. La chaîne d'osselets qui règne entre les ar- ceaux des branchies est aussi élevée en carène. Les arceaux n'ont pour toute dentelure que des doubles rangées de soies raides très-serrées, couchées en travers sur leur côté concave, et qui en garnissent si bien les intervalles, que l'eau seule peut filtrer au travers. Le corps du sternum se prolonge fort en arrière et est comprimé, élargi à son bord inférieur, qui est creusé en dessous d'une espèce de canal. A ses côtés sont les deux pharyngiens inférieurs très-grands, très- minces, courbés en forme de demi-cuiller, dont la concavité est tournée vers le haut, et séparés par une crête longitudinale de la membrane du pharynx, crête qui est une continuation de celle que forment les os impairs des branchies. Cette face concave des pharyngiens inférieurs est garnie de soies serrées et couchées en travers comme celles des arceaux qui les précèdent. Mais ce qu'il y a de plus curieux, ce sont les pièces supérieures des arceaux et les pharyngiens supérieurs. Ces os ont des formes très-compliquées et constituent dans le squelette une espèce de cage 50 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. qui est garnie en dessous par la membrane du pharynx ; elle répond à la face supérieure de ce passage par deux grandes surfaces convexes qui sont reçues dans les deux concavités, formées par les pharyngiens infé- rieurs. Le bord postérieur des pharyngiens supérieurs et postérieurs est libre, et forme à chacune de ces surfaces convexes une arête dirigée en arrière ou une espèce de valvule qui fait marcher les alimens vers l'œsophage. Il résulte de cette structure que le fond de la bouche du muge, en arrière des branchies, ne se termine pas, comme à l'ordinaire, par un orifice rond, plus ou moins dilatable, mais par une fente horizontale dont la courbure représente deux arcs de cercle à convexité dirigée vers le bas, et réunis par leurs extrémités internes en un angle saillant vers le haut. C'est presque une répétition de l'angle que forme l'ouverture des mâchoires. La veloutée qui tapisse la surface convexe de ces pharyngiens supé- rieurs, est molle et finement papilleuse. C'est pour loger tout cet appareil que les opercules des muges sont si fortement bombés, de manière à laisser un espace assez large entre eux et la crête inférieure formée par le basilaire. Les muscles de ces arceaux et des pharyngiens qu'ils supportent , sont les mêmes que dans les autres poissons, mais prononcés plus distinctement. A la suite de ce pharynx vient l'œsophage, d'abord lisse intérieurement, puis hérissé, vers le cardia, de longs filamens mous, qui eux-mêmes sont villeux, et entre lesquels s'arrête une grande quantité de mucus. CHAP. T. MUGES. 54 Il est assez long et donne dans un estomac très-petit, dont la première partie se continue suivant la direc- tion de l'œsophage, et se termine en un petit cul-de- sac pointu, comme il est ordinaire dans les poissons. Ses parois sont de la même épaisseur que celles de l'œsophage. Près du cardia et en dessous naît la deuxième branche, qui prend une épaisseur telle qu'on peut la regarder pour un véritable gésier, ana- logue à celui d'un oiseau. Elle varie de forme dans chaque espèce. Dans le céphale que nous décrivons elle est arrondie, mais en même temps comprimée, de sorte que sur le milieu de sa sphère il y a tout autour une arête assez tranchante. L'intérieur de ce viscère, dont il y a si peu d'exemples dans la classe des poissons, est tapissé d'une veloutée très- minçe. Sa cavité est très-petite, et elle est plissée par de grosses rides longitudinales. Sur le milieu de sa face inférieure s'ouvre le pylore, qui n'a que deux appendices cœcales. Sa valvule est composée d'un grand nombre de cirrhes dirigés vers l'intestin, et entre lesquels s'ouvre le canal de la bile. L'intestin est étroit , mais d'une longueur consi- dérable : il fait vingt replis avant de se rendre à l'anus. Un de ces replis passe sous l'estomac, de sorte qu'à l'ouverture de l'abdomen on ne voit que l'intestin et un peu du foie. Les parois du canal intestinal sont très-minces, et sa veloutée est garnie de petites pa- pilles courtes et fines comme des cheveux. Dans le rectum elles sont disposées en quinconce avec une régularité admirable. Ce rectum est marqué par une valvule épaisse, fortement ciliée, dirigée vers l'anus, 32 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. et qui se rencontre au dix-huitième repli. Tous les replis du mésentère sont garnis de lobes sans nom- bre, d'une graisse jaune et fluide. Le foie est petit, placé en travers sous l'estomac, et un peu obliquement de haut en bas et d'arrière en avant, attendu que le diaphragme sur lequel le foie s'appuie, n'est pas tendu verticalement. La vési- cule du fiel est médiocre, oblongue, et se termine en pointe. Le canal cholédoque est très-court; il se porte droit vers le duodénum, dans lequel il s'ouvre en arrière des deux appendices cœcales. La rate est assez grosse et tout-à-fait cachée entre les nombreux replis de l'intestin. Dans l'individu que nous avons disséqué, les ovaires étaient petits et n'occupaient que peu d'espace vers l'arrière de l'abdomen; mais avec l'âge et dans la saison ils prennent la forme de deux gros boudins , qui rem- plissent presque toute la longueur de l'abdomen et qui contiennent une innombrable quantité d'œufs. La vessie natatoire est grande, oblongue, et très-mince. Le cœur du céphale et des autres muges est, comme à l'ordinaire, en forme de tétraèdre; mais ses angles solides et ses arêtes sont très-arrondis; il a en arrière une oreillette en forme de rein. Un diaphragme épais sépare la cavité du péricarde de celle de l'abdomen. Le péritoine est entièrement noir. Le cerveau a de très-grands lobes antérieurs (ou ol- factifs), divisés chacun en deux par un étranglement transversal. La partie antérieure est petite et ovale; la postérieure est grande, convexe, triangulaire et creu- sée en arrière d'un sillon oblique. Les lobes creux ne CHAP. I. MUGES. 33 sont pas beaucoup plus développés, ils contiennent dans leur intérieur quatre tubercules : les antérieurs minces et alongés, les postérieurs plus gros et globu- leux. Le cervelet est grand , recourbé sur lui-même en arrière. Les lobes du quatrième ventricule sont peu apparens, les nerfs olfactifs sont gros, divisés en deux troncs presque égaux. Les optiques sont aussi assez gros et fort plissés. Une substance grise et graisseuse, plus solide dans le muge que dans les autres pois- sons, remplit le vide du crâne entre les os et le parenchyme médullaire du cerveau. La tête osseuse du céphale et des muges en gé- néral, offre un crâne assez différent de la plupart de ceux des acanthoptérygiens, par sa dépression, par sa largeur et par sa surface lisse. L'ethmoïde et le vomer sont larges et courts : le vomer est plus avancé et a plus d'étendue que l'eth- moïde. Échancré en avant par un arc ouvert et très- concave, grossi de chaque côté par un tubercule, il se termine en pointe aiguë en arrière. Les grands fron- taux s'élargissent sur les orbites, et les frontaux anté- rieurs et postérieurs portent encore leurs pointes plus en dehors. Les pariétaux sont petits, très-séparés par l'interpariétal , qui est aussi placé entre les occipitaux latéraux sur toute leur longueur. La face occipitale du crâne est presque horizon- tale et seulement enfoncée derrière le vertex. C'est dans l'enfoncement que règne la crête mitoyenne, laquelle ne s'élève pas au-dessus du niveau du crâne. Les crêtes intermédiaires se réduisent à des pointes déprimées des occipitaux supérieurs. Les crêtes ex- 11. 3 34 LIVRE Xin. MUGILOÏDES. térieures sont tout-à-faii latérales et sont les prolon- gemens en apophyses fort aiguës du mastoïdien. Entre ces deux pointes en est une troisième, fournie par l'occipital externe. Le surscapulaire s'attache à toutes les trois par autant de branches. La région interorbitaire est fort plate; l'espace an- técérébral est large; en dessous les ailes orbitaires se recourbent pour agrandir encore cet espace et lui fournir une sorte de rebord saillant. Les parties latérales inférieures du crâne ont une concavité longitudinale, qui occupe surtout l'occi- pital latéral en dessous et un peu de la grande aile, et qui sert, conjointement avec la courbure de l'oper- cule, à loger en partie le grand appareil pharyngien. Les tendons qui attachent les muscles de l'épine aux occipitaux latéraux, s'ossifient avec l'âge, ce qui produit deux longues apophyses plates et élargies en arrière. Les naseaux sont très-grands et carrés. Rien n'est plus curieux et en même temps plus difficile à décrire que l'appareil composé par les pleuréaux et les pharyngiens. Chacun des quatre pleuréaux supérieurs a une forme particulière : grêles du côté par où ils s'articulent avec les pleu- réaux inférieurs, ils s'élargissent et se contournent à leur extrémité opposée, de manière à y former des disques en général d'une figure plus ou moins rhomboïdale, fortement entamée à son bord posté- rieur par une large échancrure ronde. Ces disques se recourbent vers le bas, et portent, suspendus à leur bord réfléchi, les trois pharyngiens. L'antérieur CHAP. I. MUGES. 35 est simple et à peu près rhomboïdal, le second a une tige longitudinale qui adhère aux pleuréaux, et deux branches descendantes qui s'unissent en anneau. Le troisième a un pédicule, qui s'attache à cet anneau et se dilate dans le bas pour former la plus grande partie de la surface convexe, qui, au plafond du pha- rynx, répond à la concavité du pharyngien inférieur ou du cricéal. Le surscapulaîre a trois branches : une pour l'oc- cipital latéral, une pour l'externe, une pour le mas- toïdien ; le scapulaire est fort petit et collé au bord antérieur du grand os humerai, qui se trouve ainsi élevé et attaché au surscapulaire, et contribue par celte disposition à relever la nageoire pectorale. Le cubital s'alonge et s'élargit en proportion , ce qui donne de l'étendue à la surface sur laquelle s'attachent les muscles de la pectorale, et doit les rendre très-puissans. Des quatre osselets du carpe, l'inférieur est seul un peu plus grand que les autres. Le stylet coraco-claviculaire est fort et s'alonge jus- qu'au quart postérieur de l'os du bassin, au bord externe duquel il s'insère par un ligament, plutôt qu'à la côte même ; les trois côtes suivantes ont un élargissement mince au bord antérieur de leur base, et un appendice attaché sur leur base même : les der- nières deviennent plus grêles. Les inlerépineux de la première dorsale répondent aux sixième, septième, huitième et neuvième vertèbres dorsales; ceux de la seconde, aux quatorzième, quin- zième, seizième et dix-septième, et il y a ici deux et trois interépineux par vertèbre. La même chose a lieu 36 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. pour l'anale , qui s'attache sous les quatre premières vertèbres de la queue. Les trois dernières concourent à porter la caudale; et la dernière de toutes, celle qui est élargie en un triangle vertical, a de chaque côté un crochet transversal. Le bassin lui-même, qui n'est pas très-rejeté en arrière, alonge sa pointe antérieure jusqu'assez près de la symphyse des os numéraux, et s'y attache par un ligament très-fort, en sorte que ce genre tient de près aux subbrachiens. 1 L'épine du céphale a vingt-quatre vertèbres: douze abdominales et douze caudales, toutes plus longues que larges et rétrécies dans leur milieu. Les pre- mières abdominales ont des apophyses transverses, larges et horizontales; ces apophyses s'inclinent en- suite, et la onzième et la douzième s'unissent en anneau. Il y a douze paires de côtes : la première est simple et répond à l'appendice du stylet coraco- claviculaire. Tel est le muge céphale. Nous allons main- tenant parler des autres de la Méditerranée , dans l'ordre de leur ressemblance avec lui. Le Muge capiton, ou du Ramado. (Mugil capito > nob.) Nous commencerons par l'espèce qui paraît devenir la plus grande après le céphale; si même elle ne l'égale ou ne le surpasse pas quel- quefois : nous en avons de plus de deux pieds. 1. Cuvicr et Valcnciennes, Hist. nat. des poissons, 1. 1, p. 077. CI1AP. I. MUGES. 57 Elle nous a été envoyée de plusieurs en- droits de la Méditerranée, notamment de Mar- seille par feu M. Delalande; mais nous verrons dans la suite que c est l'espèce la plus commune dans l'Océan. C'est, à ce qu'il nous paraît, celle qui, au rapport de M. Risso, est connue des pêcheurs de Nice sous le nom de ramado , et que ce naturaliste distingue par une tache noire à la base de sa pectorale l , caractère qui n'est pas suffisant. Nous avons lieu de croire aussi que c'est l'espèce qui a été particulière- ment décrite par Willughby. Comme nous voyons ce muge s'avancer vers le Nord jusque sur les côtes de Norwége, il ne nous paraît pas impossible que ce soit sur un individu de cette espèce qu'Artedi et Linné aient fait leur description du mugil cephalus. Mais quand cela serait vrai, ce qui n'est pas facile à vérifier et à affirmer, il n'en restera pas moins constant que ce mugil cephalus ne serait pas celui de Rondelet, ni le cefalo commune riverain de la Méditerranée , qui est la seule espèce méritant d'être nommée le vrai céphale. Nous pouvons appeler ce ramado mugil ca- pito, parce que Gaza et d'autres ont employé 1. Risso, i. re édition, p. 344- H le regardait alors comme une variété. Depuis, et après avoir vu notre travail, il en a fait une espèce, 3. e édit. , p. 3 Risso.) Le muge doré, tel que M. Savigny l'a reçu de M. Risso lui-même, a la tête moins large d'un quart que le céphale, ce qui produit un effet très-sensible à la vue; elle est aussi plus courle et, comme celle du capiton, com- prise cinq fois dans la longueur totale. Ses dents sont aussi marquées qu'au céphale, et par conséquent beaucoup plus qu'au capiton. Les orifices de sa narine sont rapprochés comme dans ce dernier, et l'espace qui est entre eux ne fait pas moitié de celui qui est entre l'ouveriure postérieure et l'œil; le maxillaire ne se recourbé pas, et dans l'état de repos il se cache sOus le sous-orbitaire comme dans le céphale; mais le sous-orbitaire est tronqué obliquement, et relevé d'une arête comme celui du capiton. Il a le bord an- térieur droit et sans échancrure. La ligne du profil est aussi droite. La peau des bords de l'orbite est un peu épaisse et a de même une ouverture ronde qui LIVRE XIII. MUGIL01DES. ne couvre point le globe de l'œil. Ses pectorales som plus pointues et un peu plus longues que dans la plupart des autres espèces, et ne sont contenues que six fois dans la longueur totale. Il n'y a point d'écaillé au-dessus de leur aisselle ni de tache noire à leur base. L'échancrure de sa caudale est plus profonde et ses lobes sont plus pointus. Les écailles de la base de la première dorsale sont plus longues et dépassent de près de moitié le qua- trième rayon. Celles du corps sont plus longues que larges et ont dix ou douze lignes parallèles, mais point de crénelures sensibles. A l'intérieur de sa bouche on observe que sa langue est ployée en toit, échancrée de chaque côté et sans âpreté, que son vomer n'a ni dents ni en- foncement, et que son palais est garni de granula- tions papilleuses. D. 4 — 1/8; A. 3/9; C. 14; P. 17; V. 1/5. Le fond de sa couleur est plus doré, et ses lignes ont une teinte plutôt fauve que bleuâtre. M. Risso ajoute qu'il a sur l'opercule une tache ovale d'un jaune doré, qui l'a fait nommer mugon daurin par les pêcheurs de Nice. Selon le même ob- servateur il pèse jusqu'à trois livres, et sa chair est tendre et savoureuse. Son anatomie offre encore quelques parti- cularités remarquables et distinctives. Le mugil doré a le foie petit, et la vésicule du fiel assez grosse. Son œsophage est long et plissé en dedans par CHAP. I. MUGES. 45 d'assez grosses rides ; c'est sur leurs arêtes que sont disposées les villosités de la membrane interne, de sorte qu'elles font des lignes longitudinales. L'estomac est étroit, fort alongé, avec d'assez gros plis longitudinaux à l'intérieur; sa branche charnue est moins en forme de toupie que celle du capiton , elle est même fusiforme, étant alongée et seulement un peu renflée vers le milieu. Il y a huit cœcums au pylore, qui sont disposés de manière à recouvrir tout l'extérieur de cette branche charnue : ils sont tous égaux entre eux. L'intestin est très-long; il fait encore un plus grand nombre de replis que celui du céphale. La vessie natatoire res- semble à celle du capiton; mais le lobe du milieu est simple, entier, et se termine en pointe comme les deux latéraux. Nous trouvons les mêmes observations dans l'Iconographie de la Faune italienne,'quant au goût délicat de la chair et quant aux couleurs de l'opercule; aussi nomme-t-on cette espèce à Rome , cefalo dalla garza d'oro (garza signifie opercule dans le langage des pêcheurs); quand ses teintes sont plus lavées, elle prend le nom de cefalo chiaro, et quand les raies sont plus brunes, celui de cefalo rigato, nom qui s'appli- que cependant à d'autres espèces. En Toscane, on la connaît sous la dénomination de mug- gine ori-frangio, dans les Marches sous celle ACi LIVRE XIH. MUGILOÏDES. de baàigia d'oro, et à Gênes sous celle de musano tValï oro. 1 En résumé, ce muge doré a presque tous les caractères de forme du capiton, si ce n'est que ses dents sont plus fortes, que son maxil- laire est moins recourbé et entièrement ca- ché quand la bouche est fermée, et que ses pectorales sont plus longues, plus pointues et sans taches noires. C'est très-probablement le myxo de Ron- delet (p. 265), qui, dit-il, est semblable au cestreus, mais qui a la tête moins aigùe. Cet au- teur assure que sa chair est plus glutineuse et sa peau plus enduite de mucus que celles des autres espèces; si ces propriétés étaient cons- tantes , ce pourrait être le myxo d'Aristote, qui semble avoir tiré son nom de sa mucosité, et dont il est dit même qu'il ne se nourrit que du mucus qui l'enveloppe 2 ; mais on lit, dans un autre passage , que ce myxo est un des moins bons parmi les muges, ce qui s'accorderait mal avec le témoignage du prince Musignagno et de M. Risso. 1. Nous ne rapportons à notre muge doré que la figure n.° 2 de la planche de l'Iconographie de la Faune italienne ; nous croyons que le n.° 3 , donné comme une variété du mugil auratus , appartient à l'espèce suivante, à cause de l'echancrure de son sous-orhitairc. — 2. Ath., 1. VII, p. 3o6. CHAr. I. MUGES. A7 Ce qui est certain , c'est que nous avons trouvé dans celui-ci la bouche pleine de mucus. Le Muge sauteur. (Mugil saliens > Risso.) Le muge sauteur, comparé au muge cé- phale, offre les mêmes caractères distinctifs que le capiton et le doré, en ce qui concerne les orifices de la narine et les appendices des nageoires; mais il diffère de tous les trois, parce que son sous-orbitaire a sur le bord an- térieur une échancrure bien marquée, dans laquelle est reçu l'angle du maxillaire plié en chevron , et qui laisse voir, même dans l'état de repos, le bout de cet os derrière la commissure. L'extrémité en est tronquée et non pas oblique comme dans le doré. Sa langue est petite, arrondie, peu relevée en toit; une âpreté fine en garnit le bout et le pourtour : il y en a aussi au vomer, et le palais est garni de papilles. La tête est encore un peu plus étroite et plus courte que celle du muge doré. La ligne supérieure de son profil est un peu plus convexe, mais ses pectorales sont à peu près aussi longues et aussi pointues, et les lobes de la caudale le sont tout autant. Les écailles, plus longues que larges, ont à leur éventail de douze à quatorze lignes , faisant à leur bord radical autant de petites crénelures. C'est l'espèce la plus grêle. Sa hauteur est six fois dans sa longueur, et sa tête y est cinq fois et demie. D. 4 — 1/8; A. 3/9 ; G. 14; P. 17; V. 1/5. ^8 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. M. Risso dit, que dans le frais les lignes des flancs sont azurées, et qu'il y a des taches oblongues dorées sur les opercules. Cette disposition dans les cou- leurs est constante , car elles sont reproduites exac- tement de même par l'auteur de la Faune italienne. Nous trouvons également dans les caractères anatomicrues de ce poisson la confirmation de cette espèce , car plusieurs différences sont fort sensibles. L'estomac est encore plus petit que celui du cé- phale : ce n'est presque qu'un très-médiocre appen- dice de la branche charnue, qui est beaucoup plus alongée que celle des espèces précédentes. Elle est aussi plus régulièrement cylindrique, car elle est à peine renflée dans le milieu. Il y a huit cœcums au pylore , mais ils sont ici disposés en deux groupes; cinq sont contournés sur la branche charnue, et presque cachés sous le bord du lobe gauche du foie : ils sont assez petits. Il y en a trois autres fort gros, du double plus longs que les précédens , et disposés longitudinalement vers l'arrière de l'abdomen. Le canal intestinal est beaucoup plus court que celui des autres espèces. Il ne fait que quatre replis presque égaux entre eux. La vessie aérienne a la même forme que celle du muge doré, mais elle est plus petite. Les pécheurs de Nice lui donnent le nom de flûte ou de mougou flavetoun$ il reste toujours dans de petites dimensions, et ne CHAP. I. MUGES. 49 pèse guère plus d'une demi-livre ou de trois quarterons. M. Risso l'a nommé muge sauteur, appa- remment parce qu'il montre encore plus de prestesse et de vélocité que les autres muges, à sauter hors des fdets où l'on veut l'enfermer ; car d'ailleurs c'est une habitude commune à toutes les espèces du genre. M. le prince de Musignano nous, apprend que le muge sauteur se pèche sur toutes les côtes de l'Italie, mais, ce qui est remarquable, seulement pendant le mois d'Octobre ; sa chair est un peu meilleure que celle du capiton. Il reste dans des dimensions assez petites, car sa longueur ordinaire n'est que de cinq à six pouces, et rarement il en atteint neuf. En Toscane on le nomme jilzet ta, à Rome cefalo musino , et à Venise verzeïlata. Nous soupçonnons que c'est ici le cestreus de Rondelet, que cet auteur décrit comme entièrement semblable au céphale , si ce n'est que sa tête est plus petite et plus aiguë, et que ses lignes latérales sont plus courtes. Sa forme mince pourrait faire croire que c'est le cestreus spheneus, nommé ainsi par Euthjdeine, dans Athénée *, à cause de cette 1. Ath., 1. VII, p. 507. 11. 4 50 LIVRE XIII. MUGILOIDES. forme. Son nom de flûte et de sauteur, qui se rapporte probablement à sa qualité de bon na- geur, rappelle aussi celui de TrA^Tg?, qui était donné aux muges en Sicile, selon Polémon. 1 Les quatre muges dont nous venons de parler, ont la lèvre supérieure assez mince. Il en est d'autres qui s'en distinguent par l'ex- trême épaisseur de cette lèvre, et en général parce que toutes les deux sont charnues, et que les dents en pénètrent toute l'épaisseur, comme de longues fibres soyeuses , qui en for- ment presque toute la solidité; caractère qui n'était que légèrement ébauché dans les es- pèces précédentes. Le Muge a grosses lèvres. (Mugil chelo, nob.) Tel est le muge dont Laroche a représenté la tête sous le nom de lisa% qu'il porte à Iviça; c'est le buosega des Vénitiens 3 ; c'est aussi, à ce qu'il nous paraît, celui que M. Risso avait d'abord appelé M. provencaUs* et mugon ca- rido, et qu'il a ensuite nommé, d'après nous, muge à grosses lèvres, ou labru 5 . M. le prince 1. Ath., 1. VII, p. 507. — 2. Annales du Musée, t. XIII y pi. 21, fig. 7. — 3. Del Nardo , Prodrome, Isis, XX, p. 487. — 4. Première edit., p. 54G. — 5. Deuxième édit., p. 58g. CHAP. I. MUGES. 51 de Musignagno le fait connaître aussi comme le cefalo pietra ou cefalo dipietra des Romains, le sciorina des Florentins , et le ciautta des habitans 4es bords de laLigurie.Nous croyons devoir lui appliquer le nom de clièlon, qui se trouve dans les anciens, et qui indique proba- blement l'épaisseur des lèvres de l'espèce qui le portait 1 . Hicésius, dans Athénée 9 , rapporte que ces chélons se nommaient aussi bacchi , et passaient pour le moins bon des muges. Nous en trouvons une fort bonne figure, sous le nom de mugle, dans ce Recueil de gra- vures espagnoles de poissons que nous avons déjà cité plusieurs fois. La tète y est repré- sentée à part, vue par les deux faces supé- rieure et inférieure, et de grandeur naturelle, et on peut juger par ce dessin que sur ces côtes ce poisson surpasse au moins deux pieds ; mais on lui donne cinq rayons à la première dor- sale. Ce muge à grosses lèvres a, par rapport au cé- pliale, les mêmes différences que le doré, excepté que les appendices de sa première dorsale ne dépas- sent pas le quatrième rayon. Son crâne est plus large ; son sous-orbitaire n'est pas échancré comme dans le sauteur, mais coupé obliquement, et néan- 1. %éiXtiv ou%t\av, de %uXoç (lèvre). — 2. L.VII, p. 3o6. 52 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. moins il paraît un bout du maxillaire au-dessous de la commissure ; cet os est un peu tordu et coupé comme une S. Son crâne a en avant un arc rentrant. Sa lèvre supérieure est plus épaisse, plus charnue, plus verticale que dans tous le§ précédens, en sorte que son museau est plus court et paraît comme tronqué. Elle a des dents d'une extrême finesse. Ses écailles, plus larges que longues, ont huit ou neuf lignes plus écartées et qui, quoique paral- lèles, remplissent bien le triangle de l'éventail. Il a aussi le corps plus haut et plus comprimé que les autres. Sa hauteur sous la première dorsale n'est comprise que quatre fois et demie dans sa longueur: celle des espèces précédentes y est cinq fois, et même celle du sauteur y est six fois ou davantage. Les nombres des rayons sont les suivans : D. 4 — 1/8 ; A. 3/9 ; C 14 ; P. 17 ; V. 1/5. Il a la langue très-peu libre, pliée de manière à for- mer une arête très-aiguë, en sorte qu'elle paraît tout- a-fait trièdre ; elle répond à un enfoncement longi- tudinal du palais , particulier à celte espèce. Son extrémité libre est obtuse : il y a une très-petite plaque d'aspérités sur le bout antérieur de l'arête, et chaque bord en a quelques autres; le vomer est droit et sans âpreté. Dans le fond de la bouche, sur les palatins, il y a deux plaques très-étroites, alongées, couvertes d'â- pretés fines. Le palais a en avant, près du vomer, des papilles assez fortes. Il me paraît aussi que les couleurs sont plus brii- CHAP. I. MUGES. 53 lames; il a le dos d'un beau bleu d'acier, et ses lignes, d'un brun doré, courent sur un fond d'argent. Selon M. Risso, ses pectorales sont jaunâtres, et ses ven- trales rougeâtres. Nous avons fait sur cette espèce les observa- tions anatomiques suivantes: Le foie n'est qu'un lobe très -peu épais: c'est une simple lame qui recouvre l'estomac. Celui-ci est en cul-de-sac à parois minces, et sa branche montante n'a elle-même que très-peu d'épaisseur, en sorte que sa capacité est presque aussi grande que celle de l'estomac. Ses parois, comparées à ce que nous avons vu jusqu'ici, sont peu charnues. La cavité est d'une forme irrégulière, étant un peu aplatie du côté du pylore, tandis qu'elle a l'air d'être la continuation de l'estomac du côté de ce viscère. Il y a sept appendices cœcales : elles sont courtes, assez grosses , à peu près égales entre elles. L'intestin est le plus long de ceux que nous avons vus chez les différens muges; il se contourne aussi un bien plus grand nombre de fois. La vessie natatoire se termine antérieurement par quatre cornes; elle est d'ailleurs argentée et enve- loppée d'un péritoine très-noir, connue dans tous les autres muges. Dans son squelette le crâne est bombé un peu en dos d'âne. Les os propres du nez sont très -écartés l'un de l'autre, pour faire place à la grosse lèvre. Les fosses temporales y sont plus étendues que dans le céphale et dans le capiton; les opercules ne sont 54 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. pas recourbés du haut, ni échancrés vers leur arti- culation : il n'y a point, comme dans ceux du capiton, de branche temporale à son surscapulaire. Une struc- ture remarquable est celle des lèvres; la plus grande partie de l'os intermaxillaire et le bord de celui de la mâchoire inférieure s'y divisent en une infinité de filets osseux et serrés, qui émanent du corps même de l'os et soutiennent la chair des lèvres. Leurs ex- trémités se subdivisent encore en filets plus menus , et il n'y a pas d'autres dents que ces derniers filets, qui se laissent un peu sentir au travers de la peau. Il nous paraît que c'est ici le chelo de Ron- delet, qui en a même donné une description très-bonne pour son temps. « Piscis est, ceplialo similis, dit-il, capite paulo minore, oculis prominentioribus , sine pellicula Ma molli, veluti pituita concreta, (juam veluti palpebram liabet capito (M. ce- phalus, nob.) — labra crassa, spissa promi- nentia. * Mais sa figure n'est pas si exacte que sa description, et donne au poisson une pre- mière dorsale trop grande et à rayons beau- coup trop nombreux. Il ajoute qu'à Montpellier on appelle ce poisson chaluc, et que quelques-uns le nom- ment vergadelle, à cause des lignes ou verges noirâtres qui régnent depuis ses branchies jusqu'à sa queue; mais ce nom de vergadelle CIIAP. I. MUGES, 5ÎS ou de vergado (yirgatus) se donne aussi à d'autres poissons rayés, tels que la saupe. Selon M. Eisso , cette espèce du chélon par- vient à un poids de huit livres , et l'on en voit beaucoup au printemps et en été dans le Var. Nous en trouvons aussi une bonne figure dans l'Iconographie de la Faune italienne. Ce muge, très -commun dans la Méditerranée, est effectivement moins estimé que le céphale, qu'il égale à peu près en grandeur. Le Muge labéon. {Mugil labeo , nob.; Muge sabounier, Risso, 346.) Le deuxième muge à grosses lèvres, que nous appellerons labéon, du mot que Gaza emploie pour traduire celui de %sAa>v, nous paraît être le sabounier de M. Risso. C'est sous ce nom que l'auteur de l'Iconographie de la Faune d'Italie l'a fait représenter; il ne lui connaît pas d'autres noms vulgaires sur les côtes d'Italie, où il est très-rare, se tenant de préférence sur les fonds de sables ; sa chair est peu estimée. Il est le plus facile à distinguer de tous, par sa lèvre supérieure , qu'il a charnue et trois ou quatre fois plus épaisse que celle des premières espèces , en sorte que dans l'état de repos elle fait presque l'effet 5G LIVRE XIII. MUGILOÏDES. de celle des scares. Les bords en sont un peu frangés ou crénelés par des stries très-fines qui s'y impri- ment, ou plutôt par des papilles très-menues de la peau; mais je ne puis y découvrir aucunes dents, non plus qu'à la lèvre supérieure. Cette organisation rend le museau obtus, et encore plus tronqué qu'au muge chélon. Le sous-orbitaire est fortement échan- cré, mais pour recevoir la commissure des lèvres et non pour le maxillaire; celui-ci paraît cependant, mais au-dessous de la commissure, parce qu'il est plus long et que son extrémité descend plus bas que dans l'espèce précédente. Sa torsion et sa courbure sont encore plus fortes que dans le chélon. Le vomer n'a point d'enfoncement. La langue est plate, toute couverte d'âpreté; les plaques palatines sont petites, ovales et garnies d'âpretés assez fortes. Les écailles sont à peu près égales à celles du chélon. C'est ce muge qui de tous ceux de la Méditerranée a la tête plus courte : elle est cinq fois et demie dans la longueur totale; mais sa largeur, proportionnel- lement à sa longueur, est aussi grande que dans le cé- phale; son corps est encore plus haut que celui du chélon, car sa hauteur n'est que quatre fois dans sa longueur. Il n'y a point d'écaillé axillaire au-dessus des pectorales; ces nageoires sont longues et du cin- quième environ de la longueur totale. L'appendice de sa première dorsale est en partie caché par des écailles et ne dépasse pas le quatrième rayon. Cette première dorsale elle-même est plus basse que dans tous les précédens : à grandeur égale ceux-ci ont toujours les premiers rayons d'un tiers plus élevés. CHAP. I. MUGES. 57 Il y a onze rayons mous à son anale, ce qu'on ne voit dans aucun de ceux décrits jusqu'à présent. Les lobes de sa caudale sont peu aigus. D. 4 _ 1/9; A. 3/11, C. 14; P. 16; V. 1/5. M. Risso dit que son dos est noirâtre, et que six lignes dorées régnent sur les flancs; il fait une men- tion expresse de son museau coupé sur le devant. Le foie de ce labéon est plus gros que dans les autres que nous avons déjà examinés ; le canal intestinal est plus court : il ne fait que sept ou huit replis. L'estomac est en cul-de-sac médiocre ; la branche charnue est petite, arrondie; il y a sept appendices cœcales au pylore. Cette espèce demeure toujours petite, car son poids ne passe pas sept ou huit onces, ce qui peut faire penser que c'était le cestreus dactyleus dEuthydème, qui n'avait que deux doigts d'épaisseur. 1 Voilà donc dans la seule Méditerranée, près des côtes de l'Europe, au moins cinq muges parfaitement distincts du céphale. Si l'on s'en rapportait à Hasselquist, comme l'a fait Schnei- der 2 , il y en aurait en Egypte une espèce très- différente des autres, celle que ce célèbre naturaliste et philologue a nommée niùgil Hasselquistii; mais une lecture attentive de sa 1. Athénée, loc. cit. 2. Sjst. ichlhjol., BJoch, éd. de Sch. ? p. xxxn et 119. 58 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. description fait promptement reconnaître que ce prétendu mugil n'est autre que la sphyrène. 11 suffit, pour s'en convaincre, de ce qui y est dit du bec, de ses sillons, des dents, de la ligne latérale , etc. 1 Ce qui est surprenant, c'est que Linné, édi- teur de Hasselquist, ne se soit pas aperçu de l'erreur de ce voyageur, et que dans les éditions X et XII du Sjstema naturœ, il ait toujours rangé ce poisson dans les synonymes de son M. cephalus. Nous nous étonnons moins de la docilité inerte avec laquelle son exemple a été suivi, car presque aucun des naturalistes récens n'a jugé nécessaire de prendre la peine de vérifier les synonymes de ses prédéces- seurs, et ils se sont bornés à en accumuler le plus qu'ils ont pu , sans choix et sans critique. Une chose plus fâcheuse, c'est que Lin- né, après avoir donné dans sa dixième édi- tion le véritable nombre des rayons de la pre- mière nageoire des muges, qui est de quatre, l'ait changé dans la douzième, et en ait in- diqué cinq, probablement parce que l'auto- rité de Hasselquist, qui les avait comptés sur une sphyrène et non sur un muge, lui parut confirmer celle de Willughby et d'Artedi, et i. Voyez Hasselquist, lier Palest., p. 385. CHAP. I. MUGES. ÏS9 qu'il ait fait même de ce faux nombre le carac- tère spécifique de son mugil cephalus, erreur reproduite par M. Risso lui-même (i. re ëdit. , p. 343) ? qui était plus en état qu'aucun autre de la rectifier l ; c'est ce qui nous force de répéter ici que notre céphale, qui est aussi celui de M. Risso , n'a pas plus que les autres ces cinq rayons. Sonnini fait expressément aussi la re- marque que le muge d'Egypte n'en a que quatre. 9 En effet, il y a de vrais muges dans le Nil, et de plusieurs espèces. MM. Geoffroi et Olivier nous en avaient rapporté une , et il s'en est trouvé quatre dans les riches collections de M. Elirenberg. Parmi ceux-ci est d'abord notre céphale ordinaire, bien caractérisé : on le nomme dans le pays Gherane. Un autre porte le nom d'okr, et nous ne pouvons le distinguer de notre capiton; mais il paraîtrait qu'on leur donne aussi le nom de buri } du moins nous l'avons reçu sous ce nom , dans une collection du Nil faite par M. Bové. Un troisième s'y nomme aussi bouri, et ne nous a pas paru différer de notre mugil saliens. 1. Il s'est corrigé dans sa nouvelle édition. — 2. Voyage dans la haute et basse Egypte, I, p. 297. 60 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Le Muge Dubahra. {Mugil Dubahra, nob.) Un quatrième que M. Ehrenberg dit se nommer clubalwa, nous paraît d'une espèce différente de celles de l'Europe. Son opercule est plus long que haut, ce qui lui donne une tête plus alongée. La distance entre le commencement de sa première dorsale et celui de la seconde est moindre que dans les autres espèces, car dans celles-ci elle égale la distance entre le commen- cement de la seconde nageoire du dos et celui de la caudale, et dans le dubahra elle est d'un quart moin- dre. Du reste il a les caractères de notre capiton ; sa tête est seulement plus étroite, moins bombée en avant, sa face supérieure plus entamée par les orbites, l'orifice postérieur de la narine plus grand, le bord antérieur du sous-orbitaire en arc un peu concave , et son angle coupé carrément. La carène saillante de cet os est aussi plus relevée; la langue, un peu moins en toit, arrondie à son extrémité, a des âpretés plus larges vers le fond. Le vomer est lisse, sans dents, et le palais lisse et sans papilles. D. 4— 1/8; A. 3/9; G. 14; P. 18; V. 1/5. Je ne lui vois aucune tache à la pectorale. Ce dubahra a sept appendices cœcales au pylore: elles sont courtes , égales et placées sous la branche montante, qui est pyriforme. L'intestin est long, assez replié, mais moins que dans le céphale. CHAP. I. MUGES. CA La vessie natatoire est grande et n'a que deux cornes à sa partie antérieure. Son squelette ressemble presque en tout à celui du capiton. Le Muge a lèvres cachées. (Mugil crjptocheilos 3 nob.) Il existe encore une autre espèce de muge dans le Nil, qui y a été prise par M. Lefebvre, et que je nai pas vue parmi les collections de M. Ehrenberg. Son caractère le plus facile à saisir consiste dans l'avance de ses os du nez, qui recouvre alors com- plètement la lèvre supérieure quand la bouche se relire. Cette disposition rend l'extrémité du museau plus large que dans les autres muges, quoique le crâne ne le soit pas beaucoup plus entre les yeux , que celui du dubahra; le maxillaire est mince, peu courbé, et dépasse un peu le sous-orbitaire sous lequel il se trouve aussi caché. Ce sous-orbitaire n'a pas de carène ni d'échancrure; la longueur de la tête est du cinquième de celle du corps; le diamètre de l'œil est à peu près du tiers de la longueur de la tête; l'œil est nu, sans aucun voile adipeux ; les narines sont rapprochées ; je ne puis apercevoir , même avec une forte loupe, aucunes traces de dents; le tuber- cule de la mâchoire inférieure est assez élevé, la langue l'est peu; la pectorale est longue et pointue en faux, son écaille axillaire est courte; l'appendice 62 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. écailleux de la base de la dorsale antérieure est long, car il dépasse le dernier rayon; l'écaillé des ventrales est longue et aiguë; la seconde dorsale et l'anale sont un peu recouvertes de petites écailles; la cau- dale est profondément fourchue; le lobe supérieur un peu plus long que l'inférieur. D. 4 — 1/8; A; 3/9; C. 11; P. 16; V. 1/5. Les écailles sont assez petites, j'en compte près de quarante-cinq entre l'ouïe et la caudale ; le bord radical est dentelé et a cinq rayons à l'éventail. Ce poisson est de couleur plombée ou argentée, avec une dizaine de rangées de petites élevures longitudi- nales, et de teinte un peu plus plombée; les oper- cules sont très-argentés et très-brillans. Le poisson est long de huit pouces j je n'en ai vu qu'un seul individu. Les anciens connaissaient bien ces muges du Nil : Athénée nomme ce genre parmi les poissons de ce fleuve. 1 Strabon dit, d'après A ris lobule , que le muge est, avec le dauphin et l'alose, le seul poisson qui remonte de la mer dans ce fleuve, et qu'il y est protégé contre les crocodiles par les porcs (c'est-à-dire, par les silures des sous- genres schals et synodontes), avec lesquels il se tient et que leurs grosses épines rendent dangereux pour ces cruels reptiles. 1. Athénée, 1. VII, p. 3i2. CHAP. I. MUGES. 63 Ces muges montent au printemps lorsqu'ils sont pleins , et redescendent un peu après le coucher des pléiades, époque à laquelle ils pondent. On en prend alors une grande quan- tité. 1 Sonnini a étiqueté bouri, la figure qu'il donne d'un muge du Nil, mais l'on ne peut y distinguer les caractères de l'espèce 2 ; il dit que ces muges remontent jusqu'au Caire, mais qu'on n'en voit pas de plus de dix pouces. Il y a aussi des muges dans les eaux de la Barbarie. M. Mareschaux, consul de France à Tunis , nous en a envoyé deux qui se pèchent dans le lac de Biserte; l'un des deux est le ca- piton, et l'autre est en tout semblable à notre céphale, si ce n'est qu'il a la tête un peu plus large , et du noir sur la pectorale. On y nomme ces derniers bouria, en sorte que ce nom paraît à peu près générique en arabe. Les capiton y portent le nom de bitoun. Nous voyons ces muges avancer dans l'Ar- chipel, et se porter même jusqu'aux Darda- nelles , d'où M. Virlet nous a procuré le céphale, le doré et le sauteur, que les Turcs 1. Strabon, Géogr. , 1. XVII, édition de Casaub., p. 8i4- 2. Sonnini, Vojage dans la haute et basse Égjpte, II, 296, pi. XXIII, fig. 2. 04 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. paraissent confondre sous le nom de héfal- baloc ( baloc signifie poisson en général ). C'est après avoir ainsi fixé nos idées sur les muges de la Méditerranée, que nous nous sommes occupés de ceux de nos côtes de l'O- céan. Depuis long-temps les pécheurs y avaient aussi remarqué des différences d'espèces. Selon Duhamel, a l'embouchure de la Loire on en distingue deux, le brun, qui n'entre pas dans l'eau douce, et le gris, qui y entre et qu'on nomme aussi sauteur. Ses écailles sont couvertes de mucosité. Le même auteur 1 assure qu'on en distingue en Poitou trois espèces : le mouille blanc (qu'il représente et décrit avec assez de détail); le meuille noir, qui a la tête plus courte et un peu plus grosse, mais dont les écailles du dos sont plus sombres, et le lienne, qui est moins grand, à museau plus pointu, dont les écailles sont blanches et chargées de muco- sité, et qui a une tache jaune sur le milieu des ouïes. Il soupçonne que c'est le sauteur des pêcheurs de la Loire. C'est très-probablement aussi le muge doré 1. Pèches, 2. c pari. , sect. G ? p. i47- CIIAP. I. MUGES. 05 de la Méditerranée; quant aux deux premiers meuilles, le blanc et le noir, j'ai tout lieu de croire qu'ils sont le chélon et le capiton. La figure du meuille blanc (sect. VI, pi. 1 1, fig. 3), me paraît surtout représenter assez exactement le capiton. Quant à nous, il nous a été assez facile de nous procurer à Paris de grands individus du mugil capito et du M. chelo; on voit souvent ces espèces servies sur les tables, et il nous en est venu de Caen , d'Abbeville , de Saint- Mâlo, de Brest, de La Rochelle, de Lorient et de Bordeaux. Nous avons vu beaucoup moins de muges dorés, et il ne nous en a encore été envoyé que d'Abbeville et de Dieppe; mais il y en a un dans la collection de Bloch, qui a été apporté de Lisbonne par le comte d'Hoffmansegg; malgré les recherches et les demandes les plus suivies, nous n'avons jamais reçu de l'Océan ni le cé- phale ni le labéon. Il serait intéressant de savoir jusqu'où cha- cune de ces espèces de l'Océan se porte vers le Nord, mais c'est ce que la confusion qu'en ont faite jusqu'à présent les naturalistes, ne permet pas de déterminer. Ainsi, Bloch n'ayant point distingué les espèces, il est difficile de dire précisément 11. 5 CC LIVRE XIII. MUGILOÏDES. quel était son M. cephalus; sa figure paraît res- sembler au M. capito, mais le sous-orbitaire et le maxillaire n'y sont pas marqués assez exac- tement, et il n'a pas été possible de retrouver son original. Pennant n'en nomme qu'une espèce parmi les poissons anglais, et l'appelle toujours M. cepha- lus: d'après sa figure on pourrait croire que c'est le M. chelo 1 . Dans sa Zoologie arctique il se borne aussi à citer un muge commun, par op- position au M. albula. Donovan 2 représente très -bien le chélon, mais il le regarde comme le mugil cephalus de Linné; il fait d'autres confusions dans le texte, car il croit le mugil albula de la même espèce que le M. cephalus., parce qu'il n'a pas vu de muge ayant cinq rayons à la dorsale, ce qui ne l'empêche pas de copier Linné et d'attribuer, pour caractère , cinq rayons à la dorsale de son muge, quoique le peintre n'en ait représenté que quatre. La figure que Shaw 3 donne pour le com- mun mullet , qu'il appelle mugil cephalus , Lin., est aussi, sans aucun doute, faite d'après le chélon. 1. Brit. ZooL, III, p. 288, pi. 66, n.° i58. 2. Brit. fish, pi. i5. 3. Shaw, Gen. zool. , vol. V, p. i34, pi. n4« CHAP. I. MUGES. (>7 MM. Turton 1 et Flemming 2 citent le mugil cephalus parmi leurs poissons des côtes d'An- gleterre, et s'appuient, pour établir leur espèce, des citations de Pennant et de Donovan. M. Couch 3 ne caractérise même pas son grey- mullet, le regardant incontestablement comme le mugil cephalus de Linné. Il n'ajoute rien à son histoire , si ce n'est que cette mention donne la preuve de l'existence d'un muge sur les côtes de Cornouailles. Dale nomme le muge parmi les poissons d'Harwich 4 , mais Gronovius le dit déjà rare en Hollande 5 . Cependant, quoique Wulfen ni Bloch ne le citent parmi les poissons de Prusse, et que Linné n'en fasse pas mention dans le Fauna suecica, nous voyons ces poissons s'avancer vers le Nord et dépasser la mer d'Alle- magne; car déjà Fischer 6 et Georgii 7 en pla- cent sur les côtes de Livonie. M. Schagerstrôm 8 a donné, sous le nom de mugil cephalus, une figure peu facile à reconnaître , mais que nous croyons être celle d'un chélon, pour représenter un muge pris sur les côtes de Norwége, au 1. Brit. faun. , p. 106, n.° 108. — 2. Hist. ofhrît. anirn., p. 217, n.° i5g. — 3. Trans. lin. soc, t. XIV, part. i. re , p. 26. — 4. Hist. of Harwich , p. 43o. — 5. Mus. ichthyol., I, 55. — 6. Fischer,, Hist. nat. de Livonie, p. 255. — T. Georgii, Descr. de la Russie, t. III, 7/ part., p. 1947. — 8. Vet. acad. Handl., 1829, p. 90, lab. 3, fig. 1. 68 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. mois d'Août 1828. M. Nilson 1 considère celte figure comme étant celle d'un muge, qu'il croit être notre capiton; il y rapporte aussi celle de Pennant, ce qui nous confirmerait dans l'opi- nion que nous venons d'émettre, c'est-à-dire, que ces muges étaient de l'espèce du chélon; il les regarde comme rares dans la mer du Nord, et ne visitant les côtes de la presqu'île Scandinave que par suite de migrations. Une bande de ces muges s'avança de l'Atlantique dans la mer Baltique et sur les côtes de Nor- wége, au mois d'Août 1828, et fournit à ces deux observateurs les individus dont il est ici question. Je vois aussi le mugil cephalus cité dans le catalogue manuscrit que S. A. R. le prince de Danemarck avait envoyé à M. Cuvier. Nos observations et nos lectures nous don- nent donc lieu de croire que le chélon est le plus commun des muges de notre Océan septentrional; mais il était réservé à M. W. Yarell de fixer les idées des naturalistes sur les muges des côtes d'Angleterre et des mers du Nord. En effet, il donne (Brit.fish, p. 200) une charmante figure de notre capiton, laquelle est de la plus grande vérité. M. Yarell, recon- naissant les caractères de l'espèce, établit que 1. Prod. ickth. scand. , p. 69. CHAP. I. MUGES. 69 l'œil de ce grey-mullet n'est pas recouvert de mucosités, et pour mieux faire sentir les diffé- rences des appendices écailleux des pectorales de ce muge et de ceux du mugîl cephalus, il représente dans une petite vignette, pleine de justesse, la pectorale du vrai céphale, avec son écaille axillaire; suivant lui, notre capiton se trouve sur les côtes du comté de Kent, d'Es- sex, de Cornouailles et sur celle d'Irlande. Les détails dans lesquels l'auteur entre sur les mœurs de ce poisson, extraits en partie des manuscrits de M. Couch, sont d'une lecture fort agréable et rentrent dans ce que nous faisons connaître en général des habitudes du muge; seulement nous ferons observer que nos synonymies ne sont pas tout-à-fait d'accord. Nous voyons à la page 207 du même ouvrage une figure non moins bonne du mugîl chelo : celui-ci, vivant plus en troupes, s'avance plus dans les baies et dans les embouchures des rivières pendant l'hiver que les autres muges. Après avoir décrit et figuré ces deux espèces, M. Yarell établit, page 210, une espèce nou- velle de muge de l'Océan , sous le nom de 70 livre xiii. mugiloïdes. Muge raccourci. (Mugil curtiis, Yarell.) Il aurait le corps plus court, la hauteur n'étant comprise que quatre fois dans la longueur totale; celle de la tête égale la hauteur; cette partie est donc plus longue que la tête du capiton, qui est du sixième de la longueur totale; la courbe du dos et celle du ventre nous paraissent plus arquées. Les nombres sont : D. 4 — 1/8; A. 3/8; C. 11; P. 11; V. 1/5. La longueur du poisson observe par M. Yarell n'était que de deux pouces, et il regarde cette espèce comme fort rare , car il n'en a vu qu'un seul exemplaire. Nous n'hésitons pas à rapporter à cette même espèce un muge qui a été pris dans la baie de la Somme, et que nous devons aux soins assidus de M. Bâillon ; il nous confirme aussi que ce muge doit être rare,, car ce zélé naturaliste n'en a vu que ce seul indi- vidu, qu'il a bien voulu déposer au Cabinet du Jardin des plantes : il a près de huit pouces. M. Bâillon le considérait de son côté comme d'une espèce distincte. Nous partageons tout- à-fait cette opinion, et nous avons le plaisir de la voir confirmée par M. Yarell, qui atteste de la présence de cette même espèce sur les côtes d'Angleterre. Les habitudes des muges sont les mêmes CHAP. I. MUGES. 71 dans l'Océan que clans la Méditerranée: on en prend peu en grande eau ; c'est dans les parcs, les pêcheries, les étentes, qu'on en fait les plus grandes captures dans la saison du frai. A ce moment leur instinct les porte en foule vers le rivage et dans les embouchures des rivières. Les anciens ne l'ignoraient pas 1 : Pline a surtout célébré 'les grandes pêches que l'on en fait à l'embouchure des étangs de la côte du Languedoc, nommément à celle de l'étang de Late; pêches qui subsistent encore, mais dans lesquelles on n'emploie plus le concours des dauphins, comme il prétend qu'on le fai- sait de son temps. Les dauphins , dit-il , fai- saient un cercle pour empêcher les muges de s'échapper; ils ne se contentaient pas de ceux qui leur tombaient en partage : le lendemain encore ils venaient demander pour récom- pense une seconde distribution. 2 Ce conte peut toutefois avoir quelque fon- dement dans la nature : les dauphins nagent volontiers en troupe vers les embouchures des lleuves; leur rencontre fortuite aura un jour favorisé quelque grande pêche , et un événe- ment isolé et accidentel aura été transformé en fait régulier et revenant périodiquement. 1. Arislote, 1. VI, c. i4? p- 871 C. — 2. Pline, I. IX, c. 8. 72 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Combien de traités d'histoire naturelle, qui passent aujourd'hui pour incontestables, ne reposent pas sur une base plus solide! Ce qui est vrai, c'est qu'aujourd'hui, comme autrefois, les muges entrent et sortent en gran- des troupes des étangs, et qu'à ces époques, surtout au mois de Décembre, on en prend une si grande quantité, que l'on en fait d'am- ples salaisons. 1 D'autres lieux n'étaient pas moins célèbres que ces étangs de la Gaule narbonnaise, pour l'abondance des muges qui s'y rendaient. Élien cite particulièrement les environs de Leucate et d'Actium sur la mer Ionienne. 2 Les bouches du Pô 3 , les canaux fangeux de la Padusa et Chioggia dans les fonds de la mer Adriatique 4 , en fourmillent dans la saison. Us remontent en foule le Var et la Roia , dans le comté de Nice 5 5 mais c'est surtout dans la mer Noire qu'on en prend d'immenses quan- tités. Pallas 6 dit qu'ils y entrent vers le solstice d'hiver par le Bosphore de Thrace, et qu'ils arrivent en foule sur les côtes de la Crimée; les âges et les grandeurs, ajoute-t-il, ne se mêlent 1. Voyez l'Histoire naturelle du Languedoc par Astruc ; 3. e part., ch. 1 1 , et Willughby, p. 27^ — 2. ./Elian., Hisl. anim. , J. XIII, c. 19. — 3. Bélon, p. 210. — 4. Paul-Jove, c. 10. — 5. Risso, p. 347- — 6. Zoogr. rosso-asiat. , III, 222. CHAP. I. MUGES. 73 pas, mais vont par troupes séparées (ce qui, pour le dire en passant, peut faire croire que ce sont des espèces différentes, que ce grand naturaliste n'a pas non plus distinguées). Il y en a d'un pied, d'un pied et demi et de deux pieds ; ces derniers sont les plus grands , et portent chez les Tartares le nom de baleik, qui signifie simplement poisson; mais dans ces contrées ils ne remontent point les rivières, ils n'entrent pas même dans le Palus-Méotides. Pallas croit que ce sont ces muges dont Stra- bon a fait l'histoire sous le nom de pélamydes, et dont ce géographe a décrit avec tant de soin la marche le long des côtes de l'Asie mineure, et la pêche telle qu'elle se faisait dans le port de Byzance, à leur sortie du Bosphore. 1 Ils remontent dans la Garonne, dans la Loire, dans la Seine, comme dans le Rhône, le Tibre et le Pô. Ceux de la Loire vont jus- qu'au pont de Ce. 5 Une faut pas croire cependant avec Bélon, que le muge soit le capito de la Moselle, chanté par Ausone 3 : Squaraeus herbosas capito interlucet arenas, Viscère prae teneris fartim congestus aiïstis, Nec duraturus post bina trihoria mensis. 1. Strabon, 1. VII et XII, édit. deCasaub., p. 320, 545 et 54<). — *2. Duhamel, loc. cit. — 3. Auson., Moselh, v. 85- 87. 74 LIVRE XIII. MUG1L0ÏDES. L'abondance seule des arêtes exclut le muge et indique le chevaine ou le meunier {cyprinus jeses, Lin.). La promptitude de sa corruption ne conviendrait pas non plus au muge, qui sup- porte très-bien le voyage de Dieppe a Paris. Je remarque cependant une différence entre l'époque où l'on prend le plus de muges dans l'Océan et dans la Méditerranée. A Martigues, en Grèce, en Crimée, comme on la vu, c'est au mois de Décembre que leur pêche est le plus abondante, ainsi qu'Aristote l'avait déjà très-bien remarqué 1 ; en Poitou, c'est au mois de Mai, de Juin et de Juillet: on n'en prend sur ces côtes pendant l'hiver qu'accidentellement. M. Bâillon nous annonce aussi que le ca- piton entre au mois de Mai dans la rivière de la Somme avec la marée, qu'il se porte jusqu'à une lieue ou une lieue et demie en avant d'Ab- beville, et quelquefois en si grande abondance que toute la rivière en est couverte, et que les pêcheurs qui les prennent avec la seine, sont fort embarrassés pour les tirer de l'eau : ils en remplissent leurs bateaux, mais cette grande abondance ne dure que deux ou trois jours; l'on n'en voit ensuite que de loin en loin, et ils ne remontent plus aussi haut. '■ I '■ ■ i ■ ■ ■ ■■■ ■ i .-.i — i -■■«* -■- ■ m ■ ■ - '. " .... i—-, 1. Alhén., 1. VU. CHAP. I. MUGES. 75 Cet empressement à se porter vers les lieux où ils peuvent frayer avec avantage, était at- tribué à un vif penchant pour les plaisirs de l'amour. Selon plusieurs anciens , la seule vue d'un individu de l'autre sexe en faisait accourir des quantités dans les filets 1 , et Belisarius Aqui- viva, cité par Gesner, prétend avoir été té- moin du fait à Tarente. Selon M. Risso , la lumière du feu produit un effet semblable. Quand le temps est ora- geux et la mer bourbeuse, des feux allumés sur la proue des navires, les attirent si for- tement qu'ils se laissent percer avec le trident. 2 La nature ne leur a guère donné qu'un moyen de se soustraire aux embûches qu'on leur tend, c'est la faculté de s'élancer verticalement hors de l'eau, comme le font nos ablettes et plu- sieurs autres de nos cyprins; ils l'emploient surtout quand ils sont de toute part entourés par les filets, et Oppien 3 a fait une description touchante de leurs efforts et de la résigna- tion qu'ils montrent quand ils en reconnais- sent l'inutilité; quelquefois même on les voit en sautant traverser par-dessus les bateaux. 4 Mais les pêcheurs ont imaginé, pour prévenir 1. Àiist. , 1. V, c. 5 ; Pline, I. IX, c. 17 ; Opp., Hal.,\N,\. 127. — 2. Risso, i. re édition, p. 347. — 3. liai., III, v. 98. — 4. PJin.,IX,c. i5. CLfiaJ 7G LIVRE XIII. MUGILOÏDES. la perte que ces sauts leurs occasionnent, un filet particulier, nommé la sautade, qui, pen- dant qu'il plonge verticalement au moyen de ses plombs, a son bord supérieur soutenu hori- zontalement par des roseaux placés d'espace en espace, et en même temps divisé en au- tant de poches que ces roseaux laissent d'in- tervalle entre eux. On entoure la troupe des muges avec le grand filet vertical , et lorsqu'ils veulent sauter hors de son enceinte, ils tom- bent dans les poches qui entourent son bord supérieur. Du reste on ne croyait pas que ce poisson eût de grandes facultés intellectuelles. Comme l'autruche parmi les oiseaux, le muge, lors- qu'il a caché sa tête, croit, selon Pline, avoir caché tout son corps et être devenu invisible à ses ennemis 1 . Gronovius, ne voulant point admettre une telle stupidité 2 , suppose que c'est pour se fixer au fond par le moyen des dentelures de ses sous-orbitaires; et Bloch, faute d'avoir compris le latin de ce naturaliste hollandais, attribue cette opinion à Pline lui- même, et l'en reprend avec une hauteur que je trouve assez plaisante 3 . Cette hypothèse a 1. Plin., I. IX, c. 17; Ath., VU, p. 3o8. — 2. Zoophyl. , 129, n.° 397, note b. — 3. Hisl. des poiss., part. 11 , p. i33. CHAP. I. MUGES. 77 peu de vraisemblance, car ces sous-orbitaires caches sous la peau, ne peuvent rien retenir; et d'ailleurs, avant de vouloir expliquer cette habitude, il aurait peut-être été prudent de la constater, car il a dû être assez difficile de s'assurer de son existence. Leur bouche peu fendue et à peu près sans dents, ne leur per- met pas d'attaquer les autres poissons, et ne leur laisse même prendre pour nourriture que des substances molles ou liquides, qui laissent peu de résidu dans leurs intestins. Les anciens , qui donnaient à tout une cou- leur poé tique , ont en conséquence fait du muge le plus innocent, le plus juste des poissons 1 ; tout au plus mangerait-il ceux qu'il trouverait morts 2 . Comme il n'attaque pas la progéniture des autres, ceux-ci respectent la sienne. 3 Pour l'attirer, il fallait du pain, du fromage, de la menthe, et non d'autres poissons 4 . Il ne se laissait même prendre au hameçon qu'a- près avoir secoué l'appât avec sa queue, pour s'assurer qu'il n'allait point dévorer un être vivant. 5 D'autres auteurs, cependant, attribuaient 1. Oppien, Hal. II, v. 642. — 2. jElian., I. I, c. 5. — 3. Arist., Hist. anim., 1. VIII, c. 2; Alhénée, 1. VII, p. 3o6j Oppien, loc. cit., v. 652. — 4. ld., ibid., III, v . 482. — b. Id., ibid., v. 521. 78 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. cette habitude à la prudence : c'était pour détacher l'appât de l'hameçon. 1 Leur abstinence était surtout célèbre : elle leur avait valu le surnom de vvjstç (jejunus*), et avait donné naissance à une foule de pro- verbes fort usités dans les comédies et dont Athénée a conservé une longue liste. Mais une autre raison a encore rendu le muge célèbre chez les poètes comiques et satiriques, c'était l'usage cruel que l'on en faisait pour punir les débauchés pris en flagrant délit. On connaît la menace de Catulle à Auré- lius (ép. i5): Ah tum te miserura malique fati Quem attractis pedibus, patente porta, Pereurrent raphanique mugilesque. Et Juvénal ( sat. X, v. 117): Quosdam mœchos et mugiles intrat. De notre temps on ne le connaît que par la bonté de sa chair et par l'usage que l'on fait de ses œufs. Il est tendre, gras et d'un goût délicat. On dit cependant que d'en man- ger trop, donne des maux de tète et même la fièvre. Il se conserve salé ou séché pendant plu- sieurs mois. 1. Pline, 1. XXXII, c. 2. — 2. Ath. , 1. VII, p. 3o8. CHAP. I. MUGES. 79 Ses œufs, comprimes, sales et sèches, don- nent une espèce de caviar, que l'on nomme botargue. Pour le préparer, on ouvre les mulets, on en retire les ovaires avec leurs œufs 3 on les couvre de sel et les y laisse quatre ou cinq heures , après quoi on les presse entre deux planches pour les priver de leur eau; on les lave avec une faible saumure, et on les étend au soleil sur des claies pendant une quinzaine de jours, en ayant soin de les retirer tous les soirs pour les mettre à couvert pendant les nuits. Pour faire usage de ce mets, on l'assaisonne avec de l'huile et du citron. 1 Cette botargue est recherchée en Provence , en Corse et en Italie; on en fait surtout un grand débit chez les Turcs , qui lui supposent des vertus aphrodisiaques. 2 Nous croyons devoir rappeler ici une ob- servation d'Aristote, dont nous avons déjà dit quelque chose, et qui nous paraît ne pouvoir se rapporter qu'au muge céphale. « Ces poissons, dit-il 3 , sont sujets à s'aveu- gler, surtout pendant l'hiver leurs yeux blan- chissent; ceux que l'on prend sont maigres, etc. 1. Duhamel, Pêches, 2. e part., 6. e sect., p. i45. — 2. Pal- las, Zoogr. ross.i 111, 223. — 3. L. VIII, c. 19. 80 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Après de grands hivers on en a pris en quantité, soit auprès de Nauplia dans l'Argolide, soit auprès de Ténagos , soit ailleurs, qui étaient aveugles; la plupart avaient les yeux blancs. * Il est probablement question dans ce passage d'un engorgement qui a lieu dans cette mem- brane adipeuse qui forme à l'œil du cépliale deux paupières verticales. On assure qu'un accident de cette nature arrive au maquereau pendant l'hiver, et comme son œil est garni de membranes semblables, on doit croire que son mal tient à la même cause. DES MUGES ÉTRANGERS. Nous avons suivi pour les muges étrangers la même méthode que pour ceux de France, c'est-à-dire, que nous les avons étudiés suc- cessivement , en les comparant chacun au type commun du céphale, ou à celui des autres muges dont il nous a paru se rapprocher da- vantage. Ceux d'Amérique sont ceux qui nous ont offert les résultats les plus précis. Déjà Margrave en avait signalé deux au Bré- sil, qu'il nommait curema, et qui ne différaient que par la grandeur. Sloane et Brown (Jam., 45o), en ont aussi indiqué deux ou davantage CHAP. I. MUGES. 81 à la Jamaïque , et le premier de ces auteurs a donné une mauvaise figure de l'un des deux. Catesby en a donné une plus élégante (Carol., t. 2, pi. 5), mais non moins défectueuse; c'est le muge de Bahama, qui, envoyé par Garden à Linné, est devenu dans les nomenclatures le mugil albula. Plumier en a laissé une d'un muge de la Martinique, légèrement esquissée à la plume, qui est devenue presque monstrueuse dans la copie que Bloch en a fait graver, pi. 3g6. M. Mitcliill 1 , enfin, a donné une descrip- tion abrégée de l'espèce de New- York, qu'il regardait comme le mugil albula. Mais toutes ces indications ne nous dispen- saient point de nous procurer les poissons eux- mêmes , pour travailler sur des bases plus solides; c'est à quoi nos correspondans ont amplement satisfait. M.Milbertnous a fait avoir les muges de New- York; M. Bosc, ceux de la Caroline; M. Plée, ceux de la Martinique; M. Ricord, ceux de Saint-Domingue; M. Levaillant et MM. Lescbe- nault et Donmerc, ceux de Surinam; MM. Poi- teau et Frère, ceux de Cayenne; M. Delalande, ceux du Brésil; M. cTOrbigny, ceux de la Plata 1. Mémoires de New-York, t. \, p. 447« ii. G 82 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. et MM. Gay et Gaudichaud, ceux de la côte occidentale de l'Amérique du Sud. De l'examen attentif que nous avons fait de ces poissons, au nombre de près de 3o indi- vidus, il est résulté qu'ils peuvent être ramenés à six espèces, toutes les six plus voisines de celle que nous avons spécialement appelée le M. cephalus, que d'aucune des autres espèces européennes, et en même temps toutes les six assez semblables entre elles pour que l'on ait dû les confondre, si on ne les avait pas vues à côté les unes des autres, en sorte que la synonymie des premiers descripteurs restera toujours fort problématique à leur égard. Elles ressemblent au céphale par leur maxillaire entièrement caché sous le sous- orbitaire dans l'état de repos ; par l'écartement des orifices de leur narine ; par le voile d'une peau adipeuse, qui réduit l'ouverture au- devant de leur œil à une ellipse verticale; par leurs lèvres minces; par le tubercule simple de l'inférieure; par les grandes écailles triangulaires placées au-dessus de leurs pectorales. Toutes les six diffèrent cependant du céphale par une tête plus courte, plus haute à la nuque, et par un museau moins bombé et moins obtus. Entre elles, elles ne diffèrent guère non plus que par la proportion de la tête avec le corps, CHAP. 1. MUGES. 83 par la position de l'œil relativement au museau, et par de légères nuances dans la courbure des pièces opei culaires : toutes différences aussi peu sensibles pour l'observateur superficiel que celles qui distinguent quelques-uns de nos cyprins de la tribu des meuniers, des van- doisesetdes ablettes, mais qui, paraissant cons- tantes dans chaque espèce, n'en doivent pas moins être notées par le naturaliste. La difficulté c'est de les exprimer avec des paroles: on le pourrait encore avec des termes comparatifs 5 mais le faire de manière que cha- que espèce puisse être reconnue par celui qui la verra isolée , c'est ce qui me paraît presque impossible. Le Muge liza. (Mugil liza , nob.) Le premier de ces muges américains , qui paraît aussi celui qui devient le plus grand , a le corps plus alongé; la tète cinq fois dans la longueur totale; et la hauteur au milieu y est près de six fois. La hauteur de la tête près de la nuque ne fait que les deux tiers de sa longueur. La courbe de son préopercule est moins arquée que dans les autres et descend plus verticale- ment. La peau adipeuse qui entoure son œil est épaisse et s'étend sur un grand espace. L'angle .postérieur de son sous-orbitaire a une troncature oblique : sa langue et son palais sont comme dans notre céphale. D. 4 — 1/8; A. 3/8; C. 14; P. 14; V. 1/5. 84 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. On compte trente-cinq écailles sur une ligne lon- gitudinale. Dans la liqueur il paraît gris argenté, teint de doré. Les lignes longitudinales de reflet sont pro- noncées; dans le sec elles le sont beaucoup moins. Ce liza ou camot a des viscères très -semblables à ceux de notre céphale : on ne lui voit que deux cœcums courts. Son estomac est un peu plus grand , et la branche charnue est alongée au lieu d'être aplatie. L'intestin fait à peu près le même nombre de replis. D'après les descriptions que nous donnent MM. Plée et Poey, le poisson frais est bleuâtre sur le dos et blanchâtre sous le ventre. Ni l'un ni l'autre de ces observateurs ne parle de lignes. M. Delalande a rapporté du Brésil des individus de cette espèce, longs d'un pied; mais nous en avons trouvé de beaucoup plus grands dans la collection de feu M. Plée : il y en a de près de deux pieds et demi. Les uns viennent de Porto-Rico, les autres de Ma- racaïbo, d'autres, enfin, de la Martinique. Les Espagnols nomment ce poisson liza, qui est en Espagne, ou du moins à Iviça, le nom du muge à grosses lèvres , et des muges en gé- néral en Sardaigne ; les Français , carmot ou plutôt camot, ce qui vient peut-être de ca- mus, ou n'est peut-être aussi qu'une corrup- tion de cabot, nom du céphale et du capiton sur plusieurs de nos côtes de France. CHAP. I. MUGES. 85 Il nous en est aussi venu de Surinam, exac- tement de même forme, mais plus petits et, quoique dans la liqueur, sans lignes brunes. Il s'agira de savoir si cette différence tient à l'âge, ou si elle indique encore une espèce. M. Frère nous en a donné aussi de Cayenne, sous le nom de mulet. M. d'Orbigny l'a aussi rapporté de Buénos- Ayres , sous le même nom espagnol de liza. Elle remonte pendant tout l'hiver de la mer dans la Plata jusqu'à Buénos-Ayres; elle vient en bandes, se prend à la seine sur le sable. C'est un des meilleurs poissons : on en voit d'un pied et demi à deux pieds. M. Plée nous annonce que c'est un poisson qui remonte les rivières de la Martinique, et qui , à Maracaïbo , est un des plus communs dans la partie nord du lac, où il remonte aussi de la nier. On l'estime dans ce canton comme l'un des meilleurs poissons, et il en est de même à Porto-Piico. Selon M. Poey on en prend dans les ri- vières de Cuba de dix-huit pouces de longueur, et il y pèse jusqu'à douze livres. 11 y est très- commun, mais il mord difficilement à l'hame- çon, parce qu'il ne recherche pas de nourri- ture solide. Quand les liza sont parvenus à leur plus 86 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. grande taille, ils changent de nom et sont appelés lebranchos. Il y a quelque sujet de croire que Margrave a décrit ce muge alongé, p. 166, sous le nom de liarder (berger) , qui est celui que les muges portent en Hollande; en y joignant une mau- vaise figure qui reparaît dans Pison , p. 71, sous celui de parati, Margrave parle aussi, p. 181, d'un parati, comme d'un muge , mais à cet endroit il n'en donne pas de ligure. Au reste, celle qu'on a ainsi reproduite deux fois, pourrait bien n'être pas la véritable. On dirait qu'il n'y a point d'orifices des branchies , et cette erreur a passé dans la description; mais le dessin an parati, qui est dans le livre de Mentzel, p. 187, montre des ouïes comme à l'ordinaire , et ressemble à notre espèce autant qu'on peut l'attendre d'une peinture de ce recueil. Sur tout le reste, la description de Margrave s'accorde avec notre poisson ; les couleurs données par Mentzel s'y rapportent assez bien aussi: il représente le dos d'un brun doré, place sur les flancs deux lignes rosées, interceptant une ligne verdâtre; l'abdomen y est blanc argenté ; l'iris doré : on voit du bleu à la base de la pectorale, etc. Ces parati, selon Pison, se prennent en grand nombre dans les étangs d'eau salée; on CHAP. I. MUGES. 87 les mange frais ou préparés avec du sel : leur chair est sèche et agréable; pendant la saison pluvieuse ils deviennent si gras qu'ils n'ont pas besoin d'assaisonnement. Margrave dit aussi qu'on en sèche et qu'on en sale beaucoup, et qu'on les prend dans des filets, dont ils cherchent à s'échapper en sautant comme nos muges d'Europe. Ze-MUGE CUREMA. (Mugil curema, nob.) La deuxième espèce vient également du Brésil, et on en trouve aussi à la Martinique, où elle se nomme mulet, comme celle qui va suivre. Elle est plus haute à proportion : sa longueur ne contient sa hauteur que cinq fois à peu près. Sa tête est un peu plus haute et un peu plus étroite, et son opercule est surtout plus large d'avant en arrière. Il occupe dans ce sens les deux cinquièmes de la lon- gueur de la tête, et dans l'espèce précédente il n'en occupe qu'un tiers. Il se distingue surtout par sa seconde dorsale et son anale recouvertes d'écaillés. Leur nombre, entre l'ouïe et la caudale, est le même, de trente-cinq ou trente-six sur une ligne longitudinale. Son sous-orbilaire est tronqué et denielé à sa pointe; son vomer n'a pas renfoncement qu'on voit dans le céphale; sa langue 88 LIVRE XIII- MUGILOÏDES. est pliée en toit, à arête aiguë, toute couverte de fortes âpretés; on ne peut en apercevoir sur le palais, mais les papilles y sont fortes , surtout en avant. D. 4 — 1/9: A. 3/9. Dans son état actuel sa couleur paraît argentée, un peu teinte de doré, et on ne lui voit pas de lignes brunes. Sa caudale est bordée de noirâtre. Nous en avons du Brésil un individu long de neuf à dix pouces. Mais il s'en est trouvé d'un pied et de quinze pouces dans les collections de M. Plée. C'est cette espèce que M. Desmarest a fait représenter dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle sous le nom de mugil Gai- mardianus , mais l'enluminure en est trop brune et trop uniforme. M. Ghoris nous l'a envoyée de Cuba sous le nom de mulet; nous l'avons également reçue de Bahia, et nous n'hésitons pas à lui rapporter le mugil brasiliensis de Spix, tab. LXXII, quoi- que le noirâtre de la dorsale soit peu marqué. C'est très-probablement ici le curema de Margrave, p. 181, et de Pison, p. 70, qui est décrit comme semblable, pour la forme, au muge d'Europe (Pison en a même emprunté la figure à Rondelet pour le représenter) , mais de couleur plombée sur le dos, argentée sur les côtés, et sans raies; c'est pour cette raison CHAP. I. MUGES, 80 que nous avons cru devoir conserver à l'espèce le nom de curema. Nous en avons trouvé une figure dans le livre de Mentzel, p. 2o5, où le dos est enlu- miné de verdâtre, le ventre de blanc, et les lèvres de rougeâtre : son iris est en partie argenté. Ce curéma, dit Margrave, vit dans la mer 5 il est très-gras et se mange bouilli ou grillé, sans huile ni beurre; on en conserve beau- coup salés et séchés au soleil, ou dans une forte saumure. Le ventre est ce qu'il y a de meilleur ; mais Pison fait observer que lors- qu'on le conserve trop long-temps dans le sel, il rancit. On fait avec ses œufs, salés et séchés, de la botargue, semblable à celle d'Europe. Ses habitudes sont absolument les mêmes que celles de nos muges, et les deux observa- teurs que nous venons de citer, l'ont vu plu- sieurs fois échapper aux filets, en faisant de grands sauts. f Le Muge des roches. (Mugil petrosus.) Une troisième espèce de muge à paupières couvertes par une mucosité épaisse et à maxil- laires minces et recouverts par le sous-orbitaire î)0 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. a, comme celle qui précède, la seconde dor- sale et l'anale couvertes d'écaillés, mais elle en diffère parce qu'elle a les lèvres plus minces, parce qu'il n'y a pas de tache à l'angle de la pectorale et que le bord de la caudale est à peine noirâtre. Nos individus viennent du Brésil, de Suri- nam, du golfe du Mexique, de Cuba, et nous en voyons l'espèce s'avancer vers le nord jus- qu'à New-York. Leur taille varie de six à sept pouces. Le Muge de Plumier. (Mugil Plumier i.) La quatrième espèce a le corps encore plus haut , et la tête l'est encore plus; la hauteur au ventre n'est pas tout-à-fait quatre fois et demie dans la longueur totale; la hauteur de sa tête à la nuque fait les trois quarts de sa longueur; qui est contenue près de cinq fois dans celle du corps. Cette espèce a, comme le Iiza r la deuxième dorsale et l'anale sans écailles; mais elle s'en dislingue parce que sa tête est plus étroite près de la nuque et qu'elle est plus haute, et que les écailles du corps sont plus petites. On lui compte quarante-deux ou quarante-trois et jusqu'à quarante-cinq écailles sur une ligne entre l'ouïe et la caudale. L'épaisseur de la peau sur l'œil est aussi grande : son sous-orbitaire est tronqué et finement dentelé près du bout. Sa langue est en coussin arrondi comme CHAP. I. MUGES. 91 dans notre céphale; mais elle a sur les bords dans le fond deux petits groupes dapretés. H y a aux pala- tins deux grandes plaques couvertes d apretés plus fortes que celles de notre céphale. Le vomer est en croissant, et aussi il y a le même enfoncement que nous avons remarqué dans le céphale. Cette espèce se distinguera toujours du curema, parce qu'elle a la lèvre mince, et de ce curema et du muge des roches, par ses nageoires sans écailles. Elle nous est venue de la Martinique, où on la nomme mulet, comme la précédente. M. Plée, à qui nous la devons, nous dit que les bords de ses écailles sont jaune doré. Une tache bleue, noirâtre, assez foncée, colore la base de la pectorale, et il y a sur chaque écaille une tache de la même couleur. Les intestins ressemblent en géné- ral à ceux de notre céphale. Il n'y a aussi que deux cœcums au pylore, mais la branche charnue de son estomac est en toupie et ressemble un peu plus à celle du capiton. M. Plée a donné à ses individus l'étiquette de mulets de la mer, et dit que la chair en est fade, excessivement courte et comme fa- rineuse (ainsi que s'expriment les nègres). On ne l'estime pas du tout dans la colonie. Nous voyons cette espèce à la fois au Brésil, d'où nous! avons reçue par M. Gay, et à New -York, d'où elle nous est venue par M. Milbert. Cependant il paraît que ce poisson, comme 92 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. tous ceux du genre, remonte aussi dans les rivières ; car nous ne pouvons guère douter que ce ne soit le muge que Plumier avait observé dans l'île de Saint- Vincent, et dont il a laissé une esquisse qui a servi à Bloch, pi. 3g6, à établir son mugil Plumieri. Plumier l'avait simplement nommé ceplia- lus américaines; mais Aubriet, qui l'a aussi co- pié dans nos Vélins, l'y a nommé ceplialus fluviatilis auratus, et il parait avoir eu, en effet, une teinte dorée, comme l'espèce que nous décrivons dans cet article. Bloch, dans son Sjstema, p. 110, ou son éditeur, pour lui, s'est avisé de faire de ce muge une sphyrèiie, mais sans la moindre ap- parence de raison. La figure, au reste, telle que Bloch l'a rendue, est assez incorrecte : les six rayons épineux qu'elle donne à la deuxième dorsale, et l'absence de carène sail- lante à la bouche, ne viennent que de lin- curie avec laquelle on a voulu transformer l'ébauche de Plumier en une gravure bien finie. Notre poisson, comme à peu près tous les autres de son genre, a à sa deuxième dorsale un rayon épineux et huit branchus; ses jî om- bres sont en général les mêmes que dans le céphale , et il a aussi une carène simple au dedans de la mâchoire inférieure. CHAP. I. MUGES. 95 Feuillée, qui a pillé les papiers de Plumier, sans jugement comme sans pudeur , donne une partie de ce que cet habile homme avait écrit sur ce poisson. 1 « Il ne diffère, ni en grandeur, ni en gros- seur, des mulets que nous avons en Europe. Sa tête n'est qu'un peu plus émoussée; mais ses couleurs sont entièrement différentes; ses écail- les, depuis le dos jusqu'aux flancs , sont dorées , bordées d'une petite dorure jaune foncé et mêlée d'un peu de noir clair; les écailles du ventre sont toutes argentées et font un effet merveilleux. Les yeux sont jaunes : ils ont leur prunelle grande, bleue et entourée d'un petit cercle de pourpre.* Ensuite, ce qui marque le plagiaire sans connaissance propre des choses, il ajoute un caractère évidemment pris d'un autre poisson : « L'aileron ou nageoire qui est sur le dos, prend sa naissance à l'occiput et va se termi- ner à la naissance de la queue.* Il place le tout au Chili. Il est possible qu'il ait vu le mugi! liza confondu avec le dessin qu'il prenait à Plumier. C'est ainsi que, trop souvent, les résultats des efforts d'hommes de mérite sont tombés dans des mains indignes. 1. Fcuillcc, Journal d'observations, etc., t. HT, p. 56. 94 LIVRE XIII. MUGILOlDES. Le Muge blanquette. (Mugil albula, Lin.) Il nous est venu de New- York des muges absolument semblables au précédent pour les formes \ mais de plus petite taille, de couleur plus pâle, et dont la caudale avait un petit liséré noir. La longueur de la tête est contenue quatre fois et quart dans celle du corps ; la peau membraneuse de la paupière est moins épaisse. La langue est pliée en toit, sans âpretés; mais elle est couverte, ainsi que le palais auprès du vomer, de papilles si grosses qu'on les prendrait facilement pour des dents. Il n'y a aucune âpreté aux palatins; le vomer est aussi moins échancré que dans le précédent, de sorte que l'enfoncement qui est au-devant de l'œil, a l'air d'une simple rainure. D. 4 — 1/8 ; A. S/9; C. 14; P. 14; V. 1/8. Ce sont probablement des muges semblables à ceux-là qui ont servi de sujets aux articles sur le mugil albula 9 soit de Catesby, soit de Garden et de Linné, soit surtout de M. Mit- chill; mais dans le fait les caractères que Linné assigne à cet albula, conviendraient également bien et aux espèces dont nous venons de parler, et à la plupart de celles de l'Europe. La figure de Catesby est même si fautive CHAP. I. MUGES. 95 qu'elle doit avoir été faite de mémoire : elle n'a point de pectorales; ses ventrales sont sous sa première dorsale, etc. La description de M. Mitchill est plus exacte, et elle suffit du moins pour distinguer son espèce d'une autre de New- York, que nous décrirons bientôt. Ce naturaliste dit que le plus grand individu dont il ait entendu parler, ne pesait que deux livres et demie. Les muges de la Jamaïque cités par Sloane et par Brown, et dont il y a dans le premier de ces auteurs une mauvaise figure, parais- sent devoir ressembler beaucoup aux deux espèces que nous venons de décrire, «et sont peut-être identiques avec elles : mais ce n'est pas sur les indications que l'on en a, qu'il est possible d'asseoir un jugement certain ; néan- moins ce que Sloane dit 1 de la forme renflée au milieu de son mulet d'eau douce, convient très-bien à Xalbula. On en trouve selon lui dans toutes les eaux de l'île , d'où ils descendent en grande quan- tité lors de la saison des pluies. Brown en distingue trois, mais il convient que les deux premiers ne diffèrent que par un rayon de plus ou de moins à la première 1. Nat. hisi. ofJamaica, t. II, p. 288. % LIVRE XIII. MUG1L0ÏDES. dorsale; son troisième, qu'il nomme mulet de montagne, doit être petit et avoir le museau plus avancé et plus arrondi, ce qui ne nous aide pas suffisamment à le reconnaître parmi les nôtres. Peut-être n'est-ce que l'espèce or- dinaire qui, au rapport de Sloane, lorsque la sécheresse est venue , et que les différens ruisseaux ne communiquent plus entre eux , reste enfermée dans les mares et les petits lacs des hauteurs, où. l'on va les pêcher avec de petites barques; peut-être aussi d'après les observations du docteur Bancroft, faut-il le rapporter à un dajaos. Au reste les deux écrivains s'accordent à représenter leurs muges comme un manger délicieux. Celui de montagne surtout passe pour excellent. Le Muge rayé. (Mugil lineatus, Mitchill.) Mais New -York nous a encore envoyé une espèce sur laquelle il n'y a point d'em- barras, et qui est plus facile à distinguer que toutes les autres. M. Mitchill, qui ne fa connue que depuis la publication de son Mémoire, l'a nommée mngil lineatus (nom trop peu caractéristique dans un genre où toutes les espèces sont plus ou moins rayées). CHAP. I. MUGES. 97 La ligne de son dos est aussi convexe que celle de son ventre. Sa hauteur au milieu n'est que quatre fois et un quart dans sa longueur. Sa tête paraît pelite et ne fait pas tout-à-fait le cinquième de sa longueur ; son profil baisse plus rapidement qu'aux autres. Ce qui lui donne surtout un caractère par- ticulier, c'est que sa mâchoire inférieure avance au- tant que la supérieure et même un peu davantage. Ses lignes brunes sont prononcées; il y a un léger liséré noirâtre à sa caudale. La peau membraneuse de l'œil est plus épaisse que dans aucun autre; la langue est légèrement pliée en toit, couverte, ainsi que le devant du palais, de pa- pilles très- grosses; les palatins ont en arrière deux plaques médiocres, hérissées d'àpretés assez fortes: il y a au-devant du vomer l'enfoncement que nous trouvons dans les céphales. D. 4-1/8; A. 3/9; C. 17, etc. Le muge rayé n'a, comme tous ceux qui portent les caractères extérieurs du céphale, que deux cœ- cums au pylore. Son estomac est petit; sa branche charnue est en toupie, plus courte, mais plus dilatée que celle de l'albula. Ses intestins, quoique très- longs, le sont un peu moins que ceux des autres muges, si voisins du céphale. Le foie est gros, et son lobe gauche est coupé carrément : il recouvre l'estomac. Nous avons fait déjà remarquer qu'il ne faut pas mettre du nombre des muges d'Amé- rique, ni même en général dans la famille des n. 7 98 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. mugiloïdes, le mugil appendiculatus de M. Bosc, que M. de Lacépède a nommé mugilo- more Anne-Carolme. 1 Ce n'est autre chose que Yelops de la côte des États-Unis. Sa dorsale unique, les trente- quatre rayons branchiaux, les appendices qu'il a à toutes les nageoires, les nombres de rayons de chacune d'elles le (ont connaître suffi- samment, seulement il doit y avoir une faute dans rémunération de ceux de la caudale, qui ne sont portés qu'à dix. B. 34; D. 20; A. 15; G. 10; P. 18; V. 15. Quand M. de Lacépède dit, p. 3o,5, que sa mâchoire inférieure est carénée en dedans, c'est une chose qu'il a seulement conclue du nom de muge, donné à ce poisson par M. Bosc, et d'ailleurs il y a aussi quelque chose d'ap- prochant dans Yelops; et quand il ajoute que chaque rayon de la dorsale a un appendice, il se fonde seulement sur une équivoque. M. Bosc avait dit : mugil appendiculatus , pinna dorsali unica, viginti-radiata , omni- bus appendiculatis ; mais il entendait omni- bus pinnis, et non pas omnibus radiis. Ces méprises, nées du désir de multiplier les espèces et de la facilité à en établir sur des 1. Lacép.> t. V, p. 098. CHAP. T. MUGES. 90 indications incomplètes, sont innombrables en histoire naturelle, et sont une des causes les plus influentes de la confusion où sont tombées quelques parties de cette science. Le redressement que nous proposons ici est d'autant plus certain, que M. Bosc lui- même a bien voulu nous communiquer la figure qu'il avait confiée à M. de Lacépède avec sa description. On voit encore dans ce genre un autre exemple de cette malheureuse facilité: je veux parler du mugil chilensis de Molina. Voici les paroles de cet auteur: « Cette rivière (le Rio claro) fournit en abondance des muges, appelés athempe ou liza, non moins délicats que les truites et qui ne diffèrent du céphale d'Europe que parce qu'ils n'ont qu'une seule nageoire dorsale. 1 * Sur une phrase aussi vague, et de la part d'un écrivain si peu instruit, on est allé jus- qu'à fabriquer une liste des nombres de rayons, ou plutôt à l'emprunter aux muges ordinaires. B. 1; D. 1/8; A. 3/9; C. 16; P. 12; V. 1/5. M. de Lacépède, érigeant ce poisson en genre sous le nom de mugiloïde*, lui suppose, i. Molina, Essai sur l'hist. nat. du Chili; i. re édit. , p. 224; 2. e édit. ital., p. io,5. Le traducteur français, p. 2o3, a un peu altéré ce passage. — 2. Lacép., t. V, p. 3g3. ■\ 00 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. comme au mugilomore , une mâchoire infé- rieure carénée en dedans, et cela sur un fon- dement encore plus faible, savoir, que Molina avait cru devoir l'appeler mugil. Il nous semble que l'histoire naturelle ne peut que gagner à négliger de pareils documens. Il n'en est pas tout-à-fait de même poul- ies espèces dont on a de bonnes figures ou des descriptions suffisantes, et qui n'ont été mal classées que par l'inhabileté des nomenclateurs. Tel est (toujours parmi les prétendus muges d'Amérique) le mugil cinereus de Walbaum 1 , ou le shad de la Caroline, de Catesby, t. II, pi. 11, fig. 2, qui est de notre genre gerres. On ne conçoit pas comment il a pu venir à l'idée de quelqu'un d'en faire un mugil. DES MUGES D'AFRIQUE. Après cette revue des muges de l'Amérique orientale, nous allons traverser l'Atlantique et examiner ceux de la côte occidentale de l'A- frique. Bloch en avait reçu un de Guinée, qu'Isert lui avait envoyé; il lui donne le nom de tang, et croit le caractériser par ses opercules sans 1. Artedi renov., 3." partie, p. 228. CHAP. I. MUGES. 4 01 écailles; mais ce n'était là qu'un accident qui arrive à tous les muges que l'on ne prépare pas avec assez de soin, et l'on ne peut pas en tirer un caractère. Il lui associe comme variété un poisson que John lui avait envoyé de Tran- quebar, et dont il indique les différences beau- coup plus que suffisantes dans ce genre pour distinguer une espèce; enfin, il ne dit pas clairement lequel des deux est représenté sur la planche, en sorte que son article n'éclaircit presque rien. Les recherches faites dans son cabinet n'ont pas été beaucoup plus heureuses. L'individu que probablement il avait reçu disert, et qui est encore étiqueté mugil tang de la mer d'Ethiopie, est d'une espèce fort semblable à notre céphale; mais il est presque impossible que ce soit celui qu'il a fait dessiner, tant sa figure serait peu exacte. Nous avons donc été obligés de recourir à la nature; heureusement secondés parles envois que MM. les gouverneurs Roger et Jubelin nous ont faits du Sénégal, et par ceux de la même côte, que nous devons à MM. Rang et Heude- lot, par les anciennes collections qu'Adanson en a rapportées, et par celles que M. Delalande a faites au Cap , nous sommes arrivés aux résul- tats suivans. \ 02 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Le Sénégal et probablement les autres fleu- ves de cette côte, possèdent notre céphale d'Europe sans aucune différence appréciable; avec sa grande taille, son museau large et bombé, ses dents presque imperceptibles, ses narines écartées, ses maxillaires cachés, ses larges sous-opercules, les grandes écailles de la base de ses pectorales; en un mot, avec tous les caractères que nous lui avons recon- nus, et sans aucune des modifications que ses formes éprouvent dans les espèces de la côte américaine. Ainsi, on ne peut douter qu'il ne se ren- contre sur toute la côte de Guinée , et cela nous porte à penser que c'est à lui qu'ap- partient la figure du mugil tang de Bloch. La convexité de la tête, la forme du sous- orbitaire et du maxillaire, les proportions des pièces operculaires , y sont bien conformes. On y a négligé cependant l'écaillé de la base de la pectorale et celle de la première dor- sale; on y a rapproché les orifices des narines, et l'on y a placé aux mâchoires des dents assez fortes; mais ces incorrections n'étonnent point quiconque a appris ce que valent souvent dans les détails ces belles planches si satisfaisantes en apparence. Adanson a aussi rapporté de l'embouchure CHAP. I. MUGES. \ 05 du Sénégal un muge entièrement semblable au sauteur de la Méditerranée, et manifestement de la même espèce. Mais il y a encore dans le Sénégal et aux environs au moins trois autres muges, étran- gers à l'Europe. Le Muge a grandes écailles. (Mugil grandisquamis , nob.) Le premier appartient au groupe de notre céphale , par ses yeux couverts de peau adipeuse et par sa lèvre mince; mais il est remarquable par l'extrême gran- deur de ses écailles, dont il n'a que vingt- six ou vingt-huit sur une ligne longitudinale (au lieu de quarante-cinq), et neuf ou dix sur une ligne trans- versale (au lieu de treize ou quatorze). Sa hauteur est près de cinq fois dans sa longueur. Sa tête y est cinq fois et demie : elle est menue; sa hauteur à la nuque ne fait que les deux tiers de sa longueur. Les orifices de sa narine sont rapprochés : il est impossible d'y sentir ni d'y voir aucunes dents. Son sous-orbitaire, tronqué en arrière, a son bord anté- rieur ou inférieur fortement échancré en arc rentrant, pour la commissure des lèvres , et un peu pour le bout du maxillaire qui se montre au-dessous. La pectorale n'a pas de grandes écailles sur sa base, et celle de la première dorsale n'est pas considérable. \ 04 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Sa hauteur avant la caudale est de plus de moitié de celle du corps au milieu. B. 6; D. 4 — 1/8; A. 3/9; C. 14; P. 16; V. 1/5. Sa langue ressemble à celle du chélon : elle est trièdre et a ses âpretés placées de même sur les arêtes. Le palais a aussi le même enfoncement en gouttière longitudinale. La portion antérieure de la mem- brane qui recouvre le vomer, est hérissée de papilles grandes et pointues, qu'un examen superficiel ferait prendre facilement pour des dents. Sur les palatins qui bordent de chaque côté la gouttière du palais, il y a des âpretés médiocres, disposées sur deux lignes longitudinales. Il paraît avoir été de couleur d'argent glacée de brun. Les viscères ressemblent assez à ceux du muge capiton; les plis des intestins ont presque la longueur de l'abdomen, mais les intestins ne font pas un grand nombre de replis; il y a sept appendices cœcales, courtes et peu grosses. La branche montante de l'estomac , qui lui-même est fort petit, est arrondie en un gros bulbe : elle n'a pas l'arête si forte que nous offre le capiton. La vessie natatoire est très- grande : elle s'étend dans toute la longueur de l'abdomen; elle a en avant trois cornes courtes, celle du milieu est un peu bifide. Nous en avons vu des individus parfai- tement semblables, l'un a treize pouces et a été envoyé par M. Roger, l'autre, un peu plus petit, faisait partie de la belle collection don- CHAP. I. MUGES. 105 née au Muséum par M. Rang. M. Heudelot l'a aussi trouvé à l'embouchure de la Gambie. Le Muge a anale en faux. (Mugilfalcipinnis, nob.) Le second de ces muges du Sénégal tient de près au muge doré d'Europe par les formes, ayant comme lui le maxillaire caché, les orifices de la narine rappro- chés, et manquant de grande écaille sur la pectorale; mais sa tête est plus petite à proportion de son corps, son œil plus grand, son sous-orbitaire tron- qué carrément et non obliquement, sa première dor- sale moins élevée, sa nuque plus plate, sa pectorale placée plus haut, et son anale très-échancrée en faux. On ne peut lui sentir de dents. Ses nombres sont: D. 4— 1/9 et A. 3/11. Par ce dernier chiffre il diffère beaucoup du doré. Sa langue ressemble à celle du précédent, mais elle est pliée de manière à former une arête moins aiguë, d'où il résulte que la gouttière du palais qui la reçoit, est moins profonde. Elle a des âpretés sur le pourtour, et une petite plaque sur l'arête moyenne, mais dans le fond de la bouche, au lieu d'être à sa pointe. Les âpretés palatines sont fines, sur deux bandes étroites. Les couleurs observées sur les individus frais rapportés par M. Rang, prouvent qu'elles diffèrent peu de celles de notre muge doré. Il est long de dix à onze pouces. 4 06 LIVRE XIII. MUCILOÏDES. Nous avons retrouvé deux beaux individus de ce muge à anale en faux parmi les nom- breuses espèces dont M. Jubelin, gouverneur du Sénégal, vient d'enrichir le Cabinet du Roi. Les nègres donnent à ce muge le nom de subier. L'un de ces individus a quatorze pouces de long. Nous avons pu examiner quelques parties de ses viscères : l'estomac est court et gros; on compte dix-sept appendices cœcales autour du pylore; le péritoine est d'un noir très-foncé. Le Muge a tête courte. i (Mugil breviceps _, nob.) Le troisième, qui a été rapporté de Corée par Adanson, tient aussi d'assez près au muge doré, ayant les mêmes dents, le même maxillaire et, autant qu'on peut en juger, les couleurs semblables; mais sa tête est plus courte à proportion, et comprise près de six fois dans la longueur; son opercule fait moitié de la longueur de la tête; sa lèvre supérieure est plus mince ; son sous-orbitaire est un peu plus étroit, a le bord inférieur plus arrondi et manque presque entièrement de carène; sa caudale est moins profondément écliancrée. D. 4 — 1/8; A. 3/9; C. 14; P. 15; V. 1/5. Les côtes du Cap nourrissent aussi des muges dont un appartient aussi au groupe du céphale, et s'en distingue même très-peu CHAP. I. MUGES. 1 07 au premier examen; l'autre est voisin de notre muge sauteur. Le Muge de Constance. (Mugil Constantiœ 3 nob.) Nous ne croyons pas que ce muge à écailles prolongées dans l'aisselle de la pectorale et à la base des ventrales, et dont la tête large a des yeux recouverts par une épaisse mucosité, soit de la même espèce que le céphale de la Médi- terranée. En effet, quoique bien voisine, cette espèce nous paraît différer par un corps plus court et plus haut, par une tête plus courte , et par un museau moins arrondi. La hauteur du corps ne fait que le quart de la distance du bout du museau à la fourche de la caudale. La longueur de la tête est près de six fois dans la longueur totale; les yeux sont moins recouverts que ceux de notre céphale. On compte quarante écailles entre l'ouïe et la caudale. Celles qui sont sur le bout du museau paraissent plus petites que dans notre mugil cephalus, et il y a trois ou quatre grands pores le long du sous-orbitaire, que je n'observe pas sur nos céphales. D. 4—1/8; A. 3/9, etc. La couleur est jaune doré ou argenté, sur un fond gris plombé au-dessus de la ligne latérale; on ne voit pas de raies longitudinales bien marquées. Les nombres sont ceux du céphale. \ 08 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Nous en possédons deux beaux individus de près de dix-sept pouces, qui ont été rap- portés par MM. Quoy et Gaimard. Ils vien- nent des eaux douces près de Constance. Leur chair délicate est très-recherchée par les ha- bitans de la colonie. Le Muge du Cap. (Mugil capensis 3 nob.) Outre ce muge, semblable à notre céphale, M. Delalande a rapporté du cap de Bonne- Espérance un muge qui a tous les caractères du mugil saliens, mais avec une tête plus étroite à proportion , et un corps un peu plus haut et sans raies aussi appa- rentes. Le petit point noirâtre qu'on voit sur la base de la pectorale dans notre capiton , et dont il y a aussi quelques traces dans le M. saliens, est assez marqué dans cette espèce. Nous n'en avons que de petits individus de six ou huit pouces. DES MUGES DES INDES. La mer des Indes est plus féconde en muges qu'aucune autre, et sans parler des indications légères de Valentyn et de Renard, plusieurs voyageurs, vraiment naturalistes, en ont déjà recueilli les espèces les plus remarquables : CHAP. I. MUGES. \ 09 Commerson en a décrit et dessiné une; Fors- kal en décrit quatre, qu'il prend mal à propos pour des variétés d'une seule; Russel en donne trois autres, beaucoup mieux caractérisées; il y en a cinq dans Buchanan, et nous avons trouvé les dessins de deux parmi ceux de Forster. Mais la similitude , on peut dire désespérante, de tous ces poissons, attache à leur synonymie et à l'expression de leurs ca- ractères , des difficultés tout aussi insurmon- tables que pour les muges des deux rives de l'Atlantique, et nous-mêmes qui en avons en ce moment plus de vingt-cinq espèces sous les yeux, nous sommes dans le plus grand em- barras pour transmettre à nos lecteurs des différences que l'inspection seule est capable de faire saisir. Nous avons dû la plupart de ces muges des Indes à MM. Pérbn, Duvaucel, Leschenault, Quoy et Gaimard, Kuhl et van Hasselt, Lesson et Garnot, Bélanger, Dussumier, qui, d'après nos instances, ne se sont point arrêtés à des ressemblances apparentes, et ont recueilli tout ce qui leur est tombé sous la main, pour en faire en lieu de repos l'examen comparatif. C'est une règle que les voyageurs ne peuvent trop s'imposer, s'ils veulent concourir à ce que la science fasse des progrès solides et ne soit 440 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. pas sans cesse exposée à ces confusions rebu- tantes qu'y ont fait naître des recherches superficielles. Plus récemment nous avons eu le bonheur de pouvoir examiner les muges de la mer Rouge que MM. Ehrenberg et Ruppel en ont rapportés, et de les comparer soit aux descrip- tions de Forskal, soit aux figures et aux notices des autres voyageurs. Le Muge céphalote. (Mugil cephalotus , nob.) Nous trouvons d'abord parmi ces muges des Indes, une espèce qui répond si bien à notre céphale par tout le détail de ses caractères, qu'il est fort difficile, je dois le dire, de l'en distinguer même par ses couleurs. Ce poisson nous a été envoyé de Poncli- çhéry par M. Leschenault. M. Dussumier en a eu aussi dans sa collection. On en pèche toute l'année dans cette rade, et il y parvient à deux pieds de longueur. Sa chair est très-délicate et fournit une nourriture abondante aux ha- bitans. Les indigènes le nomment kinté miné. Sa teinte générale est grise en dessus , blanche en dessous, avec des lignes noirâtres comme dans notre céphale d'Europe. Il a de même une bande noirâtre CHAP. I. MUGES. \ 1 \ sur la base de la pectorale et du noirâtre sur la seconde moitié de cette nageoire. Nous lui trouvons cependant la tète un peu plus étroite vers l'extrémité, et ce qui nous paraît le caractère le plus frappant, c'est que la mâchoire supérieure dépasse davantage l'in- férieure. Je présume fort que c'est cette espèce que Renard (I. re part, pi. 2 , fig. 10) a repré- sentée un peu grossièrement, à la vérité, sous le nom malais de blanaque, que Valentyn (p. 45 8 > n.° 356) change en balana. Les proportions en sont les mêmes et l'on y voit une bande bleue sur la base d'une pectorale jaune; le corps a des raies longitu- dinales, mais très-pâles. Valentyn regarde ce poisson comme analogue au Harder ou muge d'Europe. J'en ai également reconnu la figure, et mieux faite que celle de Renard, dans un recueil de peintures chinoises, qui est dans la biblio- thèque de Banks. C'est, à ce que je soupçonne, le mugil cephalus de M. Buchanan, p. 21g. Sa descrip- tion cadre parfaitement avec nos individus, si» ce n'est qu'il ne parle point de l'écaillé triangulaire au-dessus de la pectorale, qui 112 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. était peut-être tombée dans ceux qu'il a ob- servés. M. Buchanan dit que l'on trouve ce pois- son en quantité dans les bouches du Gange, aux endroits où l'eau est encore salée: il re- monte aussi plus haut. Sa taille est dune coudée et de deux pieds. Malgré sa délicatesse, on en mange peu à Calcutta, parce qu'il n'est bon que près de la mer, et qu'il veut être mangé aussitôt qu'il est pris. Les Bengalis le nomment sole bkanggan: bkanggan est le nom générique des muges. M. Bussel a aussi dans ses Poissons de Ki- zagapatam (II, p. 64, pi. 180) un mugil qu'il nomme cephalus, que les indigènes appellent, dit-il, bontali, et dont la figure, ressemble exactement au nôtre, pour l'ensemble et les proportions des parties, ainsi que pour les raies; seulement on n'y voit pas l'écaillé de dessus la pectorale , et l'anale semble n'avoir qu'une épine; et Fauteur répète ces différences dans son texte, p. 65. Mais je me crois cer- tain du moins qu'il y a erreur relativement au dernier point ; car aucun muge n'a moins de trois épines à son anale, et je ne m'éton- nerais pas qu'il en fût de même relativement à l'écaillé pectorale, car j'ai remarqué à plus d'un endroit que Bussel a fait ses descrip- CHAP. I. MUGES. 115 tions d'après les dessins et non d'après la na- ture, en sorte qu'on peut attribuer les fautes de cette espèce à son dessinateur. Ce poisson atteint dix-huit pouces et de- vient même beaucoup plus grand. Bien que très-commun aux Indes, il y est très-estimé, et sa chair y est bien supérieure à celle du muge d'Angleterre. C'est bien sûr aussi le mugil dur de Fors- kal, Consp.y p. xiv, n.° 109, var. y. M. Ehren- berg l'a rapporté sous le même nom ou à peu près, ohrj et c'est d'ailleurs la seule espèce de cette mer à laquelle conviennent les caractères que Forskal assigne à son bur, d'yeux presque cachés sous de la graisse, et d'une tache noire oblongue et oblique sur la pectorale. Le Muge de Bourbon. {Mugil borbonicus 3 nob.) M. Dussumier a rapporté de Bourbon un muge non moins voisin du céphale que celui- ci, par les caractères du voile adipeux de l'œil et des écailles de la pectorale et de la première dorsale; mais il a le corps beaucoup plus haut à proportion , puisque sa hauteur n'est que quatre fois et demie dans la longueur totale, et qu'elle l'est près de six 11. 8 114 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. fois dans le muge céphalote de la côte malabare. Il a aussi le museau plus étroit, la tête moins large, les épines de la dorsale un peu plus grosses. On lui compte trente-cinq à quarante écailles entre l'ouïe et la caudale. D. 4 — 1/8 A. 3/8, etc. Il a le dos verdâtre, les flancs et le ventre ar- gentés, le dessus du crâne verdâtre, les opercules brillans et argentés, toutes les nageoires verdâtres, la caudale bordée de noir. Notre individu est long de sept pouces, mais M. Dussumier dit qu'on en voit de beau- coup plus grands, et qu'il est très-estimé à Bourbon. Le Muge kunnesée. (Mugil CunnesiuSy nob.) Russel a un autre muge plus petit , son kun- nesée (pi. 181), que nous avons aussi reçu des Moluques, desséché, avec l'étiquette blanak ou harder, deux noms génériques des muges, l'un en malais et l'autre en hollandais. Par l'écaillé pointue de sa pectorale et par son maxillaire il se rapproche du cépliale. Son sous-orbi- taire ne paraît ni échancré, ni dentelé, ni tronqué. Le caractère particulier de sa physionomie consiste dans sa tête petite, bombée, et dans son museau court, lequel occupe le premier quart de la longueur de la tête, l'œil le second, la moitié reste en arrière CHAP. I. MUGES. 115 de l'œil. Sa hauteur n'est qu'un peu plus de quatre fois dans sa longueur; sa tête y est cinq fois et demie. La hauteur de sa tète fait les trois quarts de sa lon- gueur. Ses mâchoires sont presque égales; son dos est gris; ses flancs et son ventre blancs. Russel ne lui donne que cinq rayons à la membrane des ouïes; mais c'est très-probablement une erreur. Il dit qu'on le prendrait volontiers pour un jeune céphale. L'individu de Russel était long de sept pouces et demi : le nôtre en a six. D. 5— 1/8; A. 3/9; C. 14; P. 16; V. 1/5. M. Dussumier a vu cette espèce fort abon- dante à la côte malabare; elle est très-estimée sur les marchés de Bombay. On en voit des individus de quinze pouces de long, colorés en verdâtre sur le dos , argentés sous le ventre , et ayant la seconde dorsale et l'anale bordées de noir. Le Muge verdâtre. (Mugîl subviridis, nob.) Un autre muge de la côte malabare ayant aussi les yeux recouverts par une peau adi- peuse, mais peu épaisse, se distingue en outre par le museau comprimé et en coin; par son front moins convexe; par sa pectorale plus courte, dont l'écaillé axillaire est \ \ G LIVRE XIII. MUGILOÏDES. presque rudimentaire et fort obtuse. Nous ne pouvons voir aucunes dents aux mâchoires. D. 4— 1/8; A. 3/8, etc. Suivant M. Dussumier, qui l'a vu frais, le dos est gris verdâtre, le dessous du corps est argenté, le bord de la caudale est noirâtre. Ce zélé voyageur nous en a procuré aussi de nombreux individus pris à Pondichéry et même dans le Gange; ils ont de six à huit pouces de longueur; mais il y. en a de quinze pouces. Le Muge de La Peyrouse. ( Mugil Perusii, nob.) Nous trouvons dans le grand Océan un muge à corps large et trapu, car la hauteur n'est comprise que quatre fois et demie dans la longueur totale; dont les yeux sont recouverts par une mu- cosité aussi épaisse que ceux de notre céphale, mais qui a la tête moins large que lui, et qui, sous ce rap- port, et par son front convexe, ressemble au mugil Cunnesius , mais sans en avoir le museau bombé. La tête est un peu plus longue que celle de ce der- nier; attendu que dans le sujet décrit dans cet ar- ticle, elle n'a pas tout-à-fait le cinquième de la lon- gueur du corps. La lèvre supérieure est épaisse, sans dents ni cils, et paraît comme coupée oblique- CHAP. I. MUGES. 117 ment sous le museau, ce qui donne à celle espèce un caractère très-particulier. La pectorale est plus courte que la tête, et l'é- caille de son aisselle est plus longue et plus aiguë qu'à aucun autre. La seconde dorsale et l'anale sont couvertes de petites écailles. D. 4 _ 1/8 ; A. 3/8. La caudale est plutôt échancrée que fourchue. Les écailles du corps sont un peu plus grandes; elles sont d'ailleurs traversées par de petits traits relevés et longitudinaux. La couleur paraît avoir été uniforme et argentée à reflets dorés, mais sans lignes longitu- dinales brunes. La pectorale a une teinte noirâtre assez notable. L'individu que nous décrivons est long de six pouces et demi, et a été rapporté de Vani- koro, où il habite avec d'autres espèces, par MM. Quoy et Gaimard ; aussi lui avons-nous donné un nom qui rappellera à tous les savans les côtes où l'espèce dont nous parlons pourra être retrouvée. Le Muge de Broussonnet. (Mugil Broussonnelii 3 nob.) La collection de poissons de la mer du Sud, donnée à Broussonnet par -sir J. Banks , con- tient un muge a yeux voilés et à maxillaire caché comme notre céphale, mais qui est dif- 4-18 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. férent de tous ceux des Indes dont nous venons de parler. La longueur de la tête est à peu près. du cin- quième de celle du corps. Sous la dorsale épineuse, la hauteur du tronc fait le quart de sa longueur, la caudale n'y étant pas comprise. La lèvre supérieure est épaisse, surtout au milieu, où elle devient comme un tubercule charnu qui remonte dans l'échancrure pratiquée entre les deux naseaux pour la recevoir. L'écaillé axillaire n'a guère que le tiers de la pec- torale, qui elle-même est comprise près de sept fois dans la longueur totale. L'appendice écailleux de la dorsale est très-pointu et dépasse de beaucoup la nageoire, dont les trois rayons antérieurs sont forts et poignans. La seconde dorsale et l'anale sont écail- leuses : la caudale est peu fourchue. D. 4 — 1/9 ; A. 3/9, etc. Nous n'avons trouvé l'indication précise du lieu où ce poisson, long de neuf pouces, a été pris par Cook. Nous avons lieu de croire que Solander avait vu cette espèce en la regardant comme le mugil communisy qui était gris sur le dos, plus argenté sur les côtés , et blanc d'argent sous le ventre. Il y a dans les manuscrits de ce même natu- raliste un mugil lavaretoides qu'il est diffi- cile de caractériser par le peu de mots qu'il en dit 3 mais nous avons cependant quelques CHAP. I. MUGES. \ \ 9 raisons de soupçonner que c'est de l'elops dont il s'agit ici. Quant au troisième muge, auquel il a donné l'épithète de strigatus , il est incontestable que c'est un mulle, et que probablement le mot de mugi! a été écrit par un lapsus calami: le poisson était rouge, avec une bande jaune tirée des yeux à la caudale; d'ailleurs le mot cirrhusalbus ne laisse aucun doute. C'est probablement du mulle rayé dont il est question. Le Muge corsula. (Mugil corsula t nob.) Le mugil corsula, que M. Buchanan a re- présenté avec exactitude dans ses Poissons du Gange (pi. 9, fig. 97), appartient encore au groupe des céphales par son maxillaire caché, par ses narines écartées, et en partie par le voile membraneux qui couvre son œil, au moins en arrière; mais je ne lui vois pas d'écaillés sur la pectorale. Son museau est encore plus court, plus obtus, plus déprimé qu'au kunne- sée, et son œil plus petit; la partie postérieure de sa tête est bien plus alongée, ce qui fait que l'œil est tout en avant, et que le museau est excessivement court. L'orbite est relevé et entame le front, en sorte que sa tête rappelle la forme de celle de plusieurs serpens ou, à quelques égards, celle d'un poisson 420 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. d'une tout autre famille, l'anableps de Surinam. L'orifice postérieur de sa narine est beaucoup plus près de l'orbite que de l'orifice antérieur. Le sous- orbitaire est bas et alongé : on ne lui voit de dentelure qu'à sa pointe postérieure. La mâchoire supérieure est sensiblement plus avancée que l'autre. L'opercule se termine un peu en pointe obtuse. Sa langue- est épaisse , un peu relevée en toit, tout-à-fait lisse, sans aucunes âpretés : celles des palatins sont très-faibles. Cette espèce est alongée; sa hauteur est près de six fois dans sa longueur; sa tête y est quatre fois et deux tiers; la longueur de sa tête ne fait pas moitié de sa longueur. La seconde dorsale ne commence que sur le milieu de son anale, ce qui n'est pas assez marqué dans la figure de M. Buchanan. D. 4 — 1/8; A. 3/9; C. 14 ; P. 16 ; V. 1/5. Ses écailles sont assez petites, il en a cinquante et quelques sur une ligne longitudinale. Un de nos individus, long de six pouces et parais- sant argenté, est teint de brunâtre avec des lignes longitudinales étroites; un autre, un peu plus long, est presque entièrement brun verdâtre. M. Buchanan 1 nous dit que dans l'état frais il est teint de verdâtre en dessus, argenté en dessous; que ses lignes sont formées par des suites de taches, et que ses nageoires sont transparentes-, ses yeux sont petits, mais très-saillans, et leur pupille est plus haute que large. Il arrive à un pied de longueur. Le foie de ce muge est très-petit; l'œsophage est 1. Gangetic fishes , p. 221, CHAP. I. MUGES. 424 court, l'estomac grand, conique et alongé;il atteint presqu'à l'anus. La branche montante est très-courte et arrondie comme un petit pois. H y a deux ap- pendices cœcales , dont l'antérieur est replié sur lui- même et presque caché sous le foie; le bord libre de l'autre est, au contraire, attaché le long de l'in- testin. Le canal intestinal est long : il fait un assez grand nombre de replis avant de se rendre à l'anus. La vessie natatoire est fourchue en avant ; elle occupe un peu plus de la moitié de la longueur de la cavité abdominale. Le péritoine est noirâtre. Nous avons reçu ce poisson des bouches du Gange par les soins de M. Dussumier. Khorsula est le nom que lui donnent les indigènes. On le pèche dans le Gange et dans la plupart des rivières qui s'y jettent, et on en a introduit dans quelques étangs de la partie méridionale du Bengale. Il nage ordi- nairement le museau et les yeux hors de l'eau, ce qui fait croire qu'il cherche les mouches et autres petits insectes qui se tiennent à la surface. Sa chair est très-bonne, et les Euro- péens la recherchent beaucoup pour leur table. M. Dussumier dit qu'on prendrait sa tête pour celle d'une grenouille. Il en a vu des individus de dix-huit à vingt pouces. M. Raynaud en a rapporté du Gange sous le nom de collo. \ 22 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Le Muge a tête plate. (Mugil planiceps, nob.) M. Duvaucel a envoyé du Bengale une es- pèce de muge distincte de toutes les autres par l'aplatissement extrême de sa tête. Elle n'a pas en hauteur à la nuque moitié de sa longueur: en avant elle est encore bien plus plate, sa hauteur surpasse sa longueur d'un tiers. L'œil est petit, placé au quart antérieur; la distance entre les orifices de la narine et celle qui est entre le postérieur et l'orbite, sont à peu près égales. Le sous-orbitaire est dentelé, échancré en angle obtus; son extrémité est ' tronquée carrément et presque sans dentelure. La lèvre supérieure est assez mince, mais ses dents, quoi- que très-petites, se voient aisément. Les écailles sont assez grandes. Je crois qu'il y en a une courte sur la pectorale; mais l'individu est si mal conservé que je ne puis en juger que par le repli resté à la peau. La première dorsale n'a que les deux cinquièmes de la hauteur du corps, mais ses rayons sont assez forts. La hauteur du corps au milieu égale la lon- gueur de la tête, et est cinq fois dans la longueur totale. B. 6; D. 4— 1/8; A. 3/9; C. 14; P. 17; V. 1/5. M. Bélanger nous en a rapporté qui ont treize ou quatorze pouces de longueur. M. Dus- sumier en a eu de plus petits, pris dans les étangs salés des environs de Calcutta; ils ont CHAP. I. MUGES. 123 la couleur générale des muges, verdâtres sur le dos et argentés sous le ventre. Après ces espèces, qui se rapprochent du céphale d'Europe par le voile adipeux dont leur œil est entouré, nous pouvons en citer qui tiennent de près au chélon et surtout au labéon, par leur lèvre supérieure haute et char- nue ; mais qui s'en distinguent promptement parce qu'à l'état de repos leur maxillaire est caché par le sous-orbitaire et les replis des mâchoires. Le Muge crénilabre. (Mugil crenilabisj Forsk.) La mer Rouge en produit deux, que M. Eh- renberg a rapportés, et qui pourraient presque également bien correspondre au mugil creni- labis de Forskal. Celui auquel nous affectons plus particulièrement ce nom, parce qu'il répond mieux à la description du naturaliste danois , a tout-à-fait la forme générale de notre labéon; sa lèvre supérieure est aussi épaisse, aussi haute; mais les angles latéraux en sont plus aigus; il a égale- ment la carène de la lèvre inférieure échancrée, et des crénelures fines et charnues aux lèvres; mais elles sont ici beaucoup plus fortes. Son œil est plus petit; les écailles du dessus de sa tête, plus grandes. Il n'a 124 LIVRE XIII. MUGIL01DES. pas le sous-orbilaire échancré; on peul dire qu'il a tout au plus un léger feston au-dessus de la commis- sure. Dans l'état de repos on n'aperçoit rien de son maxillaire; l'anale commence directement sous la deuxième dorsale, ne porte que neuf rayons mous, tandis que dans le labéon elle en a onze et com- mence un peu plus avant que la deuxième dorsale à grandeur égale; ces deux nageoires sont, dans le crénilabre, couvertes d'écaillés. Sa tête est un peu plus longue et plus large, et sa caudale un peu plus courte, qu'au labéon; mais l'échancrure en prend de même moitié de la longueur. La tête est contenue cinq fois dans sa longueur totale, celle de sa cau- dale près de six fois, et sa hauteur quatre fois et un tiers. Tout son corps est argenté et légèrement teint de verdâtre vers le dos; on n'y voit pas les cinq lignes brunes qui régnent sur les flancs du labéon. Une petite tache noire ou bleuâtre se remarque à l'angle supérieur de la base de la pectorale et se prolonge en une bande noirâtre sur cette base du côté de l'ais- selle, bande qui ne.se voit point à la face externe. Ses écailles, demi-elliptiques, aussi larges que longues, ont une légère strie sur le milieu de leur partie exté- rieure et cinq ou six rayons à leur éventail. D. 4 _ I/85 A. 3/9, etc. Ce poisson, qui ressemble au chélon parla position de l'anale et le nombre de ses rayons, en diffère par une lèvre beaucoup plus épaisse, par l'occultation absolue de son maxillaire, par un sous-orbitaire tronqué moins oblique- ment et par l'absence de raies sur les côtes. CHAP. I. MUGES. 425 Le Muge rubanné. (Mugilfasciatus, nob.) Le second de ces labéons de la mer Rouge n'est peut-être qu'une variété du précédent, et M. Ehrenberg ne l'en a pas distingué. Ses formes, les nombres de ses rayons, sont les mêmes; mais il a la lèvre encore plus épaisse, cou- verte de papilles plus fortes; le sous-orbitaire est plus entaillé, et il y a en outre quelques différences dans les couleurs, car on aperçoit encore sur le corps cinq ou six bandes verticales , nuageuses et irrégulières, d'une teinte grisâtre. On lui voit aussi la tache à l'aisselle de la pectorale. Notre individu est long de huit pouces. Ces poissons se trouvent dans toute la mer Rouge , et ils y portent encore le nom iïarabi, qu'on leur donnait au rapport de Forskal. Le Muge lippu. (Mugil labiosus , nob.) La mer Rouge nourrit encore une troisième espèce, fort voisine du crénilabre, en même temps qu'elle tient encore plus que celui-ci de l'espèce suivante. Ce muge a la lèvre supérieure non moins épaisse au milieu, mais plus encore près de l'angle; aussi \ 20 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. le sous-orbîtaire est -il profondément échancré, beaucoup plus que ne l'est celui du labéon de la Méditerranée. Cette lèvre, sans papille ni dentelures charnues, a un sillon transversal assez creux, formé par un repli profond de son bord. L'inférieure est mince, nïolle, charnue, taillée en biseau, échancrée dans le milieu; son tubercule est très-mince. La branche de la mâchoire inférieure est élargie; mais elle ne cache pas l'extrémité courbée du maxillaire qui dépasse le sous-orbitaire. Le front est aplati. La tête fait le cinquième de la longueur totale; elle est un peu plus courte que la hauteur du tronc sous la première dorsale. La pectorale est aussi longue que la tête : elle est assez pointue. La seconde dorsale est étroite et pe- tite; elle est couverte d'écaillés, ainsi que l'anale. La caudale est échancrée, plutôt que fourchue. D. 4 — 1/7 ; A. 3/9; C. 17; P. 16; V. 1/5. Le dos est brun verdâtre, avec quatre ou cinq traits noirâtres longitudinaux. Une tache bleue se voit à l'aisselle de la pectorale. Le ventre est ar- genté. Nous en avons reçu plusieurs individus longs de six pouces, qui faisaient partie des collections de M. Polydore Roux, dont les sciences ont à déplorer la perte récente à Bombay. CHAP. I. MUGES. 127 Le Muge cirrhostome. (Mugil cirrhostomus , Forster.) Schneider compare à ce mugil crenilabis le mugil cirrhostomus de Forster. C'est, en effet, une espèce très-voisine, mais bien distincte, que nous pouvons facilement carac- tériser, aujourd'hui que nous en avons sous les yeux un fort bel individu, rapporté de la Nouvelle-Irlande par les naturalistes de l'ex- pédition de M. d'Urville. Il est en tout semblable au dessin que nous en avons trouvé dans la bibliothèque de Banks. C'est un muge sans dents, à lèvres charnues, épaisses et dont les papilles sont disposées sur le bord de la lèvre supérieure en quinconce sur neuf ou dix ran- gées, et à l'inférieure sur deux petits plis élevés de la peau, qui forment une fraise fort singulière; chaque papille est portée sur un pédicule bien dis- tinct, un peu renflé à son insertion, La hauteur du corps est coutenue quatre fois et trois quarts dans la longueur totale; mais il est de tous les muges celui qui a la tête la plus courte et la plus ronde, car sa longueur est près de six fois dans celle du corps. Le sous-orbitaire est sans échancrure, et coupé carré- ment; il n'a presque pas de dentelures. L'œil est encore plus près du bout du museau; les lobes de sa queue sont très-pointus; la pectorale est aussi longue que la \ 28 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. tête et taillée en faux; son écaille axillaire est large, et du tiers de la nageoire; les appendices de la première dorsale sont plus longs qu'elle, la seconde nageoire du dos et l'anale sont couvertes d'écaillés très-serrées; elles sont taillées en faux. B. 6; D. 4_ 1/8; A. 3/10; C. H; P. 16; V. 1/5. Les écailles du corps sont fortes , au nombre de trente ou trente-cinq entre l'ouïe et la caudale; le bord de chacune est finement ciliée. Forster lui attribue une couleur plombée sur le dos , une tache noire sur la base des pectorales , et une autre sur la nuque, des lignes brunâtres sur les flancs, formées par des reflets; mais il lui donne les nombres suivans : B. 5; D. 4 — 9 ; A. 9 (sans distinguer les épineux des mous) ; C. 17; P. 16; V. 5. Malgré ces différences , nous ne pouvons douter de l'identité de l'espèce. L'individu de Forster était long de dix-neuf pouces et avait été pris dans l'océan Pacifique 1 ; le nôtre n'a que dix pouces. Le Muge a tache bleue. (Mugil cœruleo-maculatus , Lacép.) M. Cuvier n'a pas cru que M. de Lacépède ait conjecturé aussi juste que Schneider : trou- vant dans Commerson une description assez 1. Bloch, Schneider, p. lai. CHAP. I. MUGES. 129 vague du voyageur, et une figure qui ne laisse au contraire rien à désirer, d'un muge de la mer des Indes, dont la pectorale a aussi une tache noire (ou bleu foncé) à sa base , M. de La- cépède a établi sur la description, son muge tache-bleue 1 ; et en même temps il a rapporté au mugil crenilabis la figure 1, pi. i3 dont l'original est évidemment du même poisson, mais à laquelle son graveur a supprimé la tache. Cette figure ne marque aucune crénelure aux lèvres, et Commerson, dans sa description, n'en fait aucune mention; il trouve même une ressemblance exacte, pour cette partie, entre son poisson et la description d'Artedi , qui est du céphale ou du capiton. Sa figure ne donne d'ailleurs à ces lèvres rien qui approche de l'épaisseur qu'elles ont dans le crenilabis. La justesse des doutes de M. Guvier vient d'être confirmée par l'examen que nous avons pu faire du poisson lui-même , rapporté de l'Isle- de-France par M. Dussumier. La longueur de la tête est du cinquième de la lon- gueur totale, qui contient elle-même cinq fois la hauteur du tronc. Le dessus du crâne est très-bombé, et comme le dessous de la mâchoire inférieure est bien renflé, le museau de cette espèce est plus gros 1. Lacép., t. V, i. re part., p. 385 et 389. 1 1. Q 150 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. que dans aucune autre; c'est ce qui est bien rendu dans la figure de Commerson. La lèvre supérieure est très-épaisse, l'inférieure mince et taillée en biseau; elles n'ont aucunes papilles ni ne paraissent avoir de dents. Le sous-orbitaire n'est point échancré ni den- telé, son angle inférieur est arrondi; entre lui et l'œil il y a un peu de peau adipeuse, mais on n'en voit aucune trace à l'angle postérieur. La pectorale est taillée en faux et plus longue que -la tête; son écaille axillaire n'atteint pas tout-à-fait à la moitié de la nageoire; l'appendice écailleux de la première dorsale est aussi long que la base de cette nageoire; la seconde dorsale et l'anale sont taillées en faux et couvertes d'écaillés; les lobes de la caudale sont assez pointus. Les nombres sont: B. 6; D. 4—1/8; A. 3/9, etc. Ils diffèrent peu de ceux de Commerson, car les nombres qu'il indique sont les suivans : B. 5; D. 4 — 9; A. 10; P. 16; et relativement à ceux de la membrane branchiale, quoiqu'il assure les avoir examinés avec soin, nous avons trop bien vérifié le notre, lequel est conforme à celui de tous les muges, pour n'être pas persuadé qu'il n'ait pas négligé le sixième Il donne au dos une couleur bleue tirant au brun, aux flancs un blanc brunâtre, et au ventre un blanc argenté; les nageoires supérieures et la caudale sont brunâtres, les inférieures blanchâtres; il ne parle point de raies , si ce n'est qu'il dit que les écailles sont striées longitudinalement (ce qui doit produire des raies par reflet); sa figure n'en marque point. CHAP. I. MUGES. 454 La longueur du dessin est de dix-huit pouces, mais notre individu n'en a que neuf. M. Dussumier confirme les observations de Commerson, en lui donnant une taille double de celle de l'individu qu'il a rapporté. C'est, dit-il, un poisson abondant à l'Isle-de-France; il y est fort estimé; on le prend pendant une saison à l'hameçon, mais dans une autre il ne mord plus et on se sert d'autres moyens pour le pêcher. Le Muge axillaire. (Mugil axillaris , nob.) Les mers de l'Inde nourrissent un autre muge à tache bleue dans l'aisselle de la pectorale, comme celui qui précède, et qui, malgré la grande ressemblance avec lui; en diffère par la forme du sous-orbitaire qui a une petite échancrure au bas de son bord antérieur, de sorte que l'angle inférieur est aigu et se reporte en avant sous l'angle de la commissure; le bord postérieur est coupé carrément, finement dentelé. Outre ce carac- tère assez saillant , nous trouvons à cette espèce l'œil un peu plus ouvert, placé dans un orbite dont le bord échancre davantage la ligne de profil. Le bout du museau est moins convexe, la mâchoire inférieure est plate et oblique; la lèvre supérieure est large , mais coupée obliquement sous le bout du museau, ce qui donne un aspect tout différent à ce muge. \ 32 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. La pectorale est longue et pointue, mais son ap- pendice écailleux est bien plus court et n'atteint pas au tiers de la longueur; la seconde dorsale est plus étroite, elle a, comme l'anale, la surface couverte d'écaillés. D. 4 — 1/8; A. 3/9; C.17, etc. Les couleurs ressemblent tout-à-fait à celles du précédent. Nous en avons un individu de neuf pouces qui a été rapporté de la Nouvelle-Guinée par MM. Quoy et Gaimard, et un autre plus petit n'ayant que six pouces, qui a été envoyé de l'Isle-de-France par M. Desjardins. Le Muge cylindrique. (Mugil cjlindricus t nob.) Nous avons reçu du Musée royal de Leyde un muge qui faisait partie des collections faites à Java par MM. Ruhi et Van-Hasselt, et qui a le corps plus cylindrique qu'aucun autre ; sa hauteur est comprise quatre fois et un quart dans sa longueur totale. La tête est courte, du cinquième de la longueur du corps; le museau est encore plus raccourci et plus rond que celui du muge à tache bleue. Le sous-orbitaire est coupé plus carrément, mais sans échancrure; l'écaillé axillaire est plus courte; la deuxième dorsale et l'anale sont écailleuses et courtes. D. 4 — 1/8; A. 3/9, etc. CHAP. I. MUGES. 433 La couleur est uniforme et argentée sur le corps, jaunâtre sur la tête, les nageoires paraissent avoir été verdâtres. Il n'y a point de tacjies dans l'aisselle de la pectorale. Malgré les grandes affinités de ce muge avec celui de Commerson, nous le regardons bien comme d'une espèce distincte. L'individu est long de quatre pouces. Le Muge bouveron. (Mugil amarulus 3 nob.) Nous trouvons encore dans les collections faites à Java par MM. Kuhl et Van-Hasselt et dans celle de M. Dussumier de la côte de Coromandel, un petit muge à corps comprimé, à tête beaucoup plus courte que la hauteur du corps, à front légèrement convexe, à sous-orbitaire coupé carrément, non échancré, rétréci en arrière et cachant la pointe du maxillaire. Une écaille axillaire, mais courte, est au-dessus de la pectorale; les nageoires dorsale et anale sont cou- vertes d'écaillés; la caudale est peu échancrée; les couleurs sont argentées et uniformément brillantes* On ne voit aucune raie sur les côtés, ni de tache près de la pectorale. D. 4 — 2/8 5 À. 3/9, etc. On pourrait prendre ces petits poissons de forme bien distincte pour un cyprin, et ils ressemblent assez à celui que nous nommons 134 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. la Bouvière [cjprinus amarus, Lin.). C'est pour rappeler celte ressemblance que j'ai ima- giné le nom sous lequel je les fais connaître. Nos individus ont deux ou trois pouces. Nous rapportons encore à cette espèce de petits muges parfaitement semblables, que M. Leschenault a pris à Pondichéry, et aux- quels les pêcheurs donnaient le nom de pa- randa-sala. Ils ne passent pas quatre pouces, et on en prend beaucoup dans la rivière d'Arian- Coupan pendant les mois de Novembre et de Décembre. Les espèces qui nous restent à décrire sont, comme le M. cœruleomaculatus , de celles où le maxillaire se recourbe et se montre der- rière la commissure des lèvres; mais ces organes n'ont point d'épaisseur. Quelques-unes ont en- core des caractères particuliers et suffisamment distinctifs. Le Muge macrolépidote. (Mugil macrolepidotus, Rupp.) L'une d'elles, par exemple, est couverte de grandes écailles, comme notre grandis quamis du Sénégal; mais elle a le corps moins alongé à proportion, la tête plus large et plus courte, l'œil plus près de la ligne du profil; le sous-orbitaire, coupé obliquement et CHAP. I. MUGES. 155 presque pas échancré, remonte jusqu'au-devant du nasal et louche presque à celui du côté opposé, ce qui donne au museau une tout autre forme. Le maxil- laire ne paraît que très-peu; la hauteur et la longueur de sa tête sont chacune cinq fois dans sa longueur totale. Sa lèvre supérieure est mince, et ses dents très- courtes et excessivement fines. On compte vingt-cinq ou vingt-six écailles sur une ligne longitudinale, et neuf ou dix sur une transversale. Sa dorsale posté- rieure et son anale sont assez pointues, mais sa caudale n'est presque pas échancrée. Les deux pre- mières sont couvertes d'écaillés très-serrées. D. 4 — 1/8; A. 3/9; G. 14; P. 15 ; V. 1/5. Il paraît tout entier d'un jaunâtre métallique de laiton. Les écailles sont plus brunes aux bords. Ses nageoires sont grises, et les pectorales plus foncées que les autres, ou même noires dans une grande partie de leur surface. Chacune de ses écailles a une ligne étroite sur son axe. Il y a un enfoncement très-grand au-devant du vomer; les âpretés palatines sont fines et disposées sur deux plaques étroites très-écartées l'une de l'autre. La langue est légèrement pliée en toit, et ses deux bords latéraux sont échancrés vers le bout, à peu près comme dans le muge doré. Il y a des âpretés sur son pourtour et sur l'arrière de l'arête du milieu. Ce muge a l'estomac conique, alongé, à parois minces et transparentes ; la branche montante est épaisse et presque cylindrique; le pylore est entouré de dix appendices ccecales courtes, dont quelques- unes sont bifides. \ 56 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Le canal intestinal est large, et ne fait que quatre à cinq replis avant d'arriver à l'anus. La vessie natatoire a ses parois très - minces , et donne deux petites cornes de sa partie antérieure. Un de nos individus, long de neuf pouces, paraît entièrement d'un jaune verdâtre un peu bronzé; il a été recueilli près des îles de Waigiou et de Rawack, par MM. Quoy et Gaimard, qui l'ont décrit, dans la relation du voyage de M. Freycinet, sous le nom de muge Christian; mais l'équivoque qu'il produit en latin , nous empêche de le conserver. MM. Lesson et Garnot l'ont aussi trouvé près de l'île de Borabora , l'une de celles de la Société, et MM. Quoy et Gaimard l'ont rapporté pendant leur second voyage des îles de Vanikoro. M. Ehrenberg l'a pris aussi dans la mer Rouge, où il l'a décrit d'après le frais. Ses pectorales étaient toutes noires, ses dorsales noirâtres, et il y avait du noir à la pointe de son anale, ce qui avait déterminé ce voyageur à le nom- mer melanopterus. Un échantillon qu'il a bien voulu nous donner est long de onze pouces. 11 ne paraît pas que cette espèce ait été connue de Forskal. M. Ruppel l'a également observé, et en a CHAP. I. MUGES. 1 37 donne une très-bonne figure (pi. 35, fig. 2) sous le nom que nous lui conservons. Cette espèce est également abondante à la côte malabare , car M. Dussumier nous en a rapporté beaucoup d'individus. Il ajoute encore quelques notions aux couleurs prises sur le frais : selon lui, le dos est verdâtre sous un réseau noirâtre formé par les bords vert foncé de chaque écaille. Les na- geoires dorsale et anale sont verdâtres et les pec- torales noirâtres; les flancs argentés portent trois ou quatre rayures longitudinales et noirâtres. Le Muge pedaraki. (Mugil pedaraki , nob.) Le peddaraki-sowere de Russel, pi. 182, approche un peu des précédens et surtout du grandisquamis, par les écailles et la forme pointue de la dorsale et de l'anale. Ses écailles, cependant, sont plus nom- breuses , sa caudale plus fourchue , sa tête plus petite et moins bombée, et bien que la figure n'exprime pas la forme de son sous-orbitaire , elle nous semble marquer suffisamment que c'est une autre espèce. D. 4 _ 9; A. 12 probablement 3/9 5 C. 18; P. 19 j V. 1/5. L'individu de Russel était long de deux pieds. Shaw a imaginé que c'était le même que le muge de Malabar, cité par Bloch comme 1 38 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. une variété du tang, et les réunit sous le nom de mugil malabaricus. Non-seulement cette identité n'est pas prouvée, mais il y a preuve du contraire. Bloch dit de son muge malabare qu'il n'a que dix rayons à l'anale. Nous arrivons enfin à des espèces qui n'ont plus d'autres caractères que quelques diffé- rences dans leurs proportions. Toutes ont, comme le muge sauteur d'Europe , le maxil- laire paraissant un peu derrière la commis- sure, la lèvre supérieure mince, les dents visibles, quoique très -fines, et la pectorale dépourvue d'écaillés particulières. Le Muge de Péron. {Mugil Peronii, nob.) Pérou en a rapporté deux de la Nouvelle- Hollande. La première a le profil supérieur rectiligne, la hauteur de la tête à la nuque égale aux deux tiers de sa longueur, sa largeur égale aux trois quarts de sa hauteur, la distance de l'œil au museau plus grande que le diamètre de l'œil et que la moitié de sa dis- tance à l'ouïe, la longueur de la tête quatre fois et demie dans la longueur totale. La ligne de son dos et celle de son ventre saillent presque également. Sa hauteur au milieu fait le quart de sa longueur. Ses CHAP. I. MUGES. 139 écailles ont dix ou douze rayons à leur éventail, et il y en a de petits entre eux vers leur origine. D. 4 — 1/9 s A. 3/10 ; C. 14 ; P. 16 ; V. 1/5. Sa couleur paraît fort argentée : s'il y a des raies, elles sont peu apparentes. Notre individu est long de sept pouces. Sa langue ressemble beaucoup à celle du muge doré : mais l'arête du milieu est ici beaucoup plus élevée et plus tranchante, sans aucune âpreté; il y en a sur les deux bords, qui sont échrancrées. Les âpre- tés palatines sont peu nombreuses, sur deux plaques distantes l'une de l'autre; le vomer est droit. Le foie du mugil Peronii est petit, réduit à un seul lobe fort court, presque carré, situé à gauche de l'œsophage. L'estomac est grand , conique, alongé : il descend presque aux quatre cinquièmes de la lon- gueur de l'abdomen. La branche montante est petite, alongée, cylindrique; il n'y a que deux cœcums au pylore : ils sont assez gros, mais courts et écartés l'un d e l'autre. Le canal intestinal fait plusieurs replis et sinuo- sités avant de se rendre à l'anus ; il est moins long que celui de la plupart des autres muges. La vessie nalatoire est grande , simple , sans aucune division des cornes : elle est très-mince. Le péritoine est d'un noir très-profond. Les naturalistes de l'expédition commandée par M. le capitaine d'Urville, nous ont fait connaître le lieu où ce poisson se trouve. Ils 4 40 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. ont rapporté au Cabinet du Jardin des plantes un individu long de dix pouces et pris sur la côte nord-ouest de la Nouvelle-Hollande dans le port Western. Le Muge pointu. (Mugil acutus s nob.) Une autre espèce des mêmes parages, éga- lement rapportée par Péron, est plus alongée et a surtout la tête plus longue et plus pointue que celle de tous les autres muges. Sa langue est plate, relevée dans son milieu par une arête vive; les bords n'en sont point échancrés, Les apretés sont très-fines sur le bout. La hauteur de sa tête n'est guère plus de moitié de sa longueur; sa largeur est des quatre cinquièmes de sa hauteur. L'œil occupe exactement le deuxième quart de cette longueur; le profil supérieur et l'infé- rieur sont rectilignes. La tête est quatre fois et demie dans la longueur totale , et la hauteur du corps y est plus de cinq fois. Les écailles, plus larges que longues, ont douze rayons à leur éventail. D. 4 — 1/8 ; A. 3/9 ; C. 14 ; P. 16 ; V. 1/5. Sa couleur paraît plus dorée qu'au précédent: son dos surtout est d'un brun verdâtre plus foncé. Notre individu n'a que quatre pouces, mais il paraît jeune. Le foie du rniigil aculus est triangulaire, et a son bord gauche festonné. L'estomac est assez grand ; sa CHAP. I. MUGES. 444 branche montante est alongée, épaisse, mais n'a pas la figure pyriforme des autres muges. Il n'y a que deux appendices cœcales, grêles, écartées l'une de l'autre. Les intestins sont courts, ils ne font que quatre replis avant de se rendre à l'anus. La vessie natatoire a des parois si minces que nous n'avons pu voir sa forme : elle est médiocrement grande. Le Muge de Forster. (Mugil Forsteriy nob.) Forster a observé un muge qui remonte en foule au mois d'Avril dans les rivières de la Nouvelle-Zélande , et l'a cru le mugil albula de Linné. L'espèce paraît sous ce nom dans le Bloch de Schneider, p. 120, avec une des- cription peu caractéristique; mais la figure que nous avons retrouvée dans la bibliothèque de Banks, présente un museau aigu et un profil droit, qui la font ressembler beaucoup au précédent; seulement cette tête est bien plus courte à propor- tion du corps, étant comprise près de cinq fois et demie dans la longueur totale; la hauteur du corps est exactement la même que la longueur de la tête. Forster donne quelques nombres et comme il suit : B. 5; D. 4 — 1/9; C. 16; P. 14; V. 1/5; 442 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. mais nous n'ajoutons aucune foi à celui des rayons branchiaux , et nous pensons qu'il a compté ceux de la caudale et des pectorales autrement que nous ne le faisons. Ses individus étaient longs d'environ huit pouces. Leur dos était d'un brun bleuâtre, leur ventre ar- genté. Une tache brune marquait la pointe de leur seconde dorsale et de leur anale. Les pectorales sont brunes, la caudale d'un brun jaunâtre, les autres nageoires transparentes; couleurs qui ressemblent beaucoup à celles que nous décrirons bientôt dans notre mugil mekinochir. Le Muge Ferrand. {Mugil Ferrandi, QuoyetGaim., Expéd. Freycinet, Zool.,pl. 59, % 5.) Le petit muge que MM. Quoy et Gaimard ont rapporté du port Jackson et nommé M. Ferrand, a le corps moins alongé que les deux précédens, la tête plus courte et le profil plus bombé dans la partie du crâne. La tête est quatre fois et demie dans la longueur totale, et la hauteur de son corps quatre fois; ses proportions sont à peu près les mêmes que dans le muge de Péron, sauf la légère convexité de son crâne. Ses écailles, plus larges que longues, ont de douze à quatorze rayons. D. 4 — 1/8? A. 3/10; C. 14; P. 16; V. 1/5. CHAP, I. MUGES. 445 Sa couleur est argentée et légèrement teinte de gris roussâtre. Une bande un peu bleuâtre règne le long de chaque flanc. Sa langue est plate et relevée par une arête comme celle de notre M. aculus, mais ses bords sont échancrés. La base de la pectorale du côté de l'aisselle a une bande noire, qui ne se voit que lorsqu'on relève la nageoire. Sa caudale, dont les angles ne sont pas assez pointus dans la figure, a un léger liséré noir. Les individus ne dépassent pas quatre pouces. Le Muge a pectorales noires. (Mugil melanochir.) Un petit muge de Java, que nous devons à MM. Kuhl et van Hasselt, et que ces jeunes naturalistes ont nommé mugil melanochir _, est remarquable par la largeur de sa tête, non moins que par la noirceur de ses pectorales. La largeur de sa tête égale sa hauteur, et elle n'est pas déprimée plus qu'à l'ordinaire; sa hauteur fait les deux tiers de sa longueur. Son museau se trouve ainsi coupé à peu près carrément. La tête et la hau- teur du corps s'égalent à peu près, et ne sont guère plus de quatre fois dans la longueur totale. Ses écailles, aussi longues que larges, ont de six à huit rayons à leur éventail. Sa langue a sur son milieu une arête couverte d'âpretés très-fortes; celles des bords sont plus fines: aux palatins il y en a d'assez fortes. D. 4 — 1/7; A. 3/8; C. 14; P. 16; V. 1/5. 144 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Il est argenté, sans raies, un peu gris sur le dos. Sa pectorale est noire, sauf le quart inférieur, qui est transparent; les autres nageoires sont finement pointillées de noirâtre, surtout vers le bord de la première dorsale et vers la pointe de la seconde. Cette espèce ne paraît pas devenir très-grande, car le grand nombre d'individus qu'ils ont envoyés, n'a que trois pouces et quelques lignes. Ce petit muge s'étend assez loin dans la mer des Indes , car MM. Quoy et Gaimard en ont rapporté de Guam un autre individu de la même taille. Le Muge Parsia. (Mugil Parsia s Hamilton, Buchanan, Gangetic jishes, p. 21 5, pi. 17, fig. 21.) Le muge parsia des eaux douces du Ben- gale, décrit et représenté par M. Buchanan, paraît avoir presque exactement les proportions de ce M. melanochir. L'auteur lui donne un rayon de plus à la seconde dorsale, et dit qu'il est argenté, teint de verdâtre sur le dos, pointillé et sans raies. Il ne parle d'aucunes taches noires sur les nageoires. B. 6; D. 4 — 1/8; A. 3/8; C. 14; P. 14;.V. 1/5. Ce poisson ne passe pas un empan, et n'en atteint le plus souvent que la moitié. Nous croyons le retrouver dans un poisson rapporté des bouches du Gange par M. Dus- CHAP. I. MUGES. 145 sumier ? etqui paraît répondre aux proportions de ce par si a. Sa hauteur est quatre fois et deux tiers dans la lon- gueur totale; la longueur de sa tête égale la hauteur du corps ; la distance du bout du museau à l'œil ne fait que le quart de la tête. La ligne du profil est légè- rement convexe, sa mâchoire supérieure est un peu proéminente; son sous-orbitaire échancré, presque en angle droit, est très-finement dentelé; la partie visible de son maxillaire est très-petite : il paraît tout entier de couleur olive bronzée. Ses dents sont d'une finesse excessive, à peine visibles à la loupe. D. 4 — 1/8 j A. 3/9, etc. Notre individu est long de six pouces. Nous en avons reçu de semblables de la côte de Malabar par M. Bélanger. Le Muge cascasia. (Mugil cascasia, Buch.) Ce mugil cascasia } décrit aussi par M. Bu- chanan, et trouvé dans les rivières du nord du Bengale , ressemble beaucoup (dit l'auteur) au mugil parsia, mais il est plus alongé; sa couleur est argentée avec une teinte verdâtre sur le dos, sans raies, et il y a une tache jaune pâle de chaque côté près des pecto- rales et de la caudale. Chaque écaille a un trait lon- 1 1. io 1 4G LIVRE XIII. MUG1L0ÏDES. gitudinal sur son milieu. Les nombres sont indiqués comme il suit : B. environ 3; D. 4 — 1/7; A. 2?/8; V. 1/5. mais, à coup sûr, ceux des branchies et probable- ment aussi ceux des épines de l'anale, ont été mal comptés. Ce poisson n'a d'ordinaire que trois à quatre pou- ces. On en fait peu de cas pour la table: Nous ne l'avons pas vu, mais d'après ce qu'on dit des rapports de sa forme avec le M. parsia , ce ne peut être une des espèces qui précèdent. Nous ne pouvons rien affirmer sur son maxillaire, ni sur l'écaillé de sa pectorale, dont M. Buchanan ne parle pas. Le Muge a nageoires jaunes. ( Mugil melinopteruSj, nob. ) Les naturalistes de l'expédition envoyée à la recherche de La Peyrouse, ont rapporté de Vanikoro un autre muge, qui diffère de ceux de cette île dont nous avons parlé, parce que le bout du maxillaire se voit dans l'angle de la bouche, derrière le sous-orbitaire, et que l'œil n'a pas de voile adipeux. Le sous-orbitaire est caréné et échancré comme dans le mugil saliens; la tête est aplatie; la lèvre supérieure épaisse et avancée dans l'échancrure laissée entre les os du nez ; les dents sont d'une finesse excessive; les deux narines sont rapprochées : il n'y a pas d'écaillés axillaires. La se- CHAP. I. MUGES. \ A7 conde dorsale et l'anale sont courtes et écailleuses; la caudale peu fourchue. D. 4 — 1/8; A. 3/9, etc. MM. Quoy et Gaimard, qui l'ont vu frais, disent que le corps était blanc bleuâtre, légèrement brun en dessus; la pectorale et la première dorsale brunes; les autres nageoires étaient remarquables par leur couleur jaune-citron, et plus vive sur la caudale. L'individu est long de huit pouces. Les habitans leur ont donné ce poisson sous le nom de padagoconqué. Il y est très-com- mun. Ces naturalistes ont confirmé la fixeté des couleurs de cette espèce sur un grand nombre d'individus. Ils ont ajouté dans la note qu'ils ont bien voulu nous communiquer, que ce poisson était mêlé avec d'autres muges de deux pieds de long, et qu'ils ont regardés comme le mugil cephalns d'Europe. Nous avons tout lieu de croire qu'ils ont voulu parler du mugil Perusii, décrit plus haut. Le Muge de Dussumier. {Mugil Dussumieri , nob. ) Un autre muge de l'Inde, pris depuis Bom- bay jusque sur la côte de Goromandel, nous a été rapporté par M. Dussumier, et nous 448 LIVRE XIIT. MUGILOÏDES. nous sommes fait un devoir de lui dédier cette nouvelle espèce. • Le museau est comprimé en coin ; les lèvres sont peu épaisses; le sous-orbitaire est caréné, plié sur lui-même, un peu échancré; le maxillaire paraît au- dessous de lui. Les deux narines sont rapprochées; entre elles et le sous-orbitaire, et au-devant de l'œil, on voit une peau épaisse adipeuse, qui ne s'avance pas assez sur cet organe pour lui servir de voile : il y a aussi un peu d'adiposité près de l'autre angle. Cette disposition me paraît caractéristique dans cette espèce- La première dorsale a les épines fortes, la seconde dorsale et l'anale sont pointues et écailleuses, la cau- dale est peu fourchue. D. 4 — 1/8; A. 3/9, etc. Le corps est verdâtre, et il y a trois lignes brunes ou noirâtres , étroites et parallèles le long du mi- lieu des flancs. Nos individus sont longs de huit à neuf pouces. Le Muge caréné. (Mugil carinatiiSy Ehrenb.) M. Ehrenberg a rapporté au Musée de Ber- lin et nous a communiqué un petit muge de la mer Rouge, qui a le museau très-déprimé, les sous-orbitaires échancrés et faisant une forte saillie anguleuse en carène de chaque côté de la bouche. On voit les CHAP. I. MUGES. 149 maxillaires sous l'angle de la mâchoire; le dos est assez tranchant ; les nageoires sont petites et écail- leuses ; la caudale est peu échancrée. D. 4 — 1/8; A. 3/9, etc. Les écailles ont de petites élevures qui forment trois ou quatre lignes relevées en carène de chaque côté du corps. La couleur est verdâtre sur le dos, argentée sur le reste du corps. M. Dussumier a retrouvé la même espèce sur la côte malabare, et il l'a reprise ensuite aux S échelles. Nos individus n'ont que trois pouces ou trois et demi de long. MM. Quoy et Gaimard nous la font con- naître de l'île Guam. M. Reynaud en a rapporté d'autres indivi- dus et d'aussi petite taille , pris à Pondichéry. Il paraîtrait que l'espèce reste dans de petites dimensions. Le Muge a dents recourbées. (Mugil curvidens , nob.) MM. Quoy et Gaimard ont pris au milieu de l'Atlantique, sur les bords de l'île de l'As- cension, un petit muge qui se fait remarquer par le caractère de ses dents. Elles sont fortes, égales et proclives sur le bord des \ 50 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. deux mâchoires. L'inférieure a la lèvre pliée en des- sous, de manière que les dents de cette rangée viennent se placer parallèlement et en arrière de celle de la mâchoire supérieure , mais de façon que les pointes des dents soient dirigées en has. Cette mâchoire in- férieure a une sorte de fossette triangulaire, bordée par ces lèvres ainsi redressées, et un tubercule en dessus, mais plus caché que dans les autres muges. Le maxillaire est recouvert par le sous-orbitaire, qui est large en avant, pointu en arrière, sans échan- crure en carène. L'œil n'a aucun voile particulier; il n'y a point d'appendice écailleux aux nageoires : celles-ci sont sans écailles. D. 4 — 1/8; A. 3/9, etc. Le corps est bleuâtre sur le dos , argenté sans aucune ligne ou bande le long des flancs; une tache bleue occupe toute la base de la pectorale. Nos individus n'ont que trois pouces de long. Le Cabinet du muséum d'histoire naturelle possède d'autres petits muges de Bahia, qui nous paraissent être de cette même espèce. Ils ont les mêmes dents ; nous leur trouvons le corps plus comprimé et plus haut; mais cela peut dépendre du ramollissement que ces in- dividus auraient subi dans la liqueur. CHAP. I. MUGES. 154 Le Muge ciliilabre. (Mugil ciliilabis y nob.) Il existe à Callao de Lima un petit muge fort voisin de celui qui précède. Il a les dents plus petites et plus fines, moins recourbées vers le bas, mais saillantes et formant une rangée de cils autrement disposés que dans les autres muges. Celui-ci a d'ailleurs le dos plus droit, le corps plus arrondi, la tête plus courte, les écailles plus petites que le M. curvidens. D. 4— 1/8; A. 3/9. Les nombreux individus que nous avons examinés, viennent des collections faites par M. Gaudichaud. On pourrait presque séparer des autres muges ces deux petites espèces de poissons. On prendrait, au premier aspect, ceux de la dernière pour de très-jeunes scombres. Ainsi nous avons déjà cinquante espèces dans un genre où Linnœus encore n'en comp- tait que deux et les distinguait mal , et dont M. Cuvier n'avait connu que trente-trois ou trente-quatre. Cette énumération, faite géné- ralement, comme nous l'avons dit, sur l'exa- men d'un ou plusieurs individus de chaque 1 52 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. espèce, s'est accrue à ce point contre notre attente, malgré l'attention extrême que je mets dans toutes ces recherches à ne point les mul- tiplier d'après de légers accidens individuels, et en suivant, autant que me le permettent mes faibles talens, les préceptes de mon illustre maître. Mais la force de l'évidence ne me pa- rait pas permettre d'en supprimer une seule ; bien plus, j'en trouve encore dans les auteurs que je ne puis rapporter à celles que j'ai ob- servées sur la nature. Forskai a encore trois autres muges, qu'il range comme des variétés sous son M. creni- labisy mais qui en diffèrent par des traits qui me paraissent manifestement spécifiques. Le Muge scheli. (Mugil scheli, ForsL) Le scheli a les épines dorsales plus raides; ses lèvres n'offrent ni crénelures ni cils (par cils il entend sans doute les dents). La carène de sa lèvre inférieure est divisée par un sillon ; les lignes de ses flancs sont très-peu marquées; ses pectorales sont jaunâtres; toute la base en dedans est noirâtre; ses ventrales sont blanchâtres; les autres nageoires sont glauques. C. 14; P. 16. Il n'est long que de six pouces. Le noir de l'ais- selle semble le rapprocher de notre mugil Peronii. CHAP. I. MUGES. 453 Les Arabes le nomment scheli: à Lohaia on lui donne le nom particulier de hari. Il fraie en hiver, au coucher des pléiades. 1 M. Ehrenberg a cru retrouver le scheli dans un muge de la mer Rouge qui, d'après son dessin, me paraît aussi assez voisin de notre mugil Peronii, et qui a une bande noire sur la base de sa dorsale. Sa mâchoire inférieure est à peine carénée. Le lobe supérieur de sa queue est un peu plus long que l'in- férieur. Son sous-orbitaire est tronqué et finement dentelé au bout. Sa hauteur est contenue quatre fois et un quart dans sa longueur totale; la longueur de sa tête égale, à peu de chose près, la hauteur du corps. Le Muge tade. {Mugil tade, Forsk. 2 ) Le tade ou YJEdda n'a aussi qu'une carène simple à la lèvre inférieure; ses épines sont raides; la seconde nageoire du dos est plus longue que la première; sa lèvre supérieure est très-finement dentelée; il n'a point de taches à la pectorale; ses ventrales, son anale et sa dorsale ont leurs bases roussâtres; les lobes de sa queue sont obtus. Il n'est rien dit de sa taille ni de ses rayons. Ces indications peuvent convenir à beaucoup de nos espèces. 1. Forskal, /. c, p-j3, n.° 109 b. — 2. Id. f p. 7/», n.° 109 d. \ 54 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. M. Ehrenberg a cru devoir l'appliquer à un muge de la mer Rouge, qui réunit à Ces divers caractères des formes qui paraissent peu différentes du mugil cascasia. Le front est un peu rétréci entre les yeux ; ce muge a le sous-orbitaire tronqué et finement den- telé au bout, l'œil fort rapproché de la commissure, et la hauteur quatre fois et trois quarts dans sa lon- gueur. Mais n'ayant pu comparer ces deux espèces avec les nôtres que d'après les dessins qui nous ont été communiqués par ce savant voyageur, nous n'oserions affirmer qu'elles ne rentrent pas dans quelques-unes de celles que nous avons décrites. Pour achever d eclaircir l'histoire des muges, nous croyons devoir répéter qu'il faut retran- cher de ce genre deux espèces que Fors ter et Forskal y ont placées mal à propos. Le niugil salmoneus de Forster, ainsi que nous nous en sommes assurés par l'examen de son dessin conservé dans la Bibliothèque de Banks, est Xélops d'Orient, comme nous avons reconnu plus haut que le mugil appendiculatus de Bosc est Xélops d'Amérique. La description du compagnon de Cook doit avoir été fort incorrectement copiée dans le Bloch de Schneider, p. 121, ou Forster doit CHAP. I. MUGES. \ 55 avoir mal observé sa membrane branchiale, car on ne lui donne que quatre rayons; mais les seules ventrales à dix rayons, et la queue à vingt-huit, et la ligne latérale, auraient dû avertir qu'il ne s'agissait pas d'un muge. 1 M. Schneider a soupçonné que le mugil chanos de Forskal 2 {^Chanos arabique de M. de Lacépède 3 ) est aussi un élops, et il est certain que ses nombres se rapportent de bien près à ceux de Forster 4 ; mais nous l'avons reconnu depuis dans un cyprinoïde que M. Ehrenberg a rapporté en abondance de la mer Rouge, et nous en reparlerons dans un autre chapitre. 1. B. 4; D. 15; A. 8; C. 28; P. 16; V. 10. _ 2. Bescr. anim. arab., p. 74, n.° 110. — 3. Lacép., t. V, p. 3g5 et 396, — 4. B. 4; D. 14; A. 9; C. 20 ; P. 16; V. 11. 1 56 . LIVRE XIII. MUGILOÏDES. CHAPITRE IL Des Cestres, des Dajaus et des Nestis. Nous plaçons à la suite des muges, des pois- sons qui y tiennent par l'ensemble de leur physionomie générale; mais qui en diffèrent génétiquement par les caractères que nous avons déjà énoncés au commencement de ce livre. Les cestres, dont nous parlons d'abord, ont une grande ressemblance avec les muges; mais la fente de leur bouche les fait aisément re- connaître. Nous leur voyons des dents, même sur une bande étroite, à la mâchoire supé- rieure seulement; l'inférieure en est toujours privée. La première dorsale n'a que quatre rayons, et le dernier rayon est alongé et rap- proché des précédens, ce qui change la forme de cette nageoire, comparée à celle des pois- sons du genre dont nous distrayons ceux-ci. Nous n'en connaissons que deux espèces, qui viennent d'être découvertes pendant la grande expédition scientifique que le Gou- vernement avait mise sous les ordres de M. le capitaine d'Urville. Nous n'en avons trouvé au- cun indice dans les ouvrages que nous avons pu consulter. CHAP. IL CESTRES. 457 Le Cestre a lèvres plissées. (Cestrœus plicatilis, nob.) La première a le corps un peu plus comprimé latéralement que celui de nos muges ordinaires : le dos est cependant encore fort arrondi. La hauteur, qui est du double de l'épaisseur, est contenue quatre fois et un peu plus dans la longueur totale. La tête est courte , à vertex étroit mais très- bombé, à museau pointu et à bouche fendue lon- gitudinalement et non en travers comme celle de nos muges. La longueur est comprise cinq fois et quelque chose dans celle du corps. L'orbite est beaucoup au-dessous de la ligne du profil, et ne l'entame nullement. Son diamètre fait un peu plus du quart de la longueur de la tête; il est éloigné du bout du museau d'une fois et demie ce diamètre. L'œil n'est d'ailleurs recouvert par aucune mem- brane adipeuse. Le sous-orbitaire ne cache que la partie antérieure du maxillaire; il est étroit, petit, arrondi en arrière, couvert de quelques écailles, et son bord est tout-à-fait lisse et sans dentelures. On ne lui voit ni carène près du bord orbitaire, ni échancrure sur le bord antérieur. Les trois pièces de l'opercule sont cachées sous les grandes écailles qui les recouvrent. On n'aper- çoit du préopercule que le bord horizontal et un peu de son angle fort obtus, qui se porte beau- coup au-delà de l'œil. Il n'y a aucune pointe à l'o- \ 58 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. percule; son bord membraneux est très-étroit; dans la direction de l'œil il fait un arc rentrant, qui devient, au contraire, convexe sous la pectorale et le long de la fente des ouïes : elle est grande. La membrane branchiostège , peu large, a six rayons. D'ailleurs l'isthme est si étroit, que les deux interopercules se touchent presque sous la gorge. La lèvre supérieure est fort épaisse , et fait à l'ex- trémité du museau une masse charnue, couverte de papilles excessivement fines et nombreuses, qui donnent à cet organe une apparence veloutée ; elle recouvre un intermaxillaire long, grêle en arrière, assez large dans sa partie moyenne, d'où s'élève la branche montante. Celle-ci est forte et longue, ce qui rend la bouche protractile; mais elle ne fait que l'abaisser dans la protraction, parce que le maxillaire a lui-même peu de liberté. La. partie an- térieure de cet os grêle et droit se retire, quand la bouche est fermée, sous le bord inférieur du sous- orbitaire; le reste de l'os le dépasse ensuite, du côté postérieur, de près de moitié de sa longueur. Le bord de la mâchoire a, le long d'une lèvre épaisse, une rangée de fines dents. Le voile membraneux du palais est peu large, assez libre , et un peu creux derrière l'angle formé par la réunion des deux os intermaxillaires. La mâ- choire inférieure est un peu plus courte que la su- périeure. Un léger tubercule charnu existe sur la symphyse. Les branches sont hautes près de leur articulation , et leur portion supérieure laisse même une impression sur le palais du poisson. Il n'y a CHAP. II. CESTRES. 4 59 aucunes dents à celle mâchoire. La lèvre qui la borde est très -épaisse et s'étend sous la branche horizontale de manière à faire deux petites pa- lettes charnues, obtuses à leur extrémité libre, et qui se touchent par leur bord interne, tant les branches sont rapprochées sous l'isthme. Les côtés de la lèvre sont garnis d'un nombre considérable de petites lames verticales serrées, et constituent une frange fort remarquable, dont je n'ai pas vu d'au- tres exemples dans la classe des poissons; car je ne pourrais comparer à ces lames si fines, si ser- rées, et placées à l'extérieur, que celles qui existent sous le repli de la lèvre des bars, des perches et d'autres acanthoptérygiens; mais dans ces espèces elles me paraissent cependant de nature différente. Le palais n'a point de dents, soit aux palatins, soit au vomer; mais les deux angles de son chevron font une forte saillie sous la voûte palatine. Les deux ouvertures de la narine sont l'une près de l'autre et rapprochées de l'œil : la postérieure est grande et ovalaire, l'antérieure est un petit trou rond. La longueur de la pectorale est du sixième de celle du corps. Son premier rayon est courbe et assez large : il est suivi de vingt-deux autres rayons. Dans son aisselle il y a une écaille un peu oblongue. On en voit une semblable, mais encore plus alongée, a la base de la première dorsale, dont le premier rayon est inséré au milieu de la longueur du corps, la caudale n'y étant pas comprise. On compte en tout quatre épines. La seconde dorsale s'élève sur le milieu du tron- 4 60 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. çon de la queue , entre la première nageoire du dos et la caudale ; elle a un premier rayon simple , grêle et collé sur le suivant. Les rayons articulés sont au nombre de huit. L'anale n'a que trois épines très-faibles et très-serrées contre les autres rayons, qui sont tous articulés et au nombre de neuf. Les premiers ont plus de deux fois la longueur des der- niers, qui dépassent un peu ceux du milieu, ce qui donne à la nageoire la forme d'une faux. La pre- mière épine est si petite, qu'il faut y regarder de très-près pour la trouver. Il n'y a que quelques écailles sur la base de la membrane entre les rayons mous, soit de la deuxième dorsale, soit de l'anale. La caudale, fourchue, a des lobes larges, arrondis et couverts d'écaillés à leur base. Les ventrales sont longues et larges, à cause du développement de l'éventail de chaque rayon. L'épine est grêle et presque cachée le long du pre- mier rayon, tant elle y est fortement réunie. Une membrane unit au corps le cinquième rayon bran- chu. Il y a dans l'aisselle de ces ventrales une écaille courte, forte et triangulaire, sans être très-pointue. Une palette écailleuse et triangulaire existe entre la base des deux nageoires qui sont attachées sous le premier tiers du tronc. B. 6; D. 4 — 1/8; A. 3/9; C. 17; P. 22; V. 1/5. Les écailles sont grandes, solides; leur bord est finement cilié, et toute la partie visible est cou- verte de granulations très-fines et très-régulièrement disposées en quinconce. La portion recouverte est quadrilatère, le bord radical est lisse, l'éventail a CHAP. IL CESTRES. 16'l onze rayons, et les parties latérales n'ont que de très-fines stries longitudinales et parallèles. On en compte environ quarante rangées entre l'ouïe et la caudale, et environ dix à douze dans la hauteur: celles qui recouvrent la tête sont plus âpres : les lèvres et la mâchoire sont les seules parties qui en soient dépourvues. On voit sur les écailles des stries longitudinales, qui n'offrent pas de régularité dans leur disposition. Je n'ai pu apercevoir de ligne latérale. La couleur paraît avoir été verdàtre sur le dos, avec quelques vestiges de raies brunes longitudinales, fort effa- cées. Le ventre est argenté, sans qu'il reste aucune trace de lignes ou de taches. Les nageoires sont verdâtres. Son anatomie nous a fourni les observa- tions suivantes : Ce poisson n'a pas à l'estomac de branche mon- tante pyriforme, à parois aus.si épaisses que celles de nos muges proprement dits. Ce viscère forme un grand sac à membranes fortes, à la suite d'un œsophage dont la tunique charnue est à peine plus épaisse que celle de la branche montante. Cette partie est courte et naît assez près du diaphragme : ce qui donne de l'ampleur au fond du sac stomacal. Il y a deux appendices cœcales au pylore. Nous ne pou- vons rien dire de la longueur du canal intestinal ni de ses replis. Il n'était pas assez bien conservé; mais il nous a paru long. Le foie est assez gros, et presque réduit au seul lobe gauche. La vésicule du il. il 462 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. fiel est grande et presque arrondie; il y a une vessie natatoire simple et très-mince. MM. Quoy et Gaimard nous apprennent que ce poisson vit dans les eaux douces des Célèbes. Son estomac était rempli de limon, dans lequel nous avons vu épars quelques brins de plantes. L'individu a près d'un pied de long. Le Cestre oxyrhynque. (Cestrœus oxyrhyncus, nob.) Ces infatigables naturalistes ont rapporté des mêmes îles une espèce fort voisine, mais qui a le corps plus alongé, car la hauteur est com- prise cinq fois et demie dans la longueur totale. La tête est aussi un peu plus courte. La lèvre supé- rieure est moins épaisse; l'angle de l'inférieure est beaucoup plus aigu, ce qui rend le museau plus pointu. Les dents de la mâchoire supérieure sont plus fortes, plus découvertes, et sont disposées en carde sur plusieurs rangées. Les plis de la mâchoire inférieure sont à peine visibles. Le sous-orbitaire est coupé plus carrément. La pectorale a le premier rayon plus faible et moins arqué ; son écaille axil- laire est encore plus rudimeniaire ; celles du corps sont plus lisses : on en trouve plus de quarante-cinq entre l'ouïe et la caudale. Les nageoires ventrales CHAP. II. CESTRES. 163 sont plus échancrées et plus larges. Je trouve que les trois rayons épineux de l'anale sont plus distincts. D. 4 — 1/8; A. 3/9; C. 17; P. 17; V. 1/5. La couleur verte du dos est plus foncée, les lignes brunâtres plus marquées, le ventre est de même argenté; le bord de la pectorale paraît avoir été verdâtre ou noirâtre. Cette espèce offre des différences anato- miques assez sensibles. L'estomac est plus étroit, et le sac moins profond, parce que la branche montante naît plus près du fond. Les parois de ce sac sont un peu plus mus- culeuses, mais sans avoir plus d'épaisseur. Il n'y a de même que deux appendices pyloriques. L'intestin est fort long; il fait quatre replis et plusieurs ondu- lations avant de se rendre à l'anus. Le foie est plus mince, plus alongé; la vésicule du fiel plus petite; la vessie aérienne a de même des parois très-minces et transparentes. L'estomac contenait aussi de la vase avec des débris de substances végétales. L'individu qui est déposé dans le Muséum d'histoire naturelle a près de onze pouces , et l'espèce vit avec la précédente dans les eaux douces. IGi LIVRE XIIÏ. MUGILOÏDES. DES DAJAOS, et en particulier (IuJ)mxo des montagnes, (Dajaus monticola, nob.; Mugil monticola, Griff.) Les Antilles nourrissent dans leurs eaux douces un mugiloïde assez différent des autres pour devenir le type d'un genre caractérisé par la fente longitudinale de la bouche , la présence de dents en velours aux palatins et au vomer. Nous ne connaissons encore qu'une seule es- pèce dans ce genre, qui a été d'abord recueillie à Porto-Rico par M. Plée. Sa tête est comprimée; ses opercules ne sont pas bombés, ce qui lui donne plutôt la tournure d'un poisson de la famille de nos cyprins que de celle des muges. Sa lèvre inférieure n'a point de carène. Ses deux mâchoires sont garnies de dents en velours : l'inférieure ne s'élargit pas en avant comme dans les muges, et chacune de ses branches est marquée en dessous de trois pores assez larges; il y a une bande de dents en velours au chevron du vomer , laquelle se continue avec une bande semblable longitudinale, qu'on voit sur chaque palatin. Sa langue est plate, assez libre, un peu pointue et sans âpretés. Du reste, ses caractères sont un mélange de ceux des céphales et des autres muges. Son maxillaire se cache entièrement sous un sous-orbitaire tronqué; mais il n'y a pas d'appendice sur sa pectorale. Son corps est un peu comprimé. Sa hauteur est CHAP. II. DAJAOS. I()5 quatre fois et un tiers dans sa longueur; son épais- seur fait moitié de sa hauteur. La longueur de sa tête égale la hauteur de son corps, et sa hauteur à la nuque en fait les deux tiers. On compte environ quarante écailles sur une ligne longitudinale. Ses nombres sont, comme dans les muges, B. 6; D. 4 — 1/8; A. 3/9; C. 17 ; P. 14 ; V. 1/5. Dans la liqueur, son dos est brun noirâtre; ses flancs et son ventre dorés; les écailles des flancs sont bordées de brun. On ne voit pas de lignes brunes. M. Ricord nous apprend que le poisson frais est gris verdâtre un peu doré et argenté sous le ventre. Ce poisson n'a que deux cœcums; la partie char- nue de son estomac est beaucoup moins robuste à proportion que celle des muges , et presque réduite à un tube un peu plus épais que le cul-de-sac. Le canal intestinal fait cinq replis, et est presque par- tout d'une égale dimension. Nous en avons des individus de Porto-Rico, de- puis quatre jusqu'à huit pouces de longueur. M. Ricord nous en a apporté de la rivière d'Artibonite à Saint-Domingue, longs de dix pouces, et nous assure qu'on en trouve d'une taille double. On nomme ce poisson à Porto-Rico cl da- jaOy et il passe pour îe meilleur de tous ceux que l'on mange dans l'ile. M. Ricord nous rap- porte la même chose de celui de Saint-Domin- gue, où d'ailleurs on îe confond avec les muges sous le nom commun 'de mulet. 166 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. Cette espèce habite aussi la Jamaïque : elle y a été observée par le docteur Bancroft, a qui l'icrithyologie est déjà redevable de nom- breuses observations intéressantes. On en trouve une figure fort exacte, et d'une très- jolie exécution, dans la traduction anglaise du Règne animal, publiée par M. Grifïith. 1 Le docteur Bancroft avait eu l'idée de nom- mer ce poisson mugil monticola, ce qui nous indique que ce poisson se rencontre assez haut dans les eaux douces, si même il les quitte pour se rendre à la mer. Nous en avons aussi de la Guadeloupe et de la Vera-Grux. DES NESTIS. Les côtes de l'Isle-de-France et de Bourbon produisent des espèces qu'au premier coup d'ceil chacun serait tenté de prendre pour des muges; mais qui en diffèrent encore bien plus que les dajaos, et qui portent des caractères assez marqués pour devoir être distinguées comme un genre de la grande famille des mu- 1. An. Kingd. fish. , 2. c part., suppl. , p. 367, pi. 36. Nous ne citons pas la planche 5i de ce même ouvrage, parce qu'elle est copiée de l'Iconographie du règne animal de M. Guérin, cette planche de l'Iconographie étant fort mauvaise et au-dessous de toute critique. CHAP. II. NESTIS. \ 67 giloïdes. La tête est plus comprimée, les oper- cules plus plats, moins bombés ; le sous-orbi- taire ne recouvre plus tout le maxillaire, qui ne se recourbe pas pour se montrer au-dessous de la mâchoire inférieure. Outre les dents qui bordent les mâchoires, il y en a en avant du vomer et aux os pha- ryngiens, mais point aux palatins. La lèvre su- périeure est très-épaisse; l'inférieure est très- grosse, repliée, et de plus calleuse et tranchante. A l'intérieur ces Nestis diffèrent encore plus des muges qu'à l'extérieur, par leur estomac membraneux et nullement charnu. Nous en connaissons deux espèces, assez semblables par leurs formes à des cyprins. Le Nestis cyprin oïde. (Nestis cyprinoideSy nob.) Ce poisson a tout-à-fait la forme d'un gardon {cyprinus Idusfc ses deux dorsales et sa lèvre épaisse l'en éloignent cependant beaucoup. La hauteur du corps est cinq fois ou à peu près dans sa longueur; son épaisseur un peu moins de deux fois dans sa hauteur. La tête est petite, com- prise près de six fois dans la longueur totale. L'œil, de grandeur médiocre , a un, diamètre qui fait plus du sixième de la longueur de la tête. Le sous-orbitaire 4G8 LIVRÉ XIII. MUGILOÏDES. est petit, convexe en avant, tronqué et dentelé en arrière: le bord, mince, est quelquefois concave. Les opercules ne sont pas bombés; ils sont cou- verts d'écaillés; celles de l'opercule, du sous-oper- cule et de l'interopercule tombent plus facilement. L'angle de l'opercule se termine en pointe mousse et aplatie. L'intervalle qui sépare les* yeux et la portion postérieure de la tête, est très -convexe. Les deux ouvertures de la narine sont rapprochées et à peu près égales. La bouche est petite, peu fen- due, mais longitudinalement; iïntermaxillaire est grêle et court ; la lèvre qui le cache est épaisse et remonte prendre place dans l'intervalle qui sépare les deux maxillaires. Ceux-ci sont alongés et se re- joignent presque sur le devant du museau entre les sous-orbitaires et en avant des os du nez, qui sont alors rejetés en arrière, et qui deviennent petits et alongés; ce qui est le contraire de ce que nous avons observé dans les espèces du genre des muges, et ce qui rend la partie supérieure du museau de ces nestis étroite, tandis que celle des muges est toujours élargie. Le maxillaire dépasse de l'autre extrémité le sous- orbitaire et n'a aucune torsion ni courbure. Le bord de la lèvre inférieure est comme endurci ou calleux, épais, taillé en biseau; il n'y a point de tubercule sur cette lèvre, ni d'échancrure à la supé- rieure. Les deux maxillaires portent une bande étroite de dents en fines cardes : il y en a aussi sur le vomer; mais les palatins sont lisses et sans aucune âpreté. Les pharyngiens supérieurs sont très -petits, légèrement bombés et armés de dents en cardes; l'inférieur ou CHAP. II. NESTIS. 469 le cricéal est aussi très-étroit, comme le supérieur. Ces os ne rétrécissent pas l'ouverture du pharynx, qui ressemble à celle des autres poissons. La mem- brane brancliiostège a six rayons, qu'il faut examiner avec autant de soin que ceux des muges, pour les bien compter. La dorsale antérieure est avancée sur la première moitié du corps : elle a quatre épines assez fortes; la dernière est un peu plus courte que les premières. La seconde dorsale et l'anale n'ont que peu d'écaillés sur la membrane qui unit les pre- miers rayons osseux ou articulés. Je ne trouve que deux rayons épineux à cette nageoire de l'anus. La caudale est à peine fourchue; la pectorale est mé- diocre et sans écailles axillaires : celle des ventrales est très-petite. B.6;D. 4 — 1/8; A. 2/9; C. 17; P. 17; V. 1/5. Les écailles du corps sont de grandeur moyenne, minces, à bord lisse sans granulations, et ayant neuf rayons à l'éventail, qui n'entament pas le bord radi- cal, lequel est lisse et sans crénelure. Je compte quarante-cinq écailles entre l'ouïe et la caudale. La liane latérale est visible dans les pois- -& poi sons de ce genre, et elle est tracée droite de l'angle supérieur de l'opercule au milieu de la nageoire de la queue. Les couleurs du poisson conservé dans l'alcool sont d'un vert noirâtre foncé sur le dos, devenant une sorte de réseau, jeté sur les flancs du poisson, dont le fond est argenté : une bande de cette cou- leur parait au-dessus de la ligne latérale; le ventre et le dessous de la gorge est argenté mal. Les na- 170 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. geoires sont verdâtres; l'anale est bordée de blan- châtre; les ventrales n'ont que très-peu de noirâtre. M. Dussumier, quia observé les couleurs fraîches, les dit verdâtres et sombres sur le dos, et vertes sur le bord des écailles des flancs. La branche montante de l'estomac est assez grosse, courte, et sort à l'entrée de l'œsophage. Les parois sont minces et comme transparentes. Les cœcums sont au nombre de deux; l'intestin est très- long, faisant six replis avant de se rendre à l'anus; le rectum est droit et long; tout le mésentère était rempli d'une graisse abondante et fluide, surnageant sur l'eau comme une huile verdâtre. Le foie est excessivement petit; la vésicule du fiel est de la gros- seur d'un des cœcums, et suspendue à un canal cholédoque assez court. Il y a une vessie aérienne simple, à parois minces et argentées et de grandeur moyenne. Les reins sont réunis sur leur plus grande étendue. Le péritoine est épais et rougeâtre, poin- tillé de noirâtre. Ce poisson est, suivant M. Dussumier, un des meilleurs de l'Isle-de-France; on le nomme mu- let de rivière ou chite. Il se tient toujours dans les eaux douces, et ne se rend jamais à la mer. M. Dussumier le dit rare dans cette colonie. Nous en devons deux autres à MM. Quoy et Gaimard et à M. Desjardins. Nos individus sont longs de sept à huit pouces, et suivant M. Dussumier on n'en CHAP. II. NESTIS. \ 7\ trouve pas qui pèsent plus de deux livres et demie. M. Leschenault nous a rapporté des eaux douces de Bourbon un petit poisson que nous croyons de la même espèce. Le Nestis dobuloïde. (Nestis dobuloides ; nob.) Nous avons reçu des eaux douces de l'Isle- de-France un second nestis, qui diffère du précédent par plusieurs particularités fort no- tables. Il a les lèvres plus épaisses et surtout l'inférieure, laquelle fait des replis assez gros. Les dents de la mâchoire supérieure sont à peine visibles : je n'en vois aucune à la mâchoire inférieure ; celles du che- vron du vomer, quoique petites, sont très-faciles à distinguer. La tête me semble aussi plus large, plus arrondie, les opercules plus renflés, la caudale plus ronde. D. 4 — 1/8; A. 2/9; C. 17; P. 14; V. 1/5. Le vert sombre du dos paraît s'étendre non-seule- ment sur les flancs , mais descendre aussi sur le ventre. La longueur du seul individu déposé dans le cabinet du Jardin des plantes, est long de seize pouces : il a été donné par M. Lamarre- Piquot. 172 LIVRE XIII. MUGIL01DES. CHAPITRE III. Des Tetra go n u res , et en particulier du Tétragonure de Cuvier. ( Tetragonurus Cuvieri, Risso. ) Si les muges sont difficiles à placer dans le grand groupe des acanthoptérygiens, le pois- son nommé à Nice courpata, et dont on a fait le genre tétragonure, lest encore plus qu'eux; car les muges font entre eux une famille distincte, qui a peu de points de con- tact avec les autres osseux, tandis que le pois- son qui va faire le sujet de cet article, tient de plusieurs familles. La forme alongée de son corps en fuseau, les crêtes saillantes que nous observons de chaque coté de sa queue , la disposition des épines de la dorsale, et même la forme et la position des dents des palatins et leur alon- gement en lancette, sont une combinaison de caractères analogue à celle que nous offrent plusieurs de nos scombéroïdes; mais les ven- trales sont en arrière des pectorales, comme celles des muges, ce qui en fait un véritable abdominal. L'examen des viscères nous fait voir que la branche montante de l'estomac est CHAP. III. TÉTRAGONURES. ] 75 un peu charnue près du pylore, sans être cepen- dant renflée en bulbe épais et semblable à un gésier; nous trouvons dans l'œsophage de longues papilles pointues, mais tout- à -fait molles, et qui ne sont pas dures comme M. Cu- vier l'avance dans le Règne animal, d'après je ne sais quel renseignement. La position des ventrales n'est pas le seul caractère qui ait déterminé M. Cuvier à rap- procher des muges ce singulier poisson. Le maxillaire mince et caché sous le bord anté- rieur du sous-orbitaire , l'épaisseur de la lèvre supérieure, faisant une saillie sur le dessus du museau, donnent à ce poisson un air de famille avec les muges que plusieurs anciens observateurs avaient déjà senti. En effet, M. Cuvier a reconnu que Ron- delet 1 en avait donné une figure assez mé- diocre, prise, comme il le dit lui-même, sur un individu qui lui fut communiqué à Pise par Portius ou Porzio , homme qui , d'après Rondelet, était remarquable par l'étendue de ses connaissances et son esprit éclairé. Il est à regretter que l'ichthyologiste de Montpellier ne soit pas entré dans plus de détails sur ce poisson. Il nous paraît probable 1. De piscibus, 1. XV, c. 6, p. 4^3. \ 7 A LIVRE XIII. MUGILOÏDES. que l'individu était mal conservé, et c'est ce qui explique comment Rondelet n'a vu que sept ou huit épines sur le dos. D'ailleurs nos individus secs ont bien les rayures longitudi- nales qui furent observées sur le poisson de Pise. Il est assez curieux de voir que le sen- timent de Rondelet, si bon juge en ichthyo- logie, lui fit rapprocher ce poisson des muges, puisqu'il le nomme ffiugil niger. Salviani, contemporain de Rondelet, n'en parle pas dans son ouvrage sur les poissons de Rome 5 mais un peu plus tard nous en trou- vons une figure dans Aldrovande, sous le nom de corws niloticus. Il lui fut envoyé sous ce nom; mais il ne donne aucun autre détail qui justifie l'assertion que ce poisson venait des côtes d'Egypte. Il a eu, comme Rondelet, l'idée de le comparer au mugil. Sa figure, longue de onze pouces, et par conséquent de grandeur naturelle ou approchant, est beau- coup plus reconnaissable que celle de Ron- delet. Si l'œil était plus grajid, et que le nombre des épines de la dorsale y fût marqué exacte- ment, elle laisserait très-peu de choses à désirer. Gesner a reproduit, selon sa coutume, l'ar- ticle de Rondelet sans y rien changer; et, ce qui est fort étonnant et ce qui prouve com- bien ce poisson doit être rare, c'est qu'il n'en CHAP. III. TÉTRAGONURES. 1 75 est plus fait mention que dans l'Ichthyologie de Nice. M. Risso l'a décrit dans la première édition de cet ouvrage publié en 1 8 1 o; il donne une notice malheureusement trop courte pour faire connaître un poisson si curieux, et sa figure est encore moins bonne que sa des- cription. Il en a fait un genre sous le nom tetrago- nuruSj expression qui rappelle en effet un des caractères les plus saillans de ce poisson. Dans la seconde édition l'infatigable ichthyologiste de Nice établit une famille pour ce genre unique sous le nom de tétragonurides. C'est le seul changement qu'il ait apporté à sa première édition, et il faut dire qu'il est de peu d'impor- tance. Il eût été plus conforme aux principes de la méthode naturelle, de laisser ce genre avec les muges, que de réunir sous le nom de mugiloïdes dans une même famille, les muges, les apogons et les pomatomes. La science doit cependant beaucoup à M. Risso, car il a fait connaître le séjour et quelques-unes des habitudes de ce courpata. Le Muséum doit à Péron le premier indi- vidu qu'il ait possédé; ce poisson, conservé dans l'eau-de-vie, est long de treize pouces, et depuis M. Viviani en a envoyé un de Gènes, et MM. Risso et Laurillard en ont procuré 176 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. deux autres, pris sur les cotes de Nice, et M. Banon l'a pris à Toulon. Une autre preuve que ce poisson est rare dans la Méditerranée, c'est que je ne le trouve mentionné ni dans les ouvrages de M. Rafi- nesque, ni figuré dans la Faune d'Italie" du prince de Musignano , et qu'il ne faisait pas partie des collections de M. Savigny. Je vois par le dessin que M. Cuvier a fait de l'individu rapporté par Péron, que M. Risso avait eu d'abord l'idée de nommer ce poisson CHJJSOS ALDROFJNDl. Le tétragonure a le corps alongé, arrondi sur le clos, légèrement comprimé sur les côtés, épais et cylindrique près de la queue en arrière de la seconde dorsale. La hauteur aux pectorales est sept fois dans la longueur totale, et l'épaisseur, prise à cet endroit, est moitié de la hauteur; à la naissance du tronçon de la queue, au-delà de la dorsale et de l'anale, l'épais- seur égale la hauteur et se trouve contenue quinze fois et demie dans la longueur totale. La tête est cinq fois et un tiers dans cette même longueur; le museau est comprimé, niais arrondi et obtus, à cause de son épaisseur dans les autres dimen- sions. Quand la bouche est fermée, la mâchoire infé- rieure est un peu plus courte que la supérieure. L'œil est de grandeur moyenne, parfaitement rond; le cercle de l'orbite est au-dessous de la ligne du profil et loin de l'entamer; son diamètre est du cinquième de la CHAP. III. TÉTRAGONURES. \ 77 longueur de la tête; il n'est pas éloigné die l'autre dune fois et demie la longueur de ce diamètre. Le demi-cercle postérieur est bordé de pores enfoncés, dont les arêtes de séparation, de nature cornée, for- ment une fraise ciselée sur le demi-pourtour de cet organe. La portion antérieure du cercle est bordée d'une peau étroite et couverte de très-fines granula- tions, en avant de laquelle on aperçoit aussi quel- ques pores, mais moins apparens et moins bordés que ceux que nous venons de signaler. Entre l'oeil , le bout du museau et le bord de la mâchoire supérieure, est un large espace triangulaire , au bas duquel est un sous- orbitaire caché sous une peau épaisse et couverte de granulations âpres, qui, vues à la loupe, sont dispo- sées en petites rivulations anastomosées entre elles et très-nombreuses. Ces âpretés remontent sur le bout du museau et s'étendent sur le crâne un peu au- delà des yeux. Il y en a aussi sur la portion visible et horizontale de la mâchoire inférieure. Le sous- orbitaire est grand , mince, et cache, quand la bouche est fermée, le maxillaire et la plus grande partie de l'intermaxillaire. Il n'y a aucune dentelure, aucune sinuosité au bord du sous-orbitaire : le reste de l'os se sent sous la peau, mais il n'a aucune mobilité. Les deux ouvertures de la narine sont placées si haut sur le profil, qu'on les aperçoit quand on re- garde le vertex, et la ligne tracée de l'une à l'autre est oblique au profil du museau. Elles sont toutes deux rondes, assez grandes, enfoncées : l'antérieure est un peu plus grande que la postérieure. *\ Il n'y a, à proprement parler, de lèvre qu'à la 11. 12 | 78 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. mâchoire supérieure; elle est haute, et fait un bour- relet charnu, qui remonte un peu sur le dessus du museau entre les deux sous-orbitaires, mais qui manque d'épaisseur et de mobilité; elle cache presque entièrement les dents de cette mâchoire. J'en compte vingt-quatre ou vingt-cinq de chaque côté : elles sont simples, coniques, un peu courbées vers l'arrière; la pointe paraît plus dure et de couleur roussâtre; elles sont peu adhérentes à l'os, étant enveloppées, sur presque toute leur longueur, dans le bourrelet charnu, formé par le bord interne de la lèvre, à travers laquelle elles sortent. Ce qui ne laisse pas, malgré leur grosseur, d'offrir quelque ressemblance avec ce que nous observons dans les muges. La mâchoire inférieure présente une conforma- tion unique dans les poissons. Chaque branche est très-mince, mais tellement haute, que vers le mi- lieu la hauteur égale la moitié de la longueur de la mâchoire; le bord dentaire est courbé en arc, dont la convexité regarde le palais, et comme les deux branches se rapprochent par une des extré- mités de cet arc convexe, il en résulte que la hauteur de la symphyse n'a pas le tiers de celle du milieu de la branche. L'extrémité articulaire est plus haute, à peu près du double de l'antérieure, ce qui Fait les deux tiers de la plus grande hauteur. Le bord in- férieur est horizontal; quand la bouche se ferme, cette portion se cache entièrement dans l'intérieur des côtés de la bouche, de sorte qu'on ne voit que la seconde portion horizontale et plane de la branche de la mâchoire, qui donne alors à cet organe une CHAP. III. TÉTRAGONUHES. \ 79 apparence extérieure tout-à-fait semblable à celle de la plupart des autres poissons. Les dents sont sur une seule rangée, sur le bord arqué de la mâchoire, au nombre environ de cinquante de chaque côté; elles sont un peu plus fortes, plus comprimées, plus pointues, plus courbées en arrière et implantées de la même manière, mais un peu plus solidement, que les dents supérieures. Nous observons aussi une rangée longitudinale de dents sur le vomer , et quelques - unes plus longues et pointues sur le chevron de cet os; les palatins en ont également une rangée longitudinale. Le voile membraneux du palais et de la mâchoire inférieure est court et bien séparé. La langue est grande, très-libre, pliée en gout- tière, à bord haut : elle est charnue et ne porte au- cune trace de dents. Les pharyngiens sont plats et garnis d'une plaque ovale de dents en carde. Les râtelures des branchies sont tuberculeuses , mais sans aucune âpreté. Les pièces operculaires sont cachées presque entièrement sous les écailles fortes et semblables à celles du corps qui le recouvrent; on aperçoit cependant le bord du préopercule, dont le vertical est petit, et dont l'horizontal se porte un peu obliquement et en bas vers l'angulaire de la mâchoire. Les écailles qui dépassent ce bord lui donnent l'apparence d'être finement dentelé , quoique l'os lui-même soit lisse. Le limbe en est assez large, marqué par l'inclinaison de son plan sur la joue. L'opercule et le sous-opercule ne paraissent former \ 80 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. qu'une seule pièce écailleuse dont le bord mem- braneux est très-petit. Les ouïes sont très-largement fendues; l'isthme en est si étroit que les deux inter- opercules se touchent et même se recouvrent un peu par leur bord. La membrane branchiostège est peu large et soutenue par cinq rayons, dont les deux derniers sont très-serrés et très-rapprochés de l'oper- cule. La dorsale est composée d'une série de petites épines qui peuvent, quand elles sont abaissées, se cacher entièrement dans une rainure du dos, et qui, lorsqu'elles sont relevées, ont chacune une petite membrane qui les unit au dos. Cette disposition est semblable à ce qu'on observe dans plusieurs de nos scombéroïdes à dorsales épineuses de la famille des liches, ou mieux encore, tout-à-fait conforme à ce qu'on observe dans les rhynchobdelles et les mas- tacembles. Il y a quinze de ces épines , dont la pre- mière est très-courte ; la seconde devient plus longue, mais n'a guère que le septième de la hauteur du corps sous elle; les dernières s'abaissent de nouveau et finissent par n'être guère plus hautes que la première. Une seizième épine, un peu plus haute que la pré- cédente, est fortement unie à la dorsale molle, dont le premier rayon mou égale en hauteur la longueur de cette seconde dorsale, et a presque le quart de la hauteur du corps sous lui. Je ne compte que treize rayons mous, et le dernier n'a que la moitié de la hauteur du premier. L'anale est un tant soit peu plus reculée que la dorsale à rayons mous a laquelle elle ressemble par CHAP. III. TÉTRAGONURES, 181 sa forme. Je ne lui trouve que douze rayons, dont les trois premiers seuls me paraissent simples, quoi- que très-faibles. La caudale est peu profondément fourchue , com- posée de deux lobes à peu près égaux et peu longs; car ils n'ont guère que le septième de la longueur totale. Ces lobes se relèvent en courbes qui les distin- guent neltement du tronçon delà queue, et rendent la base de la nageoire assez large : c'est sur cette base et entre les deux lobes que l'on voit de chaque côté de la queue les deux carènes fortes , élevées , recou- vertes d'écaillés dentelées, qui ont mérité au poisson le nom générique que lui a imposé M. Risso. Tout le corps du poisson est cuirassé par des écail- les dures, nombreuses et fort remarquables; elles sont implantées par verticilles obliques sur la peau, comme nous en observerons dans le polyptère, les lépisostées et autres poissons à corps fortement écailleux. Depuis la nuque jusqu'à la caudale il est facile d'en compter cent vingt rangées transversales, et sur le milieu du corps il y en a jusqu'à trente. L'opercule en a sept ran- gées et le préopercule dix; les trois du limbe sont, comme celles de l'opercule, égales et semblables à celles du corps, qui ont toutes à peu près la même grandeur, mais les sept rangées de la joue sont formées d'écaillés beaucoup plus petites. Une écaille examinée séparément offre une portion radicale très -petite, lisse et disposée de manière à paraître comme divisée en deux : une sur le bord supérieur de l'écaillé, et l'autre sur le postérieur; la portion nue, qui est la plus grande, est sillonnée par des stries profondes \ 82 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. et obliques, qui découpent le bord et rendent la surface du poisson âpre au toucher. La disposition du bord radical supérieur fait que les écailles s'embriquent de fait du haut en bas, comme d'avant en arrière; et le premier mode de superpo- sition fait paraître une suile de petites crêtes longi- tudinales, qui tendent encore à augmenter, même à l'œil, la rugosité du poisson. La ligne latérale est marquée par une suite de pores , et forme une ligne courbe qui s'infléchit un peu et passe par le milieu du tronçon de la queue. Au-dessus de la pectorale la ligne latérale est au tiers supérieur du côté. La couleur du poisson desséché est une teinte noirâtre, de terre d'ombre assez foncée, avec de nombreuses lignes longitudinales et parallèles plus noires : on les aperçoit seulement par reflet. Le poisson frais, tel que M. Laurillard l'a dessiné, est d'une couleur lie de vin foncée sur le dos, et verdâtre à reflets argentés et dorés au-dessous de la ligne* latérale. La seconde dorsale et l'anale sont bordées de noirâtre, et leur base est dorée; la cau- dale est verdâtre, bordée de noir; l'iris de l'œil est doré, entouré d'un cercle noir. Nous avons fait sur ce poisson les observations anatomiques suivantes : A l'ouverture de l'abdomen, qui a en longueur près de la moitié de celle du tronc , nous avons vu les viscères, enveloppés dans un repli mince et trans- parent du péritoine, se détacher sur le fond brun noirâêre de cette membrane, qui tapisse les parois CHAP. III. TÉTUAGONURES. 185 musculaires du ventre. Le foie, d'un beau jaune, oc- cupe le haut de l'abdomen et se divise en deux lobes à peu près égaux, situés de chaque côté de l'œso- phage et de l'estomac, recevant, dans une gouttière creusée sur sa face inférieure, la pointe de la branche montante de l'estomac. L'œsophage est assez long et renflé à son origine; ses parois sont même assez épaisses; sa couleur est noirâtre; il est suivi d'un très-long sac conique fort aigu et dont la pointe atteint à l'extrémité de la ca- vité du ventre. A peu près au milieu de la longueur du cône formé par l'œsophage et l'estomac, on voit naître en dessous la branche montante de ce viscère, dont l'extrémité antérieure est rétrécie; vers cette pointe est le pylore, et les parois de cette portion de l'intestin sont plus charnues que dans toutes les autres régions du tube digestif. Sur les côtés de la branche montante, autour de la pointe et même sur le duodénum, sont rangées symétriquement les nom- breuses appendices cœcales , dontles plus longues sont insérées sur l'origine de l'intestin, et les plus petites près de la pointe où est le pylore. Le duodénum naît sur la portion supérieure de la branche, et l'in- testin descend le long de l'estomac jusque près de la pointe; il remonte jusqu'auprès du pylore, se plie de nouveau et descend jusqu'à la moitié de la longueur de la première anse; il se replie et remonte vers le diaphragme sans atteindre la crosse du second pli; puis il se contourne de nouveau et se rend droit à l'anus en se dilatant un peu à l'endroit où est la valvule du rectum , laquelle est placée hors de Fou- 184 LIVRE XIII. MUGILOÏDES. verture de l'anus. La veloutée de l'œsophage a des papilles nombreuses, longues et molles. Je ne vois rien qui justifie l'assertion de M. Cuvier, qui parle dans le Règne animal de papilles pointues et dures. Celles de l'estomac et de l'intestin sont très-fines. Dans l'individu que j'ai disséqué, je n'ai pu rien observer sur les organes de la génération ; ils n'étaient pas développés. Les reins forment à leur origine sur l'œsophage et derrière le diaphragme deux rubans grêles, qui se réunissent en un seul lobe à peu près au milieu de la longueur de l'abdomen; ils donnent presque directement dans une vessie urinaire étroite, fort longue et récurrente : il n'y a pas de vessie aérienne. Outre ce que l'on voit à l'extérieur de son sque- lette, il y a trente-six vertèbres abdominales, et vingt- deux caudales; les côtes sont des stylets très-fins et très-grêles. M. Risso assure que le tétragonure a des mouvemens lents, qu'il vit seul et dans les grandes profondeurs. C'est à cela qu'il faut sans doute attribuer sa rareté. M. Laurillard , qui a observé le poisson vivant, m'a cepen- dant parlé de la vivacité de ses mouvemens. Il fraie au mois d'Août, et à cette époque il se rapproche du rivage. Celui que nous avons désigné, a été pris au mois de Février, c'est ce qui explique pourquoi nous n'avons pu rien voir dans les organes de la génération. Suivant les observations de l'içhthyologiste -CHAP. III. TÉTRAGONUJIES. 185 de Nice que nous venons de citer, la chair de ce poisson, quoique blanche et tendre, est vénéneuse 5 il l'a éprouvé sur lui-même, et plu- sieurs fois il a ressenti, après en avoir mangé, des douleurs aiguës dans les entrailles, prin- cipalement vers la région épigastrique et au- tour de l'ombilic; le ventre s'est météorisé, une chaleur pénible a échauffé la gorge et l'œsophage; ces accidens furent accompagnés de nausées fréquentes, suivies de vomissemens d'une humeur glaireuse et nauséabonde : des ténesmes et de la lassitude dans les membres pendant deux jours, terminèrent ces diffé- rens symptômes. M. Risso attribue ces effets pernicieux à la nourriture de ce poisson, et qu'il croit consister en méduses, particulière- ment de celles dont Péron a fait le genre Sté- phanomie et qui ont une âcreté et une caus- ticité extrêmes. J'ai en effet trouvé son estomac rempli de débris de ces sortes d'acalaphes; mais je ne puis assigner au juste à quel genre je dois rap- porter ces débris. Cet animal peut mettre la veloutée de son tube digestif en contact avec des corps vivans d'une causticité bien recon- nue, sans en souffrir. Ces êtres, digérés et assi- milés par la nutrition, donnent à la chair du tétragonure les propriétés nuisibles qui lui sont 186 LIVRE XIII. MUG1L0ÏDES. propres. C'est là un des phénomènes les plus curieux de l'organisation. Ce genre de nourriture rappelle l'observa- tion de Pallas sur le hérisson : ce mammifère dévore avec avidité les cantharides, en remplit son estomac sans en souffrir; tandis qu'un seul de ces insectes fait périr très-prompte- ment un chien de forte taille. LIVRE QUATORZIEME. DE LA FAMILLE DES GOBIOÏDES. Sous le nom de gobioïdeS; emprunté de Gobius, que Linné avait affecté à un genre de poissons formant plutôt, dans son Système, un grand groupe naturel qu'un seul genre, M. Cuvier a réuni tous les acanthoptérygiens qui, si l'on peut s'exprimer ainsi, mériteraient le moins de recevoir le nom caractéristique de cette grande division des osseux, si les genres des clinus et des gonelles (murénoïdes, Lac.) n'y appartenaient pas. Presque tous ces poissons ont les épines de leur dorsale grêles et flexibles, et même dans le genre des zoarcès elles sont tellement molles, que plusieurs ichthyologistes hésitent encore à rapprocher ce genre de celui des blennies , quoique nous espérions bien justi- fier ce rapprochement par les nombreux détails dans lesquels nous entrerons en écrivant l'his- toire de ce genre anomal. Nous trouvons tous ces rayons osseux et poignans dans les gonelles. Tous nos gobioïdes se ressemblent beau- coup entre eux par la simplicité de leur canal intestinal, sans ccecums , n'offrant que de 488 LIVRE QUATORZIÈME. petites dilatations, formant ainsi un petit tube continu, plus ou moins alongé, manquant de cette branche montante ou récurrente, qui prend naissance sur la paroi du sac composé par la réunion de l'œsophage et de l'estomac. On ne leur trouve pas de vessie natatoire. Ges poissons restent en général dans de petites dimensions ; et comme ils vivent sur les plages rocheuses, qu'ils se retirent sous les pierres à l'heure de la basse mer, que d'ailleurs ils sont très-vifs, on ne les prend que difficilement; ils ne sont le but d'aucun genre d'exploitation de pèche, quoique leur chair soit générale- ment blanche et de bon goût. Mais ces petits êtres offrent aux naturalistes un sujet fécond de méditations et de recherches fort curieuses. Une particularité commune à un grand nombre d'entre eux, celle d'être vivipares, a toujours excité la curiosité des physiologistes, parce qu'on ne connaît pas encore comment la fécondation a lieu chez ces animaux. Les natu- ralistes disent que la femelle est fécondée à l'in- térieur par suite d'un accouplement; M. Cuvier lui-même le répète, mais avec circonspection. Quand 'on a bien examiné les organes ex- térieurs des deux sexes, il est bien difficile de concevoir comment l'acte de copulation pour- rait s'exécuter. On observe généralement que GOBIOÏDES. \ 89 les mâles de ces blennies ou de ces gobies ont quelques dispositions particulières auprès des orifices des organes de la génération; mais on les voit exister dans les espèces qui ne sont pas vivipares, et souvent même plus compliquées que sur celles qui font leurs petits vivans. On a considéré ces parties comme analo- gues aux appendices mâles des raies et des squales, et qui servent au rapprochement des sexes pour la fécondation de la femelle à l'intérieur. Mais ces organes existent, je le répète, dans les espèces non vivipares aussi bien que dans celles qui le sont, et ne se trou- vent le plus généralement formés que de houppes, de petites papilles ou de lames très- plissées, disposées auprès de l'orifice par où sort la laitance, et de celui qui sert à l'excrétion de l'urine. Souvent l'organe est un simple tuber- cule ou, pour être plus exact, une longue papille, placée à côté de l'issue du canal com- muniquant avec le testicule. En supposant que ces organes puissent prendre, parle spasme vénérien , un état d'érection capable de pro- duire un accouplement, il est difficile de voir comment la disposition des organes de la fe- melle peut se prêter à cet acte. L'ouverture extérieure de l'ovaire n'a jamais d'appendices ou de houppes. Elle est si petite qu'on ne la voit 1ÎJ0 LIVRE QUATORZIÈME. qu'après de minutieuses recherches. C'est un simple pore ouvert derrière l'anus, et en avant d'un trou souvent plus petit encore, destiné à la vessie urinaire. Le mâle a cet orifice entouré de papilles tout-à-fait semblables à celles qui existent à l'ouverture de la laitance; mais je n'ai jamais vu ces papilles remarquables autour de l'anus. Il faut observer en outre que la condition de faire des petits vivans, n'exige pas cette disposi- tion d'avoir un tubercule ou une sorte d'organe d'accouplement. Les pcecilies, dans la famille des cyprins, certains silures, sont vivipares, et les mâles n'ont rien qui ressemble à ce pré- tendu organe d'accouplement des gobioïdes. Je crois donc devoir mettre sur la voie de faire des expériences sur ce sujet; car, quoique tous les auteurs l'aient répété, je pense que rien n'est moins probable que cet accouplement, et, s'il existe, rien de plus difficile à expliquer d'après la disposition des parties externes. Mais comment alors s'opère la fécondation de l'ovaire de la femelle? Ou pourrait croire qu'il y a une sorte de juxta-position des deux cloaques, et que les papilles servent à ce rap- prochement; mais il n'est pas encore facile de se faire une idée de la manière dont cette juxta-position s'effectue. GOBIOÏDES. \ 91 Les blennies et les gobies de Linné for- ment deux sous-divisions dans la famille que nous composons avec les genres que Ton a sépa- rés de ceux de Linné; on ne peut cependant fixer entre elles deux la ligne de démarcation. L'établissement de cette famille appartient tout entier à M. Cuvier, car ses prédéces- seurs avaient peu changé les genres de Linné. Les espèces que le naturaliste suédois réunis- sait dans les Blennius de la i2. e édition, sont déjà les types de plusieurs de nos genres; on y voit en effet de nos blennies, tels que nous les entendons, des Clinus, des Cirrhibarbes, des Zoarcès et des Gonelles; et même, à cause du caractère tiré de la composition des ventrales , il y ajoutait un vrai gade, le phycis. Gmelin, sans rien changer à ce genre, y ajouta des espèces que nous reportons dans nos Salarias, et M. de Lacépède y a de même placé plusieurs autres, prises de Commerson, et qui deviennent aussi des salarias, et un poisson que M. Bosc avait observé à la Ca- roline et dont nous faisons un genre distinct sous le nom de Chasmodes. Bloch ne débrouilla rien de tout ce chaos , qui n'a commencé à être éclairé que dans la première édition du Règne animal, par réta- blissement des genres salarias et clinus, aux 492 LIVRE QUATORZIÈME. dépens des blennies de Linné, et dans la se- conde, par d'autres divisions extraites en partie du présent travail et auxquelles nous ajoute- rons quelques autres. M. Cuvier forme d'abord deux groupes : celui des Blennoïdes, qui ont six rayons à la membrane branchiostège, et qui avoisine les blennies, et un second, celui des Gobioïdes, qui n'en ont que cinq. Nous allons faire connaître les divisions établies dans chacun d'eux, en parlant d'abord des Blennoïdes. Un caractère commun à un grand nombre d'entre eux, consiste dans la composition des nageoires paires inférieures r lesquelles n'ont que deux rayons flexibles et sont ordinaire- ment insérées sous la gorge, en avant des na- geoires pectorales. M. Cuvier a réservé le nom de blennies à ceux d'entre eux qui unissent à ces caractères , d'avoir des dents longues, égales, fixes et ser- rées à chaque mâchoire, et le plus souvent une longue canine à l'extrémité de cette rangée. Leur tête est courte, obtuse; leur front est orné d'un tentacule ou de franges diversement placées et conformées; et leurs ouïes sont bien fendues jusque sous la gorge. Il a donné le nom de photis à ceux de ces poissons qui n'ont pas de tentacule sur la tète. Cette divi- GOBIOÏDES. 1 93 sion est certainement d'une petite valeur. Il avait fait ensuite un petit groupe, sous le nom de blennechis , des espèces qui ont la même dentition que les blennies, mais dont l'ouver- ture branchiale ne descend pas sous la gorge, et qui est réduite à une simple fente , située à la hauteur et en avant de la pectorale; et, sous le nom de chasmodes, un autre groupe, qui avec les ouïes organisées comme les pré- cédera, a le système dentaire différent, con- sistant en une seule rangée de dents fixes et régulières, placées sur le devant d'une bouche plus fendue. M. Cuvier avait séparé depuis long-temps les salarias^ dont les dents fines et serrées ont cela de particulier qu'elles sont mobiles sur la gencive, et indépendamment les unes des autres; ce qui les a fait comparer avec tant de justesse aux touches d'un clavecin. Tous ces genres ont le corps nu et couvert d'une mucosité abondante. Il avait observé d'autres poissons qui ont les ouïes semblables à nos blennies, les dents disposées sur un seul rang à chaque mâchoire, le palais lisse; mais leur corps , comprimé et couvert d'écaillés , les rend très-faciles à reconnaître : ce sont les Myxodes. Ils ont comme les clinus de nombreux rayons épineux à la dorsale, et très-peu de mous. 11. i3 194 LIVRE QUATORZIÈME. Les clinus ont une forme assez différente, à cause de leur museau pointu, de leur tête plus comprimée et couverte d'écaillés bien appa- rentes. Leurs dents les rendent très -faciles à caractériser : elles sont de forme et de grandeur inégales, étant crochues, écartées sur le devant de la mâchoire, et en velours par derrière; il y en a aussi sur le palais. Ce genre peut facile- ment se subdiviser en plusieurs petits groupes. M. Guvier a pu en séparer assez nettement les cirrhibarbes , qui n'ont que des dents en ve- lours, et auxquels leurs nombreux tentacules donnent un aspect tout particulier. On peut distinguer des clinus, sous le nom de triptérigiens, des petits poissons de la Médi- terranée , qui ont la dorsale divisée en trois nageoires, et les cristiceps, qui ont un lobe de la dorsale séparé et avancé jusque sur l'occiput. Il faut placer, à côté des clinus, les murénoïdes de Lacépède [blennius gunellus Lin.), dont les ventrales jugulaires sont réduites à un filet d'une brièveté extrême. Leur longue dorsale règne sur tout le dos, et présente un caractère unique , celui d'avoir tous les rayons sans aucune articulation. Les zoarcés ont au contraire les rayons mous et articulés; leurs dents sont assez analogues à celles des murénoïdes, et les ven- trales sont presque autant rudimentaires. GOBIOÏDES. 4 95 Les genres dont nous venons d'exposer les caractères, ont tous les ventrales jugulaires comme les blennies. Nous avons un poisson des mers de l'Inde qui les a sous les pecto- rales ; c'est le genre établi depuis long-temps par M. Cuvier sous le nom d'opistognatlie. Il diffère encore des blennies, dont il a les formes générales, parce que le maxillaire est prolongé en une longue lame étroite et mince, au-delà de l'angle de la commissure. Les dents sont fines et serrées en velours. Ce poisson a trois rayons aux ventrales. Un autre, fort abondant dans les mers du Nord, l'anarrhique, est un vrai blennie sous tous les rapports; mais il est tout-à-fait apode. D'ailleurs les dents palatines en pavé le distin- guent de tous les autres blennoïdes. Ce n'est pas le premier exemple que nous offrons dans cet ouvrage du peu de valeur du caractère tiré de l'organisation et de la position des nageoires ventrales; c'estpour cela que nous n'hésitons pas à rapprocher des blennies les labrax de Pallas, malgré leur cinq rayons à la ventrale. Tous leurs autres caractères en font des animaux de cette tribu. Nous venons dans cet exposé de présenter d'une manière rapide et comparative les carac- tères des différens genres qui composent le 496 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. premier groupe de la grande famille des go- bioïdes. Quand nous aurons développé ces caractères dans l'exposition des nombreuses espèces que nous avons à faire connaître main- tenant, le lecteur appréciera mieux les raisons qui nous ont empêchés de séparer la tribu des gobies comme une famille distincte. Nous nous réservons à présenter alors, dans un des chapitres suivans, un tableau semblable des genres qui se grouperont auprès de celui des gobies. CHAP. I. BLENNIES. \ 97 CHAPITRE PREMIER. . Des Blennies et des Pholis. Le nom de blennius, que l'on trouve dans Pline, selon la leçon de Dalechamps 1 , a été employé par Artedi 2 , qui l'a rendu générique en même temps qu'il a fixé les caractères du genre auquel il l'étendait. BAlwa signifie mucosité, et $x£vvcs. muqueux, et, par extension, lâche et paresseux. Comme on trouve dans les anciens diverses mentions d'un poisson nommé tantôt $&X&vvos. ou fihivvoç, tantôt $Kîvoç, dont on ne dit rien autre chose, sinon qu'il était petit et semblable au chabot 3 , et qu'il vivait parmi les herbes des rivages 4 , on a cru pouvoir conclure de ce nom que c'était aussi un poisson enduit de mucosité , et Bélon* et Salviani 6 Font identifié avec les baveuses des Provençaux ou les blennies des naturalistes d'aujourd'hui. En effet, elles réu- nissent encore les deux ou trois autres par- ticularités attribuées aux blennies par les Grecs. 1. Plin., 1. XXXII — 2» Artedi^ Gen. pise. r p. m, et Syn. % p. 44- — 3. Ath., I. VH, p, m. 288. — 4. Opp., HaL, 1. 1, v. 109. — 5. Bélon ? Aq.y p. aai. — 6. Saly., Pisc., p. 217, S. 84. 108 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. C'est particulièrement au Blennius ocella- ris, Lin. , que le nom de Rtéwoç a été affecté. Cependant Rondelet a cru devoir l'appliquer, mais sans plus de certitude, à un callyonime [callyonimus Sudorii, Cuv. Val.), nommant scorpioides le blennie ocellé. Ne donnant plus autant d'extension aux caractères des blennies, nous les faisons con- sister en un corps alongé, revêtu d'une peau molle et sans écailles; en une membrane bran- chiostège à six rayons et bien ouverte, et en ventrales attachées sous la gorge et composées en apparence de deux rayons, l'interne étant souvent divisé en deux sous la peau. Ceux qui sont analogues aux épines des autres poissons acanthoptérygiens, diffèrent peu par leur con- sistance des rayons articulés; ceux-ci et ceux des autres nageoires, à l'exception d'une partie de la caudalp,sontsimples et sans ramifications. La dorsale est unique et règne tout le long du dos. Les yeux, quelquefois les narines ou la nuque, portent des filamens tentaculaires de formes variées. La bouche est petite, fendue à l'extrémité du museau; les mâchoires forment un demi-cercle; les dents sont fortes, simples, serrées sur un seul rang : chaque rangée est le plus souvent terminée par une longue canine. Leur canal intestinal est simple et sans cœcums. CHAP. I. BLENNIES. 1 99 Ils n'ont pas de vessie natatoire. Les mâles sont toujours faciles à reconnaître à l'exté- rieur par les houppes de papilles qui existent auprès de l'ouverture extérieure des laitances et de la vessie urinaire , et souvent aussi par des crêtes plus ou moins élevées. Les laitances de tous ceux que j'ai disséqués étaient petites et communiquaient à l'extérieur par un long canal déférent. Les femelles, dont j'ai observé un grand nombre d'individus de différentes espèces, n'offrent à l'extérieur rien de sem- blable. L'ouverture de l'ovaire est un petit trou simple en arrière de l'anus et en avant de l'ouverture de la vessie. Il n'y a aucune sorte de papilles. Les œufs m'ont toujours paru petits; rien ne me fait présumer que les blennies soient vivipares; je ne l'ai pas non plus vu avancer par aucun auteur. M. Risso dit même spécia- lement que les femelles de certaines espèces ont les ovaires pleins de plus d'un millier d'œufs diversement colorés et pointillés; qu'elles pon- dent vers la fin du printemps ou dans le cou- rant de l'été. La chair de ces blennies est tendre, blanche et de bon goût. On les voit vivre par petites troupes sur les plages rocail- leuses. On en fait la pêche avec divers filets, et quelquefois on les enivre avec le tithymalc 200 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. en arbre {Euphorbia dendroides , Lin.), afin de les prendre plus facilement. Ils restent dans de petites dimensions de quatre à cinq pouces; il est très-rare d'en voir des individus de huit pouces. Les espèces de ce genre sont abondantes dans la Méditerranée, et les individus de chacune y sont fort nombreux. Il y en a peu d'entre elles qui se rencontrent à la fois sur les côtes de l'Océan, et on n'en a jamais trouvé qu'un petit nombre d'individus; c'est principa- lement sur les plages de l'Angleterre qu'ils ont été observés. Nous en avons reçu quelques espèces des deux bords de l'Atlantique et des îles qui s'élèvent au milieu de lui : une seule nous vient des îles Sandwich. Le Blennie gattorugine. (Blennius gattorugine, Willughby.) Nous commençons par décrire l'espèce que nous avons vue atteindre à de plus grandes dimensions, et qui est à la fois répandue dans les deux mers. M. Biberon nous a rapporté de Messine un de ces gattorugines long de huit pouces. Quoiqu'elle ait été méconnue par Linné et par ses successeurs, c'est bien certainement l'espèce la plus anciennement et la plus complètement décrite par Willughby. CHAP. I. BLENNIES. 201 Son corps est alongé, comprimé, plus épais et plus élevé de l'avant , et diminuant dans les deux sens en arrière. Sa hauteur, à l'aplomb de la base des pectorales, est quatre fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur deux fois dans sa hauteur. La lon- gueur de sa tête, du bout du museau à celui de l'oper- cule, est aussi quatre fois et demie dans sa longueur, et elle est d'un septième environ moins haute que lon- gue. A la base de la caudale la hauteur n'est plus que du tiers de ce qu'elle était aux pectorales, et l'é- paisseur n'est que du cinquième de cette hauteur. Sur le sourcil est un tentacule membraneux de longueur variable selon les individus, mais au plus de la hauteur de la tête; large par en bas, effilé sur le reste de son étendue, et dont les deux bords ont des franges fines, assez longues, et inégales. Son profil, depuis la nuque jusqu'à la bouche, forme à peu près un quart de cercle; mais avec une échancrure produite par un enfoncement du crâne derrière les orbites. La courbe de la gorge est aussi en arc de cercle, mais moins convexe. L'œil est près du profil au milieu de son étendue ; son diamètre est du quart de la longueur de la tête. Chaque narine a un orifice postérieur, voisin de l'orbite, petit, rond, sans rebord, et un antérieur placé plus bas, au tiers de la distance du précédent à la bouche , et dont le rebord supérieur est garni d'un très -petit tentacule frangé à trois ou quatre brins. La bouche, placée un peu au-dessous du mi- lieu de la hauteur de la tête, est fendue horizonta- lement jusque sous le bord antérieur de l'œil , ce 202 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. qui fait le cinquième de la longueur de la tête. Son contour horizontal est à peu près demi-circulaire, et sur ce demi-cercle chaque mâchoire a de trente- six à quarante dents grêles, longues, serrées les unes contre les autres, diminuant régulièrement de longueur en arrière, de manière que toutes leurs extrémités, qui sont en pointe obtuse, soient sur la même ligne droite. Il n'y a pour tout vestige de canine qu'une petite dent un peu arquée, pointue et implantée à l'arrière de la mâchoire inférieure. Il n'y a aucune dent au palais, et l'on n'y voit que le voile membraneux ordinaire derrière les dents. Les pha- ryngiennes, par une singularité remarquable, sont disposées, en haut et en bas, en deux peignes, cha- cun de huit ou dix dents longues, pointues et mobiles, aussi régulièrement rangées que celles des mâchoires. La langue, courte, obtuse et adhérente, paraît à peine et n'a aucune armure. La joue est bombée, le contour du préopercule en quart de cercle; l'opercule, qui n'a d'arrière en avant que le quart de la longueur de la tête, a une forte échancrure demi-circulaire qui y produit deux pointes. La gorge est convexe ; la membrane bran- chiostège, toute découverte et soutenue par six rayons, s'unit à sa semblable sous l'isthme, qu'elles embrassent librement. Ses rayons sont assez forts ; le supérieur est large et aplati. La fente de l'ouïe n'est pas très-grande; chaque branchie a son arceau armé d'un double rang de dentelures coniques, et ses barbes profondément fourchues. La dorsale commence immédiatement sur la nuque CHAP. I. BLENNIES. 203 et même un peu plus avant que l'extrémité de l'oper- cule; elle règne jusqu'à la caudale, s'attachant au dos de la queue par sa membrane postérieure, jus- qu'à la naissance de la caudale. Ses rayons épineux, au nombre de treize, forment une série d'une hau- teur à peu près égale, et d'un peu moins de moitié de celle du corps; ils sont tous assez grêles et flexi- bles; les mous, dont on compte dix -huit ou dix- neuf, et même jusqu'à vingt, forment une série plus élevée d'environ un cinquième , et qui s'arrondit en arrière par le raccourcissement des derniers : aussi simples et aussi flexibles que les épineux, ils ne s'en distinguent que parce qu'ils sont articulés sur une partie de leur longueur. Les deux séries, égabs en longueur, occupent chacune à peu près le tiers de celle du poisson. La caudale est d'un peu plus du sixième de la longueur totale; quand on l'étalé, elle est un peu arrondie. Elle a treize rayons, dont les neuf intermé- diaires sont fourchus et les autres simples. L'anale naît vis-à-vis du premier rayon mou de la dorsale et n'atteint pas tout-à-fait la caudale; elle a vingt-un rayons, tous simples et qui me paraissent tous ar- ticulés : leur hauteur est des trois quarts environ de celle des rayons dorsaux qui leur correspondent. Cette nageoire ne s'attache point à la queue par son bord postérieur, et laisse un intervalle entre elle et la caudale. La pectorale est attachée au-dessous du milieu, arrondie, et a le cinquième à peu près de la lon- gueur totale, et un peu plus en hauteur quand elle 204 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. est étalée. Tous ses rayons sont simples et articulés: le dixième et le onzième sont les plus longs, et du dixième au treizième ils sont un peu plus gros que les autres. Les ventrales sont attachées plus en avant que les pectorales, libres, étroites, soutenues en ap- parence par deux rayons simples articulés, dont l'interne est du sixième de la longueur du corps et l'externe d'un quart plus court : celui-ci se compose en réalité de deux, mais tellement unis, que la dis- section seule peut les faire connaître. Ils sont sé- parés sur près de moitié de la longueur du premier. B. 6; D. 13/19; A. 21; C. 13; P. 14; V. 1/2. La peau de ce poisson est molle et sans écailles. Une suite de pores étroits forme la ligne latérale, qui d'abord, au cinquième supérieur de la hauteur du poisson, suit une courbe convexe dans le haut, qui descend au milieu vis-à-vis le premier rayon mou de la dorsale, et règne ensuite en ligne droite jus- qu'à la caudale. La couleur varie beaucoup : dans ceux où elle se prononce le mieux, il y a sur un fond gris-brunâtre des bandes verticales d'un brun noirâtre, nuageuses, dentelées, irrégulières, plus foncées sur le dos, plus claires, et quelquefois jetées plus en arrière, sur le ventre, de sorte que la bande brune du ventre ré- pond en partie à l'intervalle gris du dos. Sur le gris il y a même le plus souvent des taches ou des points d'un brun pâle. Les bandes brunes s'étendent plus ou moins nettement sur la dorsale; souvent, au lieu d'être pleines, elles sont comme formées d'amas de petites taches brunes serrées; elles sont quelquefois CHAP. I. BLENNIES. 205 entourées d'un fin liséré blanc. On voit une de ces bandes étroites sur le museau, une sous l'œil, une sur la joue, qui est plutôt une large tache, et six ou sept sur le corps ; la caudale en a quelquefois encore une ou deux étroites, qui d'autres fois se réduisent à quelques points bruns. Sous la gorge sont trois bandes obliques formant chevrons , alter- nativement brunes et blanchâtres. A l'avant de la dor- sale, sur son troisième et son quatrième rayon, est d'ordinaire une tache d'un noir ou d'un noirâtre non mêlé de brun, mais qui s'affaiblit souvent beaucoup. L'anale a le long de son bord une teinte noirâtre, et ses pointes saillantes derrière chaque rayon sont blanches. Les pectorales et les ventrales sont grises, souvent avec des points ou des taches brunes; dans quelques individus leurs rayons sont teints de jaune ou d'orangé. Les tentacules des sourcils sont noirs, et leurs franges sont blanches ou tachetées de blanc. Ces couleurs s'affaiblissent dans certains individus: il y en a où le pointillé brun s'égalise tellement que les bandes se distinguent moins bien du fond ; en d'autres tout semble lavé d'un brun presque uni- forme, et quelquefois assez foncé, où l'on distingue cependant encore la tache noire de la dorsale et les pointes blanches des rayons de l'anale; mais il y a aussi des individus, et même à bandes bien dis- tinctes, où ces pointes blanches paraissent peu. Il y en a où une teinte jaune ou verdâtre est répandue sur la dorsale et sur une partie du corps : ce sont en général les plus grands où les teintes sont le plus lavées et le plus uniformes. 206 LIVRE XIV. GOBIOÏDES, Bien que l'espèce soit une des grandes du genre, aucun de nos individus ne passe huit ou neuf pouces. Le canal intestinal est d'une longueur médiocre, faisant seulement quatre plis rapprochés et quelques ondulations dans son étendue. Il commence par être très-large ; il se rétrécit ensuite de manière que son diamètre n'a plus que le quart de celui de l'origine de l'œsophage; mais il se dilate après la valvule du rectum, et le diamètre devient double de celui des intestins grêles. Les parois en sont minces, et la ve- loutée n'offre que des rides légères et sinueuses à l'intérieur. L'ouverture de l'anus est simple et n'a que quelques plis disposés autour du cercle de l'ouverture. Le foie est petit, presque réduit à un seul lobe, situé à gauche de l'oesophage. La vésicule est cependant du côté droit de ce viscère, comme à l'ordinaire; elle estoblongue, assez grande, à parois fortes; son canal cholédoque est gros et verse la bile très-peu en arrière du dia- phragme : il se dilate un peu en débouchant dans le canal intestinal. La rate est fort petite et noirâtre. Les laitances sont petites, blanches, et forment deux rubans grêles, aplatis, droits, à peine du cin- quième de la longueur de la cavité abdominale, et placés vers le milieu de cette longueur. Les deux ca- naux qui se rendent à l'extérieur sont presque capil- laires, droits, et vont s'ouvrir, plus loin que le rectum, par un seul trou excessivement petit, der- rière lequel est un groupe de papilles noires très- régulièrement disposées. Cette ouverture est assez distante de celle de l'anus. Les reins forment deux CHAP. I. BLENNIES. 207 petits filets parencliymateux, assez épais, réunis vers le bas en un seul lobe envoyant un uretère très-grêle et court, qui donne dans un long tube conique et placé sous les reins. Cette vessie urinaire, ainsi dirigée vers le haut, occupe presque toute la longueur de l'abdomen. On la voit facilement entre les testicules : elle s'ouvre près delà base du premier rayon de l'anale derrière l'ouverture des laitances, et le trou est en- touré en cet endroit d'un autre groupe de papilles formant un petit tubercule bien distinct du précédent. Ces papilles sont, comme les autres, d'un noir très- brillant. La femelle nous a montré des viscères disposés de même. Les ovaires étaient développés et remplis- saient près de la moitié de l'abdomen : leur longueur égalait presque celle de cette cavité. Rien de parti- culier n'entourait l'ouverture extérieure de ces or- ganes ou celle de la vessie. Le péritoine est rougeâtre, pointillé de noir. Les intestins étaient remplis de corallines et d'au- tres petits polypiers, mais rongés de manière à prou- ver que les alimens avaient bien été soumis à l'action des dents avant d'avoir été avalés. Le squelette a le crâne petit, comprimé, surmonté d'une seule crête , qui se bifurque à l'occiput, et dont chaque branche aboutit en arrière à l'endroit où s'articule le surscapulaire. La tempe et la joue, très- concave, laissent beaucoup d'épaisseur au crola- phyte: le cubital et le radial sont fort étroits; mais les os du carpe sont très-longs et laissent entre eux de grands intervalles ovales. Il y a douze vertèbres 208 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. abdominales et vingt-six caudales, toutes un peu plus hautes que longues. Les trois premiers interépineux tiennent à l'occiput : à compter du septième, ils sont régulièrement portés chacun sur l'extrémité d'une apophyse épineuse des vertèbres. Il en est de même de ceux de l'anale. Les côtes sont grêles, four- chues et n'embrassent guère que moitié de l'abdomen. Cette espèce est très-commune dans toute la Méditerranée : nous l'avons reçue de tous les ports où nous avons eu des correspondans : de Marseille, par M. Duméril; de Toulon, par M. Delalande; de Nice, par MM. Risso, Savigny, Laurillard; de Corse, par M. Pé- raudot; de INaples, par M. Savigny; de Si- cile, par M. Biberon, etc. Willughby et MM. Nardo et de Mertens l'ont observée jusque dans les fonds de l'Adriatique. Elle habite aussi l'Océan, bien qu'elle y soit moins com- mune. M. Audouin l'a prise à Granville; M. Garnot nous l'a envoyée de Brest et M. d'Orbigny de La Rochelle. Willughby 1 a parfaitement décrit et repré- senté ce poisson; il l'avait observé à Venise, et l'y avait entendu appeler gatto ruggine, ce qu'il traduisait par chat rouillé ou cou- leur de rouille; mais lui-même craignait, 1. Page i32, c. 20, et pi. H à, fig. a. CHAP. I. BLENNIES. 209 comme étranger, de n'avoir pas bien saisi ces mots. En effet, le nom des blennies dans l'Adriatique est gatto rusola ou gotto rosula, ce qui, selon Gesner 1 et Aldrovande 9 est un diminutif de gotto roso (gutturosus) , et se rapporte au renflement de la gorge, à l'es- pèce de goitre dans ces poissons 5 aussi, ces deux auteurs, dont le deuxième était du pays, appellent-ils une espèce de blennie, le Bl. pavOy piscis gutturosus. Il paraît néanmoins qu'on le nomme aussi quelquefois gatta (chatte 3 ), mais peut-être seulement par abré- viation. Tout cela n'a pas empêché que ce nom corrompu et peut-être imaginaire de gatto ruggine, ne soit demeuré au poisson dans les auteurs méthodiques, et que M. de Lacépède ne l'ait francisé en gattorugine. Au reste il s'en faut que tous les auteurs aient connu la vraie espèce de Willughby. Déjà Linné, lorsqu'il lui attribue 4 des ten- tacules à la nuque aussi bien qu'aux sourcils ,~ ne parle évidemment plus du même poisson. Cependant c'est cette assertion qui a proba- blement déterminé Bloch à faire ajouter à la main des tentacules sur la nuque de la figure, 1. Gesner, Aq., p. 18. — 2. Aldrov. , Pisc. , p. 4 x 4- — 3. Martens, Voyage à Venise, t. II, p. 4*8. — 4. Syst. nai., io. e édit. , 1. 1., p. 256. 1 1. 14 210 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. d'ailleurs fort mauvaise , qu'il a donnée sous le nom de gattorugine, et qui peut-être, sans cette altération, devrait être regardée comme appartenant vraiment à cette espèce, mais faite d'après un individu décoloré. Forskal ne décrit sous le nom de gatto- rugine 1 qu'un salarias de l'espèce que nous appelons Sal. quaclripennis. Le Bl. gattorugine de Pennant 2 ne peut être le véritable , qu'autant que l'on supposera que la figure est faite d'a- près un individu dont le tentacule sourcilier était mutilé et la dorsale détachée en arrière de la queue. Toutefois j'ai tout lieu de croire à ces défauts de sa figure, plutôt qu'à l'existence d'une espèce à part. Celui que décrit Brùn- nich {Pisc. mass., p. 27), est au contraire le véritable, et il me semble pouvoir en dire autant de celui que représente Donovan, pi. 86, bien que le tentacule y soit mal rendu. Ces deux auteurs le considèrent comme rare sur la côte d'Angleterre : Pennant l'avait vu à l'île d'Anglesey. Le blennius patuvanus de Rafinesque (Ca- ratt.j, p. 3o, pi. 4> fig- 2 ) n'est qu'une mauvaise figure du gattorugine, faite d'après le sec L'au- teur aurait latinisé le nom de patuvano, qui 1. Anim.arab., p. 23. — 2. Brit. zool. , t. III, p. 207, n.°9i. CHAP. I. BLENNIES. 211 est la dénomination vulgaire de ce poisson en Sicile. On ne doit point s'inquiéter sur ce point de ce que M. Rafinesque, dans son Indice, p. 1 et 10, nomme le Bl. gattorugine de Linné en même temps que son Bl. patuvanus. C'est une pratique qu'il n'a que trop observée dans tout le cours de cet ouvrage. Enfin, je pense que c'est encore le blen- niusvarus de Pallas (Zoogr. ross., III, p. 170), qui se trouve, mais rarement, sur les bas-fonds du golfe de Théodosie en Crimée. Le Blennie rouge. (Bleiinàis ruber, nob.) Il existe dans l'Océan un blennie parfaite- ment semblable au gattorugine par les formes, mais qui semble en différer, parce que son tentacule sourcilier paraît plus court, et que, dans certaines circonstances du moins , il prend une teinte générale d'un rouge vif. Sous les yeux sont quelques lignes blanchâtres rayonnantes; la poitrine et le ventre sont presque blancs, et les flancs sont irrégulièrement bigarrés de cette couleur. Les rayons des nageoires sont, comme le corps, d'un rouge de feu ou de sang , et il y a dans leurs intervalles des lignes obliques blanches. D. 13/20 ; A. 22; G. 11; P. 14 j V.2. 2\ 2 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Nous devons cette description à M de La- pilaye, qui l'a faite à Ouessant, et y a joint une fort belle figure d'après un individu long de six pouces. Ne serait-ce point un blennie gattorugine dans quelque état passager, peut-être dans la saison de l'amour? Le Blennie tentaculaire. (Blennius tentacularis, Brùnnich.) Brùnnich a bien décrit [Pisc. mass., p. 26), sous le nom que nous lui conservons, un pois- son dont les formes et les nombres de rayons diffèrent peu ou point du Bl. gattorugine; son corps est seulement d'une venue plus uni- forme, moins gros et moins haut. Ses dents sont au nombre de vingt-six ou vingt-huit à chaque mâ- choire, et il a vers l'angle une dent crochue, pointue et plus grosse que les autres, une véritable canine. Ses tentacules n'ont point de franges, mais seulement de légères dentelures; ils sont aplatis et leur contour est à peu près celui d'une feuille lancéolée. Dans quel- ques individus leur longueur excède celle de la tête, en sorte que c'est une des espèces qui a le mieux motivé le nom de lièvre de mer, donné sur quelques côtes aux blennies. Dans d'autres ils deviennent bien plus petits, ce qui tient au sexe. D. 12 ou 13/19 ou 20 j A. de 22 à 24. Sa dorsale, à peu près d'égale hauteur partout, CHAP. I. BLENNIES. 215 s'attache en arrière au dos de la queue jusqu'à la nais- sance de la caudale. Le fond de sa couleur est un gris roussâtre, couvert sur le dos et les côtés de points ou petites taches ovales d'un brun noir , disposées ver- ticalement, et plus ou moins serrées, selon les in- dividus. Il y a de plus le long du dos neuf ou dix grandes taches ou demi -bandes, tantôt d'un gris noirâtre, tantôt d'un brun roussâtre, sur lesquelles les points noirs s'étendent aussi, et qui dans beau- coup d'individus paraissent à peine. Dans d'autres, les points sur les taches sont plus rapprochés et leur donnent plus d'intensité. Dans d'autres encore, les taches l'emportent de beaucoup en intensité sur les points, qui ne paraissent presque pas, en sorte que, qui verrait deux individus extrêmes , ceux à points noirs, presque sans taches, et ceux à taches rousses presque sans points, les prendrait infailli- blement pour des espèces très-distinctes. La tête est d'un gris roussâtre, semé , surtout ei* arrière, de points plus petits et plus ronds que ceux du corps, qui s'effacent quelquefois jusqu'à devenir à peine apparens. L'abdomen est blanchâtre, la gorge a trois bandes gris-roussâtres en chevron , à pointe dirigée en ar- rière, séparées par des bandes semblables blanchâtres: les unes et les autres s'affaiblissent quelquefois beau- coup. Les tentacules sont d'un gris-brun uniforme. La dorsale est grise et a sur le devant une tache noire qui s'étend du premier au deuxième ou au troi- sième rayon : quelquefois elle atteint même le qua- trième. En arrière, des points transparens entre les 214 LIVRE XIV- GOBIOÏDES. rayons y forment des lignes obliques. L'anale a aussi des lignes obliques de points transparens sur un fond gris ou brun, et les points de ses rayons sont blancs. Souvent les rayons de tout ou partie des nageoires sont teints de fauve. H y a même des in- dividus où le corps entier est grisâtre ou violâtre, seulement avec de très-petits points noirs à la tête et à la partie voisine du dos, et du fauve aux rayons des nageoires, sans aucunes bandes; mais ils ont aussi la tache noire à la dorsale. Cette description des couleurs est faite d'après un joli dessin que M. Laurillard a pris à Nice pendant le mois de Février. Cette espèce n'a guère que moitié de la taille du Bl. gattorugine : nos plus grands indi- vidus ne passent pas quatre pouces. C'est le blennius punctatus de M. Risso, dans sa seconde édition (p. 23 1); qui, dans la première (p. 128), portait mal à propos le nom de blennius cornutus. Le blennius Bréa du même auteur ( 1 . re édit., p. 129; 2. e , p. 233), n'en paraît qu'une variété. Le Blennie palmi corne. (Blennius palmiçornis , nob.; Blennius sanguinolen- ta^Pall.) A peu près de la même taille que le gatto- rugine, cette espèce a la tête plus petite à proportion. CHAP. I. BLENNIES, 215 Elle est comprise près de cinq fois et demie, et quel- quefois près de six fois, dans sa longueur totale. Ses ventrales sont plus courtes et contenues près de dix fois dans cette longueur. Il y a trente-quatre à trente- huit dents serrées à chaque mâchoire ; immédiate- ment derrière celles d'en bas est une canine très- apparente; mais je n'en vois pas à la mâchoire supérieure. Son tentacule orbitaire est extrêmement petit, à peine du quart du diamètre de l'œil, et di- visé comme une palmette en quatre ou cinq brins* fins et pointus : sur beaucoup d'individus on a peine à l'apercevoir. Sa dorsale est h peu près d'égale hauteur partout, et s'unit en arrière au dos de la queue jusqu'à la naissance de la caudale. D. 13/20; A. 21; C. 13; P. 13; V. 2. Les mâles ont derrière l'anus deux tubercules mous en forme de champignons, hérissés de proé- minences molles. Les couleurs de cette espèce varient encore plus que celles du gattorugine. Les grands individus sont presque entièrement bruns et semés seulement de taches plus brunes, petites, rondes et nuageuses , mais peu apparentes. Dans les jeunes sujets le fond est plus clair, tirant au verdâtre , et les taches, plus foncées, s'y font mieux sentir; irrégulièrement semées sur le corps, elles s'arrangent sur la queue en trois séries longitudinales. Celles de la dorsale forment souvent comme un échiquier. Il y a toujours une . tache noire différente des autres entre ses deux pre- miers rayons. L'anale a une bande brune ou noire 246 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. le long de son bord; ses pointes restent blanches. Les autres nageoires ont des points bruns sur leurs rayons : souvent la pectorale en a de rouges sur la moitié la plus voisine du bord, et il y en a aussi de tels sur la seconde moitié de la queue. Certains individus, entiè- rement d'un gris verdâtre, n'ont que des taches éparses et peu tranchées. Les extrêmes de ces différences, vues isolément, pourraient sembler des espèces distinctes; mais quand on a, comme nous, la série complète sous les yeux, on ne peut conserver cette opinion. Nous n'en avons pas de plus de six pouces de longueur. L'examen de ses viscères nous a montré un canal intestinal beaucoup plus alongé, au moins du double de la longueur du corps. L'œsophage commence par être plus étroit que celui du gattorugine; il reçoit la bile au même endroit et par un canal cholédoque fait de même. La vésicule du fiel dont il sort, est plus grosse; mais le foie qui lui fournit la bile est plus petit. Le duodénum, après avoir parcouru de nom- breuses ondulations, se renfle un peu. Une forte val- vule marque l'origine du rectum, qui est plus long, mais plus étroit, que celui du gattorugine. Les sacs à ovaires étaient plus courts et plus étroits ; la vessie urinaire plus longue, et plus grêle. Les ouvertures extérieures de la femelle n'offraient rien de remar- quable; celles du mâle sont entourées de houppes semblables à ce que nous avons vu dans le gattorugine. Le squelette est assez semblable à celui du gatto- rugine. Il a vingt -deux vertèbres abdominales et vingt-sept caudales. CHAP. I. BLENNIES. 217 Cette espèce, comme le Bl. gattorugine, habite tous les parages de la Méditerranée. Les mêmes correspondans nous l'ont apportée ou envoyée de Marseille, de Nice, de Gênes, de Corse, d'Iviça, de Naples, de Sicile, de Morée et même d'Egypte. Il paraît qu'en Morée elle remonte dans le Pamisus. A Messine on l'appelle bavone, selon M. Bibron. Nous en trouvons dans un recueil de pois- sons, gravés en Espagne, une figure fort re- connaissable, intitulée logaritina, nom donné comme générique dans ce pays pour les blen- niesj mais que je ne trouve ni dans les dic- tionnaires, ni dans Cornide, qui, à la vérité, n'a point parlé de ce genre. Notre blennius palmicornis est, à ce qu'il nous paraît, le pholis de Rondelet 1 , qui a servi de base à l'espèce de blennius pholis d'Artedi et de Linné, et qui est aussi le pholis de M. Risso (2. e édition, p. 232); mais le pholis de l'Océan, tel que l'ont donné Ray, Pennant, Bloch, Donovan et d'autres ich- thyologistes , est d'une espèce différente. 1. L. VI , c. a3, p. 206. Copié Gesner, 7145 Aldrov., 116; Willughfy, H 6, fig. 4. 218 LIVRE XI.V GOBIOÏDES. Le Bl. palrnicornis est aussi , selon toute apparence, le blennius vividus de Rafmesque {Caratt.y pi. 4> fig- 3), qui, ainsi que la plu- part des poissons de cet ouvrage, aura été dessiné d'après un individu desséché et tiré en longueur. Je crois que c'est encore le blennius sangui- nolentus 1 de Pallas : tous les détails de sa des- cription, et jusqu'aux taches rouges de ses pec- torales, s'y appliquent parfaitement. C'est, selon ce célèbre naturaliste, un poisson fort com- mun sur les côtes rocheuses de la Tauride, et qui s'y prend aisément à la ligne et aux filets. Il peut vivre plusieurs heures hors de l'eau. Cuit, sa chair prend la consistance d'un cartilage et se laisse difficilement séparer des arêtes ; elle n'est pas mauvaise au goût, mais on en fait peu d'usage. Le Blennie de Yarell. {Blennius Yarellii, nob.) Nous n'avons jamais reçu le blennie palmi- corne que de la Méditerranée. Il nous paraît qu'il existe dans l'Océan , et assez loin vers le nord, un blennie voisin de ce palmicorne, que 1. Zoogr. ross., t. 111, p. 168. CHAP. I. ELENNIES. 219 nous n'avons jamais vu, mais qui, à en juger par l'excellente figure 1 de M. Yarell, est cer- tainement d'une espèce différente. Ce zoolo- giste ne serait pas le premier observateur qui l'ait décrit, mais il l'a mieux fait connaître par le dessin que nous pouvons examiner; et c'est pour cette raison que nous nous faisons un devoir et un vrai plaisir de dédier cette espèce à cet habile naturaliste. Elle diffère du blennie palmicorne par son profil et surtout par le nombre des rayons de la dorsale, qui ne se rencontre jamais aussi considérable dans tous nos blennies. D. 51; A. 36; C. 14; P. 14; V. 2 ou 3. Le tentacule est long, dentelé sur le seul côté antérieur; un très-petit est au-devant de l'œil. La couleur est d'un brun pâle, tacheté de brun plus foncé sur les cotés; la tête, les pectorales et les ven- trales sont plus foncées. Nous la trouvons déjà dans Flemming 3 et dans Nilsson 3 , qui l'ont confondue avec le blennius galerita de Linné. M. Yarell, re- connaissant leur erreur, l'a prise pour notre palmicorne ; mais celui-ci n'a jamais que 1. Brit. fish, p. 2o5, sous le nom impropre de blennius pal- micornis. — 2. Flem., An. brit., p. 207, n. 8 122. — 3. Ichth. seand. , p. 102. 220 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. trente-trois à trente-cinq rayons, tandis que son espèce en a cinquante ou cinquante-un. Nous la croyons aussi voisine du tenta- cularis que du palmicorne. Flemming a fait sa description sur un individu pris sur la côte du Devonshire; Nilsson l'a vue parmi les roches de la Norwége , où elle atteint six pouces de long, et où elle détruit les crustacés et les mollusques. L'individu figuré par M. Yarell a été pris à Berwick sur la Tweed. L'espèce doit être rare, car il n'en a vu qu'un seul individu. Le Blennie papillon. {Blennius ocellaris. Lin.) Le plus remarquable des blennies, par la disposition singulière de sa dorsale et l'orne- ment très-apparent dont elle est décorée , est celui auquel Bélon a primitivement affecté le nom de blennus; c'est le scorpioides de Ron- delet, le mesoro de Salviani, enfin le blennius ocellaris de Linné et de ses successeurs. C'est aussi l'une des grandes espèces du genre de nos mers et qui ne le cède guère qu'au gattorugine. Sa lêle est très-grosse, comprise au plus quatre fois et demie dans la longueur du corps; sa hauteur CHAP. I. BLENNIES. 224 égale sa longueur. Ses joues renflées lui donnent à peu près les deux tiers en épaisseur; la poitrine est encore un peu plus haute, et ensuite le corps dimi- nue par degré jusqu'à la base de la caudale, où il n'a plus que le tiers de la hauteur de la tête, et une épaisseur encore de moitié moindre. Le profil jus- qu'à la bouche forme un quart de cercle; près de cette ligne, à son milieu, sont les yeux, entre les- quels le front a une concavité longitudinale; le dia- mètre est de près du tiers de la longueur de la tête. Les pièces operculaires sont disposées comme dans le gattorugine. La membrane branchiostège a de même six rayons; mais elle adhère étroitement à l'isthme ou plutôt à la naissance de la poitrine par son bord inférieur, en sorte que la fente des ouïes a moins d'étendue. Chaque mâchoire a envi- ron trente-six dents grêles serrées, et en arrière une canine très-pointue et crochue, forte et bien séparée tant en haut qu'en bas. La partie antérieure de la dor- sale est aussi haute que le corps, taillée en demi- ellipse. Le premier rayon est isolé et en filament sur moitié ou le tiers de sa hauteur; le second est d'un cinquième et d'un quart plus court; les sui- vans n'ont d'isolé que de courtes pointes flexibles : leur nombre n'est que de onze. Le onzième n'a pas le quart de la hauteur du premier; mais le premier des articulés se relève au double de la hauteur du on- zième, et ceux qui suivent la conservent à peu près. La membrane se continue pour unir le bord pos- térieur de la dorsale au dos de la queue jusqu'au- près de la naissance de la caudale. Ces rayons mous sont au nombre de quinze ou seize. 222 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. L'anale commence vis-à-vis le premier rayon mou du dos, et se termine sous la fin de la dorsale. Ses rayons, au nombre de dix-huit, sont de moitié plus courts que ceux du dos; les deux ou trois premiers sont presque filamenteux. La pectorale n'a que douze rayons : la caudale n'en a que onze entiers et neuf fourchus. Tous ces rayons, soit épineux, soit arti- culés, n'ont aucune ramification, excepté les neuf intermédiaires de la caudale. Les ventrales sont d'un peu moins du sixième de la longueur totale. Leur troisième rayon se trouve facilement, même avec le tact. D. 11/16; A. .18; C. 11; P. 12; V. 1/2. Le tentacule du sourcil , du tiers à peu près de la hauteur de la tête, n'a sur les côtés que quelques petits filamens courts. Le corps de ce poisson est d'un cendré un peu roussâtre ou bleuâtre, quelquefois un peu verdâlre. Des points bruns rapprochés forment six bandes verticales, qui descendent sur les flancs en s'affai- blissant. Les trois ou quatre derniers s'étendent sur la partie molle de la dorsale, et descendent en tra- vers de la queue jusqu'à l'anale. Le ventre est blan- châtre; la tète a les côtés piquetés de brun, sur le crâne est une ligne blanchâtre en demi-cercle, la con- vexité dirigée en avant. La partie épineuse de la dor- sale porte, sur le sixième et le septième de ces rayons, un bel ocelle en ovale plus ou moins régulier, d'un noir profond, entouré d'un liséré d'un blanc pur, et où quelquefois un point blanchâtre se montre au milieu. Le reste de cette nageoire a des nuages CHAP. I. BLENNIES. 225 grisâtres mal prononcés. La caudale est d'un gris noi- râtre, et a quelques points bruns sur ses rayons. 'L'anale, blanchâtre vers sa base, a les intervalles et les pointes de ses rayons noirâtres. Nos plus grands individus n'ont que six pouces. Les viscères ne diffèrent pas sensiblement des pré- cédentes; le mâle a deux groupes de papilles noires, très-brillantes, derrière l'anus. Le squelette a onze vertèbres abdominales et vingt- deux caudales; sa crête sagittale et les deux moitiés de la crête occipitale qui s'y réunissent, sont très- prononcées. Cette espèce est trop bien caractérisée pour que sa synonymie puisse donner lieu à au- cune difficulté, quoique les figures qu'en ont données les ichthyologistes du seizième et du dix-septième siècle, soient toutes assez dé- fectueuses. C'est le scorpioides de Rondelet (1. VI, c. 20, p. 204 1 ); le blennus de Bélon {Aq.j, p. 22 1 9 ), de Salviani {Aq>, p. 217, Pisc, p. 84 3 ) et d'Aldrovande (p. 2o3). Blocli l'a mieux représentée pi. 167. Ce blennie habite toute la Méditerranée, et nous l'avons reçu de la plupart de ses parages: de Toulon, par M. Delalande ; de Nice, par M. Lauiïllard; de Gènes et de JNaples, par M. 1. Celte figure, contre l'ordinaire de Rondelet, est la plus mauvaise de toutes; elle est copiée Gesner, 847, Aldrov. , 116. 2. Cop. de Gesner, i5o. — 3. Cop. de Willughby, H 3, fig. a. 224 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Savigny; de Sicile, par M. Bibron. Cetti l'a placé en Sardaigne 1 ; Willughby en a vu beau- coup en automne sur les marchés de Venise 2 ; mais à Rome, selon Salviani, on en prend à peine dix dans une année. 3 Les Languedociens le nomment labre de mar, selon Rondelet. Les Marseillais lui don- nent, en commun avec d'autres blennies, le nom de baveuse, qui, à Nice, se prononce bavecca. 4 A Iviça, M. De Laroche l'a entendu appeler cebosa. Son nom romain, à ce que dit Salviani, est mesoro etmessore 5 . A Venise, selon MM. Naccari 6 et Martens 7 , il se nomme gattorusola d'aspreo, ou di sasso ou di mar. Bélon dit qu'à Zante et à Corfou les Grecs l'appellent cepa et cepola 8 . A Nice il n'est pas commun , selon M. Risso 9 : il y approche des côtes depuis Avril jusqu'en Juillet, et fraie au printemps. 10 Nous n'avons jamais reçu ce poisson d'aucun point de l'Océan septentrional, et cependant les naturalistes anglais nous confirment qu'on le rencontre sur les côtes d'Angleterre. Ainsi Montagu 11 , et d'après lui Flemming, le citent 1. Celti, t. III, p. io3. — 2. Will. , p. i32. — 3- Salviani, fol. 218, verso. — 4. Risso, Poiss. — 5. Salv., Aq., fol. 218 A. — 6. Giorn. di pic, déc. II, t. V, p. 33 1. — 1. Vovage à Venise, t. II, p. 4*8. — 8. Bélon, Aq., p. 220. — 9. Première édition, p. ia5. — 10. Deuxième édit., p. 23o. — 11. Mem. Wern. soc., vol. II, p. 443, pi. 22. CHAP. I. BLENNIES. 225 parmi les poissons observés sur la cote de Devonshire. M. Yarell la obtenu ou pris sur les rochers de l'île de Portland, et il en donne une figure pleine de vérité 1 . Il faut cependant qu'il y soit fort rare, car les au- teurs comptent le nombre des individus trouvés jusqu'à présent, et qui est de quatre seulement. L'espèce , si abondante dans la Méditerranée, ne se trouve donc qu'acciden- tellement dans l'Océan : déjà Cornide n'en parle point. Nous n'en trouvons pas de men- tion dans aucun des auteurs de Faunes du Nord. Pallas ne le cite nullement parmi les poissons de la mer Noire. Il se tient dans la mer le long des rivages, et se nourrit de petits crustacés et de petits poissons qu'il prend parmi les algues 2 ; mais dans le besoin il mange aussi des fucus 3 . Sa chair est molle, glutineuse 4 , et a peu de goût, à moins d'être fort assaisonnée. Bélon assure que les plus pauvres des Grecs sont les seuls qui en mangent 5 ; en Italie les gens du peuple même, dit Salviani, n'en voudraient manger que dans le manque absolu d'autres poissons. 1. Brit. fish, p. 220. — k 2. Bélon, Aq. , 220. — 3. Salv., fol. 218 verso. — 4. "Willughby, 102. — 5. Bélon, loc. cit. 1 1. i5 220 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Le Blennie sphinx. {Blennius sphynoc, nob.) La côte de Naples a donné une charmante petite espèce à haute dorsale comme le blen- nie papillon, et revêtue des plus jolies couleurs. M. Savigny l'y a découverte pendant son séjour en i823; mais M. Biberon nous en a depuis rapporté un grand nombre d'individus pris à Messine , et M. Laurillard s'en est pro- curé à Nice qui nous ont permis de faire une description détaillée de ce poisson. Sa hauteur est cinq fois et demie dans sa lon- gueur, et c'est aussi la mesure de sa tête, qui est renflée aux joues et sous la gorge. Son museau est si court que le profil est presque vertical. La partie antérieure de la dorsale est plus haute que le corps et séparée de la partie molle par une échancrurc profonde. La mâchoire inférieure a de chaque côté deux fortes canines en arrière des dents grêles : la supé- rieure n'en a qu'une et plus faible. Les dents ordi- naires sont au nombre de trente dans la première, et de quarante dans l'autre. Les tentacules sourci- liers sont simples, grêles, et des deux tiers à peu près de la hauteur de la tête. Ses pectorales, un peu pointues, ont près du quart de la longueur totale, et les ventrales en ont près du septième. Les trois CHAP. I. BLENNIES. 227 x)\i quatre derniers rayons des pectorales sont seuls simples : les autres ont des ramifications. D. 12/16; A. 20; Cil; P. 14; V. 2. Aucun blennie n'a des couleurs plus agréables. Le fond est d'un vert jaunâtre qui devient à la tête d'un beau vert de pré. Six ou sept larges bandes d'un vert brunâtre, lisérées chacune des deux côtés d'une ligne étroite d'argent , entourent le corps : vers l'arrière elles sont un peu moins nettes. Un trait argenté les partage souvent en deux à leur partie supérieure, et elles s'étendent sur la base de la dorsale et s'y perdent en y prenant une teinte rousse. La moitié supérieure de la dorsale épineuse est lilas avec cinq lignes longitudinales parallèles et argentées. Des points argentés forment trois séries sur la partie molle, et deux en travers sur la queue. L'anale est jaunâtre, avec une série de points ar- gentés sur la base de ses rayons, un bord noirâtre et les pointes de ses rayons blanches. C'est la tête qui a les plus beaux ornemens : sur la tempe est un grand ocelle bleu, bordé de rouge ; des points et de petites lignes argentées lisérées de noir, sont disposés sur la joue, le museau et les pièces operculaires, avec beaucoup de régularité. Il y a trois lignes brunes obliques sous la gorge, et une quatrième parallèle à la base de la pectorale. Cette nageoire et les ventrales sont jaunâtres. Nous avons fait cette description d'après une figure faite sur le frais par M. Laurillard ; mais dans la li- queur une grande partie de ses beautés s'effacent; le corps devient gris, les bandes brunes, les points 228 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. blancs de la tête et des bouts des rayons de l'anale se conservent. Ce joli poisson n'est long que de deux pouces et demi. Nous n'en avons obtenu que deux individus. Le Blennie trigloïde. (Blennius trigloides, nob.) Nous avons nommé ainsi cette espèce, parce que sa tête ressemble par sa forme à celle d'un trigle. Le dessus en est horizontal, et le profil du museau fait un angle obtus avec celui du crâne, qui est en- core rendu plus marqué par la saillie des yeux et descend en ligne un peu concave. La longueur du crâne et celle du museau, depuis l'entre-deux des yeux, sont à peu près égales, et chacune de moitié de la longueur de la tête, prise du museau au bout de l'opercule, qui elle-même est de plus du quart de la longueur totale. La tête a, en hauteur, les trois quarts de sa longueur. Le renflement des joues lui donne de plus une épaisseur transversale presque égale à sa hauteur. Ses dents sont au nombre de vingt à vingt-quatre à chaque mâchoire. La canine inférieure est assez forte, mais la supérieure est petite. Il n'y a point de tentacule au sourcil; j'ai cru cependant en avoir vu un ves- tige dans un ou deux individus; mais l'orifice an- térieur de la narine en a un petit, palmé, divisé en CIIAP. I. CLENNIES. 229 cinq brins. Cet orifice répond au milieu du bord antérieur, de l'œil, et est situé au tiers de la dislance de l'œil au bout du museau. L'orifice postérieur est plus élevé et tout près du bord de l'orbite. La portion antérieure de la dorsale est de moitié plus basse que la portion molle, et du tiers environ de la hauteur du corps au droit des pectorales; son bord postérieur s'attache au dos de la queue, sans atteindre la caudale. Il n'y a point de tubercules près de l'anus. L'a- nale répond à la partie molle de la dorsale, mais est de moitié moins haute. La caudale a plus du sixième de la longueur totale. La pectorale est ovale, et sa base charnue est fort détachée du corps ; elle a douée rayons, dont les quatre derniers plus gros que les autres. Le neuvième est le plus long : y com- pris sa base, il a près du quart de la longueur du corps; les ventrales en ont près du sixième; leur rayon interne, qui est le plus long, n'est pas divisé. D. 12/16; A. 18; C. il; P. 12; V. 2. Tout ce poisson est d'un gris roussâtre, marbré de brun ou de noirâtre , de manière que ces mar- brures forment le long du dos six grandes taches ou demi-bandes irrégulières. Il y a aussi quelques marbrures à la tête. Quelquefois le fond est tout semé de petits points bruns, mais qui se fondent souvent dans la teinte générale. Trois bandes sem- blables à celles du dos occupent la caudale. La gorge, l'abdomen et les ventrales sont d'un roussâtre pâle sans taches ni points ; les autres na- geoires ont des points bruns sur leurs rayons, qui 250 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. y forment quelquefois des bandes. En général, toute cette distribution est fort variable , et dans certains individus, au lieu de brun, c'est seulement du roux plus foncé. Cette espèce ne passe guère quatre pouces de longueur. Nous l'avons reçue de Naples par M. Sa- vigny, et M. Richardson nous en a donné un bel échantillon, pris à Madère, mais il ne nous en est venu du nord de la Méditerranée que de très-petits individus. Elle paraît donc plus méridionale que les autres; aussi ne la trouvons-nous point dans l'ouvrage de M.Risso. Le Blennie aux dorsales inégales. (Blennius incequalis, nob.) M. Raffeneau de Lile, professeur de bota- nique à Montpellier, nous a donné un petit blennie pris à Cette, qui ressemble assez au trigloïde, mais qui a le profil un peu plus oblique, et par consé- quent le museau un peu moins obtus, et porte un très-petit tentacule au-dessus de l'œil et un ?utre, fourchu, à l'orifice antérieur de la narine. Je ne lui compte que douze ou quatorze dents à chaque mâ- choire. Son corps est très-comprimé de l'arrière. Les deux parties de la dorsale sont encore plus iné- gales en hauteur que dans le trigloïde, et s'attachent CHAP. I. BLENNIES. 231 de même en arrière; ses nombres sont à peu près les mêmes. D. 11/17; A. 19, etc. Dans la liqueur il paraît gris roussâtre, avec de très-petits points noirs formant diverses bandes obli- ques sur la tête et semés sur l'avant du dos; des points bruns en travers des rayons des nageoires verticales; quelques nuages brunâtres, mais peu sensibles, fai- sant comme des vestiges de bandes, vers le dos. L'individu n'a que deux pouces. Le Blennie d'Artedi. (Blennius Artedii; Blennius galerlta, Art.) Galerita, nom latin du coche vis, avait été donné par Rondelet (1. VI, c. 21, p. 204) à un blennie dont la tète est surmontée d'une crête membraneuse longitudinale (notre bl. pavo mâle); mais Artedi (Syn., p. 44 )> tout en conservant ce s}monyme, a assigné à son galerita un caractère que Linnœus lui a con- servé, et qui consiste en une crête trans- verse {crista transversal et Artedi (Gen.> p. 27 ), s'explique plus au long en ces termes: est autem crista Ma lobus cutaceus trian- gularis, ad margines ruber, in summo ver- tice inter oculos situs. La contradiction entre ce caractère et 252 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. celui du galerita de Rondelet, ne pouvait échapper à des lecteurs attentifs, et néan- moins tous les ichthyologistes avaient copié sans réflexion les articles et les synonymies cités d'Artedi et de Linné. Pennant, et d'après lui Gmelin, y ont même ajouté un faux syno- nyme de plus, le crested blenny {Brit. zool) y qui n'a de crête ni en long ni en travers. Je cherchais depuis long-temps quel pouvait avoir éte r le poisson observé par Artedi, lors- que j'ai eu tout récemment le bonheur d'en rencontrer un, qui, s'il n'est pas précisément de la même espèce, est. du moins le seul qui offre le caractère indiqué. Il s'est trouvé dans une collection faite à Madère par M. Richard- son, et dont ce savant voyageur a bien voulu nous gratifier. Sa crête pourrait être appelée plutôt un tentacule impair, et semble résulter de la soudure des deux tentacules ordinaires; elle est située au sommet de la tête entre les deux yeux; c'est un lobe cutané, en triangle isocèle aigu, cilié sur les bords, à peu près du tiers de la hauteur de la tête, deux fois moins large que haut, mobile et flexible, semblable, en un mot, aux tentacules par la substance. Ce poisson ressemble d'ailleurs assez au Bl. pal mi- corne., mais ses dents sont plus fines et plus nom- breuses; il en a près de soixante à la mâchoire supérieure, sans canines visibles; tandis qu'il s'en CHAP. I. BLENNIES. 235 trouve une très -forte, bien séparée, à l'arrière de chaque côté de l'inférieure, qui n'a que quarante dents ordinaires. Sa dorsale est plus déprimée entre sa partie épineuse et sa partie articulée que dans les espèces précédentes, et son bord postérieur ne s'unit point au dos de la queue; il en est de même de l'a- nale, en sorte qu'il reste un peu de queue sans na- geoire avant la caudale. Ses ventrales sont du hui- tième à peu près de la longueur du corps. Sa ligne latérale suit en ligne droite le tiers supérieur du corps. D. 12/16 ; A. 17; C. 13; P. 14; V. 2. Tel que nous l'avons dans la liqueur, ce poisson paraît d'un brun roussâtre. Les côtés de la tête ont de petits points bruns; le long du dos, à la base de la dorsale, sont six ou sept larges taches irré- gulières noirâtres; les flancs sont semés de petites taches rondes, ou gros points blanchâtres ou argen- tés, dont une partie est disposée en une ligne droite ou série continue par le tiers inférieur; la gorge est finement pointillée de blanchâtre; les na- geoires sont grises, et l'on voit sur la bande une série longitudinale de points bruns qui occupent le milieu de la hauteur; l'anale a le bord brun ou noi- râtre. Nous n'avons de cette espèce que deux individus, un de trois pouces et un de deux. 254 LIVRE XIV. GOBIOIDES. Le Blennie de Montagu. {Blennius Montagui, J. Flemm. Brit. anim., p. 206, n.° 121, et Yarell, Br.fish, p. 21g.) Le poisson que Montagu, dans les Mémoi- res de la Société Wernérienne (t. I, p. 98, pi. 5, fig. 2. ), nomme galerita, pourrait aussi être rapporté à celui d'Artedi, car il a éga- lement un lambeau transverse et impair; mais ce lambeau est sur le crâne et non pas entre les yeux, et d'ailleurs ce petit blennie a des caractères si particuliers, qu'ils ne pourraient guère avoir été passés sous silence par un si habile observateur. Sa tête est carrée comme au trigloïde, et son museau conséquemment fort court; sa bouche, très- large, a quarante dents à chaque mâchoire, et une canine en arrière à l'inférieure seulement. Il n'a point de tentacules aux sourcils, mais seulement de petits aux narines. Le tentacule unique, situé sur le crâne, un peu en arrière des yeux, est petit, trian- gulaire, cilié, et derrière lui, sur la nuque, est une suite longitudinale de quatre très-petits et très-courts filamens charnus. Sa dorsale est peu élevée, mais fortement échancrée entre ses rayons épineux et les articulés. Il y a un intervalle sensible sans nageoires en avant de la caudale. Les pectorales ont le quart de la longueur du corps, et ses ventrales le huilième. D. 12/16; A. 18; C. 11 , P. 12; V. 2. CHAP. I. BLENNIES. 235 Dans la liqueur il paraît gris-brun avec des taches blanchâtres, qui forment des espèces de marbrures nuageuses sur les flancs ; la gorge est roussâtre , le ventre et les ventrales sont blanchâtres; les autres nageoires ont des points bruns qui y forment des séries en travers de leurs rayons. Un dessin fait à Nice, sur le frais, par M. Laurillard, a le fond de la couleur vert ou bleuâtre, et les marbrures argentées; le long du dos sont six ou sept taches roussâtres, peu prononcées; les nageoires sont jaunâtres et leurs points roussâtres. Nos individus n'atteignent pas trois pouces. Ils viennent de Naples par M. Savigny, et de Nice par M. Laurillard. Nous voyons par l'ar- ticle de M. Montagu (loc. cit. p. 101), qu'on eii prend quelquefois avec des pholis et des gattorugines sur la côte du comté de Devon, dans les flaques d'eau que la marée descen- dante laisse entre les roches. J'ai tout lieu de penser que c'est à cette espèce qu'appartient un petit poisson que So- lander avait observé près de Plymouth, et dont la description est dans ses papiers; il l'avait nommé blennius comatus. 1 1. Voici sa description: BLENNIUS COMATVS , crista capilis interoculari , lanceolata, ciliata. — Habitat ad liiora inter scopulos prope Plymouth. — 256 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Les légères différences entre cette descrip- tion et la nôtre, s'expliquent aisément pour un si petit poisson. Nous retrouvons cette même espèce ins- crite dans l'ouvrage cité de J. Flemming, et par un hasard assez singulier, sous le même nom que nous lui avions imposé; car il l'avait dédiée, comme nous, à M. Montagu. Il avait jugé avec raison qu'on ne peut la con- fondre avec \egalerita; mais je ne comprends pas trop le caractère spécifique du savant ministre de Flisk (Fifeshire), quand il dit que les premiers rayons de la dorsale sont détachés et sur le cou (the first rays ofthe dorsal fin on the neck detached). Les ap- pendices qui existent sur la nuque après le lambeau transverse sont des appendices tenta- culaires et ne font pas partie de la nageoire dorsale. Piscis compressiusculus , vix .... longitudine ; fusais, maculis lutescentïbus , asperus, crisia lanceolaia, pulchre ciliata, superne inter oculos erigùur, inter r/uam et iniiium pinnœ dorsalis rameuta duo setacea mollia, unum pone alterum. Anus in mcdio corpore pinna dorsalis quasi in duas subdivisa; pars anterior a cervice ad médium dorsi extensa, parum rotundala , prœcipue prope partent posieriorem, ubi multo humilior; pinna analis ab ano ad caudam fere exiendilur , ejusdcm longitudinis cum parie posteriori pinna. dorsalis. D. 13/15 j A. 16) C. 11; P. 12; V. 2. CHAP. I. BLENNIES. 2o7 Cette méprise peut expliquer pourquoi les nombres des rayons indiqués par Flemming et copiés par M. Yarell, diffèrent sensible- ment des nôtres. M. W. Yarell l vient d'en donner une ex- cellente gravure dans son ouvrage. Elle a été faite d'après un dessin qui lui a été commu- niqué par M. Couch. Il ajoute que ce pois- son, très-vif et très-difficile à prendre, avait été trouvé sur la côte de Cornouailles. Nous ne pouvons savoir d'ailleurs si c'est de ce prétendu galerita dont M. Couch 2 ait en- tendu parler dans son Mémoire sur les pois- sons de Cornouailles; car il n'en dit rien autre, si ce n'est que ce poisson est moins commun que le pholis. Le Blennie chevelu. (Blennius crinitus , nob.) M. d'Orbigny, le père, nous a envoyé de La Rochelle un petit blennie remarquable par les nombreux filets qu'il porte aux sourcils et sur la nuque. Au-dessus de chaque œil il en a trois petits, et sur une ligne longitudinale, qui s'étend depuis l'in- \. Brit.fish, p. 219. 2. Conch. trans. Linn. soc- , XI \ 7 p. 1 } p. 75. 238 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. tervalle des yeux jusqu'à la base de la dorsale, on en compte dix ou douze, dont les plus longs ont à peu près le cinquième de la hauteur de la tête. Je ne lui vois aucun tentacule aux narines. Son profil tombe rapidement. Il a environ trente dents fines à chaque mâchoire, sans canines ou avec de très- petites canines à l'inférieure. Sa tête , presque aussi haute que longue, est près de quatre fois et demie dans la longueur totale. Sa dorsale est très -peu échancrée au-dessus du douzième rayon, qui est de moitié plus court que les autres : elle s'unit au dos«avant la caudale. Les deux premiers rayons de l'anale ont des excroissances en champignons. La longueur des pectorales est du cinquième de celle du corps; celle des ventrales du sixième. D. 12/14; A. 2/16 ou 18; C. 15; P. 16; V. 1/2. Dans son état actuel ce poisson paraît gris avec des teintes brunes; des points bruns et blancs se voient sur les filets de la nuque et moins sensiblement sur les rayons de la dorsale, qui a de plus une tache noire et ronde entre son premier et son deuxième rayon; l'anale a le bord noir, et la pointe de ses ravons blanche. L'individu est long de vingt lignes. Le Blennie paon. {Blennius pavo, nob.) L'espèce à crête la plus commune , celle que Rondelet avait nommée galerita ou alauda cristata, n'a cependant de crête que dans le CHAP. I. BLENNIES. 259 sexe mâle. Les femelles, d'ailleurs très-sem- blables à leurs mâles, sont dépourvues de cette proéminence. Nous décrirons d'abord le mâle. Sa hauteur est un peu moins de cinq fois dans sa longueur; son épaisseur aux pectorales est moitié de sa hauteur, mais elle diminue beaucoup en ar- rière. La gorge est renflée et la tête comprimée comme dans les précédens; sa longueur est cinq fois dans celle du poisson. Sans la crête, le profil aurait la courbure d'un quart de cercle. La crête charnue commencé entre les yeux et se continue jusqu'à l'occiput. Sa hauteur et sa configuration va- rient; mais elle est d'ordinaire en demi-cercle, et du tiers environ de la hauteur de la tête, la gorge comprise. Le diamètre de l'œil n'est que du cinquième de celui de la tête; il n'y a au sourcil qu'un petit filet simple et presque imperceptible. Chaque mâchoire a une forte canine en arrière; les dents ordinaires sont au nombre de vingt-quatre à vingt-huit à la supérieure, et de dix-huit à vingt à l'inférieure. La fente de l'ouïe ne commence qu'à moitié de la hau- teur. La dorsale commence immédiatement derrière la crête, mais sans s'y joindre. La membrane, qui unit en arrière le bord de celte nageoire au dos de la queue, s'étend jusqu'à la caudale et s'y joint un peu; sa hauteur est de plus de moitié de celle du corps; son treizième rayon est le premier où l'on voie des 240 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. articulations : elle en a en tout trente-quatre. L'anale est un peu moins haute et en a vingt-quatre; elle arrive presque jusqu'à la caudale, mais sans s'y joindre. Les pectorales sont ovales. Le rayon in- terne des ventrales est fourchu, en sorte qu'elles ont trois pointes. Il est aisé de trouver sous la peau leur très-petite épine. Leur longueur est à peine du neuvième de celle du poisson. Derrière l'anus est un petit tube charnu, long d'une demi-ligne, percé d'un trou à son extrémité : c'est l'orifice des lai- tances. Ce tube est suivi d'une sorte de tubercule en forme de fraise, résultant d'une plicature de la peau; une seconde fraise, semblable a celle-ci, existe der- rière l'orifice de la vessie urinaire. B. 65 D. 12/22; A. 24; C. 13; P. 14; V. 1/3. La ligne latérale est à peu près imperceptible sur presque toute sa longueur, tant elle est fine. Ce poisson est des plus agréablement coloré. Le fond de sa couleur est un vert foncé tirant au jau- nâtre à la gorge et au ventre, et quelquefois au brun roussâtre, avec six taches ou demi-bandes d'un vert noirâtre le long du dos, et qui s'étendent sur la base de la dorsale. La tête a trois de ces bandes qui remontent sur sa crête : la première au museau , la seconde à l'œil, la troisième a la tempe. Elles descendent sous la gorge, où elles s'unissent en chevron avec celles de l'autre côté; mais ces che- vrons sont souVènt interrompus. Entre les bandes vertes la crête est souvent d'un bel orangé. Sur la première moitié du corps sont douze ou treize lignes verticales d'un bleu clair argenté, CHAP. I. BLENNIES. 241 dont les premières descendent jusqu'à moitié de la. hauteur; les suivantes deviennent de plus en plus courtes. Des points ou plutôt des petites taches rondes du même bleu clair argenté, sont semées sur les côtés, au-dessous des lignes et sur toute la queue; il y en a une rangée le long de la base de l'anale, et quelques-unes dépassent la dorsale. Des lignes et des points de cette couleur sont disposés en rayons autour de l'œil; et sur la tempe est un grand ocelle ovale noir, bordé de bleu. La dorsale et l'anale sont vertes; leur bord est d'un brun violâtre, la première a un fin liséré blanc; les pointes des rayons de la seconde sont blanches; la caudale tire au roussàtre, les ventrales au jaunâtrej les pectorales sont verdâtres. La longueur ordinaire de nos individus est de trois pouces et demi. Ceux que nos recherches anatomiques ont prouvé être du sexe féminin, ressemblent aux précédens sur tous les points, mais ils manquent de crête et de cette double fraise que nous avons mentionnée der- rière les ouvertures des laitances des individus décrits plus haut; aussi, nous regardons ces blennies sans crête comme des femelles. Dans les uns et les autres il y a plusieurs variétés pour le nombre et la grosseur des lignes et des points bleus, pour la teinte plus ou moins prononcée des bandes noirâtres, etc. Quelquefois tout le corps paraît d'un brun presque uniforme. Nous avons un individu sans crête, d'un beau vert, dont les lignes et les points sont du plus bel 1 1. 16 2A2 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. outremer, et dans lequel une bande blanche règne le long du chanfrein et de la nuque jusqu'au bord antérieur de la dorsale. Nous avons trouvé au blennie paon un foie assez volumineux dans le mâle, et moindre dans la fe- melle; la vésicule du fiel est petite, le canal intestinal commence par un œsophage assez large, replié vers la moitié de la longueur de la cavité abdominale , pour porter l'intestin dans l'hypocondre droit; il y fait deux anses assez longues; puis il revient en- core derrière ce premier pli de l'estomac, se dilater un peu et se rendre droit à l'anus. Une valvule très- distincte, même à travers les parois du tube digestif, marque le commencement du rectum à l'endroit où le diamètre de l'intestin augmente un peu. Les lai- tances étaient petites; les ovaires bien développés et remplis d'oeufs petits, ovales, et ni leur forme ni celle du sac de l'ovaire ne pouvaient faire croire que cette espèce soit vivipare; les reins sont petits et la vessie Urinaire oblongue et en arrière des organes de la génération. Le squelette de ce poisson a onze vertèbres abdo- minales et vingt-six ou vingt-sept caudales; sa crête sagittale est plus longue à proportion que dans ceux que nous avons décrits précédemment. Le gaferita ou Yalauda cristata de Ron- delet 1 est sans aucun doute un de nos indi- L L. VI> c 21 r p. io4. CHAP. I. BLENNIES. 243 vidus à crête, et son alauda non cristata 1 , un de ceux qui en sont dépourvus. C'est à cette espèce qu'il applique en particulier les noms de perce-pierre et de coquillade. Gesner donne une bonne figure des pre- miers (p. 18), sous le nom vénitien de gutturosula, et Aldrovande en a une autre (p. 1 1 4) > assez bonne aussi pour le temps, qu'il intitule : piscis gutturosus vulgo. C'est le blennie paon de M. Risso 9 et, à ce que je crois, le blennius lepidus de Pallas. 3 Je ne puis guère douter non plus, que le blennius gibbosus de Rafinesque ( Caratt., p. 3i ), et son blennius vividus [ib. p. 28), ne soient les deux sexes de cette espèce. Les lignes, les points qu'il leur attribue; la bosse sur la tête, par laquelle il distingue le premier, leur taille de trois à quatre pouces, leur grande abondance, me paraissent des preuves très-suffisantes de cette synonymie. C'est au Bl. vividus, dit-il, que s'applique plus spé- cialement le nom de bavosa. Les blennius gonocephalus et gobioides du même auteur {Indice, append., p. 5i, n. os 1 1. Rondelet, 1. VI, c. 22, p. 2o5. Ces deux figures sont co- piées : Aldrovandi, p. n4 et Willughbj, pi. H b, fig. 7. 2. i. re édit., p. i55; 2. e p. 2Ô5. — 8. Zoogr. ross., p. 171. 244 LIVRE XIV. GOMOÏDES. et 2), n'en sont manifestement que des va- riétés de couleur. Quant à la figure de Bélon ', appelée ado- nis ou exocœtus, comme la crête y est re- présentée soutenue par des rayons, on doit supposer qu'elle est erronnée, ou qu'elle re- présente quelque espèce encore inconnue. Nous avons reçu celle qui fait le sujet de cet article, en abondance et avec ou sans crête, de Sicile, par M. Biberon; de Naples, par M. Savigny; des étangs salés de Sardaigne, par M. Bonnelli; de Corse, par M. Peyraudeau; de Nice, par M. Laurillard, et de Martigue, par M. Delalande. Palias dit que son blennius lepidus est très- commun dans la mer Noire, le long des côtes de la Crimée. C'est proprement au bien nie actuel que de- vrait demeurer l'épi thè te de galerita; mais elle a été donnée à des espèces si différentes par Artedi, par Strcem, par Pennant, par As- canius, par Montagu, et il en est résulté une confusion qui nous a donné tant de peine à débrouiller, que, pour ne pas l'augmenter encore, nous avons cru à propos de suppri- mer entièrement ce nom de galerita, comme 1. Aq., p. 224. Copié Aldrov., p. Ii5j Will., H 4> %* I. CHAP. ï. BLENNIES. 245 spécifique pour un blennie, et laisser à cette jolie espèce le nom de pavo, que lui a im- posé M. Risso , et qui convient si bien à ses belles couleurs. Le Blennie basilic. ( Blennius basiliscus , n ob. ) La Méditerranée produit une espèce voisine du paon, et remarquable aussi par la beauté de sa parure; mais qui devient beaucoup plus grande , et dont la crête demeure toujours beaucoup plus basse. Ses proportions et celles de ses parties sont d'ail- leurs les mêmes ; mais je ne puis lui apercevoir aucun tentacule ni aux sourcils ni aux narines. Ses canines sont plus petites que celles du paon. Il a environ trente dents ordinaires à la mâchoire supérieure et vingt à l'inférieure. Les trois ou quatre rayons de la dorsale sont quelquefois un peu fourchus. Les ventrales n'ont que le treizième de la longueur totale. Derrière l'a- nus est un tube mou, semblable à celui du blennie paon et suivi de même de deux sortes de fraises molles, plus petites, mais à plis plus nombreux; elles sont aussi plus éloignées de cette sorte de petite verge charnue , à l'extrémité de laquelle est l'orifice des organes mâles. D. 12 ou 13/22 ou 23; A. 26 ou 27, etc. Tout son corps est d'un beau vert olivâtre. Une vingtaine de lignes blanches ou bleu clair , peu 24G LIVRE XIV. GOBIOÏDES. régulières, descendent verticalement de la dorsale sur le tronc, où elles se perdent vers le ventre ; sur la queue elles descendent plus bas, et à l'arrière de la queue elles sont remplacées par des points blancs. Des bandes d'un noir violet remplissent chaque fois deux des intervalles de ces lignes blanches, contre un intervalle qui reste de la couleur olivâtre du fond, de sorte que le poisson a le dos traversé de ces bandes noires, rapprochées par paires et lisérées chacune de blanc ; sur la dorsale elles s'écartent et se chan- gent quelquefois en taches, ou en nuages irréguliers; vers le bas elles s'écartent aussi et prennent diverses irrégularités. La têle a une bande noire, lisérée de blanc et quelquefois divisée par un trait blanc qui descend à l'œil et ensuite à la gorge; une seconde part de la nuque, se dilate sur la joue et s'y bifurque, en sorte que sous la gorge il y a souvent les trois bandes en chevrons, déjà vues dans d'autres espèces : on ne voit point à la tempe l'ocelle qui distingue le blennie paon. Le ventre est tout olivâtre, ainsi que les ven- trales et les pectorales, qui ont cependant une tache noirâtre sur leur base. La caudale et l'anale ont des nuages noirâtres interrompus par quelques parties olivâtres : les pointes des rayons de la dernière sont blanches. Le foie de cette espèce est aussi très-gros dans le mâle que nous avons disséqué; l'œsophage est plus long, plus large, se replie plus près de l'anus; l'in- testin est aussi plus court; les laitances étaient petites, quoique pleines et rejetées assez en arrière. CHÀP, 1. liLENNIES. S 47 Nous avons des individus de plus de sept pouces. Ils sont venus de Toulon, par MM.Banon, Kiener et Guérin; de Gênes, par M. Savigny, et des étangs salés de la Sardaigne, par M. Bonnelli. Forskal 1 parle d'un poisson de la Méditer- ranée , que les Grecs modernes nomment YaXuçiez ou SaA Woocl.) Une autre espèce du même endroit, décrite par le même observateur 1 , a la tête épaisse; le profil arqué en quart de cercle, du bout du museau à l'origine de la dorsale; les yeux ovales, rapprochés, entourés d'un cercle de points noirs, relevés et surmontés d'un long tentacule pointu, car il a un demi-pouce de longueur : l'extré- mité en est bifurquée. Un autre petit tentacule existe sur la narine. Entre le tentacule sourciller et le pre- mier rayon de la dorsale il y a sur la nuque deux petites proéminences, rudes sous le doigt. La dorsale touche presque à la caudale. La pectorale et la na- geoire de la queue sont arrondies. Les nombres sont : D. 27; A. 18; C. 11? P. 14; V.3. La ligne latérale est arquée au-dessus de la pecto- rale. Un petit tubercule estindiquéau-devantdel'anale. Tout le corps est couvert de petites taches noires, se touchant sur les cotés; elles sont plus irrégulières et moins nettes sur toute la tête. On voit un gros 1. Journ. oftheacad. ofnat. se ofPhil. , v. IV, 2. e part. , p. 279. 268 LIVRE XIV. GOBIOIDES. point noirâtre entre les premier et troisième rayons de la dorsale. La caudale a cinq bandes d'un brun obscur; la pectorale en a aussi sur les rayons : sa base est pointillée. L'anale est brune; les ventrales sont noirâtres et pointillées. L'individu a trois pouces de long et un pouce de haut sans y comprendre la dorsale. DES PHOLIS. M. Flemming 1 a cru devoir séparer des blen- nies les espèces qui manquent de tentacules sur les orbites, ou même des crêtes charnues, qui sont si caractéristiques dans les blennies. Elles sont peu nombreuses et ressemblent à ceux-ci par tous les autres caractères. Cette coupe générique est donc peu importante : M. Cuvier l'a cependant adoptée et lui a ré- servé, comme l'auteur anglais, le nom depholis> qui a été emprunté des anciens par les auteurs de la renaissance pour l'appliquer à une es- pèce de nos côtes. Ce mot est fort peu employé par les anciens, et rien ne prouve qu'ils aient voulu désigner par cette expression le poisson auquel on a donné ce nom. 1. Jiril. anim. , p. 2oy. ciîap. i. puons. 269 En effet, nob.; Blennius Bosquianus , Lacép.) Son profil est moins vertical, et son museau plus pointu que celui des blennies et à peu près comme dans les clinus ; mais ce qu'il a de plus caractéristique , c'est la grande ouverture de la bouche, qui est fen- due jusque sous le bord postérieur de l'œil, plus loin que son intermaxillaire ne peut atteindre. Ses dents n'occupent que la moitié antérieure des mâchoires : elles sont très-fines, très- serrées; celles d'en haut sont en pointe un peu mousse, comme 2% LIVRE XIV. GOBIOÏDES. dans les blennies ordinaires; celles d'en bas ont leurs pointes aiguës et recourbées vers le dedans de la bouche. Les premières sont au nombre de cin- quante, les autres de cinquante-deux : il n'y a point de canine. Sa membrane branchiostège s'unit à la peau du tronc, en sorte qu'il n'y a pour ouïe qu'une ouverture assez petite au-dessus de la base de la pec- torale. Elle a six rayons, et les pièces operculaires sont en général comme dans les blennies. Sa tête est trois fois et deux tiers dans sa longueur totale; c'est aussi à peu près la mesure de la hauteur de son corps, dont l'épaisseur est deux fois et demie dans la hauteur. Sa dorsale est continue , sans échancrure et de près de moitié de la hauteur du corps, et s'unit à la caudale sur le quart de la longueur de celle-ci. L'a- nale reste séparée. La dorsale a vingt-neuf rayons égaux, également flexibles, du tiers environ de la hauteur du corps; ce n'est qu'au seizième que l'on commence à apercevoir des traces d'articulation. L'anale en a dix-neuf : elle commence sous le mi- lieu du corps et a en avant les deux petites houppes ou tubercules fongiformes. Les ventrales se terminent en filet et ont moins du sixième de la longueur totale. D. 16?/13; A. 19 ;C. 13; P. 14; V. 2. Il y a sur l'œil un filament d'une minceur exces- sive et à peu près de la hauteur de l'œil lui-même. Ce poisson est d'un gris vcrdâtre ou d'un brun jaunâtre, avec des marbrures brunes, qui forment six larges bandes nuageuses. Des points bruns ou noi- râtres occupent le crâne et les parties voisines. La CHAP. II. CllASMODES. 297 dorsale a en avant une bande longitudinale trans- parente entre deux bandes grises, dont la supérieure devient plus noire en avant et presque une tache; sur l'arrière le transparent forme des taches moins régulières. La caudale et les pectorales sont grises : l'anale et les ventrales noirâtres. Notre individu n'a pas plus de trois pouces. Il nous a été envoyé de New-York par M. Milbert. Nous croyons que la figure de blennie que M. de Lacépède 1 a fait graver d'après un dessin de M. Bosc, et qu'il a nommée blen- nie Boscjuien, a été exécutée d'après l'espèce dont nous venons de parler; mais que la des- cription (p. 493) faite brièvement, comme il arrivait souvent à M. Bosc, omet plusieurs traits principaux. Les onze premiers rayons de la dorsale doivent avoir été un peu tronqués dans l'individu qui a servi de sujet. Les pointes re- courbées des rayons de l'anale, qu'il assigne pour caractère à l'espèce, sont communes à presque tous les blennoïdes. Ce qui nous paraît encore plus évident, c'est que c'est le blennie décrit par M. Mit- chill 2 sous le nom de BLpholis. Tout ce qu'il en dit est exactement conforme à notre des- cription et nullement au Bl. pholîs d'Europe; 1. Tome II, pi. i3, fig. *. — 2. Tram, de New-York, l, p. 375. 298 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. il fait observer notamment que les dents dis- posées en peignes n'occupent que la partie antérieure des mâchoires, et qu'il n'y a qu'un orifice étroit aux branchies , etc. Son individu avait été trouvé, dit-il, en- fermé dans une huître de la baie de Chesa- peak, en*Mars 181 4; remarque qui n'annonce pas que l'espèce soit commune. Le Chasmodes a quatre bandes. {Chasmodes qiiadrifasciatus, nob.; Pholis quadri- fasciatiis, W. Wood.) Tout nous fait penser que le pholis qua- drifasciatus de M. Wood 1 , s'il n'est pas de l'espèce précédente, appartient au moins au même genre. C'est exactement la même forme de tête, la même grande ouverture de bouche, des dents placées de même dans la partie antérieure des mâchoires, et surtout le très-petit orifice des ouïes (branchial ope- ning exiremely small). Mais la figure marque en ar- rière des dents supérieures une petite canine mousse, qui n'est pas dans le bosquien; elle sépare la dor- sale et l'anale de la caudale, ce que l'auteur confirme 1. Journ. de l'Àcad. tics sciences nal. de Philadelphie, l. IV, p. 282, cl pi. 17, fîg. 1. CHAP. II. CHASMODES. 299 expressément dans le texte. Il donne les nombres en chiffres comme il suit : D.27; A. 15; C. 9; P. 15; V. 2. et dans le texte il donne à ces dernières trois rayons. Ce petit poisson a quatre bandes verticales brunes sur le corps; une demi-bande sur la nuque; quel- ques petites taches rondes, d'un jaune obscur, for- mant série au-dessus de la base de l'anale; et les ventrales rayées en travers de brun. L'individu, long de deux pouces et demi, avait été donné à l'auteur par M. Rubens Peale, directeur du Muséum de Baltimore: l'origine en était inconnue. Le Chasmodes a neuf raies. Chasmodes novemlineatiis 3 nob. ; Pholis novemlinea- tus, Wood. 1 ) Nous croyons aussi retrouver un chasmodes dans le poisson décrit par sir William Wood sous le nom de pholis novemlineatus. Nous voyons en effet le caractère du genre exprimé avec netteté dans la description, par cette phrase : branchial opening extremelj small, extending one third of the external curve of the operculum. 1. Journal de PAcacl. des sciences nat. de Philadelphie, l. IV, p. 280. 300 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. L'auteur toutefois n'eu a point donné de figure, et voici un extrait de sa description, dans ce qu'elle a de plus particulièrement spécifique. Ce petit poisson a la tête obtuse; le profil descend presque verticalement; la narine est surmontée d'un petit tentacule. La dorsale commence sur la nuque, et s'étend jusqu'à la caudale; sa portion postérieure est un peu relevée. L'anale commence sous la fin de la pectorale et s'étend jusqu'auprès de la queue; la caudale est arrondie; la pectorale a la base épaisse, charnue ; elle est très-large. La ventrale n'a que deux rayons. D. 30; A. 20; C. 14; P. 13; V. 2. La couleur générale est brune, plus rembrunie sur les nageoires. La tête, les lèvres, les opercules et la base de la pectorale sont couverts de points bleus noirâtres. Les taches sont plus larges sur le front et les opercules. Derrière l'œil et sous la dor- sale sont deux mouches irrégulières et blanchâtres. Une tache noirâtre existe entre le premier ec le second rayon de la dorsale. Plusieurs rayons de cette nageoire sont aussi tachetés; sur l'arrière ces taches se fondent, en de- venant moins foncées, dans la couleur générale de la nageoire. Le poisson déposé dans le Cabinet de l'Aca- démie de Philadelphie , est long de trois pouces ; il vient du havre de Charles ton, dans la Caro- line du sud. CTIAP. III. SALARIAS. 501 CHAPITRE III. Des Salarias. Les poissons que M. Cuvier a réunis sous le nom de Salarias, offrent parmi les animaux de cette classe un caractère des plus curieux et des plus rare dans l'organisation animale. Les dents aiguës, nombreuses et serrées de ces animaux sont mobiles sur la peau qui revêt les os des mâchoires de manière a pouvoir chacune être abaissée ou élevée indépendam- ment de toutes les autres. Le poisson paraît pouvoir les remuer toutes ensemble par le mouvement qu'il imprime à la lèvre, à peu près comme nous le verrons dans certains squales. D'ailleurs, nos salarias ressemblent sous tous les autres points à nos blennies; toutes les espèces sont étrangères, et la plupart vien- nent des mers équatoriales de l'Inde; les côtes qui bordent les deux plages de l'Amérique australe en nourrissent aussi quelques-unes. Le Salarias vermiculé. {Salarias vermiculatus •, nob.) Nous commencerons par une grande et belle espèce , rapportée tout récemment des Se- 502 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. ch elles par M. Dussumier, et du détroit de la Sonde par M. Reynaud. Son épaisseur, la forme de sa tête et la position de ses yeux, la font ressembler à un périophtalme, mais l'espèce sera toujours aisément reconnue aux traits entortillés et vermiculés qui couvrent tout son corps. Sa hauteur aux pectorales est du cinquième de sa longueur, et son épaisseur des trois cinquièmes de sa hauteur ; près de la caudale la hauteur n'est pas moitié de celle-là , et l'épaisseur à peine le quart. La tête a aussi en longueur et en hauteur le cin- quième de la longueur totale : elle n'est point com- primée. Le crâne jusqu'aux yeux est presque hori- zontal, et de là au museau il descend en ligne à peu près droite et approchant de la verticale; elle est obtuse transversalement. La courbe du museau dans ce sens n'est pas même un demi-cercle. La gorge est médiocrement renflée. Les yeux , placés près de l'angle que font ensemble la ligne du crâne et celle du museau, n'ont en diamètre que le cinquième de la longueur de la tête, et sont séparés par un espace un peu creux, et de la largeur de leur diamètre. La bouche, ouverte au bord du museau et fendue jusque sous le milieu de l'œil, a transversalement, d'un angle à l'autre, les deux tiers de la longueur de la tête. Ses lèvres sont épaisses et molles ; le maxillaire est caché dans un sillon entre le repli de la peau qui forme la lèvre et celui qui lient au sous-orbitaire. Les dents n'ad- hèrent point à l'inlermaxillaire, mais seulement à la CHAP. III. SALARIAS. 505 gencive qui est dessous, et il en est de même à la mâchoire inférieure, en sorte que ces dents cèdent au doigt comme des touches de clavecin, ou plutôt comme les lames d'un métier à bas, et que leur série prend diverses courbures, selon qu'elle est pres- sée. Elles sont comprimées, d'une minceur extrême et ont au bout un petit crochet pointu et doré. On en compte au moins deux cents à chaque mâchoire, et, outre ces dents de la gencive, l'os de la mâ- choire inférieure porte de chaque côté, près de l'angle de la bouche, une assez forte canine conique. Il n'y en a point au palais ni sur la langue, qui est épaisse, bombée, courte, obtuse et adhérente. Sur chaque œil est un tentacule un peu plus long que l'œil lui- même, charnu, pointu et qui a de chaque côté de la pointe quelques filamens. L'orifice antérieur de la narine, placé au tiers supérieur de la distance de l'œil au museau, a un très-petit tentacule a trois pointes; le postérieur, placé plus haut et tout près de l'œil, n'est qu'un petit trou simple. Le préoper- cule est arrondi; l'opercule a un angle obtus dans le haut. Les deux membranes branchiostèges s'unis- sent sous l'isthme, qu'elles embrassent sans y ad- hérer : il y a six rayons assez forts. Les pectorales en ont quatorze, dont les cinq derniers plus gros: le septième et le huitième sont les plus longs et d'un peu plus du sixième de la longueur totale. Les ventrales sont d'un quart plus courtes; leurs deux rayons principaux sont séparés jusqu'à moitié; le troisième ou l'interne ne se voit qu'au travers de la peau. 50-1 LIVRE XIV. GOMOÏDES. La dorsale commence à la nuque et est si forte- ment écbancrée que l'on pourrait dire qu'il y en a deux. Les rayons de la première, au nombre de douze et à peu près égaux, ont le tiers de la hau- teur du corps; la deuxième en a quinze un peu plus élevés: elle se joint en arrière à la queue, au point même où commence la caudale. L'anale prend nais- sance un peu plus en avant que la deuxième dorsale et finit plus tôt, de manière à laisser entre elle et la cau- dale un espace égal au neuvième de la longueur du poisson. Les rayons, au nombre de dix-huit et à peu près égaux à ceux qui sont vis-à-vis, ont la mem- brane fortement écbancrée entre leurs jiointes. Il y a en avant de l'anale deux petits tubercules charnus, simplement coniques. La caudale , du sixième de la longueur totale et un peu arrondie, a onze rayons entiers, dont les deux extrêmes seuls ne sont pas fourchus. B. 6; D. 12/15; A. 18; C. 11; P. 14; V. 2. Tout ce poisson est sans écailles. La ligne laté- rale, à peine marquée par de légères élevures dans le premier tiers de sa longueur, où elle est au cin- quième supérieur, s'infléchit ensuite et disparaît pour l'œil. Tout se poisson, dans la liqueur, est d'un gris plus foncé vers le dos et surtout à la tête, plus pâle vers le ventre, et la surface entière est occupée par des lignes brunes tortueuses qui, se joignant diversement, forment une vermicellure aussi égale que celle des ouvrages chinois auxquels on a appli- qué avec le plus de soin ce genre d'ornement. Il y CHAP. III. SALARIAS. 305 en a même sur l'anale et sur la base de la dorsale. Le reste des nageoires est gris ou noirâtre, avec quelques points plus foncés. *> Dans le frais, selon M. Dussumier, le fond de la couleur est d'un jaune verdâtre, et le dessous de la gorge est jaune. La longueur de cet individu est de près de huit pouces. Cette espèce, dit M. Dussumier, se tient aux Séchelles parmi les coraux et les rochers du rivage, et paraît souvent aux endroits où la mer, en se retirant, laisse un peu d'eau dans les creux; elle ne remonte point dans les ruisseaux et n'est pas très-abondante. Les habitans l'appellent cabeau marron, par op- position au périophthalme , qu'ils nomment cabeau sauteur. On ne le mange pas : les Noirs même ne le voient qu'avec répugnance. Le Salarias marbré. {Salarias marmoratus 3 nob.; Blennius marmoratus, Benn.) Nous devons à M. Leschenault un salarias à six tentacules , trouvé à Ceylan et d'ailleurs voisin du vermiculé. Sa hauteur est cinq fois et demie dans sa longueur. Sa tête est déprimée et a même plus de largeur que 1 1. 20 306 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. de hauteur; elle a deux fortes canines à la mâchoire inférieure. Sa deuxième dorsale n'atteint point sa caudale , et laisse en arrière un espace équivalant au dixième de la longueur du poisson. Les tenta- cules de ses sourcils ont quelques filamens à leur base interne, et leur hauteur est de moitié de celle de la tête; ceux de la tempe et ceux de la narine sont petits et à trois brins. D. 12/15; A. 18; C. 11; P. 14; V. 3. Dans la liqueur sa teinte est brun-jaunâtre avec des taches nuageuses brun -noirâtres, qui forment comme deux séries longitudinales; sur le brun sont semés des points jaunâtres. Il y a des points de la même couleur sur les nageoires; le ventre est jau- nâtre sans taches. La taille des individus est de trois pouces. La description que M. E. T. Bennett donne dans le Journal zoologique ( t. IV, p. 35 ) d'un blennie des îles Sandwich, qu'il nomme Blennius marmoratus , convient exactement à notre espèce. Son individu était long de près de quatre pouces anglais. Il avait été recueilli par M. Frembly lors de l'expédition anglaise dans l'océan Pacifique, commandée par lord Byron. CHAP. III. SALARIAS. 507 Le Salarias a carreaux. {Salarias teoctilis, Q. et Gaim.) Sa hauteur est cinq fois et demie dans sa longueur. Sa tête est aussi large que haute; sa mâchoire infé- rieure a des canines longues et crochues : il a un tentacule palmé, court, à cinq brins sur l'œil; un semblable, mais plus petit, à la narine, et un simple à la nuque. Ses deux dorsales sont bien séparées : la première est basse et n'a pas le tiers de la hau- teur du corps; la seconde est du double plus haute et n'atteint pas la caudale. D.' 12/15; A. 16, etc. Sur un fond verdàtre, qui devient blanc en des- sous, il y a douze ou quatorze bandes verticales d'un brun violâtre, rapprochées par paires, et interrom- pues en partie par trois séries de points blanchâtres, en sorte qu'elles forment des espèces de carreaux. La troisième série répond à peu près à la ligne laté- rale; il y en a encore une, mais moins apparente, près du bord inférieur du corps. Au-dessus de la pectorale est un carreau plus noir que les autres ; vers la nuque et aux parties voisines de la tête il y a des points bruns; le devant du museau a cinq lignes verticales brunes, et sur les côtés de la gorge sont les bandes obliques ordinaires; la dorsale a des lignes .. brunes obliques; la caudale en a sept verticales, for- mées par les doubles points noirs de ses rayons; l'a- nale n'a de noir que les pointes des siens; la pec- torale et les ventrales sont grises. 508 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Nos individus ne passent pas trois pouces. Ils ont été pris en assez grand nombre à l'île de l'Ascension par MM. Quoy et Gaimard, en même temps que le Blennius nucJiifilis. Le Salarias a gouttelettes. (Salarias guttatus, nob.) Sa hauteur, qui est égale à la longueur de la tête, est contenue près de six fois dans la longueur totale du corps. Son profil est presque vertical, ou un peu incliné en arrière; il a des canines à la mâ- choire inférieure , un petit tentacule grêle et simple sur l'œil : un très-petit, également simple , à la nuque. La dorsale est à moitié divisée au douzième rayon épineux, qui est plus court que les autres et s'arrête juste à la naissance de la caudale. D. 12/17 ou 18; A. 20, etc. Tout le corps paraît gris roussâtre, semé de petits points bruns et de gouttelettes blanches. Les points dominent davantage vers le dos, les gouttes vers le ventre : il y en a surtout trois grosses rondes à la base antérieure de la pectorale. L'abdomen est blanc; les nageoires sont blanches, avec des points bruns sur leurs rayons. Nos individus, longs de dix-huit lignes et de deux pouces, ont été pris à l'île de Va- nikoro par MM. Quoy et Gaimard. CHAP. III. SALARIAS. 309 Le Salarias strié. {Salarias striatus , Q. et Gaim.) La hauteur est six fois et plus dans la longueur totale du corps : il y a des canines à la mâchoire in- férieure ; son tentacule du sourcil a des filamens des deux côtés; il en existe un très -petit simple à la nuque, mais je ne puis lui en voir aux narines, quoi- que la figure de MM. Quoy et Gaimard y en marque. Les deux parties de la dorsale sont séparées presque jusqu'au dos ; la seconde n'atteint pas la caudale. D. 12 ou 13/16; A. 18, etc. Le fond de la couleur est un blanc verdâtre, tirant au brun ou au violâtre vers le dos, presque tout blanc en dessous; des points et des taches noires sont distribués inégalement sur le dos et sur les flancs ; au-dessus de la ligne latérale ils se rapprochent en partie en demi-bandes verticales. Il y a comme une série longitudinale de taches plus grandes immédia- tement sous la ligne latérale. Le devant du museau a huit lignes verticales grises, lisérées de noirâtre, et sous la gorge il y en a trois de chaque côté, for- mant des chevrons, comme dans beaucoup de blen- nies et de clinus. La dorsale a des points noirs dis- posés en quinconce : à la caudale ils sont par paires sur les rayons et y forment huit ou neuf séries ver- ticales irrégulières. L'anale est blanchâtre et a les pointes de ses rayons noirâtres. Nos individus n'excèdent pas deux pouces ou deux pouces et demi. 310 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Ils ont été rapportés de l'Isle- de -France par MM. Quoy et Gaimard , qui les y ont pris sur le rivage près du Masson. Le Salarias de Dussumier. {Salarias Dussumieri , nob.) La hauteur est six et sept fois dans la longueur totale du corps; la tête est un peu plus longue que haute; son profil au-dessous de l'œil fait avec la ligne du crâne un angle droit, dont le contour arrondi est occupé par l'œil. Le tentacule du sourcil, presque aussi haut que l'œil, a trois petites pointes; celui de la narine, beaucoup plus petit, paraît fourchu; sa nuque ne paraît pas en avoir. Je ne lui vois point de canines: la nageoire, fortement échancrée après le douzième rayon simple, adhère à la base de la cau- dale. La pectorale a le sixième de la longueur totale: la ventrale est près de moitié moindre. D. 12/20 ; A. 22, etc. Dans la liqueur il paraît brun-roussâtre, plus pâle en dessous, avec des vestiges de taches rousses sur le brun plus foncé du dos. Les nageoires sont plus pâles. Il y a des points bruns sur les rayons de la dorsale et sur ceux du haut de la caudale; l'anale est grise et a le bord un peu noirâtre. A l'état frais, selon M. Dussumier, qui l'a rapporté du Malabar en 1827, il est vert, semé de points aurores. Nos individus sont longs de trois pouces à trois pouces et demi. CHAP. III. SALARIAS. 311 Le Salarias périophthalme. {Salarias periophthalmus > nob.) Ses yeux brillans et rapprochés le font telle- ment ressembler à un périophthalme, que MM. Quoy et Gaimard l'avaient d'abord pris pour tel; mais ses ventrales et ses dents ne laissent pas de doute sur le genre auquel cette espèce appartient. La largeur est près de sept fois dans la longueur totale; la tête est comprimée, deux fois aussi haute que large, et un peu plus longue que haute : elle est comprise six fois dans la longueur du corps. Son profil, à compter des yeux, est tout-à-fait vertical et fait un angle droit avec celui du crâne. Les deux parties de la dorsale sont séparées jusqu'aux deux tiers de leur hauteur; la seconde, une fois et deux tiers aussi longue que la première, atteint presque la caudale. Les ventrales sont neuf fois dans la lon- gueur totale, et les pectorales sept fois. D. 12/20; A. 21; C. 11; P. 13; V. 2. Il y a au sourcil un tentacule simple, grêle , de la moitié de la hauteur de la tête, et à la narine un petit palmé à cinq brins. Dans la liqueur ce pois- son paraît brun, plus pâle au ventre; la base de la dorsale brune, la moitié supérieure pâle; l'anale, au contraire, noirâtre vers son bord. Des traits étroits, argentés, courts, sont disposés d'espace en espace sur deux lignes longitudinales, et l'un au- 31 2 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. dessus de l'autre, de manière à former six paires et un point impair en arrière : genre d'ornement très- singulier. Dans le frais, d'après le dessin de MM. Quoy et Gaimard, le dos est d'un vert olivâtre, semé de petits points rouges; le ventre blanchâtre; les traits argentés sont teints de bleuâtre; la dorsale est aussi pointillée de rouge; sa base est violâtre, et il y a sur sa partie antérieure six taches noirâtres; la caudale est orangée vers le bout. Notre individu approche de quatre pouces: la taille de l'espèce va à six ou sept, selon MM. Quoy et Gaimard. Ces naturalistes l'ont prise à l'île de Tico- pia dans l'archipel de Santa-Cruz. Nous en trouvons parmi les dessins de l'ex- pédition russe une figure où la base de la dorsale est noire partout et où le dos a des points jaunes; mais ceux de la moitié supé- rieure de la dorsale sont aussi rouges. Le Salarias a front bossu. {Salarias gibbifrons y Q. et Gaim.) Dans celui-ci le profil n'est pas seulement vertical: il incline en avant, de manière à dépasser l'aplomb de la bouche et à donner une forte saillie au front, ce qui rend la courbe du profil, entre les yeux, arron- die et plus saillante que la bouche. La tête a un tiers de plus en longueur qu'en hauteur, et un quart CHAP. III. SALARIAS. 34 3 de plus en hauteur qu'en épaisseur. La hauteur aux pectorales est du sixième de la longueur, et l'épais- seur de moitié de la hauteur; il y a de petites canines, et sur l'œil un tentacule simple et grêle à peu près égal à sa hauteur : je n'en vois ni à la nuque, ni aux narines. La dorsale est bien fendue après les rayons simples, et laisse un espace nu entre elle et la caudale. D. 12/20; A. 21, etc. Le corps est d'un brun jaunâtre; sur la tête, sur le devant du dos et près la base de la pectorale se voit un fin pointillé brun foncé; sur les flancs une espèce de réseau brun à mailles ovales, et sur la queue des bandes verticales irrégulières et rapprochées par paires. La dorsale a des points noirs en quinconce, qui y forment des lignes obliques : il y a de semblables lignes verticales sur la caudale. A l'anale les points sont moins apparens; le bord est noirâtre et les ex- trémités des rayons blanchâtres. L'abdomen et les ventrales sont brun clair. Cette disposition rappelle un peu celle des couleurs du plumage de la bécasse. Ce poisson, long de moins de quatre pouces, a été pris aux îles Sandwich par MM. Quoy et Gaimard, lors de leur premier voyage avec le capitaine Freycinet. Ces habiles naturalistes en ont donné une description à la page o,53 de la partie zoolo- gique de ce voyage, mais sans figure. Seba 1 a un salarias de forme alongée (la 1. Tome III, pi. 3o, fig. 4- 31 4 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. hauteur sept fois clans la longueur), à front très-bombé, à dorsale un peu abaissée dans le milieu, et dont il donne les nombres: D. 12/20; A. 20. L'individu est long de trois pouces et demi. La forme de sa tête et ce qu'il dit des dents, ne laissent aucun doute sur le genre : denticuli splendidi piliformis, ordine unico, mais cette description incomplète ne peut fixer les idées sur l'espèce. M. Ruppel la cite comme syno- nyme de son blennius corniger; mais si ce BL corniger est vraiment de notre genre blennie, cette synonymie n'est pas admissible : je le rapprocherais plutôt de notre salarias gibbi- frons. Le Salarias rayé. {Salarias lineatus.) Sa hauteur est six fois et demie dans sa longueur; sa tète, d'un tiers plus longue que haute, y est six fois et demie; son profil est vertical : il n'a pas de canine. Sur son œil est un tentacule moitié moins haut, dont les bords ont quelques dentelures ou filamens courts; sa dorsale, basse, à demi divisée après le douzième rayon, atteint juste la base de la caudale. D. 12/22; A. 23, etc. Il paraît dans la liqueur d'un gris verdàlre avec des nuages brunâtres le long du dos , et des lignes Ion- CHAP. III. SALARIAS. 51 5 S 1 ;itudinales obtuses, plus marquées vers l'arrière, où l'on on en compte cinq : la dorsale en a d'obliques. C'est, un petit poisson de deux pouces et demi , envoyé de Java par MM. Ruhi et Van Hasselt. Le Salarias de Forster. {Salarias Forsteri, nob.) J'ai vu dans le Cabinet de Berlin un des salarias déjà décrit par Forster, mais méconnu par Bloch. Sa hauteur est six fois et demie dans sa longueur; son profil est vertical; il n'a point de canines; le ten- tacule de son sourcil est simple , un peu moins haut que l'œil: la nuque et la narine en paraissent dé- pourvues. Sa dorsale est fortement échancrée après le douzième rayon et tient un peu à la base de la caudale. D. 12/30: A. 23, etc. Il est grisâtre vers le dos, blanchâtre vers le ven- tre. Sur le dos sont des marbrures brunâtres, qui y forment des espèces de bandes verticales mal terminées et inégalement rapprochées. Les nageoires sont jaunâtres; sa dorsale a trois ou quatre points roux le long de chacun de ses rayons, et des lignes grises qui vont obliquement d'un point à l'autre. Ces individus n'ont que trois pouces. Ils viennent de la mer Pacifique et étaient 516 LIVRE XIV. GOEIOÏDES. déposes dans le Cabinet de Blocb,avec l'éti- quette blennius fasciatus; mais il nous a été aisé de reconnaître, au contraire, l'espèce que Forster avait dessinée et décrite sous le nom de blennius truncatus et qui est devenue le blennius edentulus du Système posthume, p. 172, n.° îg. Sa description et sa figure, conservées à la bibliothèque de Banks, s'y accordent également. Si Forster la croyait sans dents, c'est qu'il n'accordait pas ce nom à ces petites franges serrées et mobiles, qui en sont pourtant véritablement. Il a fait la même er- reur pour son blennius tridactylus , qui est notre salarias alticus : et Commerson l'a faite comme lui. Forster avait pris ce poisson à Huaheine, l'une des îles de la Société; peut-être est-ce de lui que venaient les échantillons conservés par Bloch. Le Salarias a double série. {Salarias bîseriatus s nob.) Parmi les poissons recueillis par Péron dans l'archipel des Indes , s'est trouvé un petit sa- larias sans canines, à dorsale profondément divisée et dis- tincte de la caudale, et qui a sur l'œil un petit ten- CHAP. III. SALARIAS. 517 tacule fourchu, presque imperceptible. La hauteur de son corps et la longueur de sa tête sont six fois dans sa longueur totale. D. 12/20; A. 21. Il a sur un fond blanchâtre huit ou neuf bandes verticales d'un brun fauve, dont les cinq ou six antérieures se bifurquent vers le bas. et sur cha- cune de ces bandes sont deux points argentés ou bleuâtres, placés l'un au-dessus de l'autre et de ma- nière à former deux séries. Il y a quelques taches brunes sur la dorsale antérieure; la caudale est jau- nâtre : les autres nageoires sont plus ou moins brunes. L'individu de Péron n'a que dix -huit ou vingt lignes; mais je trouve parmi les dessins de l'expédition russe une figure longue de trois pouces, qui me paraît représenter très-exacte- ment ce salarias. Le Salarias variole. {Salarias variolosus , nob.) C'est une petite espèce, rapportée de File Guam par MM. Quoy et Gaimard , à corps court (sa hauteur n'est pas quatre fois et demie dans sa longueur), à profil vertical, qui se distingue éminemment par un demi-collier de fila- mens rangés en travers sur la nuque au nombre de trente. Sur son œil est un petit tentacule palmé à 518 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. cinq ou six brins, et il y en a un autre très-petit à la narine. Les canines de la mâchoire inférieure sont petites; sa dorsale, assez haute et échancrée, atteint la caudale. D. 12/12; A. 14, etc. Tout ce poisson paraît d'un brun de chocolat; le front,, le devant du museau et la joue sont semés de points blanchâtres, qui ont l'air de pustules de petite vérole. Sa longueur n'est que de vingt lignes. Le Salarias quadripenne. {Salarias quadripinnis , nob.) A la tète des espèces à dorsale non divisée, nous en placerons une qui est remarquable par ses quatre tentacules palmés à peu près égaux : deux aux sourcils, deux à la nuque, et qui de plus en a un simple à la narine. îl paraît élevé verticalement , mais sa tête est petite; sa hauteur aux pectorales n'est que quatre fois et demie dans sa longueur, et sa dorsale a moitié de cette hauteur; sa tête, à peu près aussi haute que longue, est six fois dans la longueur; son tronc est fort comprimé et n'a guère en épaisseur plus du tiers de sa hauteur. Son profil est vertical, large et arrondi transversalement : il n'a pas de canines. Son œil a près du tiers de la longueur de la tète, et la distance entre les yeux n'est pas de moitié de leur diamètre. Sa dorsale a à peine une légère échancrure CHAP. III. SALARIAS. 319 à son bord vers ses derniers rayons simples; son premier, et quelquefois son second rayon se pro- longent en filets courts : elle s'attache à la base de la caudale sur un quart de la longueur de celle-ci. L'anale n'y atteint pas, et ses premiers ravons sortent aussi un peu de la membrane. D. 12/17 ou 18; A. 19; C. 11; P. 14; V. 2. Ses pectorales prennent plus d'un sixième de la longueur totale, ses ventrales un septième, sa eau- dale un cinquième. La couleur de ce poisson est un singulier mélange de gris et de jaunâtre, avec des taches et des bandes blanchâtres, et des points et des petits traits bruns; sur un fond gris-jaunâtre sont des taches moyennes d'un gris brun , qui forment comme des bandes rap- prochées quelquefois par paires; des taches rondes et blanches sont semées sur ce fond. Ces taches varient pour le nombre et la grosseur; elles se rapprochent ou se réunissent même en bandes transversales sous la gorge, sous la poitrine et sous l'abdomen; il y a en général à leur égard beaucoup de variétés : sur la moitié antérieure du tronc sont beaucoup de petites lignes très-fines, interrompues , brunes ; et sur le crâne , sur la moitié antérieure de la dorsale, ainsi que le long de sa base, une infinité de petits points bruns. Quelquefois les petites lignes sont remplacées par des points, et les uns et les autres s'étendent plus ou moins, selon les individus. Le blanchâtre et le gris forment, sur une étendue plus ou moins grande de la dorsale, des lignes 520 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. obliques : il y a des points bruns sur les pectorales et sur la caudale, etc. C'est un ensemble comparable aux plumages de certaines perdrix ou de certains oiseaux de rivage. M. Ruppel, qui l'a représenté d'après le frais et fort exactement *, donne au gris-brun une teinte verdâtre, et aux taches blanches une teinte bleuâtre. Nos individus n'atteignent pas quatre pouces. Il nous en est venu de Timor par Péron et par MM. Quoy et Gaimard, et de Tongatabou et de Vanikoro par ces derniers; MM. Kuhl et Van Hasselt en ont pris à Java, et les nom- maient salarias histrionicus. M. Ehrenberg en a trouvé dans la mer Rouge , et en repré- sente ( pi. g , fîg. i ) un jeune, qu'il nomme sa- larias ornatus. Selon M. Ruppel, ce poisson se rencontre partout dans cette mer parmi les rochers de corail. C'est en général l'espèce de salarias qui nous a été apportée en plus grand nombre ; nous lui avons imposé depuis long-temps le nom de quadripinnis , que M. Ruppel a adopté. La description que Forskal donne (p. 23) de son blennius gattorugme, se rapporte si exactement à l'espèce actuelle , que l'on ne 1. Atlas zoolog., pi. 28, fig. 2. CHAP. III. SALARIAS. 521 peut guère douter qu'il ne l'ait eue en vue, mais le vrai gattorugine de la Mëditerrane'e est trop connu par la figure de Willughby pour que l'on puisse en laisser cette fausse dénomination à ce poisson de la mer Rouge, c'est pourquoi nous l'avons changée en celle de quadripinnis. Selon Forskal, ce poisson, nommé par les Arabes koschar eddjin ou sciène du diable, se tient dans des trous de la vase, d'où il sort le matin pour se tenir à l'entrée au soleil. Dans ces mêmes cavités habite un ver, nommé àbu kobkab, qui nettoie la cellule avec sa tête pendant que le salarias se tient en de- hors sans rien faire. Il est très-fâcheux que ce ver n'ait pas été décrit avec quelque détail; c'était peut-être un sip oncle. Le Salarias de l'Atlantique. {Salarias atlanticus.) L'océan Atlantique au nord de la ligne, ne nous a encore envoyé qu'un seul salarias, qui ressemble extérieurement aux blennies proprement dits les plus ordinaires, et que l'on ne reconnaît pour ce qu'il est qu'en exa- minant ses dents. 1 1. 21 522 LIVRE XIV. GOMOÏDES. Il a été pris à Madère par M. Richarclson , et aux Antilles par M. Plée. Sa hauteur aux pectorales, est cinq fois dans sa longueur, et son épaisseur deux fois dans sa hauteur; en arrière il se termine un peu en pointe et est très- comprimé. Sa tête , aussi haute que longue , est aussi environ cinq fois dans la longueur totale et a le profil à peu près en quart de cercle. Indépendamment des dents mobiles ordinaires, la mâchoire inférieure a en arrière deux canines très-longues, très-grêles, qui rentrent dans des trous du palais quand la bouche se ferme. Le tentacule du sourcil , presque de la hau- teur de l'œil, est simple et très-grêle. Chaque narine en a un à son orifice, assez grand, palmé, divisé en . six brins; il y en a de chaque coté de la nuque deux très-petits, rapprochés l'un de l'autre. La dorsale est continue, et laisse un petit intervalle entre elle et la caudale : il en est de même de l'anale. La cau- dale est un peu pointue, les ventrales ont à peine le douzième de la longueur totale. D. 11/21; A. 24; C. 11; P. 15; V. 2. Dans la liqueur, ce poisson paraît brun de cho- colat plus pâle au ventre; sa caudale est noirâtre au milieu; ses bords supérieur et inférieur sont jau- nâtres : on aperçoit une tache noirâtre derrière l'œil. Nos individus ne passent pas trois pouces et demi. Il n'y a point à douter que ce ne soit ici le premier punaru de Margrave (p. i65), qui CHAP. III. SALARIAS. 523 est tout brun , n'a que deux dents à la mâchoire inférieure, longues et semblables à des aiguilles, et au sourcil un très -petit tentacule rouge, dont la figure est d'ailleurs parfaitement ressem- blante. Le Salarias de Sera. (Salarias Sebœ, nob.) Le Cabinet du roi a reçu de celui du Stad- houder un petit salarias, qui nous paraît pré- cisément l'individu décrit et représenté par Seba \ et qui se distingue par le premier rayon de sa dorsale, plus détaché et plus élevé que les autres. Il est court proportionnellement : sa hauteur aux pectorales, qui égale la longueur de sa tête, n'est guère plus de quatre fois dans sa longueur totale ; son profil est vertical et concave. Je ne lui vois pas de tentacule. Sa mâchoire inférieure a deux fortes canines. La dorsale n'a qu'une légère échancrure au- dessus du douzième rayon, qui est plus court que les autres , elle s'élève un peu en arrière et s'unit à la base de la caudale. Le premier rayon de la nageoire du dos est détaché et d'un tiers plus long que ceux qui le suivent. Ses ventrales sont grêles et du cin- 1. Blennius fronti perpendicuîariter déclin, ossiculo primo pinnœ dorsalis alto. Seba, III, 5o, 5. 524 LIVRE XIV. G0BI0ÏDES. quième de la longueur : sa caudale a quelque chose de plus. D. 12/14; A. 17; C. 13; P. 15; V. 2. Dans son état actuel, à demi desséché, ce peut poisson paraît tout cendré. Il n'est long que de deux pouces. Le Salarias marron. {Salarias castaneus , nob.) Une petite espèce voisine de celle de Seba, a été envoyée de l'Isle-de-France par M. Des- jardins. Le premier rayon de la nageoire dorsale est aussi détaché; mais il ne dépasse pas les autres; la hauteur du corps est quatre fois et demie dans la longueur totale; sa tête n'est pas plus longue que haute, et tout son corps est comprimé. Ses tentacules sourci- liers sont fort petits. Il a des canines à la mâchoire inférieure. D. 10/12; A. 14. Dans la liqueur il paraît d'un brun marron uni- forme : les bords de sa caudale sont un peu plus clairs. Il n'est long que de deux pouces. Le Salarias rubanné. (Salarias fasciatus , nob.; Blennius fasciatus , Bl., pi. 162,% 1.) Je n'ai pu encore voir le blennius fasciatus de Bloch, bien que je l'aie long-temps cherché CHAP. III. SALARIAS. 325 dans beaucoup de collections; J'ai même cru pendant quelque temps que c'était un vrai blennie, et peut-être le gattorugine ou le pal- micorne défiguré ; mais un examen plus at- tentif, et la circonstance exprimée dans le Système posthume (p. 168) par ces mots : dentés setacei et mobiles, m'a prouvé que ce ne peut être qu'un salarias. A en juger d'après la figure, il aurait les -ventrales plus longues qu'aucun autre de plus du cinquième de la longueur; son profil, à compter de l'oeil, serait presque vertical; son ten- tacule sourciller serait simple et de la hauteur de l'œil; sa bouche n'aurait point de canines; sa dor- sale, continue, égale et atteignant la base de la cau- dale, aurait en tout vingt-neuf rayons; son anale dix-neuf 1 . Il serait d'un gris-brun avec six ou sept bandes verticales plus brunes, qui monteraient en se bifurquant sur la dorsale. Quelques taches nua- geuses blanchâtres se montreraient sur les flancs; il y aurait quatre lignes brunes en travers des pecto- rales, et trois en travers des ventrales, etc. Bloch, dans l'édition allemande 3 , dit l'avoir acheté dans un encan hollandais, dont le ca- talogue le faisait venir des Indes; et dans 1. La figure montre aussi l'anale comme continue à la caudale, ce dont je ne connais point d'autre exemple. 2. Poissons, etc. ,11, p. mi. 526 LIVRE XIV. G0BI0ÏDES. 1 édition française il prétend l'avoir reçu du Japon. Dans le Catalogue des poissons de Venise de M. Naccari il est question d'un blennie, nommé gallo d'Istria, que l'auteur regarde comme le blennius fasciatus de Bloch 1 ; mais déjà M. Nardo doute de cette détermination et fait remarquer que ce nom de gallo d'Is- tria est commun à plusieurs espèces du genre. 3 Les caractères de deux tentacules entre les yeux, de dix-neuf rayons à l'anale et de bandes transverses, se trouvant souvent dans le blen- nius tentacularis , c'est probablement à lui que ces observateurs ont cru pouvoir attri- buer le nom de fasciatus. Nous trouvons dans l'Atlas de M. Ruppel et dans les dessins inédits de M. Ehrenberg, quelques autres salarias à dorsale continue et sans crête, dont nous allons donner l'indication. Le Salarias cyclope. {Salarias cyclops, Ruppel.) Il est un des plus remarquables : Sa hauteur et la longueur de sa tête sont près de cinq fois dans sa longueur totale. Son profil ap- ■ 1. Journal de physique, t. XV, 1822, p. 33i. — 2. lbid. , t. XVII, p. 227. CHAP. III. SALARIAS. 527 proche de la verticale; la mâchoire inférieure a des canines ; sur l'œil est un petit tentacule palmé : à la narine en est un très-petit et peu divisé. Sa dor- sale, égale partout et de moitié de la hauteur, at- teint la caudale et s'y joint un peu. Les rayons sont marqués comme il suit : D. 29; A. 20; C. 13; P. 14; V. 2. Sa teinte est d'un gris fauve clair avec des ondes transverses irrégulières et nuageuses d'un fauve plus brun. Les côtés de la tête et de la partie antérieure du front sont semés de petits points noirs ; sur le devant de la dorsale est un ocelle entouré d'un double cercle noir; le reste de cette nageoire a deux lignes longi- tudinales fauves; à l'anale près du bord est une ligne noirâtre et un liséré blanc. Ce poisson, long de deux pouces et demi, a été pris aux environs de Tor. Le Salarias noir. {Salarias niger, Ehrenb.) C'est une petite espèce courte, car la hauteur n'est pas quatre fois dans la longueur totale; elle paraît sans canines. M. Ehrenberg ne lui compte que vingt-quatre rayons en tout à la dorsale et treize à l'anale. Son profil est vertical, et sa dor- sale atteint la base de l'anale. Ce petit poisson est tout noir et long de quinze lignes; peut-être qu'on pourrait le rapprocher de notre salarias variolosus. 528 LIVRE XIV. GOBIOÏDES, Le Salarias frontal (Salarias frontalis 3 Ehrenb.) Est un très-petit salarias, dont le front, à l'endroit des yeux, est un peu plus saillant que la bouche, qui y porte de longs ten- tacules simples, et dont la dorsale atteint la caudale et a trente rayons en tout : à l'anale il y en a dix- neuf. Sa couleur est un rouge de brique un peu rembruni; la moitié postérieure de sa queue et les bases de sa dorsale et de son anale sont d'un bel orangé : ses pectorales sont jaunes. M. Ehrenberg l'a pris à Massuah, où il l'a entendu appeler par les Arabes kusciur goebi. Il est long de vingt lignes. Le Salarias a queue rousse (Salarias rufiçaudus, Ehrenb.) A la dorsale élevée, composée de trente rayons, l'anale de dix-huit, la tête petite, le profil vertical, un petit tentacule au sourcil et un autre à la narine. Sa couleur est lie de vin foncée , avec cinq bandes verticales marbrées de noirâtre et de blanchâtre : les pectorales et la caudale sont fauves. L'individu est long de deux pouces et un quart. M. Ehrenberg l'a pris à Massuah , où on le nomme mokhela. CHAP. III. SALARIAS. 529 Le genre des salarias, comme celui des blen- nies, comprend plusieurs espèces; qui ont, in- dépendamment de leurs tentacules, la tête surmontée d'une crête membraneuse ou char- nue, mais qui, dans certaines d'entre elles du moins, est particulière aux mâles; nous en rapprochons les descriptions. Le Salarias a quatre cornes. {Salarias quadrlcornis s nob.) L'espèce que nous décrivons sous ce nom est la plus commune à l'Isle- de -France, et l'une des plus grandes du genre après le salarias vermiculé. Le mâle réunit à une crête mem- braneuse quatre tentacules simples : la femelle a les tentacules, mais la crête lui manque. Sa hauteur est cinq fois et demie ou six fois dans sa longueur : c'est aussi la proportion de la lon- gueur de sa tête. L'épaisseur fait un peu plus de moitié de la hauteur. Son profil, à compter des yeux, est presque vertical; il n'a point de canines et les dents ordinaires sont fort petites; ses lèvres ne sont pas crénelées. Au-dessus de chaque œil est un ten- tacule conique de la hauteur de l'œil : de chaque côté de la nuque en est un beaucoup plus petit; l'orifice antérieur de la narine en a un très -petit, palmé, à trois ou quatre brins. La crête est com- primée, demi-elliptique, un peu inclinée en arrière, 530 LIVRE XIV. GOCIOÏDES. du cinquième environ de la hauteur de la têle, et deux fois plus longue que haute; il y a un petit intervalle entre elle et la dorsale, qui est à peu près de la demi-hauteur du corps et échancrée jusqu'à moitié sur le dernier rayon simple, qui est le trei- zième et de moitié plus court que les autres. Elle s'attache en arrière à la base de la caudale sur un quart de sa longueur. La caudale est arrondie et du sixième de la lon- gueur totale. L'anale commence sous l'échancrure de la dorsale, est d'un tiers moins haute, et laisse entre elle et la caudale un intervalle du douzième de la longueur totale; l'extrémité libre de ses rayons est comme fongueuse. La longueur des pectorales est du sixième de celle du poisson, et celle des ven- trales du neuvième ou du dixième. B. 6; D. 13/22; A. 25 ou 26 en comptant les deux premiers, qui sont petits et très-mous, et 23 ou 24 en ne les comptant pas; C. 11 entiers; P. 14; V. 2. Les individus les mieux conservés paraissent oli- vâtres avec huit paires de bandes verticales brunes , un peu brisées vers le dos, où elles s'étendent sur la base de la dorsale; elles s'affaiblissent vers le bas, et le ventre et la gorge n'en ont point : il y en a une oblique sur la joue. Sur la dorsale sont de nom- breuses lignes obliques qui traversent sa partie su- périeure, de manière qu'il y en a toujours quatre, l'une au-dessus de l'autre ; l'anale en a trois longi- tudinales, dont l'inférieure disparaît quelquefois : ces lignes semblent avoir été bleuâtres. Il y a des individus sans crête, semblables d'ail- CHAP. III. SALARIAS. 551 leurs en toutes choses à celui que je viens de dé- crire, si ce n'est que les rayons de leur anale n'ont point de fongosilé : ce sont des femelles. Mais dans les deux sexes les teintes sont sujettes à beaucoup de variations : certains individus sont beaucoup plus bruns; il y en a où les bandes verti- cales disparaissent dans une teinte générale d'un brun noirâtre, où les nageoires verticales sont pres- que noires et laissent à peine apercevoir leurs lignes. Nous en avons même qui , sur un fond gris , ont le corps et les nageoires semés de points bruns serrés ; néanmoins je n'ai pu trouver entre ces di- verses variétés de différences spécifiques. Nos plus grands individus sont longs de cinq pouces à cinq pouces et demi. Ils nous sont venus en grand nombre de l'Isle-de-France par tous nos correspondais. M. Desjardins nous apprend que l'espèce y est très-commune sur les côtes garnies de roches basaltiques noires; que les vagues en rejettent beaucoup au-dessus de leur niveau, et qu'on les voit alors grimper comme des geckos. Leur nom dans cette colonie est cabot de mer, par opposition au gobie noir des ri- vières de l'intérieur. On les mange. M. Dussumier a retrouvé l'espèce aux Sé- chelles, où on la confond avec le salarias ver- micide, sous le nom de cabot-marron. Quel- 552 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. ques-uns de ses individus n'ont que vingt ou vingt et un rayons à la dorsale molle. Nous croyons aussi reconnaître cette es- pèce ou une autre très-voisine dans une des peintures de l'expédition russe, qui offre les mêmes formes et à peu près les mêmes nom- bres: D. 12/21; A. 22, et qui est enluminée d'un vert foncé, marbré et nuage de vert plus clair. La première dorsale et l'anale y ont chacune deux lignes longitu- dinales bleues, la deuxième dorsale dix ou douze lignes obliques de la même couleur. L'individu est mâle et a une crête. Le Salarias pintade. {Salarias meleagris, nob.) Un des plus beaux a été rapporté par Péron de la terre de Van-Diemen. Sa hauteur est six fois ou six fois et demie dans sa longueur, celle de sa tête cinq fois et demie ; son épaisseur est des deux tiers de sa hauteur; son profil est presque vertical , et la hauteur de l'œil au museau égale la ligne horizontale du crâne : il n'a point de canines. La lèvre supérieure est bien cré- nelée; la narine a un très-petit tentacule palmé; sur l'œil en est un de moitié de la hauteur de la lëte, à lige un peu grosse, pennée tout du long et des deux CHAP. III. SALARIAS. 553 cotés par de petits filamens. Une crête verticale mem- braneuse, demi- ovale, un peu inclinée en arrière, du quart de la hauteur de la tête et le tiers de sa longueur, commence immédiatement derrière les yeux et règne jusqu'à la nuque. La dorsale commence après un court intervalle; elle est divisée presque jusqu'au dos; après son dou- zième rayon , sa première partie a moitié de la hau- teur du corps. La seconde est un peu plus élevée et atteint la base de la caudale: l'anale laisse un intervalle. Ses pectorales ont un peu moins du cinquième, et les ventrales le huitième de la longueur totale du corps. D. 12/20; A. 22; C. 11; P. 14; V. 2. Dans la liqueur ce poisson paraît d'un gris tirant au lilas. Des bandes mal terminées, d'une teinte plus brune, rapprochées par paires, descendent du dos jusqu'aux deux tiers de la hauteur; des points ar- gentés ronds sont semés sur tout le corps, au-delà de la pectorale; l'anale, dont le fond est noirâtre, surtout vers le bord, en a de semblables, mais ils sont plus petits et plus serrés. La dorsale a sur un fond violâtre des lignes longitudinales pales, au nom- bre de quatre sur la première partie, de six sur la seconde. L'intestin, comme celui de tous ces salarias, est long et roulé en double spirale sur lui-même, comme le canal intestinal du têtard de grenouilles. Il est du double plus long que le corps et d'un dia- mètre petit et à peu près égal. Le foie est très-peu volu- mineux; les œufs remplissaient les sacs à ovaire, et ne montraient pas que ces espèces soient ovo-vivipares. 554 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Le squelette de ce salarias ressemble beaucoup à ceux des blennies; la longueur proportionnelle du crâne et la crête sagittale le font surtout ressembler à celui du Bl. pavo; il a onze vertèbres abdominales et vingt-six ou vingt-sept caudales. Le Salarias de Ring. {Salarias Kingii , nob.) M. le commodore Philippe Ring, auteur de la reconnaissance de la côte de la Nouvelle- Hollande, a bien voulu nous adresser une es- pèce de salarias qui ne lui est parvenue qu'après l'impression de son livre, et qui lui paraît avec raison nouvelle pour les naturalistes. Ses caractères la rapprochent de la précédente (Sal. meieagris), mais elle est bien plus alongée, ses tentacules sont autrement faits et sa crête est plus longue. Sa hauteur est sept fois et demie dans sa longueur ; sa tête y est six fois; sa crête a les deux tiers de la longueur de la tête et le tiers de sa hauteur; les ten- tacules des deux sourcils n'ont que moitié de la hau- teur de l'oeil et sont en palmette à sept ou huit brins, dont un, un peu plus long, sert de tige; ceux des narines sont petits et à cinq brins. Les dents sont plus courtes que dans beaucoup d'autres espèces, quoique aussi nombreuses. Je ne vois pas de ca- nines. La dorsale a les deux tiers de la hauteur du corps; elle est très-fendue après les rayons épineux CHAP. III SALARIAS. 335 et s'unit un peu à la base de la caudale. L'anale com- mence un peu plus avant que la fissure de la dorsale, et laisse un espace libre avant la caudale, qui est ar- rondie. Les ventrales ont moins du douzième de la longueur totale; les pectorales en ont le sixième D. 12/2Sj A. 24; C. 11; P. 14; V. 2, et deux très-petits et très-mous en avant ceux qui d'ordinaire portent des renflemens fungiformes. Dans la liqueur ce poisson paraît d'un brun uni- forme. Il est long de quatre pouces et demi. Il fut pris en 1821, à la côte nord-ouest de la Nouvelle-Hollande, pendant le relevé qu'en fit le capitaine Ring. Le Salarias oryx. {Salarias oryx, Ehrenb.) M. Ehrenberg a rapporté de la mer Rouge un autre salarias à crête, remarquable par la longueur de ses tentacules sourciliers, droits et pointus comme les cornes de Xantilope. La hauteur est six fois dans la longueur; la tête y est comprise le même nombre de fois; le front est arrondi; le profil un peu oblique et court; les tentacules sourciliers simples, aigus, comprimés et de plus des deux tiers de la hauteur de la tête; ceux de la nuque et de la narine extrêmement petits; la crête à peine du cin- quième de cette hauteur : il n'a pas de canines. La 05(> LIVRE XIV. G0BI01DES. dorsale, peu élevée, à peine échancrée après les rayons épineux, s'unit un peu à la base de la caudale. D. 11/22; A. 23, etc. Ce poisson paraît olivâtre, avec sept taches ou demi-bandes d'un olivâtre plus foncé, nuageuses le long du dos. La dorsale a des lignes obliques brunes, nombreuses , plus fines et plus prononcées sur la partie molle que sur la partie antérieure. Nos individus sont longs de trois pouces et demi : il y en a de quatre. Le Salarias daim. {Salarias dama, nob.) M. Ehrenberg représente (pi. 9, fig. 3) un salarias qui, par l'ensemble, tient de très-près aux trois précédens, mais dont le tentacule sourcilier est d'une forme qui lui est propre. Sa hauteur est six fois et quel- que chose dans sa longueur; sa crête a près de moi- tié de la hauteur de sa tête, et est deux fois plus longue que haute. Son tentacule est divisé en trois branches élargies et dentelées ù leur extrémité, qui lui donnent de la ressemblance avec le bois d'un daim; la narine en a un petit, élargi aussi et den- telé. La dorsale est fendue jusqu'à moitié aussi après les rayons épineux. D. 13/17; A. 18; C. 13; P. 14; V. 2. Il est verdâtre avec des bandes verticales d'un vert plus foncé, rapprochées en sept paires, et une CHAP. III. SALARIAS. 557 ligne étroite verticale aussi entre chaque paire- sur la dorsale sont des lignes longitudinales, dont l'in- férieure forme des arcs ou des anneaux. Le bord de la partie molle et le bord supérieur de la cau- dale sont pourpre. L'individu est long de quatre pouces. Ses dents, telles qu'elles sont représentées sur la planche de M. Ehrenberg, montrent que c'est un salarias et non un blennie pro- prement dit. On n'y voit point de canines. Le Salarias sauteur. {Salarias alticus, nob.j le Blennie sauteur, Lacép.) Nous avons reçu de divers parages de la mer des Indes un petit salarias, qui nous paraît être celui-là même sur lequel Commer- son avait établi son genre alticus. Il est grêle et alongé en pointe ; sa hauteur est neuf ou dix fois dans sa longueur; sa tête y est sept fois; son profil est oblique et un peu convexe; sa bouche est dirigée vers le bas, et lorsqu'on en écarte les lèvres , elle peut prendre une forme cir- culaire. A l'arrière de la mâchoire inférieure sont deux petites canines; sur l'œil est un très-petit ten- tacule simple, à peine visible : je n'en aperçois ni à la nuque ni aux narines. La crête, dans ceux qui l'ont le mieux prononcée, est demi-ovale et du tiers de la .hauteur de la tête ; d'autres individus l'ont plus basse : en d'autres elle est à peine sensible; et ceux-là ont 11. 22 358 LIVRE XIV. GOCIOÏDES. aussi la dorsale plus basse que les autres; dans ceux qui l'ont le plus élevée, la dorsale surpasse en avant la hauteur du corps; dans les autres elle est de moitié plus basse; son échancrure, après les rayons simples, est peu profonde : l'anus est un peu plus en avant que le premier tiers de la longueur du corps. La dorsale et l'anale laissent un petit espace entre elles et la caudale. La caudale, ployée, forme une pointe ; étalée , son bord s'arrondit ; de ses onze rayons le supérieur et les trois ou quatre infé- rieurs vont en se raccourcissant; les rayons des na- geoires verticales excèdent tous la membrane. Les pectorales ont le sixième de la longueur du corps, et les ventrales le douzième; leur rayon externe ou épineux est aussi long que les autres, en sorte que l'on peut leur compter trois rayons et même quatre ; car le premier mou est divisé en deux presque jus- qu'à la base. D. 13 ou 14/20, 21 ou 22; A. 26 ou 27 ; C. 11 ; P. 13; V. fy3. Dans la liqueur ce poisson paraît bleuâtre, diver- sifié par des traits blanchâtres et verticaux , qui ont plus de régularité vers le ventre. Du côté du dos il s'en détache quelquefois des parties qui y forment des groupes de quatre ou cinq points blanchâtres, que l'on pourrait prendre pour des ocelles. Les na- geoires verticales sont noirâtres ; sur la dorsale se voient souvent des lignes obliques plus pâles : l'a- nale a du blanchâtre à son bord et à sa base. Nos plus grands individus n'ont que trois pouces et demi : la plupart n'atteignent pas trois pouces. CHAP. III. SALARIAS. 539 Il nous en est venu de la Nouvelle-Irlande par MM. Lesson et Garnot; de Java, par MM. Kuhl et van Hasselt ; des bouches du Gange , par M. Dussumier: de Trinquemalé à Ceilan, par M. Reynaud, et de la mer Rouge, par M. Ehrenberg. La longue description que Commerson donne de son alticus, peut, en ce qu'elle a de particulier à l'espèce, se réduire à ce qui suit : « Trois pouces font sa plus grande taille. Après la mort il prend une teinte bleuâtre , mais pendant la vie (autant que l'auteur peut s'en souvenir) il était gris ou brun, avec des traits noirâtres; sa crête est demi-ovale, un peu inclinée en arrière, ponctuée; la dorsale, continue et k peu près égale, finit vers la base de la queue; la caudale est pointue. » D. 34 ou 35; A. 25 ou 26. Il paraît n'avoir vu que des exemplaires petits et mal conservés, car il n'a pu s'assurer qu'ils eussent des dents : utraque maxïlla la- biata, ac forte, ut videbatur, edentula, nam in ita exiguo pisce dentés an sint, quis bene viderit? Expression singulière dans un ob- servateur si exercé; mais ces dents sont si pe- tites et si flexibles, ou plutôt si mobiles, que l'on peut en effet, si l'on n'emploie la loupe, se tromper sur leur nature. 540 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Cette espèce est bien représentée sous le nom de blennius gobioides, dans les dessins de Forster que l'on conserve à la bibliothèque de Banks, et l'on en trouve la description par le même voyageur dans le Système pos- thume de Bloch, p. 176, n.° 23; mais le nom y est changé en blennius tridactylus. Ce qui est singulier, c'est qu'il le croit aussi sans dents. Du reste cette description s'accorde avec la nôtre, à quelque différence près, dans la manière de compter les rayons, et saufla crête, dont il n'y est pas fait mention, parce que l'individu était femelle. Commerson avait observé son alticus en Juillet 1768, sur les côtes rocailleuses de la Nouvelle-Bretagne; il y glissait, y volait, pour ainsi dire (ce sont ses expressions), à la sur- face des flots, et y sautait sans cesse parmi les roches avec tant de rapidité qu'il était fort difficile de le prendre. 1 Forster avait vu son blennius gobioides sur les rochers de l'île de Tanna. C'était, dit-il, un petit animal qui courait parmi les rochers 1. Commerson, dans sa description, dit que les pectorales égalent à proportion celles des exocets; mais dans ses mesures il ne leur donne en effet que le cinquième de la longueur totale (cinq lignes sur deux polices cinq lignes et demie), comme nous les ayons trouvées. CHAP. III. SALARIAS. 341 avec une vélocité extrême, et qui, rejeté par les flots , y grimpait en grand nombre au moyen de ses pectorales et de ses ventrales, de sorte qu'on les prendrait pour autant de petits lé- zards. Il paraît même qu'ils y poursuivent les insectes , et Forster en vit qui saisissaient de très-petites larves de grillons. Il eut beaucoup de peine à en prendre quelques-uns. Il en fait aussi mention dans ses Observations recueillies pendant le second voyage de Cook,souslenom de blennius saliens, et c'est d'après ce qu'il en dit que Walbaum a établi son blennius ampliïbius. x M. Ehrenberg, sans avoir comparé son pois- son à ceux de ces deux naturalistes, a observé exactement les mêmes faits dans la mer Rouge; il lui avait même donné le nom de salarias scandens. Cette espèce se tient à sec, dit-il, sur les rochers à plus de vingt pieds au-dessus de la mer, et quand on approche de quelque individu , il fait des sauts de quatre à cinq pieds. On est tenté, ajoute-t-il, de le prendre pour un lézard; comparaison bien naturelle, sans doute , puisque déjà l'idée en était venue à Forster. 2. Art. renov., III, p. 187, 342 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Le Salarias bridé. (Salarias frcenatus, nob.) M. Dussumier a rapporté récemment au Muséum d'histoire naturelle un petit salarias très-agréablement moucheté, et qui est très- voisin de celui que nous avons nommé textilis. La hauteur du corps fait près du septième de la longueur totale, qui comprend cinq fois la longueur de la tête. Elle est renflée sur les cotés ; son museau est obtus; le profil descend très- obliquement des yeux à la lèvre supérieure; ceux-ci sont saillans, plus grands que les yeux du salarias textilis. Sur l'arrière de la membrane qui borde le haut de l'or- bite est un petit tentacule palmé. Je ne vois pas de crête aux nombreux individus que j'ai eus à ma disposition. La portion antérieure de la dorsale est plus basse que la postérieure, mais elles sont bien continues, et n'offrent pas ce vestige de séparation que l'on ob- serve sur plusieurs autres espèces. La dorsale est réunie par une membrane au dos de la queue; le dernier rayon de l'anale est libre; elle commence sous le dixième rayon de la nageoire du dos, et elle a moins de hauteur que la dorsale. La caudale est arrondie : la ventrale a le rayon interne double, et sous la peau il existe une petite épine rudimentaire. D. 12/14 } A. 18; C. 13; P. 14; V.3. Je ne vois point d'organe particulier ni de houppe auprès de l'anus. . CHAP. III. SALARIAS. 543 La couleur est un gris verdâtre, argenté sur le dos et pur sous le ventre. Quatre lignes blanches et fines, bordées chacune, des deux cotés, d'un trait aussi fin et bleuâtre, partent du dessous de la gorge sur le milieu de l'isthme, remontent sur les lèvres et vont se perdre sur le bord des orbites ou sur le front. Un ou deux traits de même couleur traver- sent d'un œil à l'autre. La dorsale est rayée obliquement de lignes alter- nativement bleuâtres et noirâtres. Ces rayures sont transversales et onduleuses sur la caudale ; l'anale est bleuâtre, avec les pointes seules des rayons noi- râtres; les nageoires paires sont transparentes et bleuâtres. Vue à la loupe, la peau paraît lisse et sans écailles, et sablée d'un fin pointillé noirâtre. La ligne latérale est extrêmement déliée, tracée plus près du dos que du ventre. A l'ouverture de l'abdomen on voit l'intestin grêle et de largeur égale dans toute son étendue, roulé en spirale cinq fois sur lui-même, de droite à gauche, et revenant ensuite, en sens inverse, se rendre à l'anus en faisant un même nombre de tours; mais étant plus long dans cette seconde portion. Sa tunique est extrêmement mince ; le foie est très-petit et situé en avant; les ovaires sont remplis d'œufs de la grosseur de la graine de pavot, et oc- cupent toute la longueur de la cavité du ventre. Il n'y a pas de vessie natatoire ; mais il faut faire bien attention que le repli du péritoine , qui sépare l'ovaire du rein, est d'un argenté si brillant dans cette ré- 344 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. gion, qu'on serait tenté de croire à l'existence d'une vessie aérienne. Le rein occupe toute la longueur de l'abdomen. Le péritoine est pointillé de noirâtre. Les plus grands individus ont deux pouces neuf lignes. L'espèce vient de la côte mala- bare. Le Salarias vert. {Salarias viridis, nob.) Nous devons aux recherches de M. Gay, sur les côtes de l'Amérique australe , plusieurs espèces intéressantes de salarias : une des plus grandes et qui surpasse même en longueur le salarias vermiculatus , est celle que nous dé- crivons dans cet article. La hauteur du corps à l'anus est contenue un peu plus de six fois dans la longueur totale; mais quand le ventre est gonflé par la plénitude des ovaires , la hauteur en avant de l'anus ne fait guère que le quart de cette même longueur. La tête y est comprise cinq fois; elle a le vertex haut et bombé, le dessous de la gorge très-renflé, de sorte que la hauteur de cette partie est des trois quarts de la longueur de la tête. Le profil descend par une courbe convexe, mais oblique, vers la bouche; l'œil est petit et surmonté d'un tentacule long, cilié, et assez semblable à celui du blennie gattorugine , et de chaque côté la nuque porte une CHAP. III. SALARIAS. 345 palmette de quatre appendices plats, très-courts et ciliés. La lèvre supérieure est épaisse et libre, décou- pée par de nombreuses dentelures irrégulières; elle recouvre des dents très -fines, très-serrées et très- mobiles; celles de la mâchoire inférieure ne diffèrent que par leur petitesse; la lèvre a le bord mince et non cilié. Dans le fond de la mâchoire on voit, en l'abaissant, deux fortes canines. La dorsale s'élève à peu près de la moitié de la hau- teur du corps. Les dix premiers rayons forment une nageoire antérieure, sensiblement séparée du reste de la nageoire, composée de dix-sept rayons, dont le dernier est uni au dos de la queue par une mem- brane très-basse. L'anale répond à la séparation de la dorsale; elle est plus basse, son dernier ravon n'a pas de membrane de réunion. La caudale est arrondie : tous ses grands rayons sont branchus. Les ventrales ont le rayon interne bien divisé. Les pectorales sont arrondies. D. 10/17; A. 19; C. 15; P. 14; V. 3. La peau est nue; la ligne latérale tracée droite, par une suite de petits tubes, de l'angle de l'oper- cule au milieu de la queue, se relève un peu au- dessus de la pectorale. La couleur du poisson, con- servé dans l'esprit de vin, paraît d'un gris-noirâtre foncé sur le dos et la tête. Les nageoires sont pres- que noires : on leur voit une teinte bleue. Mais d'après le dessin que M. Gay a bien voulu nous communiquer, le poisson frais est vert foncé sur le dos, et plus clair et brillant sous le ventre. 346 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Nous n'avons qu'un seul individu de cette espèce, qui vient de Valparaiso; il est long de plus de huit pouces. Il porte, sur le dessin de M. Gay, le nom de burracho. Le Salarias variole. {Salarias variolatus, nob.) Une autre espèce vient de l'île San-Juan- Fernandez. Elle a le corps plus court; sa hauteur n'est guère que le quart de sa longueur : celle de la tête est comprise cinq fois dans celle du corps. Le dessus de la tête et le dessous de la gorge sont assez renflés ; la hauteur, prise à cet endroit, égale la longueur de la tête. L'œil est petit : son tentacule est très- large à la base, et forme une palmette triangulaire pointue et longuement ciliée ; celles de la nuque sont basses et divisées en nombreux et fins tenta- cules, composant un peigne à dents très-serrées. La ligne du profil est plus droite et plus oblique. La lèvre supérieure est à peine découpée. Les dents sont très-fines et très-mobiles : la canine de la mâ- choire inférieure est très-courte et peu visible. L'in- dividu que je décris a une particularité que je ne regarde pas comme spécifique, c'est d'avoir deux ou trois granulations osseuses très-dures, comme de petites dents, en pavé sur le palatin gauche et sur le bord gauche du chevron du vomcr , le côté droit n'of- frant rien de semblable. La dorsale est plus continue, CHAP. III. SALARIAS. 347 quoique la membrane soit encore échancrée entre le onzième et le douzième rayon. Les onze premiers dépassent, comme des filets, le bord de la membrane, et le dernier est uni dans toute sa longueur au dos de la queue. L'anale est plus basse, et son dernier rayon est libre. La caudale est arrondie. La pectorale est large, ronde, et les pointes des rayons, surtout des inférieurs, dépassent la membrane. Le rayon interne de la ventrale est moins libre. D. 11/18; A. 19; C. 13; P. 13; V. 3. Je vois derrière l'anus deux vestiges d'appendices sexuels. La peau est nue et sans écailles. La ligne latérale est peu visible, et formée de petits tubes, disposés en ligne droite de l'opercule à la queue, par le mi- lieu du côté. La couleur du poisson, dans l'esprit de vin, paraît d'un brun plus foncé sur le dos, plus pâle sous le ventre, et presque noir sur les nageoires. Tout le corps est parsemé de gouttelettes blanchâtres. Mais sur le frais ces couleurs sont plus brillantes : un jaune bistre, foncé sur le dos et clair sous le ventre, est le fond de la couleur, qui se trouve relevée par des taches rouges de minium. L'individu qui a servi à uotre description, est long de six pouces. Nous avons été aidé pour les couleurs par le dessin que M. Gay a eu la générosité de nous communiquer. 348 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Le Salarias aux points rouges. {Salarias rubro-punctatus ■, nob.) Le même naturaliste a pris encore dans cette même lie de Juan-Fernandez un autre petit salarias ? dont le profil descend verticalement du front à la bouche, ce qui rend le museau très -obtus. L'œil porte un petit tentacule cilié sur les deux bords. La hauteur prise aux pectorales égale la longueur de la tête, et fait le cinquième de celle du corps. Les lèvres sont peu ciliées sur les dents ; celles-ci sont moins mobiles qu'elles ne le sont dans les deux espèces précédentes. Les deux parties de la nageoire du dos paraissent plus distinctes, à cause de l'abaissement de la portion antérieure, et de l'échancrure qui sépare le onzième rayon du douzième. La dorsale est unie par une membrane au dos de la queue, l'anale ne l'est pas. La caudale est coupée carrément. On ne voit que deux rayons à la ventrale. D. 11/17; A. 20; C. 13; P. 14; V. 2. La peau est lisse. La ligne latérale forme une courbe au-dessus de la pectorale , après laquelle elle s'infléchit et se rend droit à la queue par le milieu du côté. Tout le poisson est brun marbré de noirâtre; il y a sur le dos une série, quelquefois double, de taches qui paraissent bleuâtres sur le poisson conservé dans l'esprit de vin, et des petits points de même couleur se voient au-dessous et le long de la ligne latérale; mais ils sont d'un brun- CHAP. III. SALARIAS. 549 rouge sur le poisson frais, ainsi que nous pouvons en juger par le dessin que M. Gay nous en a donné. Deux ou trois bandes noirâtres descendent de la joue vers l'isthme, qu'elles entourent en se joignant à leurs semblables du côté opposé. Une tache noire existe sur les premiers rayons de la dorsale, dont la membrane est grise, teintée de verdâtre, semée de taches plus claires sur la portion antérieure, et rayée de bandes obliques sur la postérieure. La caudale est transparente, et ses rayons noirâtres; l'anale a le bord noirâtre, et la pointe libre des rayons paraît blan- châtre ; la pectorale a quelques raies pâles. Nos individus sont longs de deux pouces et demi à trois pouces. Le Salarias vomerin. (Salarias vomerinns, nob.) Nous avons déjà observé un salarias dans l'Atlantique; en voici un second, qui nous est venu des côtes de l'Amérique méridionale, près de Bahia, qui pourrait être considéré comme le type d'un sous-genre parmi les sala- rias, à cause des dents qui existent sur le che- vron du vomer; il a d'ailleurs la plus grande ressemblance avec les autres. Ce poisson a le corps alongé. La hauteur, un peu moins forte que la tête n'est longue, est comprise sept fois dans la longueur totale. Le museau est renflé, 550 LIVRE XIV. GOCIOÎDES. le profil oblique, l'occiput bombé, mais sans crête. Il y a de chaque coté deux palmetles tentaculaires; une petite, composée de filamens en rayons, sur la narine; une seconde, plus longue, ciliée, sur le côté interne et située sur l'arrière de l'œil. La première dorsale est plus basse et plus séparée que celle des autres salarias. La caudale est tronquée et légèrement arrondie. La pectorale est un peu pointue quand les rayons ne sont point étalés. Il est aisé de compter les quatre rayons des ventrales. D. 12/16; A. 19; C. 13; P. 14; V. 4. Les dents des mâchoires sont aussi mobiles, et en tout semblables à celles de nos salarias. Les ca- nines du fond de la mâchoire inférieure sont très- grandes et bien crochues. Le chevron du vomer porte une série transversale de petites pointes aiguës ; mais je ne vois rien sur les palatins. La peau est lisse et nue. On n'aperçoit pas fa- cilement la ligne latérale, qui est tracée très -près du pied des rayons de la dorsale. La couleur est grise, avec des bandes transver- sales plus foncées, et plombées sur le corps. Cette teinte prend plus de couleur sur la dorsale, dont la partie antérieure a un liséré blanc, la postérieure des traits obliques blanchâtres. L'anale a la pointe des rayons noire; les pectorales sont noirâtres; les ventrales grisâtres ; la caudale a six ou huit bandes noirâtres, semblables à celles des côtés. Nos individus ont trois pouces à trois pouces et demi. Le Musée de Genève possède CIïAP. III. SALARIAS. 3&1 cette espèce; il l'a reçue par les soins de M. Blanche t de Bahia. M. Morican a bien voulu en céder au Muséum plusieurs individus. Le Salarias a cavernes. (Salarias caïemosas, nob.; Blennius cavernosuSj Bl.) Quant au blennius cavernosus de Bloch 1 , la description en est si courte, et la figure si peu caractérisée, que nous ne pouvons pas même juger si c'est un blennie propre ou un salarias. Selon la description il a le corps nu et ponctué, les yeux près du front, le vertex transversalement caverneux, et pour nombres : B. 6; D. 30; A. 19; C. 10; P. 14; V. 2. A quoi l'on peut ajouter, d'après la figure, que le profil est vertical; la dorsale d'égale hauteur partout; le corps semé de taches blanchâtres rondes, sur un fond gris; les nageoires jaunâtres avec des points bruns. Les dents n'y sont pas marquées du tout, ce qui me disposerait à le croire un salarias. 1. Syst. posth., p. i63, n.° 4> et pi. 3j, fig. 2. 552 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. CHAPITRE IV. Des Clinus, des Myxodes, des Cristiceps, des Cirrhibarbas et des Triptérygions. DES CLINUS. Clinus est le nom des blennies chez les Grecs modernes. M. Cuvier l'a appliqué à un genre de la famille des blennies, dont les espèces ont le corps généralement comprimé, alongé et couvert d'écaillés, et les dents fortes, coniques et pointues sur la rangée antérieure, et en velours sur la postérieure. Il y en a aussi au palais, soit sur le vomer seulement, soit aussi sur les palatins. Ajoutons que le grand nombre des rayons épineux de la dorsale ne peuvent les laisser confondre avec aucun des blennoides précédens. Si les clinus diffèrent déjà beaucoup des blennies et des autres genres voisins par leur système dentaire , nous leur trouvons encore d'autres différences plus marquantes dans le mode de reproduction. Ceux-ci sont vivipares , et nous leur voyons une sorte de verge ou d'organe d'accouple- ment très-remarquable. En effet, derrière le rectum, à son ouverture, le mâle porte un CHAP. IV. CLINUS. 555 tubercule pointu, conique, percé à son ex- trémité, recourbé en avant, et même le plus souvent la pointe est cachée et comme en- gagée sous un petit repli du bord du cloaque. Cette verge se prolonge à l'intérieur de l'ab- domen derrière le rectum, se renfle en une sorte de bulbe par les fibres musculaires qui l'entourent, et l'on voit distinctement les lai- tances envoyer un canal déférent très-fin sur la face dorsale du bulbe de la verge , et par der- rière les canaux de la vessie urinaire donnent aussi dans cette sorte de pénis. Mais en considé- rant cette organisation générale sous un point de vue physiologique élevé, on doit regarder tout cet appareil comme un cloaque modifié, plutôt que comme un appareil copulateur ana- logue à celui des vertébrés vivipares. Quant à la femelle, les œufs se montrent de grosseur inégale dans les ovaires ; un ovi- ducte large et une vulve assez grande donnent issue aux petits, qui en éclosent intérieure- ment. On ne connaît qu'une très -petite espèce dans la Méditerranée ; mais les mers étran- gères, et surtout celles du Cap, en nourris- sent un assez grand nombre d'autres. Nous en avons une espèce de la Nouvelle-Hpllande , et tout dernièrement M. Gay nous a fait con- 11. 23 254 LIVRE XIV. GOMOÏDES. naître plusieurs espèces fort intéressantes, prises soit au Chili, soit à l'île Juan-Fernandez. Le Clinus argenté. {Clinus argentatus, nob.) L'espèce de la Méditerranée a été décrite par M. Eisso sous le nom de blennius argentatus , et par M. Rafinesque sous celui de blennius variabilis, et plus récemment, M. Anastasio Cocco l l'a nommé clinus mutabilis. Ces deux dénominations prouvent que ces observateurs avaient vérifié les nombreuses variations sous lesquelles cette espèce se présente aux natura- listes sous le rapport de la coloration. A l'aplomb des pectorales, sa hauteur est six fois dans sa longueur; son épaisseur deux fois dans sa hauteur : le corps diminue lentement en arrière. Sa tête n'est guère plus de cinq fois dans sa longueur, et est de deux cinquièmes plus longue que haute. Son profil, légèrement convexe et proclive, conduit à une bouche fendue au bout du museau, et qui descend un peu en arrière jusqu'à l'aplomb du bord antérieur de l'œil. L'œil lui-même a en diamètre le cinquième de la longueur de la tête, et sa distance du bout du mu- seau est aussi d'un cinquième. Au sourcil est un petit tentacule simple, d'à peu près moitié du dia- 1. Giorn. se. lett. é arii Sicil. , Avril i833, tome XLII, p. 9, tab. 42, fig. 2. CHAP. IV. CLINUS. 555 mètre de l'œil. La mâchoire inférieure est un peu plus avancée que l'autre. Les lèvres sont membra- neuses, assez larges. Chaque mâchoire a un rang extérieur de dents pointues, serrées, et en arrière de celles-là une bande d'autres en velours assez gros; il y en a de plus un petit groupe en travers du devant du vomer. La langue est oblongue, un peu pointue , lisse et très-libre. Le préopercule est arrondi. L'opercule forme un angle assez saillant en arrière; les membranes bran- chiostèges s'unissent l'une à l'autre sous l'isthme sans y adhérer. La dorsale commence à l'aplomb du préopercule; les trois premiers rayons forment un lobe pointu des deux tiers de la hauteur de la tête, séparé du reste par un intervalle e'gal à sa longueur, en sorte que le quatrième rayon est seu- lement à l'aplomb de la base de la pectorale. Cepen- dant la membrane, quoique très-abaissée, réunit sans aucune interruption le troisième au quatrième rayon. Le reste de la nageoire est continu, égal , et à peu près du tiers de la hauteur du corps; elle s'unit au dos de la queue jusqu'à la base de la caudale. Il y a en tout trente-trois rayons épineux, grêles, mais fermes et très-pointus; et seulement trois ar- ticulés, mais sans branches. L'anale commence après les deux premiers cinquièmes de la longueur totale; elle est un peu moins haute que la dorsale et s'at- tache en arrière au-dessous de la queue, comme la dorsale au-dessus, en se portant un peu moins près de la caudale. Elle a deux rayons épineux et vingt articulés. La caudale, coupée carrément et du sixième 56G LIVRE XIV. GOBÏOÏDES. de la longueur totale, ne compte que neuf rayons entiers ; les pectorales sont aussi à peu près du sixième de la longueur totale; et en ont huit ou neuf, dont le dernier fort court. Le rayon interne des ventrales est aussi long que les pectorales : l'externe est d'un quart plus court; ils sont séparés jusqu'à moitié de la longueur de l'interne. B. 6; D. 33/3; A. 2/20; C. 9; P. 9; V. 2. Toute la peau est garnie d'écaillés infiniment petites, qui, à la vue, ne paraissent que comme des points. La ligne latérale commence au quart supé- rieur; arrivée vis-à-vis la fin de la pectorale, elle se courbe et, prenant le milieu de la hauteur, le suit jusqu'à la caudale. Cette espèce varie extraordinairement pour les couleurs, et à moins d'en voir la série, on serait exposé à les multiplier beaucoup. Les plus colorés sont d'un brun de chocolat, avec une série de points argentés le long de chaque flanc; le bord de l'anale blanchâtre; les pectorales et les ventrales jaunâtres avec la base brune; la cau- dale aussi jaunâtre; ses bords supérieur et inférieur bruns. D'autres sont bruns, marbrés de noirâtre, et la série de taches fauve clair ou argenté, formant presque une bande continue; la dorsale et l'anale jaunâtres avec des taches brunes ou noires sur leur base; huit à la première, six à la seconde : quelque- fois ils ont du blanc ou du fauve clair au museau, à la gorge, autour de l'œil, etc. D'autres fois le brun et le fauve sont distribués par bandes verticales, avec CHAP. IV. CLINUS. 567 des points argentés épars. Il y en a d'entièrement fauve clair, et marqués de quelques points bruns, souvent rapprochés par paires, formant une série le long de la base de la dorsale, une autre le long du flanc, et parsemés de quelques points argentés en différens endroits. Il y a souvent de ces points argentés à la joue. Il y a même des individus entièrement fauves, avec seulement une série de larges taches argentées le long du flanc. Dans le frais, les parties pâles sont teintes de lilas ou de rose. En un mot, il n'est pas facile d'en trouver deux entièrement semblables. Aucun de nos nombreux individus ne passe trois pouces : la plupart demeurent au-dessous de celte taille. Nous avons tout lieu de croire cette espèce vivipare d'après l'examen anatomique des fe- melles que nous avons disséquées. Le mâle a un appendice en arrière de l'anus; mais la pe- titesse de ces individus ne nous a pas permis de nous assurer s'il existe une verge aussi com- pliquée que celle des grands clinus étrangers, sur lesquels nous l'avons observée avec détails. Nous ne croyons pas cependant que M. Risso ait eu connaissance de la viviparité de ces poissons. Il se contente de remarquer que la femelle est pleine d'ceufs au printemps, et, dans un autre article, qu'elle est remplie d'ceufs deux fois l'année. Le tube intestinal de ce clinus est très-court et très- élroit; il commence par un œsophage droit, qui se 558 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. renfle du côté du dos; et au tiers de la longueur de la cavité abdominale est un très-petit estomac glo- buleux. Le duodénum est plus étroit que l'oesophage ; il se porte en arrière jusqu'aux cinq sixièmes de l'abdomen, se contourne pour passer dans l'hypo- condre droit, se renfle un peu, et une valvule marque alors le commencement du rectum , qui est très-court. Le foie est tellement gros et long, par rapport à la petitesse du poisson , qu'on n'aperçoit aucun autre viscère à l'ouverture de l'abdomen ; il est formé d'un seul lobe épais, concave en dessus, convexe en des- sous et terminé en pointe sous le rectum. La rate est très-petite et cachée dans la boucle que fait l'in- testin grêle. Les laitances du mâle que j'ai observé forment deux petits filets blanchâtres, donnant un petit canal déférent, qui s'ouvre derrière l'anus par un trou aussi petit que celui qu'on pourrait faire avec la pointe de la plus fine aiguille , à l'extrémité du très-petit pénis. Les femelles ont les ovaires assez développés : ils occupent, quand ils sont pleins, une grande portion de la cavité abdominale. Les œufs sont de grosseur très-inégale , les uns ayant un diamètre double et même triple des autres. Je n'ai pu voir sur aucun le fœtus déjà formé. Les reins sont réunis en un seul , qui descend sous la colonne vertébrale dans toute l'éten- due de l'abdomen, et verse l'urine dans une vessie à parois blanches, très-facile à voir. Elle est très- élroile, mais si longue qu'elle tient presque toute la longueur du ventre. CHAP. IV. CLINUS. 359 Il n'y a pas de vessie aérienne, mais on pourrait aisément s'y tromper par l'aspect brillant de la vessie unnaire. Nous en avons reçu d'un grand nombre d'endroits de la Méditerranée, de Toulon, de Nice, de Naples, de Messine, etc., par MM. Delalande, Banon, Laurillard, Risso, Savigny, Bibron. Il paraît qu'on l'y trouve partout. Non-seulement c'est sans aucun doute le blennius variabilis de Rafinesque {Caratt., p. 20) , quoique la figure qu'il en donne (pi. 4> fig. 4) soit bien mauvaise; mais je crois que le blennius sperdottus et le blennius fasciat us du même auteur, p. 21, n'en sont que des variétés*, on les nomme également en Sicile spirda ou sperdotto , selon M. Rafinesque, et suivant M. A. Cocco, bauseddo. Il nous ap- prend qu'on les prend communément dans toutes les saisons, avec le râteau, sur les fonds bas et couverts d'algues marines. M. Risso indique aussi le même séjour par- mi les plantes marines, et les donne sous le nom générique de bavecca des pêcheurs de Nice. Dans sa seconde édition il a fait avec raison de son blennius argentatus un clinus, mais nous croyons qu'il a multiplié à tort les espèces en prenant pour caractères spécifiques de simples variétés de couleur. Ainsi son clinus 360 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. testuàinarius est une de nos variétés brunes , et son clinus virescens en est une verdâtre. Nous ferons remarquer que sous le clinus testuàinarius M.. Risso a cité Rondelet (172), c'est-à-dire Yalauda non cristata de cet auteur, et nous avons établi que c'est la femelle de notre blennius pavo. Ces trois espèces nomi- nales de M. Risso appartiennent dans son sys- tème à une première division des clinus, celle à dorsale échancrée, et il fait une seconde coupe d'une espèce qu'il dit à dorsale non échancrée , c'est son clinus Audifredi, ou blen- nius Audifredi de la première édition. Nous avons dans la collection du Muséum des individus rapportés de Naples ou de Nice par M. Savigny, et étiquetés par M. Risso lui- même, comme Bl. Audifredi, et qui sont évi- demment de l'espèce du clinus argentatus. Le Clinus sourcilier. (Clinus superciliosus 3 nob.; Blennius supercïliosus , Lin.) Le cap de Bonne-Espérance produit abon- damment une espèce qui représente très en grand, pour les formes, celle de la Méditer- ranée et n'est pas fiioins variée pour les cou- leurs. Linnœus lui a depuis long-temps affecté CHAP. IV. CLINUS. 364 l'épithète de superciliosus , qui ne lui con- vient pas plus exclusivement qu'à une infinité d'autres blennoïdes. Sa hauteur est quatre fois et demie à cinq fois dans sa longueur; son épaisseur deux fois dans sa hauteur; la longueur de sa tête, depuis le museau jusqu'à la pointe de l'opercule, quatre fois dans sa longueur. Le tentacule sourcilier, de moitié à peu près de la hauteur de l'œil, s'élargit et se termine en une palmette de cinq brins. La pointe, formée par les trois premiers rayons de la dorsale dans les individus où elle est le plus élevée, a quelquefois plus des deux tiers de la hauteur du corps; mais le plus grand nombre des individus l'ont plus courte, et l'on doit remarquer aussi qu'elle est souvent plus ou moins usée ou tronquée. En arrière, le reste de cette nageoire est de deux tiers moins élevée. Ses rayons sont moins robustes à proportion que dans l'espèce de la Méditerranée : elle n'atteint pas tout- à-fait la caudale. L'anale en approche encore un peu moins et est à peu près aussi haute; les pointes de ses rayons sont bien séparées. Ses pectorales, arrondies, ont le sixième de la longueur; ses ventrales, très-fourchues, le neu- vième; la caudale, coupée carrément, le huitième. Les nombres des rayons varient dans cette espèce à un degré assurément bien rare parmi les poissons : j'ai compté à la dorsale depuis trente-quatre jusqu'à quarante rayons épineux, et depuis cinq jusqu'à neuf rayons mous; le plus communément, cependant, 302 LIVRE XIV. GOMOÏDES. elle en a trente-six ou trente-sept des premiers, et six ou sept des autres ; l'anale varie depuis vingt-cinq jusqu'à trente et un. D. 36/7; A. 2/25; C. 11; P. 14; V. 2. Derrière l'anus est une partie saillante en forme de verge recourbée en avant, et du quart de la hau- teur du corps. Les écailles, excessivement petites, ne peuvent s'enlever qu'en raclant; à une forte loupe, elles paraissent rondes et sillonnées en rayons; sur la ligne latérale, elles sont plus larges et elles de- viennent plates dans sa partie courbée, qui ne finit qu'au-dessus de l'anus; elles diminuent et disparais- sent presque dans la partie droite, la tête n'en a point, non plus que les nageoires. Comme celui de la Méditerranée, ce clinus paraît exposé à de grandes variations de couleur, et ces varié- tés n'ont nul rapport constant avec celles du nombre des rayons. Il y en a de courts tout gris , mais ce fond est souvent jaunâtre ou teint de fauve et d'orange; d'autres ont les nageoires brunes ou noirâtres; on en voit de pointillés de brun ou de marbrés de mille manières. Souvent les marbrures forment de larges bandes noirâtres nuageuses, qui s'étendent sur la dorsale et descendent jusqu'au ventre; elles sont quel- quefois rouges, quelquefois elles prennent la forme de larges ocelles évidés dans le milieu. Nous avons un individu qui a un ocelle sur l'o- percule , et une tache noire sur la partie antérieure et élevée de sa dorsale. En un mot, comme pour notre clinus argenté, qui ne verrait que des individus extrêmes , ne pourrait les croire d'une même espèce. CHAP. IV. CLINUS. 363 Les individus que j'ai pu disséquer, n'avaient pas leurs viscères digestifs assez bien conservés, pour que je sois en état d'en faire connaître aujourd'hui la forme. D'après ce que j'ai ob- servé sur les espèces suivantes, ils ne doivent pas beaucoup différer de ceux du clinus ar- genté. Il n'en est pas de même de l'appareil de la génération. Les mâles ont une verge encore plus grosse et plus compliquée dans la portion qui ne sort pas de la cavité abdominale que dans celle qui se montre au dehors. Les laitances forment deux longs corps trièdres, peu épais, qui occupent plus des deux tiers de la longueur de la cavité abdominale. De la partie infé- rieure de leur arête interne on voit descendre un petit canal déférent qui pénètre dans la verge. Cette verge, organisée comme nous l'avons dit plus haut, a un muscle bulbo-caverneux assez épais, dont les fibres sont peu obliques à l'axe de la verge. Je ne vois cependant pas que le canal déférent donne dans une sorte de vésicule séminale. Le muscle que je compare à l'ischio- caverneux, a un assez long tendon, qui se recourbe sur le bulbe de la verge, et s'insère sur le milieu de sa portion antérieure. La verge est percée de deux trous à son extrémité, par où sort du mucus quand on la presse entre les doigts. Celte disposition me fait croire que les canaux tra- versent la verge, et sont portés par cette sorte de pénis au-delà des tégumens communs de l'abdomen , 564 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. mais qu'il n'y a point dépôt de la liqueur spermatique dans des vésicules séminales, que je n'ai pas effec- tivement trouvées, ainsi que je l'ai dit tout à l'heure. Les ovaires des femelles sont deux grands sacs dans lesquels j'ai vu des œufs de différente grosseur; mais je n'y ai point observé de petits tout formés. Cependant M. Cuvier le dit positivement, et il donne l'espèce comme vivipare. Les reins ne constituent qu'un seul lobe, versant l'urine par un uretère unique, donnant dans une vessie urinaire oblongue, remontant dans la cavité du ventre vers le diaphragme, et placée au-dessus du bulbe delà verge. L'issue de l'urine est pratiquée dans la verge, derrière les deux ouvertures des laitances. Le squelette du cJinus superciliosus a dix -huit vertèbres abdominales et trente et une caudales, dont la dernière se dilate en éventail; les précédentes s'y soudent en partie par leurs apophyses. Les deux dernières vertèbres abdominales forment, avec les côtes qui s'y attachent, deux grands anneaux, qui se rapprochent par le bas pour porter les premiers in- terépineux de l'anale. Les côtes sont grêles et doubles, excepté les premières, qui sont fortes. Le crâne n'a point de crête, si ce n'est une oc- cipitale transverse. Le surscapulaire et le scapulaire sont étroits. L'os supérieur du carpe est fort petit : les quatre inférieurs sont divisés chacun en deux pièces triangulaires, opposées pointe à pointe. Le coracoïdien ne forme qu'une lige grêle, dilatée par le bas. Les os du bassin constituent une capsule pris- matique, ouverte en dessous et très-profonde. CHAP. IV. CLINUS, 36ÎS Ces poissons deviennent grands, pour cette Camille; nous en avons de treize et quatorze pouces. L'espèce a été assez bien représentée par Seba (t. III, pi. 3o, iîg. 3) et par Gronovius {Mus., t. II, pi. 5, fig. 5). Bloch l'a aussi fort bien rendue pi. 168; ainsi il n'est pas douteux que ce ne soit le blennius superciliosus des auteurs ; mais c'est bien certainement aussi le blennius capensis de Forster, donné comme une espèce à part dans le Systema de Bloch, p. 175, n.° 22. Nous en avons pour garans toute sa description, le dessin qu'il en a laissé et qui est dans la bibliothèque de Banks, et le nom de Klippfisch, qu'il lui attribue et qui est en effet celui de notre poisson, sous le- quel M. Veraux vient de nous l'envoyer. J'ai tout lieu de croire que le blennie pointillé àe Lacépède (t. II, p. et pi. 12, fig. 3), et la figure de Seba (t. III, pi. 3o, fig.- 8), sur laquelle a été établi le blennius spadiceus du Système posthume de Bloch (p. 172, n.° 17), ne sont encore que l'espèce actuelle, repré- sentée d'après des individus dont la partie saillante de la dorsale avait été mutilée; j'en suis même à peu près certain pour le premier, dont l'original est encore au Cabinet du roi. Le dessinateur Desève l'aura rendu avec sa né- 566 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. glîgence ordinaire, et M. de Lacépède , comme il ne lui est arrivé que trop souvent, l'aura décrit d'après la figure. Je vais jusqu'à penser que le blenniiis mus- telaris de Linné n'est lui-même pas différent du sup ercilio sus. La figure qu'il en donne dans le Musée d'Adolphe-Fréderic, pi. 3i, fig. 3, n'a, comme celle Au pointillé de Lacépède, aucune partie saillante a la dorsale ; mais Linné 1 lui rapporte deux articles du texte de ce Musée , p. 69 [blennius cinereus et blennius mustelaris ) , qui tous les deux lui attribuent une première dorsale à trois rayons, ce qui re- vient bien à cette partie antérieure distincte qui caractérise notre espèce actuelle. Quant aux nombres écrits à notre manière, le blennius cinereus a D. 58/8, A. 29, et le BL mustelaris e\\ tout45, sans distinction des mous et des épineux; ce qui pourrait être 56/7 ou 57/6 et À. 28, tous nombres que nous avons observés dans le clinus superciliosus. A la vérité, dans le Musée, loc. cit., il dit du Bl. mustelaris: habitat in Europa; mais dès la dixième édition du Systema, il le transporte aux Indes : habitat in India. La vérité est que nous n'avons jamais reçu aucune des nom- 1. Syst. nat., 10/ édition et suiv. CHAP. IV. CLINUS. 367 breuses variétés de l'espèce dont nous trai- tons dans le présent article que du cap de Bonne-Espérance. Elle est très-commune dans la baie du Cap et dans Falsebay, le long des rochers, surtout près d'une roche de cette dernière baie, qui se nomme Romanshlipp ; et il nous paraît que cette espèce est confinée dans cette partie de l'Afrique, car nous ne l'avons jamais reçue d'aucun autre endroit. Ceux que nous avons observés faisaient partie des collections dues aux recherches de MM. Delalande, Reynaud et Quoy et Gaimard. Ce poisson se nourrit de petits crustacés. Le Clinus coïtoïde. {Clinus cottoideSy nob.) Les inégalités de sa tête donnent à cette troisième espèce, au premier coup d'œil, quel- que ressemblance avec les cottes. Le corps est court et gros : sa hauteur aux pectorales n'est que quatre fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur fait les deux tiers de sa longueur. Sa tête est quatre fois dans la longueur totale et d'un quart moins haute que longue ; elle a le museau court, d'un cinquième seulement de la longueur de la tête; le profil un peu bombé, les bords des orbites rudes ; derrière chaque orbite , le crâne a un petit enfonce- ment. Le diamètre de l'œil égale la longueur du 5G8 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. museau. Au sourcil est un tentacule court, dilaté en éventail palmé, en sept ou huit brins gros et courts, dont chacun est terminé par trois ou quatre filamens très-grêles ; celui de la narine est petit et simple. Il n'y en a pas à la nuque, qui a des pores marqués et nombreux; le bord membraneux de l'épaule est un peu festonné. Les dents sont en velours sui- des bandes assez larges : le rang extérieur diffère à peine des autres. La dorsale, basse, surtout en avant, se relève un peu aux rayons mous, et atteint la caudale, quoiqu'elle n'ait point de partie saillante. Ses trois premières épines sont un peu plus écartées des autres que celles-ci ne le sont entre elles. Les ventrales ont un peu moins du sixième de la lon- gueur, et la caudale le onzième. Le nombre des rayons épineux de la dorsale varie de trente-deux à trente-quatre. B. 6; D. 33/6; A. 25; C. 11; P. 12; V. 2. Les écailles sont infiniment petites, excepté celles de la partie antérieure de la ligne latérale , qui sont larges, carrées, percées d'un tube, et donnent lieu chacune à un petit pli vertical de la peau , qui fait paraître cette partie de la ligne latérale plus large encore que ses écailles. A sa courbure et dans sa partie droite elle ne se marque que par une série de tubulures linéaires. Dans la liqueur ce poisson paraît d'un fauve assez uniforme; mais un individu sec nous a montré sur ce fauve cinq larges bandes brunes, très-séparées les unes des autres, et qui occupent la dorsale et le corps. Les trois dernières s'étendent aussi sur l'anale; CHAP. IV. CLTNUS. 569 et comme il y en a dans leurs intervalles, cette nageoire a six taches brunes ou noirâtres. On voit aussi des marbrures blanches et noires à la joue et a la gorge. Les petits sont presque aussi marbrés, et ont des teintes presque aussi variées que celles des jeunes sourciliers. Je n'ai pas vu les viscères digestifs de cette espèce. Quant aux organes de la génération, la verge du mâle m'a paru plus grosse, plus longue, son muscle bulbo- caverneux plus puissant, ce qui donne plus de gros- seur au bulbe. L'ischio-caverneux plus court et plus droit, doit porter la verge moins en avant. Les ovaires de la femelle ressemblaient à ceux de l'espèce précédente. La vessie urinaire est un peu plus grande, et les reins sont plus épais. Le squelette de ce clinus a seize vertèbres abdo- minales et trente caudales : la dernière en éventail. Les côtes sont fines et doubles, mais n'embrassent pas tout l'abdomen; celle qui s'attache à la première vertèbre, est plus forte que les autres, et va soutenir l'épaule. L'os humerai a supérieurement à son bord antérieur une épine dirigée vers le haut, et qui pro- duit une échancrure visible à l'extérieur. Les os du carpe, divisés chacun en deux, forment huit pièces triangulaires, opposées pointe à pointe. Le crâne est rude et n'a de crête qu'au plan occipital. Les os du bas- sin forment ensemble une capsule profonde, ouverte en dessous, et faisant en dessus un angle très-saillant. Nos plus grands individus sont longs de six à huit pouces ; ils ont été pris au Gap par feu 1 1. i!\ 570 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. Delalande, par MM. Lesson et Ganiot, et par MM. Quoy et Gaimard, dans leur dernier voyage ; il y en a aussi un échantillon parmi les poissons secs de Commerson, et un petit, rapporté par M. Raynaud. Le Clinus a museau pointu. (Clinus acuminatus, nob.) Ses formes sont à peu près les mêmes que celles du clinus superciliosus ; nous trouvons cependant que sa tête est plus alongée, et, ce qui est caractéristique, sa dorsale n'a point de partie saillante en avant; elle y est même plus basse qu'en arrière, et cela sans aucune mutilation. Sa hauteur aux pectorales est cinq fois ou cinq fois et demie dans sa longueur; sa tête y est quatre fois. Le tentacule du sourcil est très -petit et un peu dilaté. La dorsale n'a pas en avant le quart de la hauteur du corps; ses rayons mous sont un peu plus hauts que les autres; en arrière, elle atteint juste la base de la caudale. D. 33/5 ou 6; A. 25; C. 13; P. 12; V. 2. Les écailles, comme celles du CL argeniatus , ne semblent que de petits points. Ce poisson est verdâtre ou grisâtre, avec deux ou trois groupes de points noirs , qui forment comme des demi-bandes descendant du dos, la pre- mière un peu avant la naissance de l'anale; la seconde, et quelquefois la troisième, sur la queue. CHAP. IV. CLINUS. 571 L'espèce paraît demeurer petite; nous n'en avons point d'individu qui passe cinq pouces. M. Delalande et MM. Quoy et Gaimard en ont rapporté en assez grand nombre de la rade du Cap. Le Clinus a tête courte. {Clinus brachycephahis, nob.) Cette espèce a beaucoup d'analogie avec certains blennies, à cause de la convexité de son profil et de la brièveté de la tête. Elle est cinq fois et demie dans la longueur totale. Je n'y vois aucun tentacule. Les dents sont en velours. La dorsale est égale et basse jusqu'aux rayons mous, qui se relèvent, après un léger abais- sement de la vingt-neuvième épine, et sont d'un tiers plus élevés que ceux qui la précèdent. Cette na- geoire n'atteint pas la caudale. Les ventrales ont une troisième pointe distincte, appartenant à leur rayon interne; leur longueur n'est que du onzième de celle du poisson. D. 29/11; A. 26; G. 11 et de petites; P. 13; V. 2. Dans son état actuel il paraît d'un gris fauve, avec deux rangées de larges demi-bandes, composées de petits points blancs serrés; les unes au-dessus, les autres au-dessous de la ligne moyenne, et placées alternativement sept ou huit à chaque rangée: les supérieures s'étendent sur la dorsale. Un groupe de ces petits points occupe une partie de la joue, et %<7 72 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. un autre, une partie de l'opercule. Il y a en outre des petites taches irrégulières d'un bleu opaque à la gorge, aux ventrales et sous le ventre, et une série de huit ou dix de ces taches le long de l'anale. Notre individu est long de quatre pouces et demi. Il a été pris au cap par feu Delalande. Le Clin us a lunettes. (Clinus perspicillatus , nob.) Nous appelons ainsi cette espèce à cause d'une marque semblable à celle que le serpent à lunettes des Indes [col. naja., Lin.) porte sur la nuque; elle a été envoyée, en 1827 , du port Western de la Nouvelle - Hollande par MM. Quoy et Gaimard. Sa hauteur est de cinq à six fois dans sa longueur, et son épaisseur aux pectorales des deux tiers de sa hauteur; mais il se comprime davantage en arrière. Sa tête est fort courte, mais non pas, comme dans. les blennies , à cause de la courbure rapide de son profil; il est, au contraire, à peu près droit et ho- rizontal. C'est la mâchoire inférieure qui remonte au-devant de l'autre. L'œil est assez grand; sa largeur est à peu près trois fois et demie dans la longueur de la tête, et sa distance au museau est d'un tiers moindre que son diamètre, lequel égale l'intervalle qui existe d'un œil à l'autre. Les ouïes paraissent susceptibles de beaucoup s'écarter. Les dents sont en velours aux mâchoires et au-devant du vomer. CHAP. IV. CLINUS. 575 La dorsale est basse, du quart de la hauteur aux pectorales, et a trente-sept rayons épineux et trois articulés, mais simples. Ses trois premières épines, un peu séparées des autres, ne s'élèvent cependant pas plus haut. Les rayons articulés des autres na- geoires sont également sans branches. D. 37/3 ; A. 2/24 ; C. 11 ; P. 13 ; V. 2. Les écailles sont fort petites et semblables à des points ronds et serrés, enfoncées sur la peau. La ligne latérale se termine un peu avant la fin des pec- torales. Il y a un très-petit tentacule aux sourcils. Sur la nuque, au-dessus de l'opercule, on voit de chaque côté une tache ronde et noire, entourée d'un cercle jaune, qui a l'air de former avec sa cor- respondante une paire de lunettes. Le long de la base de la dorsale sont en outre six taches rondes et brunes, d'où il descend, dans beaucoup d'individus, autant de bandes verticales nuageuses. A la base de la caudale sont deux taches brunes, et quelquefois il y en a une troisième en avant- on voit en outre des points bruns sur les rayons. Dans la liqueur le fond de la couleur paraît un gris roussâtre. J'ai pu examiner les viscères de cette espèce, et j'y ai trouvé un foie peu volumineux, composé de deux lobes minces, alongés de chaque côté de l'estomac. Ce vis- cère est assez large, à parois minces, et donne de son fond le duodénum. Une faible valvule marque le pylore. L'intestin, court, se rend droit à l'anus sans dilatation après avoir fait deux replis. La verge du 374 LIVRE XIV. GOBIOÏDES. mâle est longue, et reçoit, sur la partie supérieure et postérieure de son muscle bulbo-caverneux, les deux canaux blancs des laitances. Ils sont fins et déliés, mais faciles à apercevoir à cause de leur couleur. Les muscles ischio -caverneux sont petits, de sorte que dans cette espèce la verge aurait moins de protraction que dans les précédentes. Je n'ai pu examiner les or- ganes des femelles. Le rein est volumineux, ne for- mant qu'une seule masse, donnant par un uretère court dans une vessie urinaire oblongue et récurrente dans l'abdomen au-dessus et entre les deux laitances. L'estomac était rempli de débris de coquil- lages et d'oursins. Nos plus grands individus n'ont que cinq pouces. Le Clinus porte-peigne. {Clinus pectinifer.) Ce clinus, comme plusieurs des espèces suivantes, a l'apparence d'un labre, par ses formes courtes, ses grosses lèvres charnues, ses grandes écailles, ses fortes dents du rang extérieur, sa longue dorsale épineuse, etc. Sa hauteur aux pectorales n'est guère contenue plus de quatre fois dans sa longueur. Son épaisseur fait les trois cinquièmes de sa hauteur. Sa tête est trois fois et deux tiers dans sa longueur, et d'un quart seule- ment plus longue que haute ; elle a le profil con- vexe et les joues bombées. Il y a vingt-deux à vingt- quatre dents coniques et un peu crochues à chaque CHAP. IV. CLINUS. 375 mâchoire, et en arrière une bande en velours. Les dernières d'en bas sont séparées des autres par un espace vide et deviennent très-petit